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chienne religion catliolicque romaine n'est au moindre poinot du monde lésée, ny aussi l'authorité de Vostre Majesté, mais que absolutement et simplement est remise soubz son obéissance, et aucuns des plus délinquans réservez, pour en faire et disposer à son bon plaisir et selon sa clémence accoustumée.
Je sçay bien que la pertinacité et malice desdicts d'Ypre, tant pour le regard des gens de guerre que bourgeois et inhabitans, méritoient chasloy exemplaire, à terreur des aultres, mesmement ceulx qui estoient réservez à la miséricorde : mais, d'aultre part, je considère que ne désire rien plus qu'advanclier la fin de ces misères, et que j'avois soubz main des traictez avccq Gand, Bruges et Francq, et qu'il convenoit encore user de clémence.
Ladicte ville est au povoir de V* M'% y ayant mis, pour la garde d'icelle (tant que j'ayc illec entièrement donné l'ordre requis) le S'' du Werp avecq les Irouppes qui ont esté au fort près ledict Ypre, les y faisant vivre bien reiglément, moiennant paiement que leur a esté faict des deniers venans de la somme en laquelle lesdicts d Ypre ont esté mulctez; ayant semblablement, pour le respect du restablissement de la religion, à faulte d'évesquc, procuré faire venir celluy de Sainct- Aumer, le plus voisin dudict lieu, lequel entend présentement à réconcilier les églises, recueiller les curez, chanoines et gens d'Eglise, remettre le sainct service divin, absouldre les confessans et pénitcns, et restablir l'exercice de nostre religion, comme aussi, pour le regard du polilicq et civil, j'ay envoie certains commissaires (1) pour mesmement informer des plus qualifiez pour commettre au magistrat et administrer la justice , que j'entens establir seulement de bons catholicques, et quasi tous de ceulx qui sont esté exilez et déchassez
(1) Voy. l'instruction du ^i avril, sous le n» CGGCXXXIV.
( 5il )
par les liérclicques hors de ladicle ville et plat pays à Tcnviron, coiume eslans les personnes les plus asseurées; entendant pareillement repurger ladicte ville des plus pernieieux et mauvais et faire annoter les biens des rebelles. Et le mesmc se fera pour la justice du plat pays, à fin de petit à petit remettre les choses à l'anchien pied, tant en la religion que justice et police
De Tournay, le xxi" de may 1584.
(Minute, aux Archives du roj'aunie.)
CCCCXXXVII.
Capitulations accordées par le prince de Parme d la garnison ainsi qu'aux magistrat et bourgeois de la ville de Termonde : il août \ 08 i.
Son Altèze, ayant veu les articles proposez par le seigneur de Mortaigne, capitaines, officiers et soldalz estans en garnison en la ville de Denrcmonde, et après quelques communications verbales tenues d'une part et daullre, désirant monslrer toute douleeur plustost qu'employer sa force, est contente qu'ilz puissent sortir et se retirer librement la part que bon leur semblera, porlans, quant à eulx seulement, espées et dagues : leur promectant les faire conduire seurement, avecq escolte et eonvoy, jusques auprèz de Willebroeck, sans souffrir qu'aucun tort leur soit faict, à condition qu'ilz sortiront promptement, sans emmener quant et eulx aucuns prisonniers, et qu'ilz n'attenteront riens davantaige en ladicle ville qui puist estre préjudiciable au Roy ou à ceste armée.
Faict en la ville de Denremonde, le dix-septiesme en aougst XV" quatre-vingtz quatre.
Son Altèze, ayant vcu les articles proposez de la part des magistrat et bourgeois de la ville de Denremonde pour se remcetre en l'obéissance du Roy, leur souverain seigneur et prince naturel, et après quelques communications tenues d'une part et d'aultre; veullant pluslost traicter doulcement les subjeetz de Sa Majesté qu'en prendre le juste chastoy qu'ilz pourroient avoir méiité, est contente les recevoir, comme elle les reçoit, en protection et sauvegarde de Sa Majesté, leur pardonnant toutes les faulles par eulx commises jusques à maintenant, de quelle qualité qu'elles puissent estre, etee, moyennant qu'ilz remectront promptement la ville es mains de Son Altèze au nom de Sadiete Majesté, et payeront, endedens trois mois, la somme de soixante mille floi-ins, pour estre employez en tel usaige qu'il plaira à Sadiete Altèze ordonner : les asseurant au surplus que d'ores en avant elle usera envers eulx de toute doulceur, et les traictera comme bons subjeetz et vassaulx de Sa Majesté. Si leur permect en oultre que, si aucuns d'entre eulx se veuUent retirer avecq lesdicts de la garnison, qu'ilz puissent librement le faire, sans en ce leur donner aucun dcslourbier ny erapescbement.
Faict en la ville de Denremonde, le xvn* en aougst, audict an XV'= IlIP^IIH.
(Archives du royaume : reg. Traitiez, Confédérations, Pacifications, fol. 94 v°.)
CCCCXXXVIII.
Lallre du prince de Parme à Philippe II sur la réduction de la ville de Termonde : 18 août 1584.
Sire, parcelles qui vont icy joinctes, je faisois part à Vostre Majesté de l'ordre que j'ay laissé d'ung coslcl et daultre de la rivière d'.Anvers, et des raisons qui m'avoient meu à mejetter
sur ccstc ville de Dendermondc. Maintenant , je luy donne le parabicn (1) de la réduction d'icellc, aiant esté Dieu servy réduire ceulx de dedens à telle extrémité quilz se sont renduz le jour d'hier, les gens de guerre sortant avecq la dague et res[)éc seulement, et les bourgeois avecq pardon des offenses passées, sans plus, comme Vostre Majesté verra par la copie des capitulations qui va*quant et ceste (2); et suis seur qu'ellemesme s'esbahira de eest heureulx très-important succès, où je n'ay esté que treize jours et avecq une poignée de gens. Les difficullez, oires qu'elles fussent grandes, se sont vaincues par la grâce de Dieu et à force de travaulx, aiant diverty le cours d'une grande rivière, passé deux grandz fossez pleins d'eauc et prins ung ravelin royal par assault : en quoy véritablement la soldadesque, tant Espagnolz que Walons, a monstre toute la valeur que Ion se peult imaginer. J'estois prest pour faire la principale batterye pour quant et quant faire donner Tassault, en espoir den demeurer supérieur : mais, comme ce n'eust esté sans perte de bons hommes, et que ceulx de dedens avoient jà faict une demye-lune qui nous eust donné de la bcsoigne, oultre les continuelles pluyes qui me combattoient, aussi que je sçais la conservation des villes et povres subjeetz estre agréable à Vostre Majesté, j'ay mieulx aymé suyvre le chemin de la clémence et prendre lasseuré plustost que bazarder davantaige et employer l'extrême rigueur : dont je me persuade Vostre Majesté aura contentement. Le nombre des nostres qui y sont mortz est fort petit : seulement regrettéje la perte du maistre de camp Pedro de Paz et du veedor général don Pedro de Tassis, ausquelz Dieu fâche miséricorde! tuez cbascun d'une harquebuzade qui leur donna en la teste par coup de malheur. J'adviseray maintenant, après
(1) Parabien, mol espagnol : compliment de félicilalion.
(2) Voy. le n" CCCCXXXVil.
avoir donné l'ordre qu'il convient pour la seureté de la place, ce que plus je jugeray convenir au royal service de V^ostrc Majesté. A laquelle, Sire, baisant très-humblement les mains, je prie Dieu luy donner toutte la prospérité qu'elle désire. Du camp devant Dendcrmondc, le xvni'' de aoust 1584.
(Minute, aux Archives du royaume.)
CCCCXXXIX.
Lettre du prince de Parme à Philippe II sur ta nouvelle négociation que, à la requête des Gantois, il a entamée avec eux : 14 septembre 1584.
(Extrait.)
Sire, par mes dernières j'ay donné compte à Vostre Majesté de l'heureulx succès de Dcndcrmonde, cl dont je m'asscure elle aura eu le contentement que l'importance du faict méritoit
Aultre nouvelle ay-je à donner à Vostre Majesté dont le. succès seroit de très-grande conséquence : c'est que ceulx de la ville de (îancl , se voians pressez et réduitz à telle extrémité (fuc difficillement pourriont-ilz tenir plu^ de trois ou quatlre mois, m'ont envoyé ung trompette le premier de ce mois, avecq lettres fort luimbles, dont la copie sera icy joincte (1), s'excusans des désordres passez et me requérant vouloir admettre leurs députez |)our dcrcclief tiaicter de leur réconciliation. A cost effect je leur envoiay passe-port, et vindrcnt le
(1) Nous ne l'avons pas.
VII* de ccdicl mois trois de leur part, l'ung desquelz esloit celluy qui avoil tousjours porté la parolle en la précédente communication. Lesquelz me déclarèrent avoir de charge me requérir que je leur accordasse le raesine Iraicté de Bruges iivccq qtiel(iues adjousles qu'ilz avoient advisez et exercice de leur religion, sinon en une église, du moins en quelque maison privée, et sinon en la ville, du moins aux champs en tel lieu que j'ordonnerois. Je leur respondiz assez seichement que je m'estonnois qu'ilz osoient me proposer l'exercice de ceste religion , puisqu'ilz avoient assez cogneu paravant mon intention sur ce particulier, oultre quilz savoient la saincte inclination de Vostre Majesté, et quant au traicté de Bruges, qu'ilz n'estoient pas maintenant en poinct de prétendre ce que je leur avois présenté lorsquilz estoient encoires en estre et que j'ay accordé ausdicts de Bruges, qui se sont voluntairement remis souhz l'obéissance de Vostre Majesté, et que j'estois assez informé de la nécessité qui les pressoit et leur faisoit faire vertu; bref, s'ilz avoient aultre chose à me dire, qu'ilz pourroient en communicquer avccq le président Richardot et le secrétaire Le Yasseur, et que je leur donncrois bientost ma résolution. Le raesme jour, je fiz concevoir aucuns articles et trouvay bon de, à l'insceu desdicts députez, envoyer à Gand laudiencier Verreyken , pour les communicquer aux magistrat , consaulx et notables et à ceulx du peuple quil pourroit, afin de non tumber en l'inconvénient de faulx rapportz, comme il advint en la première communication. Lesdicts articles semblèrent durs ausdicts de Gand, et renvoièrent ung conseillier nommé Steperaert avecq Icdict audiencier, pour me su])plier de les modérer, insistans tousjours au mesme traicté de Bruges : sur quoy je les ay derechef oy et faict communiquer avecq ledict Richardot et secrétaire Vasseur, ausquelz ilz exhibèrent quelques articles moindres que lesdicts du traicté de Bruges. Aussi me suis-je eslargi davantaige, mais de sorte que Vostre Majesté y commandera absolulement, et ay ren-
voyc ledict audiciicicr avecq Icdicl Stcperaert pour informer Icsdicts de Gand de ma dernière résolution, en intention lontesfois de me modérer quand je voiray ne povoir faire aulircmcnt. Tant y a que j'en espère bien el que, dedens deux ou trois jours, j'en auray la résolution. Et si bien je pourrois tenir plus ferme, et à la fin les dompter et chastier comme ilz ont mérité, toutesfois me trouvant engagé en cecy dAnvers et en si grande néeessité de louttes choses , avec l'hyver à la main, je tiendray à très-grand heur de, plustost aujourd'huy (jue demain, venir à la conclusion, pour les grandes commoditcz que je tirerois de ladicte ville, qui est plaine et d'artil- Icrye et de pouldre et de batteaulx et autres provisions nécessaires pour mon emprinse.
