ANALYSES ET EXTRAITS
ANCIENS ET ZvtODERNES
Londres et les Anglais, par J.-L. Ferry de Saint-Constant. Paris, an xn (1804), 4 vol. in-8°.
et ouvrage qui est rare aujourd'hui, nous a passé dernièrement sous les yeux.
Comme il est intéressant et assez bien écrit, nous avons pensé qu'on ne nous saurait pas mauvais gré d'en reproduire ici quelques passages. L'auteur avait déjà publié quelques ouvrages littéraires; de 1807 à 1811, il fut nommé proviseur du lycée d'Angers. A cette époque, le ministère l'envoya à Rome pour y organiser l'instruction publique. A partir de ce moment, il se fixa en Italie et publia plusieurs ouvrages en langue italienne, notamment, le Spettatore itaîiano, Milano, 1822, in-8°; ouvrage estimé.
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Extraits de Londres et les Anglais.
Tome i(T, pages 376-378. — Parmi les anecdotes arrivées à Gretna-Grecn nous rapporterons les suivantes dont l'authenticité n'est pas contestée. — Deux amants que leurs pères refusaient d'unir, s'enfuient de la maison paternelle; la position du lieu de leur demeure ne permettant pas de douter qu'ils n'eussent pris le chemin des frontières de l'Ecosse, aussitôt les deux pères prennent la poste pour se mettre à la poursuite, l'un de son fils, l'autre de sa fille. Arrivés en même temps à un relais, à plusieurs milles de distance, ils eurent malgré eux une entrevue; irrités de leur aventure, ils se firent de sanglants reproches, s'accusèrent réciproquement de manquer de vigilance, et de n'avoir prévenu la démarche imprudente de leurs enfants. Ils étaient également pressés de continuer leur route, et demandent une voiture à l'aubergiste, qui leur déclara qu'il n'en avait qu'une seule à leur service. Comme le temps pressait, ils consentirent à partager la même voiture et continuèrent le voyage en se faisant toujours des reproches mutuels. Arrivés enfin à Longtown, la dernière poste avant Gretna-Green, ils n'y trouvèrent ni voitures, ni chevaux. Les amants fugitifs avaient loué deux heures auparavant la seule voiture qui se trouvât dans le village et devaient s'en servir pour le retour. Les chevaux qui avaient conduit jusques là les deux pères ayant redoublé plusieurs postes, ne pouvaient plus marcher : les deux voyageurs euxmêmes n'étaient guères moins fatigués. Forcés de s'arrêter, ils employèrent leur temps à réparer leurs
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forces à table. Ils sentirent alors qu'il leur était impossible d'atteindre ces jeunes gens, et que s'ils allaient jusqu'à Gretna-Green, ils les trouveraient déjà mariés. Les verres de vin qu'ils burent coup sur coup, dissipèrent le ressentiment et la mauvaise humeur ; ils reconnurent alors que le mariage de leurs enfants était bien assorti, et que, s'ils n'eussent pas eux-mêmes été brouillés, ils ne s'y seraient jamais opposés. Ils finirent par se toucher la main, et résolurent d'attendre l'heureux couple pour leur donner leur bénédiction.
Autre anecdote.
Un jeune commis ayant engagé la fille d'un riche marchand aie suivre à Gretna-Green, ils s'y rendirent en poste et furent mariés sur-le-champ. Après la cérémonie le forgeron ministre leur demanda cinq guinées. « Cinq guinées ! s'écria le nouveau marié, un gentleman que vous mariâtes hier au soir m'a dit que vous ne lui aviez pris qu'une guinée. — C'est vrai, répondit le forgeron; mais le gentleman est un irlandais que j'ai déjà marié six fois; je le regarde comme une pratique, tandis que vous, peut-être ne vous reverrai-je plus. »
Tome /, page 390-391. — A Paris les femmes étourdissent, a dit un voyageur. A Londres elles font bâiller. Lorsque je me trouve dans une compagnie d'anglaises, il me semble que je suis dans un appartement rempli de tableaux qui représentent de belles femmes, à chacune desquelles le peintre a donné une
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attitude différente, et auxquelles il ne manque que la parole.
Il ne faut pas s'imaginer, cependant, que les Anglaises soient muettes; elles sont femmes, et à certains égards, peut-être, plus femmes que les autres. Si elles sont taciturnes dans quelques cas, elles sont bruyantes dans d'autres. Elles sont intarissables, par exemple, sur la parure. Il leur faut des pompons et des colifichets pour les faire parler ; l'examen d'un ajustement leur fournit matière à l'entretien de plusieurs jours. Les Anglaises parlent encore beaucoup, quand il s'agit de rendre suspecte la conduite de quelques femmes. On sait qu'à cet égard les prudes sont toujours les plus éloquentes.
Mais, le grand jour des paroles est le dimanche, au sortir de ce qu'on appelle le salut. Il faut que le salut fasse un grand effet sur elles, car il les change entièrement ; à peine en sont-elles sorties qu'elles deviennent très-fécondes en paroles. Elles passent en revue les personnes qu'elles y ont vues, leur maintien, leur habit, et n'oublient pas le moindre ruban. Une Anglaise, dans les occasions, parle plus que trois Françaises.
