I. Que toutes choses passées jusques à présent, tant en gé
néral que particulier, demeureront oblices, assoupies et cstainctes comme non advenues, sans que personne en puist estre recerclié à l'advcnir en corps ny en biens.
H, Et au regard des bourgeois, iceulx demeureront libres en leurs maisons avecq leurs femmes, enfans et biens, se conduisant, comme il convient et appertient à bons subjectz, en l'observation de la religion catholic([ue romaine et l'obéissance de Sa Majesté.
III. Et ceulx qui se vouldront retirer le pourront faire avecq leurs biens meubles et immeubles, leur donnant Son Allèze congié et licence de six mois pour demeurer en ladictc ville et faire proufïit de leurs meubles, et aultrcs six mois pour les immeubles, ({u'ilz pourront faire vendre par leurs amis et procureurs.
IV. Et au regard de la garnison qui pourra entrer en ladicte ville, Son Altèze y mettra telle que les bourgeois auront matière de contentement.
V. Quant est des soldalz estans en garnison, Son Altèze leur accorde que, laissant leurs enseignes et armes, ilz puissent sortir, assçavoir : les capitaines et oiliciers avecq leurs cspées , et les souldarts sans espée, et avecq tous leurs bagages, pour quoy mener leur seront donnez deux chariotz, et seront conduictz en toute seureté vers Bruges.
Faict au camp devant Nieuport le xxni' de juillet XV' "^ quatrevingtz-trois.
Soubzscripl Alexandre. Plus bas estait esn'ipt ; Par ordonnance (le Son Altèze, sùjné F. Le Vasselr.
(Archives du royaume, fonds de l'Audience : veg. Traitiez, Confédérations , Pacifications, fol. 38 v°.)
CCCCXXXI.
Points et articles accordés par le prince de Parme aux officiers et soldais ainsi qu'aux niaçjislrat , bourgeois, manants et habitants de la ville de Dixniude : 51 juillcl 1583.
Son Altèze accorde à ceulx de iaville de Dixmude les poinclz et articles cnsuy vans, moyennant qu'ilz remectent incontinent la place es mains de Sa Majesté , assçavoir : . Que les capitaines, officiers et soldatz sortiront la vie sauve avecq leurs armes, espées et dagues et tout leur bagaige, femmes et enfans : en quoi seront comprins le sergeanl-major, canonniers et la femme du gouverneur, lesquelz seront conduictz en lieu seur.
Quant aux malades et bleschez que ne pourront partir quant et quant, ne leur si ra faict aucun mal, ains pourront demeurer jusques à ce que leur santé pcrmectera (ju'ilz souffrent le chemin.
Au regard des magistral, bourgeois, manans et inhabitans, ceulx qui vouldront partir avecq la garnison le pourront faire avecq leurs biens, et auront six sepmaincs de temps pour vendre et transporter leurs biens meubles, et six mois pour les immeubles; mesmes ceulx qui ne vouldront sortir promptemcnt auront ung mois pour se povoir retirer après : leur donnant pareil terme pour les meubles et immeubles comme aux aultres.
Et quant ausdicts du magistrat, bourgeois, manans et inhabitans qui vouldront demeurer, Son Altèze leur pardonne généralement toutes les faultes et offences, quelles qu'elles puissent estre, sans que à l'advenir, à cause d'ieelles, personne puist estre pour les choses passées reeerché en corps ny en biens.
Et seront d'ores en avant traiclez par Sa Majesté comme d'ung bon, clément et béning prince.
Et pour le faicl des octrois passez, Son Altèze n'en demande avoir cognoissance; et pour l'advenir Sadicte Altèze les leur permellra selon que la nécessite le requèrera.
Quant à la garnison, ne se y raectera que celle qui sera nécessaire, au plus grand soulaigement que se pourra faire des bourgeois.
De ce que les receveurs des demaine et aydcs de Sa Majesté, des particuliers et tous aultres, de quelque qualité ou condition qu'ilz soyent, auront payé jusques à présent par ordonnance de leurs supérieurs , n'en seront recerchez.
Faict au camp devant Dixmude, le dernier jour de juillet 1 583.
Soiibzsigné Alexandre. Plus bas estait escript: Par ordonnance (le Son Altèze, signé F. Le Vasseur.
(Archives du royaume, fonds de l'Audience : reg. Traitiez , Confédéralions , Pacifications, fol. iQ v.)
CCCCXXXII.
Traité de réduction de la ville d'Ypres à Vohéissance de Philippe II : 7 avril \ 584.
