QUATRIÈME SÉRIE
Lettre de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne , aux échevinx, doyens, conseil et communauté de Gand, par laquelle il leur fait savoir qu'il leur accorde sûr état et abstinence de guerre , et qu'il se trouvera à Tournay, ainsi que la duchesse, son épouse, pour traiter de la paix avec eux (4) : 7 novembre .... (1385).
De par le Duc ive Bourgoingne , Conte de Flandres , d'Artois et de bourgoingne.
Vous, eschevins, doiens, conseil et commun de nostre ville de Gand , nous avons receu vos lettres escriptes le xxix*""^ jour du mois d'ottobre darrainement passé, faisant mencion que vous
(1) Voy. V Histoire des ducs de Bourgogne , par M. de Barante, édition de la Société typographique belge , 1. 1 , p. 90, et V Histoire de Flandre , par M. Kervyn de Lette>hove, in-8", t. IV , p. 40.
avez receu noz Icllres patentes , que nagaires vous avons envoyées, de la grâce el pardon que nous vous avons f'aiz, el aussi de la confirniacion de voz previléges el franchises, ou cas que vous vendriez à obéissance de nous et de noslre très-cliière el très-amée compaigne la duchesse , el que sur toutes choses vous désirez venir à bon acort et paix durable avec nous et noslredicte compaigne, en nous suppliant que nous vueillons consentir un franc estai en tout nostre pays de Flandres, lequel estai durant, nous ordenioiis une certaine journée en noslredit pays de Flandres, en certain lieu où vous peussiez seurenient venir demorer et retourner pour traictier de ladite paix. Sur le contenu desquelles voz lettres à nous présentées par vos niessaigés, nous avons eu conseil et délibéracion. Et, pour ce que tout le monde sache que par nous ne demorra point la perfection de la bonne paix que vous désirez , et pour monstrer que nous volons tousjours traictier noz subgiez amiablement et eulx oster de erreur, et les ramener à noslre obéissance, et pour aussi le désir que nous avons que en noslredit pays de Flandres soit paix et union certaine, et que marchandise courre franchement el plainement, ainsi que du tenjps passé , et que noslredit pays se ressourde (1 ) el reliève des grans domaiges, pertes, tribulacions et autres inconvéniens qu'il a souffert et encores souffre, pour ces présentes rébellions qui si longuement y ont jà duré, nous volons vous ottroyer le seur estai, astinances et seurtez que vous requérez, pour vous et voz alliez de noslredit pays de Flandres, jusques au premier jour de janvier prouchain venant, pourveu que aussi vous, pour noslredite ville de Gand et voz alliez, bailliez aslinances et seurtez à noz subgiez et bienvueillans. Desquelles astinances nous vous envoyerons noz lettres patentes à Oudenarde le XVI™* jour de ce présent mois, auquel jour et lieu vous aussi envoiez voz lettres de seurtez et d'aslinances, en la fourme dont
(1) Se ressourde, se rélaWisse.
nous vous envoyons la minute. Et, pour affermer ladite paix, nous et nostredite compaigne, au plaisir de Nostre-Seigneur, serons à Tournay aux octaves de la feste Saint-Andrieu prouchain A'enant, et ne demorra pas de nostre costé que la besongne ne prengne bonne conclusion , à la loenge de Dieu , honneur, bien et prouffit de nous, et en espécial de nostredite ville de Gand et de tout nostredit pays de Flandres. Auxquelx lieu et jour aussi envolez , de vostre part , gens ayans poissance souffisante , de par vous, d'accorder et asseurer la bonne paix que nous et vous désirons.
Donné à Troyes, le vn""^ jour de novembre.
Stiscription : Aux eschevins, doiens, conseil et coramunalté de nostre ville de Gand.