Tome I, page 348. — Partout le beau sexe se distingue par la recherche de la propreté. Chez les Anglaises elle fait le plus bel ornement de leur parure On prétend cependant, que ce n'est pas sans raison que l'ambassadeur Caraccioli disait que si les femmes en Angleterre étaient plus propres devant les hommes, elles l'étaient davantage en France, devant Dieu. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on ne fait que d'introduire en Angleterre un meuble qu'on regarde
en France, non comme tenant aux affectations du luxe et de la mollesse, mais comme nécessaire à la propreté. Un noble émigré, pour se procurer des ressources, imagina de se faire fabricant de ce meuble, qui de longtemps n'aura de nom en Angleterre. Il lui donna la forme de boîte, comme à ceux qu'on destine pour le voyage. Cette précaution en facilita le débit. Il avait pris pour devise ces mots du Spectateur : « La propreté est la mère nourrice de l'amour. »
Tome II, page 192. — Malgré tout ce qu'on a déjà écrit sur Shakespeare, il paraît encore souvent des essais de son génie et de ses ouvrages. Un ecclésiastique, s'étant avisé de faire des notes, en porta un échantillon à Shéridan, et lui en demanda son avis. « Je suis surpris, répondit cet homme célèbre, de ce que chacun ne se mêle pas uniquement de ses affaires ; gâtez votre bible si vous le voulez, mais au moins laissez-nous la nôtre. »
Tome II, pages 108-111. — Des Anglaises de bonne foi sont convenues qu'il ne leur était guère arrivé de jeter les yeux sur une gazette sans un secret désir de voir si elles ne seraient point devenues la divinité de quelqu'aimable inconnu, tel que celui qui fit insérer dans le hondon Chronicle l'annonce suivante :
« Le jeune homme, qui fut remarqué le 5 de ce mois à l'Oratorio par une demoiselle, n'est point marié, et ses vœux seraient comblés, si cette aimable personne daignait lui faire savoir par un met
d'écrit, en quel lieu et quand il pourra avoir l'honneur de lui présenter ses hommages. »
Le Ledger contenait dernièrement lavis suivant : « Un militaire, déjà d'un certain âge, mais qui a un haut grade dans l'armée et un revenu considérable, a résolu de prendre une femme qui le débarrasse de tous les soins domestiques, et l'aide à passer agréablement le reste de ses jours. Il avertit les jeunes personnes qui ambitionneraient l'honneur de devenir sa veuve, qu'elles se dispensent de se mettre sur les rangs. Il préfère une femme, d'un âge moyen, d'une figure agréable, de bonnes manières, qui ait des sentiments, de la douceur dans le caractère, et autant d'attraits qu'il en faut pour entretenir dans un vieillard, la chaleur nécessaire aux ressorts de la santé et de la vie. »
Une jeune femme fit aussi mettre dans les gazettes ce qui suit : « Une jeune lady, maîtresse de sa personne, et partagée d'une fortune honnête, qui croit n'être pas désagréable, est dans la résolution de pas ser l'hiver en pays étranger. Elle serait flattée qu'un jeune homme d'une famille honnête, voulut être son compagnon de voyage. Elle n'a point d'engagement de cœur et elle souhaite que celui qui se proposera soit aussi libre qu'elle, afin que rien n'empêche une union plus intime de succéder à cette première liaison. La réponse est attendue sous quinze jours; on compte que le secret sera gardé jusqu'à ce que tous les arrangements soient pris. L'indiscrétion ne serait pas impunie.
« NB. Tous les frais du voyage seront faits par la lady. »
On lit dans l'Evening Post de Cork : « On demand un cuisinier, une femme de charge, et une femme d chambre. On désire qu ils soient réellement déistes. »
Tome II, page 104. — Dans le Satirical Wiew of London on lisait : « Une jeune femme d'une famille of respectabilité désire emprunter la somme de vingtcinq livres sterling de quelque gentleman de fortune et d'honneur. Il n*est pas besoin de s'adresser à aucun homme d'affaire. »
Pouvez-vous, dit un ami à l'éditeur, déshonorer votre feuille par un pareil avis? — Oh ! répondit ce dernier, c'est une affaire de commerce. Un jeune libertin demandera à un autre : Avez-vous lu l'avis de cette jeune dame qui a des principes indépendants ? Les jeunes gens viendront à notre bureau et achèteront notre feuille. C'est ainsi, mon cher, que les vices des particuliers contribuent au bien public.
Tome II, page 211. — La fille d'un ministre d'Etat, ayant conçu une forte passion pour Kemble, le père de la demoiselle offrit à l'acteur la somme de trois mille livres sterling à la condition qu'il épouserait de suite une autre femme que sa fille. Kemble accepta cette proposition.
Sans-culottes britanniques.
Tomes IV, pages 333-335. — Les montagnards écossais portent au lieu de culottes un court jupon qui les couvre depuis la ceinture jusqu'aux genoux, et une espèce de brodequin à la grecque. On prétend que c'est l'habillement des Romains qui s'est conservé dans les montagnes d'Ecosse.