Voslre Majesté voira le tout par les copies qui vont quant et (•este el, à mon advis, cognoistra que je nauray en riens excJdé. A laquelle baisanl très-humblement les mains, je prie le Créateur luy donner, Sire, très-longue et très-heureuse vie.
De Bèvre , le xnii'' de septembre 1 584.
(Minute, aux Archives du royaume.)
Points et articles accordés pur le prince de Parme aux magistrat, bourgeois et habitants de la ville de Gand : 17 septembre 1384.
Comme ceulx des magistrat, consaulx et doyens de la ville de Gand, après avoir veu les sceondz articles que l'audiencier Vcrreyken leur avoit porté par charge de Son Altèze, ont renvoyé Pierre de Voz et Pierre de Courteville, escuiers, ])Our conjoinclcment avccq leurs premiers députez traicter et con-
dure leur rcconcilialion , suivant rautorilé qu'ilz en ont, iccllc Son Altèzc, ores que sur les aultres rcmonslrances que luy ont esté faicles par lesdicts députez ail, par les premiers et secondz articles qu'elle leur a accordé, monstre plus de doulccur que la disposition de leurs affaires et excès par eulx commis ne méritoient, toutesfois ayant entendu ce que de nouveau ilz luy ont représenté et depuis traicté avecq le président Ricliardot, ensemble le désir quilz ont de shumilier et renieclrc soubz l'obéissance de Sa Majesté, et pour le singulier soing qu'elle a de procurer le bien et repoz du pays en général cl particulièrement du povre peuple de ladictc ville, s'eslargit, leur consent et accorde les poinctz cl articles, soubz les restrictions et modifications que s'ensuivent :
Premièrement, pardon et oubliance générale et pcrpétuèle ausdicts du magistrat, consaulx, doyens, ofliciers, bourgeois, colonnelz, capitaines et lieutenans de la bourgeoisie, manans ctbabitans, de toutes les faultcs, désordres, excès, crimes, forfaictz et mésus par eulx commis durant ces troubles, de quelque qualité qu'ilz soient, sans aucun exce|)ter, dont la mémoire demeurera eslainete et assopie connue de choses non advenues, sans que jamais ilz puissent en eslre recerchcz, inquiétez ou reprochez en façon ou pour quelque occasion que ce soit, soubz paine d'estre puniz et chasticz comme perturbateurs du repoz publicq : en quoy Son Altèze entend eslre comprinses les personnes particulières et communaultez intéressées en leurs biens ou personnes durant cesdicts troubles, qui ne pourront prétendre dommaiges ou intérestz pour ordonnances ou jugemens donnez contre leursdicts biens ou personnes, sinon à charge des particuliers qui en auroient proufficté.
Qu'avecq ce lesdicts ville et bourgeois, ensemble les manans doiz paravant l'édict perpétuel, rentreront plainemcnt et paisiblement, doiz le jour de ce traicté, en la joyssanee de tous leurs biens, comme si jamais ilz n'avoicnl offensé.
Que toutes exhérédations, donations, dispositions d'entrevifz et à cause de mort, faictes par haine de religion, d'ung costel et d'aultre, durant ces troubles, seront tenues pour cassées et de nulle valeur, et toutes successions de ligne directe escheues pcîndant ledict temps suivront les proches et légitimes héritiers.
Et pour démonstrer qu'on ne désire dépeupler ladictc ville, Son Altèze se contente que tous les bourgeois et manans susdicts y pourront continuer leur résidence, l'espace de deux ans, sans estre recerchez, y vivans sans désordre et scandai, j)Our cependant adviser et se résouldre s'ilz vouldront vivre en l'exercice de la saincte religion ancienne, catholicque, apostolicque et romaine, pour, si avant que non, se povoirlors et endedens lesdicts deux ans, quand bon leur semblera, librejnent se retirer hors du pays : auquel cas leur sera permise la libre joyssance de tous leurs biens, pour en disposer, les transporter, vendre ou aliéner, selon qu'ilz trouveront convenir, ou bien les faire régir, administrer et recevoir par tclz qu'ilz vouldront députer.
Que toutes procédures encommencées, sentences rendues et lettres de grâce et justice et semblables provisions données et octroyées par ceulx qui ont résidé en ladicte ville en qualité de conseilliers au conseil en Flandres, ensemble par les magistratz dicclle, entre ceulx qui ont esté présens et advoué leur jurisdiction, seront vaillablcs pour éviter confusion, bien entendu que les condamnez pourront (si bon leur semble) se j)Ourveoir, par forme d'appel, au grand conseil, ausquelz sans difliculté seront accordées les clauses de reliefz, comme aussi se fera le mesme à ceulx de ladicte ville contre les sentences rendues par deçà (1). Et quant aux sentences rendues par
(1) C'est-à-dire par les tribunaux établis dans les provinces qui reconnaissaient l'aulorité du Roi.
deffault ou contumaces, d'une part ou daultre, contre les ahsens, les parties condampnées seront oycs et réintégrées en leurs actions et exceptions, du moins soubz bénéfice de reliefz.
Que, pour payement des rentes et aultres leurs charges et debtes, ilz pourront continuer les moyens généraulx et aultres ayans présentement cours, sans pour ce debvoir lever nouvel octroy, pourveu toutesfois que lesdicls payemens ne se facent à ceulx qui seront ennemis ou continueront la guerre contre Sa Majesté et les villes et provinces de son obéissance : le tout sans préjudice des previléges et jusques à ce que aullrement par Sa Majesté y soit ordonné.
Que, moyennant ce, lesdicts ville et bourgeois et manans se remectront soubz l'autorité et obéissance de Sa Majesté, comme conte de Flandres, leur souverain seigneur et prince naturel, au mesme estât qu'ilz cstoient, pour estre régiz, gouvernez et policiez soubz les mesmes coustumes et previléges dont ilz joyssoient avant lesdicts troubles.
Que Sa Majesté rentrera en ses domaines, comme aussi feront en tous leurs biens tous prélatz, collèges, chapitres, monastères, hospitaulx, lieux pieulx et toutes aultres personnes ayans suivy le party d'icelle, pour en joyr plainement, franchement et librement comme paravant, ores qu'ilz fussent venduz ou aliénez : bien entendu toutesfois qu'on ne pourra prétendre restitution des fruictz et revenuz des immeubles ou rentes receus ou employés par charge et auctorité des magistratz, ne fût que personnes particulières en eussent faict leur prouffit sans l'autorité desdicts magistratz, dont la cognoissance appertiendra aux juges ordinaires; et ce que les particuliers d'ung costé et d'aultre auront receu leurs propres biens et revenuz, ensemble ce que leur est encores deu, non saisi par le fisque, ne sera subject à recerche ou restitution.
Et comme Son Altèze, estant bien informée que tous les excès et désordres advcnuz à ladicte ville procèdent (au grand
regret de la commune) de petit nombre de scdilieulx, et signammcnt des réfugiez ou bannis d'ailleurs, non bourgeois d'ioelle, pardonnant à la généralilc et s'approchant encores plus de la douiccur, sestoit contentée, au lieu de douze personnes qu'elle avoil demandées, en avoir six telles qu'elle choisiroit, aux trois desquelles elle donnoil dès lors la vie, réservant les aultrcs trois h sa discrétion , pour en user comme elle (rouveroit convenir, et que lesdicts députez, se humilians et (lémonstrans toute suhmission et obéissance, déclaroient cslrc prcstz d'accepter et se contenter de tout ce que do la part de Sa Majesté leur seroit offert, supplians toutesfois très-humblement vouloir eslargir la grâce et donner la vie aux trois exceptez, icelle Son Altèze, pour user de plus grande bénignité et monstrer qu'elle veult, au nom de Sa Majesté, faire office de père envers les enfans desvoyez, s'est contentée leur accorder la vie,. comme elle l'a accordée aux trois aultres.
Aussi Sadicte Altèze se contente que, au lieu de trois cens mille escuz d'or quicelle avoit demandes, les magistrat, liourgeois, raanans et habitans, en recognoissance de la grâce que l'on leur faict et pour payement d'une partie des fraiz que le Roy a supporté à si longuement maintenir les gens de guerre entour ladicte ville, luy fournissent la somme de deux cens mille escuz d'or pour une fois, dont se prendra telle partie que bonnement faire se pourra par capitafion sur les bourgeois, manans et esirangiers estans illecq, qui ne pourront sortir avant payer leur quote et sans passe-port du magistrat, et le surplus par telz moyens et à telz termes que puis après seront advisez.
Que le seigneur de Champaigney et le seigneur de Croix seront miz en liberté, comme réciprocqueraent messire Gilles Borluut et Jan Van Damnie.
