QUINZIEME SERIE
Lettres de non-préjudice données par Jean sans Peur, duc de Bourgogne , aux bourgmestres et échevins du Franc de Bruges, touchant Vordotmance provisoire qu'il avait rendue dans le débat existant entre eux et le magistrat de Bruges au sujet des petites villes enclavées dans le Franc dont ils prétendaient respectivement être suivis à la guerre : 17 août 1411.
Jehan, duc de Bourgoingne, conte de Flandres, d'Artois et de Bourgoingne, palatin, seigneur de Salins et de Malines. A tous ceulx qui ces lettres verront, salut.
Comme les bonnes gens généralement de nostre pays de Flandres, à nostre prière et requeste, nous aient nagaires libéralement consenti et accordé de nous servir en noz présens affaires à l'enconlre du duc d'Orléans et ceulx de sa partie qui
se sont nioiislrcz et nioiislrenl journèienicnt, par cuvrc de fait et de deOiances, nos enneiuiz publiques, à certain nombre de sergcns et darbalestriers, et il soit ainsi que à nostrc congnoissancc soit parvenu que débat et question estoient espéré ou à espérer à mouvoir entre nostre ville de Bruges, d'une part, et nostrc terroir du Franc, pour cause des petites villes enclavées oudit nostre terroir du Franc, que çascune desdites parties maintient appartenir de lui servir en fait de guerre, et mesmement quant ilz ont accoustumé de servir en cas semblable leur seigneur, d'autre, et que, pour iceulx débat et question pour ceste fois modérer, et pour eschiever les grans inconvéniens qui estoient taillié d'ensiévir, et afiin aussy que nostre présent fait ne fust par ce retardé ou empeschié aucunement, avons sur ce pour maintenant ordonné par la manière qui s'ensieut : est assavoir que en ce présent voyage noz villes de l'Escluse, Dam, Monkereede, Houke, le Mue, Blankenbergbe, Ooslende et Dicquemue sièvront nostredile ville de Bruges, et noz villes de Yzendike, Oostbuerch, Arderabuercb, Oudembuerch, Ghistelle, Thorout, Eeclo, Capricke et Lembcke sièvront icellui notre terroir du Franc ;
Laquelle ordonnance nous, à certain jour passé, en la présence de nostre trcs-amé filz le conte de Charrolois, de nostre amé et féal chancellier le seigneur de Courtivron et d'aucuns autres de nostre conseil, aux bourchmaistres et eschevins dudit nostre terroir, et en après aujourd'buy, en l'absence de nostrcdil filz, présens nostredit chancellier et autres de nostre conseil, à yceulx bourchmaistres et eschevins et à plusieurs autres notables personnes d'iccllui nostre terroir, pour ce notablement et en grant et soufiisant nombre assemblés, feisraes au long déclairer et remonstrer, eulx de par nous requerrant que ceste fois, pour ravanchemcnt de nostre fait et pour le bien de nous, noz pays et subgès, ilz voulsissent consentir en ladite ordonnance, et icelle tenir fermement et accomplir : ce quelesdis bourchmaistres, eschevins et autres notables dudit
terroir, pour ceste fois tant seulement, à nostre requestc, libéra-lementet de bonne volonté, consentirent, disant que en nulle manière ne vouldroient nostre présent fait retarder ou empesclîier, raoiennant ce que nous leur en baillerions noz lettres de non-préjudice et de terminer le fait principal le plus tostque pourrions bonnement:
Savoir faisons que nous, aiant très- aggreable la bonne et libérale responce de nosdis bourchmaistres, eschevins et autres bonnes gens de noslredit terroir, à yceulx de nostre terroir du Franc devantdit avons prorais et promettons, par ces présentes, que nostredite ordonnance en ce cas ne leur portera aucun préjudice ou dcstourbier en leurs drois, franchises, possessions, saisines et libériez pour le temps présent no advenir, ains voulons qu'ilz soient et demeurent en ceste besoigne aussy frans et entiers, tant en possessoire comme en pétitoire, en Icursdis drois, franchises, libcrtez, possessions et saisines, comme ilz estoicnt avant nostredite présente ordonnance; et avec ce, par ces mcismes présentes, leur promettons que nous ordonnerons et déterminerons dudit fait principal après nostre retour , parties oyes , le plus brief que bonnement faire le pourrons, si comme il appartcndra. En tesmoingde ce nous avons fait sceller ces présentes de notre seel.
Donné en nostredite ville de Bruges, le xvu" jour d'aoust, l'an de grâce mil quatre cens et unze.
Sur le pli : Par monseigneur le duc, à votre rclacion :
Signé De l\ Boeue.
(Aicliivcs clel'F'^lal, à Hriiyos, foiicls du Franc.)
Ordonnance de Jean sans Peur, duc de Bourgogne, par laquelle il décide que, pendant son expédition en France, ceux du Franc de Bruges précéderont le premier jour ceux d'Ypres, que ceux-ci les précéderont le jour suivant, et qu'ils marcheront ainsi alternativement de jour en jour : 6 septembre 14H.
Jehan, duc de Bourgoiiigne, conte de Flandres, d'Artois et de Bourgoingne, palatin, sire de Salins et de Malines. A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut.
Comme en nostre présent voiage débat soit meu entre noz bien-amez subgèz ceulx de nostre terroir du Franc et des appendences et ceulx des villes et chastcllenies de Furnes, Bergbes, Broubourg, Ncufport, Poperingbes, Dunkerke et leurs suivons, d'une part, et noz bien-ainez subgèz ceulx de nostre ville d'Ypre et leurs suivans, d'autre part, sur ce que lesdiz du Franc et leurdicte partie disoient et maintenoient que, en tenant leur chemin eu armes, ils doivent aler sans moyen après ceulx de nostre ville de Bruges, et par ainsi précéder ceulx d Ypre; lesdiz d'Ypre disoient et maintenoient au contraire et qu'ilz dévoient précéder les dessusdiz du Franc et leurs suivans dessusdiz :
Savoir faisons que, pour le bien de paix et afin que pour reste cause aucun inconvénient ne se puist ensuir, ou retardement de nostre chemin, et eu sur ce adviz et délibéracion avec ceulx de noslrc conseil et les autres membres de nostredil païz de Flandres estans en nostredite compaignic, avons ordonné et ordonnons par ces présentes que, pour ceste foiz et en ceste présente armée, les dessusdiz du Franc, villes et chaslcllenies cl leurs suivans dessusdiz yront devant les dessusdiz d'Ypre le premier jour que nous partirons de cy, et ceulx d'Yj)rc yiont devant le second jour après; et ainsi
ensuivant chacune desdiles parties, l'une après l'autre, yra devant, pourveu que ce ne portera aucun préjudice ou temps à venir auxdites parties ne à aucune dicelles. Et après nostre retour de ce présent voiage, sur ledit discort nous ferons droit et raison aux parties dessusdites si comme il appartiendra, dedens ung moys après ce que les parties dessusdites seront retournez en nostredit païz de Flandres et en serons requis. En tesmoing de ce, nous avons fuit mettre notre scel secret, en l'absence du grant , à ces présentes.
Donne en nostre ost sur les champs lez-Marcoing, le vi* jour de septembre, Tan de grâce mi! CCCC et unze.
Sîir le pli : Par monseigneur le duc, monseigneur le duc de Brabant, messire Jehan de Ghistclle, messire Lourdin de Saligny , le seigneur de Robais, messire Jehan de Bailleul, le seigneur de Steenliuse et autres présens:
Signé Bordes.
(Archives de l'Élat , à Bruges, fonds du Franc.)
CCCXCIII.
Déclaration de Jean sa7is Peur , duc de Bourgogne, sur les requêtes que ses sujets de Flandre lui avaient présentées afin qu'il laissât le comte de Churolais en ce pays lorsqu'il irait en France; que les trêves avec l'Angleterre fussent prolongées ; qu'il fît battre une monnaie de bon aloi ; que les habitants de lu Flandre fussent traités selon leurs droits, lois et coutumes; enfin que le commerce fût libre avec la France : 28 juillet 1417.
Jehan, due de Bourgoingne, conte de Flandres, d'Artois et de Bourgoingne, palatin, seigneur de Salins et de .Alalines. A tous ceulx qui ces présentes lettres verrofU, salut.
Comme de par noz bons subgèz les habitans de noslre pays de Flandres, sentans que par l'cmprinse du voyage que avons mis sus et entendons à faire, au plaisir de Dieu , es parties de France, à l'onneur et bien de monseigneur le roy et au relèvement et utilité de la cbose publique de son royaume, nous soyons disposez de nous eslongier |)rouchainement de nostredit pays de Flandres, nous ayent esté nagaires faictes, en nostre ville d'Ypres, les requestcs qui s'ensuient:
Premièrement, que, en nostre absence, voulsissons ordonner et laissier en nostredit pays de Flandres nostre très-chicr et très-amé filz le conte de Charroloiz, pour la garde et gouvernement dicellui nostre pays, ayant sur ce plain povoir de nous et garny de gens de conseil saichans la nature et condi- (ion de nostre pays dessusdit;
Item que les trêves et seurtez cstans entre Angleterre et nostredit pays de Flandres fcussent prolongiez jusques à dix ou douze ans ou autre tel terme dont l'en pourroil eslre d'accord, et que les informacions tant des biens d'Englès jadiz arrestez à l'^sclusc, comme des attemptas et dommages faiz par noz subgièz à rencontre des provisions et seurtez autrefoiz accordez sur le fait du cours de la marcbandise d'entre Engletcrrc et nostredit pays de Flandres, fcussent faictes et parfaictcs par les commis à ce ordonnez ou autres, et tèlement procédé en la matière que, par faulte d'entretènement du derrenier appointcmcnt prins à Calaiz sur ce fait, ceulx de la partie d'EnglcIerre n'eussent cause de rcffuscrà tenir traictié avecques ceulx qui seront commis de par nous à ce pour nostredit pays de Flandres;
Item que nous voulsissons consentir et faire ordonner nouvelle monnoye, tant d'or comme d'argent, selon que autrefoiz, à noslre correction, avoit esté advisé par ceulx des quatre membres de nostredit pays, c'est assavoir deniers d'or de soixante-dix ou marc, à vint et trois quaras et demy, dont la pièce auroit cours pour quarante gros, dcmy-dcnicrs d'or et
(juars deniers d'or, chacun de son pris à lavenanl diulil denier d'or;
Item pareillement doubles deniers d'argent à deux groz la pièce, dont les vint deniers vauldroyent un desdiz deniers dor, et petis groz, demy-groz et quarts de groz, icculx deniers d'argent correspondans en valeur et finesse dudit denier d'or, et pareillement doubles miltcs et petites milles, dont les douze doubles miltes vauldroyent un groz et les vint et quatre peliles miltes un groz, et que nous reccu issions d'ores en avant pareille monnoye que noz subgièz recevront les uns des autres;
Item que les habitans de noslredit pays de Flambes feussent démenez et traicticz selon les droiz,lois, coustumes et usaiges dicellni nostre p»-ys, chacun, selon sa jurisdiction, où il appartiendra, si comme ilz avoyent este jusques à ores, et que la nouvelleté encommencée par ceulx qui se nomment commissaires généraulx de par nous fust ostée, avec les exécutions qu'ilz faisoient en nostredit pays de Flandres;
item que nous voulsissons ordonner et tant faire que les passaiges d'Artois el des autres marches en France feussent ouvers, et toutes nouvelles el indeues exécutions oslées que l'en y avoit mises sus, si que marchandise, tant de blez comme d'autres biens, puist avoir généralement et paisiblement cours comme elle a eu ou temps passé :
Supplians humblement nosdiz subgièz que tous les poins dessusdiz, pour le bien de nous et du proulïlt commun de nostredit pays de Flandres, nous voulsissons octroyer et faiie aeomplir;
Savoir faisons, nous désirans nostredit pays de Flandres et noz subgièz dicelui estre gardez en justice et raison et préservez de grief et de dommage, si que mai'chandise dont nostredit pays le plus est soustenu y puisse avoir cours, au bien commun d'icelui ; par considération aussi des grans et notables services, courtoisies et plaisirs qu'ilz nous ont fait ou temps
j)assé et espérons que encores nous feront , sommes favorablemenl inclinez à leiirsdiles requcstes, cl sur ycelles , par l'adviz de nostre conseil, à grant et meure délibération , avons ordonné et accordé, ordonnons et accordons les choses et par la manière qui s'ensuit :
C'est assavoir que, à la première, que, à nostre partement pour aler en nostredit voyage, nous laissons en nostredit pa\s de Flandres, au gouvernement et pour la garde d'icellui nostre pays, nostredit filz de Charroloiz, atout bon povoir et soulTisant, et en sa compaignic bonnes et notables gens de nostredit })ays de Flandres saichans le langaige et la nature de nosire |Kiys dessusdit.
Quant à la seconde requeste, pour la grande et bonne voulonlé que lousjours avons eu à renlretènement du traictié sur le fait du cours de la marchandise d'entre Engleterre cl nos- Ircdil pays de Flandres, nous ferons nosire loyal povoir que les trêves générales et scurtez dessusdiles puissent eslre prolongées jusques audit terme de dix ou douze ans, ou au plus loiiig terme que l'en pourra estre d'accord avccques cculx de la partie d'Englderre ; et dès maintenant avons accordé et accordons que par noz commis par nous sur ce autresfoiz ordonnez ou que nous y ordonnerons de nouvel, se besoing est, les informations tant des biens appartenant aux Angles, jà pièça arrestez à l'EscIusc, comme des prinses et atlemplas faiz sur les Angles, en venant contre les seurtez et provisions dessusdites, soient faictes et expédiées le plus bricf que faire se pourra. Et par ceulx que par lesdiles informations ou autrement deuement seront trouvez eslre tcnuz de faire restitution dcsdiz biens arrestez à l'Esduse, voulons cl consentons eslre faicte, et à ce les ferons constraindre, ou les hoirs de ceulx qui seront Irespassez, vigoureusement, aflin que ladicte restitution se face par la manière qu'il appartiendra.
Quant à la tierce requeste loudiant le fait de la monnoye, nous, pour le bien cl utilité de nous et de nostredit pays, et
pour le fuit de la tnarcliandise niieiilx y eslre nourry et entretenu, voulons et sommes d'accord que par aucuns de nostre conseil et des gens de noz monnoycs des trois estas de nostredit pays de Flandres, et aussi aucuns marclians qui se congnoissent en tel fait, lesquelz pour ceste cause voulons estre ensemble dedans niy-aoust prouchaincment venant, soit veu l'adviz sur ce baillié par lesdiz députez des quatre membres, comme cy-dcssus en leur requeste est contenu. Et ou cas que meilleur adviz et plus prouflilable pour nous et nostredit pays et au bien de la marcbandisc ne soit par entre eulx trouvé dedens le jour de la Saint-Michiel prouchainement venant, que ledit adviz baillié par lesdiz des quatre membres soit lors mis sus et exécuté, sans plus délayer, et que dès lors en avant nous prendrons et recevrons à ladite monnoye noz rentes et revenues, comme feront iioz subgièz de nostredit pa}s les uns dt autres, pourveu que cculx de nostredit pays entretendront le ordonnances qui sur ce seront faictcs et advisées au regard de estranges monno\es, comme ilz ont offert en leurdicte requeste.
Quant à la quarte requeste, nous voulons et ordonnons dès maintenant que les commissaires généraulx sur le fait des aliénations, dons, finances, réformations et aulres eboses à quoy iîz sont ordonnez de par nous, cessent de plus user de leur povoir, que nous révocquons, ensemble toutes les exécutions et cxplois par eulx encommencicz au regard de nostredit pays de Flandres; et ferons d'oresmais les habitans de nostredit pays démener et traictier selon les drois, lois, coustumes et tisaigcs d"icellui, si comme jusques à ores ilz ont esté acoustumez, chacun soubz la jurisdiction où il appartient.
Et quant à la cincquicsme et derrenière requeste touchant les passaiges, nous voulons et ordonnons que tous lesdiz passaiges qui sont en noz pays, terres et seignouries soient et mandons lantost estre ouvcrs, et que toutes exactions nouvelles qui y sont mises sus, s'aucunes y a , soyenl ostées et les
osions; el ferons nostre povoir et diligence que les passaiges des aultres lieux oiidil royaume puissent aussi cslreonvers, si que la marchandise ait el puist avoir cours géncralcmcnl et paisiblement comme elle a eu en temps passe.
Toutes lesquelles choses et chacune d'iccllos promettons en bonne foy tenir et faire tenir et aeomplir de point en point en et par la manière dessusdite, sans fraude ou mal engien. Rn lesmoing de ce nous avons fait mectre notre scel à ces présentes.
Donné en nostre ville de Lille le wvm'' jour de juillet, l'an (le grâce mil quatre cens et dix-sept.
Sur le pli : Par monseigneur le duc en son conseil :
Signé F. De Jarc.
(Archives do l'Klal, à Bruges , fonds du l'nino.)
Rapport , fuit aux étals de IJai/iaut, le J 7 juillet lo20, par un fie leurs députés, des états généraux qui avaient été assemblés à Bruxelles le 25 juin précédent (I).
Jhesds. Maria.
Très révérends seigneurs messeigneurs arcevesque, prélas, piieurs et autres vénérables du cicrgié, mes très-doublez seigneurs messeigneurs les nobles et honnorables per-onnes
(1) Les députés des étais de Haiiiaul à celte assemblée nationale furent : De la part de la noblesse, Jacques de Gavre, seigneur de Fresin, grand bailli de Hainaut; Jean de Hamal, liaion de Trazegnies; Louis de Ligne, baron de Barbençon; Antoine de Jauclie, seigneur de Maslaing;
De la part du tiers état, Jean Bricquenaix el Pierre Masstlat, échevins;
députez des bonnes villes, rcprcscntans les m estas de ce pays de Ilaynnaii.
Pour faire raport du bcsongnié à la journée et assemblée générale des estas des pays de par dceà en la ville de Brouxel- Ics, le lundy, xxv'' jour de juing derrain passé en la présence du roy catolicque, nostre sire, assis triumphanment, aconipaigné de don Fernant, son frère, de madamme l'arciducessc Marglierilte, de pluiseurs arcevesques et évesqucs , de pluiseurs seigneurs du sang, ducs, princes, marquis, contes, barons, pluiseurs chevaliers de l'ordre de la Toison, des seigneurs de son grant et privé conseil et autre grant nombre de noblesse, par la bouche de monseigneur le grant chancelier (1) ont esté exposez m poins, et, pour entrée, cornent les Cïcriptures tesmoingnent que le grant roy Alixandre et Trajan, en leur règne et conquestes faisant, avoient beacop plus prollité et conquis par avoir gaignié l'amour du peuple que par force d'armes; que le roy catolicque, noslre sire, à l'exemple d'eulx, estoit délibéré de régner et gouverner son peuple en union, douceur, amour et justice, espérant que, à ce moyen, au plaisir Dieu, il sera chiéri et aymé du peuple comme avoient esté les virtueux Octavien et Trajanus en leurs temps.
Et pour le premier point, coment le roy, avant son parlement des pays de par deçà, les avoit mis et délaissié en paix, concorde et union; que, pour entretenir eeste paix et union,
Antoine Vinchanl ei Micliel de la Molle, du conseil , et Etienne Mainsent , pensionnaire de la ville de iMons; le S' de Hoghes , greflQer des états; Bertrand de P\vves, receveur des aides; Nicolas Talion , conseiller du roi, et trois députés de Valeiicieiines : sire Nicolas de Quaroube, Jacques Le Poivre et Mathieu Leclercq.
Le clergé n'y députa point, parce que les deux autres membres se refusaient à payer ses frais de voyage. (Registres des états de Hainaut. — Kegistres du conseil de ville de Mons. )
(1) Mcrcurino di Gallinara.
régir et gouvcnicr la justice et autres affaires en son absence, avoit délaissié et ordonné madanje Tarciducesse Margherite, sa bonne tante, avec pluiseurs seigneurs de son sang délaissiez par deçà, aussi les chevaliers de son ordre de la Toison et ceux ordonnez de son grant et privé conseil. I*lus, afïin de tout mieux asseurer, incontinent le roy arivé en sesroyaines de par delà, avoit envoyé par deçà son plus exlimé et singulier juweau (I) que mieux aynioit en ce monde, don Fernant, son seul frère, qu'il ne réputoit seulement frère, mais son filz; que eulx tous ensemble s'en estoient léalment et grandement aquitez, et de crue, durant l'absence du roy, avoient apaisié la querelle encommenchié par le roy de Dainemarque; avoient aussi traitié avec l'évesque de Liège, les ducs de Clcves et de Julcrs, et en ce faisant prévenu et empeschié l'entrée et dcsehente des ennemis et malvoillans es pays de par deçà. Dont de leur grant, bon devoir, paine et Iraveil le roy les remerchia en la présence des estas. Avoit aussi le roy remerchyé ses pays et subgez de par deçà, en tant que, durant son absence, s'estoient tousjours rendus, portez et démonsirez bons,vraix, léaux et obéissans subgèz, adverlissant, de la part du roy , combien que sa personne eust eslongié ses pays et subgez de par deçà , si estoil tousjours son ccur demoré avec eulx.
Pour le second point, cornent le roy, arivé en ses royames de par delà, avoit esté honnorablement et magnifiquement receu à roy cbiéri et obéy, à 1 ocasion que, le roy estant par delà, les Turccis et infidèles en grant puissance par mer et par terre s'efforehoient tic dcstrouire et adommagier les pays christiens, le roy, nostre sire, pour dcffention de la chrislienneté, avoit mis sus très -grant nombre de navires et bateaux par mer bien écjuipez d'artillerie, de vivres et de gens de
(1) JimeHu , joyau.
guerre, el semblablernent par terre très-grant nombre de piet et à cheval; Icsquelz, à layde du Créateur, par mer et par terre a voient gaignié pluiseurs assaulx contre les infidèles, aussi pluiseurs ports, dcstrois, passaiges et entrées dont ilz estoient les niaistres au présent : entre autres conqucstes, une ysie nommé Nouveau-Monde, et par aucuns Monde d'or, contenant grande estendue de |)ays bien fertille et là où croissoient les bonnes el meilleures espiceries. Laquelle mise sus par mer et par terre avoit cousté au roy par mylions d'or.
Fu aussi touchié d'une autre cousteinge portant bien à xT"' ducas, et aussi de la mise sus de m™ hommes d'armes et II"' chevaux-légiers pour garder et deffendrc contre les malvoeillans.
E;toit aussi survenu, le roy estant par delà, l'élection de l'Eujpirc saine el entière, sans nul contredit, qu'il avoit accepté, espérant, au plaisir iJicu, grant bien et commodité s'en cnsuyr par tous ses royames, pays et subgèz, et par le contraire faisoil à doubler inconvéniens, si autres, comme il estoit prétendu, y fcussent j)arvenus.
A aussi esté dit comment, depuis ceste élection, le roy s'esloil entremis d'apointier pluiseurs discors entre les princes d'Alemaigne ; et entre autres avoit le roy apaisié une austère guerre entre deux grans princes et leurs alyez à l'ocasion de certain quartier de pays, et ne s'estoit sceu la paix de pièça entre eulx trouver autrement que le roy, nostre sire, a pris en sa main et aquis le pays qui estoit en débat, en payant granl some de deniers à trait de temps. El si avoit le roy, pour gaignier l'amistance des princes d'Alemaigne, aeordé à pluiseurs grosse pention , montant à plus de C" florins d'or par an, qui desjà couroient.
Pour le m'' point, comment, après avoir ordonné et pourveu au gouvernement de ses royames de par delà, les avoit eslongié, venu par deçà pour visiter ses pays et subgèz que bien il aymoil, préparer son aller en Allemaigne, prenre la
possession de r.irciducé d'Oslricc et autre grant nombre de beaux pays succdez parle trespas feu l'Empereur, son père, aussi prenre la première couronne de roy des Romains et futur empereur à Aix, en après tenir son champ, et en oultre drcchier et conduire le surplus de son couronnement d'empereur.
Ces lu poins notablement exposez, fu dit :
Le roy ne révoque en doubte que ne soit bien entendu par les estas de ses pays que les choses proposées, avec la eoustcnge de son rethour et l'envoi de ui™ Allemans pour la garde et seurté du royame de Navarre, ne s'esloient peu furnir et conduire jusques à maintenant sans avoir aloué une inumérable finance. Et si estoit nécessité de nouvelle, merveilleuse et quasi inextimable finance pour le furnissemcnt du présent voyaige en Allemagne pour la réception de ses pays et couronnement. En quoy faisant estoit bien requis le roy, pour cxlimation, estre fort et grandement acompaigné au veu des électeurs et autres princes d'Alemaigne, et pour aussi la seurté de sa personne. Laquelle grande, merveilleuse et inextimable despenee le roy de soy, eu regard à l'araenrissement de ses finances es grans et sumptueux affaires touchiez, ne pooit furnir sans l'ayde de ses pays, bons, vraix et léaux subgèz , lesquelz présentement le roy, à son grant et extrême besoing, requéroit très-instanient le voulloir secourir et aydier.
Et pour la fin fu requis par le roy aux députez des estas de ses pays eulx voulloir, le lendemain mardi, à viii heures avant disner, trouver sur le maison de la ville de Brouxelles, chascun jjays en sa chambre, là où le roy avoit advisé envoyer aucuns de par lui pour déclarer plus avant à chascun pays par soy son intention et concep d'ayde.
Ayant regarda ceste imparfaitte conclusion et département de la présence du roy, les députez des estas tous ensemble, par une bouche là endroit, sans autre retraitte, remerchièrent très-himiblcmcnt le rov de si cordialement leur avoir déclaré
lestât de ses affaires, offrant toutle obéissance et service de corps et biens selon leur possibilité; que tous estoient trèsjoyeux de son rethour en bonne disposition de corps et trèsexcellente prospérité; loant Dieu des bonnes fortunes à lui permises; que son retbour par deçà estoit la consolation et repos de tous ses pays et subgèz, et que, au Dieu plaisir, les députez des estas se trouveroient à lendemain au lieu et beure qu'il avoit pieu le roy ordonner. Et à tant s'estoit fait le département pour ceste journée.
Le lendemain mardi, obtempérant au bon plaisir du roy, les députez des estas de tous les pays s'estoient trouvez sur le maison de la ville, cbascun en sa cbambrc, là où en la chambre de ceux de Haynjiau esloit venu monseigneur le grant chancelier avec monseigneur d'Aigny, maistre Jehan Caulicr et autres, disant que n'estoit besoing réylérer ce que, le jour précédent, avoit esté exposé, et que, en ensuivant le département de la présence du roy, le roy envoyoit aux députez des estas de Haynnau ung escript contenant la montance de ce qu'il avoit advisé et requéroit estre assisté. Et espérant, toultes choses bien considérées, sur le raport que s'en fera, que libéralement et de bon coraige sa requeste sera acordée , le roy avoit conclu et ordonné que les estas fcussent de rethour devers lui, chargié de responce, de ce jour mardi en ni scpraaines, au lieu là où adoric le roy sera, qui est dbui en vin jours. Si plaît, l'on lira lescript, lequel contient la finable intention et conclusion du roy, sans avoir esté dit de bouche.
Au surplus, en la présence du ro} , fu toucbié de ii choses : lune, cornent le roy, en retournant d'Espaigne, avoit pris terre et passé par Engletierre, et illec eu cordialle communication avec le roy d'Engletcrre, pour tousjours demorer en paix et marchandise avoir son cours; et y avoit conclusion prinse de encores brief entrevoir l'un l'autre pour tant mieux asseurer leur convention. Et l'autre chose estoit le grant désordre et abus sur le cours et évaluation des monnoyes, à la
grant charge et domaige du povre peuple. Désirant par le roy y pourvcoir, a ordonné et commandé aux députez des estas de tous ses pays en général que, en l'assemblée particulière de chascun pays, soit fait eoncep d'avis de la manière et comment l'on y pnet pourvcoir convenablement, soy par modérer ou expressément entretenir les réductions et évaluations de par ci-devant.
Et pour ce que, en le proposition faisant, ont esté proposées pluiseurs notables choses , pour mouvoir et acorder ce que de la part du roy est requis, non bien oyes ne entendues par moy, à cause de l'empescheraent entre deux survenu en l'instant que la proposition se faisoit, avec que le proposant parloit assez bas, je suplie très -humblement à vous tous, messieurs les députez, qui mieux poez avoir oy, entendu et retenu que moy, qu'il plaise à chascun de vous en particulier ramentevoir l'obmis par moy, afin que par ma deffaulte riens ne mendie.