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L'usage daller sans culottes était beaucoup plus général avant la dernière rébellion d'Ecosse. Le ministère anglais crut alors qu'un des moyens de civiliser les montagnards, était de leur faire porterie costume des autres sujets britanniques Mais les montagnards se conformant à la lettre et non à l'esprit de la loi, se contentèrent de porter leurs culottes sous le bras, ou bien au bout d'un bâton, sur l'épaule.
Les régiments de montagnards écossais conservent leur costume national ; il serait impossible d'en former, si on voulait leur faire porter l'uniforme des autres troupes.
Lord John Murray, colonel d'un de ces régiments se trouvant en quartier à Dublin, exerçait son corps dans le parc. Il survint un coup de vent qui dérangea les jupons dans toute l'étendue de la ligne. Les dames irlandaises un peu déconcertées détournèrent la vue, ou s'écrièrent : Fi ! en portant les doigts à leur nez. Murray qui crut l'honneur de son pays compromis, fit avancer sur-le-champ sa troupe sur une éminence, en face des belles spectatrices qui restaient au pied, et commanda les temps suivants : demi-tour à droite. Les dames à l'instant virent tous les jupons courts par derrière : Pose\ vos armes à terre. Elles virent alors jusqu'au défaut de la ceinture. Alors Murray laissant quelque temps sa troupe dans cette posture, se tourna vers les dames et leur dit : Pince\ votre ne% à votre aise, et alle\ au diable !
Nouvelle légende dorée, ou dictionnaire des saintes, mis au jour par le rédacteur de V Almanach des honnêtes gens, (par Sylvain Maréchal). Bruxelles, m 15*
chez Charlier, 2 vol. pet. in-12 de vm-176 et 168 pp. Livre rarissime et même inconnu aux principaux bibliographes, quoique fort curieux. Nous citerons, à l'appui de notre dire, quelques saintes : « — Sainte Agnès, vierge et martyre. Elle se maria avec J. C, mais comme il la laissait vierge, les Romains amoureux d'elle la conduisirent au temple de Priape. J. C. fit si bien qu'ils ne purent réussir et qu'Agnès sortit du temple comme elle y était entrée; aussi tout furieux, ses amoureux lui coupèrent la tête. C'est ainsi qu'elle put rejoindre son glorieux époux, et qu'elle devint la patronne des jeunes filles na7ves et sans expérience. — Sainte Amalberge, veuve de deux maris et mère de six enfants, se remaria une troisième fois, mais avec J. C. qui ne fut point aussi fécond que ses prédécesseurs. Elle lui consacra ses six enfants, et ce beau trait lui mérita la canonisation. — Sainte Angadrême, vierge et patronne de Beauvais. Née sous le règne de Clotaire III, Angadrême était fille du garde des sceaux du roi. On la maria malgré elle avec un nommé Ansbert, mais les deux époux étaient déjà engagés : Angadrême avait donné sa foi à Jésus et Ansbert avait pris l'église pour femme. — Sainte Austraberte. Dès l'âge de dix ans, elle brûla du désir de se marier avec Jésus- Christ. Elle quitta, aussitôt que possible, la maison paternelle et se retira dans un couvent. Elle devint abbesse et sainte, grâce à saint Orner, vicaire de son divin époux, et qui lui coupa les cheveux de sa propre main. — Sainte Brigide, vierge, patronne d'Irlande. Elle s'était promise de bonne heure à J. C, et avec trois autres jeunes filles, elle quitta ses parents et alla trouver un évêque, disciple de saint
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Patrice, lequel, assisté de deux autres évêques. reçut entre ses mains la virginité de ces quatre pucelles. — Sainte Catherine. Née à Sienne, en Toscane, en 1347, elle eut pour père un simple teinturier. Elle était si gentille que l'on l'avait surnommée Euphrosine. Toute jeune encore, elle fit vœu de virginité et entra dans Tordre de Saint-Dominique. Malgré ses pieux et continuels exercices, elle fut attaquée, dit la légende, par mille fantômes indécents, par beaucoup de sales représentations, par les tentations les plus honteuses et les plus humiliantes pour une vierge. Dans ces moments fâcheux, elle avait recours à l'usage de la discipline, que lui administraient, tour à tour, les moines, dont le couvent, pour la plus grande promptitude des secours, tenait à la communauté des sœurs. Les dominicains la marièrent avec Jésus, et lui appliquèrent les stygmates de son divin époux. Catherine, le jour comme la nuit, était perpétuellement en oraison, en extase, en épanchements, etc. Aussi prit-elle, avec le temps, un grand ascendant sur les prélats et sur les pontifes eux-mêmes... Lors de sa canonisation, les dominicains se partagèrent le corps de notre sainte; mais ceux de Sienne s'en réservèrent exclusivement la partie la plus noble?... — Sainte Dclphire fut mariée au comte d'Arian, qui devint plus tard saint Elzéar; mais comme Marie, mère de Dieu, elle resta toujours vierge. La première nuit de leurs noces, son jeune époux voulait approcher d'elle : elle l'arrêta et lui révéla que le trésor qu'il voulait lui ravir n'était plus à elle, que l'époux céleste l'avait choisi et réservé pour lui seul. Elzéar avait de la religion, il se résigna ; et, bien qu'ils continuassent à faire lit com-