Poinctz et articles concludz et arrestez , soubz le bon plaisir de Son Altèze, entre le seigneur de Werp , gouverneur et grand bailly de Courlray et commandant aux gens de guerre au contour d'Ypre , d'une part , et les sieurs Nicolas Vuterbove , seigneur de Wymerghem , grand bailly , Charles Vanden Rhyne , advoé , maislre Jehan Keigniart , pensionnaire dudict Ypre , et Wallerand Godtscbalck , pour et au nom des advoé , eschevins et conseil dudict Ypre, d'aultre.
Premiers, combien que Sa Majesté, ajuste raison, se doibve resentir des grandes et énormes indignitcz desquelz ceulx du-
dict Ypre, ses subjectz et vassaulx, ont usé en son cndroict, néantmoiiis préférant toiisjours la clémence à rigeiir, ne désire riens plus que de réduire son peuple en bon et seur repos. A raison de quoy Son Allèze, au nom de Sa Majesté, consent el accorde que tous offenses et crimes (jui pourroienf, depuis le commencement de ces troubles jusques à présent, aucunement avoir esté commiz par les bourgeois et inliabitans de ladicte ville d'Ypre, leur seront entièrement pardonnez, sans que, à raison d'iceulx, ilz pourront cy-aprèz en leurs personnes estre recbcrcbez, moiennant et à condition loutesfoiz que lesdicts d'Ypre, à la rendition de la ville, délivreront au seigneur de Werp quatre personnes telles que lors leur dénommera (1), entre lesquclz entend et promect ne seront comprins les grand bailly , advoé et cschevins de ladicte ville, d'aultant qu'ilz sont eau ie mouvante de ce présent traicté.
Si viveront tlores en avant lesdicts bourgeois el inliabitans soubz l'obéyssance dcue à Sa Majesté. Si seront Iraictez avecq toute doulceuret clémence, conime Son Altèze a jus({ues ores usé, conforme à la volunté de Sa Majesté, envers tous ceulx qui se sont renduz à son obéyssancc.
Retournant, sans aulcune contradiction , aux églises et ministres d'icelles, ensamble aux bons subgectz et vassaulx de Sa Majesté, tous leurs biens immeubles, nonobstant l'aliénation ou distraction d'iceulx.
Et quant aux meubles, diminution des immeubles et revenuz receuz par le magistrat, corps et communaulté de ladicte ville, personne ne pourra, à raison d'iceulx, intenter aulcune poursuyte contre lesdicts du magistrat, corps et communaulté.
Tous bourgeois et inbabitans dudict Ypre, de quelque qua-
[i) Dans sa lettre du 21 mai (a° CCCCXXXVI), Farnèse parle de ces quatre bourgeois exceptés du pardon, mais sans les nommer. Dans celle qu'il écrivit au Roi en espagnol le 15 avril el (|ue nous avons vue aux Archives de .Simancas, il ne les nomme pas non plus.
lité, estât ou condition ilz soient, saulf les quatre cy-dessus mentionnez, se pourront librement retirer, en dedans trois moys, hors de la ville, celle part qu'ilz trouveront convenir; et si avant que aulcuns se retirent en pays neutre et non ennemy à Sa Majesté, telz pourront emporter leurs biens meubles et joyr aussi des immeubles moiennant caution.
Ceulx dudict Ypre furniront la somme de cent mil florins, pour estre icelle somme, par ordre de Son Altcze, employée au paiement de six mois de gaiges aux soldatz eslans soubz la charge dudict seigneur de Wcrp à cause de ce fort, sçavoir : les cincquante mil florins endéans quinze jours après la rendition de la ville , et aultres cincquante mil florins endéans trois mois suivans, ne fust, par ordre de Son Altèze, la garnison soit diminuée : en tel cas, à ceulx qui sortiront leur seront auparavant furniz lesdicts six mois.
Faict au fort lez-Yprc le vn' d'apvril XV' qualre-vingtzquatre.
(Archives du royaume : reg. Traitiez, Conféiléralions, Pacificaliotis , fol. 99.)
CCCCXXXIII.
Capitulation accordée par le prince de Parme à la garnison ^ d'Ypres : 7 avril 1584.
Poinctz et articles concludz et arrestez , soubz le bon plaisir de Son Altèze , entre le seigneur de Werp , gouverneur et grand bailly de Courtray et commandant aux gens de guerre au contour d'Ypre, d'une part, et les capitaines Brand et Trel , députez «le Herlaing, seigneur de Marcquette , superinlendent delà ville d'Ypre et commandant aux gens de guerre estans en garnison illecq, d'aullre.
Le seigneur de Marcquette et deux ses capitaines lelz que le seigneur de Werp vouldra choisir demeureront prisonniers de
guerre, pour cslrc miz en liberté lorsqu'ilz auront satisfaicl à leur ranclion.
Le surplus des capitaines, officiers et soldatz naturelz du pays sortiront avecq l'espée et la dague seulement, sans enseigne, tambourin ny bagaige.