(Original, aux archives delà ville de Gand )
LcUre de Cliarles VI aux magistrats et bonnes gens du pays de Flandre, les remerciant des grands services qu'ils ont rendus à lui et au duc de Bourgogne, et réclamant de nouveau leur aide contre les Armagnacs{l} : 23 septembre .... (14H).
De par le Roy.
Très-chiers et bien amez, nous vous avons nagaires escript par noz autres lettres, en vous merciant très-affectueusement de
(1) Voy. Y Histoire des ducs de Bourgogne , par M. de Barante, édil. de la Société typographique belge, 1. I, p. 285, et V Histoire de Flandre, par M. Kervïn, in-S", t. IV, p. 170.
la bonne et grande amour que avez nionslré, par expérience de fait, avoir à nous et à nostre très-chier et trèsamé cousin le duc de Bourgongne, conte de Flandres, vostre seigneur naturel , en servant nous et nostredit cousin si grandement et notablement comme desjà avez fait; et encores, très-chiers et bien amez, vous en mercions tant et si acertes et de cueur comme plus povons. Et pour ce, très-chiers et bien amez, que le fait et poursuite que nostredit cousin poursuit de présent est nostre propre fait, et touche nostre personne et généracion, nostre honneur et Testât et prospérité de tout nostre royaume si grandement que plus ne peut, à la destruction duquel Charles, duc d'Orléans, le duc de Bourbon, les contes d'Alençon et d'Armignac, rebelles et désobéissans envers nous, et autres leurs complices, tendent de tout leur povoir, et se sont vantez de faire nouveau roy, nous vous prions encores de rechief et requérons, sur toute l'amour que avez à nous, à nostredit cousin, vostre seigneur naturel, et au bien et conservacion de nous, de nostre généracion et de tout nostredit royaume, que vous vueillez continuer et persévérer en vostre bon propoz , en vous employant ou service de nous et de nostredit cousin, nostre champion, ainsi que avez fait moult honnorablement jiisques cy, et ainsi que en vous en avons toute nostre seurté et confiance : car en plus grande chose, ne qui plus grandement touche nous et nostredit cousin, vostre seigneur naturel, et tout nostredit royaume généralment, ne nous povez jamais servir. Et en vérité, très-chiers et bien amez, avec ce que en ce faisant , vous acquerrez louenge et renomn)ée perpéiuèle, nous le recognoistrons en temps et en lieu , tèleraent et si avant que vous en serez trèscontens.
Très-chiers et bien amez, INostre-Seigneur vous ait en sa sainte garde.
Donné à Paris, le xx!!!"*- jour de septembre.
CHARI.ES.
Barr\u.
Suscription : A noz Irès-chicrs et bien amez ceulx des loys et
autres bonnes gens du pays de Flandres, eslans présenlenient en la conipaignie de noire Irès-chier et très-amé cousin le duc de Bourgongne, conte de Flandres.
(Original, aux archives de la ville de Gand.)
Lettre de Charles , comte de Charolais , aux mayeur et échevins de Fanquembeî^gue , leur commandant d'empêcher, dans leur juridiction , qu'on ne prenne les armes pour aller servir le comte de Nevers et les Croy{\) : 25 mars 1464 (1465, n. st.).
Le Conte de Cuarrolois, Seigneur de Chasteaubellin ET de Béthcne.
Très-chiers et bien amez, pour ce qu'il est venu à nostre congnoissance que le sire de Croy et les siens font assemblée de gens, et entendent de tirer à eulx grant nombre de compaignons de guerre des païs de mon très-redoubté seigneur et père, mesmenient es pays et conté d'Artoys et de Boullenoys, et es villes et chastellenies de Lille, Douay et Orchies, et pareillement aussi le conte de Nevers, nostre cousin, avec lequel ilz se sont allez, pour eulx servir desdis compaignons de guerre à l'encontre de nous, et par ce moien grever, fouller et adommager les pays, seignouries et subgetz de mondit seigneur et père, nous, qui
(I) Dans notre Collection de documents inédils concernant l'histoire de ta Belgique , 1. 1 , pp. 132 elsuiv., nous avons publié une lettre du comte de Charolais, du 1^ mars 1465, contenant un exposé de ses griefs contre la maison de Croy.