Ce raport fu fait en l'assemblée des estas, à Mons, le mardi xvn'' juUet XV'^XX, et lescript leu contenant la demande de continuation vi ans de la grande ayde commenchans dès à la Saint-Jehan XV' XX, et pour nouvelle ayde xxx"' florins d'or en n ans, le quart comptant et les autres ni quars, le premier au Noël, le second à la Saint-Jehan et le m*" dernier au Xocl, onltre et [jar-dessus la petilte ayde encores courant.
(Archives des étals de Mainaut, k Mous.)
Relation des états généraux tenus d Anvers du 36 mai 1578 à la fin de cette année ; par Barthélémy Liébart , député du ïournaisis (1).
Rapport sommier des affaires d'importance traictées et passées es estatz généraulx depuys le xxvi* de may 1578, jour que M^ Barthélémy Liébart, licencié es droicts, en vertu et charge luy donnée par messeigneurs du Tournésis, datée du iii^ auparavant, se présenta en l'assaniblée desdicts estatz eslans en Anvers, jusques le vi* d'octobre 1579, jour que pour retourner il se partist dudict Anvers (2).
Premièrement, convient entendre qu'à grande difficulté et après grande instance , inesmes par commandement de monseigneur le sénesclial dellaynnault, gouverneur etgrand bailly de Tournay et Tournésis, etc. (3), ayant accepté ladicte commission et cherge luy donnée par mesdicts seigneurs les estatz du Tournésis, le ni" de may, et mys ordre aulcunement à ses affaires particulières, seroyt party de ceste ville de Tournay le xxm* ensuyvant dudict moys, et arrivé audict Anvers le xxv" au soyr.
Le lendemain matin auroyt se présenté en ladicte assamblée des estatz généraulx, et après avoyr insinué sadicte commission à ceux qu'il convenoyt, encommenché et depuys continué à entendre et vacquer aux affaires y occurrentes, si comme, entre
(1) Voir, sur Liébart, les détails biographiques que nous avons donnés, n° CCGLXXXVII de ces Analectes.
(2) Comme on le verra , le rapport de Liébart ne va pas au-delà de 1578. L'avait-il interrompu là? Ou bien la suite de son manuscrit a-l-elle disparu des archives dos états du Touruaisis? C'est ce que nous ne saurions dire.
(3) Pierre de Melun, prince d'Épinoy.
aultres, touchant la communication, tractation et accomplissement du traicté d'alliance avec le duc d'Alençon; item le faict de la guerre, redressement et entretcnement d'un camp , et conséquemraent de finer deniers y nécessaires , comme , depuys ieelluy rompu à faulte de deniers, pour pouvoyr donner quelque contentement à la gcndarmerye, et mesmement aux rytres, affin de les licentier en partye, à la deschergc du pays; item pour donner ordre sur le faict de la religion; item de composer les garbouUes et désordres advenuz et commis en Flandres, signament en la ville de Gand ; item pour pouvoyr donner quelque contentement à quelques compaigoyes wallonnes soubz la conduite du S'' de Montigny et aulcuues provinces joinctes avec elles, se mal eontentans des désordres desdicts Ganthoys, et, sy possible eût esté, les radmcner et réconcilier avec les aultres, sans que cependant aytesté obmys d'adviser et arrester de reprendre les errements du traicté de paix avec feu, lors vivant, le S'' don Jehan, et depuys de nouveau la traicter par le moyen de l'Impériale Majesté et ses commissaires envoyez en Couloingne avec le duc deTcrranova, à ce envoyé et député de la part de Sa Majesté Catholicque.
Alençon.
Or, pour en brief et par ordre déduire ce que au regard de chascun des poincts et affaires que dessus auroyt esté bcsoingnié, et premièrement quant est dudict traicté d'alliance avec le duc d'Alençon, il est que, à son arrivée en ladicte assamblée, il trouva ladicle tractation d'alliance fort ad vancée, tellement quil ne restoyt fors que den faire la conclusion avec les commissaires dudict duc qu'on attendoyt audict Anvers, n'eust esté que, ledict xxvi'' de may, quelque ambassadeur de la royne dAnglelcrrc (I), à raison de l'alliance contractée auparavant
(1) Le S^ Davidson, anil)assadcur ordinaire de la reine près les élals i;énéraux.
avec elle par Icsdicts eslatz généraulx, y cusl interposé quel- (jues diflicullés,quy cstoyent en elTect que, sy on tcnoyt compte d'elle, on [ne] passât plus avant à ladicte tractation sans que premièrement ses ambassadeurs qu'elle cnvoyoil par deçà fussent oyz sur ce [que] convcnoyt pour le bien et secours du pays; aultrement qu'elle cstoyt intentionnée d'envoyer à Casimir, afïin qu'il ne passât oultre avec ses gens jusques aultrc sien advys, et de deffendre à son ambassadeur lors en Anvers qu'il ne comptât ausdicts estalz les 20,000 livres sterlincx que pour leur en faire presl il avoyt jà entre ses mains de la part d'elle : requérant d'avoyr copie authenticque des offres et capitulations faictes à Sa Majesté par lesdicts estatz généraulx, aftin d'en esfreplusasseurée, et les menassant que, s'ilz prenoyent le party du Françoys, elle se banderoyt et prendroyt aultre moyen contre nous.
Ausquelles difficultés, après avoir esté communicquées à Son Altèze et conseil d'Estat, fut donnée rcsponce pertinente.
Lesdicts ambassadeurs d'Angleterre arrivez en Anvers, quy estoient le S"" Colbun et Wils'onne (1), auroyent, de la part de Sa Majesté Réginalle, proposé certains poinctz ausdictz eslatz sur le faict dudict traiclé d'alliance, dont le sommaire fut envoyé à mesdicts seigneurs les estatz du ïournésis par ledict Liébart, suyv.ant ses lettres du ix' de juillet 1^78, ayant la responce à iceulx esté résolue à pluralité de voix le vui*" dudict juUet.
Et après quelques lettres escriptes au duc d'Alençon de la part desdicts estatz et de luy receues responces, dont Leurs Seigneuryes en ont esté participantes par copies leur envoyées par ledict Lièbart avec ses missives , si comme celle du xxx'' de juillet 1578, le xxix^ dudict moys les ambassadeurs dudict duc seroyent avec le duc dArscliot quy, de la part des estatz, cstoyt
(1) Le S' Cobham et le secrétaire Walsingliam.
se trouvé en Mons pour le saluer, arrivez audicl AiiNers, quy
cstoyeni le S*' de Bussy d'Amboise et : lesquelz,
le lendemain, xxx'dudict moys, avoyent faiet leur proposition ausdicls estalz, requérant en efîect davoyr députez de lassamblée avec quelques-uns du conseil d'Eslat pour j)arachever ledict Iraicté d'alliance encommencé, suyvant qu'adverlence en fut faicte par ledict Liébart à Leurs Seigneuryes par lettres dudict XXX'' de juillet, niesinenient par une poste , et en icelle requérant icelles de voulioyr me mander leur intention sur ce faict, affin de pouvoyr s'y conformer, sans aller au debors ny au contraire.
Or, avant de sur ce résouldre, lesdicts estalz, trouvans la chose de grandissime importance, auroyentmené lesdicts ambassadeurs par dilaloyres, leur donnant quelques deffaictes, l'espace de quinze jours et plus, en attendans cependant aulcuns députez dcsdicts estatz l'advys de leurs maistres sur ce poinct, et signament ledict Liébait suyvant qu il leur en avoyt requys par plusieurs ses lettres: mais enfin pressez par eulx, quy insistoyent tousjours et avec grande instance de sçavoyr nostre intention sy voullions passer oultre ou non audict Iraicté d'alliance, afïïn qu'icelle entendant ledict S"" due, leur maislre, se pcust gouverner et conduire à l'advenant, et remonstrans que la cbose ne soufîro}! plus long délay, ains rejpiéroyt toutle célérité, veu Testai calamiteux des affaires du pays, et que ledict seigneur due avoyt prcstz pour y entrer douze mille hommes levez à ses propres fraiz et despens pour le secours d'icelluy, et que pailant on debvoyt prestement se résouldre, aultrement qu'ilz seroyent constrainctz de retourner chez ledict seigneur duc, leur mai^tre, quy esloyt à Mons (lequel sans doute, comme ilz asseuriont, tiendroyt tel délay pour un refus tout à plat).
Après néantmoyns plusieurs communications sur ce tenues par aulcuncs journées entières , tant joinclement avec l'Excellence du prince d'Oranges et messieurs du conseil d'Estat
comme à part eulx, avoyt, — pour le bion du pays, eu regard à plusieurs raisons et considérations bien urgentes représentées par Sadicte Excellence et mesdicls seigneurs du conseil d'Estat, quy auroyent esté sommièrement reprinses par escript et communicquées à mesdicts seigneurs les estatz du Tournésis par copie eulx envoyée par ledict Liébart avec sa lettre du x*" d'aoust 1578, les sommant, de la part de messieurs du conseil d'Estat et estatz, les tenir secrètes, pour n'irriter ledict seigneur duc, — esté trouvé convenir de passer oultre audict traicté suyvant l'advys et résolution mesme desdicts Excellence et seigneurs du conseil d'Estat, ausquelz ledict Liébart, pour ne se sentir autliorisé d'y consentir, avoyt le tout remys, ne s'en vouUant mesler. De manière que, pour procéder ultérieurement audict traicté avec lesdicts ambassadeurs, sulTisamment qualifiez et authorisez de le conclure au nom de leur maistre, auroyent esté dénonmiez les seigneurs prince d'Orenges, duc d'Arschot, baron d'Aubigny, prélat de S'"- Gertrude, Frezin, le conseillier d'Estat Licsfelt et le bourgmaistre d'Anvers Straele, leur ayant esté donnée instruction à ce pertinente, dont ledict Liébart at envoyé aussy copie à Leurs Seigneuryes.
Sur aulcuns poincts de laquelle instruction , pour estre dérogans aux traictez entre la couronne d'Angleterre et la maison de Bourgoigne, lesdicts ambassadeurs d'Angleterre auroyent représenté quelques diflicultés, lesquelles auroyent esté purgées de la part desdicts estatz généraulx par responcc et duplicqucs , dont Leurs Seigneuryes aussy ont eu copie que ledict Liébart leur a faicl tenir par sa lettre du xn'' d'aoust 1578.
Par lettres du xni* d'aoust 1378 adverty que, estantz de plus en plus pressez par lettres dudict duc , mesmcment celle du vi' d'aoust dont copie fut envoyée, ledict traité estoyt presque achevé, et mesmes s'acbèveroyt le mesme jour, conformément les poinctz et instruction donnez aux députez des estatz, saulf aulcun changement, espérant de leur en envoyer copie par la
|)rcmièrc; les advisant au surplus qu'il se seroyl lousjours en oest a/Taire rcmys à l'adv ys de messieurs du conseil , se servant de leur aulhorité, en lieu de commission })erlinenle de la part de mesdicis seigneurs les eslatz du Tournésis.
Le IG adverly que, le Kun"" auparavant, ledict traidé esloyl arresté, mais que depuys les ambassadeursd Angleterre avoyent objecté aulcunes difficultés que Ion dcbvoyt pui'ger ledicl 10% aflin de despècher et laisser partyr les anibassadeurs du duc d'Alençon pour le faire signer par leur maistre, comme aussy ledicl 16%surles onze beures devant niidy, ilz prindrent congic des estalz pour partyr, requérants davoyr ledicl Iraicté signé de l'un des leurs secrétaires.
Par lettre du I?*" d'aoust promeys de [faire] tenir copie dudict traielié d'alliance à messeigneurs par le premier.
Par lettre du xx* d'aoust i 578 envoyé le traicté d alliance avec le duc d'Anjou, leur mandant n'avoyr peu j)lus tost le faire, à raison qu'il n'estoyt pcrniys d'en avoyr copie avant la conclusion en faicle, pour le cbangemenl que d'beure à aultrc se faisoyt, et qu'il esloyt dangereux de le divulguier avant d'cstre conclu.
Item, que les ambassadeurs d'Alençon avoyent requis, prendant congié des estalz , que l'on publya ledicl accord avant leur partcmcnt, à tout le moyns ledicl duc dclFensseur de la liberté des Pays-Bas, aftin den pouvoyr luy porter les nouvelles: mais on s'en excusa, pour n'estrc lors encorcs approuvé par ledicl duc, ne aussy le signé, comme il convient; sy n'estoyt-il encorcs coucbé en forme de traictié telle qu'il convient le publyer, aussy que l'on esloyt en train d'accord avec le S"" don Jeban par tout le moys d'aoust; joinct que. pour oster toute jalousie, il esloyt bien expédient de le faire publyer partout sur un mesïne jour, ce que se pourroyt faire par après, et que partant ledicl duc ne prînl de mauvaise part ledicl délay.
Par lettre [du] pénultiesme d'aoust 1578. mandé (pie. en son
absence, estant en ïournay (I), auroyt esté résolu de publycr ledict accord d'alliance, lequel aussy fut publyé le xxix" dudict aoust, entre les unze à douze heures du matin, en hauU, de la maison des estatz, iceulx présens. Son Excellence et les aultres S'' du conseil d'Estat.
Pour en porter les nouvelles audict duc et le faire signer et approuver certain acte d'asseurance projecté par les eslalz, dont copie fut envoyée, les seigneurs duc d'Arsehot et Frezin se parlirenL ledict penultiesme d'aoust lo78, au matin.
Requis avec instance de voulloyr résouldre sur les poinctz proposez en rassemblée des dt'putez par ledict Liébart estant en Tournay , mesmement sur le faict d'Alençon, par lettres du xiv' de septembre mandé que, sur ce que journellement dépendant de l'accord d'alliance se représcnloyt, il se taisoyt et déclaroyt n'estre authorlsé de ses maislres, à raison qu'il n'avoyt encorcs en oy nouvelle.
Item, que les seigneurs duc d'Arsehot et baron de Frezin estoyent auprès du duc d'Alençon, envoyez de la part des estatz pour faire les debvoyrs de remerehiemens et congratulations requises, et aussy la poursuyte de luy faire accomplir l'accord d'alliance, comme jà il avoyt faict en partye, ayant approuvé l'acte j)ar Iccpiel il s'est déclaré ennemy de don Jehan et de tous ses adhérens, leur dénonçant la guerre ouverte, comme pareillement l'acte d'asseurance pour les villes de Landrechies, Quesnoy et Beanvais (2), quy luy estoyent accordées par ledict traicté pour la scuretc et relraicte de ses gens. Item, que le prélat de MaroUes, peu de jours auparavant, avoyt esté envoyé vers ledict duc, pour luy remonslrer que les estatz ne désiroyent riens plus que d'acomplir aussy de leur costé ledict traicté et luy faire délivrer lesdictes villes aecor-
(i) Il était venu à Tournai le 23, pour conférer avec les états au sujet du traité.
(2) Ravay.
(U'cs : à quel effcct avoyt chergc de soy transporter es dictes villes refusant de reecvoyr le Franeoys, afïin de les y induire de n'en faire plus difllculté.
Et qu'avoyt esté advisé que lesdicts soigneurs duc d'Arscliot cl Frezin accompaigneroyent ledict prélat : que par après auroyt esté changé pour plusieurs eonsidéralions, ayant bien esté résolu de requérir le comte de Lallaing, gouverneur desdietes villes, de eommectre quelc'un de qualité, aggréabie au peuple, pour en cest exploict accompaigner ledict prélat.
Item, que de la part dudiet d'Alcncon avoyt esté requis, pour avoyr mcillioure eorrespondence les uns avec les aultres à la direction des affaires, d'avoyr un ou deux des siens en nostrc conseil donnant voix, et que réciprocquement , du couslel des esfatz, fusse envoyé un ou deux pour assister de conseil ledict S' duc d'Alencon, mais quavoyt esté à ce respondu que l'on en conimuniqueroyt aux seigneurs du camp et aux estatz de chascune province, pour esire chose grandement importante, que ne se pouvoyt résouldre en l'assemblée desdiets estatz par f'aulte de pouvoyr, sans l'advys de leurs maislrcs, sy on ne voulloyt tomber en dangier de désunion et discorde les uns des aultres.
Item, que ledict duc, par ses lettres du ix*", avoyt mandé que quelques compaignycs siennes avoyent prins le chasteau de Sausy au pays de Luxembourg, })0ur copper le passaige des vivres du camp de don Jehan : à quel effect, pour gai-dcr la place, il avoyt envoyé l'cnfort par delà.
Ayants lesdicts seigneurs dArschol et Frezin, par quelque postdate des leurs dudiet ix*", adverty que les gen;> dudiet duc avoyent troussé bien xn'' muyds de grains quy se conduysoyent audict camp de don Jehan, et que audict chasteau avoyent esté trouvés bien huict cent pièches de vin. Ledict chasteau app.irtcnoyt au S*" de Naves.
Item, par lettre du xxr de septembre I o79, mandé que, pour n'avovr nouvelle de leur intention sur le faici du duc d Alen-
çon, combien qu il/, en eussent esté requ\s par plusieurs Ibys, tant par lettres que de bouche, s'estant trouvé audict Tournayà cest effoct, il ne donnoyt advys sur les affaires dépendantes dudicl traictié quy journellement se présentoyent, déclarant à clias([uc foys n'en estre aulliorisé, mais qu'il sera mal possible de pouvoyr tousjours ainsy continuer sans dangicr, ains seroyt besoing d'enfin déclarer l'un ou l'aultre. Par où convenoyt bien -d'en résouidre absolutement et luy en mander leur advys, pour suyvant icclluy se pouvoyr régler.
(Par lettre du "-11" 1^''\) Que les ambassadeurs du duc d'Alençon, assavoir le S"' de Villeroy, conseillier de ses affaires et conseil et président en son escbiquicr et conseil d'Alençon , le S"" de Fontperthuys, son conseillier et chambrelain, et le S"" de la Mauvissère, son premier maistrc d'bostcl, par une harengue quy at bien duré une beure, se seroycnt grandement plainctz que de nostre part on ne salisfaisoyt à l'accord d'alliance, luy délivrant es mains les troys villes promises, et n'avoyr faict piiblyer ledict accord par les provinces du pays et lieux où on est accouslumé faire publications. Et combien que par la délivrance desdictes villes, de la part des estatz, on se seroyt excusé qu'il ne tenoyt à eulx (pour avoyr faict tous debvoyrsàeulx possibles pour induire les villes de le recevoyr), ains aux bourgeoys et mannans desdictes villes n'y veullans condescendre, que toutcsfoys ne s'en sont contentez et se partent vers leur maistre ledict 27^
(Par lettre du S*" S*""''.) Envoyé coj)ie de deux poinctz proposez et rafrécbyz de la part du duc d'Alençon par le S' de Launay, assavoir qu'il se complaingt des longueurs à fiirnir aux promesses faictes par l'accord d'alliance, requérant qu'on y furnisse, mesmes à la délivrance des villes luy promises, et en leur lieu, sy elles ne sont en la puissance des estatz, d'aultres dont Son Altèze ayt matière de se contenter, requérant sur ce avoyr incontinent response. Secundcment que, comme Son Altèze estoyt intentionnée d'envoyer vers les Suysses,
inesmement vers les Bernoys et aiiltres quantons ainys, et juissi il cculx de Genève, alTin de traielier avec enix et les rendre favorables à la cause, il requéroyt que de la part des estatz fût despéché quelc'un vers culx, pour aussi traiter avec eulx, alTin que la négoliation peuist mieuix sortir son elTcct.
Item,vcu que jouriiellcnicnt survenoyeiit affaires dépendans du traiclié d'alliance, requis messcigneurs qu'ilz s'y voulsissent résouidre eniièiement et m'en mander leur intention, nflin de pouvoyr, comme les aultres, donner voix en lelz et semblables affaires : ce que ne fays pour ne me sentir authorisc.
(Par lettre du IG'^ 8'"^''.) Envoyé copie des lettres du conte de Houssut en date du xir dudit moys , mandant que les gens de monseigneur marchoyenl vers le camp et seroyent lendemain ou après-demain à Fleru;et lorsqu'ilz seroyent venuz, il feroyt tous debvoyrs de faire marcher les reytres.
(Par lettre du ^-2'' 8""'.) Que le greflicr de Brabanl, ayant esté envoyé de la part des eslatz vers le duc d'Alcnçon pour sonder son intention s'il tenoyt ou favorisoyt le party des Wallons, à son retour, quy fut le xxT dudict moys, nous donna assez à entendre que ledict duc se senloyt grandement |>icqué de ce que le duc Casimir s'estoyt allé joindre avec les Ganthoys, s'intitulant leur i)rotecteur, du tout au préjudice du liltre luy accordé par les estatz. Et me semble, en cas que ledict Casimir ne vienne à soy déporter, qu'il tiendra du parly desdicts Wallons, entendant toultesfoys (comme il a le déclaré par exprès) qu'il veult demourer en alliance avec la généralité suyvant l'accord.
(Par lettre du 8* 9'''''.) Adverly que le S"" des Pruneaux dcbvoyt proposer quelque chose de la part du duc d'.\lençon le mesme jour au matin.
(Du 15' 9'"".) Que le mesme jour on dcbvoyt résouidre sur aulcuns poiiictz proposez de la part du duc d'.Alençon, dont copie fut joinctc ensemble de sa lettre du nu" dudict moys.
Les poinctz en substance estoyent qu'il estoyt content et
prcsl d'cslrc juge, avec les cslalz, des difTcrens d'entre les GaïUhoys et Waliojis; ilein, que l'ou fît paix avec nostre roy moyennant son consentement; item, que l'on Iny donnât auitre chose en récomjjense des villes })romises que l'on ne luy peult livrer, laquelle soyl condigne au mérite d'un tel prince; item, louchant la cause de la licence de son armée; item, requeste de donner satisfaction à ceulx de Haynnau sur plusieurs poinclz rapportez jiar le S"^ de Froitmont.
Et leur mandé que, puysque ne leur avoyt pieu me mander leur intention sur le faict dudict due, encores que les en avovs requis par plusieurs miennes, et que n'estoys authorisé.je n'esloys dadvys de riens opiner sur lesdicts poinetz, non plus que navoys faict sur tout ce que pour le con tract et accord que aullrement en dépendant s'esloyt représenté, ayant tousjours déclairé de n'estre auihorisé d'y adviser. Et s'ilz voulloyent que j'y advisasse comme les aultres, me mandant leur intention, ne fauldray de me régler à Tadvenant.
(Par lettre du l(i' y"^".) Que le duc d'Alençon est très-mal content que, suyvant la promesse luy faicte, on ne vient luv délivrer les villes du Quesnoy et Landreschies, jusques à mcnasser de se partir d icy, non pour noslre bien ,. ains pour se venger de noslre ingratitude. Ne sçavons par quelz moyens le pouvoyr appaiser, et aussy ne sommes authoriscz, notamment moy, quy suys attendant vostre résolution sur le traictié et accord faict avec luy tant a\ant et depuys le temps qu'il al esté arresté.
Le conseil d'Estat nous a proposé et mys en avant aulcuns moyens pour pouvoyr donner quelque contentement à Son Altèze; mais ilz ne me samblcnt convenables, et aussv sont telz que n'y puys aulcunemenl consentir, ne plusieurs aultres des députez, sans préallable résolution de leurs maistres sur icenlx. Sy est-il que Sadicte Altèze, ])ar son commys iev, demande bientost avoyr noslre finale responce. Je vous eusse envoyé copie desdicts poinetz, mais nous a\ons esté semons par nostre serment de n'en faire encores i)art à personne.
(Par lettre du 2()^) Envoyé copie de la lettre d'Alcnçon datée du xxv" dudict moys, mandant que, i)our satisfaire à l'instance luy faicte de la part des cstatz par le greffier de Brabant, et au désir qu'il at d'appaiser les malentenduz d'un costel et d'aultre, ne pouvant bonnement ce faire sans savoyr et vérifier les faicts et passions de l'un et l'aultre party, il avoyt envoyé le S"" Bonnivct, son conseillier et eliambcjlan ordiiiaiie de la négoliation, vers les Ganllioys, et qu'il altcndoyt de luy nouvelles; item, qu'il avoyt tant faict que le S' de Monligny s'estoyt présenté vers luy et exhibé certains poinctz, qu'il trouvoyt raisonnables, après néantmo} ns l'avoyr prié de se soubmectre et condescendre à quelques conditions, ayant usé de toutes persuasions et remonstrances dont il s'ayt peu adviser.
Item, davoyr envoyé le S' de Fontpcrtuys, son conseillier et chambellan de ses affaires et conseil, pour faire retirer les Irouppcs françoyses joinctes avec les wallones.
(Par postdate.) Item, envoyé copie de la rcsponce donnée au duc d'Alençon sur les poinctz par luy proposez, touchan.s tantl'appaysementdes troubles entre lesGantboys et Wallons (jue la satisfaction requise par l'accord précédent, et estant en effeet commenchement d'un nou\el accord, laquelle est en date du 23" : adverlissant n'avoyr donné aulcun advys à la résolution à prendre ne aultrement de ccste rcsponce.
(Par lettre du 7"= ^0''"^) Envoyé coj)ie de la réplique du due dWlençon, en date du 7' 10'"", à la resj)onee des estatz sui" les poinclz de sa pai't proposez.
Des Factions Ga.nthoyses.
(Par lettre du 21'" 7'""'' 1578.) On tient que les Ganthoys seroyent sorliz en grand nombre, et bien à vingt compaignyes avec canons, pour aller deffaire quelques régiments wallons, assavoir : celluy de Montigny et un aultre quy fut au S' de
Câpres, à présent au S' d'Hallenes, joinclz ensemble el amassez en Esterre.
Lesquelz, pour eslre pourvcuz e( secouruz de vivres et munitions de guerre, ont csci'ipt lettres tant au gouverneur de Lille, Douay et Oreliyes qu'aux estalz dudicl Lille, desquelles copie seroyt esté joincte pour par mesdicts seigneurs mieulx remarquier leur intention, requérant qu'elles fussent comniunicquées à monseigneur nostre gouverneur.
Item, que on envoyoyt vers lesdiets régimens, de la part de Son Allèze, conseil d Estât et cslatz généraulx, le S"^ de Beaurepère pour, avec le gouverneur de Lille, Douay et Orchyes et le gouverneur du chasteau de Cambray, le S' d'Ainchy, à ce pareillement commys, pour lesappaisiei*, contenter et faire marcher au camp, sy possible est, leur offrant et baillant en deniers complans, que l'on pourra recouvrer audict Lille ou en Flandres, un moys, six sepmaines ou deux moys de gaiges. Et on at escript à ceulx de Gand, affin de n'emprendre riens contie eulx: mais on crainst qu il ne sera trop tard el que >iendra après la fesle donnée.
(Par lettre du f0'"8''"'.) L'on envoyé plusieurs dé])!ilez vers les Ganthoys, pour entendre leur intention sur plusieurs j)oinctz. Sy at-on envoyé en toulte diligence vers les compaignyes wallones quy sont à Menin, afiin de leur donner eonlenlement et les appaiser, sy possible est.
On envoyé aussy vers le duc d'Alençon, pour entendre s il les vouidroyl assister, sy que le bruicl en court.
(I^ai- lettre du I G*" 8'"^''.) Que l'on avoyt cn\ oyé cuunnissaires. en nombre de six, vei's les Ganlhoys, aflin de le réduire à meillieur chemin etconduicte.
Sy avoyt-on aussy envoyé vers les eompaignyes wallones estans en Menin, aflin d'appointer avec eulx, sy possible est, n'ayant encores oy nouvelles d'un costel ny d'aullrc.
Le duc Casimir avec quinze cens chevaulx est parlv de Gand jour Courtray en parlye el en parijc pour Hailebecke, à intention de courrir sus ausdicts Wallons.
Que le duc Casimir avoyl déclaré à noz députez de tenir la cause des Ganlhoys bonne et juste, et qu'il ne pernieelra leur eslre faiet tort.
Item, que j'entendoys qu'à son arrivée audict Gand, les Ganlhoys auroyent luy faiet présent de ix" escus: que luy, llihove et le magistrat de Gand avoyt requis nions' le jjrince (I) se voulloyr trouver chez eulx, pour par ensamble communicquicr d'affaires d importance. Et sur ce enquis, les eslatz nauroyenl le trouvé bon ne expédient, estimant partant (pi il n'ira poinct.
Que l'on lient suspectez de favoriser aux Wallons eeul\ d'Arthoys, Haynault, Lille, Douay et Orchyes, Valenchiennes, Tournay et Tournésis; et jiour ce en estions regardez,
(Par lettre du 22' 8^"".) Que les commissaires vers les Ganthoys et compaignyes wallonnes n'avoyenl riens peu effucluer. De la part desdictes compaignyes avoyent esté exhibez cei'tains poinctz envoyez aux estatz, dont copie n'estoyt cncores despéchée, j)rétendans d'avoyr sur iceulx contentement.