Les capitaines, officiers, genlilzhommes et soldatz estrangiers et non subjectz à Sa Majesté sortiront avecq leurs armes et bagaiges à culx appertenans, mescbes estcinclcs, sans enseignes et tambourins. Et où, entre lesdicts soldatz, soient naturelz ou estrangiers, aulcuns non soldatz ou portant non siene, telz seront puniz de la ville (I), saulf que au nombre desdicts soldatz seront comprins les conestables et canonniers, si avant ilz soient estrangiers. Lesquelz soldatz, tant estrangiers queaultres, seront conduictz en lieu seur.
Le tout à condition que le seigneur de Marcquelte, tous ses capitaines, gentilzhommes, officiers et soldatz, soient estrangiers ou aultres, jureront ne porter les armes contre Sa Majesté de six mois; si laisseront en^re les mains du seigneur de Werp, sans fraulde ou malengien, toutes les munitions ou artillerie estant audict Ypre, ensamble les prisonniers, si aulcuns en ont en leur povoir.
La dame de Marcquette, avecq ses cnfTans, famille et meubles, se pourra retirer où bon luy semblera, moiennant la délivrance du seigneur d'Himbrcmont et aultres prisonniers qu'ilz peuvent estre au povoir dudict seigneur de Marcquette en quel lieu (jue ce soit.
Faict au fort lez-Ypre , le vn" d'apvril XV'= quatre-vingtz-
quatre.
(Archives (lu royaume : reg. Traitiez, Confédérations, Pacifications, fol. 98.)
(i) Les mots que nous donnons en italique sont littéralement copiés d'après le registre. Nous avouons ne pas les comprendre.
CCCCXXXIV.
Instruction donnée par le prince de Parme aux commissaires envoyés à Ypres après la réduction de cette ville : 14 avril
Instruction pour vous, M» Ferdinand Veranneman , conseiller du conseil du Roy mon seigneur en Flandres , et Arlus de Gbistelles , S'' de Rimersch, grand bailly de la ville d'Ypre, de ce que, à l'assislence et intervention du S"" do Werp , commandant présentement en icelle ville , aurez a négocier pour préparer ce que sera de faire pour au plus lost povoir illecq donner ordre , riglemenl et police par les meilleures voies et moiens qu'il appertiendra , afin d'éviter tous ultérieurs inconvéniens.
En premier lieu, vous vous ferez mellre en main le double de l'accord que l'on a fait avec le magistrat, manans et habitans de ladicle ville, contenant, en substance, que Sa Majesté leur a pardonné toutes les faiiUos et offenses passées, les recevant d'icy en avant en grâce, inoiennant qu'ilz se conduisent bien et deuement envers Sa Majesté, leur souverain seigneur et prince, comme à bons et léaulx subjectz appertient.
Informerez des noms et surnoms, qualitez et conditions des bailly, advoué, bourgmestres, escbevins, conseil et officiers servans présentement en ladicte ville et cbastellenie, vous enquestant discrètement de leur foy et religion et de leur bon nom, famé et renommée, et surtout silz sont calliolicques et bien affectionnez au parti de Sa Majesté, repoz et tranquillité; principallcment quelz sont esté les cbiefz et autlieurs de la rébellion d'icelle et de l'avoir ainsi obstinément fait opiniasirer en son malbeur.
Comme pareillement ferez des inhabilans , pour recognoistre les plus sédiliculx et pernitieulx qui sont esté en ladicle ville, afin de la purger et sçavoir ceulx qui doibvent estrc sonffertz
et (ollérez en icellc cl chaslelleiiic tlTpre. Cependant sera lolléi'é ledict magistrat; néantmoins entreviendrez en tous leurs actes, et regarderez que riens ne soit fait au préjudice de la religion, du service de Dieu et de Sa Majesté ny contre le rcpoz puhlicq.
Enqueslerez des plus gens de bien, ecelésiaslicques et aultres, pour en faire ung rolle que nous envolerez, tant de. cculx qui sont demeurez que spéciallcment de ceulx qui sont esté expulsez et constrainctz se saulver, desquelz l'on pourra choisir ceulx qui sont plus à propoz pour mettre en loy et offices desdictes ville et chastellenie.
Lesquelz offices, cncoires qu'ilz soient à la provision de ladicte ville, réservons, pour en ordonner pour ceste première foiz à telles personnes ydoines et sans reproche que trouverons convenir.
Vous ferez aussi debvoir d'entendre à tout ce que jugerez convenir touchant les droiz et auelorités que Sa Majesté a en ladicte ville et chastellenie, et ce qu'il luy conviendroit encoires avoir pour tant mieulx policier icelle et tant plus droilurièrement y administrer la justice.
