‹ Analectes du bibliophile; recueil trimestriel contenant:Chapitre 11 sur 14 · I.'afléterie et le Inace de la bOTUveoiee oommtine · texte numérisé non relu

I.'afléterie et le Inace de la bOTUveoiee oommtine

Mais considère un peu ces autres Qui ne sont pas meilleurs apôtres Qui portent la brette au côté Avec un air de vanité.

Ceitaylà reçoivent des caresses De leurs coquettes de maîtresses, Qui marchent en château branlant Et crèvent de rire en parlant.

Diroit-on pas que ces fiouettes Ont des têtes de girouettes f Tu vois qu'elles font à dessein Une boutique de leur sein.

Afin de donner dans la vue Et faire voir leur cou de grue.

Ne regarde pas leur tétin.

Mais considère leur patin Qui d'un demi-pied les élève.

En vérité, cela me grève.

Cette contrainte m» déplaît.

gi CRITIQ.UB, ANALYSES ET EXTRAITS

Que ne se tient-on comme on eit ?

Auroient-elles moins de mérites Pour paraître à nos yeux petites ?

Je ne puis souffrir ces n*bans Et ces boutiques de galans Qu^elles portent dessus leurs jupes ; Car c''est ce qui fait tant de dupes.

Pourquoi ces passemens nouveaux Qui ressemblent à des réseaux, Ces boutons à queue, et guipures.

Qui perdent tant de créatures, Et ces moucfioirs de cent écus Qui font tant de maris cocus î Il est honteux dans notre France D'en f>oir une telle abondance.

Il semble que Von fait mépris Et des arrêts et des édite.

C'est à la cour, quoi qu'on en die.

Qu'appartient cette braverie ; Pourqx*oi faut-il que les bourgeois Violent les ordres de nos rois f On ne distingue plus nos dames D'avecque le commun des femmes.

Dis qu'une personne d'honneur Prend quelque jupe de couleur , Ou dès qu'elle change de mode , Enfin dès qu'elle s'accommode Dedans un habit éclatant.

Une bourgeoise en fait autant.

Elle s'ornera de panaches Et s'appliquera des moustaches.

Des postiches, des faux cheveux , Des tours, des tresses et des nœuds.

Des coeffes demi blanches, jaunes Où les toiles entrent par aunes, De ces beaux taffetas rayés Qui parfois ne sont pas payés; Car souvent tant de braverie

D*0UYRA(S8 INTéRBftSANTS. g3

Cache beaucoup de gueuserie.

Tu t'étonnes de mes discours f Je vois ces choses tous Us jours; Et je sais comme on se gouverne Parmi ce monde qtte je berne.

Regarde un peu derrière toi; Ne croirois'tu pas comme moi Que, cette femme avec son li*stre Fût épotMe de quelque illustre f C'est la femme d'un pâtissier; Cette autre Vest d'un épicier :

Celle qui passe est boulangère, Sa compagne est une mercière Qui tient sa boutique au Palais.

Leurs maris sont-ils pas niais Et de leurs femmes bien esclcnes. De souffrir qu'elles soient si braves f Comment faudra-t-il habiller Une femme de conseiller f Et comment une présidente f Puisqu'une moindre mercadante, Ou la femme d'un procureur A plt*s que ces femmes d'fionneur.

Fi I fU mon cher ami, j'enrage Quand je vois ce mauvais ménage.

Les familles pleines de bien Ne doivent pas s'épargner rien; U faut que la belle dépense Soit pour les femmes de naissance, Le bourgeois à proportion Et selon sa condition.

Car enfin il est ridicule.

Jamais rien je ne dissimule, Qu'une fille qu'on mariera, Qui fille de marchand sera , Et parfois marchand sans négoces, Voudra que le jour de ses noces, Son pauvre père, sans pouvoir.

94 CRITIQUE, ANALrSBS IT EXTRAITS

L'habille d'un riehê habit noir.

Ou de moire, ou de ferandine, Et désirera, la badine.

Toute excuse et raison à part, D'avoir la jupe de brocart.

Eh qw>i! dira-t^lle, éplorée, Madame telle, mariée, Qui plus de bien gwe mot n'a pas , A bien pris de plus hauts états.

Que diroit'On de moi, mon père ?

Là-^ssus, et parens et mère Tirent de lui, bon gré, malgré, De quoi l'habiller à son gré, Et le mari tout fou encore, Qui, nouveau marié, l'adore, Souffre ce grand vol qu'elle prend Dont à loisir il se repent

Un voisin & qui une voisine donne rendez-vons ponr passer la nuit avec elle.