Que les Ganthoys et aultres membres de Flandres, par leurs commissaires arrivez en Anvers depuys troys jours auparavant, insistoyent (jue monseigneur le prince se trouvât en la ville de Gand, espérans que par son moyen on accorderoyt plus facillcment le tout. Sur quoy les estatz furent requys de leur advys, que Ton debvoyt donner le jour mesme que fut ei^cripl ladicte lettre.
Que, le jour précédent, avoyent esté communiequées certaines comj)lainctes des estatz de Lille, Douay et Orchyes, présentées premièrement à Son Altèze et conseil d'Estat, de ce que leurs villaiges et gens estoyent coltiscz et exactioncz par Icsdictes compaignyes wallonnes, par-dessus encoircs les foulles et mengeryes qu'elles y faisoyent. D'aullre coslcl , les
(1) D'Orange.
Gjuillloys venoyeiil à arrcster et détenir les balteaux, biens et niarcliandises de leurs suppostz.
(Par aultre lettre du 22*^ 8*"'*.) Envoyé copie d'une lettre du S'' de Monligny, en date du xui'" dudielmoys, cseripleà Son Allèze, avec d'une requcsteluy présentée par le clergé de Flandres, que j'avoys despéchée en toute diligence, après l'avoyr peu recouvrer, désirant qu'on en fit part à monseigneur le gouverneur.
Ledict S"" de Monligny estoyt appuyé des estalz de Ilaynnault, suyvant qu'ilz avoyenl entendu par la légation que, depuys quelques jours en çà , leur avoyt esté faicte de leur part; que mess" du conseil d'Estat avoycnt entendu et receu copie de rinstruction qu'ilz avoyent communicqué aux estatz. Sur quoy, aflin d'cmpesclier et détourner toutes ligues particulières, insistant sur l'union générale, fut résolu d'envoyer commissaires, de la part de Son Altèze et des estatz généraulx, vers Leurs Seigneuryes et ceulx de Tournay, et aussy vers ceulx de Ijille, Douay et Orehyes les S" de Ville, aultrement appelle le S' de Gliuyebrechyes ou Hameide, et conseillicr Boiscliot ou l'advocat fiscal de Malines, quy des deux mieulx y pourroyt vacquer, vers ceulx d'Arthoys, el le S'' de Froilmont avec le secrétaire de ccste ville d'Anvers, Martini, vers ceulx de Haynnauit.
Que les Ganthoys n'avoyentencores respondu sur les poinctz leur proposez de la part de Son Altèze et estatz, assavoir : qu'il s'ayent à désarmer; item à rendre les biens aux églises et les réparer; item à admcclre et itermectre rexercicc de la religion ealbolicque romaine, se comportant modestement, sans olfencerles catbolicques ne aullres; item de n'attcmpter cbosc préjudiciable à la républicque ne à quelque province; item à envoyer les prisonniers , pour estre la cognoissance de leur cause prinse par Son Altèze et conseil d'Estat; fînalenienl de suyvre et obéyr aux commandemens de Son Altèze et estatz généraulx.
Mesraes que les députez closdicts eslalz estans à Gand avoyenl adverty à quelle dinicultë ilz condescendoroycnt ausdiels poinclz, par lettre du xx'^ d'octobre, dont copie fut envoyée.
Item, (jue les Ganlhoys, suyvant que j'avoys entendu, laisoyenl leur vantise de venir ruer sur Tournay et y tout massacrer, après qu'ilz auront defîaict les Wallons.
(Par lettre du 2' t)'"''.) Rapporté par les connuissaircs ayans esté à Gand que les Ganthoys sont contens d'accommoder les ("itliolicques, leur ordonner places pour l'exercice de leur religion, et laisser suyvre aux nommez ecclé>iasticqucs lusance de leurs biens, moyennant et à condition exj)resse que, en toutes les villes, quartiers et places des pays de par deçà, l'exercice de la religion réformée sera adinise et exercée ouvertement et publicquement, et que lesdicts ealholicques et ecclésiasticques se maintiendront quoyement et paisiblement, sans riens attenter contre ladicte ville de Gand ne le pays, directement ou indirectement, et qu'ilz ne trouvent expédient de relàclicr encores les prisonniers (piilz détiennent, ou les envoyer à Son Allèze et conseil d'Estat et estatz pour cognoistre de leur cause, ains que la cognoissancc en seroyt remise jusques à la sortye de l'ennemi liors du pays : promectant que cependant ilz n'attenteront riens contre les prisonniers, moyennant toutesfoys que leur soyt donnée assislence pour repoulscr les forces, oultraiges et violences des Wallons et semblables, sans qu'ilz entendent donner aultre résolution ou responee sur les poinctz et articles que dessus, sy que nonscnllement lesdicts commissaires, mais encores un aultre dcpu}s envoyé, ont raj)porté, assurans que c'est tout ce que l'on pourra tirer desdicts Ganthoys, quy y insistoient du tout. La- (juclle résolution en telle forme n'a [esté] trouvé raisonable, de tant moyns souflisante pour appaiser les compaignyes wallonnes, et (quy oseroyt dire): eeulx de Haynnaut quy les sousticnncnt à quelle occasion ■sommes empeschezd'adviser et arrcster
certains poinclz que SonAllèze, à nostreadvys, oi'donnera aiis- (licts Ganthoys d'accepter et se régler suyvaril iceiilx, à painc d'estrc réputé membre séparé de la généralité. En cas qu'ilz les acceptent, on doibt ordonner ausdictes compaignycs ■svallonnes de soy déporter ullérieurement procéder au faict des armes, ains qu'ilz s'allent rendre au camp ou telle part que Sadicte Altèze et estatz généraulx leur commanderont, poui' esprouvcr leurs forces contre rennemy, à péril, en cas de refus, de les tenir et déclarer ennemyz.
(Par lettre du 8^ d^"\) Rafresehy Tenvoy des commissaires en la ville de Gand faict au raoys d'octobre, quy estoyent les S" do Mont de S'^-Aldegonde, conseillier d'Eslnt; maistre Jhérôme Vanden Eynden , esche\in de Bruxelles; maistre Jehan Van Warcke, pensionnaire de Mildelbourg; Henry de Bloyere et maistre Corneille Vandcr Straetcn , licencié es droictz, aussy de Bruxelles: Adam Van Hiilst et Paul Donckere, coronnel, d'Anvers, tous choysis et dénommez par j)luralité de voix, à l'advys de Son Excellence et conseil d'Estal . ];our estre ceulx quy, à raison qu'ilz font profession de la religion prétendue réformée, seroyent les plus aggréablcs et pourro\ent plus effectuer et prouilicler vers lesdicls Ganlhoys qu'aiillre;. de la l'eligion anchicnne, dcsquelz aussy personne ne se trouva quv y voulsit aller, ciaingnant la taiche; mesmes le S'' de Waroulx (I), quy esto} t pareillement choysy. refusa d'y aller, non tant de crainte que pour Tinstruction ne luy grandement plaire. Aussy, pour mesme cause, ledict S' S""-Aldcgonde lâcha s'en excuser et retirer, car ladicte instruction luv semblovt par trop plainement et ouvertement contenir la vérité; mais après avo\ r esté grandement et plusieurs foys importuné, mesmement enchargé par Son Excellence (lorsque l'un lavoyt accepté en ses excuses), et que les aultres estoyent pailyz, s'y
(1) FiPinard de Mcrod»
seroyt aclicminc, non toulesfoys sans avoyr o()tenu , mosnie extorqué, ordonilancc préallable de pouvoyr faire leur proposition d'aultre manière et façon que n'esloyl contenu en IcMir instruction: de laquelle, pour eslre en langue ihyoyse et non encorcs translatée, ne vous ay envoyé copie, ains vous en envoyeray le Iranslat quant je l'auray faict.
Depuys, comme ledict S' Vandcn Wai-ckc es^(l^t^enu faiie rapport de quelques dillicultés que faisoyenl lesdicts Ganthoys, fut résolu de coucher et liiy bailler les pointz (dont copie fui joinctc) pour les faire proposer ausdicts Ganthoys, alTin qu'ilz advisassent de les accepter, y ayant néanlmoyns le dernier article esté couche sans nostre sceu (car entendions, du moyns à la pluspart, qu'ilz dcbvoyent accepter tous lesdicts poincz comme bien raisonnables et s'y conformer). Et pour les y plus tost induire, à raison que la tardance et demeure augmenloyt le mal de plus en plus, fut résolu d'envoyer vers eulx et noz députez y estans le premier eschevin de Bruges, quy est icy en nostre assamblée, avec rinslruclion (dont copie fut aussy Joinctc); mais nosdicts députez, avant son arrivée audict Gand, furent de retour. Lesquelz rapportèrent en effect d'avoyr faict tous debvoyrs d'induyre lesdicts de Gand à condescendre ausdicts poinctz, m.iis qu'ilz n'en avoycnt |)cu tirer aullre responce que celle contenue en l'escript dont translal fut envoyé à niesseigneurs, et que lesdicts Ganthoys avoycnt déclaré qu'ilz ne voulloyenl faire aux nobles du pays aulcun tort ne injure ou préjudice, et (jue leur intention ne fut jamais d'extirper ou diminuer la noblesse, comme on les chargeoyt à tort, et de voulloyr courrir sus à aulcunes villes ou provinces, soyt en général ou particulier, ne icelles molester ou inquiéter, ny aultrement violer la jurisdiction d'aultruy : asscurans davantaige que c'estoyt tout ce que on sçauroyt lirer d'eulx; qu'ilz avoyent trouvez gens grandement irritez et mesmcs nialiadcs pour le faict desdicts Wallons, et en accusoyent tant les estatz que Son Altczc, mesmcs Son Kxcellenee, ne plus ne moyns
que sy ce fût par leur chcrge que lesdicts Wallons faisoyent les oultraigcs el invasions qu'ilz faisoyent en leur quartier de Flandres,
Sur quoy ayant esté plusieurs foys délibéré, tant par le conseil d'Estat à part que avec les estalz, en présence de Son Excellence, que l'on véoit assez, comme aussy Icdict de S""- Aldcgonde, s'incliner la part desdicts Ganthoys, tinablement auroyt esté résolu, à pluralité de voix, le susdict acte. Pour ledict présenter ausdicts Ganthoys, avec raisons persuasives pour s'y accommoder, avoyt esté député le S"" de Liesfeit, conseillier d'Estat, avec le pensionaire de Bruxelles Vanden Dyvcn , estant de la mesme religion et des dix-huict; mais il s'en est non-seullement excusé, ains aussy, pressé d'y aller, Ta refusé, craingnant d'estre retenu, selon que jà aulcunes vantises (comme il disoyt) en avoyent esté faictes : en lieu duquel on at requys ledict S'' de Waroulx et le S"" dOhain, général maistre des postes, avec ledict Van Dyven, quy se doibvent partyr ledict H^ de novembre.
A quoy, mesmement audict acte, n'ay donné aulcun consentement, ains requis qu'il fût envoyé à Voz Seigneuryes pour adviser sur icelluy, lequel je trouve estre grandement préjudiciable à la religion et aussy la source d'une guerre eiville, oultre l'iniquité de permectre la détention des prisonniers sv longuement que jusques l'ennemy commun repoulsé; lesquelz ne requièrent journellement aultre cliose que d'estre mys et ouyz en justice.
(Par lettre du 16'' 9'"''.) Combien que les S""* de Waroulx el dOhain avec Van Dyfven estojent à Gand, passé plus de huit jours auparavant, pour de la part de Son Altèze et estatz induire les Ganthoys à accepter la résolution diceulx, dont copie avoyt esté envoyée, ilz n'avoyent encoires riens peu effectuer, mesmes n'avoyent eu audience que Iroys jours après leur arrivée. Cependant les Ganthoys ne cessoyent leurs pilleryes et branschats sur les cloislres, églises et lieux pieux, pareille-
ment sur les ccdésiaslicques, et quilz font gens à tout aller, ayans attiré à eulx le colonnel d'infanterye françoyse de Casimir, le sieur de Lenty, lequel, par donner argent, à l'un trente, à l'aultre xl et à l'aultre cincquantc florins, auroyt gaigné qualtre compaignyes du régiment de Bours eslans wallons. Son Excellence, devant-hier, en l'assemblée des estalz, déclara qn'ilz estoyent intentionnez de mettre sus mi" enseignes d'infanterye (sans parler de la cavallcrye), et qu il sçavoyt bien qu'ilz avoyent bien en coffre troys cens soixante mille florins : dont il ne faisoyt guerres de cas, disant que ce n'esloyt que un petit soleil quy seroyt bien tost absconcé.
Les Wallons ne laissent à l'aultre costel de faire des leurs, s'estans emparez de Balloel en Flandres et de Cassel, que l'on estime esire des plus gras quartiers de Flandres.
(Par lettre du 2G novembris.) Envoyé copie des lettres du prince d'Orenges escriptes en Tenrcmonde le xxiiii'' auparavant, par lesquelles il mandoyt que, ledict jour, les Gantboys avoyent envoyé leurs députez vers luy, pour avec grande instance le requérir de s'acheminer à Gand. A quoy il auroyt respondu ainsy que contenoyt la copie de sa lettre à eulx escripte, laquelle il avoyt formée en la façon qu'elle estoyt pour plusieurs raisons d'importance , et notamment à cause qu'il avoyt esté informé que l'on faisoyt des levées de gens de guerre par authorité privée, lesquclz se mcctoyent enlour de la ville, sans sçavayr à la vérité à quoy ilz (endoyent, avec anltres considérations semblables quy lavoycnt faict prendre telle résolution que estoyt contenue en ladicte lettre.
(Par lettre du dernier novembris.) Que Richardot.conseillier privé, envoyé de la part de Son Altèze et estatz en Arthoys pour s'y informer des garboulles, estant de retour, auroyt déclaré comme le S"" de la 3Iotte et Monligny se seroyent trouvez en la ville de S'-Omer avec les S" de Ruuicnghien et de Mannuy, ayans donné la main les uns aux aultres, et jure d'ayder les uns les aultres jusques à la mort pour le ma'n(è/ie-
ment de la religion catliolicque romaine, en conformilé ncanlmoyns de la pacification de Gand.
(Par lettre du 5* 10*"^".) Que l'on n'avoyt encores rien de certain de ee à qiioy ceulx de Gand se voulioycnt résouldre, combien que Son Excellence s'y estoyl acheminée dès le 2*' dudict moys On disoyty avoyr bonne espoyr qu'ilz s'accommoderont; mais jecraingnoys qu'il ne seroyl trop tard.
(Du 7* de 10'"''' par postdate.) Que l'on n'avoyt encores entendu nouvelles de ce que le prince dOrenges avoyt négotié avec les Ganthoys; que cependant nous estions en grand'pcine pourtrouvermoyen de contenter les reytres, quy commenchent à bransquatter et bruslcr,
(Du 14* de 10*"^''.) Combien que ne doubtoyc Leurs Seigneuryes eslre informées de ce que, en l'assamblée d'Arthoys, le v' dudict moys , auroyt esté résolu, toutesfoys j'auroys bien vouHh leur faire part des lettres qu'ilz nous en ont envoyé, dont copie alloyt joincte, comme pareillement des poincts que, pour parvenir à quelque réconciliation avec Sa Majesté, le révcrendissime d'Arras et le S'^de Valhuon, dé[)utez du prince de Parme, leur avoyent proposez. Sur quoy Sadicte Altèze et estatz ayans mcurement délibéré, auroyent trouvé convenir d'envoyer vers eulx le conseillier Mcelkercke avec quelque instruction, dont n'avoys peu encores avoyr copie pour l'envoyer. Laquelle en elfcct est pour leur représenter bien et au vif le dangier auquel iiz mecteroyent ces pays (sans que le leur en seroyt exempt), et pareillement le tort qu'ilz ferovent à Sa Majesté Impériale, ayant emprins la clierge de nous moyenncr une paix générale et asseurée pour tous ces pays, en cas que (suyvant quilz nous mandent) ilz vinssent à entrer et faire quelque traictié et accord particulier de réconciliation avec nostre roy; les requérant partant de n'y voulloyr entendre, ains se maintenir en la généralité pour la conservation de tous ces pays d'une ruyne totalle.
Item, envoyé copie des lettres envoyées aux estatz de la part
(le leurs députez à Gand, et f'aict part des lettres du prince d'Orcnges à Son Aitèzc, portant en gén('ral que les Ganthoys s'cstoyent appoinctiez suyvant les poinctz à eulx proposez par Son Excellence : promeclaiit plus amplement les advertir quant on rcceveroyt plus amples nouvelles.
(Du 21" 10''"'.) Que le S'Sainct-Aldegonde, en vertu de lettre de crédence, cstoyt venu faire rapport de ce que Son Excellence avoyt bcsongné en la ville de Gand, et comme les Ganthoys estoycnt condeseenduz aux six poinetz à eulx par elle proposez, quy estoyent en effect, en premier lieu, loubliance des choses passées; secondement, qu'ilz ne viendroyent se séparer de l'union des estatz géncraulx; tiercement, qu'ilz accepleroyent et accorderoyent les articles à eulx proposez de la part des estatz, desquelz copie al esté envoyée; quarto, qu'ilz ne conclueroyent et ne feroyent riens eoncernanlla généralité de la conté de Flandres sans ladvys et résolution des quatlrc membres; quinto, qu'ilz mectront ordre à la levée et employ des deniers communs, aultre qu'ilz n'ont faict; sexto, qu'ilz ne feroyent riens touchant la généralité de la ville, fors qu'avec commun accord, par advjs et résolution de la loy et des collèges, ensuyvant les anciens privilèges. Desquelz poinctzjeussc voulontiers envoyé copie, mais ilz estoycnt en thioys et non encoires translatez. Mais tant s'en fault qu'il nous apporta quelque acte de ladicte résolution des Ganthoys, mesmes n'en fit (encores qu'il en fût requis) particulière déclaration, comme il convenoyt; néantmoyns requerroyt et insistoyt d'avoyr commission despèchée sur monseigneur le prince, pour pouvoyr envoyer commissaires d'un costel et d'aultre au quartier de Flandres, quy mectroyent en exécution ladicte résolution, quy est en efîcct d'y introduire et maintenir la religionsvrede , et encores non conformément au conce|)t qui vous at esté envoyé ou communicqué de la part de Son Altèze, ains du tout en faveur et advanehement de la nouvelle religion; dont nous fut devant-hier envové le double avec l'acte de ladicte
( im )
résolution ganllioyse, couclic le tout on langue lliio^sc, doni estant translaté ne fauldray faire part à Voz Scigneiirycs par le premier, comme aussy de quchjiic présentation et offre qne quelques députez ceelésinslicques ont faicte sur certain cseripl de la loy de Gand eulx présenté par Son Excellence cl eslans en communication avec icelle, quy est aussy en langue thioysc. que quelque particulier m'a communicquée, sans qu'elle soyl encorcs venue aux eslatz. El contient en effect , comme jay peu entendre par la lecture qucj'en ay faicte. que lesdicts ecclésiasticques quictenl toutle leur juridiction, excepté celle fonssière, en ladicle ville et cschcvinaigc de Gand; item loutlc disme \erde qu'iiz soul'oycnl cociller et rccevoyr audicl lieu; item loutte action de récompense pour les terres que l'on leur a prinses pour fortiflier la ville; item qu'iiz donneront cliascun an deux mille florins, à commencer d'avoyr cours dès le jour qu'iiz seront mys en possession paisible de leurs biens et de l'église S'-Jelian en ladicle ville, que ceulx de ladicle nouvelle religion vcullenl et entendent retenir pour culx. Par lesquelles ))ièches Voz Seigneuryes pourront entendre plus amplement comme l'on procède en ceste affaire de religion.
Item envoyé copie de linslruction donnée à Meelkercke de la part deSon Allèze cl e^tatz pour Arlhoys, en date du xnn"" de décembre 1 ;J78.
(Du 28'' I0'"^'^) Que, sylosl que j'avoys peu avoyr laclc de la résolution des Gantlioys sur les poinctz proposez par Son Excellence, j'en ay faict le translal et pareillement de Tordonnance d'une l'eligioitsvrede qu'iiz ont forgée; à poste , laquelle (pour les clercqs de la greffe des estalz à faullc d'argent n'eslrc saljaricz) il m'avoyt faillu doubler moy-mesme, jiour les envoyer quant et ceste, affin que Leurs Seigneuryes fussent informées (comme elles pourront estre en conférant ces pièces avec l'ordonnance de religionsvrede de Son Altèze et conseil d'EsIal, ensamble l'acte de la résolution de Sadicle Altèze, conseil d'Eslat et estalz sur les offres desdicts Ganthoys, dont
IS
copie auroyl cslc envoyée à Leurs Scigneiirves) comliien ilz discordent et sont eslongncz de linlenlion de Sadiete Altèzc, conseil d'Eslat et eslalz, tant au faict de leurdicte religionsvrede que reslilulion des biens ecclésiasticques et rclasciiement ou renvoy des prisonniers qu'ilz détiennent. Car, oullre ce que, suyvant leur re//^J0?*srre(/e, ils retiennent pour l'exercice de leur religion nouvelle touttes telles églises que bon leur semble, et aussy maisons et lieux pour cstablissement et entretien de leurs cscolles, en usurpant et spoliant sur les ecclésiasticques et catbolicques de l'Église romaine, pour lesquelz Icsdictcs églises et maisons ont esté fondées et données, ilz viennent encores, soubz umbre dappointement, à exforquicr des ecclésiasticques aultant que leur est possible : de sorte que ceulx de l'église collégialle |de S'-Bavon ont offert de quicter touttc justice (excepté la i'onssière), aussy le droict de disiiie verde qu'ilz avoyent en la ville et le escbevinaige de Gand , comme pareillement toutte action de récompense pour raison des lieux et hérilaiges à eux appartcnans prins et occupez pour la fortification de ladicte ville, et davanlaige de payer, au proufiict de ladicte ville , cbascun an deux mille florins soubz certaines limitacions, comme pourrez veoyr par le translat de l'acte de présentation que j'ay recouvert de quelque bon aniy. Et on ne doibt doubter qu'ilz n'ayent composé ou composeront, comme bon leur semble, l'abbaye de S'-Pierre et aultres situées en leur jurisdiction.
Nouveli.es dl Camp.
La ville d'.Arscliot prinse par force parnoz gens le vu* d'aoust i'.jlS, y ayants esté deffaictz et taillez en pièehcs une compaingnyc allemande et une de cbcvaulx-légiers italiens, et le tout pillé, cnsambic grand nombre de bourgcoys prisonniers, que le cbief de l'armée fit depuys relaxer, leur donnant passeport, suyvant ses lettres du vin* d'aoust à Son Altèze (copie envoyée
à iiK'sscigiieur.'j du Tournésis par Liébart avec sa Ici Ire du x" d'aoust 1578).
Par lettres du 17* d'aoust 1578, nouvelle que le duc Casimir arriveroyt le mesme jour au soyr en la ville de Brcda , et SCS gens seroyent logez allentour, espérans sg venue au camp endcans quattre à cincq jours après.
Hem, par postdate en ladicte lettre, envoyé la liste des gens de guerre de don Jehan.
Par lettres du xx*, que le duc Casimir arriveroyt à Lière ledict XX, où que Son Altèzc, partye le mesme jour, se trouvera pour le recevoyr, n'ayant esté trouvé bien par les estatz que le prince dOrenges, quy pareillement entendoyt aller audevant, y allât, de craincle de quelques garboulles en son absence.
Ilcm, que le bruyt estoyt que Ton debvoyl changer le camp et l'asscoyr près de Louvain.
Par postdate, (juc ledict camp csloyt à Meize, près de >Ialines.
Par lettres du pénultiesme d'aoust 1578, le camp de l'enncmy estoyt à Bonef, se tirant, suyvant le commun bruict. vers Naniur, bruslafil tout devant luy, que c'estoyt pitié.
Nostre camp cstoit à Raymenam , d'où par faulte d'argent ne se pouvoyt bouger, mesme se commenchoyt à desbander, faisant bien dangereux sur le chemin, mesmement d'entre Anvers et Gand, où, en retournant de Tournay en Anvers, nous fut donnée quelque chaulde envers le villaige d.e Has- (lonck.
Par lettres du l€% que Casimir avec ses gens s'estoyt venu camper en Campenhout, et que noz aultres gens les debvoyenl suyvre pour passer oultre, on ne sçaytoù.
Le IX* de 7""'', requjs par Son Allèze pour le camj) estre bougé et approché de Bruxelles, et aussy pour sa meillieure commodité désirant d'y estre, que les estatz se voulussent y transporter, ayant tousjours y faict conduire son bagaige: mais
par résolution commune ne fui trouvé bon de bouger encores d'Anvers. A qiioy elle se seroyt submise, ayant esté contente de dcmetirer audict Anvers.
Par lettres du 19" de septembre 1578, adverty que, lundy auparavant, le camp sestoyt bougé de lieu : le duc Casimir, ayant prins l'avant-garde, (quy loulesfoys doibt avoyr l'arrièregardc) sestoyt rendu jusques Campenhout; et les aultres noz gens les auroyent le lendemain suyvy. Le mercredy marcbèrent jusques Leefdael , lieuwe et demye près de Louvain. Et comme le S'' conte de Bossut voullut aller recognoislre la ville avec quelque trouppe, fut servy de quelque cscarmoucbe par les cnnemyz quy estoyent embusquez es vignobles, et rcceut un traict à pouidre à la brayette, sans toulesfoys endomaiger le dedens, combien qu'elle fût percée de part à aultre; mais noz gens firent sy bien leur debvoyr qu'ilz recbassèrent l'enncmy jusques aux barrières de ladicte ville, ayant eu tuez bien en nombre (comme Ton disoyl) de deux à troys cens, et aulcuns prins [jrisonnieis, et entre aultres un vieux rcgnardt de capitaine, le sieur de Verset, lieutenant du baron de Chevreaux, et pareillement le sieur de Rusbrouck, gouverneur de Louvain, beau-filz de Billy et frère au S'' d Iske.
Item que le camp seroyt passé jusques à VVavre, entre Louvain et Namur, proche de lenncmy, quy n'est quune lieuwe de là, ne sçachant s'ilz se seroycnt attachez, encores néanlmoyns l'on dict qu ilz en ont fort bonne envye.
Nouvelles courroyent lors, que Ton tenoyt pour certaines, que le roy de Portugal (!) avoyt |)erdu toutte son armée, ayant esté deffaicte en Bai'barie par le roy de Fccz, et y seroyt luy-mesme demouré mort, ou du moyiis prisonnier, et y eslovent dix mille Espaignolz, oultre grand nombre de Portugais, Italiens, Françoyz et Bas-Allemans de ces pays : dont l'Espangne estoyt fort estonnée.
(1) Dom Sébastien.
I(em par liidicte lettre du 19'' adverty que La Chapelle estoyt cominys superintendant de l'abbaye de S'-Amand par Son Altèze, conseil d'Eslat etcstalz généraulx.
( Par lettre du ^1 1^" 1 578.) Que par lettre du conte de Boussu , gênerai, et La Noue, mareschal du camp, cscripte à mons"" le prince dOranges le xix" 7'"''', on avoyt entendu que, le jour mesnie au matin, le camp avoyt esté mys devant Nivelles, mandans que la garnison de dedans estoyt de un rompaignyes portans cincq cens hommes, quy cstoycnt commandez par quelque gentilhomme, lorrain, jeusnc homme et de peu d'expérience, néantmoyns faisoyt menace de tenir bon; ce néantmoyns, lesdicts général et mareschal ont bon et ferme cspoyr à tout le moyns ne dureront guerres. En marchant vers hulicte ville, ilz auroyent saisy le chasteau de Genape, Icurayans ceulx dededens, par s'estre bientost renduz, faict ce plaisir de ne les retarder beaucop à passer oultre. Et pour avoyr trouvé la place tenable, moyennant un ravelin de terre à l'une des portes, contre dix à douze coups de canons, ilz y ont mise guarnison dune enseigne avec dix à douze chevaulx.
Les gens du duc dAlencon seroyent devant la ville de Binch, tasclians l'emporter avant que de se joindre à nostrc camp.
Le camp de don Jehan est au mesme lieu où il at esté passé quelque espace. Sa cavallerye at faict signe de passer la Meuze, mais est encore demouré par deçà, bransquatlans et bruslatans le plat pays et villaiges vers la Campigne tant qu'ilz peulvent.
Hz ont bruslé tout le villaige de Ballen et plusieurs aultrcs, et en menassent encore daullres en grand nombre, s'ilz ne viennent leur apporter vivres, fouraiges et argent, suyvant le taux qu'ilz leur mandent.
Ceulx qny tiennent la ville de Deventer assiégée de nostre part ont demandé secours de troys mille piedtons et quinze cens chevaulx pour résister au secours quy vient pour ceulx
de dedens. L'on entend que c'est le conte Annil)al(r) avec trente enseignes et quelque cavalleryc.