voulons, désirons et entendons, de tout nostre cueui-, obvier, remédier et pourveoir à ces choses, mesmenient que, à cause et par le moyen de ce que dit est, aucun dommaige ou inconvénient n'aviengne ausdis pays et subgetz de mondit seigneur et père, esciipvons présentement devers vous, et vous prions et requérons très-acertes que, incontinant ces lettres veues, vous faites ou faites faire defîense et exprès commandement, de par mondit seigneur et père et de par nous, en la ville deFaucquenbergue, et partout ailleurs es mectes et termes de voz offices et juridicions, que nul, quel qu'il soit, ne se mecte sus en armes, ne autrement, pour aler servir ledit conte de Nevers, noslre cousin, lesdis de Croy, noz ennemis, ne autres, sans nostre sceu et eongié, et que ce ne soit par l'ordonnance de nous ou de ceulx qui ont ou pourront cy-après avoir eongié de par nous de cueillir, prendre et lever gens d'armes, pour nous servir à la garde, deffenseet préservacion desdis pays, terres et subgetz de mondit seigneur et père, sur peine de confiscacion de corps et de biens. Et, ou cas que vous trouvez aucuns faisans ou allans contre ladite deffense, les prendez ou faites prendre au corps, et procédez à rencontre d'eulx, par la manière dessusdite, sans déport ou dissimulation quelconque, afin que autres y prendent exemple et se gardent de faire le semblable. Et en ce faites tel et si bon devoir et acquit que la chose le requiert, et que y avons nostre fiance.
Très-chiers et bien amez, Noslre-Seigneur soit garde de vous.
Escriptà Bruxelles le xxv""' jour de mars. Tan LXUII.
Charles.
Suscription : A noz très-chiers et bien amez les maieur et eschevins de la ville de Faucquenbergue.
(Copie du lernps, à la Bibliollièque impériale, à Paris, MS. Du Pny o9G, fol. 11 .)
Lellre du comte de Charolais aux habitants d'Amiens, leur faisant connaître les raisons pour lesquelles le duc, son père, renvoie en France à la tèle d'une armée , et leur demandant leur concours dans cette entreprise : 16 juin 1465.
Le Conte de Charrolois, Seignecr de Chasteaubélin et de Béthune, Lieutenant général de mon três-redoubté seignecr et père.
Très-cherset bons amys, mon très-redoubté seigneur et père a pieçà receu lettres de monseigneur le duc de Berry , escritles à Nantes, le quinziesme jour de mars dernier passé, contenans que, puis aucun temps, il avoit souventes fois eu les clameurs de la pluspart des seigneurs du sang, ses parens et amis, notables de ce royaulme en tous estats, du désordre et piteux gouvernement qui partout icelui avoit et a cours, par le conseil , autre que bon , des gens estans à l'entour de monseigneur le roy, lesquelz, pour leur proffict et affection singulière et désordonnée, avoient mis mondit seigneur de Berry en soubsçon et haine vers luy et tous les plus grans seigneurs dudit royaume, mesmes vers les roys de Castille et d'Escoce, alliez, de si longt temps qu il est notoire, à la couronne; contenans aussi lesdites lettres de mondit seigneur de Berry les deffaultes faictes et commises en ce que l'auctorité de fÉglise n'a point esté gardée, justice faicle ne administrée , les nobles maintenuz en leurs drois et usaiges (le noblesse, le pauvre peuple supporté ne gardé dépression : pour quoy ly, desplaisant autrement des choses dessusdites, ainsy connue estre devoit, comme cely à qui le faict touchoit et loiicho de si près, désirant y pourveoir et donner ordre, remède et provision convenable, par le conseil de mondit seigneur et