mun, il demeura également vierge. Ils ne remplirent d'autre devoir conjugal que" de s'administrer réciproquement la discipline, armés chacun d'une chaînette de fer. — Sainte Ermelinde, vierge, native de Louvain, toute jeune encore abandonna ses parents pour suivre son époux Jésus. Tous les soirs elle allait à l'église, pieds nus. Un petit sacristain venait lui ouvrir les portes, et chantait avec cette vierge l'office de la nuit. — Sainte Euphrosine, vierge. A dix-huit ans, elle s'enfuit de la maison natale, et abandonna père et mère pour aller se réfugier dans un couvent. . de moines. Les douze bons solitaires qui l'habitaient lui fournirent un habit d'homme, et, sous le nom de Smaragde, elle passa 38 années avec eux, dans les exercices pieux. — Sainte Gertrude, née en Brabant, en l'an 626, de Pépin, prince de Landen et ministre des rois d'Austrasie. A l'âge de 14 ans, elle eut pour directeur un certain évêque nommé saint Amand. Cet homme de Dieu n'était attaché à aucun diocèse; il voyageait, recrutant partout des vierges, et leur bâtissant des cellules. Il logea chez la mère de Gertrude, et il mit le sceau à la virginité de la jeune personne, qui, pour récompense de sa docilité, fut élue et pourvue abbesse. Un des grands plaisirs de Gertrude était de donner l'hospitalité aux prêtres voyageurs. — Sainte Gorgone. Elle était d'une vertu farouche. Elle se couvrait de haillons, afin de repousser le démon. Elle ne s'adoucissait qu'en la présence des prêtres; elle n'avait rien de caché pour eux (Sylvain Maréchal n'ose pas tout dire et il renvoie son lecteur à la. Légende dorée). — Sainte Gudule, née en Brabant, au septième siècle; elle mortifia beaucoup sa chair pour mériter d'être l'épouse de Jésus... —
Sainte Guiborat. Encore toute jeune, elle se retira avec son frère qui se fit prêtre. Le frère et la sœur faisaient ensemble l'office du jour et de la nuit. Les Hongrois vinrent ravager la Souabe, et on la pressa de se retirer dans une forteresse, mais n'y ayant pas consenti, elle périt vierge et martyre. — Sainte Hélène. Son père était aubergiste dans un petit bourg. L'empereur Constance Chlore, passant par là, la trouva gentille, l'emmena, en fit sa maîtresse et en eut pour fils le grand Constantin. Elle favorisa la religion chrétienne par ambition et découvrit la vraie croix, etc. — Sainte Jeanne, femme de Chusa, intendant d'Hérode. C'était une des femmes qui suivaient partout Jésus-Christ et qui l'aidaient de leurs biens. Il l'avait guéri, paraît-il, d'une maladie dont on ne dit point le nom. — Sainte Luce ou Lucie, vierge et martyre.de Syracuse, en Sicile. La prostitution publique fut, en 304, le martyre de cette sainte. L'Église fait toujours peindre les martyrs avec les instruments de leur supplice, comment s'en tire-t-elle à l'égard de sainte Luce?.... — Sainte Marcienne, vierge et martyre, au VIe siècle. Elle était africaine. Jésus-Christ était son époux. Pleine de zèle, un jour, sur la place publique de Césarée, elle abattit la tête d'une Diane de marbre. On la livra à la bonne volonté des gladiateurs. — La vierge Marie, mère de Dieu. Le destin de la terre a dépendu d'un oui ou d'un non, car si la Vierge eut répondu non, sèchement, aux propositions du saint Esprit, nous n'avions ni Jésus, ni le christianisme, ni les papes, les cardinaux, les évêques, les prêtres, ni les inquisitions, les croisades, les Saint- Barthélémy, etc., etc. — Sainte Marie, de Béthanie et sainte Marthe. C'étaient deux amies
intimes de Jésus, mais souvent rivales. L'une, assise aux pieds de son doux Sauveur, le contemplait, recueillait ses soupirs, et ne perdait pas une seule de ses paroles. L'autre allait, venait, et préparait le repas; mais elle n'obtenait que la seconde place dans le cœur de Jésus. — Sainte Marie-Magdeleine. On sait que Jésus lui chassa du corps sept démons charnels qui la tourmentaient. Elle en fut si reconnaissante que, dès lors, elle s'attacha à lui et le suivit dans tous ses voyases. Son histoire est, du reste, trop connue pour la répéter ici. — Sainte Maxime, martyre sous les Vandales. Esclave elle-même, on la maria avec un autre esclave, mais à la première nuit, elle arrêta son époux au beau milieu de la carrière et lui défendit de toucher charnellement à l'épouse d'un Dieu. Le mari obéit et ils se sauvèrent tous deux de chez leur patron; mais malheureusement celui-ci les fît poursuivre et châtier. — Sainte Olympiade. Veuve très-jeune, elle épousa l'Eglise en secondes noces. Elle passa le reste de sa vie dans la société de huit à dix évêques, à la tête desquels il faut placer saint Chrysostome, son pasteur habituel, qui mangeait chez elle et qu'elle entretenait de tout. — Sainte Paule, dame romaine. Elle naquit à Rome en 347 et perdit son mari à l'âge de trente-deux ans. Elle consacra alors sa viduité à J.-C. Pour plaire à son nouvel époux, elle ruina ses enfants; mais elle ne mangeait, dit la Légende, avec aucun homme, quelque saint qu'il fût, pas même avec les évêques. Elle s'attacha pourtant à Paulin, prélat d'Antioche, et elle logea chez elle saint Epiphane, évêque de Salamine, saint Jérôme, etc. — Sainte Radegonde, femme de Clotaire, roi de France. Comme elle avait beaucoup