Item, arrest faict en Flissinghen de quelques basteaux de marchans angloys aventuriers, pour en Anvers n'avoyr paye l'impost des moyens géncraulx, dont les ambassadeurs d'Angleterre se seroyent plaints grandement, craingnans que leur mnistressc s'en resentiroyt et feroyl aussy saisir de noz marchans de par deçà. Pour à quoy obvycr on auroyt envoyé quelqu'un vers Flissinghen, pour soubz caution i-elàcher Icsdicls balteaux.
(Par lettre du 27' 7'"''.) Le bruict cslo\t en la bourse que la ville de Binch estoyt prinse d'assault par les Françoys, gens du duc d'AIençon , après y avoyr perdu deux mille hommes et davantaige, ayans ceulx du dedens tous passé le fil de lespée; mais les eslatz n'en ont encores nouvelles certaines. Bien est vrav que le S"" de Bossu avoyt mandé, par la sienne du xxMu' du moys, escriple au camp à Iloulhain près Gosscly, cpiil avoyt envoyé quelques pièches de canon>^ et dcmys-caiions pour battre ladicte ville.
La ville de Nivelles rendue par composiiion , tellement (pic les soldarls y estants seroyent sorliz avec leurs armes et bardes (ju'ilz y avoyent ap|)orlcz, la mescbe eslainctc, sans lambourins ny enseignes, quilz ont dcu laisser, et aussy faire serment de ne servir à l'cnnemy en demy-an.
(Par lettre du a" 8'"'^) Envoyé copie de (pielques [)oinls d'advcrtissement de Louvain.
Item, que le conte du Rœulx, sa IVnime et la fille dicellc, contesse de Fauckembcrghe, seroyent morts de peste, et que don Jehan en seroyt aussy entaché, mcsmes terminé.
(Par billet dudict li'. ) Que nouvelles cstoyent venues de la mort de don Jehan , ad\enue par peste le n'' d'octobre, sur
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le midy, cl aiissy du conseillierd'AssonvilIc (I); que le prince de Parme fut dcelaré, incontinent la mortdudict don Jehan, et suyvant qu'il l'avoyt ordonné, général de l'arniéc.
(Par lettre du 10^ 8*"^''.) Que le duc Casimir partist de Bruxelles, le 8" d'octobre, pour Gand avec (roys cornettes de ses gens retirez de nostre camp estant pour lors à Gossely, sans le sceu ne licence du général, combien que de nostre part Ton avoyt faict tous debvoyrs affin de l'en divertir. Lon se double, et si en auroyt donné quelque tesmoignaige, d'avoyr intelligence ou correspondenec avec les Ganlhoys, et qu'il seroyt mandé et esleu pour leur chief ou gouverneur, ou pluslost leur conte, et Hiiic est principium clivistonis hereditatis »u'e.
(Par lellrcs du 10.'' 8'"'' en postdate.) Que la mort de don Jehan continue, et que les S" de Billy et .Mondragon y seroyent aussy demourez de la peste.
(Par lettre du 16'' 8'"'''.) Que nostre camp cstoyt à Mgny, SombrefTe et villaiges allenviron , et envoyé lettres du conte de Bossut du xii" auparavant, advertissant de la nécessité extrême du camp estant j)rest de se disjoindre et ruyner du tout.
Que les gens de monseigneur d'Alençon marcho}ent et seroyent lendemain ou après demain à Fleru, et venuz qu'il/, seroyent, feroyt marcher avant les rentres.
Que par advertissement on entendoyt que l'ennemy (dont le prince de Parme estoyt général et avoyt pour ses lieutenans généraulx, assavoir de la cavallcryc le conte de Mansfelt, et le S"" d'Ilierge de l'infantcryc), attendoyt renfort de brief du duc Frans de Lauwenbourg, estant de la maison de Saxe, avec XV' chevaulx, et de Hans de Rrcmt avec mil cbevaulx, quy descendent, et du lieutenant du S' de Billy ayant levé xn enseignes de gens de pied, ayant cherge d'en faire aultres trente.
(I) La inm\illc' l'Iait iiif\ailr en cr qui oiniifriiail ir.\ss(nilr\ill('.
(Par lettre du 19' 8*"" .) Envoyé copie d'une lettre en lliioys avec son translat, laquelle estoyt cscripte de Gand au magistrat de Bruxelles, le xvi'' auparavant, par Jehan Van Eynde, Henricque de Bloyere, Cornelis Van Slraeten et Caries Van Houcke, députez de la part des eslalz en Gond, contenant que l'on avoyt tenue assamblée en Sainct-Amand ; que Mol'illon s'y estoyt trouve; que la prinse de Menin seroyt ensuyvye; que plusieurs choses y auroyent esté conclues préjudiciables à la cause commune, et mesmemcnt la surprinse des villes.
Et adverty qu'il seroyt expédient de purger avec mon-.' le gouverneur, auquel j'escripvys aussy ladicte imposture pour la conséquence.
Que l'enncmy estoyt renforcé de im"' lans(juenec(/ elatlcndoyt V à vi'" reylres quy ont passé le Rliin entre Couloigne et Andernach , estans de troys et quattre journées du camp.
Item, ((u'avoyt esté rapjjorté en plaine assamhlée des esfafz gajure avoyr esté faicte en la ville de Lille que, dedcns X jours, le prince d'Orcnges seroyt tué ou prins pri-oanicr. Sur (juoy on dcbvoyl tenir information pour en sçavovr le fondement.
(Par lettre du 22 8'"'\) Hemémoré la grande dissette, povreté et misère du camp.
(Par aultre lettre du 2-2'' ^^"' .) Que, l'ennemy ayant délaissé Thillemont et Jodoignc, aulcuns des Escossoys et Angeloys, comme on dict , y estoyent entrez et avoyent tout pillé, et que dcpuys ilz avo} enl esté bien eslrillez par l'enncni} <juy y est retourné.
(Par lettre du 2'' 9'""''.) Que noslre cam|) se dismande par nécessité, estant mené toutesfoys vers Diest, pour y recognoistre et prendre la ville, sy possible est; mais je crains qu'avant la prinse n'advienne une entière séparacion et desbandemcnt d'icelluy, mesmemcnt j)0ur les graboulles de l'Iaiidres.
lit (juc ault.mt que noz forces se diminuent, (l'aiillîinl plus l'enncMiy se renforce, el luy vicnncntgens en l)onne quantité, tant fie clieval que de pied ; par où on peult entendre en quel dangier nous sommes.
(Par lettre du 8" de 9'"'^ ) Adverty que l'on csloyt en train d'envoyer en garnison quatlre compaignyes du régiment du conte d'Egmont en la ville de Tournny, à la requeste de monseigneui' le gouverneur, el que le S"" de Gliuybrechy en deljvoyt eslrc le conducteur.
(ï'ar lettre du 10" 9*"''.) Que ceulx du camp estant à Eîderen et es villaiges de là entour entre Tongeren et Mncslriclit, se commencent à dcsbandcr, à faultede payement, ne tenant [)lus ordre ne respect. Je ne voys apparence de recouvrer deniers pour les pouvoyr conlenter : car, combien que ceulx de Brabant, oultre les prcstz quy ont y esté levez, ont déclaré d'esire prestz de faire encores leurs dehvoyrs, moyennant qu'on les veui!e seconder, sy est-ce que tous les membres de Tlandres ont déclaré ne pouvoyr riens contribuer que les Wallons n'en ^oycnt debors, Ceulx de Gcldrcs nous ont mandez [)ar lettres (ju'ilz ne sont plus inlentionez de contribuer, que les villes de Deventer el Ruremundc ne soyent premièrement reprinses des enncmys. Ne seay sy ceulx d'Arthoys , Lille , Douay et Orcliyes ne vouidront aussy retenir leurs deniers, pour l'apparence des affaires qu'ilz voyent : néantmoyns je prie Voz Seigneuryes de voulloyr diligcnler cl faire tel debvoyr que de voslre partsoyt envoyé quelque argent, affin de monstrcr par effectz qu'entendez continuer en l'union, l'aydans el assistans de voslre pouvoyr selon que l'avons promys et juré, et quantet quant vous descliarger du protest envoyé d'un costé et d'aullre, quy en parfuiaura sa vigeur et force contre les deffaillans el malvolontaires.
(Par postdate ) Que le conte de Bossut, général de nostre camp, et le viscomte de Gand, général de la cavalerye, arrivaient en Anvers le \'6' au soyr, lesquelz on estime se Heb-
voyr demniti trouver en l'assambléc, pour y rcmonstrci' les misères et désordres dudict camp, et la ruync apparente à faulte de payement, en cas tpril n'y soyt pourvcu promptement.
Envoyé copie d'une iellre pleine de nouvelles d'un agent des estatz en la ville d'Ausbourg.
fl'arlellre du 19" !)'"'".) Que, le 17" dudict moys, lesscigneurs coule de Hossut et \isconle de Gand, arrive/ le lo' au[)aravanl, aiiroyent faict leur remonstrauce aux estatz, aussy à Son Allèze, Excellence et conseil, ensemble à ceulx des finances assamblcz en la cbambre dcsdicts estatz, en présence des colonnelz, rylmaistrcs et aultres officiers députez tant par les reylres que bommes d'armes et cbevaulx-légiers cslans venuz avec eulx, et se trouvé alors en ladicle assemblée : ayant ledict S'" conte remonslré en effect comme ilz avoyent eu grand'pcine, fàcberye et travaulx de contenir les gens de guerre jusqucs lors, à cause de la très-grande povreté et misère qu'à faulte de payement ilz avoyent souffert, de sorte ([ue plus des deux pars de la gendarmeryeyestoycntdemourécs et péryes de mal morte, de faim et misère, et mesmcs troys cens gentilhomujcs de nom, allemans, et(|ue, ne pouvans plus endurer et pàtii", ilz dcmandoyent d'estre satisfaictz, et aussy, en cas que Ion les voulsist retenir encores plus longtemps en service, qu'on vint à traicter avec eulx de nouveau ; aultrenient qn'ilz scroyent conslrainctz de cliercbcr leur payement où ilz le pourront trouver, et au surplus se pourveoyeroyent comme Irouveroyent en leur conseil, dontchaseun scresenliroyt fort bien et ne s'en loueroyt. Pour quoy nous faire entendre (l(î boucbe, i)ar-dessus les lettres en escriptes, aHin d'y donner ordre et remède, il avec ledict seigneur visconte avoyt obtenu dcsdicts reyli'cs, bommes d'armes et cbevaulx-légiers et de l'infanterye de venir un tour jusques icy, accompaignez néantmoyns de leurs colonnelz , rytmaisfres et aultres officiers (b'qMilez de leur pari . cl pareillement soubz promcs^-e expresse
de rcfoiiriicr par iipi'cs vers eulx, comme il est aiiss} inlcnlione de fiiirc, sy qu'il déclaro\ t, pour l'acquit de son serment, cncores qu'il sçaclie bien que sa personne sera en grandissime dangier, sy on ne leur donne contenlcmcnt. Je ne vcoys grand apparence de le pouvoyr faire, veu qu'ayans esté empescliez ces jours passez, ne sommes encores asseurez de la [)remière maille de xn à xui'' mille florins qu'à cest effet il convient promptement recouvrer. Tanty a que l'on n'a trouvé expédient aultre que de tauxer cliascunc province et user de voyes extrêmes en nécessité extrême, alïin de conserver, aultant que possible est, le pays dun branskat, pillerye et ruync fotalle, quy sans double est aultrementà la porte.
.\yant le quartier du Tournésis esté tauxé à dix mille, quelle remonstrance de sa povreté extrême que sçeucbc faire : à quov néanfmoyns ne voullus consentir, |)our n'estre authori.-é. Tiint y [a] que je treuve nécessaire du (ont qu'on s'csvertue présentement, sy on ne vcult tomber en un pillaige, branskat et ruyne générale du pays, et non-seulcmcnt du plat pays, mais aussy des villes desquelles lesdicts gens de guerre se pourront emparer. Et de brief vous en sera faicle la proposition et demande, ayant bien voullu les en prcadvertir, afiin quilz peussent en temps donner ordre de pouvoyr compter les deniers cndéans quinze jours après ladicte proposition.
(Par lettre du 26' d^"\) Que nouvelles esloyent venues certaines de la reddition de la ville de Devenler, tant par lettres du S"" de Ville (dont copie fut envoyée) en date du xx" dudict moys, que un gentilliomme sien envoyé avec ladicte ktlre aux estalz, laquelle reddition fut ledict xx% par appoinctement tel que les soldalz allemans sont sortiz avec enseignes plovées et serment de poinct servir endéans troys moys contre Us estalz, leur armes et baghcs saulves ; et ce après ladicte ville avoyr esté battue troys jours continuellement et furieusement en deux cndroicts,de manière que, brcscbes raisonnables faicles, les crnicniys se son( mys à l'arlcmcnlcr: e) esloyent six lens sol-
dalz, tous braves hommes et gens d'eslitc, la pluspart allcmansavec aulciins boiirgoignons, ayans este constrainclz de se rendre à faultc de pouidre, dont la dernière leur fut répartye le jour prôccdcnt leur reddition.
Envoyé lettres de l'agent des eslatz en Ausbourg, en date l'une du G" et l'auUre du xni* de novembre 1378, pleines de nouvelles.
Item que le bruyt avoyt esté que l'ennemy faisoyt mine de se retirer de Louvain et aulires lieux et se partir des pays, mais que, ledict 20'^ de novembre, avoyent esté communicquées aux estatz lettres du capitaine Putten (?), estant en garnison en Malines, lequel mande que ledict ennemy seroyl grandement renforcé en ladicle ville de Louvain et auroyt son desseing sur quelques villes, nommément celles de Vilvorde, Eughieu, llault et aultres; et sy requiert estre assisté de plus ample garnison que des six enseignes quy sont audict Malines pour la garde.
(Par lettre du dernier î)''"'.) Que l'ennemy, pendant que les garboulles en Flandres se démenoyent, ne laissoyl à se fortifiier et renforcer, ayant (comme le bruict porloyt) passé le jour précédent par Gheele, tirant vers la ville de Weert, où que l'artillerye de nostre camp est retirée en saulveté.
J'espère que, pour noz gens y tenir le chasteau et y estre en bon nombre, qu'il ne proulTictera riens. Et est un lieu pour pouvoyr avoyr et tirer leurs vivres de la Campigne fort propre et commode, de sorte que, depuys qu'il l'a perdu, il avoyt esté en grande disette de vivres.
(Par lettre du 5* 10*"^".) Que les reytres avoyent entre leurs mains nostre artillerye sans s'en voulloyr désaisir, se démons- Irans très-mal contens et eourrouchez de ce que leur avions faict présenter (afin d'en estre quictes) Iroys mille florins par cornette pour s'en retirer, délaissant icy leurs genlilbommcs ])0ur y attendre leur descompte et parpayement, lesquelz seroj'eniaux fraiz du pays. Mesmes avoyent envoyé leur res-
ponce, led ici 5'= de décembre, nous mandants par icelle que nous (n'ayons encorcs le moyen de pouvoyr furnir ce que leur présentions) nous raocquions d'eulx, menassans, en casque l'on ne leur donnastaullre contentement, qu ilz liroyent chercher où ilz pourroyent, à l'indicible regret et douimaige de plusieurs, et mesmes à la ruyne de tout le pays.
(Du 7' de 10'"^"'.) Que, les jours passez, as avoyr le ni' dudict moys , trois Espagnolz s'estoyent renduz en la ville d'Hérentals, où entre aultres est en garnison un capitaine espagnol, apjjclié Alonzo Lopes, ayant servy le prince d'Orenges aux troubles passés en Hollande; lesquelz ont déclaré que les forces de l'ennemy quy estoyent sortyes de Louvain, Leuwe et Diest, ayans esté allentour de Hasselt, s'estoyent retirées et avoyent desseing de reprendre Ilarscliot et y mectre deux compaignyes d infanteryc et une de cavallerye, et aussy de surprendre ladicte ville dllérenlals, pour avoyr la Campigne libre, d'où leur souloyt venir secours de vivres auparavant que ladicte ville leur at esté ostée par noz gens.
Que, par lettres de quelque particulier, on avoyt entendu que l'ennemy avoyt intelligence avec aulcuns bourgcoys de Maestricht et de quelcjucs villes principalles de Geldre. Depuys on nous estoyt venu rapporter que la trahison sur ladicte ville de Maestricht avoyt esté descouverle par le moyen d'un quidam qu'on avoyt saisy portant plusieurs lettres de l'ennemy à aulcuns desdicts bourgeoys, lequel auroyt esté pendu avec plusieurs bourgcoys trouvez coulpables de ce faict.
Davantaige, qu'avons cuadvertissementqueleS''de la Motte, gouverneur à Gravelinghen, tenant le party de l'Espagnol, faisoyt tous debvoyrs d'amener à sa dévotion et rengei- de son coslé plusieurs villes, tant en la basse Flandres qu'en Arlho}S, de sorte qu'aulcunes villes et quartiers , si comme Cassel et Sainct-Omer, auroyent jà grande communication avec luy. On a crainte que tout l'Arthoys ne s'y joingne; mais affin d'en divertir lesdicts d'Arthoys, le S"^ marquis de Havrech (quy
c'sloil à Mons prcsl de relourncr io\ ) est allé vers eulx. ayaiis tenus leurs cslatz depuys quelques jours en eà. Ne S'^avons cncoi'cs ce qu'il y auroyt esté conclu.
(Du 21' de 10''".) Que lennemy faict tout debvoyr d'environner la ville de Maestricht, et dict-on qu'il la lient assiégée, y ayant faict amener 20 picsclies de canons pour la battre.
Je ne voys aullre chose <pic touttc nostre gendarmerye, mesnieraent les reytres, Escossoys et Angeloys, par faulle de payement, ne seront constrainctz de hransquatter tout le pays, cherchant à menger et argent où ilz en pourront trouver. Et sy sommes icy réduietz en sy grande extrémité et indigence de deniers qu'il n'y a la maille pour sallarier les clercqs de la greffe des estatz, quy ont jà servy plus de demy-an sans avoyr receu denier, ne mesmes pour pourveoyr ladicte greffe de pappier : de sorte que se peult assez entendre en quelle perplexité et misère nous sommes icy, n'ayans le moyen de pourveoyr aux menutés nécessaires à la généralité, de tant moyns satisfaire aux debtes des estalz, quy sont en bien grande quantité, ne quant et quant éviter une ruyne totalle que nous voyons nous mcnasser et estre à la porte.
Paix.
Quant est du traictement de paix avec don Jehan, le S' Ottho- Henry, conte de Suazembourg, ambassadeur de l'Impérialle Majesté , envoyé par deçà , auroyl entame le propos de reprendre les errcmens dudict Iraicté avec don Jehan de juillet 1578, ayant proposé, sur la iin dudiclmoys de juillet, en substance, que Sadicte Majesté Impériale Tauroyt envoyé et donné charge d'entendre sy n'y auroyt moyen de pacifier les affaires du pays et réconcilier les subjectz avec leur prince, s'offrant, en cas qu'il y eût quelque apparence, d'y intercéder: à quel effecl il debvroit aller trouver don Jehan, (que toutes-
foys il ne feroyt volontiers sans le consenlciiienl et advou des eslalz) pour poiivoyren ressentir son oj)inion; que luy ayaiil esté consenly, suyvant la responce desdicls cstatz envoyée par copie à inesdicts S", estant se party, et depuis de retour, auroyt déclaré en effect que s'estant , les jours passez, tiouvé vers don Jehan par cherge expresse de Sa Majesté Impériale , et du sceu et adveu de Mess" les cslatz généraulx, pour moyenner la j)aix, lequel il avoyt resenly assez y enclin, déclarant qu'il estoyt content, non-seullement d'entendre à une paix à faire par l'intercession de Sadicte Majesté Impériale, mais aussy à toutes conditions et moyens aulcuncment raisonnables pour mectre les pays en repos soubz l'obéissance du roy, nostre prince naturel; de quoy il avoyt exhibé certain escript signé dudict don. Jehan , envoyé à racsdicts S" , et qu'il en a\ oyt aussy cherge et commission à cest efTect. De quoy il avoyt bien voullu advertir lesdicls seigneurs estatz, les requérant de luy faire entendre les conditions etasseurances soubz lesquelles ilz vouldroyent entrer en communication de paix, ne veullani Sadicte Majesté Impériale esire motif, ne ledict ambassadeur l'instrument, d'un traictié [dont] ilz pourroyentestre blasmez et lesdicts estatz circonvenuz et trompez ou abusez en façon que ce soyt, ains bien y mectre la main entièrement par l'advysdes estatz, en intention de faire inviolablement observer et entretenir ce que sera conclu et arresté, de sorte que lesdicts estatz se trouveront scrviz et auront occasion de contentement des bons offices et debvoyrs qu'il feroyt en cest endroict. Dont, tant par la missive dudict Liébart en date du XXX' de juillet que la copie de ladicte proposition escripte de sa main et envoyée quant et ladicte missive, mesdicts S""' ont esté advertiz.
Le un' d'aousl 1378, le S"^ de Bellièvre, conseillicr du conseil privé de Sa Majesté Très-Chrestienne et président en son parlement à Paris, envoyé de la part d'icclle par deçà, aurovt remonstré aux estatz la bonne affection et envve de
son maistre vers ces pays pour les veoyr en paix et repos, exhortant d'y entendre ta bon escient cl ofTiant de s'employer très-volontiers j)our faire un accord avec Sa Majesté Calholictiuc, noslrc prince Copie envoyée à niesscigneurs tant de la lettre de crédencc dudict ambassadeur que de sa proposition.
Réservé, par le Iraicté dalliancc faict avec le duc d'Alençon, le ii^ d'aonstjdo pouvoyr traicter la paix par tout ledict moys d'aousl avec le S' don Jehan. Et suy\ ant ce, le xnn' dudit moys d'aoust, dressez les articles de paix avec don Jehan, et en envoyé copie avec la lettre dndict I G^ et quelque instruction des sollutions à donner sur les objects(I) que ledjct S"" don Jehan pourroyt faire, avec quelcpies poinclz de con^^idéralions pour mieulx induire ledict don Jehan à accorder ladicle paix. Le tout 'dont copie auroyt este en^ oyée à me;.S(ijïneurs)auroyt esté communiqué aux ambassadeurs tant de IKnipcreur ([ue du roy très-chrestien et de la royne d'Angleleri'c, et par eulx trouvé bon, ofîrans de s'employer de tout leur pouvnyr à obtenir lesdicls articles, ayant esté conclu que lesdicts ambassadeurs vovent (2) vers don Jehan séparément, pi'éallanl celluy de l'Impériale Majesté pour pré-entcr lesdicts articles, suyvant que par lettre il auruyt mandé audict don Jehan, lequel incontinent, ayant ce trouvé bon, auroyt renvoyé responce, dont copie a esté envoyée à messeigneiirs par la lettre dudict Ifi' d'aoust.
Item par lettre du xvu' d'aoust 1578, que le jour précédent, du malin, l'ambassadeur de l'Empereur se jiarlist vers don Jehan, j)0ur luy ccnnmunicquci' les [;oinclz de paix advisez par les estatz, et aussy les articles du traictié d'alliance avec ledict duc d'Alençon, s'il le (rouxoyt convenir, afïîn de le haster à accorder paix.
Et que. pour scrviret administrer instruction pertinente de
(1) Objects, objections.
(2) Voyenl, aillent.
responce aux obji.'i;t-. duJiel S' Jijii JL'h-ui. de Ju part, du cun-cil d'Estat et des estatz, seruyent suyvy Icdict ambassadeur les S" prévost de Saint-Bavon Bucho Ayta et Beaurepaire et conseilliers d'Estat Léonin (I) et Meelkercke jusques en la ville de Malines, où ilz debvoyent attendre passeport de don Jeluin. que leur debvoyt procurer ledict ambassadeur.
Les aultres ambassadeurs attendoyent nouvelles de celluy de l'Einpereur pour pareillement partir, s'ilz puurroyent prouflicter quelque chose.
(Par lettres du xx' d'aoust.j Ceulx d'Angleterre p irtirent le xvn- au matin: celluv de France, en requi- et dispensé de la part des estatz. suyvant la lettre du due d'Anjou en date du xvii d'aoust (dont copie envoyée,, se parli.-t le xix ensuyvant.
(Par lettre du ô^ de septembre 1578.) Que non plus noz députez que l'ambassadeur de l'Empereur et aultres u'estoyent encores de retour, combien que le terme préfigé par l'accord d'alliance d'.\lençon seroyt liny avec le moys d'aoust, sans avoyr ouy nouvelle d'eulx aultre que par un des gens des ambassadeurs d'Angleterre, quy, estant envoyé par ses maistres quy ont précédé et attendent les aultres en Malines, auroyt déclairé hier devant midy à messeigneurs du conseil d'Estat qu'après avoyr attendu plusieurs jours] la résolution du S' don Jehan sur les articles luy proposez de la part des estatz, et mesmement diraenche dernier jusques les douze heures de nuict, on n'auroyt receue aultre responce, fors que Sa Majesté (dont il disoyt avoyr receu lettre) se remectoit de ce différent au jugement du S"' duc de Terranova, vice-roy de Naples, qu'il cntendoyt venir par deçà: néantmoyns requéroyt que l'ambassadeur de l'Empereur et noz députez tardassent encores quelques jours en Louvain, et que, pour estre desprouveu lors de conseil, il ne pouvoyt donner plainière résolution, qu'il espéroyt faire demain ou après -demain : ayant ce esté rapporté
(1) Elherlus Leoninus.
le dimcnchc dernier au soyr par les S" Fonck et Taxis, députez diidicl S'' don Jehan, estant à Jauelie près de Jodoigne, pour entrer en eonférenocde traicté de paix; et que, pour les ambassadeurs d'Angleterre n'avo}r esté requis pareillement de deniourer, se scroyent lousjours aelieniiné devant, lesquelz mesnics lediet jour arrivarent en Anvers, et comployent n'y avoyr apparence de paix, ains plustôt de grand guerre. De quoy aurons plus ample adverlisscment par leur rapport, et notamment que les nostres feront à leur retour, qu'espérons sera ee jourd'huy ou demain au plus tard : dont seroyt faict part à messeigneurs du Tournésis.
