‹ Analectes historiques (volume 3)Chapitre 16 sur 20 · CINQUIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LETTRE

Sire, ces jours s'est commencé l'assemblée dii parlement ou estatz de ce royaulme; et le principal point que le chancellier toucha à la proposition, fust des meffaictz commis par la royne, lesquelz il aggrava et exagéra si très -tant qu'il n'est possible de plus. Sur lequel article, les soigneurs et prélatz de cedict royaulme ont (passé quatre jours) procédé, et déclaré ladicle royne estre criniineuse de trahison et lèze-niajesté, et de mesnie madame de Rocbefort, et, quant à la vefve duchesse de Norfocq et sa fille, qu'elles debvoint estre condampnez à perpétuelle prison et confiscation de leurs biens, pour la mesme cause et occasion qu'avoient esté sentencié milord Vullien, sa femme et les autres complices (1). Dans deux jours, ladicte résolution et détermination sera présentée devant les dépuiez du peuple etcommunaultez.

Sire, en cest instant, achevant d'escripre ce que dessus, j'ay esté adverty que la sale de Testât populaire (2), à ce matin, avoil déterminé en l'afFère de la royne et aultres trois susdictes dames comme avoient les seigneurs et prélalz; et est à craindre que la-

(1) Nous trouvons, ilans une lettre de Cliappuis au secrétaire de la reine douairière de Hongrie, régente des Pays-Bas, écrite le 24 décembre lli-il , les détails suivants sur ce fait :

« Avant-hier, mylord Vuylliem, sa femme, sa seur, avec mestresse et

une autre gentilfemme, avec trois chambrières et trois jeunes gentilzhommes de basse condition, furent condempnez publicquement, dans la sale de Waasmester,à confiscatiou de leurs biens et prison perpétuelle, y assistant tout le conseil dudict seigneur roy, à la requeste duquel envoyay un de mes gens pour veoir et entendre le démené. Et ne fust alléguée ne mise en a\ ant autre cause de leurdicte condamnation, sinon pour avoir sceu et non révélé que ceste royne s'estoit mesfaicte avant que ledict roy l'eust espousée »

(2) La chambre des communes.

dicte royne hientost sera constitué dans la Tour. Laquelle est toujours à Syon, faisant bonne chière, et plus grasse et belle qu'elle ne fust oncques, assez soigneuse de soy bien vestir et accoustrer, et plus impérieuse et difiicille à servir, que du temps mesme qu'elle estoit avec ce roy, nonobstant qu'elle présuppose devoir estre mise à mort, et qu'elle confesse avoir bien mérité, et ne prie d'autre, sinon que l'exécution soit f;ùcte secrètement, et non point en publicq. Pourroit que, si ledict seigneur roy n'avoit envye de soy remarier, qu'il vouldroit user de miséricorde envers elle, ou s'il treuvoit qu'il fût licite de la pouvoir laisser à cause de l'adultère, et en prendre une autre. Et, à ce que m'a esté dict, la question se débatoit desjà entre doctes théologiens, bien que jus(|ues icy il ne se voit apparence quelconque que ledict seigneur roy tascbe à se remarier, ne à servir nulle dame; et, à ce que puis entendre, celle de Clèves a moins d'espoir de réconciliation que oncques. Icelle a présenté, à ce nouvel an, audict seigneur roy certaines pièces de cramoisv, et ledict seigneur roy à elle certains pots et flacons.

De Londres, le xxix"''' de janvier 1542.

^ ECSTACF. ClIAPPUYS.

SIXIÈME LETTRE

Sire, tant et si Irès-biimblenient que puis, à la bonne grAce de Voslre Majesté Très-Sacrée me recommande.

Sire, |»ar mes précédentes du xxiv""' du mois passé, j'advertiz Voslre Majesté de la déclaration et condempnation faicle par le parlement icy asseml)lé, tant contre cesie royne que les dames de Norphoc, sa fille et celle de Rochefort : jusques à laquelle condempnalion , ce roy, dois qu'il s'estoit apperceu du gouvernement de ladicte royne, n'avoit monstre allégrie (I) ne jonys-

(1) JUégriCf allégresse.

sance, comme il a faict depuis, et mesmes audict xxix""*, qu'il donnast le soupper et banquet aux dames (I) : dont en sa table, parniyaiilcungs seigneurs, en eustxxvi, et en une aultre là auprès XXXV. Et celle à qui pour l'heure il monstra plus de faveur et affection fust la seur de monsieur (^oban et de la femme que M^ Huet a pièça répudiée pour adultère. Elle est belle jeusne lille, eta assez d'esperit pour, si elle rentreprenoit, fère aussi mal que les autres. E'on parle aussi que ledict seigneur roy a fantasie en la (ille de madame Albart, niepcedu grand escuyer, niessire Antoyne Brun. Pareillement est-il bruyt d'une fille que la femme de messire Lyt, jadis débitis de Calais, eusl en premières nopces, et ce, présurael'on en partie, pour autant que ledict débitis, qu'a esté près de deux ans en assez estroite prison dans la Tour, va en sa liberté par Leanon, et que ledict roy a deu commander que les armes dudict seigneur Eyt, qn'avoient esté Iiostez de la chappelle de l'ordre, fussent restituées et remises en leur lieu.

De Londres, le ix'"* de février 1542.

EUSTACE ClIAPPUYS.

(1) Il paraît cependant, d'après d'autres lettres de Chappuis, qu'Henri TIII était et qu'il resta Iongtemi)S fort afTeclé de la conduite de Catherine Howard. Chappuis écrivait à l'Empereur, le 16 avril 1542 :

« Sire, quant à empescher le mariage et la réconciliation de celle de Clèves, je y auvay tout le soing que sera possible; et jusques icj il n'y a apparence, bruit ne fumée que ledict seigneur soy veuille remarier ne avec ladicte de

Clèves, ne avec autre Et certes, dois qu'il fut adverty du gouvernement

de sa feue dernière femme, il est devenu si triste et pensif, qu'il ne semble plus celuy d'autrefois, et n'ay jamais dois lors parlé à hiy, que ne l'ave trouvé plain de tristesse, pensemens et souspirs "

Le 15 janvier 1540, il lui disait encore :

« Ledict seigneur roy, depuis qu'il s'apperceust du maulvaix gouvernement de sa dernière femme, ne s'estoit monstre que triste et pensif, sans monstrer apparence de vouloir festoyer ne hanter dames : mais, après lesdictes premières nouvelles (celles d'une grande victoire remportée sur les Écossais), il délibéra de fère festin aux dames, et les avoir en court. . . , , ■•

SEPTIÈME LETTRE

Sire, par mes précédentes, du x'"'^ de ce mois, j'adverliz Vostre Majesté tout ce que pour lors oecurroil, mesmes en l'endroit de l'alfaire de cesle royne; et scullement y obliay de dire comme ce roy, après la condempnation faicte au parlement contre ladicte royne, veuillant plus humainement et justifïiéement procéder en l'affaire, envoya devers ladicle royne certains de son conseil et aultres dudict parlement, pour lui offrir de venir deffendre son cas dans le parlement : ce qu'elle refusa, soy soubmettant du tout à la miséricorde et voulenlé dudict seigneur roy; confessant d'avoir déservit (I) la mort. Et depuis, à sçavoirau mesme x"'% à l'après-disner, ladicte royne, quelque difficulté et résislence qu'elle en feist, fustadmenée à la Tour par la rivière; et au devant d'elle alloit en une grande barque le seigneur de Priveseel et aulcuns du conseil, avec grand nombre de serviteurs. Ladicle royne suyvoit en une petite barque couverte, où estoint trois ou quatre hommes et aultant de dames. Après suyvoit pour rièregarde le ducq de Suffocq en une grande barque, bien accompaigné de ses gens. Et estant arrivez devant ladicte Tour, lesdicts seigneurs descendirent premier, et depuis elle, accoustrée en vellours noir; et ne luy firent moins d'honneur iceulx, que du temps qu'elle régnoit.

Deux jours après, que fust le dimanche, xu™^ de ce mois, sur le soir, luy fust advancé de disposer de sa conscience, car il convenoit qu'elle mourust le lendemain. Le mesme soir, elle requist que luy fust apporté le blocq sur lequel elle debvoit avoir la teste Irenchée, affîn qu'elle sceust comme elle se debvroit mectre : ce que luy fust accordé, et en feist la preuve. A lendeniain, environ

(!) Déservit, mérité.

( 245 ) les sept heures dn matin, ceulx du conseil dudict seigneur roy, saulf le duc de Suffocq, questoit indisposé, et le duc de Norphocq, se trouvarent en ladicte Tour, et avec eux divers seigneurs et gentilzhonimes, comme le conte de Sorrey (1), filz au duc de Norpliocq et cousin de ladicte royne; laquelle, bientost après l'arrivée desdicts seigneurs, fust décapitée, en la place niosme où l'avoit esté Anne de Boulans. Le corps fust couvert et relire par les daines illec estans; et puys l'ust ammenée la dame de Rochefort, laquelle avoit monstre quelque espèce de frénésie, jusques à ce que la mort luy fust avancée. La une et l'aultre ne tindrent grands propoz, sinon de confesser leurs nieffaictz, et de prier pour la prospérité dudict seigneur roy {'2). Escript de Londres, le xxv"'^ de febvrier 1542.

EUSTACE ChAPPUVS.

(Copies du XVIII""^ siècle, aux Archives du royaume.)

(1) Surrey. Voir le portrait queLin^jard (vol. cité, p. 311) fait de ce jeune seijîneur, qui lïil décapité, par ordre de Henri VIII, le 2o janvier 15-17.

(2) Charles-Quint répondit, de Valladolid, le 14 mars 1541 (1542, n. st.), à son ambassadeur :

» Quant à la oondeninalion faicle de la royne, il n'y a que dire, sinon que ferez bien de tousjours vous enquérir, le plus avant que pourrez, de l'inclination dudict seigneur roy à soy remarier, et où tend sa plus grande fantasie, et l'cmpesclicr tousjours dextrement, par tous moyens possibles, qu'il ne retourne à celle de Clèves »

Charles, qui songeait à enlever la Gueldre au duc de Clèves, comme il le fit l'année suivante, devait désirer que Henri VIII ne se rapprochât point de ce prince.

Lettre de Charles-Quint au prince Philippe, son fils, sur son expédition dans les pays de Juliers et de Gueldre ; sur la conquête et la soumission de ce dernier pays; sur ses desseins ultérieurs contre te roi de France, et sur l'état de son armée : 25 septembre 1543 (1).

Serenisimo principe, nuestro niuy charo y miiy amado hijo ,

(1) Voici le sommaire de celte pièce importante :

L'Empereur commence par ra|)peler à son (ils qu'il lui a écrit d'Ulm. De cette ville il se rendit à Spire, où il fut obligé de s'arrêter dix à douze jours. De Spire il partit pour Mayence, et D. Fernando de Gonzaga se dirigea vers Bonn. L'Empereur rejoignit D. Fernando à Bonn, où toute l'armée se rassembla. Le 20 août, il quitta Bonn, et arriva le 22 devant Duren, qu'il fit sommer le lendemain. Les bourgeois et la garnison ne voulurent pas recevoir le héraut d'armes. Le 24 , on commença de battre la ville. Le même jour, les Espagnols el les Italiens l'assaillirent et s'en emparèrent : elle fut livrée au pillage. Le 25, le feu y prit et en détruisit la plus grande partie. L'Empereur leva son camp le 27, et airiva le même jour devant Juliers, qui se rendit à la première sommation. Les deux jours suivants, la plupart des villes du duché de Juliers, et Sillard entre autres, envoyèrent des députés pour rendre hommage à l'Empereur. Le 30 août, il parut devant Ruremonde, qui lui ouvrit ses portes; il y fil son entrée le lendemain. Il y resta deux jour.s, pendant lesquels il conféra avec la reine Marie, qui était venue en un lieu des frontières de Brabant, situé de l'autre côté de la Meuse. D'autres villes des duchés de Gueldre et de Clèves vinrent encore, dans cet intervalle, lui rendre obéissance. Le 4 septembre, il se présenta devant Venloo, qui avait près de 0,000 hommes de garnison et beaucoup d'artillerie. Ceux de la ville voulaient capituler; mais la garnison était résolue à se défendre. Alors, par l'intermédiaire du duc de Brunswick, du coadjuteur et des autres députés de l'électeur de Cologne, le duc de Clèves le fit supplier de lui pardonner et de le recevoir en sa grâce, offrant de se mettre entre ses mains. L'Empereur autorisa ses ministres à consentir que le duc vînt. Le 6 septembre, le duc de Brunswick et le coadjuteur de Cologne l'amenèrent : il descendit à la tente de .M. de

desde Ulma (I) os screvimos con un correo que dosde alli se despachô , avisàndoos dft lo que hasla entônces se ofrescia , y del estado en que se hallaban las cosas. Y aunqtie el dicho correo se detovo en Flandes y Inglaterra mas de lo que se pensaba, por falta de navio y del tiempo, y creemos que liabra pasado en salbainento, todavia nos ha parescido de enibiaros el duplicado del dicho despachô con este correo, para que, no habiendo Ileç;ado aquel, seais advertido y avisado de !o que por él os escrivianios, y de lo que mas se ofresce.

Haviendo partido de Ulma y llegado â Espira (2), fué nece-

Granvelle. Le 7, tous trois vinrent trouver l'Empereur, aux genoux duquel ils se prosternérenl : le duc de Brunswick excusa le duc de Clèves sur sa jeunesse et les mauvais conseils qu'il avait reçus , suppliant l'Empereur île lui pardonner, el promettant qu'il serait son fidèle serviteur. I, 'Empereur accppt.i riiumilialiondii duc de Clèves, et chargea ses ministres de traiter avec lui : ce qui fut fait. Aussitôt que le traité eut été conclu, le duc mit l'Empereur en possession de Venlo, où il lit son entrée le 11. Le 12, les députés des états de Gueidre lui prêtèienl serment, après avoir été déliés par le duc de celui qu'ils lui avaient fait.

L'Empereur explique ensuite à son fils les motifs qui l'ont déterminé, de l'avis conforme de tous ceux qui sont avec lui, à faire entrer son armée en France. Il partit de Venloo, dans ce but, le 14 septembre : trois jours après, il arriva à Diest, où la goutte, qui déjà s'était fait sentir à Venloo, le tourmenta au point qu'il dut renoncer à aller à Bruxelles, où il avait fait convoquer les états généi'aux des Pajs-Bas, et les faire venir à Diest même. Il se loue de la bonne volonté montrée parles états.

Il annonce à son fds son départ de Diest, pour aller rejoindre l'armée, dont il fait ainsi le dénombrement : 1(i,000 Allemands, qui, avec d'autres qu'il a appelés, s'élèveront au chiffre de i'4 à 25,000; 4,000 Espagnols; 4,000 Italiens; 800 chevaux-légers italiens; 4,.s00 chevaux allemands. A cette armée se joindront 8,000 Bas-Allemands, ô,000 gens de piiul et ô,000 chevaux espagnols, 0,000 gens de pied anglais et 000 chevaux de la même nation.

Il termine par quelques observations sur les desseins et les forces du roi de France.

(1) Uim.

(2) Spire.

sario detenernosalli (liez ô once (lias, assi para esperar que sejuntase la gente (l'armas alemana, como para que llegasen los cavallos ligeros y ynfanteria ytaliana. Y habiendo proveido, en eslo y en lo que mas era necesario para nueslro tamino y provision del egército, lo queconvenia, nosparlimosy veninios à Maguncia(l), desde donde 1). Fernando de Gonzaga con los Espaiioles se adelanU) â Bonne, que es cinco léguas de (lolonia , por el Rin abajo , para asegurar el paso y proveer otras cosas. Y tenicndo aviso de lo que alli se liabia beebo, y que era lienipo que yo me partiese, me enbarqué y vine por el rio; y Uegado â Bonne, donde se juntô todo el egército , me parti â los veinte de agoslo , y â los veinley dos llegué cerca de Dura {it), que es la primera tierra de enemigos, y la mas fuerle villa del ducado de Juliés; y el dia siguiente, se juntô con nuestro campo el principe de Oranges con parte del que teniamos en Flandes.