Tiendrez la main à ce que quelque évesque face, par luy ou ses officiaulx, le debvoir tant de réconcilier et faire réparer les églises comme d'y pourveoir de pasteurs et prédicateurs et gens d'Église pour enseigner le peuple et administrer les sacramens, luy donnant ce qu'il aura de besoing de vostre assistence, au nom de Sa Majesté, après que les églises, cymetières et lieux sacrez seront réconciliez.
Pareillement, si vous estes rcquiz des commissaires aux annotations des biens confisquez de leur donner quelque assistence, vous le ferez au mieulx que vous pourrez.
Si entendez que entre les gens de guerre et bourgeois ou leurs chiefz y ait quelque difficulté, vous regarderez aussi, le plus dextrément qu'il vous sera possible, de les appointer ou accorder aulcunement, et de les faire observer le riglemcnt
(|u'il y sera donné entre les gens de guerre et bourgeois: le tout par l'intervention dudict de Werp.
Si vous informerez si, entre ceulx qui y sont demeurez, y a aulcuns qui soient estez des plus advancez à faire les desordres et confusiot)s en ladicte ville et chastellenie, tant au fait (le la religion que rébellion; et si trouvez auleungs des cliiefz -OU mal affectionnez ou grandement suspectz, en pourrez faire note pour nous en advertir, afin que soit advisé ce que se debvra faire.
Vous enquesterez les moiens que eculx de ladicte ville et ebastellcnie ont tenu et observé pour trouver argent au paiement et entretènement de leurs garnisons, sur imposlz, gabelles, licentes, moiens généraulx ou aultres voies généralles ou particulières, et comment les soldatz ont vescu , quelz avancemens iiz ont eu et comment ilz ont esté traittez en ladicte ville : sacbant au plus prèz aussi combien lesdicts gabelles, licentes et moiens ont porté par an, qui les a administré, s'il n'y a quelque cbose deuc d'arriéraiges, et qui les a receu , pour cognoislre ce qui peult estre deu et adviser ce qu'il sera de faire.
Et générallement, en ce que dit est et que en dépend, vous ferez tous bons debvoirs et offices, nous advcrtissant des cboses les plus importantes et où aurez trouvé plus de difficulté, pour y attendre nostre ordonnance. Et si trouvez, en besongnant, que ayez besoing de quelque plus ample charge ou commission, vous nous en advcrtircz, pour y ordonner ce que sera trouvé convenir.
Fait à Tournny, le xmi' d'avril 1384.
(Minute, aux Archives du royaume.)
ccccxxxv.
Deux lettres écrites par les députés des états de Brabunt aux échevins, doyens, colonels et capitaines de la ville de Gand : l'une pour les détourner de traiter avec le prince de Parme; l'autre pour les féliciter d^avoir rompu les négociations entamées avec ce prince : 6 et 17 mai 4584 {\).
Première l.ettre.
Messieurs, nous avons longtemps attendu en grande dévotion voz nouvelles, pour entendre de plus prèz ce que voz députez peuvent avoir négocié aveeq les provinces défaillies, suyvant la promesse et asseurance que, passé aucuns jours, nous en avez donné.
Mais, comme sur ce n'avons receu de vous aucunes lettres ou nouvelles, et que le bruict se sème partout bien acertes que Ton ne vous auroit proposé telles conditions qu'aviez bien espéré et sans lesquelles vous nous avez asseuré que n'entreriez en aucun accord , à eesie cause, meuz d'affection et amour de bons voisins, avons trouvé nécessaire de vous faire cestes, pour vous réduire en mémoire les poinctz qui vous peuvent
(1) Les Gantois, qui avaient alors pour chef ou premier échevin Jean Hembyse, étaient entrés en négociations, au mois de mars, avec le prince de Parme. Après la déposition et l'arrestation d'Hembyse, ils les avaient continuées; mais, ayant reçu, le 20 mai, un secours de 400 hommes de pied et deux compagnies de chevaux tirés des garnisons de Bruxelles, de Vilvorde et de Willebroeck, ils firent connaître à Farnèse leur intention de n'y pas donner suite.
Les originaux des deux lettres que nous publions, écrits en flamand, furent interceptés par le marquis de Roubais, qui avait son camp à Eecloo. Les traductions en furent faites dans la chancellerie du prince de Parme.
avoir induiclz à ce trnilté de paix, et joincleincnt vous requérir que, sans asseurance d'iceulx, ne vcullez , selon vostrc promesse, entrer en aucun ultérieur traité.
Vous veullans amiablenient donner à cognoistre que, selon no-itre jugement, lennemy ne cherche aultre chose, en ceste négociation, sinon avec dextérité peu à peu vous attirer au fillct et, soubz umbre de parler de paix, gaigner temps, qu'est bien le principal en telles et semblables négociations, pour presser vostre ville, se saisir ou surprendre aultres places, eoram'il pensoit faire à Tenremonde par l'assistence de Jehan van Embyzc, et finablement vous amener, par force, à quoy par belles parolles il ne vous pourra faire condescendre.