(Par lettres du vi* de septembre.) Que les ambassadeurs d'Angleterre arrivarent avec LeoninusetMeelkerke,conseillicrs d lî-tat, raereredy auparavant, sur le soyr, et celluy de l'Empereur avec le prévost de Sainl-Bavon et le S"" de Beaurcpairc , le lendemain , sur le niidy ; et que le v'^, sur le midy, ilz avoyent laict leur rapport ([u'ilz debvoyenl couchier par eseript peur en lever copie et l'envoyer à noz maistres respectivement, n'ayant peu laisser de cependant en toucbier quelque mot à mess" des eslatz. Estant lediet rapport, en substance, que nosdicls députez arrivez en Louvain avec lesdicts ambassadeurs (l'Angleterre, le xxi*" d'aoust, environ les unze heures du midy, lurent conduictz et logez au collège du Pape, et leur delFendu par le baron de Chcvereaux de n'en sortir. Depuys luy ayant laict entendre que leur charge estoyt de communicquier avec lesdicts ambassadeurs, ee qu'ilz ne pouvoyent l'aire, veu qu'ilz estoyenl logez aultre part, leur fut accordé libre aller et venir par la ville, accompaignez néantmoyns de quelque scrgcant. Le lendemain, 2:2" dudictmoys, sur le soyr, arrivarent audict Louvain les S" Fonck et IJaptistede Taxis et Le Vasseur avec le S"" de Vaulx, députez de don Jehan, avec lesquelz, assistez du docteur VVamcsius, on est le lendemain entré en communication; et après remonstrance faicte bien et au loing par r<imbassadeiir d'Ani^letcrre de; manlv (pie cause la guerre ci-
vile, et au contraire les biens que procèdent de la paix, ilz ont requis de comuiunicquier et résouklrc premièrement sur les préparatoyres, sçavoyr sur le lieu, du temps quant et des personnes avec lesquelles, et de la manière par laquelle on traicteroyt ladicte paix, et quant et quant sur la cessation d'armes. Et combien que de la part de noz députez leur fut respondu pertinemment sur cbascun dcsdicts poinclz, dont ilz avoyent occasion de se contenter, — car quant au lieu, il en cstoyt jà déterminé, pour la ville de Louvain a\oyr esté nommée et désignée de la part dudict don Jelian et y estre arrivez les nostres avec lesdicts ambassadeurs; au regard du temps, que le plus tôt c'estoyt le meillieur, veu que la prolongation et délay causoyt grandissimes doraraaiges, et que le temps de pouvoyr traicter estoyt reslrainct et limité par tout ledict moys d'aoust, lequel expiré il ne seroyt loisible de plus entrer en communication sur ce poinct sans le consentement ilu duc d'Alençon: sy sçavovent bien que les personnes des ambassadeurs de l'Empereur, du roy très-chrestien et de la royne d'Angleterre estoient bien et soulfisararaent qualifiées pour traicter ladicte paix , veu la charge qu'ilz en avoyent de la part des estatz, laquelle leur avoyt esté communicquée, et mesmemeni audict S' don Jehan, et sy n'ignoroyent avoyt esté résolu de n'accorder aulcune cessation d'armes, pour leur en avoyr esté faict part, — néantmoyns persistarent plusieurs journées sans voulloyr venir au principal, ayant bien esté dict par ledict S"" Fonck que les articles de paix proposez par lesdicts estalz estoyent aultant durs et rigoreux que l'on pourroyt proposer, ores que Sa Majesté fût sur le Bordhuys (1) détenue, jusques sur les derniers jours dudict moys d'aoust, que lors, comme ledict S"" don Jehan
(1) Foncq voulait probablement i)aiier du Broolhuys ou de la maison du pain située sur la Grand'Place, à I3ruxelles, où le comte d'Egmonl et de Hornes avaient été enfermés avant qu'on les conduisit au supplice.
cslojl empcsché à résoiildre sur cliascun desdicts arlicles, vint un courricrd'Espaigne avec lettres de Sa Majesté Calholicque luy mandant qu'il avoylremys ce faiet et différent à l'arbilraige de rimpériale Majesté, et que, pour n'estreayraé du pays, il cnvoyeroyt en son lieu le duc de Terranova, vicc-roy de Sicille, lequel arrivé par deçà, il eût à retourner. Mesmes, comme non obstant ce il entendoyt passer oultre au traicté de paix, pour l'importance d'icelle, en vertu de sa commission, survint un aultre courrier de la part de Sa Majesté Impériale, luy mandant d'avoyr accepté ledict arbitraigc, et pour n'y pouvoyr [procéder] en personne, mandé et commandé aux archevesque de Trêves, csleu de Couloigne, duc de JuUicrs, voisins des Pays- Bas, de se trouver par deçà pour, soubz son authorité, y moycnncr la paix; lesquelz dans peu de temps debvoyent arriver par deçà. A ceste cause, pour avoyr les mains lyées, n'auroyt peu procéder plus avant, ayant en donné acte par escript, sy que, comme de louttes aultres particularités, messcigneurs voyeroyent parle verbal et aullres piècbes joinctes, que leur cnvoyeroyt ledict Liébart sytost qu'il les pourroyt avoir par copie.
Par aultre lettre dudict 6% envoyé tousjours copie de deux déclarations faicles par le S' don Jeban, l'une du xxix' d'aoust, l'aultrele 1^"^ de 7''"', ensamble d'une lettre envoyée aux estatz de la part de l'impériale Majesté, en attendant le verbal du rapport.
Item, requys de voulloyr résouldre sur les poinctz de sa commission et du faict dudict d'Alcnçon proposez lorsqu'il estoytcn Tournay.
Par lettre du x" de T""", envoyé le verbal du rapport avec copie de certain escript en espagnol de ce que s'esloyt passé entre don Jeban et Icsdicts seigneurs ambassadeurs du royde France et royne d'Angleterre au camp, à Jaucbe.
(Par lettre du dernier 9'"'".) Que Son Altèze, les jours passez, avoyt envoyé le S"' de la .Aloullcrye, sien gentilbommc, et despccbé vers lEmpereur, son frère, affin que s'il avoyt coni-
mission d'entrer en quelque Iraictié et condition de paix pour ces pays avec noslre roy, il veulle s'y employer en toutte diligence, avant que cesdicts pays soyent du tout plongez en combustion de guerre civile. On veult dire que le comte de Zwacrtzembourg, beau-frère à monsMe prince, auroytreceu quelque cherge touchant ce faict de la part de lEmpereur, tardant d'en faire ouverture jusques le retour de mondict seigneur prince; lequel estoyt encores à Termonde, où que les quattre membres de Flandres sont convocquez et assemblez, ne sçay à quel effect, sy ce n'est pour adviser et résouldre sur quelque exj)édient pour faire accomodcr et renger les Ganthoys à la laison, lesquelz en donnent quelque espoyr, comme l'on dict.
(Par lettre du 5" lO'"^''.) Que, le premier jour dudict moys, lambassadeur de l'Impériale Majesté, en présence de Son Altèze et conseil d'Estat, auroyt faicte certaine proposition contenant en effect troys poinctz, assavoyr : aprèz remonslrance de l'affection que tant Sadicle Majesté que luy, porte et a monstre porter par effect à ces pays, s'il nous plaisoyt accepter Sadicte Majesté Impériale pour intercesseur et moyenneur de la pacification, suyvant les lettres qu'elle nous avoyt envoyé au moys d'aoust dernier, desquelles copie leur avoyt esté envoyée de par moy; item sy, pour la direction de ladicte pacification pendant la venue des S" princes électeurs à ce dénommez et acceptez , nous voulions nous servir de sa personne ; en tiers lieu , sy ne trouverions bon d'encommencer le traictié de paix par une surcéance d'armes réciproque. A quoy, pour estre désireux grandement de la paix, les estatz n'auroyent tardé de respondre, conformément au requys dudict ambassadeur, saulfves aulcunes petites limitations, sy qu'ilz pouvoyent veoyr par la copie d'icelle responce.
(Par lettre du vu'' 10''"'.) Envoyé lettres de Son Allèze du 5'' dudict moys et eslatz, avec copie desdictes propositions de l'ambassadeur impérial et responce des estatz.
Item que Icdict seigneur ambassadeur cstnyt part\ vers le
prince de Panne, le o' diidiet inoys, pour négolier, suyvant ladiete respoiice, sur le faict de la surcéauce d'armes et de paix. Que Dieu nous la veulle donner bonne et asseurée et de hrief! Mais je erains qu'avant y parvenir il n'y ayt grandes dilTieultés, pour plusieurs raisons, et entre aultres qu'il conviendra sur chascun poinct diidict Iraicté avoyr l'advys et consentement dudiel duc d'Alençon, selon que par l'accord d'alliance il prétendt, comme par sa réplique donnée à la responce des esfatz sur les poinctz à eul.x de sa part proposez, ayant en faict despêcher copie en toulte diligence, pour le G" dudict moys avoyr esté scullement exhibée.
(Du 21" 10*"^''.) Envoyé copie d'une lettre du prince de Parme à l'ambassadeur de l'Empereur, en date du xv" dudict décembre, escript à Visct, mandant Fenvye qu'il at d'entendre la cberge dudict ambassadeur de la part de l'Empereur, et, à cest effect, qu'il s'achemine vers Ruremondc, s'excusant de n'y avoyr plus tost peu entendre.
Lequel ambassadeur estoyl party, à passez troys sepmaines, pour entamer la négotiation de j)aix.
(Du 28'^ lO"""''.) Que l'on n'avoyt eneores reccu nouvelles de l'ambassadeur, depuys un moys qu il est party d'icy pour la paix; mesmes sommes adverliz, par lettres du xxi' de ce moys, que les enncniys ne cessent de faire journellement toutes acies d'hostilité sur le plat pays là enlour, ayans tousjours l'œil sur noz gens pour les surprendre à la desprouveue, estans bien intentionez, à la première commodité de la gellée, faire quelque belle cmprinse. Et sont renforcez de deux mille reylres et de quelques compaignyes de lansquenects, et sy attendent encorcs quelque cavallerye italienne, laquelle arrivée, ne fauldront de se ruer sus Weert, pour ce que ceste place leur donne beaucop d'empeschement, mesn)ement à ccidx de Louvain, Diest et aultres lieux qu'ilz ne peulvent librement fouraiger et piller sur la Campigne.
Rpj.ir.ioN.
Touclianl le l'iiicl de la leligioii, coiivioiil eiUciidre que, de la ]'art des inliabilans de ces Pays-Bas prolestans vivre selon la réformalion (comnie ilz disent) de l'évangille, auroyenl présenté rcqucslc à Son Altczc le (I), tendante affîn d'avojr
liberté d'exerrice de leur religion en [)ublie<i; laquelle, depuys renvoyée aux estatz généraulx avec quelques [)oinctz advisez par mess" du conseil d'Estat, pour mettre ordre aux grands désordres (piy de jour en jour advenoyent de plus en plus en CCS pays pour le faict de iadicte religion, auroyt, à pluralité de voix, esté aj)poslillée qu'ieelle, avec aullre de leur part par après présentée toucbant Tasscurance ([u'ilz donneroyent aux veullans vivre eatholieques comme auparavant, cnsamble Icsdicts poinctz, seroyt envoyée à cbascune des provinces par Sadicte Allèze, alTin d'avoyr leur advis. Dont mesdicts seigneurs ont esté ad^erlys par les lettres dudici Liébarl du ix''de juillet 1578.
Sy auroyent aussy présenté requeste ceulx de la confession dAusbourgdemourans audiet Anvers, pour aussy avoyr l'exercice libre et en publicq de leur religion : dont il auroyt envoyé copie à Leurs Seigneuryes par ses lettres du xxx' de juillet 1 578.
(Par lettre du 10'= d'aoust 1578.) Les bons bourgcoys de la ville d'Anvers voullants se maintenir à lanehienne église oatbolicque romaine auroyenl lequis que la l'cqueste desdiels proteslans leur fût comnjuniequée , à tout le moyns envoyée à ceulx du magistral.
De la part du clergé dudiet Anvers fut présentée aussy requeste affîn que Iadicte religion anebienne fût maintenue et
(\) (le blanc est dans le lexle.
la nouvelle rejetée; laquelle, pour ce qu'elle semMoyt assez picquante, fut incontinent dcsmanuce, eans que depuys on la peult recouvrer.
Le 12* d'aoust 1578, présenté par Liébart à Son Allèze les lettres missives de mess" les estatz du Tournésis, contenans leur résolution sur le faict de la religions fridt demandée : les advertissant quant et quant de l'opinion d'aulcuncs aultres provinces par lettres du 13" dudict moys daoust.
Garbouilles advenues en la ville de Bruxelles , pour le faict de la religion nouvelle, le 12" d'aoust 1578, ayant présenté rcqueste et remonstrance les S" de Champigny, Hèze, Egmont, Bersele et Bassigny, ayant esté formée par leWellemans, aul- Iresfoys gj-eflier des estatz, exhortant par icelle le j)euple de se maintenir en la religion anchienne et rejecter Taultre : à raison de quoy Icdict Champigny auroyt esté saisy et Wellemans et aultres, quy ont esté depuys relaxez, saulf ledict Champigny, ayant esté mené en la ville de Gand avec les aultres y détenuz prisonniers.
(Par lettres du 17^) Adverty que les garbouilles de Bruxelles estoyent advenues pour une requesfe que les S" de Champigny, de Hèze, Bersele, Bassigny et Glimes avec Wellemans, greflier quy fut des estatz, par laquelle ilz inciloyent et exhortoyent le peuple à maintenir la ville, siège royalle, en son entier, tant au regard de la religion comme aultremenl, à l'exemple de celle de Parys, aussy le siège royalle de France, suyvant néanlmoyns la pacification de Gand et promesse par tous jurée : que fut incontinent mal interprété par ceulx de la partyc contraire, mesmement les gens du prince d'Orenges y cstans en garnison, disans qu'on voulloyt user d'un massacre comme audiet Parys. A quelle occasion le logis du S'de Champigny, quy est cclluy du cardinal de Granvelle, fut pillé, où fut trouve une eschelle de cordes tenant à deux crampons attachez au bout, dont on faisoyt grand faict, laquelle toulesfoys n'estoyl qu'une eschelle d'amoureux. Lors ledict seigneur,
cherché, ne fut trouvé; mais dcpuys, s'estant présenté, auroyt esté saisy prisonnier. Les aultres seigneurs se sont escartez et parliz de ladicte ville au nioyns mal quilz ont peu, saulf lesdicts Glimes et Wellemans, quy furent aussy saisyz prisonniers.
(Par lettres du xx^) Que ledict Champigny estoyt mené à Gand ])risonnier et mys avec les aultres.
(Par lettres du 10" de septembre.) Mandé que le prince d'Orenges avoyt rcmonstré que Dieu luy avoyl donné une fdle, et qu'il désiroyt la faire baptiser; et combien que depuys un an en çà il s'estoyt abstenu de Texercice de sa religion, que touttesfoys, pour le présent, veu qu'on l'exerçoyt libi'cmcnt et publicquement en ceste ville (si comme en la maison des jésuistes, en la chapelle du chasteau et deux aultres places en ladicte ville), il estoyt intentionné désormais s'y accomoder en publicq, mais qu'auparavant il y en avoyt bien voullu advertir messieurs les estatz, afïin qu'ilz ne le trouvassent mauvais. Sur quoy ne fut donnée responce, ains on espéroyt le passer par silence, ou aultrcment le remectre à sa discrétion.
(Par lettres du 19" de septembre.) Mandé que sur ceste remonstrance, après grande instance, avoyt esté résolu, jiar pluralité de voix, le 12'' auparavant, d'offrir tous complimens requis de la part des estatz pour ledict baptesmc, remectant le surplus à la discrétion de Son Excellence : ayant néanlmoyns esté déclaré , de la part daulcunes provinces, et entre aultres Tournésis, ne pouvojr toucher au faict de la religion au contraire de la pacification de Gand. De quoy s'estoyt faict acte, dont copie fut envoyée à mesdicls seigneurs, requérant sçavoyr s'ilz le trouvoyent bon.
(Par lettre du 21' de septembre.) Adverty d'avoyr entendu que les Ganthoys et aultres de mesme qualibre avoyent prins fort verd que, de la part de ceulx d'Arthoys, Haynnault, Va- Icncbicnnes, Lille, Douay et Orchyes, Tournay et Tournésis, en leur responce sur le poincl de la religion, on avoyl noté de
parjure et infamie ceulx quy vouidroyent adracctre l'exercice de la religion prétendue réformée, de tant plus ceulx quy dcstourboyent l'exercice de la religion catliolic(iue romaine. De quoy s'estans resenty et ayans prins pied (comme il avoyt peu remarquier de ce qu'en avoyent déclaré leurs députez en l'assamblée des estatz), avoycnl deschassé de leur ville les gens d'Église, à tout le moyns saisy leurs biens et saccagé les églises, sans voulloyr (comme il scmbloyt) plus tollérer l'exercice de ladicte religion romaine, sy ne fût que Ion admecle et reçoive, es aultres villes et quartiers de par deçà, mesmementen Tournay, Vallenchienncs, Lille et aultrc part où plusieurs le requièrent, l'exercice libre de leur religion réformée; ayans respondu à Son Allèze cl conseil dEstat, quy leur avoyent mandé et requys de se comporter plus modestement vers les églises et ecclésiasticques, en tollérant aussy avec la leur l'exercice de l'aultre religion, par manière de provision, que Testât de ladicte ville estoyt en telz termes qu'elle ne pouvoyt le coniporler; cnicndans de mcctre tel ordre que la religion anchicnne (qu'ilz dicnt) comme en Hollande et Zeelande soyt maintenue, et chascun y instruict et endoctriné, et donner aux gens d'Église pour tous leurs biens quelque lionesle Iraictement d aliments. Mesmement, à cesle occasion , (comme on luy a dict) ilz avoyent commencé d'arrester aulcunsbatteaux de Haynnault, sans les voulloyr rclàchci".
(Par lettre du 21" de 7'"■^) Que renlTantdu prince d'Orange scroyt baptisé le mesme jour et levée par le S' duc Casimir et les estatz généraulx par aulcuns leurs députez, assavoir : pour Brabant, les S" de Saventhem et Leefdale; pour Flandres, le S"' Utenbove, eschevin de Gand; Hollande et Zéelande, le S*^ Vanden Bie ou le pensionaire de Midelbourg; pour Frise le docteur Ayta, député dudict Frise. N'ayant esté présent à faire ladicte députation, ains s'cstant absenté expressément, pour éviter tout inconvénient.
(Par lettre du 27* T*""'.) Que, le dimanche dernier, entre
les ciiicq à six heures du soyr, la fille du priiiee dOrcnges fut baptisée au lieu où que l'on cxcree la nouvelle religion, situe devant l'hostel duditt prince, lequel aullrcsfoys servoytdunc place de corps de garde du chasteau. Et luy avoyt esté imposé le nom de Catherine, de la part de la soeur dudict prince, femme au conlede Swaertzcmbourg, et Belyia de la part des (statz, quy avec ladicte dame l'avoyent levé de font, assistez des ambassadeurs d'Angleterre et du duc Casimir. De la part desdicts estatz auroyt esté faicl présent audict seigneur prince de la conté de Linghen , à charge d'en rendre, au proufïict de sadicte fille, paran,troys mille florins de rente héritière au denier seize.
Au soyr se célébra un manificque bancquet à l'hostel dudict prince, où que Icdict Liébart (cncorcs qu'il se fût absenté quant il fut question d'ofi'rir et dénommer députez pour lever ledict enfîant, et qu'il n'cust conscnty au présent de ladicte conté) se seroyt trouvé avec les aulircs ses confrères convyez, où cstoycnt aussy tous les colonnelz et capitaines d'Anvers, à une table à part, que le S"' deSaincte-Aldegonde et pensionaire de Middelbouig et aultres festoyoient pour le prince.
(Par lettre du S'^ d'octobre.) Que j'avoys rcceu deux lettres de mcsme teneur et date, lune par le messaigier, le in'= auparavant, au soyr à huict heures, l'aullre le lendemain, entre les neuf et dix heures par le conseillier Le Clercq, arrivé en Anvers avec le prévost Luchin et conseillier de Cordes, une heure auparavant, suyvant lesquelles ayant communicquié avec eulx sur leur cherge et commission et instruction, après avoyr par ensemble délibéré par quelle voye pour la mcillicurc on pourroyt y procéder le plus seurcmcnt, nauroys obmys leur déclarer ouvertement ce que me sembloyt de ceste légation et remonstrance, et qu'elle ne prouflicleroyl guères, ains nuyeroyt plustost, pour les raisons que ledict S"" Le Clercq à son retour pourra discourrir; néantmoyns, pour nous acquiler en nostre cherge, comme il estovt sur le disncr et désirions
avoyr audience à Son Altcze à part avant que de nous trouver au conseil, sommes-nous addressé à l'un et l'aultre, et mesmement au S'' d'Auwilz, premier gentilhomme de la chamhre de Sadicte Altèze, auquel le prévost Lucliin délivra les lettres de nostre gouverneur. Lequel, nous ayant retenu et festoyé au disncr, nous fit avoyr audience après- disner vers Sadicte Altèze, quy, nous ayant ouy et entendu par la bouche du conseillier Le Clercq, harrenguant en latin, nous respondit en ces termes: Se itis quod nihil possim sine consilio statuum; ciiin eo cominunicabo et fecero fjiiod ut quanluni potero eritis conlenti.
Ce faict, l'usraes chez le chanoyne Carlicr, quy aussy, après avoyr leu les lettres que luy délivra ledict Le Clercq de la part de mess" du chapitre et entendu nostre chcrge. requys de par nous de vouUoyr tenir la bonne main vers Sadicte Altèze que puissions obtenir favorable ordonnance, ne nous dict aultre chose, comme aussy il ne pouvoyt, que Son Altèze ne pouvoyt riens faire sans le conseil d'Estat, et en seroyt faict comme il en seroyt là déterminé. De là nous trouvasmes chez le conseillierBevere, quy, après nous avoyr ouy, respondit qu'il ne licndroyt à luy, comme bien je pouvoys sçavoyr (se tournant vers et entendant de moy), que n'aurions ce que désirions comme chose du tout raisonnable, et qu'il ne fauldroil d'y tenir la main. Le S"" de Froitmont, conseillier d'Estat, que arrestasmes et parlasmes sur les rues en particulier, ainsy qu'il alloyt au conseil, nous fit responce en substance que, sy ce n'estoyt maintenant, ce seroyt par après, assavoyr cndedans deux, troys ou quattre moys ou demy-an au plus tard, que aurions les presches, que ne pourrions en effect empcschcr en parfin, comme (se tournant vers moy) il dict que je pouvoys bien sçavoyr.
Sur le soyr, entre les sept et huyct heures, envoyé vers Son Excellence de la part des estatz, trouvant le conseillier Mcetkerckc, par commodité luy fis ouverture et tins propos
de nostrediclecherge; lequel me dict que, vcu le grand nombre de gens, si comme de sept à liuict cens, quy dcmandoyent les presches, il les failloyt accommoder; et sy partout, du commenchement, on eût donné contentement à tels et semblables, on ne fût tombé en telles extrémités où nous sommes réduictz.
Le prince d'Orenge n'use d'aultres propos, et impute tous les désordres à cela. Attendons au surplus d'avoyr demain audience, quant entenderons (juc Son Allèze y sera.
(Par lettre du 8*" S^"\) Que, le vu'' d'octobre, au matin, ayans entendu Son Altèze cslre au conseil d'Estat, n'y ayant esté le jour précédent, requismes et obtinsmes audience, où que besongnàmes tellement, par remonstrance, que lettres closes tant au magistrat que monseigneur le gouverneur (de la teneur desquelles ne feray icy récit, pour n'estre expédient, ains le remectz à ce que ledict Le Clercq vous en pourra déclarer à son retour) et quant et quant lettres patentes en forme de placcart nous fure/it accordées, aux termes portez par la copie quy va cy-joincte. Mais, comme le prévost avec ledict eonseillier Le Clercq, ayant les despècbes que j avoys sollicité et faict haster en toulte diligence, estimoyent sen retourner le buycticsmeau matin, seroyt advenu que, le jour précédent au soyr, ilz auroyent esté adjournez à comparoyr et se trouver audycl conseil pour lendemain, entre noef et dix beures, pour eslre oyz derechief, avec et en présence des aultres prétendans la religion nouvelle. Suyvant quoy n'avons failly de nous y trouver, et, eue audience sur les onze heures , remouslrer et persister comme devant. Les aultres, quy estoyent le ministre Tafiîn, assisté de Hans Opalfens et un des Maire s'estans tenuz prèz de S'-Picrre en Tournay, et Raspaille de Tournay, auroyent contesté au contraire, usant de plusieurs remonstrances et allégations, desquelles ledict S"^ Le Clercq vous pourra aussy,à son retour, faire part. De sorte que , le tout ayant esté débattu par l'espace bien dune heure, auroyt esté retenu en advys, pour
en ilcterrainer en présence de Son Allèze, laquelle peu auparavant s'estoit retirée, pour s'aller esbattre hors de la ville, et des aultres eonseilliers en plus grand nombre qu'ils n'estoyent, à raison qu'ilz n'estoyent que un. Ce qu'auroyt retardé le retour desdiets sieurs prévostet conseillier LeClercq, veuUants en sçavoyr la résolution avant leur partement; ayans néanlmoyns, avant leur parlement, tousjours envoyé lesdictes patentes, pour les faire publyer, s'il semble bon à nostre gouverneur.
(Par lettres du lO*" 8'"^'*.) Remys en mémoyre sommièrement les debvoyrs par nous faietz à l'impétration dudiet placcart, me reraectantau surplus au conseillier Le Clercq, quy partist d'Anvers le 9% sans m'en avoyr touché mol : promectant d'avoyr l'œil au guet, et de faire tout dcbvoyr que partye n'obtienne provi ion contraire ou préjudiciable à la nostre; requérant de voulloyr envoyer quelque recognoissance au conseillier d'Eslat quy nous avoyt en ce grandenjent aydé, alïin de l'avoyr à l'advenir plus favorable et prompt.
(Par Icllre du 22 8'"'.) Que, pour mectre quelque ordre aux affaires du pays grandement troublées et accommoder lune etl'aLdlre des partyes. Ion estoyt après à conccvoyr certains poincls de hmsvrede et reliyionsvrede, pour, après que, ou par commune voix ou pluralité de voix, ilz seront trouvez bons, les envoyer en chaseune province et les faire approuver.
(Du 14"^ de 10''" lo78.) Que Son Altèze et cslatz avoyent rcceu lettres du magistrat de Zubbel, datées du vu'" dudicl moys, par lesquelles il mandoyt que, le jour précédent, on y avoyt commencé faire la presche en l'église Noslre-Dame à la nouvelle religion, sans que louttesfoys quelques briseraens d'imaiges ou aultres foulles y soyent encores advenues: requérant ledict magistrat queSadicle Altèze et eslatz y donnassent Tordre qu il convenoyt. Or lesdicts estalz l'ont remys à Sadictc Altèze et conseil d'Estat, ausquelz il appartient de contenir chascun en office sans désordre.
Advertissemens divers.
(Par lettre du 5' 10'"^''.) Que 30 navires d'Espaigne estoycnt arrivez en Anvers Icdict 5'' de décembre, et en attendoyt-on encores liuict, lesquelles touttes estoyent chergées de marchandise de vin, laynes, fruictz de karesrae, huylles et aultres.
Item , que le bruict esloyt les 3Iores avoyr prins en Espaigne 15 à 16 hcuwes et 50 naves pleines de marchandises, et quant et eulx emmené plus que 5,000 âmes du pays d'Espaigne.
Item, que le S"" de Liedkercke mourut le xxix'' de O"""' 1 578.
(Par lettre du 7* décembre.) Envoyé extraict de ce que, de la part de Son Altèze et en sa présence, avoyt esté proposé aux estatz le v" de décembre 1578, que les moyens généraulx debvoyent estre continuez pour un demy-an, demandant advys s'ilz ne trouvent nécessaire que Sadicte Altèze use en ceste part de son aulhorité, pour oster tous délays et occasions de subterfuges; item, que le pays estoyt venu en tel désordre et licence effrénée qu'il n'y a police, justice ne respect à l'authorité souveraine; et pour le restablir pour le bien des subjcctz, il estoyt nécessaire de convocquer les estatz généraulx pour de commune main pourveoyr à tout : ayant esté proposé pour sa descharge et du conseil d Estât.
Et que sur ce, par pluralité de voix, avoyt esté résolu qu'il n'estoyt besoin d'user d'authorité et commandement pour les provinces quy avoyent jà accordé la continuation des moyens généraulx pour demy-an, comme Brabant, Flandres; et au regard des aultres provinces n'ayans encoires consenty ladiete continuation, on espéroyt que, requises en estans, elles ne feroyent difiiculté, et que partant on useroyt de leur faire la proposition en- fourme aceoustumée, pour ne changer le pied ancien.
Quant au second poinct, par pluralité de voix, at esté remys à la discrétion de Son Altèze, exrepté cculx de Tournay, Tour-
nésis, Hollande, Zeclande, ayans déclaré, pour ladictc convocation estre contraire à la pacification de Gand, n'cstre authorisez d'y consentir.
Ce que de la part dudict Tournésis auroyt esté faict daiiltant qu'il estoyt trop dangcreulx de faire, entre les armes, assamblée pour y disputer et résouldre sur le faict de la religion et y mectrc ordre, comme Leurs Seigneuryes pouvoycnt bien considérer.
(Du 7"= de 10''".) Envoyé lettres de l'agent des eslatz en Ausbourg, du xx' de novembre auparavant, contenant plusieurs nouvelles.
(Original autographe, aux Archives de l'État, à Tournai )
CCCXCXVI.
Deux lettres du marquis de Castel Hodrigo, gouverneur général des Pays-Bas, au Conseil privé, sur la mort de Philippe IV, la régence commise par ce monarque à la reine, et ses dernières volontés concernant les Pays-Bas et le comté de Bourgogne : 9 octobre iGOo.
Première I^ettre.
Do.N FnA.Ncisco de Moura et Corne Real, Marquis de Castel Rodrigo, dl; Conseil d'Estat du Roy, nostue Sire, Lieute- AAiM, Gouverneur et Capitaine Général des Pavs-Bas et de Bourgogne, etc.
Messieurs, comme il a pieu à Dieu d'appeler à >;oy, le 17' du mois passé, la personne de Sa Majesté don Pbilippe quatrième, de glorieuse mémoire, et qu'il a enchargé la reyne (4)
(1) Marie-Anne d'Autriche.
(le la tulèle et curalèle do la personne du roy, nostre sire, Charles deuxième, et du gouvernement de tous ses royaumes et Estalz, et qu'elle a eu pour agréable de nous continuer au gouvernement de ces Pays-Bas et de Bourgogne, et encharger aussy de confirmer tous les ministres et officiers royaux de par deçà en leurs respectives charges et offices, soubz l'asseurance que tous rendront au roy son filz les services et debvoirs qu'ils sont obligez, selon la confiance qu'elle en a, nous avons bien voulu vous faire ceste, pour vous faire entendre les intentions de Sadicte Majesté au regard que dessus, et de suite vous confirmer dans voz charges et offices, tant qu'elle l'aura pour agréable, en attendant que les lettres patentes en forme vous en soient envoyées, dans la croyance que vous vous en acquitterez avec le soin et fidélité ainsy qu'avez fait jusques à présent. Ce que nous vous ordonnons de faire entendre à ceux de vostre ressort. A tant, messieurs, Nostre-Seigneur vous ayt en sa saincte garde.