Aquel mismo dia mandâmos ir un rey de armas con su cota y un trompeta para declararles y bacerles entender que, entregândonos la tierra, y preslândoiios la fidelidad , seriamos contento, usando con ellos de clemencia, de perdonarlos, y tratarlos bien, y guardarles sus frantpiezas y prlvilojios devaxo del sacro ymperio, y que, de otra manera, aunque séria contra nuestra voluntad, mandariamos procéder contra la dicha villa y los que estoviesen dentro délia, como contra rebeldes y obstinados â nos y al sacro ymperio , y casligar su desovediencia y rebelion en personas y bienes, para egemplo de otros. Lo quai no solamente no qnisi(^ron obcdescer, mas ni aun oyr al diclio rey d'armas; y bolviô sin ser oido ny traer ninguna respucsta. Y visla su lebelion y obstinacion, se asenlô aquclla noclie la artilleria para liacer la baleria, la quai se comenzô â los xxiv, dia de San Bartolomé, al punto del dia, y se continu() basta las dos

(1) Mayence.

(2) Duren.

hdias después de nietliodia, que los Espafioles y Ytalianos que estaban junlos en la bateria, sin estar hecha aquella conio convenia para venir â la batalia de nianos, y sin esperar la ôrden y senal que para clla se les liabia de dar, que estaba acordado que fuese â las ciiico de la larde, comenzâron el conbate; y conio quiera que la billa liene dos fosos barto bondos, y mucha agua en ellos, v eslaban l)ien reparados, y babia dentro cinco banderas de ynfantcria , y delà niejor gentedel duque de Clebes, y alcuna de cavallo, den)às de la villa, v se def'endian niuv reciamente, assi con artilleria, que lenian suliciente numéro délia, y con arcabuzeria, como con polvora y fuegos artificiales, y la cosa estubo mtiy dnbdosa, por estar alla la bateria y ser los fosos bondos, todavia combaliéron con tanto ànimo y esfuerzo y perseverancia , y durâron tanto en la batalia, que , después de mas de dos oras que combatian, habiéndoles ya ganado una defensa y reparo que babian becbo delante donna puerta delà villa donde se bacia la bateria, final mente pasando los dos fosos de agua, no sin grau diiicullad y peligro, y muerle de algunos y beridas de otros, subiéion en la muralla, y arrojandose dentro délia, que no filé menos dificultoso que el subir, y ecbando de la defensa â los enemigos, sin que pudiesen mas resistirlos, los constriniéron y pusiéron en buyda , y los siguiéron con tanto impetu hasta otra puerta que estaba al opôsito del combale, por la quai se pensâron salvar , que mucbos dellos fuéron muertos ântcs que llegasen â ella, y otros forzados â ecbarse por los nniros en los fosos, donde fuéron muertos; y los que pudiéron salir por la puerta fuera de la muralla fuéron lambien retenidos y muertos por olra gente del campo : de manera que assi de la de guerra como de la billa se salvâron pocos; y en el convate, y después que los soldados entrâron dentro, y en los que se abogâron en los fosos y en el campo de los que luiyan, moririan basta vi'^ â va' honibres ; y todos los demâs se prendiéron , y se casligarâii dellos los que se ballaren mas culpados, especialmente de aquellos que, siendo vasallos de nuestros senorios de las tierras bajas , de

los qiiales hay nuiclios (jue estabaii al siieldo del diiqiie de Cleves. El liigar se perniiliô à los soldados que lo saqueasen , por su revelion y obslinacion , y exen)plo para otios , proveyendo con grau diligencia que las nuigeres, muchachos y iiiùos se reservasBD y no se les hiciese ninguna injuria, ni mallralamiento en las personas, y assimismo las yglesias y cosas délias.

Después otro dia, no se sabe por quienes ni como, se encendiô fuego en unas casas, y se emprendiô de lai nianera que, con todo lo que se proveyô y trabajô por excusarlo , que no lue poco, no se pudo hacer, y se quemô una gran parte de la dicha billa con la yglesia délia. De lo quai Dios es tesligo que nos lia pesado en el aima; y ya que no se pudo remediar, mandàaios poner gran diligencia en salbar y guardar las reliquias de los santos, y la plata y cosas que habia en ella, y en sacar del pueblo las mugeres y ninos, para salbarlos. De los soldados espanoles y italianos muriéron basta xi. 6 l, y quedàron lieridos nias de ce.

Dejando en Dura la guarnicion y gente nescesaria para la guarda de aquella villa, partimos de alli à los xxvii; y aquel dia se alojô el cainpo â la niitad del cainino de Juliés (I), que es la cabeza del ducado ; y d'alli niandâmos ir un rey d'arinas con el re(jueriiniento en la forma que se hizo â los de Dura ; y aunque estaba niuy bien fortificada , y mas que Dura, y proveida de gente, artilleria y municionespara podersedefendcr, la gente de guerra que eslaba dentro se saliô , y los de la villa respondiéron que se querrian poner en nuestras manos; y mandando caminar el campo desviado de aquella villa, fuimos y enlrâmos en ella con guardia de v*^ arcabuceros espanoles y algunos caballos, donde rescibimos el juramento de lidelidad y omenage como se acostunibra. Y dexando en ella la gente y guarnicion nesce.-<aria , se vino el campo; y los dos dias siguientes, caminando para las

(1) La ville de Juliers.

lierras de Gueldres, se nos viniéron à reiidir la iDayor parte de las lierras y villas de! ducado de Jiiliés, y entre las otras la villa de Ziter(l), que es nmy fïierte y de grande iinporlancia; y enibiando à nions"' dUstral cou x banderas de ynfanleria y V^ caballos para rescibir y reducir y poner todas las ciras lierras del ducado de Juliés en nuesira obedieiicia , eonio lo bizo, sin que boviese ninguna repugiiancia, y tanibien junlauienle buena parte de las lierras del ducado de Cleves, conlinuando nuestro caniino, y aunque el capilan Martin Banrros (2) andovicse siempre à dos y 1res léguas cerca del campo , algunas veces cou mil quinienlos, y olras con hasta dos mil de cavallo, |iaia eslbrzar las dicbas tierras y ver si podria danar nueslro exércilo, nunca paresciô, y se retiré.

Y el jueves, que fuéron Ireinta de agoslo, llegâmos y asentânins nueslro cainpo sobre Urrenionda (5) , que es la principal villa del primer quartier del Estado de Gueldres, y niuy inijtoilante para el coniercio y provision, por eslar sobre la rivora de la Mosa, y habiéndose hecbo con ellos la niisnia diligencia que con los pasados, y respondido los de la villa que saldrian a besarnos las manos , embiàron sus diputados , y se nos diéron ; y los recibimos, olorgàndoles la observacion de sus privilegios. Y después de melido guarnicion en la villa, el sàbado, primero desle , enlrâmos en ella, acompanado solamente de los de nucslra casa y corte, sin otra gente de guerra, y nos jurâron por senor conio â verdadero duque de Gueldres, y nos tanibien jurànios sus privilégies.

Y alli nos detubimos dos dias, porque vino la serenisinia rcyna Maria, nuesira berinana, à un lugar del conlin de iiiabanle, de la otra parle de la Mosa, y yo fui alli assi para verla

(1) Sitlard.

(2) Martin Van Rosseni.

(3) Ruremonde.

como pani comunicar con ella, senaladaniente la provision de las fucrzas que tenemos liaciâ Francia, y los Yngleses. Y en este niedio tienipo , se nos cmbiâron à dar otras algunas villas del ducado de Gueldres y de Cleves. Y provoveiido que se recibiesen como las otras, el martes scguiente, â los 1res del dicho, caminô nuestro campo la rivera abaxo, y se asento aquel una milla vtaliana de Vanlo (I), que es otra villa del dicbo ducado de Gueldres , y la nias fuerte y forlilicada plaza de todas las que en él liav, y donde estaban basta cerca de très mil bombres, que los dos mil serian utiles; y tenian mucba arlilleria y las olras cosas noscesarias para la defensa. Y mandamos ir un rey d'armas â requerirlos, por la ôrden que se ha dicho ; y consultado entre sy por largo tienipo, annque los de la villa se (piisieran rendir, y assi lo hiciéron enlender, la gentede guerra respondiô que la querian defender.

Y'^ entcndiéndose con diligencia en bacer traer barcas para hacer puente sobre el rio, y las otras cosas nescesarias para la baleria, por niedio del duque de Branzwicb y del coajutor de Colonia y otros enib.njadores del arzobispo de Colonia, que nos suplicaban y bacian instancia quisiésenios usar de clemencia con el dicbo duque de Cleves, perdonarley rescebirleen nuestra gracia , ofresciendo que vernia en persona â ponerse en nueslras nianos; teniendo respeto â la intercesion de los sobredicbos, hovimos por bien que nucsiros niinislros, sin entender nos en ello, consentiesen la venida del dicbo duque. Y assi le trugéron los dicbos duque de Branzwicb y coajutor de Colonia â nuestro canipo a los seis de seliembre; y se apeo, estubo y dormiù en la lienda de mons"^ de Granvela; y el dia seguiente, le truxéron â la nuestra, donde estàbanios y le esperàbamos asentado en nuestro estado; y se hincâron de rodillas delante de nos todos très; y el dicho duque de Branzwicb propuso que el dicho duque

(1) Venloo.

de Cleve.s nos hahia deservido conio liorahre mozo y mal aconsejado, y por persuasion y nialas plàticas de algunos, y se remilia del todo à nueslra acostuinbrada cleniencia, siiplicândonos le quisiésemos perdonar lo pasado, que adelanle él nos soiia licl y vei'dadero servidor. Y asi respondiniosque, por el ouor de Dios, â qiiion atribiiianios sicnipre toda niiestra prosperidad, y por lespecto del rey de Romanos nuestro liermano, que liavia hai)lado en su favor, y por intei'cesion de los Elcctores, principes y estados del imperio, y por la voluntad que havenios tenido y sienipre tenemos â la comun paz y bien pùblico delà Germania, y por oviar los danos de sus tierras y de Gueldres y condado de Zulfen, éramos contenlo de accblar su humiliacion, y comeleriainos â algunos de nueslros niinistros que tratascn niedios convenibles para que todas las cosas quedasen asentadas para . agora y para lo venidero. Y asi se comunicô y tratô , y se ha hecho y pasado un tratado entre nos y el dicho duque(l), cuya copia ira con esta. Y iuego reslituyô y liizo entregarnosladicha plazade. Vanlo, en la quai sepuso la guarnicion necesaria; y entràmos en eila, à rescibirel jurameuto y iidelidad, à los oncedeste. Ydespués viniéron los diputados de los varones, nobles, ciudades y villas de los estados de Gueldres y condado de Zulfen , y se sometiéron à nos, pidiendu perdon de lo j)asado. Y à los doce de dicho mes, estando en nuestra presencia ellos y tanibien el dicho duque de Gleves , les quitô otra vez todos los juramentos que le lenian hcclios, y ellos à él por consiguiente; y, de consentiniiento cxpreso del dicho duque, los dichos diputados , en nombre de los dichos estados, rescibiéron y jurâron por senor à nos y â nueslros herederos y subcesores, con todas las clai'isulas y exprcsiones que pueden ser necesarias y al propôsito de la seguridad. Y Iuego se parliéron los diputados de Ymega (2), que es la

(1) Le traité de Venlon, du 7 sej)lcml)re lo4ô, inséré dans les Papiers d'Etat du cardinal de Oranvcllc, t. Il, p. GO'J.

(2) Nimègue.

mas principal ciiulad de Gueldres, para ir à recibir en ella al principe de Orant^e, el (|iial dexànios por governador eu los (liciios Eslados; y llevô, de la trente que Iriixe al campo de la que liabia servido en Flandes, que eian hasla iiueve mil Alemanes bajos y dos mil de cavallo, liasta cuatro ô cinco mil Alemanes y seiscieiutos cavallos, para |»onei' en las guaruiciunes necesarias en las plazas yniporlanles, y aseiïiirarse en ellas y en la tierra.

Pueslo que nueslia venida â estas parles se dilaté mas de lo que deseâbamos , assi por lo que laidùmos en la mar después que nos embarcâmos en Barcelona, como llcgados en Ytalia con las vislas de Su Santidad, y olios nei^ocios que no se pudiéron excusar, en el efecto y brevedad que ba tenido esto de Juliés y Gueldres paresce (|ue se ba ijanado inuy lariianicnle el tiempo ^qiie en esto olro se perdio. Bien es vcrdad (luc para nuestro propôsilo fuera de lirau importancia baver Ue^ado un mes àntes : pero |)ucs no se ba podido bacer , no bay en esto que decir, sino dar tiiacias à Nuestro Senor por lo becbo.

Y assi acabado y proveydo lo sobrediebo, con loda conforniidad V consenliniienlo de los dicbos duque y diputados de los dicbos estados, auucjuc venios y cunusccmos que el tiempo esta tan adelanle, inayoïineiile considerando que el rey de Francia se balla con podei-oso etjérriio. y (|ue tiene fortificada à Nandresi (1), que es tener el |)ic eu las empresas destas tierras, y que desamiàndonos agora, auM(]ue jiroveyessemos las plazas de nuestras IVonleras, |)udiera enlrar y bacer dafio en ellas, y lambien por lo que conviene mêler la geute, que de necesidad babrémos de entretener este invierno, en las tierras de enemigos, en pueblos que en ellos y en las couiarcas baya abundancia de vituallas v bastinienlos, y (|ue segun razon no seràn dilicullosos de tomar y sostener, y |)onjue un egércilo tan grande como tenenios junlo se desbaria cou muclio trabajo en nuestras pro-

(1) Landrecies.

pias lierras : jxji' todas eslas causas, y poi- el cfeclo que, con a\ lula de Niieslro Senor, esporamos liacer con poco mas i;aslo del que ya esta hecho, y no dubdando que, si el rey de Francia se acercasse â nos, y truxesse intencion de danios la balalla, llevatulo el numéro de gente de pié y de cavallo de todas las naciones que abaxo se diiâ, y no siendo la suya con barla parte tan util , aunqne fiiese mayor minjero, con tener de nuestra parle tan justificada nuestra causa, nos dariaDios la Victoria, y podriamos hazer olros efectos, nos liavemos resolvido, cou parescer de les que vienen con nos, y tambien con los de acà, que todos conlorman en ello, en liazer caminar nuestro can)po, conio lo baze, la buelta de Francia.

Y yendo aquel por otra parte, nos partirnos de sobre V'enlelo â los catorce deste, con algun sentimienlo de la gota, y llegamos en très dias à este lugar de Diste, donde nos apretô tante el dolor, junto con una calcntura enniera que nos diô, la quai fué causa de consumir el mal bumor, (jue, estando determinado de ir à Brussellas, adônde habiamos maiidado llaniA»" los estados de las tierras de Flaiides, y dar ôrden en lo que se dévia de bacer en ellos, convino pasar acpii seis ô siele dias , donde, entre tanlo que mejorava , con)o â Dios gracias lo be hecho, con los benelicios de que se ban usado, se ha enlendido en lo que se debia hazer en Brussellas, propuniendo i\ los estados destas tierras las necesidades présentes y las (jue se esperan en adelante, y loque importa el brève remedio délias, para (jiie nos sirvan con lo que mas pudieren. Todos ban moslrado buena voluntad, y lo ban ido a coniunicar con sus pueblos; y tengo por cierto que haràn loque ban berho y dellos confiamos. Y assiyo me parto desde aqui , y voy por Lovaina (I) , y seguiré mi camino basta alcanzar el campo, el quai va ya bien adelante; y se usarà de tal diligencia que en ninguna cosa se perderâ liempo.

(1) Louvain.

La gt'iite que llev:iuios seran xvi mil Alemaiios (jiic vajâtnos con nos de Alemana, y de los que truxo cl principe de Orange dejos que habia en Flandes, con otras onze banderas de las que tiene el conde de Buren â la parte de Frisa, que lambien mandamos que vengan coinplimienlo hasta xxun 6 xxvm,, nu mil Espanoles, olros lantos Yîalianos que viniéron en nuestro acompananiiento de Ytalia ; ocbocienlos caballos ligeros ytalianos; très mil y Irescientos cabailos alemanes, y otros mil y quinientos de los que han servido en Flandes, que truxo el dicho principe d'Orange. Y con este campo se junlaràn otros ocbo mil Alemanes bajos, très mil Espanoles que viniéron por el mar de Poniente, y 1res mil cavallos, que toda esta gente esta en la frontera de Francia, y cinco mil Yngleses â pié, y seiscienlos de cavallo, que cl rey de Ynglaterra embiô en nuestra ayuda, que assimismo estân en a((uella frontera.