Promettant Sadicte Altèze ausdicts de Gand, moyennant ce , les régir, gouverner et traicter d'ores en avant comme bons, léaulx et fidelz subjectz et vassaulx de Sa 3Iajesté, et procurer
qu'icelle Sa Majesté advoue et confirme ces articles endcans trois ou quatre mois après la publication.
Faict à Bèvres, lexvu*^ de septembre XV" quatre-vingtz-qualrc. Soiibzscript Alexandre, el plus bas : Par ordonnance de Son Altèze, signé F. Le Vasseur.
Encoires plus bas : Par charge et autorisation de la ville de Gand, signé De Baenst, Hevlinck, J. Tayart, Stuperaet. P. de Vos, P. Courteville.
(Archives du royaume, fonds de l'Audience : reg. Traitiez, Coîiféilération.s , Paciffications , fol. 95.)
Lettre du prince de Parme à Philippe II sur les mesures qu'il a prises après la réduction de Gand, et sur la situation de cette ville : 12 novembre 1584.
(Extrait.)
Sire, par mes dernières (1) , je fiz entendre à Voslre Majesté ceque jusques alors s'estoit présenté, etsignammentle discours de la négociation avecq ceulx de Gand. Le mesmejpurjey envoiay le président Richardot, l'audiencicr Verrcycken et le secrétaire Vasseur, pour assister à la publication de la paix, procurer la sortie de la garnison estrangère, m'envoycr de là ce qui se trouveroit à propos pour l'avanchemcnt de l'ouvraige que j'ay en mains, et donner partout le meilleur ordre
(1) Celle lellre, qui portait la date du 18 septembre, comme le fait voir celle du Roi du 12 décembre (u° CCCCXLIl). manque dans les Arcliiv(S.
quilz pourroicnt. Hz furent rcçuz avec démonstration d'allégresse, et, à la raesme heure de leur arrivée, se feit ladictc publication. La garnison sortit le liuictiesme jour après, et quasi ou mesme instant y introduircnt les gens de Vostrc Majesté en nombre de plus de trois mil piétons et cincq compagnyes de cavaillerye : garnison trop foible pour dompter ce peuple, mais trop grande pour l'y maintenir, pour l'argent qu'elle cousteroit.
J'eusse bien désiré m'y trouver, tant pour changer le magistrat, oster les armes au peuple et quant et quant adviser sur la réfection du chasteau, que sur ladicte garnison , comme je verrois pour le plus grand service de Vostre Majesté. Mais comme, pour les grandz empcschemens quej'aypar icy, qui ne souffrent mon absence, je ne puis en bouger, je feray changer le magistrat, et après osier les armes; et ay jà commandé, comme ceulx du magistrat m'ont proposé, que l'on entende à la réfection dudict chasteau , que sera facil de faire, pour estre les fondement entiers. Quoy achevé, je feray diminuer la garnison.
Lcdict Richardol, estant venu près de moy, m'a dit qu'après s'estre bien [)articulièrement informé de Testât de ladicte ville, q;iand ilz se sont renduz, qu'ilz n'csloicnt pas tant à l'estroict que eulx-mesmes pensoient : car, encoires que l'ammonition publiipie fût comme achevée, touiesfois, comme un chascun, aussitost que l'accord fut publié, mit en vente ce qu'il avoit tenu caché, l'on veit telle abondance de grains, chairs sallées et auUres provisions quilz estiont encoires pour tenir trois ou quattre mois sans beaucoup endurer, se faisans seulement quittes de quelques bouchés inuiiies, comme asseurément ilz eussent faict: chose qui me fût venue très-mal à pro})Os en ceste rnlreprinse d'Anvers, avccq la povreté que l'armée souffre. Et diz bien davantaige que, sans ceste réduction, je ne sçay en quelz termes je me trouverois , pour ce que j'en tire ung milion de commoditez, oultre vingt-deux grandz batteaulx que j'en
ay faict venir et qui sont quasi miraculeusement passez près d'Anvers, sans lesquclz malayséraent se pouvoit serrer le profond de ceste rivière, pour estre la saison tant avanchée. Et je ne sçay eneoircs quelle asseurance en donner à Vostre Majesté,
sinon que je y suis pour le faire ou pour y mourir
De Bèvre, le xn^ de novembre 1384.
(Minute, aux Archives du royaume.)
CCCCXLIl.
Lettre de Philippe II cm prince de Parme par laquelle il lui témoigne sa satisfaction de lu réduction de (a ville de Gand : 12 décembre 1584.
Mon bon nepveu, vous avez grande raison de dire, par vostre lettre du IH" de septembre, que les nouvelles que me donnez de la réduction de ma ville de Gand (qu'avoit esté en practicque quelques mois) soient les meilleures que j'aye eu de longtemps, comme véritablement elles le sont, veu que, oultre d'avoir achepvé une négociation que parfois se monstroit tant esbranlée et doubteuse, finablement vous l'ayez arresté à conditions tant avantagcuces, décentes et convenables, si bien pour no4re ancienne religion catholicque que pour le respect de l'obéissance vers moy : que veulx espérer que, ayant la Bonté divine dirigé ce faict si avant, elle sera aussi servie que les fourvoyez en nostre religion s'y remecteteront pendant le terme de deux ans préfigé à leur retraicle, au moyen de bons prescbeurs que conviendia employer en ladicte ville, pour y instituer et dresser la commune au cliemin de leur salut, du moins rendre toute peine à diminuer
le nombre des sectaires, en vous recommandant ce faict aultant sérieusement qu'il m'est possible, comme je tiens qu'il vous est, veu que de ce dépend la radrcsse des affaires. Et .-i aulcuns se treuvassent si maladviscz que, durant ledict terme de deux ans, ne se remissent au bon chemin, il m'est advis que d'eulx ne se pourra plus actendrc licn de bon; et partant , eoinme membres pourriz à infecter le reste du corps de la républieque, ilz en doibvent estre coupj)ez et jettez hors la ville, à ce que les bons et bicn-affectionnez n'en reçoipvent contagion , scandale et inconvénient. Qui est le principal poinct à quoy il convient aveeq grande vigilance obvier et remédier par termes à ce propres.
Tout ce que avez advisé ausdicts articles, desquelz j'ay prins plaisir ouyr particulier rapiiort et que vous vous soyez approché le plus à la clémence et bénignité dont, de mon naturel, ay tousjours traicté mes subjectz de delà, est entièrement conforme à ma bonne intention, comme pareillement au regard de la modération de la somme de deniers i)ar lesdicts de Gand promise, que j'ay à gré : ne doublant que iceulx deniers seront mesnagez et si proulïictablement employez comme la courtresse présente des moyens le requiert. De quoy, comme de ce de l'establissement et direction de bonne police audiet Gand, je me tiens aussi asseuré que y donnerez tel ordre que nullement l'on pourra craindre ny avoir rière pensée de quelque recheute es désordres passez. Si auray à contentement et service très-agréable que , à la première commodité, me faictes entendre l'ordre et provision que à tu'il aurez donné. Si n'ay voulu différer d'envoyer ma ratification du susdiet traicté, dépeschée en forme convenable, à ce que par le magistrat de ladicte ville en soit faict publication la part et selon que sera trouvé convenir. Restant, pour fin de la présente, à vous faire particulier merciement (comme le fay bien cordialement) des peines , ennuys et incommoditez qu'avez eu avant conduire à si bonne fin le chief-d'œuvre
de réconciliation d'une ville tant principalle et importante. A tant, mon bon ncpvcu, Nostre-Seigncur vous ait en sa saincte garde.
De Madrid, le xn de décembre \ 584.
Phle.
A. De Laloo.
Suscription : A mon bon nepveu le prince de Parme et de Plaisance, lieutenant, gouverneur et capitaine général de mes pays d'embas et de Bourgongne.
(Original , aux Archives du royaume )
CCCCXLIII.
Lettre des bourgmestres et échevins de Bruges à Philippe II, pour le remercier de la ratification qu'il a donnée aie traité fait par eux avec le prince de Parme, et le supplier de rétablir les changes en celte ville , comme ils y étaient avant qu'ils eussent passé à Anvers : îl^2 janvier i.585 (I).
Sire, nous avons, des mains de monseigneur le prince de Parme, etc., gouverneur et lieutenant général pour Vostre Majesté en ce pays, à grand joye et liesse de cœur, receu les lettres d'adveu et confirmation du traieté de la paix et réconciliation que à Son Altèze, au nom de Vostre Majesté, avoit
(1) On trouvera, sous le n» CCCCXLVUI, la réponse du Roi à celte lettre.
pieu donner à ceste ville au mois de may dernier passé (1), signées de la main de Vostre Majesté et seelées de son grand seel. Et recognoissant en ce la nayve bonté et plus que paternelle aff<;ction de Vostre Royalle Majesté vers ses bons subjectz s'estans, par les mauvais conseil et conduicte de ceulx qui, les années passées, s'estoyent ingérez à l'administration des affaires publicques, oubliés et pour ung temps disjoincts de vostre obéyssance, nous n'avons, à l'acquit de noslre debvoir, peu laisser de nous bumilier et prosterner aux piedz de Vostre Majesté, et, baisant ses mains royalles, la mercier très-humblement de la grâce qu'en ce luy a pieu faire et démonstrer à ceste ville : priant le bon Dieu perpétuer icelle vostre bonne affection et clémence et nous en laisser jouyr longues années, à son honneur, prospérité, repoz et tranquillité, non-seulement de ces pays, ains de toute la chresticnneté, soustienneraent et conservation de la foi catholicque et aposlolicque, dont l'Église romaine et ses subjeetz vous recognoissent principal pillier et défenseur; de nostre part povant Vostre Majesté asseurer qu'estant ce peuple, parmy ladicte réconciliation, de sincèie affection réuny et réduicl à l'obéissance de Vostre Majesté, nous, comme estantz, au moyen d'icelle, repatriez de nostre exil et restituez à la jouyssance de noz biens , et les bons bourgeois catholicques, comme ils sont la pluspart, à l'exercice de leur religion tant désirée, nous efforcerons, à l'ayde et assistance d'iceulx bons bourgeois et manants, observer le traicté de ladicte réconciliation si fidellement et de si bonne heure pourveoir et obvier à toutes nouvelletés, quant aulcunes se pourroient plus mouvoir ou présenter (que Dieu ne veuUe), que ce sera au con-
(1) Sous lo 11» CCf'.XII de ces Analectes , nous avons donné le traité du 20 mai avec beaucoup d'autres pièces concernant la réconciliation de la ville.
tenlemcnt de Vostrc Majesté, et sans jamais oublier chose qiiy puist seivir d'establissemenl et augmentation de son liaulteur et seigneurie légitime, à laquelle nous sommes cnlièremcnl dédiez, pour la maintenir et défendre vers et contre tous, et à Vostrc Majesté, sa très-noble maison et postérité, comme princes naturelz et seigneurs souverains de ce pays, de vostrc part en rendre le compte que convient; et sup])liants trèshumblement qu'il plaise à Vostrc Majesté, en conformité de ladicte réconciliation et obliance , recognoistre réciproquement cestc ville, ensemble les bourgeois et manans d'icelle, pour ses très-humbles et très -obéissants subjectz et vassaulx, comme ilz sont et nous ont requis le vous faire entendre en toute et parfaicte humilité et révérence, avecq offre de recepvoir et complir tous ses nobles commandemens, comme par nature ilz y sont tenuz et obligez.