de dévotion, elle faisait enrager son mari : lorsqu'il voulait l'approcher, il n'embrassait qu'un fagot d'épines semées sur le cilice qu'elle portait toujours. Il lui rendit enfin sa liberté ; elle se retira aussitôt dans un couvent et se fit ordonner diaconesse. Un bon prêtre italien, nommé Fortunat, bel esprit, qui faisait des vers, lui servit de directeur, de secrétaire et enfin d'homme d'affaires pour tous les besoins qu'elle put avoir. Elle connut Grégoire, l'évêque de Tours et d'autres hommes de lettres. Elle était jolie, spirituelle et l'on croit même qu'elle faisait aussi des vers. — Sainte Saîomé, femme du pêcheur Zébédée. Elle abandonna son mari pour suivre J.-C. que, jusqu'à sa mort, elle accompagna partout. Elle emmena avec elle ses deux enfants, Jacques et Jean, qui devinrent apôtres, de sorte que le pauvre Zébédée eut le temps de réfléchir tout seul. — Sainte Thérèse, née en 1515 à Avila, dans la Vieille Castille, d'une famille noble. A force de lire la Vie des Saints, elle s'échappa un jour avec un de ses frères pour aller chercher le martyre parmi les Maures. On les ramena à la maison, mais à la mort de sa mère, qu'elle perdit à l'âge de 12 ans, son père dut la mettre dans un couvent et, en 1536, à l'âge de 21 ans, elle fit profession définitivement dans le monastère de l'Incarnation, à Avila. Des maladies, suites d'une continence forcée et des lectures d'ouvrages mystiques, affaiblissaient son esprit, et elle éprouvait le besoin d'un bon directeur. Elle fut vingt ans sans en rencontrer un qui comprit suffisamment ses dispositions, aussi toute son oraison était de se représenter l'humanité de Jésus. Elle s'éleva à l'oraison de quiétude et quelquefois à celle d'union, c'est-à-dire à la jouissance
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simple de Dieu. Une maladie de nerfs s'étant emparée d'elle, elle prit saint Joseph pour patron ; puis, une fois guérie, elle se livra pendant plusieurs années aux dissipations et reçut beaucoup de visites. Revenue à sa première ferveur, le doux Jésus lui rendit ses grâces, lui accorda ses faveurs, ne se déroba plus à ses caresses, et lui apparut sous des formes sensibles et palpables. Nous sommes redevables à ces moments d'extase des écrits mystiques qu'elle nous a laissés : le Château de lame, qu'elle composa par l'ordre du père Jérôme Gracien qu'elle estimait beaucoup, Ses Pensées sur le Cantique des cantiques, que la Sainte-Inquisition crut devoir condamner, etc. Quand elle eut plus de cinquante ans, elle se mit à réformer les religieuses et les religieux. Avec le Père Jean de la Croix, elle fonda un monastère qui devint l'origine des Carmes déchaussés. Elle en fonda d'autres encore, puis réforma 14 monastères d'hommes et 16 de filles. Aussi fit-elle plusieurs ouvrages sur ce sujet : La manière de visiter les monastères des religieux, etc. — Sainte Ursule et ses compagnes, appelées vulgairement les on^e mille vierges. C'est avec jusïice qu'on appelle le livre où l'on trouve de telles merveilles la Légende dorée. C'est Cologne, ville privilégiée, qui fut le glorieux théâtre de ce fait historique. Si l'on en croyait plusieurs savants, tels que Sirmond, Valois, etc., ce nombre de onze mille se réduirait à une seule personne, qui s'appelait Unde Cimilla, nom qu'un traducteur maladroit aurait francisé en ceux de on\e mille. Un autre auteur, Usuard, dit qu'elles étaient onze en tout. Quelques critiques ont été jusqu'à prétendre qu'il n'y avait jamais eu même de sainte Ursule: mais non-seule-
ment l'Eglise en reconnaît une, mais elle a créé un ordre de religieuses qui prennent le nom de cette sainte. — Sainte Ulphe, picarde. Il paraît qu'elle était jolie, car pour se débarrasser de ses amants et ôter à Jésus, son époux, tout sujet de jalousie, elle s'égratigna tout le visage, puis elle se retira dans un désert où elle devint la chère pénitente de saint Domice qui s'y était retiré aussi. — Sainte Zoé, femme d'un greffier et martyre à Rome. Elle était muette, mais saint Sébastien lui rendit miraculeusement la parole. Nous n'avons pu avoir d'autres détails. — En somme, Sylvain Maréchal aurait pu trouver encore à rire de beaucoup d'autres saintes, mais l'on sait que c'était un honnête homme et il a craint d'en avoir trop dit déjà.
