‹ Analectes historiques (volume 2)Chapitre 12 sur 24 · II. %u romio fie neiKloJotiO · texte numérisé non relu

II. %u romio fie neiKloJotiO

Londres, ce 13. juillet ns'i.

Monsieur \c comlc, je ne pou vois recevoir «l'assura nées plus nalteuses et plus (ranquilisautes que celles qui m'ont clé données, le 2 tle ce mois, de la part de Voire Excellence,

(I) Cette lettre était accompagnée d'une autre lellie de la même date , éci'ite on ne voit pas à qui (la suscriplion y manque), mais certainement à quelqu'un qui avait la confiance du ministre plénipotentiaire. Dans celle-ci, Linguet exprime ouvertement le désir que l'Empereur fasse demander directement au roi de France, par son ambassadeur à Paris, la permission de rattacher à son service : « D'abord, dit-il, cette démarche .' me seroit honorable. Je sçais bien qu'elle n'est pas absolument néce.s- » .saire pour les lettres de naturalité dont je parle à Son Excellence, mais » elle les rendroit plus flatteuses et plus respectables , ainsi que le di|»lùme n dont je parle aussi, dans le cas oii Sa Majesté se détermineroit à me >> l'accorder. De plus, j'y Irouverois un doul)le avantage : ce seroil un » abri contre tonte espèce de tentative de la part du dangereux adver- •1 saire (|ue sa propre injustice m'a donné; ce seroit aussi un titre plus « précis à la protection de Sa Majesté dans la poursuite de mes aiïaires '< civiles. Devenu son sujet, sans être déserteur de la France, il n'y « auroit plus de crédit qui osât, dans le royaume, essayer de me fermer >i l'accès des tribunaux. Enfin à cette acquisition Sa Majesté gagneroit » peu; mais, en France, on commcnceroil peut-être à soupçonner qu'on >' auroit perdu quelque chose. «

Quelques jours après avoir écrit cette lettre, Linguet revint aux Pays-lîas; il reçut probablement du ministre un accueil qui lui fit concevoir de grandes espérances, car il loua, pour s'y établir, une maison située entre Marly et Trois- Fontaines , le long du canal de Bruxelles à Willcbroeck. Il retourna, au mois d'aoiit, à Londres, afin d'y emballer ses meubles et .ses effets, et, le 22 septembre suivant, il débarqua à Oslende.

Cependant le comte de Belgiojoso avait rendu compte, le 3 septembre, au chancelier de cour cl d'Étal prince de Kaunilz, des démarches de

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par M. le secrétaire d'Étal. Je l'ai prié, mardi dernier, de vouloir bien vous marquer combien j étois sensible à ces témoignages d'estime et de bonté. Je m'acquitte aujourd'hui moi-même de ce devoir. Je prie Votre Excellence d'agréer mes sincères remerciments, et d'élrc persuadée de ma vive rcconnoissance.

Je n'ai différé à faire usage de la facilité qu'elle avoit la bonté de me donner, que pour pouvoir joindre aux ouver-

I,iiigiU'l, en lui rappdanl qu'il avail déjà eu riionneur de lui proposer de faire l'acquisiliou de cet écrivain (ce sont les lerines doiil il se servait dans sa dépêche). Il se nioulrait on ne peut plus favorable aux désirs de l'auteur des Annales, et demandait même ipie les lettres de naluralité et le diplôme de noblesse sollicités |)ar lui lui fussent délivrés gratuitement. Il exaltait « le zèle et le courage avec lesquels il avoit |»laidé la » cause de l'Empereur de son chef et sans y avoir été inviié ; « il insistait sur V ut il lié et la convenance d'acquérir M. Litiguet, el de se rattacher : u Quekiue tort, disait-il, qu'il puisse avoir eu, surtout dans ses véhé- " menées et dans ses variations, fort pardonnables peut-être à un homme « qui paroît avoir éprouvé réellement des injustices et des persécutions, « il est certain qu'il a l'ail preuve d'un zèle ardent et soutenu pour S. M.; >^ que c'est un homme d'esprit infiniment instruit , qui a un talent rare , » un slyle unique dont les tournures et la plume persuadent singulière- » ment {sic) : il est propre à tous les ouvrages qui peuvent intéresser un " gouvernement ; el , sans parler des ressources que l'oy trouveroil en » lui pour la rédaction des déclarations, mémoires ou manifestes que la « cour pourroit désirer, ou être dans le cas de faire publier, je ne sortirai » même pas de l'intérieur du gouvernement, pour trouver la nécessité et ■> la convenance d'employer M. Linguet. Votre Altesse .sait qu'on n'abonde » pas ici des bonnes plumes {sic), el que le style connu dans le gouver- » nemenl est plutôt un style d'affaires qu'un style ministériel : il seroil » donc bon parfois, et suivant la nature des affaires à traiter raiuislé- '> liellement, d'avoir à la main la ressource d'un rédacteur habile, qui , » attaché jiour le fonds aux instructions qu'on lui donneroil, seroit à n même de donner, quant à la tournure, le vernis qui persuade souvent " mieux que la raison. » Le ministre proposait , pour Linguet, soit une chaire de professeur d'éloquence , soit la charge de conseiller hislorio-