D'aultre part, comme, parmy la longue altération, moyennant ladicte paix et réconciliation de vostrc très-noble grâce heureusement appaisée, ceste ville est fort défaillic et, par l'opiniastreté des villes de l'Escluse et d'Ostende, ensemble les traverses et travail quïcelles nous donnent journellement, depuis encores notablement appaouvrie, principalement à cause de l'extrême chierlé de toutes choses servants à l'usaige liumain , la décadence et faillissement de toute manifacture et la générale dépopulation et désolation du plat pays causée par les continuelles excursions des garnisons desdictes deux villes, confiants que Vostre Majesté, de sa très-noble grâce, s'inclinera volontiers à la relever et resociller, s'ofïrant moyen à ce convenable, nous soubvenants que, auparavant la ville d'Anvers fust, à la faveur de Vostre Majesté, parvenue au comble de félicité où on l'ha veu arriver avant ladicte désastrée altération , tous eschanges se faisoyent et dressoyent sur ccstc ville, comme la plus marchande de tout ce pays, pour y estre payez es deux foires ordinaires d'icelle, si comme de
Pasqucs et Noël, nous nous sommes enhardis le représenter à Vostre Majesté et supplier, comme faisons très- humblement par cestes, que son très-noble plaisir soit rendre à cestedicte ville ce mesme bénéfice, et suyvant ce ordonner que dores en avant tous eschanges de deniers venants de ses royaulmes et signouries d'Iispaigne, Italie et aultres sur ces pays, soyent faictz et dressez sur ceste ville et payables icy èsdictes foires, et non ailleurs : que pourra, par-dessus le service et commodité que Vostre Majesté en recepvra, causer le retour de plusieurs bons marchans s'estants relirez d'icelle ville, et y amener des aultres, tant naturelz que estrangers, mesmement durant la grande pertinacité de ladicte ville d'Anvers et en considération d'icelle, et le faire entendre à Sadicte Altèze, afin qu'icelle, en estant advertie, le puist ainsy faire entretenir de ce costel comme Vostre Majesté l'aura ordonné. Quoy faisant, Vostre Majesté nous donnera le moyen pour tant mieulx la povoir servir, comme désirons et Dieu et nature le nous commandent.
A tant, Sire, prions Dieu le souverain Seigneur donnera Vostre Royalle Majesté, en toute prospérité et accroissement, l'entier accomplissement de ses très-nobles , très-haultz et trèsvertueulx désirs.
De Bruges, le xxn"'' jour de janvier 1385.
De Vostre Majesté très-humbles, très-fidelz et trèsobéissants serviteurs et subjectz,
BOURGMESTIIES , EsCHEVINS ET CoNSEIL DE LA
VILLE DE Bruges.
(Archives du royaume : copie envoyée par Philippe II au prince de Parme.)
CCCCXLIV.
Lettre du magistrat de Bois-le-Duc au prince de Parme, lui envoyant une relation de l'entreprise tentée contre cette ville par le comte de Hohenlo (I) ; 6 février 1585.
Monseigneur, nous {ivons estimé convenir d'adviser et informer Vostre Altèze, plus particulièrement et au vray, de ce que dernièrement est advenu en l'entreprinse que l'ennemy
(1) Voir Van Meleren, Histoire des Pays-Bas, liv. XII, fol. 246 v», édit. de 1618.
Alexandre Farnèse ayant rendu comple au Roi, dans une dépèche du 12 février, de la belle conduite des bourgeois de Bois-le-Duc, Philippe II écrivit au magistral la lettre suivante :
« Le Roy.
n Chiers et bien-amez, nous avons esté adverty, par nostre bon nepveu le prince de Parme, etc., en quelle sorte a esté rompu l'entreprise que le conte de Hollach avecq ceux de sa faction avoyent exécuté sur nostre ville de Bois-le-Ducq, et Tenipeschement que y fut doimé par les sieurs de Haultepenne et Helmont, à vostre louable assistence, et ce que en aprèz fut faict par vous endroict les rebelles prisonniers : de quoy avons receu le contentement qu'il est raisonnable , pour estre une telle ville préservée d'ung si grand malheur que par faulte de bon guet et garde y estoit advenu. Et combien nostredicl bon nepveu vous aura signifié le bon gré que nous avons de voz debvoirs et vigilance, toutesfois avons voulu vous faire entendre le mesme avecq la présente, avecq exhortation de continuer tousjours à porter semblable seing, actendu que sçavez les ruses et practiques que lesdicts rebelles dresseront tousjours contre vous, afin de vous ruyner. Et si n'eussions esté en voyaige vers ces quartiers et eu des grands enipeschemens d'affaires, durant icelluy, pour tant d'occurances d'affaires, vous eussions pièça escript ce que dessus. A tant, etc.
» Dèz Monçon d'Aragon, le xx" de septembre 1385. <■> Philippe écrivit aussi aux seigneurs d'Haultepenne et de Helmont, pour les remercier
( 5(iO )
avoit attenté sur cestc ville, auquel effcct servira le petit discours qu'envoyons cy-joignant enclos : ce que pareillement pourra faire cesser et quicterla place à tous aultres rapportz, à ce non conformes , que quelqucfoiz se pourroient advancher cl procéder par affections. Et nous rapportons mesmement à monseigneur de llaultepenne sur la vérité dudict discours ou hisloire, puisqnc Sa Seigneurie en peult tesmoigner de vcue et d'actuelle cocxpérience, et que de cccy ha eu aussy préal- Inblc communication. Oultre ce, est mort prisonnier un Abraham Van Lyndenauw, ung gentilhomme principal auprèz du comte de Ilohenlo, de ses blessures; ung aultrc, Martin Sidenberger, lieutenant de la compaignie du conte Guillaume de Nassau, se trouve fort blessé; item, un Escossois, lieutenant de la compaignie de cavallcrie du conte de Hohenio, ha une blessure en la teste; item, Pierre de Voisin, lieutenantcapitaine de la compaignie du prince d'Espinoy, tout sain. Entre les mortz est encoires cognu un certain Kinske, maistre d'hostel dudict conte. Et eorabien que plusieurs personnaiges d'estime et d'estat de la guerre encoires y soient demoui'ez, si est-ce que le subit dcspouillement et la condition des blessures aux mortz ha obscurcy et empesché leurs recognoissances. L'on tient assez fermement que monsieur de Cordes, escossois, capitaine d'une compaignie de lances, en soit aussy du nombre. Nous remerchions très-humblement Vostre Altèze de la favorable louange qu'elle est donnant aux bourgeois de la ville par sa dernière lettre du 22 du mois passé, et avons aussy rendu à Dieu le Créateur les grâces condignes en la plus grande et dévote solempnité qu'il ha esté possible, pour le très-grand bénéfice dont il ha usé en nostre cndroict. Et concernant l'admonition pour d'ores en avant estre continuellement sur noz très-soigneuses gardes, se pourra asseurer Vostre Altèze que y entretiendrons tel ordre, diligence et valorosité que l'ennemy ne pourra trouver facillement sur quoy bastir quelques siens desseingz, Toutesfois, puisque
rccepvons grandz advertissemens qu'il ne cessera de prétendre toute possible vengeance, vouldrions prier Vostre Altèze qu'elle fust servie de nous faire avoir ichy à la main et auprèz de nous toute la compaignie de la cavallerie soubz le S"" de Hclmont, alTin de tant myeulx estre pourveuz contre tous inconvéniens. A tant prions le Créateur, monseigneur, d'octroyer à Vostre Altèze l'accomplissement de ses très-haultz et très-verlueulx désirs et entreprinses , nous recommendants très-humblement aux bonnes grâces d'icelle.
De Bois-le-Duc, ce sixiesme jour de febvrier, l'an lo8o.
De Vostre Altèze très-humbles et très-obéyssans,
Les magistrat et conseil de la ville de Bois-le-Duc.
R. LOEKEMANS.
Bref discours d'une mémorable enlreprinse naguerres attentée sur la ville de Bois-le-Duc, et par les bourgeois et inhabitans valereuseraent résistée et repoussée.
Ceulx de l'adverse partie et rébellion contre l'anchienne foy catholicque et la Majesté Royalle d'Espaigne et de ces Pays- Bas naturel seigneur et prince (qu'on nomme les gueux), après avoir, durant certaines années, dressé et machiné en vain plusieurs diverses grandes entreprinses sur ladicte ville de Bois-le-Duc (à laquelle tousjours leur ha pendu très-principale importance), ont dernièrement, ces jours passez, cuydé tout asseurément et certainement mener à etfect et paraccoraplir leur longue prétension touchant la conqueste d'icelle.
