VIII PRÉFACE
les vrais amis des lettres vous seconderaient par le concours le plus actif. »
Ce concours bienveillant des bibliopliiles nous arrive en effet spontanément, et nous saisissons ici cette occasion de leur en offrir tous nos remerciements et de leur en exprimer notre vive reconnaissance. De notre côté, nous pouvons leur affirmer que nous ne sommes inféodés à personne ni à aucun parti quelqu'il soit. Avant tout, nous cherchons la vérité; c'est elle qui fait reconnaître l'utile et l'agréable pour tous. Ridendo dicere verum quid veiatf
Quant à l'esprit de notre critique, ce sera d'être ami de tout le monde. On dit souvent : L'ami de tout le monde n'est, au fond, l'ami de personne ; et il n'y a d'amitié qu'être les gens qui ont les mêmes intérêts, ou les mêmes goûts, les mêmes opinions, les mêmes occupations. — Certainement, les occupations, les opinions et les goûts diffèrent entre nous ; sans cela, le monde serait bien monotone et il n'y aurait guère de progrès possible.
Mais, quant aux intérêts, il serait au contraire bien désirable, que de très-divergents qu'ils sont encore aujourd'hui, ils pussent s'harmoniser de plus en plus, et que l'intérêt de tous devint T intérêt de chacun.
PRÉFACK IX
Utopie 1 s'écrie-t-on, jamais les intérêts des puissants, des grands da monde ne s'identifieront avec ceux des misérables; et entre égaux même, entre industriels, entre savants, la concurrence^ toujours active, quelquefois acharnée, entretient la division des intérêts. On ne pourra jamais détruire la concurrence, car la concurrence, c'est le progrès par la liberté.
D'accord, mais de la liberté il faudrait ne pas séparer la fraternité; et pour cela, il suffirait que, à la concurrence^ succédât l'émulation, résultat de l'union de l'intérêt général avec celui de l'individu par l'association. Cela arrivera par la force des choses à mesure que la science sociale mieux comprise modifiera et la société et les individus ; l'une par des réformes successives, et les autres par une éducation en harmonie avec ces réformes.
Selon nous, c'est l'association qui peut seule faire naître l'union et l'amitié réciproque entre tous les êtres humains, quels que soient leur sexe, leur âge, leur pays, leur couleur, leur rang, leur fortune ; qui seule peut leur assurer la sécurité, la paix sincère et véritable et, en même temps, la plus grande somme de liberté possible, c'est-à-dire, non
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nuisible aux autres. — Toute la question, encore à élucider, il est vrai, est que l'association soit bien comprise et sagement réalisée.
Par la pétulance et par la violence, on ne réalise nul progrès ; on y arrive, au contraire, par la prudence, l'étude persévérante et l'instruction générale dans les lettres, les sciences et les arts. Ces sentiments sont les nôtres et nous ne demandons qu'à travailler dans ce sens. Grâce au bienveillant concours des bibliophiles, nul doute que, d'ici à quelques années nous ne parvenions à élever un monument littéraire de la première .utilité.
— De la première utilité ? — Nous le croyons ; permettez-nous de vous exposer nos raisons :
On ne saurait contester sérieusement que la satire ne soit utile pour mettre en garde, d'abord celui qui en est l'objet, et ensuite les autres hommes^ contre les conséquences des erreurs qu'elle dévoile; tandis que la flatterie est funeste à tout le monde, à l'individu, à la société et môme à l'appréciation de la vérité. En sauvant les satires écrites et les pièces libres, qui sont les épaves de la pensée humaine, Tœuvre des bibliophiles est donc utile dans les temps ordinaires ; mais combien ne l'est-elle pas davantage dans la