liires qu'elle paroissoit désirer le méinoii-e (jiie voiei. Elle y verra une j)er>>éeiiUon d'un genre aussi nouveau que les détails en sonl étranges cl certains. La première marque de bonté que je crois pouvoir lui demander, da|)rès ses invitalions, c'est de vouloir bien faire parvenir à Sa Majesté le paquet cy-joint qui contient un exemplaire du même ouvrage, et de lui en rendre un compte qui la détermine à employer (|uelques-uns de ses moments à cette lecture.

graphe de l'Empereur, après qu'o/t l'aurait fait recevoir a i Académie comme membre; il pensait qu'on pourrait lui allrilnior un Irailoment (le 3,000 il 3,500 florins.

Kaunit?. fil rapport là-iiessus à l'Empereur le 2i septembre. Toiil en déclarant qu'il désirait, autant (jue le ministre, (ju'on put s'attacher Lingiiel, et (|u'il était persuadé qu'en bien des occasions ses talents .seraient utiles, il ne s'y montra pas aussi engoué de lui que Belgiojoso l'avait l'ail.

Joseph II apostilla le rapport de son chancelier dans les lernics suivants : " Il faut éviter, de toute façon et autant qu'on pourra , de ne pas >> attirer cet homme dans le pays. Sa plume est déjà trop connue pour » être vénale et fertile en paradoxes , |)Our que tout ce ipi'il puisse >' écrire puisse faire effet dans le monde. Ainsi vous instruire/ M. Hel- I' giojoso qu'il agisse en conséquence, et tâche de détourner F/mguet de » s'établir aux Pays-Bas, en lui faisant entrevoir qu'il courroil risque » d'être redemandé par la cour de France à la première occasion et de » lui être délivré : ce qu'il ne risqueroit pas en Angleterre. » Signé Joseph .

Des raisons (pie nous ne connaissons pas firent toutefois revenir l'Empereur de celle résolution. Le 19 mars 1786, il accorda à Linguet des iillres de naturalité, fondées sur « le zèle qu'il avoit déjà montré en

plusieurs occasions pour son service. » Le :22 du même mois , il signa iiii diplôme (|ui l'anoblissait, eu égard au même motif, et de plus ^' à la '■• considération qu'il s'éloil acquise, tant par ses dift'érenles productions >> littéraires que dans l'exercice de la profession d'avocat. « Les armoiries qu'il lui donna étaient d'azur, à deux plumes d'argent, posées en sautoir, au chef d'argent, à trois langues de gueules, l'écu surmonté d'un casque d'argent, décoré d'une couronne d'or, avec la devi.se Decus et lutamen. Joseph II n'eul pas à se féliciter, dans la suite, de ces faveurs (ju'il avait prodiguées au fougueu.x cl versatile écrivain.

D'après mes malheurs, d'après les calomnies et les coups d'autorité dont je me suis vu l'objet dans ma patrie, d'après des maneuvres et des insinuations que je ne puis que soupçonner, mais desquelles je ne puis cependant douter, il m'importoit que les faits fussent une bonne fois éclaircis définitivement. Il m'importoit de prouver au souverain à qui depuis longtemps mon cœur s'est donné, que si mon empressement à saisir l'occasion de le convaincre de mon zèle et de mon dévouement a pu lui inspirer pour moi quelque bienveillance, rien de tout le reste ne m'en a rendu indigne, ou plustôt que tout le passé me donne quelques droits à sa protection.

D'après cela, monsieur le comte, je répondrai plus hardiment, et avec moins d'embarras, aux instances infiniment obligeantes que m'a fait M. le secrétaire d'État, de la part de Votre Excellence, pour m'engager à l'instruire de mes vues et de mes désirs pour l'avenir.

D'abord vous souhaitez de savoir si mon intention est de me fixer dans les Pays-Bas, et d'y fixer irrévocablement mon domicile. Oui, monsieur le comte, j'y suis très-déterminé. Je ne les aurois même jamais quittés, si j'y avois dans le temps été mieux connu. Ce n'est que dans le désespoir de parvenir à m'y faire mieux connoître que j'avois pris le parti de me fixer ailleurs. Aujourd'hui qu'on m'y rend justice, et que mes vrais senlimens y sont appréciés, rien ne peut suspendre davantage 1 inclination qui me porte à vivre dans les États d'un souverain que j'ai toujours aimé, admiré, autant que respecté. Ainsi c'est un point décidé, autant que l'exécution n'en dé])endra que de moi.