De Bruxelles, le 9' octobre 1665.
J'Jstoit paraphé De. v', signé El iMarqiés de Castel Rodrigo, et contresigné Verrevcken.
Deuxième Lettre.
Messieurs, bien que nous ne doublions où vous aurez receu avec les ressentimens proportionnez à la perte que vous et toutes ces provinces ont fait par le trespas de feu Sa Majesté don Philippe quatrième, de glorieuse mémoire, dont Dieu ayt l'âme, pour le zèle et affection qu'avez monstre en toutes les occasions de son royal service, nous avons néantmoins bien voulu, pour vous confirmer de tant plus dans ces sentimens, vous faire sçavoir ses royales et dernières volontez au regard de ces pays, contenant qu'en particulier Sadicte Majesté déclare (|uc les Estalz de Flandres, Pays-Bas et de Bourgoigne et quel-
concques autres qu'a possédé la sérénissime infante Isabelle, sa tante, et ont retourné à sa couronne et icelluy les a possédé et possède, veut qu'ils soient tousjours uniz avec ses autres royaumes et seigneuries, et qu'on ne les divise ny sépare pour aucun cas, et cncliarge et ordonne à la reync et prince et à ses successeurs qui avec le teni{)S seront, que à bon escient et par leurs forces possibles ils asi.islent et défendent dèz à présent sesdiz Estatz, bons et fidelz vassaux , pour l'amour qu'elle leur a tousjours porté, et tellement convient, afin qu'ils soient maintenuz dans leur liberté et amour correspondant à ce qu'iceux méritent; convenant de mesme pour la religion et paix de tous ses royaumes, Estatz et droilz de la maison dAustriche, de laquelle il avoit la primogéniture et majorité, comme il est cognu, afin que cognoissiez la tendresse que ladite perte vous doit causer, ensemble Tasseurance que vous devez avoir que la reyne eslèvera le roy, nostre sire. Cliarles, dans les mesmes affections, et assistera les bons vassaux, ainsy qu'elle a commencé de faire dèz à présent, estant plus qu'asseurée de leur fidélité et amour à sou service, outre qu'elle espère en la bonté divine que si, soubz le nom de l'empereur Cbarles le cinquiesme, elle a donné à ces Estatz et à la monarchie de si grands advantages et gloires, elle donnera à ce nouveau monarque Charles deuxième et à ses royaumes et Estatz èsquels il luy succède toutes les félicitez et bénédictions que nous devons désirer. A tant, messieurs, Nostre-Seigneur vous ayt en sa saincte garde.
De Bruxelles , le 9' d'octobre 1665.
Paraphé De. v', signé El Mauqués de Castel Rodrigo, et contresigné Verreycken.
(Archives du ro^-aume, 2<= registre vert du Conseil privé, fol. 45.)
cccxcvn.
Deux dépêches de V empereur Charles VI au marquis de Prié, son ministre plénipotentiaire aux Pays-Bas , sur la démission, donnée par le prince Eugène de Savoie, du gouvernement de ces provinces, et sur les rapports que ledit marquis doit avoir dorénavant avec le Conseil suprême , ù Vienne : 8 décembre 1724 (1).
Première Uépêcbe.
L'Empereur et Roi.
Mon cousin , le prince Eugène de Savoie m'ayant supplié d'agréer sa démission du gouvernement général de mes Pays- Bas, j'ai bien voulu l'accepter. Et lui ayant conféré le vicariat général de tous mes Etals en Italie, il convient à mon royal service de donner une direction pour la régie et adminislra-
(1) Dans sa réponse, en date du 19 décembre, à ces deux dépêches, le marquis de Prié dit à l'Empereur :
" Sire, j'ai reçu, par i'eslafelle arrivée ici le lo de ce mois, la royale
dépêche de Voire Majesté Impériale et Catholique du 8 Je publiai, le
lendemain, 16 de ce mois, à la parole, les souveraines résolutions de Votre Majesté aux généraux , ministres et à la noblesse qui se trouvoit ce jour-là en as?ez grand nombre chez moi. J'ai envoyé, hier malin, au conseil d'Étal la copie de la susdite royale dépêche de Votre Majesté avec mon décret pour qu'elle soit exécutée immédiatement, enchargeanl le conseil d'en faire tirer des copies de la manière que Votre Majesté l'a ordonné, et de les envoyer à tous les conseils et états de ces provinces, avec mes lettres de notification dans la forme accoutumée: elles seront dépêchées et envoyées demain à leur adresse. J'exécuterai les autres ordres qu'il a plu à Votre Majesté de me donner, avec loule l'exaclilude qui puisse marquer la soumission avec laquelle je les ai reçus. "
lion de mcsdits pays, en attendant que je prenne résolution sur les dispositions qu'en conséquence de cette démission et acceptation il conviendra de faire par rapport au gouvernement général des mêmes pays. Je vous fais cette pour vous dire que j'ai trouvé à propos de vous continuer, par la présente, le plein pouvoir que je vous ai accordé par ma dépêche du 30 de juin 1716, pour l'exercer avec la même autorité qui vous a été accordée durant le gouvernement dudil prince Eugène de Savoie. Et afin que cette ma volonté royale soit connue par les conseils et états de mes provinces, vous aurez soin de la leur communiquer par copies vidimées, sous sccl authentique, dûment collationnées et signées par un de nos secrétaires d'État, voulant et ordonnant bien expressément qu'à ieelle foi soit ajoutée comme au présent oi'iginal : car ainsi nous plaît-il. A tant, mon cousin. Dieu vous ait en sa sainte garde. Vienne, ce 8™^ décembre 1724.
Deuxième Dépêche.
L'Empereur et Roi.
Mon cousin, par la lettre ci-jointe, que vous communiquerez sur le pied y prescrit, vous aurez connu mon intention royale louchant l'administration interne de mes Pays-Bas. J'y ajoute par cette, pour votre direction, que ma volonté est que, jusques à autre disposition, vous m'envoyiez et remettiez toutes les représentations et informations, par la voie de mon conseil suprême, en tout ce qui concerne le gouvernement de mesditspays, sur le pied usé et observé ei-devantavec le prince Eugène de Savoie, selon vos premières instructions, et que vous donniez entière exécution aux dépêches, ordres et autres affaires de gouvernement et des parties qui vous seront envoyés par le canal de moudit conseil : vous prévenant qu'à l'égard de la collation des emplois, offices et bénéfices atlri-
bues au gouvernement général , vous m'informiez régulièrement par la voie susdite, afin que j'y prenne les résolulions et que je donne les ordres qui seront les plus convenables à mon royal serviee. A tant, mon cousin, Dieu vous ait en sa sainte garde.
Vienne, ce 8' décembre 17!24.
(Archives du royaume : Hogislic de la Chancellerie des Pays-Bas à Vienne, n" l^li, fol. 73 et 73 \".)
CCCXCVUI.
Dépêche de Venrpereur Charles VI an marquis de Prié, lui faisant savoir qu'en attendant que l'archiduchesse Marie- Éiisabeth, sa sœur, nommée par lui gouvernante générale des Pays-Bas, puisse s'y rendre, il a nommé le comte de Daun gouverneur général par intérim, et lui ordonnant de délivrer au comte toutes les dépêches qui lui ont été envoyées et les réponses qu'il y a faites : 25 décembre 1724.
L'Empereur et Roi.
Mon cousin, comme la sérénissime arcbiduchessc Marie- Élisabelb, ma très-cbère et Ircs-aimée sœur, que j'ai nommée et établie gouvernante générale de mes Pays-Bas, ne peut pas s'y rendre promptemcnt, à cause de la présente saison et des dispositions à faire pour son départ, j'ai , en attendant et jusques à larrivée de la susdite sérénissime arcbiduclicsse, nommé et commis, pour mon lieutenant, gouverneur et capitaine général de mesdits pays en intérim, le comte de Dann.
prince de Tliiano, lui ayant ordonné de s'y rendre sans perte de temps. Je veux bien vous avertir de celte ma résolution royale, et vous ordonner en même temps que, jusques à l'arrivée dudit comte, vous ayez à continuer l'administration desdils pays, en conformité de mes dépêches du S"" de ce mois vous envoyées. Et considérant qu'il sera nécessaire que ledit comte de Daun, pour bien exercer ce gouvernement, soit instruit de tout ce qui s'y est passé durant le temps de votre administration. des mêmes pays, vous aurez à lui délivrer, à son arrivée, toutes mes dépêches et ordres qui en cet égard vous ont été envoyés, ou copies authentiques de ceux que vous croirez vous devoir réserver, avec les minutes de vos réponses, en lui déclarant quels de mes ordres vous avez exécutés, et généralement tous autres actes, lettrages et papiers qui sont en votre pouvoir concernant ledit gouvernement, ou qui pourroient y avoir du rapport, Et comme je suis persuadé que vous avez une parfaite connoissancc de l'état de mes finances et de la situation présente où se trouvent mesdits Pays-Bas et les |)rovinces en dépendantes, ma volonté royale est que vous en donniez audit comte de Daun une ample et pertinente inforniation , et qu'à cet effet vous ayez aussi à lui indiquer par écrit spécifiquement tous les moyens extraordinaires par lesquels vous avez d'an en an su suppléer au payement des courtresses annuelles du produit de mes finances, et quels moyens ou fonds vous avez destinés pour fournir à la dépense nécessaire et payement des besoins et charges de l'état de Tannée prochaine : car telle est ma volonté. A tant, etc. Vienne, ce 23'' décembre 1724.
(Archives du royaume : ilej^ii-ne île la Chancelieiit' (les Pays-Bas à Vienne, ti 122, loi. 7G.)
Réponse du marquis de Prié à la lettre précédente , contenant des observations sur lordre que V Empereur lui donne de remettre un comte de Daun les dépêches qu'il a reçues et les minutes de ses réponses : 2G janvier 17:2o.
Sire, j'ai reçu, par l'ordinaire du 27 du mois passe, la dépêche royale de Votre Majesté Impériale et Catholique du 23 du même mois, par laquelle elle a daigné m'avertir du choix qu'elle avoit fait de la personne de la sérénissime archiduchesse Marie -Elisabeth pour gouvernante générale de ses Pays-Bas, et de la résolution qu'elle avoit prise de nommer et commettre, par intérim, pour son lieutenant, gouverneur et capitaine général de sesdils pays, le comte de Daun, prince de Thiano, avec ordre de s'y rendre sans perte de temps, en attendant que ladite sérénissime archiduchesse y vienne en personne, m'ordonnant en même temps que, jusqu'à l'arrivée dudit comte, j'aye à continuer l'administration de ces pays en conformité de ses dépêches du 8 décembre dernier : dont j'aurai soin de m'acquitter avec tout le zèle et toute lactivité et exactitude qu'il me sera possible d'y apporter, ainsi que j'en ai usé pendant tout le temps que j'ai été à la tête des affaires de ce gouvernement que V. M. m'avoit fait la grâce de me confier en absence du prince Eugène de Savoie.
Et quant aux autres ordres portés par ladite royale dépêche deV. M. du 23 du passé, je me donne l'honneur de lui représenter que je les exécuterai avec toute Tattcntion possible, pour autant qu'il pourra dépendre de moi de le faire, de la manière la plus claire et la plus distincte dont je me pourrai servir pour cet effet, et qu'en conséquence je déli-
vrerai au comte de Daun toutes les dépèches et ordres que j'ai reçus de V. M. pendant le cours de mon administration des affaires de ce gouvernement, avec des listes de ceux desdits ordres qui sont exécutés et de ceux qui ne le sont pas, lesquelles listes contiendront aussi les raisons pour quoi lesditcs dépêches sont demeurées jusques ici sans exécution, suivant les ordres que j'ai donnés au comte d'Elisscm, comme doyen du conseil d'État, et au directeur général des finances Fraula , pour faire former Icsdits étals ou listes, avec toute la diligence possible, parles secrétaires de leurs départements respectifs.
Mais, pour ce qui est des minutes de mes relations ou réponses sur lesdites dépêches, je suj)plie V. M. I. et C. de permettre que je lui représente très-respectueusement que, comme lesdites minutes me doivent servir de décharge, je ne puis pas m'en défaire, sans me mettre hors d'étal de rendre compte de l'exécution des ordres de V. M. dans les occasions où il en pourroit être besoin. Tout ce que je pourrois faire à cet égard avec sûreté pour moi-même, ce seroit de faire tirer des copies desdiles minutes et des pièces y citées et employées, pour les mettre en mains au comte Daun : mais, comme il faudroit plusieurs mains et plusieurs mois pour cela, à cause que lesdites minutes et pièces sont en fort grand nombre et la plupart de gros volume, et que d'ailleurs je ne pourrois employer à faire ces copies que des écrivains aflidés et de confiance, parce qu'elles concernent plusieurs affaires secrètes du service de V. M., il me sera absolument impossible de faire faire lesdites copies pendant le peu de temps que j'ai à rester ici, d'autant plus que V. M. a bien voulu m'avertir, par saditc dernière dépêche, que le comte de Daun devoil se rendre ici sans perle de temps, pour me relevei-.
Au reste, comme toutes mes relations ont été adressées au prince Eugène de Savoie pour l'information de V. M., suivant mes instructions, et que les consultes dudit prince à V. M. sur les affaires et matières y contenues, et qui en renferment
toute la subsltince, se trouvent dans la sccrélairerie cU) conseil suprême de Filandre, V. M. pouria , si elle le trouve bon, ordonner qu'on communique en original ou en copies mesditcs relations ou Icsdites consultes du prince de Savoie au maréchal comte de Daun , pour son information , ou qu'on les lui envoie de Vienne ici, en cas qu'il n'ait pas le temps de les attendre à la cour: ce qui sera beaucoup plus facile et plus praticable que de faire des copies de mes minutes dans ma sccrctaircrie, et ce qu'il me seroit impossible de faire effectuer avant mon départ, quand même j y employerois et pourrois employer avec sûreté et confiance quatre fois plus d'écrivains que je n'ai dans ma cliancellcrie, quoique le nombre en soit fort grand et que j'aye besoin d'eux pour les affaires courantes du service , à cause que le temps est trop court pour tirer des copies de tant de différentes relations (dont il y en auroil pour remplir des cbarriots) pendant le temps de huit années et quelques mois qu'a duré celte administration, dont la dépense ne laisseroil pas dêtie assez considérable pour les linanccs de V. M., s'il falloil y en)pIoyer des éciivains à gages, outre l'inconvénient que j'ai marqué ci-dessus.
Il seroit d'ailleurs fort dangereux cl préjudiciable au service de V. iM. de se servir de toute sorte d'écrivains à gages pour copier des relations de cette nature, qui se rendroient par là publiques. Il est même de stile chez moi que les relations plus importantes restent entre les mains du chef de la secrétaircrie, afin qu'elles soient plus secrètes. J'ai cru aussi de devoir prendre des précautions parliculièies à ce sujet, n'ayant jamais voulu prendre dans ma secrétaircrie des gens de ce pays, et mêlant servi des étrangers de quelque nation à laquelle je puis prendre plus de confiance , sans me servir jamais d'aucun François: on la pratiqué de même dans la secrétaircrie d'État et de guerre. Je dois supplier aussi V. M. de me permettre de lui représenter qu'il y a bien des choses qui m'ont été confiées par des amis et des bien-intentionnés, a\ec la permission de
les participer seulement au prince Eugène de Savoie pour l'information et le service de V. M.; que je ne saurois les remettre en dautres mains et à d'autres secrétaires qui ne me sont pas connus, quoique je ne doute pas que ceux qu'aura le comte de Daun ne soient entièrement sûrs et fidèles. Tout ce que j'ai été obligé de notifier audit prince de la mauvaise conduite ou suspecte de bien des gens, surtout dans le temps des dernières émeutes dans ces villes de Brabant et de Malines, sont aussi des choses fort réservées et particulières que l'on ne sauroit se résoudre à remettre dans une autre secrétaircrie, d'autant plus qu'il n'est guère apparent ni même possible que le comte de Daun puisse avoir assez de loisir pour lire ces relations, qui lui seroient inutiles dans un temps (|u'il aura tant d'autres choses à faire pour gouverner un pays tout aussi difficile que celui-ci : considération tout aussi forte que véritable du peu de praticabilité et des inconvénients que l'on ne sauroit éviter, si j'cntreprenois de faire extraire toutes lesdites copies.
C'est pourquoi j'ai cru que le meilleur moyen que je puisse employer pour instruire à fond ledit comte de tout ce qui s'est passé de plus essentiel pendant le gouvernement du prince Eugène de Savoie et mon ministère, ce sera de lui faire remettre par les secrétaires d'Etat les copies de toutes les affaires principales qui ont été traitées, tant dans la jointe provisionnelle qu'après cela au conseil d'État, et des résolutions qu'on y a prises, ou des consultes dudit conseil et des décrets que j'ai donnés là-dessus : par où il pourra avoir une ample connoissance de tout ce qui s'est passé.
D'ailleurs il conste, j)ar l'expérience de tout ee qui s'est passé jusqu'ici à l'occasion du changement du gouvernement de ce pays, que celui qui en a été chargé partoit pour la cour d'abord que son successeur étoit arrivé, jusque-là qu'il étoit rare qu'ils se fussent vus. Mais j'en agirai comme V. M. trouvera bon d'enor donner, dans la confiance où je suis qu'elle
iiuia la l)onté de régler notre Irailcment d'une manière qui se rapporte à l'emploi que j'ai eu l'honneur de remplir jusqu'à présent.
Je supplie V. M. d'être persuadée que je ne manquerai pas de donner au comte de Daun , en exécution de ses ordres, toutes les informations qu'il pourra souhaiter, pour qu'il puisse prendre une idée assez juste et une connoissance sommaire de l'état de ses finances et de la présente situation de ce gouvernement, malgré mes fréquentes infirmités et indispositions habituelles qui m'ont été causées par un travail continuel, difficile et désagréable, pour soutenir les troupes et IKtat et maintenir l'autorité de \. M. et celle de son gouvernement ici, qui est la sienne propre, et pour y bien faire son royal service pendant tout le cours de mon administration, qui a été toute des plus traversées et des plus désagréables par les contre-temps et les oppositions que j'ai rencontrées dans la pratique des moyens extraordinaires et d industrie dont j'ai dû. me servir, sans charger les domaines de V. M., pour fournir à la subsistance de ses troupes et aux autres nécessités indispensables de l'État. Et afin que le comte de Daun soit instruit des moyens que j'ai mis en usage successivement tous les ans pour cet efi"ct, comme V. M. me l'ordonne par sadite dépêche, je chargerai les ministres des finances de dresser incessamment un état spécifique desdits moyens extraordinaires qui ont été pratiqués de mon temps, et un autre état des fonds destinés pour fournir à la dépense de la présente année, pour autant que les reveinis ordinaires de V. M. y pourront fournir: car pour ee qui est des parties casuelles et fonds extraordinaires, comme ils sont fortuits et accidentels, l'on ne pourra compter là-dessus, ni prendre des arrangements à cet égard, qu'à mesure que les occasions s'en présenteront, et il dépendra alors du zèle et de l'habileté du ministère et de celui qui sera à la tête du gouvernement de les faire valoir, au plus grand profit et avantage des finances de V. M., ' ommc j'ai fait de mon temps.
Voilà, Sire, les dispositions que je compte de faire, en conformité des ordres de V. M., pour informer distinctement le comte de Daiin de l'état desdits moyens extraordinaires que j'ai ménagés et procurés à ses finances |)endant mon administration , lequel doit être dressé par lesdils ministres, tant à cause que , touslesdits moyens étant passés par leur ministère, ils en ont une parfaite eonnoissance, que par la raison que c'est à eux à former ces sortes d'états qui font partie de leur département. Et je ne doute pas que ce ne soit l'intention royale de V. M. que les états en question soient dressés par lesdits ministres, suivant les ordres à leur donner par moi en son nom et de sa part, puisqu'il n'est ni de ma profession ni de mon ministère de les former moi-même, dans le temps que je dois m'appliquer et donner tous mes soins à la direction supérieure des affaires du gouvernement, tant que j'en serai chargé, savoir : jusqu'à l'arrivée du maréchal comte de Daun.
J'ai l'honneur d'être, aux pieds de Votre Majesté, avec la soumission la plus profonde,
Sire,
De Votre Sacrée 3Iajesté Impériale et Catholique
Le très-humble, très-obéissant et Irès-fidèle serviteur et vassal,
Le Mari,>uis de Prié.
bruxellcs , ce 26 janvier 1725.
1^ Original, aux Arcliives du royaume : fonds de la Chancellerie des Pays-I5as à Vienne.)
Dépêche de l'Empereur au marquis fie Prié lui ordonnanl de remettre , entre les mains du comte de Duun , aussitôt après son arrivée, le gouvernement des Paijs-Bas, et d'exécuter ponctuellement les ordres contenus dans sa dépèche du 23 décembre : 3 février l72o.
L'Empereur et Roi.
Mon cousin, par ma dépêche du 8"* de décembre dernier, je vous ai continué en intérim dans l'administration du gouvernement de mes Pays-Bas; et par celle du 25 du même mois, je vous ai marqué ce que vous aurez à exécuter envers le comte de Daun , à son arrivée auxdits pays. Par la présente je veux bien vous dire que, dès que ledit comte de Daun sera arrivé à Bruxelles, vous ayez à remettre entre ses mains ledit gouvernement, et à exécuter ponctuellement et exactement le contenu de madite dépêche du 23 de décembre dernier, dont copie lui a été consignée: car telle est ma volonté. A tant, etc.
Vienne, ce 3"^ février 1725.
(Archives du royaume : Registre de la Chancellerie des Pays-Bas à Vienne, u" 122, fol. 86 v.)
Lettre du comte de Daun à Charles VI où il lui rend coniplc de son arrivée à Bruxelles , de sa prise de possession du gouvernement, et des difficullés que fait le marquis de Prié pour lui remettre les dépêches qu'il a reçues de i Empereur , ainsi que les minutes de ses réponses (1) : 20 février 172a.
Sire, je suis arrivé en celte capitale le 15 de ce mois, l'après-midi, où j'ai été reçu avec les cérémonies et honneurs accoutumés à l'occasion de la venue des gouverneurs généraux de ce pays, conformément à l'usage reçu et suivi en pareilles rencontres du temps des rois d'Espagne de la très-auguste maison, prédécesseurs de Votre Majesté Impériale et Catholique, selon ce qu'on m'en a dit. Et m'étant-rendu au palais, le marquis de Prié y vint d'abord me rendre visite, pendant laquelle il fut parlé des ordres que Votre Majesté lui avoit donnés de m'informer distinctement de l'état présent des affaires de ce pays, sans entrer cependant, qu'en passant, dans le détail desdites affaires, non plus que le lendemain à l'occasion de la visite que je lui ai rendue chez lui, après avoir pris possession du gouvernement ledit jour, 16 du courant. Et comme il ne m'avoit pas remis par écrit, ni même donné de vive voix, lesdites informations, le 17 de ce mois j'ai chargé le secrétaire d'Etat et de guerre Nény de l'aller trouver de ma part, et de lui faire savoir que je souhaitois qu'il accomplît les ordres que Votre Majesté lui avoit donnés par ses trois différentes dépêches royales des 25 décembre et 2i- janvier derniers et
(1) Nous avons donné, sous le n» CL de ces Analecles, le procès-verbal du conseil d'État du 16 février 1723 concernant l'installation du comte de Daun comme gouverneur général.
du 3 de ce mois, dont la première et la dernière ont été expédiées par la voie de son conseil suprême de Flandre, et la deuxième parle ministère du marquis de Rialp, son secrétaire d'État (I), et ceux portés par mes instructions, au sujet des informations qu'il étoil chargé de me donner et des dépêches et relations qu'il dcvoit me remettre, respectivement en original et en copies, conformément aux intentions royales de Voire Majesté, avec ordre de me faire rapport de la disposition où il pourroit être à les exécuter.
En exécution de quoi ledit secrétaire s'étant rendu chez lui ledit jour, 17 du courant, et lui ayant représenté qu'il y étoit allé de ma part pour le prier et requérir de se conformer au contenu desdites dépêches et à celui de mes instructions, pour autant qu'elles le regardoient, il lui a dit et répondu, suivant le rapport que ledit secrétaire m'en a fait, qu'il y satisferoit, sauf qu'il ne pouvoit se défaire des minutes des relations qu'il avoit faites à la cour pendant le temps de sou ministère, pour des raisons sur lesquelles il s'étoit déjà expliqué dans une représentation qu'il avoit faite directement à Votre Majesté làdessus.
Mais comme il n'avoit pas fixé le temps qu'il comptoit de me donner lesdites informations et d'exécuter les autres ordres portés par lesdites dépêches de Votre Majesté, je l'ai chargé de nouveau, le jour suivant, 18 de ce mois, de faire connoître audit marquis, de ma part, que je souhaitois desavoir quand
(1) Dans celte dépêche du 24 janvier, en espagnol, l'Empereur ordonnait au marquis de Prié, non-seulement de délivrer au comte de Daun les dépêches originales qui lui avaient été adressées, mais encore de lui remel- Ire une relation détaillée de Pétat actuel des Pays-Bas, des conseils du gouvernement, des qualités et talents de ceux qui les composaient, ainsi que de ce qui s'était passé, pendant son ministère, concernant la justice, la police, les finances, les négociations du traité de la barrière, etc. (Arch. de la Chancellerie des Pajs-Bas, reg. Despachos, decrelos y ôrdenes, 1720-1726, fol. 123 V.)
il pouiToit accomplir ce qui est porté par lesdits ordres, en le prévenant que, quant à moi, je me contenterois de ce qu'il feroit à cet égard , mais que, d'une manière ou d'autre, il convenoit qu'il me fit savoir à quoi il vouloit se déterminer, afin que j'en pusse donner part à Votre M.ajeslé.
Sur quoi il a répondu audit secrétaire, selon le rapport qu'il m'en a Tait, qu'il y travaillcroit avec toute la diligence que l'état de sa santé chancelante pourroit lui pcrmcltre d'y apporter : de sorte que j'ignore quand il le fera, de même que le temps de son départ, dont je ne sais encore rien du tout. Cependant, comme il m'importe d'avoir lesdiies informations pour ma direction, je compte de réitérer encore mes instances auprès du marquis de Prié, afin qu'il me les donne; et s'il arrive qu'il le fasse, je ne manquerai pas d'en informer d'abord Votre Majesté, de même que de ce qui se passera à l'avenir louchant son royal service : à quoi je donnerai tous mes soins, ayant été réduit à la nécessité d'employer ces jours passés à recevoir les compliments des corps du ministère, des conseils de justice , étals des provinces, magistrats des villes, généraux et autres personnes de condition, et des ministres étrangers, suivant l'usage pratiqué et reçu de tout temps en ce pays dans ces sortes de rencontres.
J'ai l'honneur d'être, aux pieds de Voire Majesté, avec la soumission la plus profonde.
Sire,
De Votre Sacrée Majesté Impériale et Catholiciue
Le très-humble cl très-obéissant et trèsfidelle serviteur et vassal,
Le Comte de Dau.n.
Hiuxcllrs, \o. 20 février 17-25.
{Original, aux Archives du royaume : fonds de la Chancellerie des Pays-Bas à Vienne.)
Dépêche de l'Empereur au comie de Dauii lui jjrescrivaut de se contenter des pièces que le marquis de Prié voudra lui remettre, afin que celui-ci n'ait plus de prétexte de différer son départ de Bruxelles : 28 avril I72'i.
L'Empereur et Roi.
Mon cousin, considcranl les inconvénients que le séjour du marquis de Prié aux Pays-Bas cause à mon service, qu'il ne peut pas excuser sur le prétexte de mon ordre du 25"^ de décembre dernier à l'égard de la consignation des papiers et Icttrages doflîce et autres devoirs y repris, je veux bien vous dire, par cette, qu'ayant déjà donné les ordres convenables touchant son prompt départ desdits pays, vous ayez à vous contenter de ce qu'il a exécuté en conséquence de mondit ordre du 25"' décembre, afin que de ce chef il ne puisse pas supposer aucune raison pour y rester un jilus long temps (1). A tant, etc.
Vienne , ce 28'' aviil 1 72."5.
(Arcliives du royaume : Rpgislie cleJa (".lianccllei i> des Pays-Bas à Vienne, n" 122, fol. 102 v°.)
