‹ Analectes historiques (volume 2)Chapitre 11 sur 24 · I. .%ii ^ecrétairr «rF.tBt <iv l'iiiiii|»ij|ieii · texte numérisé non relu

I. .%ii ^ecrétairr «rF.tBt <iv l'iiiiii|»ij|ieii

Londres, ce 6 mars 1785.

Monsieur, vous avez dû recevoir. la semaine dernière, le paijuet (|ue jai pris la liberté de vous adresser, et qui eonlenoil les Mémoires sur la Bastille. V^ous pouvez maintenant juger des égards avee lesquels j'ai traité ce sujet aussi cruel (|ue délicat. J'ose me flatter qu'il n'y a point d'homme honnête qui ne me sçaehe gré tout à la fois d avoir dévoilé les horreurs ,

(1) Après sa sorlie lie la iSaslille , t'ii 1782, Liiiguel élail revenu à Uruxelies. An mois de soplembie de celle année, il annonça au prince de Slarhemberi; qu'il aliail parlir pour Vienne, oii l'Empereui- lui avait permis de se rendre: au lieu de cela, il prit le ctiemin de l'Anglelerrej afin d'y faire imprimer ses Mémoires nur la Bastille , (jui parurent au commencement de 1783.

cl (le n'avoir rien donné à lii vengeance, dans une matière où il auroit été très-diflieile de nie blâmer, si je m'y ctois livré.

Ayant ainsi répondu aux désirs que Sa Majesté l'Empereur m'a manifestés en me recommandant la circonspection , je devois peu m'allendrc à deux espèces de désagrémens, et même de vexations, que j'é|)rouve en ce moment dans un païs de sa domination.

La première, c'est la hardiesse et la multiplicité des contrefacteurs qui se déclarent ouvertement à Bruxelles, à Malines, etc., et qui vont réimprimer les Annules, sans pudear comme sans obstacles, .\utrefois le S' Boubers, de Bruxelles, se pcrmetloil bien celte piraterie; mais c'éloit en secret : aujourd'hui je viens de voir son successeur Le Francq annoncer son biigandagc tout simplement dans les Afliches de votre ville; j'en ai reçu plusieurs exemplaires; un nommé Henick (I) en fait autant à Malines, à ce (pic Ton m'écrit. Je n'aurois i)as cru qu'il fût permis en Brabant ni ailleurs de faire servir les papiers publics autorisés par le gouvernemciU à faciliter le succès d'un pareil vol (2).

(I) ii:)iiic(|.

(-2) Le i>rince de Starlieinbt-rg consulta le procureur général de Urabanl, el ensuite le comte de Nény, cliel" et président du conseil privé, sur ce (|ui se pouvait faire pour donner salisfaclion à Linguel; voici la mtle ([ue Nény remit à ce sujet au secrétaire d'filal :

» il est certain que la conduite des imprimeurs de Bruxelles et de Malines à l'égard de la réimpression des Annales de M. Linguel présente un brigandage el une vraie piraterie, qui doit frustrer cet écrivain laborieux el éclairé d'une partie du fruit de son travail. Mais quel moyen y a-t-il d'empèclier elïicacemenl cette piraterie? On peut interdire aux imprimeurs d'ici de réimprimer un ouvrage sans permission; nos lois sont positives à cet égard : mais (ju'en résullera-l-il? On voit, par le rapport du |Mocui-eur général de Brabant , (pi'on contrefait déjà à Liège, oii nous n'avons rien à due, l'impression des Annules de M. Linguel; el si l'on en

Permettez- moi, monsieur, de vous faire une ol)servalion encore plus essentielle. Dans le temps où il était encore probable que je ne ehangerois pas de séjour. Sa Majesté, en m'assurant de sa protection, avoit désiré, si je voulois continuer à écrire, que je me soumisse à une censure; le gouvernement de Bruxelles a été le dépositaire de ses intentions à cet égard. Seroit-il possible que ce gouvernement voulût dispenser d'un joug auquel j'aurois été assujetti, des gens qui ne j)rcnnent ma livrée que pour me voler?

Je suis incapable d'abuser de ma liberté; mais eux ne j)euvent-ils pas abuser de leur licence, qui est déjà par elle-même un abus criminel? Et si quelqu(; ennemi adroit les corroujpoit, pour dénaturer mon travail; si on les engageoil, par ruse ou par fraude, ou [)ar séduction, à insérer dans leurs réim- |)ressions des cboses capables de compromettre, ou moi, ou des personnes que je respecterai toujours, je vous prie, monsieur, de réfléellir sur ce qui en résulteroit. Il se passeroil un temps infini avant que j'eusse pu me justifier. Comment mèn)e jiourrois-je me justifier?