Vous avez la bonté de me faire demander quelles seroient dans ce cas les marques d'approbation, les encourageraens ou les faveurs qui pourroient me flatter. La première, monsieur le comte, et celle qui pour mon cœur comprendroit, vaudroit presque toutes les autres, ce seroit de n'être plus

étranger pour ces pays que j'adoptcrois , ce seroit d'en cire adopté à mon tour. Mais je désirerois, puisque vous voulez que je vous parle franchement, que mon arrivée et mon séjour y fussent honorables : ce qui résulteroit , d'un côté, des lettres de naluralité , si Sa Majesté vouloit hien m'en accorder, et de l'autre, d'un diplôme quelconque, qui deviendroit une marque ostensible de ses dispositions à mon égard, et pour moi une espèce de consécration particulière à son service. Sur tout le reste, monsieur le comte, je n'ai point de vœu à former. Je n'ai aucune espèce d'ambition. L'habitude d'une vie retirée, un caractère dont celle du malheur a peut-être durci la fermeté, l'âge qui s'avance, ne me permettent point d'aspirer à aucun emploi, dont il est très-incertain d'ailleui's que j'eusse les talens. Si, d'après la dernière tentative que je fais aujoui'd'hui, j'obtiens en France une justice quelconque, ma fortune remplira tous mes désirs. Si j'en avois un à former en ce moment, ce seroit celui d'une résidence qui pût, ou dans l'intervalle me rendre moins à charge l'attente de l'événement, ou su])plécr à certains égards au succès, en cas que les iniquités passées fussent confirmées en France par une nouvelle envers moi. C'est ce qui m'avoit engagé à proposer, il y a deux mois, l'affaire de Melh (1). Il s'y est trouvé des obstacles : si l'on pouvoit les lever; si, soit sur cet objet, soit sur quelque autre du même genre, on pouvoit, sans inconvénient, me donner les facilités qui d'abord m'avoient flatté, je les acceplcrois avec rcconnoissance.

(i) Linguet demandail qu'on lui cédai l'usage d'une i>ar(ie du bâtiment et du terrain du prieuré supprime de Melie, situé en Flandre, sur la route de Bruxelles à Gand, en se chargeant de la réparation du bâtiment : ce qui, dans sa manière de voir, aurait tenu lieu de loyer. Le comte de Delgiojoso trouva dos difficultés à ces arrangements, et les lui (it comprendre. (Lettre de Delgiojoso au prince de Kaunitz,du 5 septembre 1785.)

Dans tous les cas, monsieur le comte, ma retraite neseroit pas une prétention à l'oisiveté : d'après les dispositions de mon cœur, je crois que vous voudriez bien être mon garant, auprès de Sa Majesté, que ma solitude ne m'empècheroit pas d'être à ses ordres , et que mon inaction ne dureroit qu'autant que je manquerois d'occasions de lui être utile.

Je suis, avec un profond respect,

Monsieur le comte.

De Votre Excellence le très-humble et trèsobéissant serviteur,

LiNGUET.

Voici, monsieur, ce que j'ai l'honneur d'écrire à Sa Majesté:

« Sire, le défenseur de l'Escaut n'est encore connu de Votre Majesté que par son zèle : le mémoire que je prends la liberté de lui adresser lui en développera la conduite, les infortunes, les droits et l'âme, s'il m'est permis de le dire. Si elle daigne le lire jusqu'à la fin, elle y trouvera, j"en suis sûr, plus d'un sujet de surprise et d'émotion.

s J'ignore quel en sera le succès : mais , quel qu'il soit en France et quant à mes intérêts pécuniaires, il en aura un grand pour ma cause, s'il peut contribuer à ra'assurer l'estime et la protection de Votre Majesté.

" Si elle croioit pouvoir montrer qu'elle s'y intéressât, la réussite en seroit incontestablement plus prompte et plus certaine : il lui seroit facile de créer des moyens qui lui en donneraient le droit. D'ailleurs le ministère de France est bien intervenu dans la justice que Votre Majesté vouloit rendre à l'Escaut : quand je n'aurois d'autre titre auprès d'elle que mon attachement, l'évidence de la justice de mes répétitions et le bonheur de l'avoir servie, la protection dont elle ra'honorcroit ne seroit-elle pas plus naturelle que la tracasserie

dont on la nicnaçoil il y a huit mois? iMon véritable adversaire en ce moment est bien réellement celui qui l'étoit alors de l'Eseaut. Il seroit digne de Votre Majesté de le forcer à reculer dans u«e occasion comme dans l'autre.

» J'implore à cet égard ses bontés. Quelque parti qu'elle prenne, je la supplie d'agréer les assurances du profond respect avec lequel je suis,

De Votre Majesté

Le très- humble, très-obéissant et dès à présent de cœur le très-fidelle sujet,

LiNGL'ET.

( Ôfigifiaux autographes, aux Archives du royaume: Secrétairerie d'Élal et de guerre. )

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