père et desdits seigneurs du sang et autres, sans y espargnier corps ne biens, au bien du royaulnie et de la chose publique d'iceluy, aussy pour sauver sa personne qu'il senloit en danger, parce que incessamenl et ouvertement raondit seigneur le roy et ceux d entour luy parloient et disoient parolles de luy telles que pour raison luy dévoient donner cause de doubter, mondit seigneur de Berry s'estoit départy d'avec mondit seigneur le roy, et allé devers beaucousin de Bretaigne, lequel grandement et notablement l'avoit receu , et estoit délibéré de le servir de corps, de biens et de toute sa puissance, au bien dudit royaulme et de la chose publicque d'icelluy. Et, pour ce que son désir estoit et est de soy employer, avec les grans seigneurs du sang, par l'advis et conseil desquelz se vouloit et veult reigler et conduire, et non autrement, à la ressourse (1) et bonne addresse dudit royaume si désolé et traveillié; qu'il désiroit et désire de tout son cœur pourveoir à tous les faiz qui, par delfault d'ordre, justice et bonne police, esloient et sont en tous les estatz d'icelluy royaulme, au solagement du pauvre peuple, qui tant avoit et a porté que plus ne peut, et mettre tel ordre en tous endroitz qu'il puist estre à Dieu plaisant, à l'honneur, félicité et décorement dudict royaulme, et à rétribution d'onneur et louable mémoire perpétuelle de tous ceux qui s'y seront employez : priant et requérant à mondit seigneur et père que, en ceste matière qui estoit et est si grande, et pour si bonne fin, se voulsist monstrer, assister et employer en son ayde à ladite fin , pour tirer en pays vers la France; et, ou cas que en personne faire ne le pouroit, nous y envoyer et faire tirer à bonne puissance; lui signifiant au surplus que tout ce que par luy ou par nous seroit faict et dit pour le bien de la chose publicque du royaulme et soulagement du pauvre peuple, tant pour faire cesser les grans injustices, voyes de faict, de force et de violence qui dès pieçà y ont eu et ont cours, comme pour
(1) Ressourse, restauration.
( ->-il )
faire descrier, osier et mettre sus les excessives exactions, charges et oppressions indues d'aydos et d'impositions sur ledit pauvre peuple, il soustiendroit et maintiendroit, tant qu'il vivroit, jusques à la mort : ainsy que toutes ces choses estoient et sont plus à plain contenues, narrées et déclarées en sesdites lettres. Sur quoy est vray, très-chers et bons amys, que mondit seigneur et père, après ce qu'il a cogneu, tant par lesdites lettres comme par plusieurs messaigés et ambassades qui à ceste lin sont venuz à diverses fois par-devers luy, le bon et louable propos de mondit seigneur de Berry, s'est, par l'advis des trois estatz de ses pays (1) , conclud et déterminé de ayder mondit seigneur de Berry, et pour ceste cause a mis sus grosse et puissante armée, en laquelle il se fût volontiers trouvé, pour le désir qu'il avoit et a de faire service à mondit seigneur de Berry, et de faire chose prouffitable au royaulme et à toute la chose publicque d'icelluy, se nullement luy eust esté possible. Mais, tant accause de son ancien aage comme de la foiblesse de sa personne, pour raison des maladies que puis naguerres il a eues, ne luy a esté ne n'est bonnement possible de personnellement faire à mondit seigneur de Berry le service que volontiers il feroit : pour lesquelles causes son plaisir a esté nous donner la charge de conduire ceste présente armée, comme son lieutenant général, en nous commandant et ordonnant expressément mettre, selon le possible, à exécution son bon vouloir et désir en ceste partie. Laquelle charge, tant pour obéir au commandement et ordonnance de mondit seigneur et père, comme faire devons et tenuz y sommes, comme pour le parfaict et ardant désir que avons au bien de ce royaulme, avons acceptée.