A quoy véritablement tendent tous les desseingz de l'ennemy et ces longz traittez et prolongations de trefves : car, pendant que l'on parle avecq vous de paix et que d'icelle l'on vous nourrit et entretient, lennemy multiplie et augmente aultant ses moyens pour contre vous et nous mener la guerre, eomm'il vous oste et diminue aussi tout soulcy et arrièrepensée de chercher aucune aultre asseurance contre ses forces et violences.
Ce que vous avons bien voulu mettre au devant, afin que le veullez bien considérer, sans entrer si avant en cesle négocialion que finablement ne soyez constraincts de vous déporter de vostre précédente bonne résolution, qu'est de n'accorder (1) sans rexercicc de la vraye religion, l'entretènemcnt des previléges et la retraitte des Espaignolz, et, au lieu d'icelle, accepter telles conditions que l'on vouidra vous proposer, comme ne doublons vous [)ovez clairement remarquer qu'on détermine de faire par le changement des conditions dont l'on vous a donné si grand espoir, lesquelles, eslans jà si grandement diminuées et intricquées, seront finablement changées en une entière contraire présentation : dont le meilleur (juc pourrez
(1) De n'accorder, de ne faire accord.
iitlendre (encoires que rciinemy fcist pour ung temps senibltint d'oublier) ne sera aultre chose qu'une surcéanee d'exécution des rigoreulx placcartz, avecq condition de vous obliger de mener avecq eulx la guerre contre nous et aultres provinces.
La pacification de Coulongne, dont est procédéc la guerre d'Artois et Haynnau , et laquelle, à nostre commun regret, est si longtemps entretenue, fait à chascun cognoistrc que par une particulière pacification ne se doibt attendre aultre chose sinon une guerre nouvelle et plus doraaigeable que auparavant, et ce contre ses voisins et confédcrez.
Suyvant quoy, si Tenremonde, de l'ung costel, et l'Escluzc et Oostende, de faultre, vous seroient ennemys, en quelle grande calamité et misère et accroissement de tous maulx, par-dessus la perte de la religion, au lieu de paix et tranquillité dont l'on console la commune, seroyent ces bonnes gens de Gand et Bruges et aultres plongez et précipitez, quant nonseuUement par ce moyen ilz seroient oppressez de l'ennemy, ains taillez de périr de pure famine'.
Mais Dieu nous veulle préserver de telz accidens, et vous ottroyer constante volonté pour avecq les bons continuer en voz bons desseingz, et aussi vous inspirer la sagesse ponr, en ceste présente occurence et couvertz desseingz des mauvais, povoir avecq discrétion cheminer et discerner, afin que vous et nous ne tumbions en ung si grand inconvénient et calamité.
Et quant est que aucuns vous entretiennent encoires avecq espoir d impétrer l'exercice de la religion, cela ne se fait à aultre fin sinon pour faire bonne bouche à la commune, qu'ilz cognoissent à ce fort affectionnée, et pour avecq le temps faire tumber icelle d'une condition en l'aultre, sachant qu'ilz ne la feront jamais quiclcr du tout ladicte religion.
Les lettres de Morillon (1), dont les originelles sont envoyées
(I) Ces lettres de Maximilien Morillon, adressées au cardinal de Granvelle, avaient été interceptées; elles furent livrées à l'impression.
au prince de Chiniay, et èsquelles la ville de Gand est, au regard de la religion, fort inormément dépainetc, nous donnent à cognoistre quelle est leur intention endroit ladicte religion.
En somme, si voulez oster la masque à cesluy mis en avant traitté de pacification, vous trouverez que par icelluy, au lieu de religion, affection, previléges, foy et train de marchandise que y sont jolyment dépaintz, ne se pourra voir aultre chose sinon linquisiiion d'Espaigne, trahison, meurtre, feu et accroissement de guerre et finahlement la perpétuelle servitude de noz successeurs.
Par où , très-chiers voisins et confédérez, n'avons peu plus longuement vous celler nostre intention, ou, touchant ceste pacification par vous encommencée avecq le prince de Parme, user d'aucune ultérieure connivence : vous amiablement déclairans, sur la Iby qu'avons juré 1 ung à Taultrc, que de tous ces Iraitlc z et négociations de paix, de quelle sorte et parolles elles puissent estre palliées^ ne se doibt attendre sinon la destruction de la religion chresticnne, perte de noz previléges et finahlement une ultérieure guerre intestine, accompaignée de vostre perdition et la nostre, au grand contentement des Espaignolz et aultres noz ennemys.
