‹ Analectes du bibiophile; recueil trimestriel contenant: 1 ̊Diverses pièces curieuses anciennes et modernes; --2 ̊Des analyses critiques et des extraits de diverses publications intéressantes anciennes et modernes;--3 ̊Une correspondance, des mélanges philosophiques et littéraires, des anecdotes, etc., etcChapitre 8 sur 17 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

C'est donc forts de noire impartialité, de notre bon droit, et de l'utilité de notre entreprise, que nous commençons aigourd'hui la J ' publication des Analectes du bibliophile^ et que nous espérons qu'elle sera bien accueillie, \ non-seulement par ceux à qui elle s'adresse, \ mais môme par ceux qu'elle critiquera; car notre critique leur sera toujours, grâce à j notre sincérité et à l'exactitude de nos citations, plus avantageuse que notre silence, i

Depuis quelques années, les ennemis de la liberté de la presse ont trouvé un nouveau | ] et excellent moyen d'étouifer les publications nouvelles ; c'est de prétendre que ces publications forment des propriétés particulières, ou pour mieux dire des monopoles, et qu'il est interdit, dans tous les pays à la fois, à tous autres qu'aux possesseurs de ces mono- j pôles, de faire réimprimer, ne fût-ce que y^, quelques lignes, ni traduire lesdits ouvrages.

Qu'efa arrive-t-il ? C'est que , autrefois , aussitôt qu'un ouvrage nouveau paraissait , < il était cité dans toutes les gazettes, réimprimé et traduit dans beaucoup de pays, et t que aujourd'hui, de peur des procès, on n'en parle dans les gazettes que si l'on est payé ^. pour cela, on ne vous réimprime ni ne vous , traduit, et que votre ouvrage, pour lequel ^.

PRÉFACE * Xin

votre libraire a fait, d'accord avec vous, imprimer des titres de dix éditions successives, a bien de la peine à écouler réellement les mille ou deux mille exemplaires auxquels il a été tiré. *

Un homme qui a la conscience chargée d'un grand nombre de paradoxes , Alphonse Karr^ a inventé celui-ci : « La propriété littéraire est une propriété. » Si cet aphorisme était vrai, M. Alphonse Karr aurait seul le droit de le reproduire ; il n'y a que ceux qui le croient faux qui pourraient se permettre cette reproduction ; mais c'est, au contraire, ceux qui le prétendent vrai (et qui sont probablement persuadés du contraire) qui se la permettent, et cela sans autorisation préalable , sans payements de droits ! En vérité, il y a ici, dans le fond, une singulière comédie.

Définissons les termes: il n'y a, il ne peut y avoir propriété (négligeant, bien entendu, les acceptions figurées de ce mot), que là où il y a une matière appropriable.

La parole qui sort de ma bouche , les idées que j'exprime ou que je rends d'une manière quelconque , ne m'appartiennent pas plus que le souffle qui sort de ma bouche et les traces que mon pied laisse sur la

XIV PRéFACE

poussière. Lorsque ces paroles ou ces idées sont écrites , imprimées , dessinées , peintes, etc., le manuscrit^ le livrer le dessin , le tableau étant des objets appropriables, sont des propriétés. Maintenant, je trouve que ce n'est pas assez , et je demande à avoir le droit d*empécher qui que ce soit , et à perpétuité , de reproduire ce manuscrit, ce livre ^ ce dessin, ce tableau.

Ce n'est plus ma propriété , c'est un pri-vilége que je colore de ce nom que je réclame. Jamais Raphaël n'a demandé que l'on empêchât d'autres artistes de faire une Belle Jardinière comme la sienne, s'ils le pouvaient. Lorsque Martial se plaint que l'on lui vole les fruits de son génie , il ne fait pas de reproches de ce qu'on fasse de nombreuses copies de ses ouvrages, mais bien de ce que des plagiaires s'en attribuent la paternité. Les auteurs étaient alors bien éloignés de réclamer contre la reproduction de leurs ouvrages , car ils savaient qu'on ne reproduit que les bons, et que plus on les reproduit, plus on en augmente la célébrité.

Ainsi, à Paris, au quatorzième siècle , chaque libraire était tenu de confier les manuscrits à quiconque voulait les transcrire, moyennant honnête rétribution et satisfac-

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