El rey de Francia se retiré con su egército destas fronlcras de Flandes, quando nus llegàmos â Spira. Dcspucs se entiende que lo lia lornado à juular , y que lia entrado por la parle de Luzemburcb y toinado aquella villa , que no es de importancia para poderse sostener, por ser plaza avierta y no tener disposicion para fortificarse, aunque dicen que lo quiere hazer; y heclio otros algunos dafios por la lierra. Jùzgase que ha venido con inlencion de hacernos divertir dcl caraino que habemos traido, y de lo que se ha hecho en los Estados de Cleves, Juliés y Gueldrcs, y con el dicho diique, y que, enteudido el successo desto , y del camino que llevamos , acudirà â la parte donde fuere nuestro camino. Ea gente que liene , segun dicen , sera hasta vni 6 diez mil de cavallo, seis mil Alemanes y otros cuatro mil de los bajos, y cuatro mil Ytalianos; y agora le vienen xu mil Çuyços, los quales le cuestan infinito dinero, que les ha dado, porhaverjos, de deud.is viejas, y sueido doblarlo de lo ordinario; y con todo esto tienen mnndamiento de sus cantones de servir al rey de Francia solamcnte para guarda de su reyno, y no pasar â los nueslros. De Gascones y ligionarios de su tierra podi'â lener

mucho numéro ; pero sera poco util. Y assi sperainos que no sera parte para estorhar nueslros ilesignios, etc. Diest, il 23 de setiembre 1545.

(Original, aux Archives de Simancas, Estado , liasse 499. )

BeUUion de l'affaire el prise de Vilry par les troupes de t Empereur : 26 juillet 154-4 (1).

L'Empereur, venant au camp devant S'-Dizier, entendit que le S' de Brissaq et aucuns capitaines et gens de guerre François estoient à Vitry, faisant des courses de peu de dommage sur les fourageurs et les vivandiers du camp : ce que l'Empereur dissimula quelque tems, premièrement parce que les troupes de son armée estoient réparties en plusieurs endroits, sur les routes de Metz el de Luxembourg, pour l'assurance des cbarrois des vivres, et pour garder les places reconquises audit duclié, ainsi que pour donner une main aux S''^ de Guise et d'Aumale, son fils, lesquels à différentes fois avoient tenté de rompre les cbemins des vivres, de manière même que ledict d'Aumale avoit manqué d'estre prins et défait, avec 1,500 cbevaulx, par le duc Maurice de Saxen et autres capitaines de l'Empereur : ce qui seroit arrivé, s'il n'en avoit esté averti et s'estoit retiré; secondement, afin d'engager les François à mettre beaucoup de monde dans Yilry : ce qu'il/, avoient fait, tellement qu'ils y avoient mis douze enseignes de gens de pied, à savoir : six d'Italiens et six de François, ainsi

(1) Cette relation reclilie bien (Jfs détails erronés contenus dans les récits les historiens français.

que 800 chevaulx-h'giei's, estnnt {l'intention de faire entrer dans la ville de S'-l)izier trois on quatre enseignes desdicts Italiens. (]e que l'Empereur ayant entendu, il fit assembler son conseil le xxiii juillet, environ les cinq heures du soir, où furent rarcliiduc, filz du roy des Koniains, le vice-roy de Sicile, don Fernando de Gonzaga, le S"" de Bossu, grand escuyer de l'Empereur, le duc Maui'ice de Saxen, le marquis Albert de Brandenbourg, le comte de Soria, le duc de Ferrare, don Francisco d'Est, le comte Guillaume de Furstembcrgli, (laniillo Colonna et autres colonnels et capitaines de l'armée. L'on y conclut, de l'avis de tons les susnommez, de faire piomptement l'emprinse de Vitry, d'y envoyer le duc Maurice de Saxen, le marquis de Brandenbourg avec une partie de leurs gens de cheval , et don Francisco d'Est avec les chevaulx-légiers , tant bourguignons qu'italiens, et environ 250 arquebusiers à cheval, tant espagnols que bourguignons, et le comte Guillaume de Furstembcrgh avec seize enseignes d'Hauls-Allemans; et fol ordonné qu'ils partissent endéans deux heures et avant la nuit : ce qu'ils firent. On avisa aussi de renforcer le guet partout, atin que les François ne pussent entrer dans S'-Dizier.

Tous les gens de pied et de cheval mentionnez ci-de.ssus marchants pendant la nuit, le comte Guillaume de Furstembergh, avec le marquis de Brandenbourgh, allèrent le droit chemin vers Vitry; ils rencontrèrent le guet des chevaulx-légiers françois. sous la conduite de Théodore Mancs, sur lesquels ils donnèrent, et en prirent aucuns, desquels ils entendirent le nombre des gens qui estoient dans Vitry, tel qu'il est dit ci -dessus; ensuite ils poursuivirent leur chemin. Le duc Maurice de Saxen, avec don Francisco d'Est et les chevaulx-légiers, qui estoient allez par ung autre chemin, rencontrèrent deux compagnies des chevaulxlégiers françois. qui estoient près de Vilry, lesquels ils rompirent et delfirent d'abord; et, passant outre, ils donnèrent l'alarme audiclViti'v : ce que fil aussi le cotrile de Furstembergh de l'autre costé, selon la délibération et les signaux qu'ils s'estoienl donnez.

Ce qu'ayant entendu les ennemis, avec ce qu'ils en estoient déjà avertis par ceux du iïuet qui s'estoienl enl'nis, ilz sortirent tous de la ville, tant les gens de pied que de cheval, en ordre, allant du costé où esloit don Fiancisco d'Est, où ils lurent assaillis si verdenient qu'ils furent delfails, et y en derueiira grande partie, et le surplus se sauva; inesnie le S' de Brissac s'avanturant de passer l'eau, où il reçut plusieurs coups de massue, et fut en danger de se noyer : ce qui estoil arrivé à plusieurs autres qui estoient allés à Vilry, pour avoir le passe-tenis de la guerre, lesquels le suivoient.

Le comte de Furstembergh et le marquis de Brandenbourgh ne faillirent, de leur costé, de pousser vivement les ennemis, dont environ 300 Italiens, de la charge de Jean Turno et Pedro Ciirso, se retirèrent dans une église, dans l'intenlion de s'y défendre, où ils furent |)Oursulvis par ledict comte et ses gens, dont il y eut aucuns <le lues et aux environs 50 de blessés; et mesme ledict comte fut blessé dune liarquebuse, mais point dangereusement, lequel fit avancer l'arlillerie ipril avoit avec lui, et fit tirer six coups de canons, qui firent une ouverture assez grande pour v passer. Tous les Italiens réfugiés dans l'église furent tués, et le nombre des ennemis pris et tués dans cesie a fia ire passèrent les quinze cenis.

I.e duc Francisco d'Est print prisonniers huit enseignes de gens de pied et deux enseignes de chevaulx-légiers, et le guidon du S"" de Brissac.

Des troupes de l'Empereur, il y eut peu de perte, et les S" de Wanwillers, de la Roche, de Plane et don Fernando de Bisbal furent faits prisonniers par les François, en les j»onrsuivant. Le S'' de Hallewyn y fut blessé d'un coup d'arquebuse.

(Archives du royaume, colleclion des cartiilaire» et manuscrits : Documents historiques , t. VII, fol. 139.)

Lettre de Charles-Quint aux maïeur et échevins de Nivelles , leur ordonnant ^ajourner par ùdit les habitants de cette ville qui s'étaient enfuis ou s'enfuiraient, comme suspects d'hérésie, et de procéder contre eux par défaut : 1*'' août 4545.

Dk par l'Empereur.

Chiers et bien amez, pour ce que sommes advertyz que aucuns inhabitans de noslre ville de Nyvelle, infectez de la secte lutbérienne et autre hérésie, se soient absentez et enfouiz hars ladicle ville, tellement que l'on ne les j)ent appréhender, ne contre eulx procéder, ainsi que selon leurs démérites il appartient, sy vous ordonnons et commectons, par cestes, de adjourner et faire adjourner, pav édict et à la bretecque, par trois quinzaines, lesdicts absens et enfouiz, et ceulx qui encores se pourroient enfouir, à eulx venir deffendre et pure;er desdictes hérésies, à paine du ban et confiscation de leurs biens; et, en leur deffault et contumace, procédez contre eulx à la déclaration dudict ban et confiscation de leursdicts biens, ainsi que trouverez appartenir : à quoy faire vous avons auctorisé et auctorisons par cestes. Et qu'il n'y ait faulte, car nostre plaisir est tel. Chiers et bien amez, Nostre-Seigneur vous ait en garde. Escript en nostre ville de Bruxelles, le premier jour d'aoust, l'an quinze cens quaranlecincque. Signé Baudewyns.

Sur le dos de ladite lettre : A noz chiers et bien amez les mayeur et eschevins de nostre ville de Nyvelle.

{Livre des mémoires , fol. 183, aux Archives de Nivelles.)

Proposition faite, au nom de l'Empereur, aux députés des quatre membres de Flandre, touchant une pragmatique qu'il voulait édicter, afin que représentation eût lieu uniformément , en ligne directe et collatérale, dans tous les Pays-Bas , en ce qui concernait la succession du prince : 23 mai 1549 (I).

Messieurs, l'Empereur m'a enchargé et commandé vous dite, de sa part, que, comme Sa Majesté a tousjours soigneusement veillé, du passé, el faict encoiies, à tout ce qu'a concerné la seureté, bien et tranquillité de ses pays do par deçà, elle a, pour le mesme respect et bien, sçaichant de combien il emportoit qui se fist pour le bien desdicts pays, faict passer en iceulx monsei-

(I) Les états des autres provinces furent éjjalement consultés sur ce projet, et tous y donnèrent leur consentement, comme on le voit dans le statut de l'Empereur, du mois de novembie 1549, inséré aux Placards de Brabant , t. n , p. 427 el suiv.

Nous avons trouvé, dans un ref^istre des états de Brabant, intitulé Root Boek , au fol. 172, la résolution de ces états au sujet de la pragmaticpie proposée; elle est ainsi conçue :

» Dat voor soo vêle de pragmatique aenginck, sy, gesien hebbende de advisen, soo van den raede van Brabant als van den grooten raedt tôt Meclielen, bevonden die nyet alleenelyck sonder scrupul le wesen, ende oock genoech gefondeert in de gemeyne geschi-even rechien, maer oock nootelyck om aile dese Erffnederlanden van Syne Majesteit by den anderen te honden , om hun tcgcns aile vuytheymsche v;Nanden des te beier le defenderen, ende aile <[ueslien ende demeudjralien die by gebreke a an dyen van d'een oft d'andere souden mogen gescliicden, ende dal sy oversulckx te vredi-n waeren, voor soo vêle lum raeckte,dat dieliacrcn voorlsgauck souden liclibi'n:d;nrinne cnnsenterendc mils deseï,. r

p;neiir nostre prince, son filz, affin qu'il eust tant nieillenr moyen de les veoir et visiter, et faire ooc;noistre anx subgectz d'iceiilx la bonne affection qui leur porte, et pour les confernier en la inesnie volunté envers liiy. Et, conii)ien qu'il y eust maints respectz pour lesqnelz ledict passaipie se fiist peu raisonnablement excuser par Sa Majesté, pour la clifliculté chi long cbemin, aussy l'incertain et dangereulx passaiiie de la mer en temps d'yver, auquel il a convenu cheminer, oultre le besoincj que les royaulmes d'Espaigne avoienl de la présence dudict seigneur prince, si est-ce que, Sadicte Majesté postposant tonttes telles considérations, et s'arrestant à l'évidente utilité des pays de par deçfi, elle a bien désiré et vonlsn que ledict passaige se fist, letiant pour certain que , visitant iceulx pays, et parce les cognoissanl plus particulièrement, il prendroit tant plus grande affection à iceulx, et s'inclineroit dadvantaige à tenir à l'advenir le soing d'iceuk , tel (|ue convient à bon prince, pour les bien administrer, et que, cognoissanl lesdicls pays ceste sienne volonté, et le véant en personne, ilz luy demeureroient tant plus dévolz et affectionnez.

Et , pour le njesme lespect que Sadicte Majesté l'a faict venir, elle désire de le faire recepvoir et jurer par tous les pavs de par deçà, et niesn)es par les estatz et membres de Flandres, pour futur prince et successeur des pays d'embas, pour luy, ses hovrs, pour joyr d'iceulx pays après le décès de Sadicte Majesté, laquelle vous pourvoye d'ung prince auquel, par vray droict de succession et à luy seul, lesdicls pays appertiennent après le Irespas de Sadicte Majesté, à laquelle Dieu doinl longue vie. Et, estant la chose tant raisonnable, mesmes pour estre fundée sur l'évidente utilité des pays de par deçà, Sa Majesté ne double vous la jugerez telle, et que vous accommoderez à icelle, selon son désir.

Et davantaige, pour aultant cpie Sadicte Majesté est soigneuse et a tousjours veillé pour pourveoir à tout ce que luy a semblé convenir au bien, repos et tranr|uillité desdicts pays, elle a considéré combien il emporte à iceulx que l'on pourvoye que, le plus

que faire se pourra , ilz surcèdent et soyent possessez par ung niesnie prince, pour éviter les iiieonvéïiiens qui pourroienl succéder à iceiilx, estant séparez, et par ce plus déciles pour soy soustenir, et éviter les contentions que, venans à divers |»rin(!es, pourroienl soiirdre entre lesdicts pays n)esnies, dont succéderoit leur évidente ruyne. Et, désirant pourveoir à ce, et conforiner les droictz de succession, quant au prince souverain, en tous iceulx, et mesnies estant informée que, au pays et conté de Flandies (;t aulcuns aultres, représentation n'a lieu en ligne direcle ny collatérale, parles coustunies du pays, ayant tonlesfoiz lieu en la pluspart des aultres, elle se délibère de, par voslre advis, couinie principal membre, et du surplus des estatz des pays de par deçà, faire une pra2,i)iatic(pie par la(juelle il soit diflini que, en cas de succession en ce que, comme dict est, toucbe la succession du prince souverain es pays de par deçà, tant en général que particulièrement, en tous représentation aura lieu uniformémenl en ligne directe et collatérale.

En quoy personne ne peult prétendre intérest, ayant madame Marie, royne de Bobesme, lille aisnée de Sadicte iMajesIée, auctorisée du roy de Bohesme, son mary, renuncé, en faveur de monseigneur nostre prince, et de monseigneur son fdz et aultres ses boyrs que Dieu luy pourroit cy-apiès donner, tout ce qu'elle pourroit prétendre en la directe succession de Sadicte Majesté, moyennant le dot que luy a esté assigné. Et par cecy n'entend Sadicte Majesté faire aidtre changement aux coustunies des pays, ains les délaisser en leur entier quant aux successions des particuliers; et n'entend disposer, par la pragmaticque que comme dessus elle prétend faire, fors que seullement de la succession du prince souverain, pour garder lesdicts pays soubz une masse, et par ce les tenir plus conformes, et leur donner plus de moyen pour se soustenir et emparer.

Et désire, messieurs, Sadicte Majesté que, en ce que dessus, vous faictes tel office qu'elle a tousjours certainement espéré de voz léaultez et eniières aff'ections envers elle.

Ainsy proposé en la ville de Bruxelles, le xxiii""' jour de mav W" quarante-neuf, aux députez des membres de Flandres, et par Sa Majesté assigné jour pour respondre à quinzaine, dedans la ville de Gand (1),

(AicLives de la ville de Gand : registre intitulé Nicuwen GeluwenboeckB, fol. 550 v.)

(1) Dès le 22 mai, la reine Marie avait ordonné au conseil de Flandre de convoquer les états et membres de ce pays pour le 0 juin , à Gand. (Archives du conseil de Flandre.)

Le 25, elle écrivit aux prélats, nobles et députés des quatre membres, « en leur prochaine assemblée à Gand , » pour les engager à prendre une bonne et briève résolution sur la communication qui avait été faite à leurs députés, ce jour-là, à Bruxelles, et que le comte du Rœulx, leur gouverneur, était chargé de leur rappeler.

Le 2 juin, elle envoya au comte du RijjuIx copie des avis du grand conS(;il et <lu conseil de Brabant, afin qu'il les comniunitjuâl aux états.