Éléments de science sociale ou religion physique, sexuelle et naturelle; par un docteur en médecine (Londres, 1869, gr. in- 12 de xvi-660 pp. ; à Paris, chez Germer Baillière, 6 fr.) Ouvrage traduit de l'anglais, d'après la septième édition anglaise, revue et corrigée par l'auteur avec cette épigraphe :
« On ne peut ni prévenir, ni guérir ies maux de la société, tout comme les maladies du corps, à moins d'en parler ouvertement, n
John Stuart Mill.
Cet ouvrage assez volumineux et fort original dans ses idées, traite d'un assez grand nombre de sujets : L'homme médecin — La femme médecin — La vie et la mort — La santé des villes — Les maladies
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mentales — Le spiritualisme — Maladies des organes génitaux — Maux produits par la continence, l'excès, l'abus, la prostitution — Population — Religion naturelle, etc. Tout cela est traité d'une manière sérieuse et qui inspire d'autant plus de confiance que l'auteur du livre reste inconnu et que ce n'est pas pour se faire des clients qu'il écrit
Nous donnerons quelques spécimens de sa manière :
« Si je n'avais craint d'affliger un membre de ma famille, j'aurais cru de mon devoir de mettre mon nom en tête de ce livre, afin d'encourir seul tout blâme qui pourrait être déversé sur l'ouvrage. »
« Mon vœu le plus ardent est de voir bientôt le
jour où chacun pourra librement déclarer ce que lui suggèrent sa conscience et sa foi, sans s'exposer à l'intolérance ; et où les matières qui sont traitées dans ces pages seront universellement comprises et ouvertement discutées. »
Ces lignes émanent d'un membre de la société intelligente de la libre Angleterre ; libre politiquement, mais asservie comme tant d'autres sous le plus tenace des despotismes, celui du cant et de l'hypocrisie mondaine et religieuse. Un sentiment généreux domine tout le livre, écrit malheureusement d'une manière diffuse. Les premiers chapitres traitent de la vie et de la mort, des maladies sexuelles, de la prostitution, de la pauvreté, et il se termine par des chapitres intéressants sur la dignité, la liberté, l'indépendance, et enfin par l'examen des doctrines économiques, parmi lesquelles celle de Malthus, que l'auteur considère comme une panacée contre tous les maux qu'il a décrits.
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Les diverses écoles socialistes ont démontré que la terre pouvait produire infiniment plus de choses utiles, et qu'un manque d équilibre entre le produit et la population n'était pas à craindre pour l'avenir; mais il faut reconnaître que dans les vieux pays le mal existe et qu'il durera jusqu'à ce que la production et une meilleure répartition puissent élever considérablement le niveau du bien-être. Sous ce rapport les raisons économiques de notre auteur méritent d'être prises en considération.
« L'humanité, dit-il, souffre de trois maux: manque d'amour, manque de loisir et manque d'aliments. Les déshérités des deux sexes en se livrant à l'amour accroissent leur misère. Les privilégiés que le bienêtre rend prudents n'ont à leur service que l'amour vénal et souffrent et se démoralisent faute d'amour vrai.
« Le manque d'amour est chez les riches et surtout pour les jeunes demoiselles un mal qui flétrit et dessèche presqu'autant que l'absence de nourriture et de loisir chez le pauvre. Cette circonstance mine sourdement le bonheur et la santé et fait de nos réunions, de nos parties de plaisir, de nos bals, de nos soirées, une mascarade fausse et artificielle où la gaieté sans joie cache mal les douleurs du cœur. »
Pour que chacun ait sa part d'amour, de loisir et d'aliments, il faut un frein préventif à l'accroissement de la population. Ce frein ne peut être imposé, il faut que la nécessité en soit comprise par tous, et comment tous pourront-ils savoir même découvrir les moyens à employer, si une fausse éducation dérobe aux yeux de tous la connaissance scientifique de notre organisme et des lois qui le régissent i
La femme est plus que l'homme exclue du domaine de la science positive, et cependant comme éducatrice de l'enfance, comme régulatrice de la population elle devrait être aussi instruite que l'homme des lois physiques, dont elle est l'agent conservateur.
La jeune fille ne sait de ces lois que ce qu'elle en devine ou ce qu'elle imagine. Ses émotions physiques sont faussées par un idéal romanesque, et comme elle n'a pas la même liberté morale que l'homme pour contrôler cet idéal, il en résulte un malentendu entre eux qui détruit tout amour vrai.
Cette manière d'être nous vient des religions spiritualistes révélées. La religion physique, au contraire, croit nécessairement à tout ce que la science démontre, et elle tient pour certain que l'esprit est lié à un cerveau organisé matériellement et ne peut en être séparé. De là, solidarité de tous les organes humains, et leur sainteté, c'est-à-dire, utilité de toutes leurs fonctions.
Pourquoi alors considérer comme honteuses certaines parties de notre corps? N'ont-elles pas le même titre au respect que les autres ? C'est à cette fausse pudeur, que l'auteur appelle morbide, que nous devons le développement de maladies qui empoisonnent notre espèce et que le médecin ne peut deviner à leur début, parce qu'elles sont tenues secrètes.