Ici l'on ne trouve personne.

Voilà déjà minuit qui sonne; Nous n'avons plus rien à chercher.

Car le monde s'en va cottcher.

Toutefois , par ce clair de lune.

Il faut encor busquer fortune.

Tout s'accorde à notre désir.

Tu t'en vas avoir du plaisir :

Prenons un peu de patience.

Que pas un de nous deux n'avance .

Ecoute ee coup de sifflet.

Cet homme sait bien ce qu'il fait.

Déjà je vois d'ici paraître Une maîtresse à la fenêtre, Qui crache, tousse avec éclat.

Jette son pot plein de pissat ,

d'ouvrages INTéltESSANTS. qS

Pour voir si nul ne la regardé, D^autant qî4e beaucoup il leur tarde Outils ne soient ensemble tous deux Pour jouer leurs beat*x petits jeux.

As-tu vu de la mime porte Sortir un grand homme qui porte Une lanterne dans sa main f Je ne jtige jamais en vain:

Je le crois mari de la femme Que cet autre inquiété réclame.

Et qui lui donne le signal Pour faire avec elle du mal.

Ce pauvre époux, qui n'aime qu''elle, Croit son épouse bien fidèle , Quoiqu'il soit un petit grossier, Et comme il est officier, D'une grande maison voisine, Il s'en retourne à la cuisine Après avoir dans sa maison Porté quelque provision.

Cependant la jeune folâtre , De son beau galant idolâtre, En V absence de son époux Lui donne quelque rendez-vous.

Vois-tu comme il passe et repasse ?

Les plaisans tours de passer-passe !

Sitôt qu'il aperçoit quelqu'un Pour son dessein trop importun, Toujours trwiblant il se retire Et n'ose ni tousser ni rire.

Pour Vautre, impatiente aussi.

Tantôt la voilà, la voici; Elle se retire ou s'avance Suivant la crainte ou l'espérance.

Et voudroit, pour faire un péché.

Que tout le monde fût couché.

Dés qu'elle voit une chandelle, Je pense qu'elle est tout hors d^elle,

96 CIITKIUI^ AHALTSE8 ET EmUITS.

Dofw la crainte que son mart 2f« eoupê Vh€rb* «m favori, Enfim, Tofi n^entend plui personne, ParUmt Vhorloge une heure sonne; Le calant revient s%ir ses pas.

Ils se parlent tous de%uc tout bas] sue àeseend, la porte s'ouvre, Et dans son wkonteau qui le couvre n entre sans faire de bruit Pour ypaeeer toute la nuit.. ..

Ia maiaoBL du roi, pour Vm tepiaaerifls et maaufkotiires.

Enfin, void les Gobelins,

Où régnent les exeellens vins

Et les bières délicieuses

Pour les buveurs et les buveuses;

Car il est des femmes aussi

Qui viennent s*égayer ici.

Regarde que de lieux à boire,

Et cotnme un chacun se fait gloire

De s*enivrer gaillardement.

Et de se soûler proprement.

Ici sont petits corps de garde

Pour y rire avec la gaillarde;

Là sont les petits liettx d'honneur

Où vont tous les bourgeois buveurs ;

Les cabarets d'où Von ne bouge,

Cest celui de la Rose rouge.

Du Lion d'or, du Mouton blanc.

Du Dauphin, où le vin est franc.

Du Juste, où Flamands et Flamandes,

Allemands avec Allemandes ,

Et plusieurs autres étrangers

STemibarquent sans aucuns dangers.

d'ouvrages intéressants. 97

Ici Von trouve toute* choses.

Et tout y flaire comme roses.

Les andouilles, les cervelas.

Les poulets et les chapons gras.

Les grillades et les saucisses.

Dont le palais craint les épices :

Car mettant le palais en feu, On ne sauroit boire ^pour peu.

Mais, sans raisonner davantage.

Pour terminer notre voyage.

Allons, ami, nous reposer Dans ce cabaret, et causer.

Je n'en puis plus de lassitude.

Et suis même en inquiétude De te voir aussi las que moi.

Nous avons bien marché, ma foi, Et Von causera dans le monde De notre course vagabonde.

Quand nous nous serons divertis, Quand d'ici nous serons sortis.

Toits deux nous irons dans la couche Fermer et les yeux et la bouche ; Et si je vais à mon réveil Qu'H fasse encore beau soleil, Le beau temps me fera peut -être Une seconde fois renaître Le désir de te faire voir Cent choses que tu dois savoir.