( 1 ) Voyez , dans notre Collection de documents inédits concernant l'histoire de la Belgique, t. Il , pp. 1 83-1 88 , la lettre du duc de Berry à Philippe le Bon, et la proposition faite aux états généraux assemblés à Bruxelles, le 2!i avril 1465; et t. I, pp. 148-151 , une lettre écrite aux échevins de Mens, par leurs députés, sur ce qui s'était passé dans celte assemblée.
Va pour ce, liès-cliiers et bons aniys, que sç:ivons (|uo iiiouilil seigneur et père a ces nialières très-fort à cueur, nous vous eu avons bien vouleu escrire et advenir l'éableinent, comme à ceux que luy et nous avons lousjours eu et avons en singulière grâce, amour et dilection. Et, pour ceste cause, envoyons présentement devers vous nostre bien amé Fuzil le bérault, porteur de cestes , affin que par luy nous faictes sçavoir sur les choses dessusdites vostre voullenté et intention, telle et si bonne que mondit seigneur et père ait cause de s'en contenter ; vous advertissant que, se à vous ne tient, nous ferons, pour vous et la bonne ville d'Amiens, tout ce que bonnement pourrons, tellement que aurez cause de vous en louer. Ce scet (1), messieurs, qui , très-chers et bons amys, vous ayt en sa benoîte garde.
Escrit en nostre ville de Roye, le seiziesme jour de juin l'an 1463.
Charli^s.
Gros.
Et sur la suscriplion est escrit : A. noz très-chiers et bons amys les bonnes gens, manans, habitans et communaulté de la bonne {sic) d'Amiens.
(Copie (lu XVII"'' siècle, à la Bibliothèque impériale, à Paris, MS. Du Puy 539.)
(1) Sic. Le mot Dieu ou Noslre- Seigneur manque ici.
Lettre de Guillaume Hugonet (1) cm chancelier île France (2), sur l'inimitié quil montrait contre le comte de Charolais, et les conséquences quelle pouvait avoir : \(i juin .... (1465),
Mon très-honnoré et doublé seigneur mons"" le chancellier, je me recommande humblement à vostre grâce.
Par l'ordonnance et commandement de mon très-redoubté seigneur monseigneur le conte de Charroloys, j'avoie envoie devers vous Fuzil, hérault, pour savoir se vostre plaisir seroil que je feusse aie parlé à vous, et vous dire ce que par mondil seigneur m'estoit ordonné et commandé, et aussi pour savoir ce je y pouvoie aler seurement avec mes gens et ma compaignie. Auquel Fuzil il ne vous a pieu parler, mais, de par vous, lui a esté dit par mons"" de Rivery, conmie m'a rapourté ledit Fuzil, que vous n avés pas charge de donner aucunes seurtés, et que mous"' le mareschal Joachim (3), estant à Noyers, a charge et puissance de me baillier seurlé, après laquelle, se bon me sembloit, je pourroie aler devers vous.
(1) Hugonet, alors maître des requêtes du comte de Charolais, fut fait par lui chancelier de Bourgogne, le 22 mai 1471. {Mémoires pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne, II, 257.)
Il fut décapité à Gand le ô avril 1477.
(2) Pierre de Morvilliers. » Ce chancelier, dit M. de Sismojidi, qui , par son « arrogance, avait violemment offensé contre lui le comte de Charolais, fut >^ destitué après le traité de Conflans. o {Histoire des Français^ IX, 469, édition de la Société typograi»hique belge.)
Il eut pour successeur Guillaume Juvénal des Ursins, qui avait déjà rempli celle charge sous Charles Vil.
(3) Joachim Rouaul, qui jouissait alors de toute la confiance de Louis XI.