Vous priant partant, et tous ceulx qui portent encoircs en leur cœur quelque estincelle tendant à la conservation de la vraye religion, et qui aspirent encoires aucunement à l'ancienne liberté que par noz pères nous a esté délaissée, voires qui ne veullent asseuréenient assubjectir leurs propres personnes au feu et à l'inquisition d'Espaigne, leurs femmes et filles donner à l'advantaige pour le rassaisiement de la luxure des Espaignolz, et qui n'entendent totallement et pour jamais laisser à iceulx leur génération pour esclave, que, considérans de plus prèz et meurement tout ce que dessus, ilz ne se laissent plus longuement endormir de telles froides raisons que leur sont mises en avant, ny donnent ultérieure audience à tclz espritz qui , passé longtemps , ont assez fait cognoistre
leur intention en cest endroit, comme cculx qui , pour amener ceslc pacification aussi avant qu'elle est à présent, n'ont espaigné aucune manière de foy, mensonges, perjuremens et aultres tromperies : car il fait à présumer, si avant que effcctucllement il ne leur soit virillemenl donné empcschcmcnt, qu'ilz ne vouldront laisser les choses en telz termes.
Et comme nous sçavons que lesdietcs personnes vous font avecq la povrc commune grandement descouraigcr et concevoir une arrière-pensée, tant par les licentes dont se fait à l'ennemy transport du boire et menger, comme par ce qu'ilz disent qu'il n'y auroit sur main aucun moyen de délivrance, cl que l'une ville devant et l'aultre après seroit constraincte de par force venir soubz le povoir de l'ennemy, concluans, par ce, qu'il vault myeulx de faire en temps aucun accord que ultérieurement entrer en guerre, nous avons sur ce bien voulu vous adviser, en premier lieu , que, grâces à Dieu, nous avons encoires bon moyen pour vous et nous tous ensemble préserver contre toute force de l'ennemy, si avant que ne vous retirez de la généralité, en vous déportant effecluellement de toute ultérieure communication avecq l'ennemy.
Nous avons, grâces à Dieu, ung raisonnable camp présentement à lentour de Zutphen, auquel, ces jours passez, s'est venu joindre l'électeur de Coulongne (1) avecq xv' chevaulx et deux mil piétons, tellement que nous espérons que l'ennemy, qui se treuve en faultc de tous moyens, voires présentement quasi plus nécessité que nous, ne pourra effectuer si grande chose comm'il pense bien de povoir faire.
La royne d'Angleterre nous envoyé aussi journellement gens de guerre, ayant encoires naguères dépesché ambassades vers le roy de France , afin de le faire entrer en guerre ouverte contre le roy d'Espaigne, par-dessus pluisieurs aultres
(I) Gebhard Truchses, qui avait été excommunié et déposé par le pape l'année précédente.
choses conccrnans Sa Majeslc, lesquelles le leinps ne requiert de réciter icy au long.
Nous sommes aussi soulTissamment asscurcz d'une bonne et forte armée de France, avecq laquelle non-scullement constraindrons l'ennemy de se retirer bientost vers la frontière, ains aussi, avecq layde de Dieu, luy pourrons livrer bataille et faire une notable irruption, voires pourrons totallement et entièrement le suppéditer, si avant que, pour nosire délivrance et la conservation du pays, voulons contribuer et sur ce })rcndre une bonne et briefve résolution, sans négliger ou reculer les affaires.
Ce que, en cas que vous ne seriez prestz ou intentionnez de faire ny accepter les bonnes conditions que l'on nous présente, ains aimeriez plustost de rendre derechief les pays soubzla tyrannie espaignolle, et ce avecq une prompte et asseurée perle (le nostre religion, laquelle aussi bien ne pourra subsister par aucun accord avecq l'ennemy, tout le monde considérera assez que toutes telles allégations de faulte de moyens et aultrement ne sont raisons qui debvroient mouvoir quelcun bien résolu à faire ung si domaigeable accord que aultrement serez tenus de (aire, ains excuses et couvertures fort froides et simples pour le povoir faire avecq quelque apparence.
Nous ne voulons entrer en conférence de l'une et de l'aultre nation, ny aussi venir à excuser les choses passées : nous sûmes cculx ((ui en sçavons le plus à parler et qui avons souffert les })rincipaulx dangiers tant de l'une que de l'aultre nation; mais nous voions cela, et est notoire à tout le monde, que la religion, laquelle par édit est permise en France et exercée public- (luenient es villes closes et au plat pays, voires dedens Paris et à la court du roy assez publicquement tollérée, est au contraire, par feu et flamme, meurtre et toute sorte de tyrannie, persécutée et extirpée en tous les pays du roy d'Espaigne, et par mort et confiscation des biens chastiée.