'(1) Prié quilla Bruxelles le 24 mai. Voici les termes dans lesquels les Belalions véritables (Gazelle des Pays-Iîas, censurée) annoncèrent son départ : >• liruxeiles, le 25 mai 1725. M. le marquis de Prié et madame >' la marquise son épouse partirent d'ici hier, vers les cinq heures du soii-, " au bruil du canon de nos remparts, et avec une escorte de quelques " (lrnnons,pour relourneren .Allemagne. >■
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Documents concernant les querelles qui s'élevèrent, au mois de janvier 171)7, entre les étudiants en philosophie à l'université et les bourgeois de Louvain : 5 janvier 1757 — 24 mars
I. lUémoire touchant les querelles arrivées entre len philosophes et les bourgeois de Louvnin, la nuit du 9 au 3 Janvier 1959 (1).
Il étoit ordonné, tant de la part de la ville que de l'université, de faire, le 2 de l'an 1757, des illuminations et feux de joie, à l'occasion de Iheureuse naissance de l'archiduc Maximilien.
Les philosophes, prévoyant que la faculté des arts ne manqueroit pas, comme de raison, de leur interdire la sortie de leurs pédagogies le soir, complottèrent de ne revenir le soir qu'à minuit : ce qui se fit de la sorte. Comme c'étoit un dimanche, jour auquel les philosophes peuvent sortir depuis vêpres jusqu'à cinq heures en temps d'hiver, ils eurent tout le temps de se donner le mot de guet. Ils partirent à cet effet du Marché à cinq heures du soir, et se rendirent sur les remparts pour délibérer. Nombre de philosophes se trouvant ordinairement vers cette heure attroupés sur la place, et plusieurs étant déjà revenus à leur pédagogie, aucun régent ou professeur pouvoit
(I) Ce mémoire, qui ne porte ni date ni signature, fut vraisemblablement rédigé par la faculté des arts pour l'information du gouvernement. Il faut , pour apprécier les faits qu'on y rapporte , le comparer avec la consulte du conseil de Brabant du2i mars 1758, qui se trouve plus loin.
soupçonner ce qui se trarnoit. Cependant le hasard voulut qu'un professeur (I) s'y trouvât. Il leur fit des remontrances, et leur contenance dénotoit qu'ils alloicnt retourner chez eux; mais, en chemin faisant, quelques malintentionnés les firent changer de sentiment: en conséquence de quoi élant revenus sur le Vieux-Marché, quelques-uns crièrent :à minuit ! à minuit! qui étoit le signal que tous se dévoient retrouver à celte heure sur la même place. Après quoi ils se séparèrent tout de suite. Les uns prirent le parti de se promener; plusieurs se retirèrent à difTérents cabarets: d'autres allèrent voir leurs amis.
Vers les neuf heures du soir, quatre ou cinq, se promenant, passèrent devant la maison du bourguemaîtrc de Vroey. Un de ceux-là, voyant un flambeau presque consumé, le demanda. Le valet lui refusa, disant qu'il n'en étoit pas le maître. Le philosophe, ne se contentant pas de ce refus, monta sur la fenêtre, et tira le bout de flambeau du bras dans lequel il brùloit; iTiais voyant que le valet s'obstinoit à le lui refuser, il le remit et descendit de la fenêtre; et après plusieurs altercations avec ce domestique, ils s'en allèrent.
Peut-être un quart d'heure plus tard, \inrent,du côté du >Lirché, à la même maison du bourguemaîtrc, une douzaine de philosophes , dont aucun étoit armé. Ils étoient précédés de quelques pas par un autre, qui portoit un falot, et devant celui-ci marchoitun autre fort tranquillement qui s'approcha du valet du bourguemaîtrc, qui étoit devant la porte de son maître, tenant un flambeau allumé à la main. Des personnes qui étoient vis-à-vis déposent avoir vu que ce philosophe, à ce qu'il paroissoit, parla amiablement au valet du bourguemaîtrc, quoique nous ne sachions pas encore sur quel sujet. La fin de la conversation ne fut cependant pas amiable, car le valet lui jeta brusquement le flambeau ardent au travers du visage, de sorte que même ses cheveux parurent enflammés.
(I) M, Page , professeur au Porc.
Ce qu'ayant vu les autres philosophes qui suivoient, ils coururent sus au valet, qui se retira dans la maison el en ferma la porte. Ces philosophes, indignés du mauvais traitement que leur compagnon venoil de recevoir, firent quelques liuées et frapj)èrent à la porte qu'on ne leur ouvrit pas. Cependant, pour se venger de l'affront qui leur étoil arrivé, celui qui portoit le falot cassa quelques carreaux de vitre, quoique par abus il se trouva que c'éloient les fenêtres d'un voisin : ce que les philosophes ayant remarqué, il y en eut qui dirent que ce n'ëtoient pas les fenêtres du bourgueraaitre. C'est pourquoi ils s'avancèrent et donnèrent trois couj^s du falot à la dernière fenêtre de la maison du hourguemaître vers la porte d Héverlé, par où il y eut une douzaine de carreaux cassés : sur quoi on hîcha un coup de fusil de celte maison, et les étudiants se retirèrent précipitamment en montant la rue d'IIéverlé.
Tel fut le fondement de la cruauté qu'on exerça envers les philosophes : car aussitôt on assembla à la maison du hourguemaître plusieurs bourgeois, des plus déterminés à faire un mauvais coup. Aussi la suite montra qu'on s'éloit bien adressé : car ces braves champions ne manquèrent pas de se • rendre sur-le-champ à ladite maison, armés de bâtons, de fusils et de couteaux de chasse, pour prendre une sanglante vengeance, sur tous les philosophes, des vitres ç^nssés.
A cet effet une partie monta la rue d'Héverlé , où ils rencontrent quelques philosophes près d'un cabaret dit Le Eoi cl Angleterre, qu'ils attaquèrent; mais d'autres qui se trouvoient à un cabaret vis-à-vis ne manquèrent pas de secourir leurs compagnons; et s'emparant de ce qu'ils pouvoient d'abord trouver sous la main , ils attaquèrent ces braves bourgeois avec des bâtons, des pierres et des morceaux de glace, avec quoi ils les obligèrent de se retirer audit cabaret du Roi d' Angleterre, dont ils fermèrent la porte : ce qui occasionna encore quelques clameurs et quelques vitres cassées, les philosophes prétendant toujours tirer vengeance de ceux qui avoient attaqué leurs compagnons innocents.
Les choses ne se passèrent pas de la même façon auprès du bourguemaîtrc, où une partie de ces gens d'élite étoit restée. Trois philosophes descendoient la rue de Ilcver, dont deux, étant parvenus jusqu'à vis-à-vis de la maison du bourguemaîtrc, furent attaqués de guet-à-pens et renversés chacun d'un coup de b'ùche. Tels étoient les faisceaux qu'on portoitce jour devant ce magistrat!
Le premier (i) de ces philosophes . s'étant relevé, s'échappa adroitement; mais le second ("2) reçut encore un coup de couteau de chasse au bras, de la })rofondeur d'un travers de doigt : parmi quoi il se sauva pour aller joindre ses compagnons.
Vers le même temps, deux autres philosophes, ignorant absolument tout ce vacarme, montèrent la rue de Hevei', venant du Marché; et étant aux environs du collège du Roi, on leur lâcha un coup de fusil de la maison du bourguemaîtrc, dont un fut blessé de trois dragées au visage et à la main. Sur quoi ils prirent la fuite.
Dans ces entrefaites, deux autres également innocents vinrent sans armes du côté de la pédagogie du Porc; ils s'arrêtèrent au coin de la rue des Chats, n'osant passer outre à cause d'un grand bruit qu'on faisoit plus haut sur la rue. Mais ils furent bientôt aperçus de ces bourgeois qui se tenoient à la maison du bourguemaîlre. Ceux-ci ne manquèrent pas de courir d'abord sur eux : ce que voyant un des philosophes, il s'enfuit, malgré que l'autre lui dît que ce ne pouvoit pas être à eux qu'on en vouloit; mais il vit bientôt le contraire, se voyant tout de suite attaqué à coups de bûches. Il en fut quitte pour un coup au bras gauche; mais étant serré de près par celui qui le poursuivoit. il fut obligé de lui laisser son manteau, que l'autre emporta avec soi.
Les deux épouvantés allèrent chez le chirurgien Dumoulin,
(1) lîodart.de Namur.
(2) Jacfimai', de >'amur.
vis-.T-vis (lu collège de Liège, où ils trouvère»! plusieurs philosophes, à qui ils racontèrent l'aventure (|ui venoil tic leur arriver à ladite l'ue. Pour recouvrer ce manteau , ils coururent à une douzaine, sans armes, vers la maison du bourguemaître. Il pouvoit être alors en\iron dix heures. Ils IrouvcrciiL devant le collège des Prèmontrès, un garçon qui se chaufi'oil auprès d'un reste de feu. Ils lui demandèrent vers quel côte éloient allés ceux qui peu avant avoient pris le manteau d'un philosophe. Pendant (ju'ils parloient à ce garçon, on ouvrit la porte du bourguemaître, d'où sortit une troupe de furieux, armés de bâtons, de bûches, d'épées et de fusils. \ la vue de ces gens on cria parmi les j)hilosophes : Ad oiinies. Mais un bourgeois ayant répondu : On vous donnera, hcyol , ad ontnes, les philosophes prirent tout de suite le parti de fuir au plus \ilc; mais à peine avoient- ils tourne'' le dos (|ue celui (1) à qui ou avoit pris le manteau, fut blessé d'un coup de l'eu à la jambe, où il l'ccut six dragées, le r(!ste de initrailie lui ayant ei-iblé riiabit : car, alin (pie rien ne maïuiuàt à leur ci-uaulé , ils ne se contentèrent pas de lirci-avee du plomb orilinaire, mais on se servit de plomb haché, dont les blessures sont les plus dangereuses et l'usage spécialement défendu.
Sur ces coups de fusil, un philosophe (:2) tomba en heurtant, et, pi'cvoyant qu'il ne pourroit échapper de leurs mains, contrefit le mort. Un de ces forcenés s'approcha avec son fusil, disant qu'il lui donneroit encore un coup api'ès la mort; mais ini autre l'arrêta, disant t: qu'il étoit assez payé. » Le philosophe, jugeant (pi'ils s'(''loienf retii'és, se leva cl eut le bonheur d échapper, sauf quelques cou|)s de bâton qu'il reçut en fuyant.
1-e reste de la bande atliajja un philosophe (.5; j)iès de léglise
(1) Swinckels, de Bois-le-l)uo.
(2) Haeck.d'Alosl.
(ô) >VaI(lack.
des Jésuites, auquel ils fracassèrent la tète à coups de bûches rcilcrés. Il eut pourtant encore la force de se traîner jusqu'à rentrée de ia rue des Jésuites, où il tomba devant la maison d'un ceitain Dclbougne. Celui-ci, ayant entendu tomber une personne devant sa porte, l'ouvrit, et le premier objet qui s'offrit à sa vue fut ce pauvre philosophe étendu à terre, baigné dans son sang et moribond. Après que Delhougne eut (juclque temps crié au secours, vinrent trois philosophes, qui laidèi-enl à transporter le blessé dans sa maison; et l'ayant mis devant le feu, il alla appeler un père jésuite et le chirurgien Dumoulin.
Apparemment quelques bourgeois s'aj)ereurent qu'il éloit entré quelques philosophes dans cette maison; ils y vinrent, le valet du bourguemaîlre à leur lélc, criant : « Ouvrez la » porte, ou no\is l'enfoncerons, « en ajoutant qu'ils venoient demander, de la part du bourguemaîlre, pourquoi on donnoit asyle aux i)hilosophcs en cette maison. Comme on refusa de leur ouvrir, ils se mirent en devoir d'enfoncer la porte à coups de marteaux de fer. Ceux de dedans demandèrent ce quils vouloientdes philosophes : s'ils vouloient les tuer? Et ces inhumains répondirent qu'oui. N'y ayant pas de moyen de résister à leur violence, le père jésuite ouvrit la porte, et dit au valet d'entrer seul, et de voir le triste état où se Irouvoit le blessé mourant. Le valet pâlit à la vue de ce spectacle, et se retira avec son escorte, leur fureur semblant un peu adoucie pour le moment.
Le blessé, noninié Waldack, natif de Courti'ay, fut transporté chez le chirurgien Dumoulin, où il est mort de ses blessures l'onze de ce mois, ayant été trépané deux fois.
Pour reprendre le fil de ces cruautés, peu après que le mentionné Waldack fut blessé, un philosophe (i) sans armes monta
(1) Noc, d'Oolaei'do.
Iji rue de Hevcr, venant du IMarché; et comme il fut devant la maison du bourguemaîlre, ceux qui se trouvoient à la j)orle lui demandèrent si c'cloit lui qui avoil casse les fenêtres. A quoi il répondit que c'étoit la première fois (ju'il venoil de ces côtes; mais il y en eut un qui cria que, sans tant de formalités, il falloit le tuer. Il n'en falloit pas davantage pour entretenir leur fui'ie. Tout de suite on fit j)lenvoir sur ce philosophe une grêle de coups; il fut roué de tout son corps, et il fut blessé à la tête et quitte de son chapeau. Il demeura couché sur la place; mais un peu revenu à soi, il se transporta à la maison du bourguemaitre, redemandant son chapeau, disant : « Messieurs, » je n'ai rien fait. » Il eut pour toute réponse qu'il seroit tué d'un coup de fusil, s'il ne se retiroil à l'instant. En effet, on ne tarda guère de lâcher le coup, dont heureusement il ne fut pas atteint.
Il est à remarquer (|ue plusieurs autres philosophes ont été accommodés de la même manière devant la maison du bourguemaîlre, même (juclques-uns en présence de ce magistrat.
Ces philosophes, qui avoient été maltraités si inhumainement devant ladite maison, en racontèrent les circonstances à leurs compagnons en différents endroits : ce qui fit que plusieurs s'attroupèrent. Une troupe des plus fortes monta la rue de Hever, entre lesquels quelques-uns avoient des bâtons, d'autres des pierres; et passant devant la même maison , y cassèrent la plupart des vitres.
Pendant que cela se passoit, une autre troupe descendit la rue de Hever, allant chercher le chirurgien Gods, pour panser le philosophe qui avoit reçu le coup de couteau de chasse au bras, et qu'on avoit mené au Cerf volant. Celte troupe, en ramenant le chirurgien chez lui, fit encore une volée dans les vitres du bourguemaitre. Il pouvoit être alors onze heures cl demie. Depuis celte heure- là, il n'y a presque point de j)hilosophe qui soit comparu aux en\ irons de la maison du bour- Kucmaitre.
JiliUrc-lciups, comme des bandes de bourgeois, armes de loiiles |)ièces, parcoururent les rues, [)lusieurs philosophes se retirèrent aux remparts, pour se soustraire au cruel traitement qui les attendoit de toute part; d'autres crurent être en sûreté dans les cabarets ou autres maisons.
Ce fut vers celte heure que le mayeur (1 ), au lieu d'apaiser un si triste désordre, s'il avoit eu un grain de prudence, cria à celui qui veille sur la tour de l'église de S'-Picrre qu'il eût à sonner le tocsin; mais celui-ci, plus sage, refusa tout plat de le faire. A raison de quoi le bourguemaître , qui coui"oil les rues avec une escorte de forcenés, les animant contre les philosophes, dut employer son autorité pour faire sonner le tocsin. Etant venu sur le Marché, il envoya son domestique, un messager de la ville et deux témoins porter l'ordre mémorable à celui qui veille sur la tour de sonner le tocsin : ce qui fut exécuté vers minuit. Le tourrier le fit le plus doucement qu'il lui fut possible; mais un nouvel ordi'c l'obligea de hausser le ton.
Avant de poursuivre, il faut remonter plus haut.
Avant le tocsiu , plusieurs philosophes éloienl retournés à leurs collèges, où ils rapportèrent à leurs supérieurs la cruelle tragédie qui se passoit. Jusqu'à là, les régents et professeurs n'en sçavoient rien, attendant le retour de leurs sujets avec impatience. Ces messieurs, informés du désordre, sortirent tout de suite, pour arracher leurs étudiants des mains de ces barbares, qui les cherchoient de tous côtés, pour leur faire souffrir tout ce que la fureur leur inspiroit, s'animant mutuellement de tuer tout philosophe qu'ils i-enconlreroient : ce qui auroit infailliblement arrivé à plusieurs, ne fût les messieurs susnommés, au péril de leur propre vie, n'en eussent échappé plusieurs, qu'ils trouvèrent dans les rues et sur le Marché.
(I) .loaii-Bapliste de HciTkeiirodo, chevalier, seigneur de Steenbergh.
Ceux qui s'étoient réfugiés dniis les cabarets n'essuyèrenl j)as moins. Celte l)Ourgcoisic effrénée ne les y laissa pas tranquilles : car quelques archers , à la tète d'une bande des j)lus Curieux, se portèrent au Vieux-Marché, pour assaillir un cabaret à renseigne de la Ville de Turnhoul, où plusieurs s'étoient retires. Ils se laissèrent aller, à ce cabaret, à tous les excès dont ctoient capables des gens de celte trempe : aussi l'hôlesse, qu'un désordre si effrayant alarma au-delà de ce qu'on peut dire, est depuis accouchée avant terme. Les gens de la njaison leur refusant donc rentrée, ils forcèrent portes cl fenêtres, entrant de tous côtés; et il n'y eut sorte de mauvais traitement que les philosophes qui y étoient ne durent cndui-er. Les prières de ceux-ci, qui à genoux, mains jointes, leur demandèrent grâce, ne purent jamais fléchir celte multitude iui|)lacable. Les ayant dépouillés de leurs manteaux et de leui's chapeaux et roués de coups, on les traîna au Grand-Marché, à la maison où se donnoil le bal, et on les y présenta en cet état au mayeur, après les avoir conduits du bas de l'escalier en haut à coups de bàlon. Là ils furent exposés aux insultes et aux risées des plus outrageantes, et de là envoyés au corps de garde sous la maison de ville, entre lesquels un (1) , déjà panse cl ayant la tcle bondée, avoit été arraché de la porte de son collège, conduit par le valet du chiruigicn. Au nombre de sept ils furent mis dans l'endroit le plus chélif du corps de garde; et malgré que deux fussent fort blessés, on les y laissoit exposés au froid le plus rigoureux jusqu'à dix heuies du matin, le sang se caillant sur leurs plaies; et ce qu'on ne refuse pas aux plus criminels, on ne voulut y admettre aucun chirurgien jusqu'à la même heure.
Ce qui se passa à ce cabaret du Vieux-Marché ne passe pas la barbai'ic (jui se passa chez le chirurgien Dumoulin, où ou avoit déjà transporté le moribond. Ilsy maltraitèrent la femme;
(I) Van Kessel.
un |)i'('sciilji Je bout du fusil ;ui coiiresseur jésuilc; tous vouloiciil uiassacrcr un pliilosoplie qui se icnoil sous les auspices (le ce père et à qui il échappa la vie, non-seulement en repoussant ceux qui vouloienl entrer par violence à la porte, mais même étant obligé de faire les derniers efforts pour mcttic obstacle à un de ces coquins qui vouloit entrer par la fenêtre.
On ne parle pas de leur brutalité qu'ils ont exercée même envers un étranger, au Cerfvolunl, où , ayant forcé les portes de toutes les places, ils traînèrent impilo^ablemenl cet étranger du lit, qui n'échappa à leur furie qu'après qu'on avoit reeoiniu qu'il n'éloit pas philosophe.
11 sei'oit trop long de raconter toutes les violences commises il dilTérents autres cabarets où ils croyoient trouver des philosoj)hes.
Nous ne pouvons cependant dissimuler quelijucs cas qui sont ariivés après nn'nuit. Un philosophe éloit allé, vers huit heures, à un cabaret, vis-à-vis de la rue de Savoie, où il s'amusa à jouer aux cartes jus(ju'à minuit, ignorant absolument tout ce qui se passoil en ville. Vers minuit il sortit de cette maison pour se rendre au rendez-vous sur le Vieux-Marché, afin de retourner ensemble à leur collège. Comme il ne falloit qu'ini manteau pour être maltraité, à peine fut-il sorti de cecabai-et, qu'il fut dangereusement blessé à la têle et reçut plusieurs autres coups.
Un au(re(l ), revenant dune maison où il avoit passé la soirée tranquillement, fut attaqué au coin de la maison des Brasseurs; on l'accabla de coups de bâton , jusqu'à ce qu'on le crût mort. Vn malheureux d'entre eux lui le\a la jambe et la laissa tomber, pour observer s'il vivoit encore. Quelques médieinistes, passant par là, lui tâtèrent le pouls et, lui trouvant de la vie, appelèrent le chirurgien Le Tellier, qui demeure vis-à-vis, qui
(I) Yyii Ilaiii.
l'a pansd, et craignant qu'il expireroit dans sa maison, le lit transporter sur une échelle au Faucon,
La nuit ne suflfisoit pas pour assouvir la ciuautc de ces inhumains. Le matin suivant, un des plus terribles de cette bande, ayant rencontré à la rue de Hevcr un philosophe externe, le frappa si rudement de sa règle de bois, qu"il la lui cassa sur le corps, et auroit poussé plus avant sa rage, sans que quelques personnes plus modérées l'eussent arrêté.
Voici ee^que^nous avons i)u découvrir par les perquisitions que nous avons faites. Les informations de monsieur le recteur \ répandront plus de jour.
Jusqu'à présent nous n"avous pas enteiulu dii-e qu'il y ait eu de bourgeois blessé dans ce tumulte : preuve évidente (juc les philosophes ne songeoient pas à malice, et que le tout n'étoit que des coups étourdis de jeunesses.
(Conseil privé : carlou Faculté des artn.)
II. Lettre du diii* Charles de Lorraine a la Faculté de* arts de l'aulversltc : 3 Juuvier 1353.
Charles-Alexaxdre, Duc de Lgrr.vine^et de Bak, Chevalieii UE l'oudre de la Toiso.n d'or, Maréchal des Armées or Saint-Empire Romain et de celles de Sa M.uesté l'Lmpéra- TRiCE, Reine de Hongrie et de Bohème, etc., son Lieutenant, Gouverneur et Capitaine Général des Pays-Bas, etc.
Cliers et bien-amés, nous venons d'apprendre, avec une extrême sui|)rise, |les désordres commis, pendant cette nuit, dans la ville de Louvain, par une grosse troupe d'étudiants en philosophie, à qui vous n'auriez jamais^dù permettre d'être hors de leurs collèges à de telles heures. Et comme nous avons résolu de faire prendre les informations[^les plus exactes afin de faire châtier avec éclat les auteurs de ces procédés séditieux, nous vous faisons la présente pour vous dire que c'est
noire intenlioji que les quatre collèges de philosophie restenl fermés, sans que vous permettiez à personne d'en sortir, jusqu'à ce qu'il ait été statué par rapport aux sept étudiants qui ont été arrêtés par les boui'geois, et que vous nous ayez donné des assurances sufiîsantcs pour la conservation de l'ordre et de la tranquillité publique. Sur quoi nous voulons que vous vous concertiez, à la réception des présentes, a\cc ceux du magistrat : vous prévenant que le commissaire royal de l'université (I) a donné })art du contenu de notre présente dépêche aux députés du même magistrat, (jui sont actuellement ici. A tant, etc.
Bruxelles, le 5 janvier J7o7.
( Conseil privé, reg ii" 570, p. 136.)
III. I.ettrc da <liic Charles «le Lorraine au VlagiMtrat de ■.oiivain : 5 Janvier fl9»9.
CH.\RLES-ALEXA>'UnE , DlC DE LOUHAINE ET DE B.iR , ETC.
Sur le compte qui nous a été rendu des démarches que ceux de la faculté des arts ont faites hier envers vous, en exécution de nos ordres, dans la vue de prendre de concert les arrangements nécessaires pour arrêter les suites des désordres qui se sont élevés, la nuit du dimanche au lundi, dans la ville de Louvain, nous vous faisons la présente pour vous dire qu'étant satisfait de la conduite de ceux de ladite faculté, nous voulons que vous fassiez remettre en leur pouvoir les étudiants en philosophie qui ont été arrêtés pendant le tumulte et qui se trouvent encore détenus au corps de garde de l'hôtel de ville, à charge qu'ils seront conduits, de la part
(1) M. de Nény, trésorier général des finances, et plus lard chef e( président du Conseil privé.
de la liK-ullé, dans les prisons du promoteur, pour y demeurer jusqu'à ce que la l'acuité, sur les informations qu'elle est encore actuellement occupée à prendre, ait statué, soit contre eux, soit contre d'autres qui pourroient se trouver coupables : vous prévenant que nous entendons que celle délivrance soit exécutée demain, dans la nuit, à l'iicurc dont vous en conviendrez avec ceux de la faculté.
Nous nous persuadons que la faculté, conformément aux assurances positives qu'elle nous en a fail donner, fera châtier les coupables avec la plus grande rigueur, cl nous attendons, en échange, de votre prudence que vous ne négligerez rien pour lâcher de calmer celle tempête, en inspirant aux bourgeois des sentiments de modération dont nous ne douions pas que vous ne vous emprcssic/ de leur donner l'exemple. Nous ne pouvons d'ailleurs que désapprouver l'imprudence que Ton a eue d'augmenter le désordre par le son du tocsin contre des écoliers; et nous attendrons, pour disposer à cet égard, les informations que le mayeur de Louvain a été chargé de prendre par le conseiller fiscal de Brabant. A tant, etc.
Bruxelles, le o janvier 1757.
(Conseil privé, l'Pg n Ô70,|) 157.)
1%'. Lettre (lu duc ( liarleN de ■.orraiiie au Conseil €le Ui'altiiiit : •% junvier 13 33.
Chari.es -.Ai.F.XAxnitK , Duc de Loiwiai.ne kï oe Bak, etc.
Très chers et bien-amés, vous n'ignorez pas les désordres qu'il y a eu à Louvain, la nuit du 2 au 5 de ce mois, à l'occasion d'une querelle entre les bourgeois cl les étudiants en philosophie. Mais, pour que vous en soyez plus parlicuiièrement instruits, nous vous remettons ci-joint :
1" La copie d'une dépêche que nous adressâmes, le 3, par eslafetle, à ceux de la faculté des arts, sur les premiers avis
que nous eûmes de ce tumulte par les députés du magistrat;
2° La copie d'une lettre écrite, le 4, par la faculté des arts au trésorier général, en sa qualité de commissaire royal de l'université, en conséquence des déclarations qu'il avoil faites, le jour précédent, aux députés de la faculté;
5" La copie d'une dépèche que nous adressâmes, le lendemain, à ceux du magistrat de Louvain;
4" La copie d'une lettre écrite, le même jour, à ceux de la faculté des arts par le trésorier général ;
5° La copie d'ime représentation que ceux du magistrat nous ont adressée le (i;
6" La copie d'une lettre écrite, le 8, par la faculté au trésosorier général.
Comme les faits avancés de part et d'autre ne s'accordent pas, et qu'il est d'ailleurs d'une grande importance que les choses soient tirées au clair et que l'on prenne les mesures les plus efficaces pour que de pareils désordres n'arrivent plus, nous vous faisons la présente pour vous dire que c'est notre intention que vous envoyiez incessamment des commissaires à Louvain, pour, à l'intervention du procureur général, y prendre des informations exactes sur le tumulte dont il s'agit: vous prévenant que nous avons adressé , à cette occasion , les dépêches ci-jointes, n"' 7 et 8 , à ceux du magistral et à ceux de l'université de Louvain. A tant, très-chers et bien-amés, Dieu vous ait en sa sainte garde.
Bruxelles, le 12 janvier 1757. Steenh' v'.
Chaules de Lorraine.
Par ordonnance de Son Altesse Royale :
F.-J. MissoN.
(Correspondance du conseil de Brabaiit, reg. noGXClll,foI. 6.)
%'. l.oKre «iii «lue Cbarlei^ de Lorrnliie an Maglisfrut «Ir Loiivniii : 19 Janvier tSSS.
(]h,\iiles-Aij:xandkr, Duc de Lorrainr i-t de Bai;, etc.