Ainsi, si je suis, comme assurément je le serai toujours, circonspect, lionnèle, réservé, ces pirates en recueilleront tout le fruit; si à leur vol ils joignent l'infidélité ou des méprises, j'en courrai tous les risques. Mon honnêteté ne sera

inlerdisoil la réimpression ici, on coniroteroil cerlaincmenl l'original à Maestricht ou ailleurs dans les U^res de Fiollande. Alors le l^énéfice de la réimpression se trouveroiten pays étranger, sans aucun avantage ni pour M. Linguel, ni pour nos provinces. Toules ces réflexions se Uouvenl dans le rapport de M. le procureur général ; el après les avoir pesées avec M. de Fierlant, nous ne trouvons pas de moyen d'y remédier. .le l'ai mandé ainsi à M. Linguel le 22 de ce mois, en réponse à une lettre qu'il m'avoil écrite à ce sujet. S'il peut nous suggérer quelque moyen praticable de lui taire du bien , je pense (|ue le gouvernemenl se prêtera à l'adopter. >' Bruxelles, le ;26 avril 1783. «

utile que pour eux, et leur prévariojtliori ue sera dangereuse que pour moi.

Je vous prie, monsieur, de vouloir bien peser ces observalions, et de les mettre sous les yeux de Son Altesse le prince ministre (I). Ses bontés pour moi me font espérer qu'il voudra bien cbercber et trouver un moïen de me garantir de cette nouvelle sorte de persécution. Il me ré()ugnc diniportuiier Sa Majesté d'un objet s«ir lequel un seul signe de moiiseigiicui" le prince de Stbaremberg sufiit pour m'a-isurcr une pleine satisfaction.

Je sçais bien que je pourrois prendre un privilège; mais cela même auroit des inconvéniens : vous les devinez sans peine. Je ne demande ici que celui que la police assure en tout pais à tout bommc (jui le traverse ou s'y établit : c'est de n'y être ni volé ni assassiné. En cnvoïant mes Annales dans les Pays-Bas, sans privilège, je ne manijuc à rien, dès que ce qu'elles contiennent n'en blesse pas les loix : mais Le Francq et ses complices, en les réimprimant sans pj-ivilégc, manquent à ces loix qui le leur interdisent.

Ce (|ue j'attens donc de l'équité du gouvernement de Bruxelles, c'est (ju'on leur défende sérieusement de les réimprimer sans privilège, parce que c'est de leur part une prévarication, et (juc, s'ils dcmandoient ce privilège, on le leur refuse, parce (pie ce seroit une injustice; et par toute mu conduite, tant que j'ai été sous vos yeux, monsieui-, je crois n'avoir en aucun sens démérité de l'administration dont vous êtes l'organe.

L'autre contre-tems que j'essuie vient de la douanne d'Osicnde. Lagent cpie j'ai établi dans cette ville me marque qu'on

(1) Le prince (le .Slarliembrry, niiiiislrc pléiiip'jteiiliaire pour le ,^()Uvenienieiil îles I'avs-l>as.

exige un droit de chaque exemplaire des Annales qui passe par eelle ville. Le directeur de la poste vient de uiéme nie tracasser; il prétend qu'il a un droit exclusif sur la distribution , et même sur ma confiance. Moi oui ne lai jamais connu , (jui ne l'ai vu qu'une fois, il veut que je l'annonce au public comme étant mon plus cher correspondant et le dépositaire de toutes mes affections!

Je ne conçois rien à cette dernière prétention : je crois bien que je réussirai à m'en débarrasser tout seul; mais celles de la douanne, j'ai absolument besoin de votre secours. J'ose vous j)rier, monsieur, de vouloir bien obtenir de Son Altesse que la régie me laisse ime francbise qui ne lui nuira pas beaucoup, puisque presque tout ce que j'adresse à Ostende ne peut y devoir que le irunsit , ou bien qu'on fixe une redevance quelconque au moïen de laquelle mon agent ne soit |)lus sujet à une inspection qui cause des retards, des avaries cl des pertes en tout sens.

Hicn de tout cela navoit lieu autrefois, quand j'ai commencé à écrire d'ici. Mes sentimens sont les mêmes pour le pa3s et pour les personnes qui l'habitent : je ne vois pas pour quelle raison les procédés changeroient.

Je suis, avec un respect dont je vous prie de faire partager les assurances à M. le chancelier, votre frère (I),

Monsieur,

Votre très-humble el très-obéissant serviteur.

LlNfiUET.

(I) Joseph lie Cruni|>i|)en , ohîincelier Ju conseil do F'rabanl, IVère aine • In s('( rciaiir d'Klai.

( dSO )

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