>ous n'avons pu trouver la ilélibération des états; mais il y a une lettre de l'Empereur, du 16 juillet, qui les remercie de s'être conformés à son désir. (Archives de la ville de Gand.)

Avis da grand conacil de Malines, adressé à la reine Marie de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, sur la proposition faite aux quatre membres de Flandre : 51 mai 1549.

Madame, nous avons receu les lettres qu'il a pieu à Vosire Majesté nous envoyer, et conjointement la copie de certaine proposition faicte aux déj)utez des quatre membres de Flandres, de ce que THnipereur seroit résolu de faire recevoir et jurer monseigneur noslre piince, son lilz, pour futur prince et successeur des pavs de par declià, et dresser une pragmatic(iue (avecq l'advis des estalz desdicts pays), afin qu'ilz pourroient inséparablement demeurer soubz ung prince, à cause que, en aucuns desdicts pays, selon la diversité des coustumes, représentation n'a lieu, ny en ligne directe, ny collatérale, et en autres en ligne collatérale seulement, nous ordonnant de promptement envoyer noslre advis en cestuy endroit, mesnies si, selon droit et raison, et pour le bien desdicts pays, Sadicte Majesté peult faire et statuer ladicle pragmalicque, ainsy que plus amplement le contiennent lesdictes lettres.

Madame, ayans, enssuyvant et obéissans à voslredicte ordonnance, bien meurement et soigneusement veu et visité lesdictes lettres et copie de proposiliou, nous a semblé et semble que Sadicte Majesté est bien meuc et a bonne laison et occasion de faire ladicle pragmalicque, et de difiinir que représentation aura lieu tant eu ligne directe que collatérale, en ce que touche la succession du prince souverain desdicts pays, lant en général que particulier, et de à ccsle (in dérogueret abolir toutes coustun)es qui porroient estrc au contraiie, el que ce tournera à l'ulilité, seuretéel tranquillilé desdicts pays el sul.geclz diceuk, (pii par ce

seront relevez de toutes querelles et dissenlions, (jui autrement seroyent apparans en sourdre au teujps advenir. Lesquelz pays et subi^eclz, estans et deniourans ainsi uniz, et soiibz ung n)esnie prince, sont et seront plus proinplz et souillsîins pour résister et se deffendre des invasions et emprinses des ennemys, iprilz ne seroient estans séparez, et ayant chacun pays ung prince à part. Et que Sadicle Majesté le puisse ainsi faire et statuer ne doubtons, voires selon droit et raison, eu nicsiues regard à l'importance et inestimable bien qu'en poeuveut consiiyvre èsdirts pays et subgectz, de tant plus que présentement n'y a personne à (|ui droit soit acquiz, et que madame Marie, royne de liobême, (ille aisnée de Sadicle Majesté, auctorizée du roy de Bohême, son mary, à qui premier préjudice en pourroit venir, a renonchié, en faveur de monseigneur nostre prince, et de monseigneur son filz et autres ses hoirs que Dieu luy |)orroit cy-après donner, tout ce qu'elle pourroit prétendre en la directe succession de Sadicte Majesté, ainsi (|ue le contient ladicte proposition : y joinct que Sa Majesté entend ce faire, du consentement desdicts subgectz, qui ont introduit la coustume, contraire au droit et plus saine opinion des docteurs. Kt partant nous semble, comme dessus, qu'il n'y aura qm; bien et grant fruict de le ainsi ordonner et mectre à effect. Kt à tant. Madame, prions au (Jréaleur avoir Vostre Majesté en sa saincte et digne garde, et donner l'accomplissement de ses très-haultz et vertueulx désirs. De Malines , ce dernier de may 1549.

Voz très-humbles et obéissans serviteurs,

Les président et gens du grant conseil de l'Empereur.

BOULLIN.

(Original, aux Archives du royaume.)

Avis du conseil (k Brabant sur lu iiiénie (nopiisilton l"juin 1549.

Madame, laiit liiinibleuieiil que (aire povoiis, eu voslie bduiie grâce nous lecomniMiidons.

Madame, nous avons en loule huniililé receu voz lettres eoiitenant (jiie TEniperenr, nostre siie, auroit résolu de faire diesser une iH'agnialicque, avec l'advis des estalz des pays de par deçà, par laquelle seroit diffini (jue, an regaid et respect du prince souverain, en la succession de tous lesdicls pays de pai' deç;i, représentation auroit lieu, tant en ligne directe que collatérale, aliti que lesdicts pays puissent inséparablement demeurer soubz img prince, avec autres raisons contenues en ladict(i lettre et proposition faicte à ceulx de Flandres, à laquelle lettre et proposition , Madame, nous nous référons, pour éviter prolixité, et que néantmoins, pour aucuns respectz et considérations, Sadicte Majesté Impériale désiroil proniptement avoir nostre advisen cesluy endroit, assçavoir : si, selon droit et raison, et pour le bien desdicis pays, icelle Sa Majesté pourroit faire et statuer ladicte jiragmaticque.

Madame, ayant veu ladicte proposition , et pesé et pondéré les raisons d'icelle, avec autres occurues, votis advisons, soubz correction, (jue la résolution du conseil porte que ladicte pragmaticque que Sadicte Majesté entend faire sera raisonnable et assez conforme au dioit escript, disposant que, en ligne directe, représentation a lieu à lousjouis, et en ligne collatérale jusques aux enfans de frères inclusivement; sera aussi utile et très-nécessaire à la républicquede tous lesdicls pays, à raison que, moyen-

naiiticelle, lestiiclspays dcnioureront uniz et non séparez, et partant plus qualifiiez à résister à toutes contentions, pour ce que la vertu unye notoirement est plus forte que la dispersée. Sera aussi, par icelle pragmaticque, obvié aux déhals et questions que par cy-après pourroient sourdre cuire les [)iinces , pour autant que les aucuns vouldroient par aveiilure soustenir que lesdicts pays, en fait de succession, se dehvroient rigler selon les coustumes particulières desdicis pays , et selon lesquelles les seigneurs vassaulx et bassains se rigient, et les autres entièrement le contraire : dont grandes et grosses guerres pourroient sourdre entre culx sur le droit et propriété d'iceulx pays, qui Yr;!ysemblableinent causeroient leur totale ruyne et destruction, en tant que communément c'est la .commodité que la guerre apporte au pays où elle lègue, signammcnt quant il y a question entre (leu\ l)rinces puissans sur le droit et propriété de quelque pays. Tous lesquelz inconvéniens et autres cesseront apparentement par ladicte pragmaticque : lellcmcnl. Madame, qu'il nous semble, soubz correction, queSadicteMajesté, pour le bien desdictspays, et éviter les inconvéniens dont dessus, est bien meute de vouloir faire ladicte pragmaticque; mesmes que lesdicts pays, pour le bien qu'ilz en recevront, debvroient de leur propre mouvement intercéder en toute bumilitédeversSadicte .Majesté queainsi faire le voulsist, eu signamnient regard que par ladicte pragmaticque ne sera fait tort à jiersonne, parce que le droit desdicts pays réside encoires entièrement en la personne de Sadicte Majesté, sans que, à présent, à autre que à icelle Sadicle Majesté soit acquiz quelque droit en iceulx, en tout ou en partie. Le tout. Madame, soubz la noble correction de Sadicle .Majesté et lavoslre, ausquelles nous nous remcctons entièrement.

Madame, il vous plaira tousjours nous commander voz bons plaisirs, pour les accomplir, avec l'ayde du benoît filz de Dieu, auquel nous prions qu'il vous donne le comble de voz baultz et verlueuh désirs. De Bruxelles, ce premier de juing XVG quarante et neuf. Ainxi sunhzi^criid : Voz très-bumbles et très-obéissans

sei'viteiiis, lesclianccllier et gens du conseil en Brabant, et sifjné De Lens.

(Archives du royaume : registre 672 de la chambre des comptes, fol. iM 5.)

Acte de Charles-Quint portant acceptation de la réponse des états de Hainuul sur la praginaliqne sanction projetée et la réception du prince Philippe : IG août 1549.

Sur ce que 11 jupereiir, en la ville de Lille, a fait proposer, en sa présence, le v""' du piésenl, aux estatz du pays et conté de Haynnau (I), que, comme Sa Magesté avoit tousjours soigneusement veillé du passé (et fait encoires) à tout ce que concerne la seurelé, bien et tranquillité de ses pays de par deçà , elle avoit, jiour le mesme respect, et bien sçacbant de combien il emporloit qu'il se fist pour le bien desdicts pays, faict passer en iceulx monseigneur le prince son filz, afiin qu'il eust tant meilleur moven de les veoir et visiter, et faire coenoistre aux subcectz d'iceulx la bonne affection qu'il leur porte, et pour les confermcr en la mesme vohuUé envers luy; et combien qu'il y eust maints

(I) C'est à des députés envoyés par les états à Lille que la proposition fui faite. Ces députés étaient le comte de Lalainjj;, {jrand bailli; les abbés île ilasnou et <le \ ieofjnc;; le seigneur de Fresin; Jacques Lenioine et Louis de Sivry , érhevins de Mous; Ursmer de Trabegnies et Nicolas Corrosly, du conseil de la incme ville; Tliiéri Dumont, grcHier des états; M' .lacques Vivien, conseiller pensionnaire de Mons. (Arcbivcs des états de Hainaul et de la ville de Mons.)

resj)ectz pour lesquelz ledicl passai4<p se lïil peu raisounableiiienl excuser par Sa Maifeslé, pour la diUiciiUé dn long chemiu , aussi l'incerlain el daugereulx passaige île la uier en temps dyver, au'pie! il a convenu cheuiiiier, oultic lehesoing (pie les lovanlnies d'Espaiiïue avoient de la présence diidict seiuneni' prince, toutesfois Sai'icle Mai;eslé, posljiosanl tontes telles considérations, et s'arrestanl à 1 évident*^ iitillilé descHcls pays de par deçà, avoil bien désiré et voulsu rpie ledict passaige se fist, tenant pour certain que, visitant icenlx [)ays, el par ce les congnoissani |)lus particnlièrenient, il prendroit tant plus arande affection à iceiilx, el s'enclineroit davanlaige à tenir à ladvenir le soing d'iceulx, tel qu'il convient à bon prince, pour les bien administrer, el que, cognoissans lesdicts pays ceste sienne volonté et le véanl en pei'sonne, ils luy demeureroient tant plus dévotz et affectionnez, et, pour le mesme respect que Sadicle Magesté l'a fait venir, elle désiroit de le faire recepvoir et jurer par tous les pays de par deçà, el mesmes par les estaiz dudicl pays et conté de Haynnau, pour futur pi-ince el successeur desdicis pays, pour lui el ses hoirs, pour joyr d'iceulx pays, après le décès de Sadicte Mageslé; et davantaige, pour autant que Sadicte Mageslé estoit soigneuse et avoit tousjours veillé de pourveoir à tout ce que luy a semblé convenir an bien, repoz el tranquillité desdicts pays, elle avoil considéré combien il importe à iceulx que l'on ])ourvoye, le plus que faire se pourra, ils succèdent et soient possessez par ung mesme prince, pour éviter les inconvéniens que pourroienl succéder à iceulx, estans séparez, el par ce plus débiles pour soy soustenir, et éviter les contentions que, venans à divers princes, pouri-oienl sourdre entre lesdicts pays, mesme dont succéderoil leur évidente rnyne :

Sadicte Mageslé, désirant obvier à ce, el conformer les droilz de succession (pianlau prince souverain en tous iceulx, el mesmes estant inforn)ée (pie, au pa\s el conté de Haynnan el aultres, représentation n"a lieu en ligne directe ny collatéralle, par les coustunies du pays, ayant toulesfois lieu en la plusparl des au-

1res, elle a\oil délibéré el i'é.s<»lii de, avecq 1 ad vis desdicls eslalz de Haynnau, et du surplus des estalz des pays de |»ar deçà, faire une pragniaticque par laquelle sera dilliny que, en cas de succession en ce que , comme dit est, touche la succession du prince souverain èsdicts pays de par deçà, tant en général que particulièrement, en tous représentation aura lieu uniformément en ligne directe et collaléralle : en (juoy personne ne peult prétendre intérest, aiant madame Maiie, royne de Bohême, lille aisnée de Sadicte Mageslé, auctorisée du roy de Bohème, son mary, renonché,en faveur dudict seigneur prince et de monseigneur son lilz et aultres ses hoirs que Dieu luy pourroll cy-après donner, tout ce qu'elle pourroit prétendre en la directe succession de Sadicte Magesté, moyennant le dot que luy a esté assigné : requérant partant Sa Mageslé auxdicls estatz de Haynnau que, eu regard à ce que dit est . el qu'elle n'entend par ceci faire aultre changement aux coustumes desdicts pays, ains les délaisser en leur enihier quant aux successions des particuliers, joincl qu'elle n'entend disposer, par ladicte pragmaiicque, fors seullement de la succession du prince souverain, pour garder lesdicls pays soubz une masse, et par ce les tenir plus fermes, et leur donner plus de moven pour se substenir et en)|)arer , ils se voulussent accommoder à ce que dessus, et y faire tel oflice que Sa Magesté a tousjours certainement espéré de leurs léaultez et enthières affections envers icelle :

Lesdicts des estatz du pays et conté de Haynnau, après avoir sur le tout meurement délibéré (1), trouvans la chose en touspoinclz fort raisonnable et telle que, sans leur estre proposée, eulx-mesmes le dehvroient requérir, comparant cejoiiid'huy en bien compétent el grand nombre [-2) par devers Sadicte Magesté, ont en

(t) Dans une assemblée tenue à Mons le 12 août 1o49. (2) Celaient les mêmes députés qui avaient été envoyés à Lilif, tl auxquels le seigneur de Berlaymont s'était joint.

toute huiuilité t'ait lespoiulie à icelle qu ils esloieiil résolu eulhièrement condescendre et soy conformer, comme de fait ils condescendoient et confornioient, à la bonne volunté de sa Très- Sacrée Magesté : le tout conforme à la proposition, en tous et chascuns les poinctz contenu/, en icelle, supplians que le bon plaisir de Sa Ma£>esté fust sa délibération tant utile mectre en effect, et au surplus tenir ses bons et léaulx subgectz de Haynnau en favorable recommandation.

Sa Magesté Impériale, ayant ladicte response pour très-agréable, et prenant icelle à singulier plaisir et contentement, l'a acceptée et accepte par ceste, et en a mercyé lesdicts estatz de Haynnati , avuecq déclaration que, suivant ce, Sadicte Magesté fera effectuer le sèrcmenl et réception dudict seigneur prince , et aussi fera dresser ladicte pragmaticque en forme convenable, et que Sadicte Magesté leur sera et demeurera à totisjours bon et bénigne prince, selon ijue leurs grandz et léaux debvoirs passez, et l'espoir qu'elle a qu'il/, y continueront à l'advenir, et la sincère aH'eclion qu'il/, portent à son service et au bien des pays, le méritent. Ordonnant (jue de ce que dit est soit despesché acte.

Ainsi fait et ordonné en la ville de Valencbienues, le xvi* jour daougst, Tan XV'' quarante-neuf.

Charles.

Moy présent :

D'ESPLEGHEM.

(Original, aux Archives de PÉtaf , à Mons, collection des états de Hainaul.)

Letirc (lu comte d Arenherg (1) au conseil d'Elat, touchant la publication, faite par ceux de Groningiie , du dernier placard sur l'extirpation des nouvelles sectes; le relard qu'apportent ceux d'Overijssel à la même publication , et l'espoir qu'il a de les y amener : 7 avril 1551.

Messeigneurs, vous entendrez, par la copie cy-joincte, comme ceulx de Griininge, après que, conforme à la dernière ordonnance que m'en avez mandé, leur ay lemonslré l'absolute inlenlion de l'Empenur à l'endroit du placcart dernièrement dressé sur l'extirpation des nouvelles sectes (2), imt mis toutes dilTicultez en arrière, et se sont finablement condescenduz à la publication dudict placcart.