Comme les fails rontenus dans voire représentation du fi de ce mois, au sujet du tumulte (ju'il y a eu à Louvain la nuit du 2 au o, ne s'aceordcnt pas avec les notions qui nous sont parvenues d'ailleurs, et qu'il n'est pas moins essentiel, pour le bien de la ville que pour celui de l'université, que les choses soient tirées au clair, nous venons de charger le conseil de Brabant d'envoyer des commissaires à Louvain, afin d'y prendre les informations les plus exactes : voidant que tous ceux qui seront cités pour se trouver chez les commissaires s'y rendent d'abord , et que j)crsonne ne s'y présente sans avoir été mandé. Nous entendons, au surplus, que le mayeur leur remette les informations qu'il a déjà prises , comme nous ordonnons aussi à l'université de leur remettre celles qui ont été prises de leur part. Nous ne doutons pas d'ailleurs que, de votre côté, vous ne soyez attentifs à faire en sorte que le tout se passe avec la décence convenable et avec le respect qui est dû aux commissaires. A quoi vous tiendrez sérieusement la main :vous prévenant que nous ne pourrions que vous rendre responsables des écarts qui j)Ourroient survenir;» cette occasion. A tant, etc.
Bruxelles, le 12 janvier I7,"^7.
(Conseil privé, rc^. ii","70, p. 1.37.)
VI. Ikécret <le pi'i.<4e de eoi'|iM et «i'ujoiii'iieiueut rendu pur le eouseil de Ilruhaiit eoiitre Icn buiirseois et linbititiitM de Louvaiii implî«|uéM daiiM le tiiniiilie arrivé en cette ville : 9 mal t9d9.
Op de requeste van deii r.ip.ll enJe procureur gcnerael over de tumulte voorgevallen loi Loven op den 2*" januari 1757.
Resoiutum, ter intervenue van doflicie fiscacl,te deeernereii prise de corps tôt laste van Joannes Van Moiiteitaelcen onde Joseph Gosse, beydc domestiquen van den borgcnieesler De Vroeye, raitsgaeders van den timmerman Wouter Beniers , Guilielmus ende Pelrus Goossens , gebroeders, den brootinaecker IVirix, den schoenlapper Antboon Van Nerom , den schoenmaecker Claude Louix , den soogenoemdcn chevalier Vranckx, Geeraert Tinimermans , genoenit den groolen Grenardier, den tengieter Micbicl Piot, den tengieter Henskens, den sone van den herbergier in de gixWeyc de Pauw , in de wandelinge genoeinpt Pauicken-Axsens , ende van Evcrard de Pauw, yveerdl in den Ruick, ende te decerneren daegbsel pcrsoneci ter rolle tôt laste van den borgemeester de Vroeije, den wynsteker Davits, den jonghman Joseph Kerckhoven, den herbergier in het Casieel van Hever, den knec/it van ditto chevalier Vranckx, den weert uyt den Coninck van Engelanl , desselfs schoonsone, by hem woonende, den oudencleercoopcr Everaerls, den weerdt in het Kelderken op de Calvernierckt, Van der Borglif, den schoenlapper woonende over de poorte van 't groot Beggynhof, den jonghman Van Arent , woonende by syne moeder entrent de lersche prcdickheeren, den boeckdriickersgast van den boeckdrucker Vander Ilaert, met naeme Geert, den weert uyt de Corehlom, met naeme GIppii, den voerman der bicren Van Elderen , den cassevdcr Vander Linden , den cnaep van hcl brouwers ambarlit Wac-
genians , dcn pcrucquier Vanden Sanden, Jan Hendriclc, knecht uyt de Dry Moorcn, don brootmaecker Trion, Philippus Van der Borghl , sonc uyt do lierbci'gc Dendennomle, dcn brootmaecker Waegemans , in de Wirixstraetc, Jan Vander Linden, sone van den clecrmaeeker Vander Linden, in de Slaghstraete, Matthias Henna/ts, visscher in de selvc straete, onde van den genoemden Vleeshouicer, domestic(j vaa dcn brouwer Vranckx.
Te ordonneren ex ofjîcio aen de vicr rcgentcn ende de vior outste professores van de pedagogien der universiteyt van Loven, te comparcren voor conimissarissen in saecke gediiputcert, cm te aenhooren het gène aen hun van wcgcns het hof sal worden voorgehouden.
9 mey 1757.
(Archives du conseil de Brabaiil: rei^.
Binneboecken, 17o7 en l7o8.)
Tll. Lettre «lu comte de Colicitzl au prévôt général et de riiùtcl : 14 mai 8 9 53 (1).
Charles, Comte du Saint-Empire Romain, de Cobenzl, Chambellan, Conseiller d'État intime actlel et Ministre plémpotentiaiue de s. m. l'Impératrice, Reine de Hongrie
ET de RoHÈME, pour LE GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE SES PaVS- BaS, ETC.
Après que vous aurez ouvert cette dépêche demain à Vilvorde, à six heures et demie du soir, suivant les ordres que
(I) Le coiiilc de Cdhenzl adressa ,1e même jour, au drossarl de Brabaiit une lettre qui contenait, mot pour mot, les mêmes instructions que celle-ci , et de plus la recommandation suivante : «< Avant de vous rendre à ladite n barrière (la dernière de la chaussée de Bruxelles, près de Louvain), » vous aurez soin de poster deux hommes de voire compagnie près de la » porte de Louvain qui porte le nom de vieille porte de Bruxelles, afin » (l'empêcher que personne ne puisse entrer par là pour donner des avis. »
nous vous avons donnés de vive voix, vous tiendrez le secret sur son contenu, et vous rassemblerez toute \olre compagnie que vous ferez marclier vers Loiivain, en évitant de passer par la chaussée qui y conduit de Bruxelles. Vous prendrez vos mesures de manière que vous soyez rendu, avec votre monde, à la dernière barrière de la chaussée de Bruxelles, près de Louvain, à minuit, pas plus tôt ni plus tard : c'est le point de réunion que nous avons indiqué pour votre compagnie, pour celle du drossart de Brabant et pour un délachement de 500 hommes de la garnison de Bruxelles. Nous entendons que vous suiviez, à tous égards et avec la plus grande promptitude, les directions que vous donnera le conseiller procureur général de Brabant, qui se trouvera à minuit au même endroit, pour l'exécution des décrets du conseil : sur quoi nous lui avons fait connoître nos intentions.
Au surplus, si, pendant votre marche de Vilvorde à Louvain. vous rencontriez des personnes ou des voitures que vous soupçonneriez devoir se rendre à Louvain , vous aurez soin de les faire arrêter, en les empêchant d'aller en avant.
A tant, etc. Bruxelles, le 14 mai 1757.
(Conseil privé: papiers du comte île Nény.)
VIII. Lettre du comte tie Cobcnzl au marquis de Bournon- Tîlle^ générai commandant de<< armes : iS mai S3Â7.
Monsieur, comme il est nécessaire de faire soutenir par des troupes l'exécution des décrets que le conseil de Brabant vient de rendre contre plusieurs habitants de Louvain, jai résolu d'y envoyer pour cet effet un détachement de 500 fusiliers de la garnison de cette ville.
Vous aurez donc agréable de donner vos ordres pour que ce détachement soit assemblé cette après-midi, à cinq heures,
dans le parc de Bruxelles, pour marcher tout de suite par la porte du parc, qui est coutiguë à la porte de Louvain.
Ce détachement marchera directement par la chaussée; il ne laissera passer qui que ce soit vers Louvain. Les personnes ou les voitures qu'il rencontrera sur sa roule et que l'oflicier commandant soupçonnera devoir se rendre à Louvain, doivent être arrêtées et empêchées d'aller en avant, afin qu'on ne puisse donner aucun avis à Louvain de la marche des troupes vers cette ville. Ledit détachement doit arriver à minuit, pas plus tôt ni plus lard, à la dernière barrière, qui est à un demiquart de lieue de Louvain,
Le baron de Hemjitines de Tourneppe, conseiller procureur général de Brabant, sy trouvera à la même heure, et l'officier commandant le détachement doit être averti de suivre, à tous égards, les directions que lui donnera ledit procureur général. Je n'entrerai donc pas dans des détails sur cet article; mais il est nécessaire que l'officier commandant poste d'abord un piquet de vingt hommes à la porte de Louvain qui porte le nom de Bruxelles, afin d'assurer la communication entre la ville et le procureur général, qui se tiendra dehors, dans une maison presque coutiguë à la porte ; et loUicier ou bas-offîcior commandant le piquet posté à ladite porte aura soin de ne pas laisser sortir le portier ni personne de sa maison.
Un détachement de ;)0 hommes se j)ortera sur le marché aux Poissons, un de trente hommes sur le Vieux-Marché, et tout le reste avec l'ollicicr commandant se tiendra ra-;seml)lé sur la Grande-Place.
Ce même officier aura soin de placer une sentinelle devant la porte de l'église qui est sur la Grande-Place, de même que sur le cimetière, pour empêcher qu'on ne tente dy entrer pour sonner le tocsin.
Les décrets du conseil de Brabant seront exécutés par des huissiers accompagnés des gens du prévôt général et du drossart de Brabant, qui se trouveront aussi à minuit, ni plus lot
ni plus lard, à la dernière barrière, qui est, comme il esl dit ci-dessus, à un demi-quart de lieue de Louvain; et vous ordonnerez aux troupes de les soutenir en cas de résistance.
Les troupes sortiront de la ville de Louvain lorsque le procureur général l'aura fait savoir au commandant, et marcheront à Corlenberi^, où elles haltcront pour se reposer aussi longtemps que le commandant le jugera à propos, et rentreront demain au soir à Bruxelles.
Vous jugez bien , monsieur, qu'il est important de garder le plus grand secret sur le contenu de cette lettre, et de le recommander sérieusement à rolTicier commandant, en lui enjoignant de n'en faire part à personne, jusiiu'à ce que les troupes soient entrées dans Louvain.
Je dois ajouter à tout ce que dessus, monsieur, qu'il convient qu'après la sortie des troupes de Bruxelles, les portes de cette ville soient fermées : en conséquence , vous donnerez les ordres requis à cet effet, et enjoindrez aux gardes des portes de ne laisser sortir qui que ce soit, mais bien d'y laisser entrer à l'ordinaire ceux qui y arrivent. J'excepte de cette défense monsieur le procureur général de Brabant et ceux qui sont avec lui, qui ne sortiront de la ville qu'après (lue les troupes en seront parties.
Il sera donc convenable et même nécessaire, monsieur, que vous donniez audit procureur général un billet particulier, signé de votre main, portant qu'on doit le laisser sortir de Bruxelles, ainsi que tous ceux qui sont avec lui ou qui auront un billet de sa main.
J'ai rhonncur d'être, etc.
Bruxelles, le 13 mai 1757.
(Secrélaiieiie d'Élat et de yuerie : carton Univemilé de Louvain.)
IX.. Lrttre du couite de iobenzl au ningisittrut de Louvain : 15 lunl 1953.
Chaules, Comte du Saint-Empire Romain, ue Cobe.nzl , etc.
Le conseil de Brabant devant faire exécuter cette nuit différents décrets rendus à l'occasion des désordres coininis dans la ville de Louvain la nuit du 2 au 5 janvier dernier, nous vous faisons la présente pour vous dire que nous voulons que vous donniez les plus grandes attentions pour empêcher qu'à cette occasion il ne s'élève de nouveaux troubles , et que vous conteniez les habitants de la ville, par toute sorte de moyens, dans les bornes de la modération et dans le respect qu'ils doivent aux jugements du conseil. Vous comprendrez aisément combien la ville de Louvain est intéressée à tranquilliser désormais les parents sur la sûreté des enfants qu'ils envoient étudier dans l'université. Mais, indépendamment de cette considération, nous nous persuadons d'ailleurs que vous ne négligerez ricu [)0ur iiuiintcnir l'ordre et la tranquillité publique, vu que le défaut d'une telle attention de votre part nous metlroit dans le cas de vous rendre responsables des excès qui pourroicnt survenii'.
A tant, etc. Bruxelles, '15 mai 1757.
(Conseil privé : i)a[»iers du comte de iNéiiy.)
X. Lettre (!ii ooiiite de Cubeiizl niix régeiitM des eolléjfeA du C'Iiàteuii , du t-ys, «lu Fiiucod, du Porc et de la ^aiute- Triuité : 15 iiitii I 9 53.
Charles, Comte du Saixt-Empuîe Romain, de Cobe.nzl, etc.
Le conseil de Brabant devant faire exécuter celle nuit difl'érents décrels rendue à l'occasion des désordres qu'il y a eu
chiiis la \ilk' de Louvain, la nuit du 2 au 5 janvier dernier, nous vous Taisons la présente pour vous dire que nous voulons fpie vous donniez les plus grandes attentions pour enipèclitr qu'à cette occasion il ne s'élève de nouveaux troubles. A l'cftel de quoi nous entendons que, par provision et pour le terme de dix jours, votre collège reste fermé, sans que vous permettiez à aucun de vos écoliers d'en sortir, sous quelque prétexte que ce puisse être. Vous })rendrcz d'ailleurs des mesures pour empêcher que les écoliers externes ne s'attroupent et ne se trouvent pas dans les rues à des heures inducs. A tant, etc. Bruxelles, le 15 mai 1757.
(Conseil privé: pa|)iers du comte deNény.)
'%.!. C'oiiKiiUc du coiivell de Ilrubant sur les requêtes des Individus impliqués dans le tumulte de Louvaiu : SI uiars tSâS.
3Ionseigncur (1), il a plu à Votre Excellence de renvoyer à notre avis les différentes requêtes présentées au nom et de la part des prisonniers et autres impliques dans les désordres et violences commises en la ville de Louvain, la nuit du deux au trois janvier 1757, à l'occasion d'une querelle tumultueuse entre les philosophes et les bourgeois de la même ville. Nous avons différé de satisfaire plus tôt aux ordres de Votre Excellence, pour éviter les frais d'un rapport particulier sur lesdites requêtes, et afin de donner notre avis avec pleine connoissance de cause, laquelle pour lors n'étoit instruite que jusqu'à sentence interlocutoire.
Nous n'entrerons pas en détail de cette longue tragédie,
(1) Le comte de Coben/.l.
pour ne pas abuser des précieux moments de Votre Excellence; nous observerons uniquement que la cause dans son commencement paroissoit très-désavantageuse pour Icsdits bourgeois, lorsque, sur les informations préparatoires prises à l'intervention de commissaires, ce conseil a décerné prise de corps à charge de quatorze et ajournement personnel au rôle à charge de vingt-trois autres, y compris le bourguemaitre de Vroeye.
IMais la cause ayant été pleinement instruite et mise sur le tapis pour être décidée définitivement, nous y avons trou^é des faits et circonstances qui diminuoient beaucoup les excès commis par lesdits bourgeois.
Nous avons été convaincus, par la lecture, que celle ([uerelle entre les bourgeois et les philosophes a eu pour principe une faute de CCS derniers, lesquels, au lieu de retourner dans leurs collèges à l'heure ordinaire, ont fait un complot de s'absenter et de se trouver à 12 heures de la nuit sur le Grand-Marché.
Ce complot n'a pas été ignoré par les régents , professeurs cl sous-régents; même un professeur a été témoin oculaiie de ce même complot, et les autres en ont été informés par le petit nombre de ceux qui se sont présentés au souper. Et quoiqu'on n'en pouvoil attendre que des suites funestes, comme la trislc expérience a fait voir plus d'une fois , cependant ces messieurs sont restés dans l'inaction , cl ne se sont donné le moindre mouvement pour faire rentrer les philosophes dans leurs respectifs collèges.
En effet les philosophes, partagés en troupes, ont commencé à courir les rues et à commettre des insolences dès les six heures du soir : les uns, en insultant les passants pour voiries illuminations, et surtout les femmes et filles; d'autres, en jetant des pierres et des bâtons a])rès les llanjbeaux allumés pour la solemnité du jour; d'autres, en cassant des vitres en différentes maisons. Enfin ils connnirent beaucoup d'autres vacarmes parmi toute la ville, dont une pétulante jeunesse éprise de boisson est caj»able, et ce jusqu'au point
(|iio les deux premières personnes de lit ville de Louvaiii n'ont pas été exemptes de leurs violences.
Le mayenr a été attaqué sur le Grand-Marclié et blessé à la tète par un conp de bâton.
La maison du bourguemaîlre a été insultée, de la manière énoncée en ladite requête, par une bande de onze pbilosoplies qui ont frappé avec force sur la porte et cassé quelques carreaux de vitres.
Ils ne se sont pas contentés de cette scène, mais, peu de lcnij)s après, cette troupe, s'augmenlant toujours de plus en plus, sur les mots tumultueux Ad omnes, attaquèrent encore ladite maison en deux dilTcrenles reprises, et ce avec tant de furie que, |)0ur la dernière fois, étant accrus jusqu'à deux ou tiois cents, ils se présentèrent devant la même maison, et y brisèrent, par une grêle de pierres, presque toutes les vitres, et même ils cassèrent les fenêtres de bois pour y entrer, tellement que, le bourguemaître étant dans un péril évident d'être massacré dans sa j)ropre maison avec son épouse et ses enfants, il envoya un de ses domestiques cliez le maycur, pour avoir du secours; mais, n'en recevant aucun et ces agresseurs étant sur le point d'entrer dant sa maison par les fenêtres, dont les volets étoient déjà cassés, comme dit est, il fil sonner le tocsin, et quelque temps après il fit battre l'alarme.
11 faut cependant considérer qu'il y a eu aussi de l'excès et de l'imprudence du côté du bourguemaître, et qu'il a donné quelque occasion à la dernière insulte arrivée à sa maison, pour autant que, après la première scène, il ne s'est pas contenté de requérir quelques bourgeois passant la rue d'entrer dans sa maison, pour la défendre contre les violences et attaques ultérieures qui pourroient y arriver; mais, par malheur, il leur ordonna de plus de prendre les manteaux aux philosophes qui s'\ seroient présentes, aj)parcmniciit pour les icconnoitrc et les faire châtier.
Ces bourgeois, étant au nombre de huit, y compris ses deux
domestiques, s'y armèrent des bûches et des hâtons, et les deux domestiques des fusils, nyant à la tète le houlangcrWirix, armé d'un eouteau de chasse.
Etant ainsi armés, ils se portèrent à la porte de ladite maison , et ils ne prirent seulement les manteaux et chapeaux des philosophes qui s'y présentèrent, mais ils les frappèrent el blessèrent même quelques-uns à sang coulant, entre lesquels étoit le philosophe Waldack, lequel a été traité si cruellement qu'il est mort de ses blessures le 1 1 dudit mois de janviei'. Mais nous n avons pu découvrir l'auteur de ces coups meurtriers.
Toute la preuve de ce fait atroce se borne à ceci, qu'un de ladite bande poursuivant seul une troupe des philosophes fuyants vers la rue du Porc, et ledit Waldack étant resté en arrière et tombé par terre devant l'église des Jésuites, il lui donna, avec une bûche ou gros bâton, un grand coup sur la trte; que, s'étant relevé et derechef tombé environ le coin de ladite église, ce même malheureux l'agressa pour la seconde fois, et lui lança encore trois à quatre cou|)s à la tète avec les deux mains relevées.
11 résulte donc du prédéduit, et plus amplement hors du procès, que les philosophes sont les agresseurs, et que Tes gardes de la maison du bourgucmaître ont aussi excédé les bornes d'une juste défense.
Reste à toucher en peu de mots ce qui est arrivé après le tocsin sonné. Les bourgeois, étant d'abord informés que vv, n'ctoit pas le signal d'un incendie, mais que les philosophes saccageoient la maison de leur chef, y sont courus en foule , où ils n'ont plus trouvé des philosophes qui s'étoient déjà mis en fuite sur le son du tocsin.
Mais, outrés de l'affront arrivé à la première personne de leur ville, et voulant venger les insultes et violences commises à sa maison, ils s'y armèrent de gros bâtons et se rendirent à fleux cabarets el un café, dans lesquels ils sont entrés comme
des fiirifux |)oui' y chercher des })hilosophcs. Ils y brisèrent les portes et les fenêtres, et insultèrent, non-sculenienl les gens de la maison, mais aussi tous ceux qui prenoienl le parti des philosophes innocents et qui n'avoicnt pas approché la maison du bourgueraaître. Ils y blessèrent un philosophe h sang, et le menèrent avec deux autres dans un cachot sous Ihôtel de ville, où ils restèrent sans feu et sans paille jusqu'au lendemain, avec quatre autres qu'ils avoient attrapés sur les rues, et dont trois étoient aussi blessés.
Enfin ils commirent dans lesdites trois maisons beaucoup d'autres outrages et violences punissables, détaillés au procès. Le fils du receveur-Vrancx, nommé par sobriquet « le cheva- » lier Vrancx, » qui étoit à la tête de cette bande, est certainement le plus coupable; mais il est fugitif et proclamé pour la première fois.
Au reste, nous avons condamné les coupables à proportion des délits et excès par eux commis, comme en justice nous avons trouvé convenir, suivant la liste que nous avons Ihonneur de joindre, pour éviter confusion par rapport au grand nombre de ceux qui se trouvent envelopj>és dans cette malheureuse affaire, et pour discerner avec plus grande facilité les prisonniers proclamés et ajournés en personne, et les peines auxquelles ils sont condamnés.
Cependant nous estimons qu'il convient plutôt défaire grâce à ces misérables et de leur accorder un pardon général, parmi payant les frais et mises de justice, que de faire une démonstration par la publication de leurs sentences, et de les faire subir les peines extraordinaires dans lesquelles ils sont condamnés. Premièrement, il ne paroît pas d'un dessein prémédité; ce sont des bourgeois et inhabitants d'une chef-ville de Brabant, lesquels, avant ce fatal accident, ont été irréprochahlcs dans leur conduite.
Secondement, nous mettons en considération de Votre Ex-
cellcncc leur longue délcntioii clans une dure et instante prison, et leur ruine totale avec femmes et enfants;
Troisièmement, les rcprcscnlations faites en leur faveur par les bourgucmaîtres, échevins et conseil de ladite ville et pailes capitaines et enseignes des quatre chefs-serments d'illec, (jui ont retiré leur requête, crainte de tomber en quebpics frais de cet avis.
Quatrièmement, le père du défunt Waldack implore grâce et miséricorde pour eux.
Cinquièmement, comme il semble que Votre Excellence est intentionnée de faire grâce audit Vrancx, quoiqu'un des plus coujjables de ceux qui ont insulté lesdites trois maisons, d'autant qu'il y a eu interdiction de poursuivre les proclamations à sa charge, il convient, sous correction très-humblo, de faire pareillement grâce aux autres moins coupables.
Enfin, monseigneur, toute la ville de Louvain est attentive et s'intéresse pour la grâce des suppliants, laquelle, comme on espère, pourra encore produire cet efîet particulier, de calmer les esprits de ceux qui, par ressentiment de ne recevoir aucune satisfaction des insultes commises à leur égard, conserveroicnt une haine implacable contre ceux de l'université.
Mais cependant l'ollice fiscal nous a informés que les étainiers llenskens et Piot sont des mauvais garnements et querelleurs de profession, qui mériteroient de s'en ressentir par l'accomplissement de leur ban.
Nous sommes', en très-profond respect, monseigncui', etc.
Bruxelles, 21 mars 1558.
Décrétés de prise de corps.
Wautier Renis, \ Prisonniers condamnés à tenir la ])ri-
(jlaude Louix , I son jusqu'à la fin de l'année de leur
Antoine Van Nerom , i appréhension et ainsi jusqu'au .. Joseph Gosse, j mai 1758.
( Tl\ )
Le boulanger Wirix, \
r ' \ rr- \ Prisonniers jjannis pour 3 ans.
uerard limmermuns, ) ^
Everard de Pauw , Prisonnier, décédé pendant le cours
du procès.
Pierre Goossens, Évadé, banni pour trois ans,
iean Monlenaecken, ]
L'étainier Henskens, > Proclamés, bannis pour cinq ans. L'étainier Piot, ]
N. De Pauw, vulgairement nommé Pauw- J ken-Axsens, [
Guillaume Goossens , /Proclamés, bannis [)Our trois ans. Le domestique du nommé chevalier Vrancx,
Le même chevalier Proclamé pour la première fois. Vrancx,
Les ajournés en personne dont la cause est interloquée à preuve.
Le marchand de vin Davidts.
Joseph Kerckhoven.
Le cabaretier au Château d'Héverlé.
Le cabaretier au Roi d'Angleterre.
Son beau- fils , demeurant chez lui.
Le fripier Everarts.
Le cabaretier Vander Borght, au Marché aux veaux. Le savetier vis-à-vis de la porte du grand Béguinage. N. Van Arent, demeurant près de sa mère, auprès les Dominicains hibernois.
Le nommé Geert, travaillant chez le libraire Vander Haert. Le cabaretier à la Ravenelle, nommé Gleen. y. Van Elderen, voiturier de bière.
Le paveur Vander Linden.
N. Wiiegeinans , valet du métier des brasseurs.
Le perruquier Vanden Sande.
Jean Henri, valet aux Trois Maures.
Le houlaiii^er Trioii.
Pliilip|)e Vander Borghl , (ils, au cabaret de Termonde.
Le boulanger Waegemans.
Jean Vanderlinden , l\h du tailleur V^anderlinden, dans la
Slagbstraele.
Matthias Ilermans, poissonnier dans la même rue. Le nommé Vleesliouiver , valet du brasseur Vrancx.
(Corresponilance ducoiiseil de Brabanl, t. CXCV, foi. 50.)
XII. j%ete (le grâce ^ d'abolition et d'amnistie géuérnie pour tous les iudividu.s iniiiliqués dans le tumulte de I^ouvain : 9-k uiar.s 19&8.
Charles, Comte du Saint-Empire Romain, de Cobenzl, etc.
Sur les remontrances qui nous ont été faites de la part de différents bourgeois et habitants de la ville de Louvain , actuellement détenus dans les prisons de la Steenporte et du Treurenberg en cette ville de Bruxelles, ainsi que de plusieurs autres bourgeois ou habitants de la même ville de Louvain , décrétés d'ajournement personnel ou fugitifs, à cause de la part qu'ils sont accusés d'avoir eue aux désordres et violences commises en la ville de Louvain, la nuit du deux au trois janvier 1757, à l'occasion d'une querelle tumultueuse entre les étudiants en philosophie et les bourgeois de la même ville, tendant toutes lesdites remontrances à obtenir grâce, rémission et abolition des peines que jicnvenf avoir encourues ceux
qui ont été impliques dans iesdits désordres et dans les suites funestes qui en sont résultées; ayant eu sur ce sujet l'avis du conseil de Brabant, et prenant en considération la déclaration de Pierre Waldack, négociant de Courtray, par laquelle, njettant dans l'oubli les mauvais traitements que son fils, Antoine Waldack, étudiant en philosophie, a reçus dans cette querelle et dont il est mort le onze du même mois de janvier 1757, il intercède pour la grâce des suppliants, nous, pour ces causes, et dans la confiance que des démêlés si contraires à l'ordre et à la sûreté publique n'arriveront plus, avons, de l'avis du conseil privé de S. M., et en commémoration de la douloureuse mort et passion que le seigneur Jésus-Christ a soufferte pour la rédemption du genre humain le jour du bon vendredi, accordé, comme nous accordons, aux nommés Wautier Renis , Claude Louix, Antoine Y cm JVeroin , Joseph Gosse, N. Wirix, boulanger; Gérard Timmermans , Éverard (le Pamv, Pierre Goossens , Jean Montenueken , N. Henskens, étainier; N. Piol, étainier; N. de Pauw, dit Paiiivken-Axsens; Guillaume Goossens ; N. Vrancx, fils du receveur, et son domestique; N. Davids , marchand de vins; Joseph Kerckhoven, le cabaretier au Château dHéverlé ; le cabaretier au Roi d'Angleterre; son beau-fils, demeurant chez lui; le fripier Everaerts ; le cabaretier Vander Borcjht; le savetier vis-à-vis de la porte du grand Béguinage; N. Van Areni ; N. Geert, garçon libraire; le cabaretier à la Ravanelle, nommé Gleen; N. Van Elderen, voilurier de bières; N. Vander Linden , paveur; N. Waeghemans, valet du métier des brasseurs; N. Vander Sande , perruquier; Jean Henry; N. Tirion, boulanger; Philippe Vander Borght;^. Waeghenians, boulanger; Jean Vander Linden; Mathias Hermans; N. Vleeschauiver , valet du brasseur Vranckx , et à tous autres impliqués dans lesditcs querelles et désordres, grâce, abolition et amnistie générale des excès et méfaits ci-dessus repris, moyennant
qu'ils safisfassent partie civile, et qu'ils payent les frais et mises de jiislice. Dont il sera écrit lettres (lavertarice au conseil lie Hraba.it, de même qu à ceux du magistrat de Loiivain, avec ordre aux uns et aux autres de faire insérer dans leurs registres notre présent acte de grâce, d'abolition et d'amnistie générale.
Fait à Bruxelles, le !24 mars 17^)8.
ÈtoU paraphé Ne. v', signé Le Comte Cobenzl, et plus bas : Par ordonnance de Son excellence, contresigné F. J. Misson.
((lorrespoiidaiice du conseil de Brnltant , t. CXCV , fol 73. )