Tcle différence est notoire à tout le monde. Et partant ceulx
qui aymeroient myeulx nous assubjcclir à la tyrannie des Espaignolz que d'entrer avecq Son Altèze en quelque bonne réconciliation (laquelle aussi bien ne peult estre faite avecq certaines bonnes conditions et asseurances, parce qu'icelles ne peuvent trouver lieu vers le roy d'Espaignc), lelz disons-nous estre privez d'entendement, ou nous vouloir tirer d'une petite maladie en fiebvre mortelle, ou bien gaignez et corrompuz de l'ennemy par argent pour nous rendre avecq les pays , par quelque manière, à son plaisir, et la renommée ville de Gand (laquelle ne s'est oncqucs par force de guerre laissé jectcr aux piedz) tant plus aisément et avecq moindre paine faire mettre en proye à l'ennemy, pour le payement d'arriéraiges promis à Tarmée espaignolle.
Et quant est des licentes, lesquelles ne nous semblent, aussi bien qu'à vous, aucunement conseillables, nous sommes, ces jours passez , sur ce convenuz avecq les eslatz de Zélande d'envoyer respectivement aucuns députez à l'assemblée de la généralité, et ce avecq telle instruction et remonstrance que sera de besoing pour oster lesdictcs licentes : vous asseurant que, en cas de refuz, nous prendrons ung aultre pied pour sur ce fait pourveoir au contentement de vous et de nous.
Ce que vous, noz bons et fidelz confédérez, avons bien voulu amiablement faire entendre, à la descbarge de nostre debvoir et obligation : priant Dieu tout -puissant vous impartir prudence et constance pour amplement povoir remarquer li's mauvaises intentions, providence pour délivrer la commune de Dieu d icelles, et force pour prévenir aux secretz desseingz de l'ennemy, comme ne doubtons cecy facillement adviendra, si voulez remettre en mémoire la vaillance de voz pères et la constance et viril couraige de voz bourgeois en semblables cl plus grands dangiers, et en ce hardiment et fidellement les ensuyvre. A quoy nous, voz bons confédérez, sommes preslz de eoulribuer et vous donner toute ayde et assistence. Priant Dieu qu'il vous veuille, messieurs, im|)arlir sa saincte et divine
grâce, et vous préserver du frauduleux eonseil d'Âchilopel.
D'Anvers, le vi^ de may 1384.
A insi soubscript :\oz bons amys, confédérez et voisins, les députez des eslatz du pays et diicé de Brabant. Et plus bas : Par ordonnance d'iceulx, et signé Calvart.
Suscr{ptio7i : Aux éclievins des deux bancs, deux doyens, ensemble aux coronnclz et capitaines de la ville de Gand.
Deuxième l^ettre.
Nobles, vénérables, saigcs et discretz seigneurs et trèschiers confédérez, nous avons avecq singulier contentement entendu, par les lettres que vous avez envoyé au S"" de Ryhoven (lesquelles, à l'occasion de son absence, nous avons ouvert en présence du pensionnaire de Tcnremonde), la résolution qu'avez prins de vous déporter totallcmcnt du fraudeleux et domageable traitté de paix avecq le prince de Parme (lequel jusques ores a esté poursuyvi par gens cberchans leur propre prouffit), et vous joindi-e inséparéement avecq la généralité des provinces unies contre le commun ennemy et voleur de la patrie.
Nous rendons grâces à Dieu tout-puissant de ce qu'il at ouvert voz yeulx pour povoir veoir et remarquer les mauvais dcsseingz des fauteurs de l'ennemy, et prévenir et aller audevant à l'entière ruyne et extirpation tant de la religion que de vostre ville. Certes nous ne debvrions estimer si peu le trésor de l'Evangille, par lequel nous sommes esté si estrangement délivrez de l'horrible tyrannie de l'Antéchrist, que, pour l'amour d'ung aise et commodité temporelle (si avant que aucun aise puist estre réputé nostre perpétuelle servitude et celle de noz successeurs soubz la cruelle tyrannie de l'impieuse et orgueilleuse nation d'Espaigne), nous le debvrions habandonner etdu tout et pour jamais nous en défaire.
Mais quand, par-dessus ce, nous voions clairement que cestuy orgueil de Senachérib est si extrême et insupportable que non-seullement il tâche publicquement de mettre soubz les piedz la sainclc parolle de Dieu et vraye religion, mais aussi forcéement priver vostre ville de tous ses anciens et louables coustumes et previléges, et oppresser à jamais nostre chière patrie de nations estrangières, quelle misère et calamité, voires quelle mort pourrions estimer si dure et horrible que ne vouldrions plustost choisir (si avant que besoing fût) que, après une si longue et dure guerre, nous plyer soubz le joug de telz orgueilleux , pour servir de farce et risée à toutes les nations du monde et nous rendre perpétuelz esclaves des Es- |)aignolz?