Il n'est rien dont l'humanité souffre plus de nos jours que du manque de respect pour le corps de l'homme. La plupart des gens, même les mieux élevés, passent leur vie dans l'ignorance de l'organisation de ce corps et des lois qui le régissent. L'uni-
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vers matériel est négligé comme le corps, qui le représente dans l'homme, et les métiers manuels sont considérés comme inférieurs aux occupations intellectuelles.
La science et surtout celle de la médecine est incomplète sans le concours de la femme. Les deux sexes ont des points de vue séparés, ils diffèrent en pensée, en jugement, en sentiment. Les états de santé de la femme et ceux de l'homme sont différents. Chaque sexe est appelé à raisonner objectivement sur l'autre, et cela sur tous les sujets. Chacun doit essayer de présenter à l'autre une image aussi parfaite que possible de la manière dont il se regarde lui-même.... »
Il est impossible de donner un aperçu complet de tout ce que renferme ce substantiel volume, concernant les questions économiques ; volume difficile à lire, souvent diffus, mais dont quelques pages rachètent ces défauts par une éloquence chaleureuse et qui part du cœur. Nous terminerons ce rapide aperçu par le passage suivant qui donne la philosophie de l'ouvrage :
« Les adorateurs de la Nature devraient exiger que leur foi fut reçue dans la société comme les différentes formes de la religion surnaturelle le sont aujourd'hui Il n'est rien dont la religion naturelle ait
plus besoin der nos jours que la définition de ses principes, l'union de ses efforts ; elle a besoin de conquérir une place reconnue, un nom qui puisse protéger ses partisans contre l'intolérance religieuse.
« Je crois que, si cela se faisait et si tous ceux qui ont renoncé au christianisme déclaraient leur conviction et leur foi noblement comme l'ont fait Bradlaugh,
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Holyoake (1), Newman. Robert Owen, Thomas Carlyle, miss Martineau et bien d'autres, ils formeraient le plus puissant corps religieux de l'époque. Tant qu'on n'aura pas fait un mouvement sérieux et public dans ce sens, nous ne pouvons nous attendre à voir la société traiter avec le respect qui leur est dû les opinions des esprits extrêmement nombreux qui ne croient pas aux religions surnaturelles établies. »
(Page 450).
Encyclopédie monastique, ou Histoire des monastères, congrégations religieuses et couvents qui ont existé en France, etc. ; par Ch. Chabot. Paris, 1827, in-8° de xx-448 pages.
Jules-Charles Chabot, connu aussi sous les pseudonymes de Chabot de Bouin, d'Octave de St-Ernest, de Michel Morin, etc., naquit à Paris en 1805 et y ;
(1) Holyoake (John) ; c'est un théologien contemporain, qui est fort peu connu, hors en Angleterre. Il s'est acquis une certaine notoriété par la création d'une secte anti-religieuse, appelée le Sécularisme. Dans la revue hebdomadaire qu'il a fondée vers 1850, The Reasoner (Le Raisonneur) il a pris pour tâche, non-seulement de signaler les abus ou les fautes des diverses églises, mais encore d'établir que, si Dieu existe, il est impossible de rien savoir de son existence. Notre origine et notre fin étant, selon cette doctrine, des choses impénétrables et indifférentes, nous devons vivre dans le siècle, et le mieux possible .Sous ce drapeau, plusieurs sociétés se sont formées en Angleterre et ont établi des conférences et des cours publics, auxquels les nombreux ouvrages de M. Holyoake servirent de base.
En 1852, une controverse entre ce dernier et des ministres eut lieu à l'Institution scientifique de Londres, et elle a été | renouvelée, en 1854, à Glasgow, devant plus de 3,000 personnes.
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mourut en 1857, après avoir produit nombre de petites pièces de spectacle, de petites brochures facétieuses, dont on trouve la liste dans la Bibliographie de l'amour du C. d'I*"*. L'Encyclopédie monastique, qui forme un beau volume in-8', est son principal ouvrage, mais il n'est pas assez intéressant pour qu'un amateur croie devoir le joindre à sa bibliothèque. Il y a cependant un certain nombre d'anecdotes assez piquantes et nous avons pensé pouvoir en extraire quelques-unes pour joindre à notre petit musée. Ce sont les suivantes :
Fontevraud.
La gloire de cet institut est due, après Dieu, à Robert, surnommé d'Arbrisselle, du lieu de sa naissance, qui est un petit village de la Bretagne.