Quant à ceulx d'Overyssel, nonobstant les diverses semonces que leur en ay faict , tant par lettres que de bouche , n'ont toutesibis, pour avoir continuellement esté détenuz et empescliez es affaires du pays, et nomméementà présent au faict des exundalions et effractions des dicqnes de la rivière de l'Yssel , encores sceii lecouvier le loisir d"y prendre résolu lion, combien que ne Hiictz double, et ne tiendra aussi à mon debvoir, que à ceste présente journée, qui en a mis bonne parlie d'eulx ensemble en ceste ville de Zwol, ilz ne s'y acquictenl au contentement et satisfaction de l'intention et bon plaisir de vSadicte Majesté :

(1) Jean (le Ligne, conte d'Aienbery, gouverneur de Frise, Overyssei et Groningue. Il avait été élu chevalier de la Toison d'or dans le chapitre tenu à Utrecht au mois de janvier loiO.

(2) Le fameux placard du 25 !»eptembre 1550.

dont ne faiildray . nicsseigneurs , inconliiieitl vous donner advis.

A tant, messeiiïnetirs, après avoir prié le Créateur vous niaiiitenir en sa saiiicle i:ràce, me recoiumanderay de bien bon cueur à la vostre. De Zvvol , ce vu'"'' d'apvril 15.jI.

I/enlièrement prest à vous faire service,

Jan i»e Ligne.

Suscriptiort : A niesseigneurs njesseigneurs du conseil d'Estal de l'Empereur.

(Original, aux Archives du royaume, papiers d'Etat : I.tttres dtt seigneurs , t. III , loi. 21. )

Lfttre tcrite à la reine Mai'ii' île Hoiujrie pur Curneille de Baersdorp , riiéileciii de ('harles-Quinl , survie maladie Inquiélanle qui était yiirveiwe au roi de Bohème, et sur l'état satisfaisant de la santé de t'Einpereur : 10 lévrier lo/>:2.

Madame, la cause que Vostie Majesté n'eiisl lettres de mov par l'ordiiiaiie, devant le dei nier, esloit (juc allors estnis en clieniiri, (In retour de \Nassen! uicli l\], où l'Empereur m'avoit envoyé pour la maladie <ln rov de Bohesme {-2), laquelle, par lettres que Sa Majesté eusl, copies de celles qu'estoient du niédecyn, escriptes au roy des Romains, sembloit estre despérée à la mort.

(1) WeissenboupR en Ba\ière, ou \Veis.senber{y en Saxe. (3) Maximiliei), fils aîné de Ferdinand, roi des Romains.

Mois , (|u;tnt y lîuys venu , ny Iroiivt^ que son mal pstoil Itaslemenl (In onour bien grandi, sans pnivtMiir à Irenihlciir. Kl, poni' <'e (jne il sentoit lïtande |)ivssiire dn ciieni-, et senibloit qne le cnenr snllbcoit, et ne pouvoil avoir bonne respiration, il t :rai£i,noil que à tous moniens le cueur luy fauldi'oit. Et ainsi fnsl escript que il estoit en sincope une Ibis vi heures de loiniî, atiltre fois quatre heures, le temps qne ledict lialtement et pressure principalement dnroient, nonobstant qne il n avoit oncqnes perdu parolle ne entendement, ne changement de colenr au visage. Le roy des Komains, estant adverli de sincope et faillenient du cueur, avec extrême dangier de la vie, print suspition et ferme opinion que il Inst empoisonné, comme il escrivii avoir bonnes conjectures, et, à cesle cause, envoyoit bonne tiriaca et terre sigillate bonne, une pierre appelle bézoar et seniblables remèdes, entre lesquelles estuil aussi conf'ectio alkern)ès , seulle approprié au mal, nonobstant que le roy n'avoit esté adverti de la propriété vraye du mal.

Quant je partis de là, Sa Haultesse se portoit bien, et ay lessé mon advys à luy et à ses n)é(lecyns, pour procéder plus avant en la curation. Si j'eusse este là dès le commencement, je croy bien que la curation eust esté faicte, sans donner le trouble et briiyt (i(^ dangier que ait esté. Je luv av dit comme Vostre Majesté ait souvent essagié ce mal, et par ainsi, si aultre fois il s'en sent, que il ne doit pourtant estre trop perturbé.

Quant à l'Empereur, il se porte fort bien en toute manière, Dieu en soit loué, sans avoir nulle fluxion; mange et boit de bien bon appétit; son estomach est fort bon, sans faire corruption de digestion comme il soloit (I). Il a fait ycy ung fort beau yver, et ainsi Sa Majesté pense q e l'air de ceste ville soit fort salutaire, et pour ce devient amoreulx du lien : que pourroif estre cause de y plus longuement séjourner, nonobstant que je dis, comme il est vray , la cause de la beaulté du temps avoir esté la

(I) // soloit , il avait arcotiliimt'-.

qualité de l'année , et non de la région , laquelle ne peult estre salutaire, pour estre estroictement de tout costé enserré es montaiçînes extrêmement haulles.

La royne de Bohesme partit d'ici le xi^ du mois présent vers le roy, duquel n'estoit allers que bonnes nouvelles.

Madame, j'eusse escripl dimenche par l'ordinaire : mais il sembloit que monsieur de Glaijon (I) devoit partir lemesmejour, ou le lendemain au matyn , avec lequel j'eusse escript à Vostre Majesté. Et, voyant que ne suysasseuré quant l'Empereur sii^nera sa despesche, j'envoye cestes par monsieur d'Uhermont (2), lequel sera plus tost vers Vostre Majesté , et fust aussi envoyé par l'Empereur au roy de Bohesme, et ainsi pourra faire vivement le raport de ce que dessus.

Madame, d'autant prieray Nostre-Seigneur avoir V'ostre Majesté en sa saincte protection, suppliant très-humblement estre recommandé. Madame, en vostre bonne grâce. D'Ysbrouck, ce xvi'' de février 1552.

De Vostre Majesté

Le très-humble et très-obéissant serviteur,

(^ORNU.LE DE B.VERSDORP.

(Oiijiinal autoffraplie, aux Archives du royaume.)

(1) Philippe de .Stavèie, seigneur de Glajon, maure de raitilleiie.

(2) Floris de Montmorency, seigneur d'Hubermont, plus connu sous le nom de seigneur de Montigny.

ciri.

Bulletin de la prise de Hesdin par les troupes de l'Empereur 5 novembre loofî.

Le saniedy, vxix* d'octobre, fut envoyé le duc d'Arschot, avec son régiment et quelque bon nombre de chevaulx et deux enseignes artisiennes, doiz Lichen, où lors esloit le camp, pour aller devant Hesdin, tant pour garder que Ton ne brusla allentour. que pour regarder de la clorre, s'il pourroit : ce que, obstaul que les pons esloient rompus, et qu'il ne pouvoit entrer la ville, n'estoit bonnement faisable pour ce jour, et s'est campé, avec ladicte compaignie, assez près du chasteau dudict Hesdin, le xxx" diidict mois : auqu^ jour, nostredict camp s'est venu loger à deux petites lieues dudict Hesdin.

Le lundy, dernier dudict mois, nostredict camp est venu devant ledict Hesdin (I), marchant nostre avant-garde et arrièregarde, avec toute nostre artillerie et cliariaige, de l'un costel de la rivière de Candie, et la bataille de l'autre part de ladicte rivière, sur laquelle s'est fait ung pont, et s'est logié le tout d'un costel Lt doiz le soir a-l'on commenclié à approcher et faire les treuchiz, menant du meisme soir quatre ou cincq pièces dartillerye assez près dudict chasteau . pour battre les defFences, besoi-

(1) Il csl éciit, eu marge, de la même main que le corps de la pièce :

« Le S' de Tlioulouze disl de bouche que le conte de Reulx avoit fait l,\ i et

n rarlillerve le chemin de Doiiilens : ce que tint ceulx de Hesdin en opinion

■' que ilz ne seroient si tosi assailiiz, d laisoienl leurs |)fovisions tant j)iiis

f lentes, de sorte ((lie le liasse avoit commandé à tout le balliaijTe de Hesdin

p de amener leurs î)!ed/ dedans la \ille |)Oiir h' mardi i»assé, quant ledid de

r Reiilx V vint devant le linidi. >-

gnanl loiile celle nuiol aiidift lioncliiz, le()iiol a eslé lueiw^ du long de la muraille du parc, dont les Francliois avoient ahhatu ung grant et long pan, depuis le voyaie,e que y Ht dernièrement le conte de Reulx.

Le lendemain, premier de novembre, l'on a continué andict trenchiz, tvrant quelques coups de nostredicte artillerye aux deffences dudiot chasleau, et s'est fait ce meisme jour ung pont sur ladicte rivière, fort pour y passer artillerye, se mestier fust, à cause que ceulx dedens faisoient démonstration de tenir la ville, plantant enseignes sur la muraille d'icelle, et se tenant tout le matin dudict jour: mais après midy l'on délibéra les assaillir avec eschelles, affùlanl nosdictes un ou v pièces d'artillerie au long de la muraille et rampart d'icelle ville, affîn de les en)pesclier de venir à la deffence; mais ilz s'estoyent retyrez, de sorte que noz gens y sont entrez, avec et sans eschelles, sans aucune résistence. Et estant entrez v ou vi enseignes, s'ont tirez dedens ladicte ville vers le Marchyé, où s'est faicle une escarmouche, à peu de perte d'uiig costel et d'autre. Ung porteur d'enseigne anglois, des nostres, (jui esloit entré le premier dedens ladicle ville, fut blessé de trecl à ung bras, et ung on deux tué, et quelques Franchois semblablemenl lue/., et furent lesdicts de dedans incontinent reboutez jusqties au cbasteau. Ce fait, nosdictes gens qu'estoient dedens ladicte ville se sont logiés doiz ledictjour. Le soir, estans les trancliiz jà fort avancbiez, l'on y feist mener quelques canons et pièces de balterye, jusques au nombre de xu, et v besoigna-l'on toute la nuict, de sorte que, le lendemain, au poinct du jour, fut commeucbé la batterye, eldiligentée de manière que la grosse tour liaullc, qu'estoit entre la porte du parcq et la lour Koliin , «pi'esl devers la ville, fut avant le soir abbalue, qu'il n'y demonroit que le demy-rond devers le cbasteau, que nous eust peu servir en l'assaillant, parce que à deux costez il regardoit sur le rempart. Et cependant l'on avoil achevé ledict tienchiz, de sorte que ceste nuict y fut assize le reste de nostre arlillerve de batlerve. El, quoyque ceulx de dedens tiroyent de la

h'iir, ne teirent grant donimaige ny enipeschemenl, el ne sçaiij'oient avoir liié que Mosché x à xii hommes.

Le jeiidy, m* de novembre, estant tonte nostre artillerye assize doiz le point dn jour, fui ooniinenc/e la batterye tenant à ladicte tonr abbatue, tyrant contre la porte dn parcq, et fnst dilligenlée de sorte que avant le soir y avoit faicte bresclie de la largeur de l ou lx piedz, toultesfois qu'elle estoit encoires fort lianite. Et esloit-l'on délibéré le lendemain de battre le surplus de la muraille jusques h ladicte porte dn parcq, et desjà noslredicte artillerye perchoil le rempart, qu'ilz avoient t'ait nouveau, si bien qu'ilz ne s'y povoyent bonnement tenir.

Le lendemain, iui'=, ainsi que l'on commencboit ladicte batterye, est venu à la porte du cbasteau devers la ville une trompette du S'' de Maiileret, lequel, après avoir sonné selon la coustume, parla à ceulx qu'estoient au guet celle part, demandant, de la part du S"^ de Rasse , asseurance de semonser le conte dv. Ueulx pour ung gentilhomme, pour povoir parler à Iny ou (;elluy que luy plairoil commectre : dont ledict conte de Reulx adverli, y envoya le S' de Veuduille, pour entendre à quelle fin ilz tendoient. Et ("ut envoyé de leur part le S' de iMontigny, lequel, de la part de ceulx de dedens, pour pluiseurs considérations (|u"iiz allégoyenl , oHVoyent de meclie la place es mains dndict conte de Heulx, au nom de l'Empereur, avec aucunes conditions. Quoy voyant, fut cessée pour quelque temps ladicte batterye; et voyant que l'accord ne se t'aisoil, fut renvoyé ledict de Monligny au cbasteau , et la batterye recommenchée et continuée jusques à la niiicl.

Le lendemain, avant le joui , ont derecliief demandé d'estie ouyz, el ont envoyé trois gentilzhommes de leur part; et de Celle de mondicl S"" du Reulx y est allé les S" de lUignicourf , Glajon , Veuduille et Tboulouze; et, après pluiseurs altercations assez longues, se sont accordez selon lescript sur ce faicl , lequel a esté aggiéé et signé d'une part el d'autre. Et y est survenu le S' de (lenlv, lequel a apporté ledict escript, signé dudicl S'

de Rasse, et prinscelluv signé diidicl coule de P»eulx. El incontinent, ce fait, sont entrez audict chasteau lesdicts de Yenduille et Tliouloiize, selon qu'il avoit esté ordonné par ledict S"^ de Reulx. Et peu après, environ une heure après midi, sont sortis dudict chasteau en nomhre de unze à douze cens hommes, lanl de pied que de cheval , entre lesqnelz y avoit quatre enseignes : deux vielles, et deux nouvelles; une desdicles vielles estovent Gascons, et les gens de cheval estoit la compaignie du S*" de Maillereyt, selon que avoit esté traicté (I). Dont adverti , ledict de Reulx commanda audict de Thoulouze de partir en dilligence , afin dadverlir Sa Majesté de tout ce qu'estoit passé.

(Minute ou copie du temps, aux Archives du royaume : Lettres des seigneurs, t. VII, fol. r,^(^.)

Capitulation de Hesdin : ;> noven)hre 1 5o2 .

.\ujourd'hui, v*" jour de novemhre XV'' cin(|nante-(leu\ , f'usl arreslé, en la ville de Hesdin , entre les seigneurs de Biignicourt, Glajon et Yenduille, au nom de nions' le conte de Reulx, lieutenant général de l'armée de l'Empereur, d'une part, et les S" dp Saint-Luc, Montignv et Eigiay, au nom du S' de Ras.se, lieule-

(I) Ces troupes prirent le chemin d'Abbeville, où était M. de Vendôme, qui fit fermer les portes de la ville, pour les empêcher d\v entrer, en les appelant des traîtres. (Lettre de la reine de Honfjrie à (Iharles-Ouint, du 8 no\euihre, citée dans des notes du comte de Wynants, direcleiw [général des Archives avant 1794.)

naiil pour le roy de France au chasteau de llesdiii, daulie, ce qui sensu y l :

Premier, ([lie ledict lieutenant pour le roy et tous aullres de service dudicl seigneur roy, estans audict chasteau, sortiront avec leurs armes et bagaiges, leurs enseignes despliées portées sur l'espauUe, emmenant lescharriotz qu'ilz peuvent avoir, pour y mectre sus leurs bardes.

Oultre et par dessus ce, pourront emmener quatre couleuvrines bastardes, à choisir, avec pouldre et boulletz, pour tirer xM coups chascune.

Et leur seront baillié xn chevaulx pour mener chascune desdicles pièces jusques à Donipière, ensemble un cbarriot pour ladicte munition : lesquelz cbevaulx et chariot ilz seront tenuz (le renvoyer incontinent, avec les conducteurs, et en donner bonne seureté.

lîien entendu qu'ilz seront tenuz de laisser audict chasteau toutes aultre.s munitions et vivres, sans en iceulx faire aulcune fraulde ou dégasl, et qu'ilz sortiront hors dudict chasteau entre cy et le midy.

bnvantaige, si en ladicte place y a quelque l»ourgeois ou autre du baiiliaige de llesdin qui se veiille retirer en France, le pourront faire, avec leurs meubles.

L)e cest appoinctement sont esté faiclz deux escriptz : i'ung signé dudict conte de Reulx, lequel a esté baillié au S"^ de Rasse, et l'autre signé dudict de Rasse, qu'est deniouré audict conte de Reulx.

Suyvant le susdict appoinctement, ceulx qu'estoient dedens ledict chasteau sont sortyz icelluy chasteau, envers ledict midy, avec conduyte de trois cent chevaulx nostres, une lieuwe long, alfiii d'éviter les foulles que par les nostres leur pourroienl eslr^ fait.

(Copie (lu temps, aii\ AnMiivo ilii lovaiinifi : Lettres des seigneurs , i. Mil, M. 41.)