Et puis tu vois que notre course TTa point intéressé ta bourse ; J'ai commencé de payer tout; Et je veux aller jusqu'au bout C'est ainsi qu'un ami doit faire Alors qu'il a le nécessaire.

Si demain nous courons le jour , Tu pourras payer à ton tour.

Cependant buvons, je te prie :

Ce vin me donne de la vie,

Et depuis que fen ai goûté Je iuis en meilleure santé.

Cependant, afin de mieux boire Et de mieiM! branler la mâchoire ^ Moi-même je m'en vais là-bas Paire choix de qt*elques bons plats.

Je sais comme Von s'accommode^ Et quelle est dHci la méthode.

Quand une fois marché est fait, On n'a plus V esprit inquiet Et Von ne craint plus, à sa honte, Que trop haut un éeot ne monte.

Bois donc, cependant que j'irai, Et bientôt je retournerai»

La Promenade de Versailles, on Entretiens de six coquettes. La Haye

(Paris?), 1736, 1737, petit in-12 de 200 pp., plus le titre et la préface.

Ce petit volume est assez rare. Il s'en est vendu, dans une vente faite par Techener en 1869, un exemplaire au prix de 8 francs; un autre exemplaire est conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal. L'auteur en serait, dit-on, un nommé de Saint-Paul, mort en 1768, membre de TAcademie de Rouen , et qui avait été mousquetaire du roi. Il raconte six histoires de coquettes fort peu intéressantes. La plus piquante est sans doute la plus courte , celle de la présidente de S***; et c'est la seule qui nous paraisse mériter

d'ouvrages intéressants. 99

d'être reproduite. Voici, à peu près comment s'exprime cette dame :

a ... Le président , mon époux , croit probablement que je lui suis fidèle, car il dit que je regarde et que j*ai toujours regardé tous les hommes, en général, comme autant de monstres. Il se trompe ; je les aime tous, au contraire^sans distinction et plus que je ne l'aime lui-même.

« Je n'avais que quatorze ans et quelques mois quand il m^épousa. Je conçus dès-lors de l'aversion pour lui et je n'ai jamais pu la surmonter. J'avais le cœur le plus tendre cependant^ et le plus facile à se donner; mais, en même temps, incapable de se fixer à qui que ce soit. J'aime tous les hommes, mais seulement durant le temps nécessaire pour commencer et mener à fin une courte intrigue.

« Avec un tel penchant , je n*ai donc (jamais éprouvé ce qu'on appelle des grands sentiments, et il me suffira de vous raconter ma première aventure, celle par laquelle j*ai pris mon essor, et dont toutes les autres ne sont guère que des copies.

« Comme le président m'a, toujours laissée libre de voir le monde , de faire des parties de plaisir, de spectacle, de jeu, j'ai beaucoup moins besoin de me gêner que bien d'autres femmes.

Mais^ je vous fais languir^ et j'entre en matière.

€ Il y avait à peine un mois que j'étais mariée ; me trouvant seule dans ma chambre , je

lOO CftITIQUE, ANALYSES ET EXTRAITS

fiÛBaif ré^^^îoA ^^^ quelques badinages assez ridicules que venait de faire, avant de me quitter, M. le président. Il est vrai que j*ai soa- ▼ent éprouvé depuis le même sentiment et reconnu que beaucoup d'autres hommes ne sont guère moins pitoyables dans leurs saillies. L'expérience ne m'ayant pas encore éclairée alors, je le crus exceptionnellement ridicule. Cette idée mMnspira la résolution de m'instruire de la vérité du fait , dès que j'en trouverais roccasion, et sans trop m'arréter aux conséquences qui en pouvaient résulter, car je trouvais cette curiosité fort naturelle et fort raisonnable. Après avoir bien pensé à la manière dont je pourrais m'y prendre pour avoir bientèt une telle occasion, le hasard amena précisément un laquais auprès de moi. Saint-Jean, lui dis-je, mon ami, vous êtes bien fait. Voulez-vous m'aimerl J'aurai soin de votre fortune. — Madame, me répondit-il, je n'oserais vous dire que je vous aime de tout mon cœur, mais soyez assurée, s'il vous plaît, de tout mon respect et de toute mon obéissance. Ordonnez-moi tout ce que vous voudrez et je serai toujours prêt à remplir de suite les ordres dont vous m'honorerez. — Eh bien, lui disje, je vous aime. Prouvez-moi dans ce moment que vous me payez de retour ; voilà tout ce que je vous demande. — Je n'eus pas besoin de le lui dire deux fois ; il me prouva de suite son obéissance et sa bonne volonté. Il renchérit de toute manière sur M. le président, et je fus trèssatisfaite de mon expérience.

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