A laquelle fin (comme hors l'cnsuytc appert) ayant esté, au conseil des chiefz desdicts gueux ou ennemis, le moyen du faict présent bien délibéré et puis résolu, et que le conte de
Hohcnlo en avoit la suprême charge pour l'exécuter, sont esté, hors Joutes places, tiré ensemble et ramassé de leurs meilleures et entrechoisies gens de guerre jusques à la force d'entre trois à quatre mille à pied et six ou sept bandes à cheval à tout le moins : laquelle rassamblée ha esté traiclée et advanchéc tant couvcrtement que, dedans la ville, on n'en avoit apperceu aulcune particularité de nouvelles ou bruiet, aultrement que de coustume.
11 est doncqucs advenu que, au dixneufiesme jour du mois de janvier, estant la vigile de S^-Sébastien, de cesle année 1585, du matin environ les huict heures, à l'ouverture des portes de la ville, l'enlreprinse de l'ennemy fust practicquéc à la porte communément nommée de Vucht ou d'Anvers. Car il est assçavoir que, au soir précédent, l'ennemy, en nombre d'environ cincquanle des plus vaillans, avoit sceu à certain coing propis monter la barrière et y entrer, et se cacher et tenir illecq dedans les deux maisonnettes de la garde situées embas le pont-leviz de ladiete porte, èsquelles de jour se tiennent les gardes; et toute la reste du force des ennemiz estoit se tenant embusquée es plus prochaines oporlunitez des maisons démolies, bas lieux, rues et tranchées bornants les terres ou possessions dehors, joingnant auprèz et à l'embas la chaussée de la ville.
Cecy se trouvant ainsy, sans aulcun le plus moindre dcseouvremcnt de danger ou arrière-souspeçon par dedans ou dehors, ha esté faicte l'ouverture de ladiete porte de Vucht au lem[)s et l'heure susdicle (au faict de laquelle ouverture, nomméement en la charge laquelle y avoit soubz son serment le contregardeur des balcons-leviz illecq, pour au mieulx les asseurer, certain abuz estoit entrevenu). Et après que lesdicts balcons et aussy la herse furent tirez et guidez à mont, et puis ladiete porte ouverte et le pont-leviz abbaissé, et que ceulx de la garde raarchoient vers le dehors, si est l'ennemy subite-
ment avccq grand bruict sailly hors lesdictcs maisonnettes, et fiist auxdicts delà garde sur leurs ospaulcs devant que eurent le povoir de rempoigner et employer leurs armes, et desfaisans aulcuns des premiers, sont les aultres tournez et reculez en arrière dedans la ville. Et oullre ce, certain trahistre incontinent se manifesta et laissa trouver au costé du susdict contregardeur des balcons, et luy engarda et empescha lexécution de son office, en sorte que Tenncmy est demouré absolut maistre d'icellc porte et ce qui en dépend , et abbatust incontinent la serrure de ladicte barrière, et envoya quant et quant en hault ung scrgeant avecq quelques soldarts sur la porte, pour garder en toute seureté les balcons et la herse illecq, là ou le guetteur de la ville, spolié de son argent et mal traicté, ha esté par eulx bouté en certaine tourelte et coing, et là-dedans enserré, comme cuidoient.
Sur cestuy préparatif, la force de Tennemy, qui se tenoit au dehors, s'est jectée devers la ville d'une aislée vistesse; et premièrement y est accourrue à plaine carrière et entré une grande et forte bande de cavallerie, et, avecq les soldarts qui avoient gaigné la porte et ceulx qui, estans en hault sur icelle, desjà avoient terriblement deschargé dedans la rue, firent en brief espace reculer et quicter la première résistence là encommcncée : par ce ayants, à leur volunté, gaigné toute la rue nommée le Vuchterendyck jusques à la porte intérieure appelée la porte delà Saincte-Croix, comprenant en sa longueur oultre quatre cent et cincquante pas d'une commune marchure; et au mesme temps esloient les aultres gens de Pennemy aussy puissamment marchez dedans, et avoient prins et conquiz tous les rempars des deux costez du Vuchtcreneynd, là où estoient bien quinze pièches de la plus principalle artillerie de la ville.
Ceulx de la ville, selon la possibilité du nombre auquel ilz se Irouvoient (lequel au commencement, en si subite et pré-
gnantc acccicraiion et que plusieurs personnes estoient encoires à peine bien habillées, se pouvoit fort sobrement joindre ensemble), estoient en toutes manières Irès-hardinient monstrans teste, dcscjuclz aulcuns avccq bonne ])Ourvoyancc ou inspiration coururent au coing auprèz la grille et pont derrière le monastère des Frères croisez, pour illecq arrester aussy l'enncmy et obvier à son ultérieure et plus ample conqucstc du ranipart là en avant, ainsi qu'il est aussy succédé. Kn oultre, la force de l'enncmy ha avccq telle puissance poussé en avant dedans la rue principalle, que les résistans alors y estans furent nécessitez de reculer jusqucs à les rues dictes de Postelstrate et de Sainct-George, estant plus de deux cents pas susmentionnez passant la susdicte porte de Saincte- Croix vers le dedans; et en ce lieu ont cntrcjccté au travers de la rue aulcuns chariotz de brasseurs avecq une vaillante vistesse, et par ce rompu le procourrement de l'enncmy à pied et à cheval, et, d(;schargeans incontinent asprement sur luy, Tout derechieff chassé en arrière jusques en oultre le pont du moulin illecq, à moictié chemin devers ladictc porte de Saincte-Croix; et auprèz cestuy pont ont ceulx de la ville alors conquiz et tenu ferme pied allencontre l'enncmy avecq fort grand traveil et difficulté.
A tant avoit le susdict ennemy aussy occupé la rue dicte la Berwerstrate, estant une longue et large rue, par devant ayant sa sortie dedans la rue principalle auprèz ledict pont du moulin, et par derrière ouverte, et ayant ses montures sur les rampars de la ville, dehors laquelle l'ennemy puis aprèz fort difficilement se pouvoit enchâsser, y tenant pied jusques à son extrême environnement et défaicte; et oultre ce se fist ledict ennemy scmblablement maistre de tout le compris des rampars de la ville, à commencer du jardin de la compaignie des jeunes arbalestriers jusques à la porte de Sainct-Jehan : allencontre quoy ceulx de la ville se sont vistement mis en résis-
tcncc au coing aiiprèz larliclc porte de Sainct-Jehan, là où l'cnncmy avccq deux enseignes desploiécs vient comparoislrc et donner très-dur assault.
Or, quand audict ennemy ainsy en trois diverses parlz le pied fust présenté et tenu, ^i est ung cliascung à Teuvy en trcs-brief espace accourru devers les alarmes et en abondance accreu , et sy ont valeureusement entre-assisté en toute sorte que la hastivité du j)éril pouvoit permcctrc. Monseigneur de Haultepenne estoit droictement, quelques jours auparavant, venu dedans la ville, estant encoires indispz en sa bonne santé; et comme Sa Seigneurie entendist ledict alarme, n'a guères différé de s'y joindre vistement, du premier seulement avecq son espée, donnant parce aussy aux bourgeois très-singulier bon encourraigement, et avecq interval de temps luy furent amenez le corselet et cheval , avecq lesquels en oultre s'employast très-louablement. Dont ont ceulx de la ville, avecq l'ayde de Dieu, monstre et usé aultant forte résistencc et contenance que lesdicts ennemiz de fois à aultre furent nécessitez de s'effrayer grandement en leurs advanchcs, et en partie se reculer et rendre fugilifz en arrière dehors la ville, non obstant que alors ilz avoient (sans la cavallerie, jusques à deux bandes du moins) encoires bien sept enseignes desployées dedans le compris du Vuchtereneynd, et leur meillieure et plus grande force de rondassiers et musquettiers, car on croit qu'ilz sont esté dedans bien largement en nombre de quinze cens.
Le conte de Hohenlo, le coronnel Yselsteyn et les aultres chieffz et officiaulx firent toute extrême diligence, par commander et par battre, pour faire leurs gens, en leurs courraiges amoindrissans, oultrepasser et tenir front; et sur ces entrefaictes est le conte de Hohenlo avecq plus d'aultres tourné en arrière dehors la ville, soit peult-estre pour faire advancher aultre reste de gens, ou que les affaires ne leur pleurent guères au myeulx; et ce bien grandement à leur prouffict, car il est
advenu que les susdicts sai'gcut et soldarls auxquelz estoitencliargée la garde sur la porte de Vucht, sans arrière-pensée sur le susmentionné guetteur (soit par tentation du butin, comme l'on veult dire, ou pour aultre occasion) sont descenduz en bas : ce que celluy de la ville appcrchevant, eult le sçavoir de sortir dextrcmcnt hors sadicte enclostrure, et puis aprèz de fermer et rasscurer l'huys de la montée et ainsylascher et faire tomber les balcons et la herse illecq, avecq un grand esbahissement et fraieur de l'enncmy, de tant plus pour ce que auUremcnt aussy il estoit dedans le poinct de retraicte.
Ceulx de la ville estoient cependant (sans toutesfois recepvoiraulcune cognoissance de la chcute desdicts balcons) de plus en plus fortement et valeureusement escarmouchans, et surtout très-horriblement en la rue principale auprèz Icdictpont du moulin, non pas toutesfois avccq beaucoup moindre danger et vaillanlise, tant derrière le susdict monastère des Frères croisez que très-singulièrement auprèz de la porte de Sainct- Jehan, dequel costé la cavallerie soubz le S'' de Helmont (lequel, nonobstant qu'il fust alors malade, se laissa semblablement trouver valeureusement) estant forte dedans la ville environ la tierce part de la bande, quant et quant donna grande assistence, comme fist aussy à toute la ultérieure poursuyte ou repoussement de l'enncmy. Et finablement partout, avecq ung commun valeureux couraige, poussants et se jectans sur ledict ennemy (non obstant que en celle conjuncture ëncoires il deschargea entre les bourgeois certaine pièche d'artillerie), l'ont en partie défaict et en partie faict choisir et prendre le sault par-dessus les ramparts dedans les fossez de la ville, par lesquelz (à cause d'aulcuns ses lieux guéables) avecq plusieurs centaines estéchapj)é, etaultrement y dedans noyé et demourc en très-grande multitude, avecq bien grand changement de leur costé, lesquelz premièrement avoient esté criantz : Victoire! Ville gaignée! Ne laissez vivre nuUuy, n'espargnez ny femme ny enfant.