Il s'attacha à la direction du sexe, et s'appliqua sans relâche à chercher des brebis égarées, afin de les ramener au bercail. Il gagna Bertrade, qui avait eu trois enfans d'un commerce adultère avec Philippe Ier. A Rouen, étant entré dans un lieu de débauche, il y convertit toutes les filles de joie de la ville, qui l'y vinrent trouver, croyant qu'il était venu dans cet endroit pour tout autre dessein. Ses prédications faisaient tant de bruit, qu'il était suivi dans ses voyages d'un nombre prodigieux d'hommes et de femmes. Parmi celles-ci, il fit entrer les vierges dans un couvent dédié à la sainte Vierge, et celles qui ne l'étaient pas, dans un autre bâtiment, sous l'invocation de sainte Madeleine. Enfin, le 28 octobre de l'an 1115, six mois avant sa mort, il fit rassembler tous les frères, afin de consommer le grand œuvre,
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auquel il travaillait depuis longtemps, et leur dit : « Mes chers enfants, vous savez que tout ce que j'ai fait dans le monde jusqu'ici n'a été que pour nos chères soeurs les religieuses. De toutes les communautés qui sont dans l'Eglise, il n'en est aucune où les hommes fassent vœu d'obéissance aux femmes. Délibérez donc entre vous, tandis que je suis en vie, si vous voulez persister dans votre sainte résolution d'obéir aux épouses de Jésus-Christ. »
Les frères, déjà accoutumés depuis longtemps au service du sexe, donnèrent sans peine leur consentement à la proposition de Robert, et témoignèrent publiquement combien le gouvernement gynarchique leur serait agréable.
Parmi cette multitude prodigieuse de femmes et de filles qui composaient la suite de Robert, et qui montaient à deux ou trois mille, il n'était pas facile de choisir une supérieure capable de gouverner cette double communauté.
Le ciel se déclara en faveur de Pétronille de Chemillé, vénérable matrone, veuve de quatre maris, et qui était encore vigoureuse, pleine de force et de santé.
Les frères applaudirent à ce choix avec de grandes acclamations. Pétronille fut la seule qui désapprouva l'élection qu'on faisait de sa personne pour une si éminente dignité. « Il n'appartient, disait-elle, qu'à une vierge de conduire des vierges. Hélas ! combien suisje éloignée de cette qualité, moi qui ai passé successivement jusqu'aux quatrièmes noces ! » Elle fut néanmoins obligée de céder aux instances des frères. On lui mit la crosse en main, la croix sur la poitrine ; et, après les cérémonies d'usage, on l'intronisa solennel-
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lement. Alors Robert se prosterna à ses pieds, la reconnaissant pour sa dame et sa supérieure, et lui voua en cette qualité une obéissance irrévocable. Tous les frères, attendris jusqu'aux larmes, suivirent cet exemple. Dès que l'action de Robert fut sue, on en parla diversement dans le public. Les uns l'approuvèrent comme une action sainte et inspirée du ciel ; les autres, en plus grand nombre, la blâmèrent hautement, et la traitèrent d'illusion et d'extravagance. Nous possédons des lettres accablantes qui lui furent écrites par Marbode, évêque de Rennes, et Godefroi,abbé de Vendôme. Celle de ce dernier nous a été conservée par le savant père Sirmond, jésuite. Marbode lui reprochait de ne pas se contenter de recevoir à sa table ses prosélytes imprudentes, mais de les admettre encore dans son lit. Cum ipsis etiam, et inter ipsas noctu cubare non erubescis, ajoutait Godefroi de Vendôme, novum et inauditum, sed infructuosum martyrii genus : martyrium sanctis martyribus penitùs ignotum.
Ce martyre, dont il est ici question, était celui de la chasteté, pratiqué déjà par saint Adhelme.
Les disciples de Robert voulurent aussi prendre leur essor jusqu'au ciel ; mais ils n'avaient pas les ailes assez fortes pour suivre le vol de l'aigle : ils firent une malheureuse chute dès qu'ils voulurent s'élever trop haut. Un feu caché sous la cendre, et mal éteint, se ralluma bientôt par la trop grande proximité des deux sexes : il excita un incendie qui menaçait tout Fontevraud. Robert ouvrit les yeux à la clarté de la flamme qui avait pris aux quatre coins du monastère. Il était déjà trop tard pour éteindre l'embrasement. Les précautions qu'il prit de
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renfermer séparément les hommes et les femmes, d'imposer à celles-ci un silence perpétuel, et de les faire garder soigneusement dans de fortes prisons, ne servirent de rien ; le mal était déjà fait. Cependant Robert, avec l'aide de Dieu, parvint à rétablir la régularité dans l'ordre dont il était le fondateur. Après sa mort, les choses demeurèrent dans le même état par la fermeté de Pétronille, abbesse, et d'Andegarde, prieure, et par la vigilance des abbesses et prieures qui lui succédèrent; et, malgré l'envie qui ne cherche qu'à noircir les serviteurs de Dieu, l'Église a vu dans son sein, avec beaucoup d'édification, la séparation des hommes et des femmes à Fontevraud, quoique sous le même toit.
Aux trois vœux ordinaires qu'on faisait en présence de l'abbess'e, le postulant ajoutait celui de servir avec révérence, jusqu'à la mort, les servantes de Jésus-Christ. Le religieux qui administra le viatique à Jeanne-Baptiste de Bourbon, abbesse, lui présenta l'hostie avec cette apostrophe : Accipe, soror, viaticum... Elle lui arrêta brusquement la main, et lui dit avec émotion : Dites, dites mater; un arrêt vous l'ordonne.
Le père Héliot fait remarquer à ceux qui s'étonneraient de la singularité de cet institut, qu'il n'était pas l'unique de ce genre. On pourrait citer celui de sainte Brigitte, où le nombre des religieuses était fixé à soixante et celui des religieux à treize.
{Encyclopédie monastique, pp. 192-196).