Lettre de In rci)ie Marie de Hofujric (iii vlniui^dier de Brabanl (1), lui ordonnant de faire faire de.< processions dans les villes de celte firovince, afin de retiierrier !)ien de ce (fue V Angleterre est retournée à la reli(jion catholiiine : 10 décenibie

M.4RIt, l'AR I.\ (JKVCF, DE DiEIJ, HOYNE DOUVICIÈRE DE HONORIE ,

DE Bohême, etc., Régente.

ïrès-chier et bien amé. ayant rEnipereur inonsei2;neiir naguerres enteiuln du roy d'Angleterre, son fîlz, monsieur mon nepveii , l'unanime résolution des estatz dudict royaultne, assamblez en parlement, endroit le point de l'observance de nostre saincte foy et religion , et que, en rejectant toutes sectes et divisions, se sont n;mis en l'ancienne obéyssauce et nnyon de l'Église catholique, trouvansqiie telles divisions n'avoyerit causé que tous maulx et inconvéniens audict royaulme : par on se peult manifestement appercevoir la grande grfice qu'il a pieu à Dieu, nostre créalour, démonstrer pour l'eslablissement de l'beureux et pacifique règne dudict seigneur roy et de madame ma niepce la royne d'Angleterre, sa compaigne, et dont résulte et dépend aussi grandement le bien des subgectz de Sa Majesté Impériale en ses pays de par deçà , tant en la salutaire conservation et concorde d'une niesme religion, que pour la prospérité des clioses temporelles, il a samblé à Sadicte Majesté que tous

(I) La même lettre fui adiessée aux conseils «le justice ou aux {{ouveriieurs «les autres provinces.

bous subgeclz se doibvent de ce graiideineiil lesjoiiyr, et ;i\rc elle et nous en louer et rendre içrâces à Dieu, nostre crénleiir. Suyv.'int quoy, et le coniniandenienl el désir dicelle Sa Majesté Impériale, nous vous re(|iiér()ns el ordonnons de mander el faire l'aire, es principales villes du pays el ducé de Brahatit, sicomme Loiivain , Bruxelles, Anvers et l>ois-le-l)ur, processions iïénérales et solempnelles, avec actions de grâces qu'il a pieu à sa divine bonté de condnyre et îçuyder à si bonne fin les ■iiraires dndict royanlnie d'Angleterre, et j)ryères (|iie le tout [Miisse tourner à riionueiir de son saint service el Tédilicalion de son esiçlise : faisant ce (|ue dessus déclarer aux prédicateurs eu icelles villes, alin de le publier el anuncei' au |)euple, avec loutesfois la discrétion requise (I), conforme à ce que dessus, el sans seslari;ir aucunement davantage. A tant, etc. De Bruxelles, le x"^ de décembie 1554.

( Vlinutc, aux Archives du royaume ; Lcltirs di's sehjnenrs, l. XUi, fol. AM'd.)

(I) .\|)iès ces mois, la ininiile portail d'abord : » sans s'eslargir aucuue- •• menl en propos (jui jwurroient donner aux naturelz dudicl rovaidme, ou » aultres, aucun rcsentement des choses j)assécs, n)ais seiillcnient déclarer ■- el remonslrer, en lei'nies jjéiiérauK el brielvenient, les niaulx el iucoiivé- '■ iiiens (jui proviennent el s'enjjendreul des dissenlions en la teîijjion. el, " an contraire, le liien qui résulte à lous Kslatz de l'union et concoide la- ■ tholi(|ue , au salul des âmes et prospérité de tous suljgeclz; les enhorlant, - par tous bons moyens, au soigneulx enlretènemenl d'icelle uii^on «

Le président Vij'lius billa loul ce passa^fe, et le remplaça par les mois (juou lil dans la lellre.

Lettre de Philippe 11 un receveur ci v Zélamle, touchant une bande d'Egyptiens qui acuit dèbarfpié en celle province : 50 mars looo avant Pâques (1556, n. st.).

Dt: PAR I.E Roï.

Cliier et féal, nous avons recen voz lellres du .vxvi* de ce mois, V joinct les informations et inlerrogatz par vous tenuz à la charge de pluiseurs personnes, tant d'honnnes que femmes, nagnères arrivez en Zellande dez nostre rovanlme d'Kngleterre, allans en guyse et accouslremens dKgiptiens, par vous appréhendez: à rendroicl desquelz désirez savoir nostre inlencion comme vous aurez à rigler. Pour à quoy respondre, ne doublons que povez estre souvenant des placcars par cy-devant publiez contre les Égipliens et vagabondes. Mais, conmie iceulx peult-estre ne sont en long temps esté republiez oudict Zellande, et que lesdicls prisonniers sont en grand nombre, ce seroit chose dure de procéder contre tous selon la rigueur desdicls placcars : par où nous a samblé (|ue pounc-z les aucuns d'entre eulx , que trouverez les plus coulpables et snspeclz, bien et estroictement faire interrogner, pour, s il se trouve matière, en Aùre la justice, aflin de donner craincte aux autres de ne retourner si légièrement en noz pays de par deçà; lcs(pielz vous bannirez hors iceulx, leur dépendant de se rejoindre, sur painede la hart. A tant, chieret féal, etc. De Bruxelles, le pénuUiesme jour de mars 1555 avant Pasques.

Au has : Au receveur de Zellande, .Hiérosnie Sandelin.

^Miiiiile, aux AiL'hi\cs du ro\aiiinc.)

Lettre de Philippe II au seigneur de Ccurrières, (jouverneur de Lille, Douai et Orchies, au sujet d'une confrérie dite des Comptignons du pourpoint, cjui sétait établie ù Lille et dans les villes voisines : 20 mai 1 556.

Le Roy.

Très-cliier el léal , nous sommes esté acivcilis comme, depuis aucunes années en çà , en la ville de Lille et autres villes voisines, s est dressé une sorte de confrérie de gens de diverses qualitez, laquelle confrérie se appelle la confrérie des contpaignons du pourpoint , el consiste en ce que, avant que d'estre receu eu icelle, cculx qui désirent y entrer font sèrement de tenir secret ce (juese fait en ladicle confrérie; et, après avoir preste tel serment, ilz y sont receuz. Et s'en vont iceulx confrères souvent de ville en ville veoir leurs compaignons; et, y eslans arrivez, ceuix d'icelles villes les logent et nourrissent à leurs despens; et s'entre-congnoissent iceulx compaignons par signes que nul entend que eulx-mesmes (I) ; aussy qu'il y a entre eulx aucuns mal condicionnez et aucuns suspectz de mal sentir de la foy. Et, pour ce que nous trouvons ces choses de très-dangeureuse conséquence, el soubz umbre de quoy se pourroient mener autres practiques préjudiciables à nous, noz pays et subgectz, nous vous requérons el néantmoins ordonnons vous bien enquérir sur le tout, et y pourveoir de sorte que inconvénient n'adviègnc.

A tant, e'.c. De Bruxelles, le xx'"'' de n)ay 1550.

(Minute, aux Archives du royaume, collection des papiers d'iital.)

(1) Toutes ces indications semblent avoir beaucoup de rapport avec la Iranc-niaconneric.

Deux lettres du secrétaire Courtewille (I) au président Vifjlius, sur l'arrivée, ta réception et les actions de Philippe II en Angleterre : 25 iDJU's et 28 avril 1557.

PREMIÈRE LETTRE

Monseigneur, le non avoir sceu que ce courier dehvoil partir, et la hasle qu'il monstre avoir, nie garderont de vous faire longue lettre.

Le roy arrivai le xvi"" de ce mois à Gravelines , où je Tavois jà attendu v ou vi jours. Le lendemain, vint au giste à (Valais. El, à l'entrj^e des limites d'Angleterre, le conte de Peinbroke, le déhitis dudicl (lalais et plusieurs aullres millords vindrenl recevoir Sa Majesté, comme je ne doubte aurez esté adverty par la voye de ceulx qui se prépariont jà pour aller à Bruxelles, se plaindre de la foulle des Espaignols et aultres y aians esté logés; laquelle je crains n'advancera en rien les aydes des Flamands.

Dois ledict Calais, Sa Majesté s'embarquoit le xv!!!*", vers le niidy, avecq ung temps bien beau et assés calme ; toutesfois arrivil au niesmesoir à Douvres. Le xix'"*, print la poste jiis<[ues à Selinborne, ix lieues de là, et, le xx""*, vint trouver la royne à (^roenwyts (2), cependant que le train marchoit vers ceste ville, où Sadi<'te Majesté arrivit aussi avant-hier, à sçavoir : eu batteau jusques au chasteau ou la Tour de Londres, et puis à cheval par dedens la ville, accosté de la royne, qui alloit en litière ouverte par lehault. Vous entendes bien qu'il n'y avoitfaulle de specla-

(I) En parlant pour TAngleleiTe, Philippe II avait nommé .Ionsc t\c (Joiir- Icwillc secrétaire d'État pour les affaires des Pays-Bas, pics de sa personne. {•2) Grccnwich.

tours, nyde lionoy (I). A mon jugement, la commune s'en contenta bien , et le récent allègrement. J'entens que les ministres de France ont belle poeur que ceste nation ne se déclare (2) : le temps descouvrira s'ils Tauront eue avecq raison.

Il ne tiendra à Sa .Majesté, par faulte de monstrer bon visaige, (|ue les choses ne succèdent en bien. Passant par Ganlurbye (5), ung jeune escollier le vint prendre et mectre à l'amende, pour ce qu'il estoit entré en l'église avecq ses espérons, et paya Sa Majesté quelque nombre de pièces d'or : dont les manans eurent grand contentement, blasonant l'humanité grande (4); et mon hoste ne m'entretint tout le souper quasi d'autre chose, disant que le mesme estoit advenu au roy Henry.

Les ducesses de Lorayne et de Parme sont arrivées à iv lieues près d'icy, et les altend-l'on en ceste court de jour à aultre. Les dames qui sont en leur train ont bien apprins à dancher entre Douvres et Calais sans méneslrier, car la mer estoit brave et enflée à leur passaige : je ne dis le reste, qui advient communément, en tel temps et lieu, à ceulx qui ne sont accoustuniés de la mer. Les grands festins des quaresmeaux les grièvent de moings.

Je tiens que vous avés esté adverty de l'arrivée du Moscovitte en ce royaulme, que l'on dicl estre passé par la Mer Froide, et que l'on tenoit innavigable. La royne l'a fait icy tarder jusques à l'arrivée du roy; et aujourd'huy a-t-il esté mené vers Leurs

(I) Sic.

(•2) C'est ce qui en cffel (!iil lieu peu de temps après.

(ô) Cautorbéry.

(4) Jean Micheli, qui était, à celte époque, ambassadeur de Veni.se en Angleterre, fait le plus grand éloge, dans sa relation au sénat, de la manière dont Philippe II se conduisait envers la reine et la nation anglaise; il termine ainsi les détails diiis Icîsqucis il enire à cet égard : > Tutle le qiiali cose ^ l'anno die (juanlo alla persona sua, non solo sia ben voluto ed aniato da » ciascuno, ma anco desideralo, etc. ■ {Rckizioni degli ambasciatori vencti ulsenato, publiées par M. Alberi; Florence, 1840, 1" série, t. II, p. 345.)

Majestez, au droict costel de l'évesque de Londres, ucconipagné de plusieurs chevaliers de l'ordre et autres, accoustré, assez à la turquesque, d'ung liabillenient long jusqu'en terre, de velour pouriillé d'or, cl sur la teste force pierreryes : si de Clal»beque [i) ou aultres, je m'en rapporte. 11 y marchoit quatre de ses serviteurs devant luy, accouslrés à l'advenant d'une mesnie fachon, et deulx derrière, qui porliont chascun ung fardeau que aucuns disiont estre sables (2), aultres aultre cliose, pour en faire présent à Leurs Majestez. P^t, comme je me voulus enquérir du surplus, j'eus nouvelles du parlement de ce courier, que ne me sembloit se debvoir oublier; et par ainsy je suis force vous laisser le compte à dcmy.

Le pain nest icy moins cher que en Flandre, mais le fourage et avoine trop plus, de sorte que mes chevaulx mengent l'ung l'aultre : j'appelle qu'il me fault vendre les ungs, pour nourrir les aultres. X la reste, les choses sont assés à raisonnable prix, signament le vin, dont le lot ne cousle que trois patars : mais, sur l'or, l'on perd environ le xx""^ denier.

L'ambassadeur Renard est icy, mais non le président de Flandres (5).

Monseigneur, l'on me vient dire que, si je n'envoyé mon pacquel, il demeurera derrière: par où je feray la lin , me recommandant très-buuiblement à voslre bonne grâce, suppliant au Créateur vous donner, etc. De Londres, le xxv'"* de mars 1557. Yostre très-humble et obéissant serviteur,

COURTEWILLE.

(1) Allusion à des pierres qui, quelques années au|)aravanl, avaient clé trouvées à Ciablick en Brabaut, et (ju'on avait \oulu faire passer pour des pieri-es précieuses.

(2) Sables, zibelines.

(3) Adiien Vander Burch. |)résidenldu conseil de Flandre, avait été noinnié par le roi yarde des sceaux des Pa\s-Bas piès de sa ])ersonne. Il mourut le 1" juillet 1357.

DEUXIKME LETTRE.

Monseigneur, j'ay receu la lettie qu'il vous a pieu m'escripre du XX* de ce mois : dont je vous reniercie bien humblement; et n'eusse tant tardé à respondre, s'il eust pleust à Sa Ma[esté plus tost redépescber ce courier : à quoy elle n'a peu entendre pour aultres alfaires. Et certes, Sadicte Majesté besoigne tempre et tard avec ceulx de ceste nation : que me donne espoir de quelcque fructueuse issue, encoires que je ne sceusse enfonser la conclusion.

J'entends que Ton a jà donné ordre du costel d'Escosse, sur l'adverlissement de Hans Bernart.

Leurs Majeslez ont passé leurs pasques à Groenwyts, deux lieues d'icy, avecq les solemnités accoustumées, comme de laver les pieds aux pauvres le blancq jeudy , bénire des anneaux manipelitis(i) levendredy sainct, et aultres choses que j'obmets, pour estre ordinaires. Les festes pascales se sont passées avec force danses, combats de dagges aux ours, thorcaux et cinges à cheval.

Le roy a tenu l'ordre de la Jarretière en ceste ville, et fait trois nouveaux chevaliers, à scavoir : le débitis d'Irlande, millord Cray, gouverneur de Ghysnes, et le grand coutrosleur.

Et, comme Sa Majesté estoit de chemin pour aller le mesnje jour aux vespres, avecq son accouslrement de pourpre, accompagné de seigneurs chevaliers accoustrés de mesme, et de la royne, le .Moscovilte dont je vous ay par ci-devant escript vint prendre congé à Leurs Majestez, et d'abbordée fit la révérence à la mode de son pais , qu'esloit de clyner son corps à la façon de cordeliers, et toucher la terre de la main droitte; puis se mit à liarenguor en son langaige, que fut interprété par un second en angiois, et par un tiers en espaignol; et entens que

(1) Sir.

c estoient propos honesles de reniercînienls de l'honneur el bon recenil qu'il avoit icy trouvé, el qu'il prioil à Dieu maintenir Leurs Majeslez tant qu'ils eussent veu les enfans de leurs enfans. L'on dit qu'il y a six balteaulx anglois prests pour partir avecq luy, et expéiinienler la fortune : mais il y en a qui douhlenl de leur retour, estimant que, s'ils tombent es mains de sulijecls de jNourwèghe, l)an('marc(|ue, Zweden ou aultres princes qui dominent vers le mesme climat , l'on les mectra au fond, pour eschever le dansrer où ils poiirioiit tomber ci-après, si les Moscovitles aprendroient à cognoislre le chemin.

La royiie donil dimanche au soir un bancquel bien magnifîcfjue, où elle fut accoiislrée en drap d'or. Le roy et elle ftirent assis au mitant . dessoubs le dosseret, à sçavoir : le roy au costel gauche, et la royne au droicl; la duccsse de Lorraine au costel droit de la royiie, et celle de Parme au costel gauche du roy, avec son petit- llls le prince de l*arme, qui esloil aussi assis en bas de madame sa mère, bonnet en teste : Uicilu decisio coniroversiae quam praecedcndt Hesùhriuin pe/wrerat in advenlu.

Je tiens que vous aurez bientost de delà la ducesse de Parme, et dit-on que l'aullre la suyvra d'icy à vui ou x jours.