Dont, tout considéré, doibt-oncnthièrement confesser que la grâce et l'ayde de Dieu tout-puissant en toutes manières trèsmiraculcusement ha œuvré pour le costé de la ville, leur ayant conféré et dirigé telle vaillantise et force, laquelle au plus périlleux danger ha peu se tenir contre toute la grande (ains malheureuse) puissance de l'ennemy en contre-poix, quand ce ne fust sans cecy encoires que, tant seulement depuis la cheute des susdicts balcons-leviz, l'ennemy en fort brief espace fust survaincu, lequel en si grand nombre estoit occupant un si fort compris et contour de la ville , lequel soy-mesmes assez en forme d'ung chasteau se desseigne, y ayant plus que assez de moyen pour si longuement escarmoucher qu'on eusse peu faire ouverture d'une porte fermée, au cas qu'ilz eussent eu en vue d'y remordre derechief avecq leur plaine puissance, et que ceulx de la ville ne leur eussent ainsy aliéné et renfermé le couraige, mais ayants encoires, par coupemens et brisemens à travers la susdicte herse, recouvert à leur advantaigc derechieff certaine ouverture, ont advanché et faict avecq ce semblable prouftict comme les aultres firent par les fossez de la ville.
On ha conquiz dedans la ville environ vingt rondasses ennemies et grande abondance de musquettes, d'aultres harcquebouses et de toutes sortes de corseletz et armures, avecq bien notable et grand nombre de bons chevaulx. El si ha-on trouvé que, du costé de l'ennemy, assez oultre cent et soixante (y comprins certain petit nombre de prisonniers , qui bienlost aprèz y furent quant et quant aussy dépeschez) dedans ladicte ville ont esté tirez et mis à mort, entre lesquelz furent ung Truxes, frère du déchassé apostat archevesque de Couloigne; item le bastard de Nassou ou filz naturel du prince d'Oranges, selon toute présumption, et oultre ce plusieurs divers capitaines, lieutenans, enseignes et aultres ofïiciaulx et gentilzhommes, tous lesquelz, jaçoit que soyent aussy de singulier renom et estime, pour cause ne se mectent ichy par noms (par-
dessus losquclz aulcuns d'importance encoircs demeurent prisonniers). Et de semblable estoffe sont les noyez aussy notablement esté accompagnez, desquelz beaucoup oultrc la centaine ont esté tirez dehors, retenans encoircs pour les poissons ung bon nombre guères trouvablc es profonditez et abismes de Teaue illecq. Oultre ce, peult l'ennemy mesme sçavoir en quelle belle façon de garniture et compaignie de morts et blessez, tant à chariot que aultrement, il s'est retiré par le chemin derechielTen arrière vers le logiz : quoy concernant le bruict assez amplement on vole et apporte nouvelles de plusieurs centaines. Ceulx de la ville n'ont peu faillir de souffrir aussy desplorablo dommaige en ung si dur escot et combat ayant duré jusques aux unze heures devant midy, et doibvent avoir la pacicnce et se consoler avecq le nombre de six vingtz bonnement, tant mortz que blessez, desquelz les deux tierces partz à peine restent (mcoires en vie et selon (ju'on espère curables. Sur ce soit repoz aux trcspassez, paix et tranquillité aux vivant, et louange au bon Dieu omnipotent.
(Originaux, aux Archives du royaume.)
LcUre de Philippe II au prince de Panne touchant les affaires de la ville de Gand : 1 mars 1585.
(Extrait.)
Mon bon ncpveu, estant arrivé, le septième de décembre de l'an passé, vostre pacquet du mois de novembre précédent, avecq aullres lettres vostres de date plus vieille, j'assignay au-
dience, deux jours devant ma sortie de Madrid, pour m'estre faict rapport des affaires de mes pays d'erabas, afin d'y prendre résolution et vous faire responce sur les poinetz rcprins par lesdicles lettres; laquelle néantmoins a esté retardée à l'occasion du voyage des ministres que s'y debvoicnt employer. Lcsquelz se treuvans présentement devers moy, yra icclle response par ce dépesclie : louant, premiers, la dextérité et discrétion que, comme contient voslre lettre d'Eslat du xn' dudict novembre, a esté employée vers ceulx de la ville de Gand par ceulx que y aviez envoyé pour introduire en ladicte ville si grand nombre de gens de guerre, tant de cbeval que de pied; estimant que par ce commencement ce n'a esté peu de cliose s'en asseurer en telle manière, vcu mesmes que la craincte qu'ilz pouvoient avoir à l'occasion de leurs faultes passées eult peu engendrer quelque doubte et arrière-pensée. Par où convient tant plus songner et tenir la bonne main que ladicte garnison, signamment leurs chiefz, capitaines et officiers, ne s'y de^bordent aulcuuement, et sur le tout ilz ne s'advancent (comme a esté faict cy-devant) de vilipender, enfraindre ny diminuer l'aucthorité et puissance légitime du magistrat, lequel doibt entièrement estre soustenu, favorisé et appuyé aullant que bonnement faire se pourra, n'y ayant chose du monde que plus peult rasseurer la bonne police et.gouvernement d'une ville que le respect etsoustien du magistrat d'icelle; aussi se rendent les bourgeois plus volontaires à porter les communes charges et fraiz que, selon les occurrences, leur conviendra imposer pour entretenir lesdicts gens de guerre, nonobstant que finablement la charge de garnison si grande sera audict Gand trop griefve , et conviendra la réduire à nombre assez moindre que n'y est à présent : bien entendu que cela se face lorsque le chasteau sera en meilleurs termes de réfection et furny de toutes munitions et vivres que en tel cas sont requises, afin que l'on soit hors de doubte de tomber de nouveau es inconvéniens passez.
Je croy facillement que ledict Gand cuit plus longuement peu soustenir le siège au moyen des provisions que encoires leur rcstoient. Aussy est-il aysé de veoir que si, après le recouvrement de Duynkerckc, ilz se fussent advisez de se pourveoir des vivres qu'ilz avoient à la main par la voye de Hollande et Zeelande, le progrès de mes affaires de ce costel-Ià ne fut réuscy si heureusement comme il a faict à la faveur de Dieu et au moyen de vostre vigilance : ce que doibt donner occasion de traictcr lesdicts de Gand plus doulcement et discrètement, pour inviter aultres villes à prendre la raesme bonne résolution que ceste-cy a faict, estant à craindre que, y procédant d'aultre pied, il en adviendra le contraire, et tardera-l'on à donner fin à ceste longue et dispcndicîuse guerre civile, laquelle va espuisant des grands trésors, oultre la diminution de mon demaiue de par delà. Ce néantmoings, ne sera interrompue la continuation des provisions que se furnissent doiz icy, comme a esté faict jusques oires
A tant, mon bon nepveu, Nostrc-Seigneur vous ait en sa saine te garde.
Dèz Çaragoça en Aragon, le vu"" de mars 1585.
Phle.
A. De Laloo.
Suncription : A mon bon nepveu le prince de Parme et de Plaisance, lieutenant, gouverneur et capitaine général de mes pays d'embas et de Bourgongne.
(Original, aux Archives du royaume.)
CCCCXLVI.
Lettre dit prince de Parme à Philippe II sur les premières mesures qu'il a prises après la réduction, de Bruxelles (I) et siir l'état dans lequel les commissaires qu'il a envoyés en cette ville l'ont trouvée : 30 avril 1S85,
(Extrait.)
Sire, suyvant le traitté, l'ordre s'est mis en la ville de Bruxelles, où j'avois envoyé les président Richardot et secrétaire Garnier, et s'y est renouvelé le magistrat et restably les guides des plus notables et catholicques , au contentement de tous les gens de bien , et de manière que j'espère, avecq l'ayde de Dieu , les cboses y seront fort bien asseurées : ayant escript à eeulx des consaulx (2) d'incontinent s'y transporter et y reprendre leur résidence ordinaire, par où ladicle ville, nîcrveilleusement appauvrie et exténuée, se pourra ung peu rcmcctre. Les Chartres de Brabant, qui soulloient estre à Vilvorde, y sont bien gardées, ensemble plusieurs lettraiges d'importance, selon que ledict Richardot m'a rapporté : qui est ung trésor fort principal pour la direction des affaires de Vostre Majesté. Aussi y sont les colliers et habillemens de l'Ordre (5), la Bibliothecque, le Parcq entiers, le palais peu gaslé, et tout en meilleur ordre que je ne pensois
Sire, etc. De Bevere, ce dernier d'apvril 1S85.
(Minute, aux Archives du roj'aume.)
(t) Nous avons donné, sous le n" CGGXLIII de ces Analectes, une volumineuse série de documents concernant la réduction de Bruxelles.
(2) Les conseils d'État, privé et des Qnances.
(3) De la Toison d'or.
CCCCXLVII.
Acte de rémission et pardon général accordé par le prince de Parme à la ville et aux bourgeois de Malines : 1 7 juillet
Comme estant présentement, à layde de Dieu le Créateur, la ville de Malines remise soubz l'obéissance de Sa Majesté, Son Allèzc ait trouvé convenir, avant tout œuvre, donner ordre à ce qu'est requiz pour le bien et repoz d'icelle et des bourgeois présentement y résidens, usant envers eux de toute grâce, doulceur et bénignité, comme elle sçait eslre la volunté et intention de Sa Majesté, ores qu'en ce regard ne soit esté faict avecq eulx aucun traicté ny paction , sinon en tant que touche la garnison et aucuns en particulier pour lesquelz est convenu de leur retraicte, tellement que lesdicts de Malines, par les excès et désordres qui s'y sont commis, auroient bien mérité chastoy, mcsme pour avoir esté ladicle ville réduittc plustost par force d'armes que aultrcment, ce néantmoins, sans s'arrcster à tout ce que dessus, veullant Sadicte Allèze, au nom de Sa Majesté, pourvcoir au bien et soulaigement desdicts de Malines, et en leur cndroict préférer grâce et miséricorde à rigeur de justice, signamment prins csgard que ladicte ville auroit esté dernièrement distraicte de l'obéissance de Sa Majesté par invasion et surprinse des rebelles, ensemble qu'ilz se sont humblement submiz à la miséricor,de de Sa Majesté et discrétion de Son Altèze, ieelle, oultre ce qu'a esté consenti ausdicts particuliers (que leur sera punctuellement maintenu), a, au nom et de la part de Sa Majesté, accordé et accorde ausdicts ville et bourgeois oubliance, rémission et pardon général de tout ce que, doiz ladicte surprinse, ilz peuvent avoir mesfaict ou mésusé, sans que d'ores en avant
il soit permis à personne, de quelque qualité qu'il soit, de les recercher, les nu} re ou molester en manière quelconcque : les recevant, dès maintenant, en la grâce, sauvegarde et protection de Sadicle Majesté, et les restituant en leur bon nom , famé et renommée, ensemble en tous leurs biens meubles et immeubles telz comme ilz sont présentement, pour joyr d'iceulx doiz le jour de ce traicté, sans toutesfois comprendre les lettres, obligations et promesses, tant dïndempnité que aultres, èsquelles Sadicte Majesté poulroit estre tenue envers le corps de ladicte ville, dont Sadicte Majesté demeurera quicle et deschargée. Et au regard de la réparation des esglises, se donnera par après l'ordre que sera trouvé raisonnablement convenir, comme aussi, endroict les previléges de ladicte ville, Sadicte Altèze les fera veoir et visiter en conseil, et y ordonnera favorablement ce que sera pour le bien et prospérité d'icelle.