Par où, messieurs , nous réjoyssons grandement de cesle virille résolution que, par la singulière grâce de Dieu , avez présentement prinse, et avecq ung heur et dextérité tant mirable mené à bonne fin : vous prians bien instamment d'y vouloir constament persévérer, et principallement ne donner audience aux traistres de la patrie, lesquelz, soubz umbre de paix, ne cherchent sinon vous despouller de toute Iranquilité , liberté et prospérité, tant temporelle que perpétuelle, vous proposant, par dextérité et ruse de parolles,la grande puissance de l'ennemy, lequel ne se pourroit icy maintenir ung jour, ne fût que culx et leurs semblables leur missent voluntairement es mains villes et provinces entières; vous intimidant de l'impression de la destruction de la ville si avant qu'elle ne viègne à se rendre, là où ne se peult excogiter misère ny ruyne plus griefve et extrême que celle qu'elle auroit à attendre en cas que, par pusilanimité ou lâcheté de couraigc, vous vinssiez à tumber entre les mains detelzennemys, dont ce bon Dieu vous veulle avecq nous tous préserver. Car, quant nous considérons qu'eulx, n'estans encoires maistres du pays, ne peuvent toutesfois couvrir ny cacher leur horrible cruauté et hayne enracinée contre tous ceulx de ces pays, et nomméement contre
ceulx de la religion, nous povons par ce assez conclure ce que nous aurions à attendre, si avant qu'ayans une foiz veu noslre pusilanimité, ilz vinssent plaincment et absolutement eslre maistres : ains nous espérons que Dieu ne le permettra jamais, veu qu'il nous at jusques ores si admirablement assisté que n'avons occasion de aucunement nous défyer de luy. Par où veullez prendre bon couraige, déraonstrant et faisant apparoistre une virile constance.
Cependant ne fauldrons d'employer tous noz moyens pour vous donner tout secours, ayde et assislence. Auquel effect, considérans que le S' de Ryhoven n^estoit encoires retourné d'Hollande, nous avons trouvé convenir de vous envoyer présentement ung secours de (juatre cens bons soldalz et aultant de provision de bure et fromaige que se pourra aucunement charger à Tenrcmonde, sans encoires nous vouloir de ce contentei', ains chercherons tous moyens que vous appcrceverez, non par lettres ou de paroUes, mais par effect, combien voslre bien et délivrance nous est à cœur et en recommandation.
Vous adverlissant aussi, i)ar cestes, que ceulx de la garnison de Cambray ont , ces jours passez, bruslé grand nombre de villaiges es pays d'Artois et Haynnau et réduict les malcontens en mauvais termes : de sorte qu'ilz seront constrainclz de faire marcher celle part partie de leur cavaillcrie; ayans aussi failly en Frise à l'entreprinse qu'ilz avoient sur main de se faire maistres de la rivière en Rydcrlandt. Et d'abundant sont les choses de la Veluwe en telz termes que, d'heure à aultre, nous sûmes altcndans nouvelles que le fort devant Zutplien (c(»iiire lequel les nosires ont dressé et érigé une plate-forme d'où ilz font grand mal à ceulx qui y sont dedens) sera réduicton noslre povoir. Par où nous aurons, avecq la grâce de Dieu, bienlost mo}en de venir et faire marcher tout noslre camp vers Flandres, et faire retirer les forces de l'ennemy hors du pays de Waes. Pendant lequel temps ne délaisserons d'entrer en communication avccq voz députez, ausquelz ferons particii-
licrcment entendre Testât des affaires, en telle sorte que nous espérons que de ce aurez occasion de recevoir tout bon contentement et satisfaction : ce que ne trouvons convenir de fier à la plume. Seullement prenons bon couraige et ayons fiance à ce bon Dieu, pcrsistans en nostre désignée résolution, aussi en la vraye religion et en la liberté de nostre cliière patrie (qui maintenant nous est otlroyée de Dieu) jusqucs au dernier goust de nostre sang. A quoi vous offrons toute aydc et assistence, bonne amitié et correspondence possible, prians au Créateur, messieurs, etc.
D'Anvers, le xvi!- de may 1384.
Ainsi soubscript : Les députez des estatz de Brabant, voz affectionnez amys et confédércz. Et plus bas : Par ordonnance d'iceulx, et signé Calvart.
Suscription : Aux échevins de la keure de la ville de Gand.
CCCCXXXVI.
Lettre du prince de Parme à Philippe II sur la reddition de la ville d'Ypres : 21 mai 1384.
(Extrait.)
Sire, Vostre Majesté aura , passé quelques jours, entendu le succès particulier de la rendition en son obéissance de la ville d'Ypre, soubz les conditions que j'envoie présentement à icclle (!) : en quoy elle trouvera que non-seulement l'an-
(1) Voy. les n"5 CCCCXXXIl et CCGCXXXIII.