11 n'est encoires aucune mention de nostre retour (I), et tiens que l'on s'y conduira selon les nouvelles que Ton aura de Rui Comès, et selon l'apparence qu'il y aura qu'il arrivera tost ou tard. L'on est icy en peyne de ce ({ue don Louis de Caravasal {'■2) n'est encoires arrivé, et de tant plus pour ce que Ion a eu nouvelles qu'il estoit prest à faire voile au commencement de ce mois. S'il fault (pi'il viègue et retourne derechief en Espaigne, avant que ledict S' Hui (lomès s'enibarque, comme aucuns pensent que l'on auroil couclud. Dieu doint que le nerf de la guerre ne faille cependant. Ung ministre principal dudict S"" Rui Gomès, qui illi esl a secretis, m'a dit qu'il pense cerlaineraent

(1) Philippe ne quitta l'Angleteire que le 6 juillet 1557. Ce joui-là il prit congé, à Douvres, de la reine Marie Tudor, qu'il ne revit plus.

(2) bon Luis de (^arvajal, ca|)ilaine général de Vartnada de Guipiizcoa,

ïjjie son maistrp vipndrn quant ei (I) lediel don I>oiiis , et qiîe h ce propos lediol don Lonis niiroii esté conlreniaiMli' de la princesse de Porluçcal. En ce cas, ledici don Louis pourvoit bienvenir trop lard; mais l'anltre debvroit apparentement venir tant pins tost. A tant.monseiiinenr, à vostiebonnegrâce nicreconimoiule, etc. De Londres, le xwiu"'" d'avril ITioT.

Vostre très-luimble serviteur,

(jOUUTEWILLE.

(Coj)ies (lu XVill""' siècle, aux Archives du rovaump : Collection des documenls liistoriques , t. X, loi. 1 15 cl 11 y.)

Lettre de rarcliidurliesse Marie-Anne et du (lue Cliarlex-Alexanilre de Lorraine à l'itnpératrice Marie- Thérèse, sur leur arrivée aux Pays-Bas, et leur réception à Anvers , Mutines et Bruxelles : iLl mars \~M.

Madame, quoique, faute de temps, nous ne puissions pas faire aujourd'Ilui une relation exacte et détaillée de notre lonij et pénible voyage, nous crovons cependant de notre devoir indispensable de porter à la royale connoissance de Votre Sacrée Majesté qu'ayant passé la nuit du 25 au '21 de ce mois à Gioot-Sutidert , tel litoire de la réptibli(pie des Provinces-L'nies , où nous ;ivons trouvé la duchesse d A renberg , nous en sommes partis de bonne beure, et nous sommes arrivés le 2i , à dix beures du malin, à Wesl-VVezel , premier village de la don)ination de Votre Majesté, où le comte de Kônigsegg nous av;iit attendus depuis le 22, avec un détachement de dragons.

(1) Çuaiil et , avec,

C'est le même jour, 24, que nous avons fait notre entrée à Anvers, à une lienre et demie de l'après-midi , sous l'escorte d'un escadron de dragons, au bruit du canon, tant du château que de la ville, et au son de toutes les cloches; et, quoique le temps fût des plus désagréables, le magistrat et le peuple n'ont pas moins témoigné leur joie, tant par des arcs de triomphe que par des ornements faits aux maisons, et par d'autres démonstrations publiques. Le magistrat d'Anvers nous complimenta à la porte de la ville, dont les clefs nous furent présentées par la fille d'un des principaux habitants de la ville, très-proprement ajustée; nous trouvâmes la bourgeoisie rangée hors de la ville, et la garnison sur la grande place de Mer, le commandant et lieutenant-gouverneur du château d'Anvers à sa tète. Venant à l'abbaye de S'-Michel , où nous avons logé, nous y avons trouvé les députés des étals de lîrabant, l'évèque d'Anvers avec son chapitre, grand nombre de dames, tant de celles qui sont de naissance à pouvoir aller à la cour que de celles de la ville, outre plusieurs cavaliers, tant de ce pays qu'étrangers.

Après un court intervalle, nous ;ivons donné audience, en premier lieu, auxdits députés des états de Brabant, en second à l'évèque et chapitre d'Anvers, en troisième aux commandant et officiers de la garnison , et aux dames : après quoi le prince de Hornes a prêté son serment de grand écuyer entre nos mains. Le magistrat nous ayant ensuite présenté le vin d'honneur, nous avons soupe dans la retirade, et il y a eu des illuminations et feux de joie pendant presque toute la nuit.

Le lendemain iî,'), nous sommes partis d'Anvers à midi ou environ, et nous fûmes salués du canon, ainsi que nous lavions été en entrant, et escortés toujours par des délachemenisdes dragons de Styrum et de Ligne , qui étoient placés de distance en distance, le long du chemin d'.Vnvers à Malines. Nous arrivâmes en cette dernière ville à trois heures après midi, reçus aussi au bruit du canon et au s!:n des cloches, etc., avec des cérémonies à peu près pareilles à celles pratiquées à Anvers, deux bataillons du second nouveau régiment étant rangés sur la Grande Place, le colonel

prince d'Arenberg à leur tête, et les bourgeois et serments étant tons en babil de cérémonie.

Notre logement étant préparé à la commanderie de Pizzenboiirg, nous v avons trouvé le cardinal archevêque de Malines, en camail et rochet, avec le chapitre de sa cathédrale, le grand conseil en corps, et plusieurs dames et cavaliers, tant de Bruxelles et de Malines (pi'autres; et, après les avoir admis successivement à notre audience, le magistrat nous présenta le vin d'honneur, conduit sur un beau char, et accompagné d'une belle cavalcade des étudiants, léglée par les pères jésuites. Nous soupàmes encore dans la relirade; mais il y eut une grande table pour les dames et cavaliers de la cour, aussi bien que pour d'autres qui y furent invités.

Les cavaliers et dames qui étoient venus de Bruxelles y retournèrent le même soir, de même que le comte de Konigsegg, qui étoit resté avec nous jusque lors, et qui a procuré par sos soins que le tout s'est passé avec ordre et arrangement; et, comme les dames de la cour dévoient s'habiller en gala à Malines. pour faire l'entrée le jour suivant à Bruxelles, j'ai Aiit venir de cette dernière ville audit MalTnes les demoiselles d'Arberg et de Liedekerke, pour pouvoir faire l'entrée tout de suite, sans nous arrêter en chemin.

Nous sommes partis de Malines hier, 2G mars, à onze heures et demie, et nous sommes arrivés au pont de Laeken un peu avant deux heures, où nous avons trouvé nos carrosses de parade et ceux des dames de la cour, le comte de Konigsegg-Erps avec la noblesse et la géuéralilé (I), tant de Votre Majesté qu'angloise, à cheval, outre trois régiinens de cavalerie des gardes britanniques, dont l'un ouvrit et l'autre ferma la marche, tandis que les compagnies des archers et hallebardiers, gardes de Votre Majesté, marchoieut à ciMé de notre carrosse, où étant entrés, nous nous avançâmes avec ce cortéiie vers la ville de Bruxelles,

I) La généralité, les généraux.

dont le magistral se trotlva à la porte, et noiiS éii pr«^sénlà Ips

clefs (I).

Toutes les maisons des rues de notre passai^e étoient ornées, soit avec des tapisseries et tablenux, ou des verdures; il y avoit différents arcs de triomphe. Et, conduits par le même cortège, et les bourgeois qui s'y étoient joints, partie avec des flambeaux de cire blanche à la main, partie sous les armes, nous avons continué notre marche, toujours sous le bruit du canon et au son de toutes les cloches , jusqu'à l'église collégiale de S'*-Gudule, où nous fûmes reçus par le susdit cardinal et le chapitre de la même église. Après que le Te Dcum y eut été chanté , nous continuTimes notre route vers l'hAtel d'Orange ('2), que nous habitons, deux bataillons anglois et le régiment des gardes du corps angloises, à cheval, étant ranges en haie depuis l'église de S'*'-Gudule jus- (lu'audit hôtel , où nous trouvâmes, au pied de l'escalier, les trois Conseils collatéraux en corps, les dames en habits de cour de grand gala , et plusieurs cavaliers qui n'étoient pas en état de nous suivre, à notre entrée, à cheval.

Il est dillicile d'exprimer la quantiti' de monde ((ui se trouvoit aux fenêtres des njaisous. et du peuple qu'il y avoii dans les rues de notre passage; mais le non)hre de la noblesse, du ministère et d'autre beau monde que nous avons trouvé à la cour, nétoit pas moins considérable, et il paroissoit partout ime joie générale.

Après être restés quelque temps dans la chanibre des Miroirs avec les dames, nous admîmes à notre audience les trois conseils collatéraux, et leçûines ensuite les compliments des générajix et olliciers anglois et hollandois, qui nous furent présentés; et, après avoir demeuré encore quehpie temps dans l'antichambre et dans ladite chambre des Miroirs, nous nous relirAmes. Mais, aujourd'hui et demain, nous comptons de dîner et souper en

(1) ^ ov. Y Histoire de Bruxethx , par MM. Henné et Wanlers, lome II, p. 250.

{•}) .\iijoiird'li(ii le Musée,

public, et de donner andience aux autres conseils, députés des états et villes, et autres corps de ce pays, qui viendront successivement !a demander.

Le soir, toute la ville é(oit illuminée : les maisons de la noblesse et du minisière avec des flambeaux de cire blanche, et celles des bourgeois avec des lanternes ou chandelles; et ces illumiiialions , ainsi que les salves de l'artillerie et les feux de joie, seront encore répétés ce soir et demain , auquel jour le magistrat de cette ville sera admis à notre audience, |)our nous présenter les vins d'honneur, avec le piésent ordinaire, lequel nous apprenons être de trente-cinq mille florins, et qui n'a été que de (piatre mille ducats à Anvers, par rapport au mauvais état des linancos de ladite ville, dé[)érissante faute de commerce.

.Nous nous bornons, pour celle fois, à rendre compte à Votre Majesté de ce que dessus; et nous ne manquerons pas de lui faire ensuite successivement nos très-humbles relations sur les matières de ce gouverneiiieiit que Votre Majesté a daigné nous confier, et dans l'administration duquel nous lâcherons de répondre à tous égards à son attente, en l'assurant que nous n'aurons jamais d'autre but que celui du bien de son royal service.

A tant. Madame, nous prions Dieu qu'il donne à Votre Majesté, en parfaite sanlé, très-longue et heureuse vie.

De Bruxelles, le 27 mars 1744.

Madame,

De Votre Sacrée Majesté

La très-humble, très-nbéi.ssante Le Irès-humble, très-obéissant et tidelle sceur et servante, et très-fidel beau frère et

Mabik-Annk. serviteur,

Ch.\rles de Lorraine.

(Original, aux Archives du royaume, collection

(le la chancf>l!eiip des Pavs-Ras, à tienne )

ex.

Lettre du duc Charles de Lorraine à Marie-Thérèse , sur la récpption qui lai a été faite à Lonvain et à Bru.rclles, à son retour aux Pays-lias : io avril 1749.

Madame, ce fut le :2I de ce moi.s que j'arrivai heiireusemenl sur les fronlières du Brabant. .le trouvai à TirleinonI, outre les députés des élats de Brahanl, le duc d'Arenberg et le marquis de Hotta-Adorno, avec le secrétaire d'Iùat et lie guerre : tous m'infornièreut que le magistrat et les babilants de Louvaiii, ayaul fait des |>ré]>aratifs extraordinaires pour ma réception, soubaitoient ardemment <jiie je m'y arrêtasse au moins vingt-quatre beures.

Pour me rendre à leurs désirs, je passai la nuit à Tiilemont, aiiu dètre le lendemain de bonne beure à Louvain, où effectivement l'on me fit une réceplioîi aussi éclatante par la magnificence, que toucbanle parla joie indicible des babilants, (pii alla jusques à leutbousiasme. J y passai la nuit; et aujourdbui, vers les trois heures de l'après-midi, j'ai fait mon entrée publique en cette ville, au milieu des acclamations d'un peuple (jui ne cesse pas de me marquer sou allégresse et ses transports (I).

Je viens de donner audience aux trois conseils collatéraux, et c'est à quoi se borneront les fonctions publiques de cejourd'bui.

Je n'entre point dans un plus grand détail de ma réception d'ici, croyant ne devoir pas tarder d'informer Votre Sacrée Majesté de mon beureuse arrivée, et me réservant de lui eu rendre compte plus amplement aux premiers jours : je dois seulement V ajouter encore que toute la ville est sur pied, en mouvement

(1 ) Voy Vf/istnire de BruxfUes, par MM, Henné cl Waiilers, t. II , p. 277.

et en cris de joie, et que cette nuit sera encore plus bruyante, par les illnniinations qui vont commencer.

A tant, Madame, je prie Dieu qu'il donne à Voire Sacrée Majesté Impériale cl lloyale , en parfaite santé, très-longue et heureuse vie.

Madame,

De Voire Sacrée .Majesté Impériale et Royale,

Le très-luimble et très-obéissant serviteur et irès-lidel beau-frère,

Ch.VRLLS DL LOKKAI.NE.

.\ Brusselles, le :25 avril 1749.

(Ori{}inaI, aux Aicliives du ro\auine, coîlcclioii ^ (le la chaucelleiie des Pavs-Bas, à Meune.)

ConstiUc du conml privé sur Corifjinc et les foiiclioiis de l'avocat et procureur élubli pour les Pays-Bus près lu chambre iuipériale de Welzlar, et sur l'ulilUé ou l'inulililé de cet emploi : 8 avril 1750 (I).

Monseigneur (2), à roccasion des trois listes des emplois civils de notre département, présentées à Votre Altesse Royale par noire consulte du 7 octobre 1710, elle nous informe, par son décret du 18 février dernier, qu'il a été remarqué que nous

(1) Cette consulte fut rédij^ée par le conseiller de Nén\, ((ui depuis devint chef et j)résident du conseil privé.

(2) Leduc Cliarles-Alexandrede Lorraine, gouverneurgOncral desPa\s-Bas.

V parlons de l'emploi (ï avocat et procureur à la cliaiiihie impériale de S|)ire, établie présentement à Welzlaer; V. A. R. ajoiile que Sa Majesté, parsa royale dépèche du ôl janviei'dernier, désire des éclaircissements sur cet emploi, nommément snr la question s'il pourroit être avantageux pour son service de le faire revivre; et V. A. R. nous cliarire en conséquence de l'infornier, au plus tôt, de l'origine, consistence, utilité ou inutilité du même emploi, afin qu'elle puisse être en état de donner à S. M. les éclaircissements qu'elle demande.

Pour y satisfaire, nous aurons l'honneur d'observer que, l'empereur Maximilien, qui avoit épousé l'héritière de Rourgogne, cherchant à établir une union entre les Étals qui composoient cette riche succession et l'Empire, il les érigea en dixième cercle, sous le nom de cercle de Bourgogne.

L'affaire souffrit d'abord des difficultés, tant du côté de l'Empire que du côté des étals des Pays- Ras : mais l'empereur (Charles V, petit-fils de Maximilien, qui avoit des ra'^ons supérieures pour faire exécuter l'union, n)énagea enfin la fameuse transaction d'Augsbourg, du '26 juin 1548, qui se trouve en latin au T"" tome des Placarda de Rrahant , fol. oSI (!).

Par cette union conclue avec l'Empire, et sous la ratification des étals des Pays- Ras, ces pays et le comté de Rourgogne furent érigés pour toujours en cercle de l'Empire, sous le nom de cercle de Bourgogne , érection qui fut confirmée par l'article iv du traité de Munster entre l'Empereur et la France.

En verlu de la transaction d'Augsbourg, les souverains des Pays-Ras sont en droit d'avoir voix et séance à la diète de l'Empire, sur le même pied que l'archiduc d'Autriche, et ci-devant ils y ont toujours eu des ministres natifs et à litre des mêmes pays.

Nous trouvons que, d'abord après la conclusion de cette trans-

(1) Celte pièce n'est pas correcte ; on peut voir la transaction, en allemand, flans Schmauss, Corp. jtir. S. /f. I. academicum,\y. lôl, de l'édition de Leipzig, 1715, (Note du conseiller Nény.)

action, rEmpereur cooimit une personne, sous lo lilie do sou avocat et procureur , pour veiller, dans la chambre impériale de Spire, à la conservation de ses intérêts, connue souverain des Pays-Bas.

l.e premier (pii fut pourvu de cette commission se nonmioil W<)lf(]UV(i Rrdjnniiujk. \\ étoit docteur eu droit, et il y eut deux commissions d'expédiées en sa faveur.