Faict à Bèvres , soubz le nom de Sadicte Altèze et cachet secret de Sadicte Majesté, le xvn* de juillet 1585.
Soiihzsigné Alexandre. Plus bas estoit escript : Par ordonnance de Son Altèze, signé Verre vken.
Par après estoit encoires escript ce que s'ensuit : Ainsi publié en la ville de Malines, en présence de messire Emmanuel de Lalaing, marquis de Renty, baron de Montigny, etc., messire Charles de Ghistelles, seigneur de Provene, etc., et maistre Guillaume de Gryspere, conseiller et advocat fiscal audict conseil {sic), le xix*^ de juillet lo8o.
(Archives du royaume, fonds de l'Audience : reg. Traitiez, Confédérations , Pacifjications, fol. 71 V".)
CCCCXLVIII.
Réponse de Philippe II à la lettre des bourgmestres et échevins de Bruges du '22 janvier (I) : 20 septembre 158d.
Le Rov.
Chiers et bien-amcz, nous avons eu satisfaction bien grande d'entendre le contenu de voz lettres du xxn* de janvier passé, et que soyez esté réjouys par la réception des lettres de nostre ratification pour le traité de vostre réconciliation à nous, cl ne pouvons sinon aveeq plaisir recepvoir l'asseurance que donnez de maintenir vostre bourgeoisie en tout repos et précaver toutes nouvelletez. Ce qui estant de l'importance que sçavez, et tant conjoinct à vostre propre bien et prospérité, nous ne povons faire moings que de vous y cxborter bien sérieusement, et avccq expresse ordonnance que veuillez y entendre bien acertes, puisque le remède de réprimer toutes altérations et remucmcns de mesnaige consiste en ce seul poinct; et où l'on commençât de nouveau escoutcr les cspritz inquietz, signamment les ministres et prescbeurs sectaires que tousjours ont pcrjuré de tenir le pied sur les bourgeois, ce sera tout impossible que la tranquillité publicque soit maintenue en la ville. A ceste cause , non-seulement convient-il ainsi le faire cognoistre à ung chascun, mais que en toute vigilance l'on aille au-devant et soit faicte opposition ouverte à leurs practicques et menées, rejectant leur mis en avant, comme de vrais perturbateurs du repos publicq, qui
Vov. le n» CGCCXLIU.
ne sont nullement affcclionnez à la prospérité de la ville. Aussy ne a-y pourquoy se fier grandement à leurs promesses, estant si téméraires que n'y a loy ni ordonnance qui les puisse contenir en office, et ce que ne pourront exécuter ouvertement, le feront à la cachette par ruses et menées : (juoy advenant, y aura tousjours dissentions et débatz. et seront cculx du magistral et aultres gens de bien désirans le paisible exercice de nostre religion ancienne catliolicque romaine par eux secrètement persécutez, pour estre chose toute résolue que, sans l'observation d'icelle, il ne se peult espérer la resource de Testât de voz affaires. Si sûmes-nous extrêmement marry que l'opiniastreté de ceulx de l'Escluse et Ostendc soit si longue, et qu'ilz n'ayent suyvi le raesme party que les aultres principalles villes de la province où ils ressortent; et à ccsle cause, ne sera que bien les induire, par lettres et bons offices, à une salutaire résolution que tant leur emporte.
Quant est des changes et foires dont nous suppliez de bénéficier vostre ville, d'aultant que la matière est de très-grande conséquence et dont ne sûmes encoires que bien pelilement informé, nous en demanderons rescription de noz ministres de delà, pour, icelle veue, ultérieurement y prendre telle résolution que la raison et les occurrences du temps le permcctront. Cependant aurons tousjours en nostre bonne grâce et recommandation ce que concernera le corps de ladiclc ville, laquelle avons aultrefois cogneu policée et dédiée à nostre service aultant que nulle aultre de noz pays d'embas.
Dèz Monçon. royaulme d'Aragon, le xx*" de septembre 1585.
(Archives du royaume : copie envoyée par Piiilippe II au prince de Parme.)
CCCCXLIX.
Lettre de l archiduc Albert au chef et président du Conseil privé, pour lui faire connaître les titres qui, dans les patentes et les lettres, devront leur être donnés, à lui et à l'infante son épouse, ainsi que la forme à adopter pour leurs sceaux , et les inscriptions et figures à graver sur les monnaies à leur coin : 7 juin 1399.
L'Archiducq, etc^
Très-cher el féal, comme, nous trouvant prèz l'Infante, avocq laquelle entrerons cejourd'huy aux galères pour, avccq l'ayde de Dieu, passer en Italie, soit esté doiz quelques jours prinsc nostre résolution endroict les tiltres que porterons et seront mis aux dépesches à dresser en nostre commun nom, par patentes, avons aussi trouvé bon de avecq ccstcs vous en envoyer copie, afin que, comme aurez receu la présente, en soit incontinent par delà observée et suyvie telle forme de filtres sans aucun changement, et qu'aux lettres missives soit miz dedans icelles, en hault, ce que contient aultre papier en nombre pluriel, sans y adjouster Dî/cf/s et Contes de Boiirgoigne, sinon es lettres qui s'adresseront à cculx dudict pays, comme sommes informé avoir esté faict par le Roy, mon seigneur, père et oncle, (|ui soit en gloire.
Et pour ce que semblable résolution a esté prinsc en ce de nos grand et petit seel ou contre-seel pour patentes et aussi les affaires des consaulx, en avons faict peindre les estampes que trouverez {)areillement en ce pacquet, afïin que les faictes tous stampcr en argent, avecq particulière considération, par houunc bien expérimenté audict faict, sans y estre faict aucun changement ny discrépauce à ce que monstre la peincture
desdictes estampes, demeurant les scclz pour les lettres missives ainsi qu'ilz sont, .jusques à nostre arrivée; mais vous faisons aussi tenir avecq eestcs aultre estampe peinete pour meetre au coignet des monnoyes à forger d'icy en avant, afïin que ceulx de noz finances facent aussi battre et forger la monnoye d'or et d'argent à telles figures, sans que, après la réception de cestes, en soit usé aultrcment. Et nous ferez aggréabic service qu'à tout ce que dessus preniez soigneux csgard, et que nous donnez par chemin particulière advertencc de ce qu'en aura esté faiet. Très-chier et féal, Noslrc- Seigneur soit garde de vous.
De Barcelonnc en Cataloigne, le vu'' de juing 1599.
Signé Albert, et plus bas A. de Laloo.
La super scriplion esloit : A nostre très-chier et féal messirc Jehan Richardot, chevalier, S' de Barly, président et chief de nostre privé conseil et nostre conseillicr d'Estat es pays d'embas.
Intitulation aux putenles.
Albert et Isabel-Clara-Eugeriia , infante d'Espaigne , par la grâce de Dieu, archiducqs d'Austrice, ducqs de Bourgoigne, de Lothier, de Brabant, de Limbourgh, de Luxembourg et de Gueldres; contes de Habspurch, de Flandres, d'Artois, de Bourgoigne, dcTirol, palatins, et de Ilaynnau et de Hollande, de Zeelande, de Namur et de Zutphen; marquis du sainct-empire de Rome; seigneurs de Frize, de Salins et de Malines, des cité, villes et pays d'Utrecht, d'Overyssel et de Groeninge.
Aux lettres missives es Pays-Bas sera mis eu haiilt :
Les AacniDUCQS, etc.
Et pour ceulx de Bourgoigne sera aussi mis en liault : Les Archiducqs, Ducqs et Contes de Bourgoigne.
(Copie, aux Archives clii royaume.)
Considte du Conseil privé sur l'ordre que l'archiduc Léopold lui avait donné, par suite des l'éclamatiotis des états ()ém>raux des Provinces- Unies, de faille omettre, à l'avenir, dans les dépêches expédiées sous le nom du Roi, le titre de comte de Hollande, de Zélande, etc. : 27 novembre 1649.
Monseigneur (1), ayant esté délibéré en ce conseil sur ce que Vostrc Altesse, par un billet du 24 de ce mois, nous advertist ({ue les cstats des Provinces-Unies, tesmoignans un ressentiment que l'on conlinueroit h user des tiltres de comte de Hollande, de Zélande, etc., il convient, pour le bien de la paix, que d'ores en avant l'on obmette d'en user, il nous a semblé debvoir représenter à Vostre Altesse que ne trouvons point de (liiïiculté d'obmettre lesdicts titres es dépcscbcs qui doibvcnt servir par delà et venir à la cognoissance desdits estais, par occasion des affaires qu'on at à démesler avecq eux, et de quoy nous ferons dépesclicr les ordres aux conseils et sièges qu'il appartiendra. Mais, si Vostre Altesse entendroit que lesdits tiltres dcbvroicnt généralement estre obmis es cbancclleries de par deçà, mesmes es cliartrcs et dépesebes entre le Roy et ses subjects, ou entre ses subjccls dans ces pays de son obéyssance, comme cela est de plus grande délibération et qu'entendons avoir, passé quelque tcm|)S, esté traicté, j)ar ordre de Vostre Altesse, au conseil d'Estat, nous attendrons qu'il plaise à Vostre Altesse de nous faire entendre de plus près son intention en ce regard, nous remettans en tout au bon
fi) L'archiduc Léopold, gouverneur général des Pays-Bas.
plaisir et à la très-pourvcue discrétion de Vostrc Altesse Sércnissimc.