La première, qui est en françois , est datée d'Anvers du I b septembre I5i9; rKmperenr l'élahlit « sou avocat et procureur n eu sa chambre impériale à Spire, pour doresnavaut le seivir » en icelui état, soutenir et défendre ses hauteur et jurisdic- » tiou , ensemble les droits, priviléa:es et franchises de ses pavs » de par deçà, et généralemeul faire tout ce (|u'il verroil coii- » venir poui' son service, bien, prouflit et utilité de sesdils » pays de par deçà, à la pension de cent florins d'or de xv batz )) par chacun an, dont il sera payé et conlenlé par le receveur » général de Rrabant au «piartier d'Anvt-rs, de demi eu dcuii- » an. p;ir égale portion, comme les assesseurs d'icelle chamhre M impériale, etc. »

Nous supposons (pie cette commission, (pii est exp'diée dans la forme de lettres patentes, sous le nom de l'Empereur, devoil servir pour la (pialilication particulière de lireynniugii, et poiiilui servir de titre pour la jouissance de la pension.

Il eut une autre commission, aussi expédiée dans la fornie de lettres patentes, sous le nom de l'Empereur; elle est eu latin, datée de Bruxelles du 14- novembre 1oi9,et nous avons vu le mandement original pour son expédition, adressé à raudiencicr, et signé par Marie d'Autriche, reine douairière de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas.

Voici les termes de celte commission : « Recognoscimus et » uotnuj facinius tenore praesentium universis, (piam saepe nii- » mero contiugat, ut iu judicio camerae iiostrae im[»erialis » causae incidaiit noslras terras patrimoniales iuferioi'is Gernia- » niae earumt|uesubdilosconceruenles, ipiae |uo jurium, exemp-

» lioniim cl libortaliiui eortiindem subtlitoiuin elleiraïuin nos- » U'ariim dcfensione, procuratoreni ibidem residentem desiderenl, 1) (jiiod nos, tamqiian) priiiceps enniindeiti iliîionum noslrarurn, » et nomivc ipsanim, honorahili ui docUuu nostrim» et Iiuperii » saci'ifidelemdilectumVVoirgangiim Breynningb.jurisutriiisque » doclorein, nostnim et earnindein terraiiim nostrarmn patrimo- >) ninlinni inlVriorisGernianiac cl lUirgundiac vcriirn el indiibila- » tum proc.iiratoi'em, negocioriiniqiie actoreni , in omnibus quae » in dicto judicio camerae nostrae imperialis incidere et dictas

» noslras provincias concernere possent, constiluin)us, cic

» danles ei plenanj faciiltatem et poleslalem , impiimis ad iiisi- » iiuandum pracdiclo noslro judicio imperialis camerae conven- » lioiiem ctlractalum itder nos, nomine praediclarum provincia- « riiin uostrarwH, et slahis sacri romani Jmperii, in proximis » nosliis comiliis imperialibus apiid Angnstam Vindelicoi'um )) liahiiis initum, nec }ion ad defendeinlum , ejusdcm Iruclalus » cifjore, om nia privilégia praelatorum, proceriun, nobilium et » aliurum staluum et siibdilorvm diclarum provinciarnin , etc.; » aliaqiie omnia et singnla procurandnm, faciendiim et geren- )) dum, quae pio deCendendis juribus, privilegiis, inïmunilatibus » et cxemptionibussupradictarum tenarum nostrarum palrimo-

» nialium necessaria videbuntur Quae omnia et singula |)ei'

» piaedictiim procuratoicm vel ejus substitulnm, vel stibstiluen- » duu), sicut praemittilur, gesta et acla, erunt nobis grata el )> lala : proniitlentes ea perpeluo et irrevocabiliter servattiros, )) dolo et fraude seniotis, etc. »

Il est assez clair, par les ternies que nous venons de transcrire, (|ue c'étoit celle coniniis.sion laliiie que Wolfgang lireynningh devoit produire à la cbambre impériale.

Il est chargé de signifier à la chambre la transaction d'Angsbouig, et de défendre les droits el privilèges des Pays-Bas et de leurs habitants et sujets : d'ailleurs , il n'y est pas parlé de sa pension , comme dans la première commission, dont le mandement est adresse à la chambre des conjples de Drabant.

Après Bievnniugh, il y eut un autre avocat et procureur du roi à la chambre de Spire, nommé Michel de Cadey : on ne trouve pas ses |)atentes; mais il est l'ait mention de son dccès <ians celles de son successeur, (pii se nommait David Haiipl, alias Cupido, et qui était aussi docteur en droit.

Les patentes de Haupl sont de l'an 15(31 ; niais on a omis dans la minute le mois et le jour de leur expédition. Elles sont en François, dans le même goiit (jue celles de Breynningh, aux mêmes gages, et expédiées pareillement an nom du roi, à la délibération de la duchesse de Parme , gouvernante, et le pourvu y est chargé de faire son serment « entre les mains de messire Viglius de » Svs'ichem, chef et président du conseil privé. »

Haupt eut pour successeur Jules Mari, pareillement docteur en droit. Ses patentes sont datées d'Anvers du 16 septembre 1574 : elles sont précisément dans le même goût et dans les njénies termes (jue les précédentes, et nous avons vu le mandement original pour sceller, signé du commandeur de Requesens, gouverneur général, et adressé à « nions' de S'-Bavon, » c'està-dire an chef et président Viglius, qui était prévôt de S^-Bavon, à Cand.

Laurent Voiiielius, pareillement docteur en droit, succéda à Haupt sur le même pied , par lettres patentes datées de Tournai du 5 avril 158^.

Il est à remarquer que. dans ces trois dernières patentes, après le pouvoir qui est donné au pourvu , « de faire généralement tout » ce qu'il verra convenir pour le service du roi , bien, prolil et » utilité de ses pays de par deçà, Ton trouve la clause suivante : » selon et en suivant les lettres de procuration que lui en avons » fait dépêcher : » ce qui prouve que, par-dessus les lettres patentes dont nous avons vu les minutes, on donnoit encore à ces olïiciers une commission ou procuration dans le goût de celle du 1 i novembre 1549, expédiée en latin en faveur de Breynningh, dont nous avons ci-dessus transcrit l'essentiel.

.\u reste, ce sont là les seules patentes dont on ail retrouvé les

ininules, el iiuiis igiiuruns i!ii Laurenl Voinelius a jamais élé remplacé.

Ces patentes suffisent néanmoins pour développer l'objet et les fonctions de Teuiploi dont il s'agit. Il en résulte bien clairement que l'avocat et procureur du roi pour les Pays-Bas à la chambre impériale étoil chargé d'y soutenir les droits de son maître, ainsi que les intérêts et les privilèges du pays, de ses vassaux, habitants el sujets, c'est-à-dire (|u'il étoil destiné à y remplir les principales fondions qui sont confiées dans les Pays-Bas aux ofliciers fiscaux, sauf que nous ne voyons pas s'il avoit entrée el voix dans la chambre.

L'établissement d'un pareil officier pouvoit êtie regardé conime utile, avant la séparation des Provinces-Unies, attendu que la grande étendue de frontière qui bordoil alors les pays de la domination du roi, du côté de l'Empire, pouvoit quelquefois donner lieu à des déniêlés ou à des incidens qui exigeoient le ministère d'un défenseur public.

Il paioît assez que c'est là le motif que l'on fît valoir pour f«mder l'établissement tle l'office dont il s'agit. Dans le fond, les provinces des Pavs-Bas, (juoiqu'iiiiies à IKmpiie sous le nom de cercle de Bourgoqne , ne pouvoient guère avoir des démêlés à la chambre impériale, puisqu'il est constant que, ni avant ni après la transaction d'Aiigsbourg, ces pays ne dépendoient en aucune manière de la juridiction des tribunaux de l'Empire, de .sorte (|ue, si la chambre im|)ériale s'est jamais trouvée dans le cas de devoir connoître des droits, privilèges ou prérogatives du pavs, ce ne peut avoir été que fort incideiitellemenl ( I ).

Mais l'empereur Charles V, qui se proposoit de laisser ses Etals héréditaires dWIlemagne à l'archiduc Ferdinand, son frère (:2),

(1) Voy., à ce sujet, (Ihiis les Anulevtei belgiques, 18ô0, iii-8 , p. 1 I()-l-':2, le> Irois coiiMild-s du conseil ))ii\é (!(••, aC) juillet, 'J octobre cl 'J décembre 17X0.

(2) Cliarles-ynint avait cédé à son frère les États hérédilaiies de la maison (r\niriclie, en Allemagne, bien avant la transaction d'Aujjsboury. Voj. p. ly", note 1.

piftiuil eu nièiue teins ses mesures puur eiupécliei' quoii ne pùi, sous aucun prétexte, contester à sa propre descendance les (jnaliricalions qu'exigent les constitutions de TEinpire, pour être élevé sur le Irùne impérial

(l'est là sans doute ce qui lui fit conclure la transaction d'Augsbourg, au moyen de laquelle le possesseur des Pays-IJas devint memlire de rEni|)ire. Ce preujier fondement jeté, l'Empereur ne négligea rien pour lâcher de procurer à son (ils de puissantes intliiences dans les atlaires de l'Empire , et de lui attirer la juste considération qui étoil due à un grand prince, tel qu'il étoit. Il est naturel de croire que, pour atteindre une partie de ce but, l'on employa dans l'Empire le |)lus d'officiers qu'il étoit possible, à litre du cercle de Bourgogne ( 1 ).

Toutes ces considérations cessent aujourd'hui. Cependant, puisque nos souverains ont été dans la possession de tenir un avocat et procureur en leur nom à la chambre impériale, il pourroil y avoir quelque utilité à ne pas négliger entièrement cette possession : sur quoi nous ne pouvons que ikmis en rapporter aux lumières supérieures de V. A. H.

Ce n'est pas que nous ne regardions un pareil officier comme fort inutile pour les intérêts actuels des l'ays-Bas; mais il n'y a mil inconvénientà en donner le simple titre, ce qui peut se faire sans aucune charge pour les finances de Sa Majesté.

Il n'est même pas nécessaire de choisir, pour cet effet , un naturel des Pays-Bas, ni un homme (jui soit instruit de leurs lois, de leurs usages ou de leurs maximes. Tout jurisconsulte résidant à Wctziaer pourra y être employé, ])uisqiie, suivant notre avis, il ne s'agiroit que de se conseiver la possession, au moyen d'un officier purement titulaire, sauf à employer, en cas de besoin, des persoimes plus intelligeules.

(I) Ce fnreiil des iiiolils il'uue tout autre iuipoilance que ceux alléjjués ici par INéii} , qui «lélerniiiièrenl Cliarles-(Juint à coiiclme la transaction crAujjsbourg.

Nous nous en i-eniellons néanmoins à la détermination éclairée de V. A. R.

Ainsi avisé au conseil privé de S. M., à Bruxelles, le 8 avril

IToO. SlLli.NH. V',

J.-J. Le Roy.

(Original, aux Archives du ro^'aumc, colleclion de la chancellerie des Pays-Bas, à Vienne.)

Lettre de l'archidiichesse Murie-Clirisliiic et du duc Albert de Suxe-Tescheu ô Joseph H, sur leur arrivée aux Pays Bas, leur réception à Tirlemont, Louvain et Bruxelles, et leur prise de possession du gouvernement général : 10 juillet 1781 .

Sire, nous croyons être de noire devoir de saisir le premier ïnoment de notre arrivée à Bruxelles, pour rendre compte à Voire Sacrée Majesté Impériale et Royale Apostolique de notre prise de possession du gouvernement qu'elle a daigné confier à nos soins, et à notre zèle et attachement pour les intérêts de son royal service et pour le bien général de ces provinces.

Arrivés à Tirlemont, première ville de la domination de Votre Majesté sur la roule que nous avons prise, nous y trouvâmes le prince de Starhemherg, qui nous présenta une députation extraordinaire des états de Brabant, composée, du côté de l'état ecclésiastique, de l'évèque d'Anvers et de trois prélats; du côté des nobles, des ducs d'Ursel et d'Arenberg, du comte de Spanghen et du baron de Celles; des trois bourgmestres de Louvain, Bruxelles et d'Anvers, ainsi que du pensionnaire d'Aguilar, qui porta la parole, en exprimant, d'une manière bien touchante, le zèle et la fidélité des états pour leur auguste souverain. Nous reçûmes ensuite le compliment et le vin d'honneur de la part

du magistral de la villo de Tirlemont , et nous continuâmes d'abord après notre route pour Louvain, où nous arrivâmes pour le dîner. Nous y reçûmes aussi les compliments du magistrat, de l'université et des autres corps de la ville, et nous y trouvâmes un grand concours de monde : la ville fut illuminée le soir, et nous en partîmes ce midi, pour faire à quatre heures ncrtre entrée en celle ville de Bruxelles, où on avoil fait beaucoup de préparatifs pour notre réception, et où nous trouvâmes partout une atfluence extraordinaire de monde et une grande quantité d'étrangers. Nous descendîmes d'abord à l'église principale de cette ville, où le cardinal nous reçut à la tête du clergé, et où on clianta le Te Deum , après lequel nous remontâmes en carrosse, et continuâmes la marche dans la ville, pour descendre au palais (I), dont les avenues, ainsi que toutes les rues que nous avions traversées, étoienl remplies de monde : nous trouvâmes, au pied de l'escalier, les trois conseils collai éraux, les généraux, chambellans et la noblesse.

Étant entrés dans les appartements, où toutes les dames .s'étoient rassemblées d'avance, nous reçûmes d'abord, suivant l'usage, les compliments des trois conseils collatéraux, et, après cela, les autres compliments, en conformité de ce qui a été observé dans (i'aulres occasions. Le soir, la ville fut illuminée; on fit plusieurs décharges d'artillerie des remparts, et on lit des feux de joie qui durèrent bien avant dans la nuit; et la plupart dos corps de la ville et du pays se sont déjà annoncés, pour être admis successivement à notre audience.

Nous ne saurions assez exprimer à Votre Majesté combien nous avons été touchés des démonstrations et marques singulières de respect et de joie que tous les ordres et le peuple ont données partout, depuis le moment de notre arrivée sur le territoire de Votre Majesté aux Pays-Bas. C'est à Votre Majesté que ces hommages s'adressent, et c'est en son nom royal que nous

(!) L'ancitjii pal.iis tl'Oianjije, aiijoiinriiiii ie Musée.

les avons reclus. Le bonheur que ces provinces ont eu de jouir de la présence de Votre Majesté ( I ), a ajouté à l'enthousiasme qui est naturel à la nation pour son souverain, et il ne nous reste qu'à désirer de répondre à l'attente de Votre Majesté, et à la confiance dont elle a daigné nous donner une marque si précieuse, en reineltaul à nos soins le e;ouverneiiienl de ces belles provinces. Cela ne dépendra au moins pas de notre zèle, de nos intentions, de notre sollicitude , de notre application et de notre attachement au service de Votre Majesté et à l'intérêt général, qui en est inséparable ; et, en offrant la réunion de ces efforts à Votre Majesté, nous ajouterons l'assurance de notre soumission à ses volontés, de notre exactitude à r^-iiiplir ses ordres et résolutions, et de l'empressement avec lequel nous allons nous livrer h nous instruire, par le canal du prince de Starhemberg, des intérêts essentiels du service «le Votre Majesté, et de l'administration de cette portion importante de sa monarchie.

A tant. Sire, nous prions Dieu qu'il donne à Votre Sacrée Majesté Impériale et Royale Apostolique une parfaite santé, trèslongue et henreuse vie.

Bruxelles, le 10 juillet 1T«t.

Sire,

De Votre Sacrée Majesté Impériale et Royale Apostolique.

La très-humble et très-obéissante Le très-humble et Irès-obéisservante et très-fidèle sœur, sanl serviteur et très-lidel

Marie. beau-frère et cousin,

Albert de Saxe.

(Original, au\ Archives du royaume, collection de la chancellerie des Pays-Bas , à Vienne.)

(1) Joseph II venait de visiter la Belgique. Il avait quitté Bruxelles le fi juillet, afin de ne pas empêcher, i)ar sa piésence, les honneurs qui devaient être rendus aux nouveaux gouverneurs généraux.

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