Ainsy advisc au conseil privé du Roy tenu à Bruxelles le 27 de novembre 1G49.
(Archives du royaume: l" Tiegislic vord du Conseil privé, fui. :240.)
Décret de Vanhiduc Léopold au Conseil pricé pour que, à V avenir , dans les dépêches expédiées sous le nom du Roi , soient, omis les titres de comte de Hollande, Zélande, Ziitphen, et de seigneur d' Utreclit , d'Overyssel, de Frise et de Groningue : 3 février 1652.
LÉOPOLD-GuILLAUME, PAU LA GRACE DE DlElI, AllCHIDUCQ d'AuS- TUICE, DUCQ DE BoUUGOIGNE, ETC , LlEUTENAiNT, GoUVEUNEL'U
ET Capitaine Généual des Pays-Bas et de Bourgoigne , etc.
Très-chiers cl bien-anicz . Sa Majesté nous a}ant mandé, |)ar ses lettres du 20 de juin dernier, qu'elle désire donner entière satisfaction aux estais généraux des Provinces-Unies touchant l'ohmission des tiJtres au regard des souverainetez que ses plénipotentiaires leur ont cédées par le traité de la paix (I), et remis cest affaire à nostre arbitrage, nous avons, sur préallable advis de ceulx de son conseil dEsfat par deçà, trouvé convenir de vous faire la présente afin de donner ordre que, dans toutes les dépeschcs ((ui se font soubs le nom
(I) La paix de Munster conclue le 50 janvier 1648.
de Sa Majesté dans ces provinces obcyssantcs, soient obmis les liltres de comte de Hollande, Zélande, Zutphen, Ulrccht, Overyssel, Frise et Groeninghe, selon le premier formulaire contenu en la feuille de papier cy-joinct, et qu'au regard des affaires et dépcschcs et tous autres actes publicqs qui toucheront Icsdites Provinces-Unies ou qui dcbvront principallcnient servir ricre icelles, l'on suive la forme portée par la procure desdils plénipotentiaires du 6 de juin 1646, selon le formulaire reprins en la mesme feuille. Vous porterez soing qu'il n'y arrive quelque faute, pour excuser les desgousts et j)lainctes que lesdicts estais en pourroient faire, ensuite de lintenlion de Sa Majesté. Et Dieu vous ayt, très-chiers et bien-amez, en sa saincte garde. A Bruxelles, le 3 de febvrier
Esloit paraphé Ho. v', signé LéopOld-Guillaume. et conlresiyné Finia.
A nos très-chiers et bicn-amcz les chef-président et gens du conseil privé du Roy.
Premier formulaire.
Philippe, par la grâce de Dieu, roy de Castille, de Léon, d'Arragon, des deux Siciles, de Hiérusalem, de Portugal, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valence, de Gallice, des Maillorques, de Séville, de Sardaigne, deCordube, de Corsicque, de Murcie, de Jaen, des .«Mgarbes, d'Algézire, de Gibraltar, des isles de Canarie et des Indes tant orientales qu'occidentales, des isles et terre ferme de la mer Océane, archiducq d'Austrice, ducq de Bourgoigne, de Lolhier, de Brabant, de Limbourg, de Luxembourg, de Gueldres et de Milan, comte de Habsbourg, de Flandres, d'Arlhois, de Bourgoigne, palatin, de Thirol, de Haynau et de Namur, prince de Swavc, marquis du saint-empire de Rome, seigneur de Salins et de Walines, et dominateur en Asie et en Africquc.
Second formulaire.
Philippe, par la grâce de Dieu, roy de Cnslillc, de Léon, d'Arragon, des deux Sicilles, de Hiérusalera, de Portugal, de Navarre, de Grenade, de Tolède, de Valenee, de Gallice, des Maillorqucs, de Séviile, de Sardaigne, de Cordiibe, de Corsicque, de Murcie, de Jaen , des Algarbes, d'Âlgézire, de Gibraltar, des isles de Canaric et des Indes tant orientales qu'occidentales , des isles et terre ferme de la mer Océane , archiducq d'Austrice, ducq de Bourgoigne, de Brabant et de Milan, comte de Habsbourg, de Flandres, Tirol et Barcelone, seigneur de Biscaye et de Molina, etc.
(1" Registre verd du Conseil privé, fol. 241 .)
Trois consultes du Conseil privé concernant les cérémonies à observer pour le baptême du fils du comte d'E(jmont, et particulièrement la cpiestion de savoir si cet enfant pouvait porter une couronne au palais et à la chapelle royale : 16 juillet, 14 et 27 août 1661.
l"retulère (;on.>«;ilte.
!\ïonseigneur(l), ayant examiné les pièces que le comte d'Egmont (2) avoit présentées à Voslre Excellence, à nous envoyées
(1) Le marquis de Caracena (D. Luis de Benavides , Carillo v Toledo), gouverneur général des Pays-Bas.
(2) Philippe-Louis, conUe d'Egmonl el de Berlaymoiil, prince de Gavrc, lils de Louis el de Marie-Marguerile, comtesse de Derlaynionl. Il mourut le
par son décret du 25 de may dernier, dont les principales sont copie de la relation des cérémonies et solemnitez qu'il prétend avoir esté observées au baptesme de sa personne l'an 1623, et un certificat de trois hérauts ou roys d'armes, de quoy avons jugé (pour n'y avoir requeste de sa part) que son intention est d'obtenir licence de solemniscr le baplesme de son fils avec les mesmcs solemnitez qu'a esté célébré le sien, cl pour sur ce dire en deu respect nostrc sentiment, nous n'avons, après diligente recbei'che, trouvé sur les registres de ce conseil aucunes notices dudict baptesme ny des solemnitez y entrevenues, ny aussi de l'ordre que la sérénissime Infante ou ce conseil auroit de ce donné, combien que Icsdicts hérauts l'aient ainsi allcslé: lesquels ayans fait appeler par-devant commis pour en rendre raison, ensemble de leurs propres notices et mémoires qu'ils avoicnt attesté d'en avoir trouvé, le premier, nommé Flacchio, n'est pas comparu; l'autre, sçavoir J. Prévost, s'en est excusé, disant d'avoir esté au temps dudict baptesme hors du pays, cl le troisiesme, J. de Launay, n"a sccu monstrer aiilre cho>e qu'un livie manuscript emprunte d'un autre et d'aulheur incognu, contenant une généalogie des ducqs de Juliers et dcGueldres, avec aucunes notices de ce baptesme. Mais, pour cstre cesle généalogie sur la fin conceuc en termes abusifs et non véritables, nous n'eussions donné aucun crédit aus- (lictcs notices, mesmcs pas au regard dudict baptesme, si ledict comlc ne nous en eust exhibé la notice originelle cscrite de la main de son père, comme il a vérifié par plusieurs tesmoins, et nous fait vcoir aussi autres certifications de ceux qui ont veu lesdictes solemnitez. Ce qu'en ayant fait supposer la vérité, nous avons de suite examiné par le menu toutes les
t6 mars 16b2 à Cagliari, élant vice-roi de Sardaigne. Il avait épousé, le 2-4 avril 1639, Marie-Ferdinande de Croy, fille de Charles -Philippe- Alexandre de Croy, duc d'Havre, marquis de Renty, et de Marie-Claire de Croy, héritière du duché de Croy et du marquisat d'Havre.
cérémonies y spécifiées , trouvans icclles pour la pluspart arbitraires et licites d'en user aux baptcsmcs des enfans des cavaliers titrez, si comme l'accompagnement des flambeaux, des gentilsliommes, trom[)ettet-', hautbois, festin , bal, liancquet et choses semblables. Le manteau ducal fourré dharmines et la couronne de prince ont bien quelque considération particulière et plus relevée : mais, considéré la qualité dudict comte, estant un des premiers titrez et des plus signalez et relevez vassaux de Sa 3Iajesté, nous estimons que ceste marque d'honneur peut bien estre attribuée à son fils sans chocquer la grandeur souveraine de Sa Majesté, attendu le notoire usage des couronnes sur les armoiries de semblables titrez, et que l'on trouve leurs personnes en plusieurs endroits sommées de couronne et revcslues de manteau fourré d'harmines en peinture, sans contradiction des rojs d'armes : si bien qu'aiant le loiig usage opéré en ce regard quelque droit de possession, sans préjudice de la hauteur iki prince souverain, et aians esté les mesmes honneurs usés et tolérés au baptesme du comte moderne, il nous semble qu'il seroit fort dur et peu raisonnable de les empescher et interdire au baptesme de son fils. Et néantmoins, à l'occasion que lesdicts trois hérauts disent inconsidéremment que ledict comte auroit esté baptisé avec toutes les marques de grandeur et cérémonies dont l'on est accoustumé de se servir et user au regard des cnftins des princes souverains, pour conserver partout la haulteur souveraine de Sa Majesté et monstrer que ccsle tollérance n'emporte aucur.e qualité souveraine, nous serions d'advis de !uy accorder ce qu'il demande en ceste manière : qu'il pourra faire baptiser son fils avec toutes les marques de grandeur que l'on peut donner aux enfans de prince non souverain, nommément avec les solemnitez avec lesquelles sa personne a esté baptisée, faisant insérer ledict décret aux registres de ce conseil, pour y avoir recours en cas de besoin. Le tout soubs très-humble cor-
rection de Vostrc Excellence , à laquelle nous renvoyons les pièces avec celles depuis ajouslées par Icdict comle, enseni!)lc les escrits subministrez par le roy d'armes de Lauiiay.
Ainsy advisé au conseil privé du Roy tenu à Bruxelles le 16'' de juillet 1664. V. Piet v'.