Mons^ par cesle response j'enlens bien que vous iravos pas voliinléel ne (enez giières de compte que je parle à vous de par niondit seigneur : car, se voslre plaisir fust autre, vous pouviez bien estre contant que, de par mondit seigneur, je fusse seurement aie parlé à vous, attendu quejusqnes à présent n'ay point aperceu que niondit seigneur ne ses gens soient ennemis, pour vous dédairer aucune partie de ma charge. Mondit seigneur est adverti de plusieurs choses que vous dictes et faictes à l'encontre de lui, et sans cause, en vous déclairant, du moings par vous faiz, de tenir parti contre lui pour nions"" de Nevers, sur lequel, et non sur autre, jusques à présent il a emploie son armée. Par quoy m'avoit ordonné vous dire, de par lui, que vous volissiés déporter de telles choses et de esmouvoir gens conlre lui et son armée, en vous advertissant que, quant vous ou autres vouldrez persévérer en telles choses, en aidant et adhérant à mondit seigneur de Nevers, il tiendra et répulera vous et autres semblables ses ennemys, et poursuivra partout où il pourra, comme il entend faire à l'encontre de mondit seigneur de Nevers.
Plus amplement vous eusse déclairé ses choses et autres, se j'eusse parlé à vous; mais trop longues seroient à escripre. Je fais grant doubte que de tels moyens, et d'avoir détenu Ravestin , hérault, que estoit emprunté de mondit seigneur par les gens de mons"^ de Berry, niondit seigneur ne soit point content de vous ne de la ville d'Amiens, et que vous ne lui donnez occasion de commencer ce que encoires il n'avoit voulu fère. Mons"", vous estes sage, et prendrez bon advis en tout.
Escript sur les champs, ce lundi, xvi™* jour de juing.
Vostre serviteur, Ckllui que n'avez voulu souffrir aler seurement
DEVERS VOUS DE PAR MONDIT SeIGNEUR.
On lit au dos : Lettres de niaislre Guillaume Ilugonet, niaistre des requestes de mons' de Charrolois, envoyées à monseigneur
par ung jeune filz trouvé sur les champs, qui est d'Amyens, et présentées audit lieu, le xvii^'^de juing mil CCCC LXV.
(Copie <lu temps, à la Bibliothèque impéiiaie, à Paris, MS Du Puy 539.)
Lettre du comte de Charokm aux mayeur, échevins et habitants d'Amiens, par laquelle il leur témoigne son étonnement de ce qu'ils n'ont pas voidu recevoir sa lettre précédente , ni celle du duc de Berrij, leur en envoie des copies, et les invite à se prononcer sur le différend étant entre les princes et le roi : 23 juin i465.
Le Conte de Charrolois , Seigneur de Chvsteaueélin et de Béthune, Lieutenant général de mon très-redoubté seigneur et père.
Très-chers et bons amis, nous avons esté advertiz que par Kavestin le hérault vous furent nagueires présentées les lettres que monseigneur le duc de Berry vous escrivoit, et par icelles vous signilioit le désir et intention qu'il a de mettre ordre et provision, par l'advis, ayde et conseil des princes et seigneurs de son sang et autres notables hommes de son royaume, au désordre qui en tous estatz a esté et est au gouvernement et police dudit royaume, d'abolir et abbattre les impositions, gabelles, charges excessives et autres mangeries estans sur le pauvre peuple; lesquelles lettres, aux portes de voslre ville, furent ostées audit hérault , sans qu'elles ayent esté monstrées à vous , ausquelz elles s'adreçoient, et ledit hérault a esté détenu comme prisonnier par aucuns jours. Et aussy nous vous avons escrit et signiHie comme mon très redoublé seigneur et pèr*;, en oblempéranf à la requcste
de niontlit seigneur tle Berry, pour le bon et singulier désir qu'il a au i)i»'ii dudit royaume et chose publicque d'icelluy, s'estoit conchul et déterminé de soy employer à ce que dit est , et pour ceste cause a voit mis sus grande et puissante armée, en laquelle il se fût trouvé volontiers en sa personne, se ne fust la débilitation dicclle. pour laquelle il nous avoit commandé et enjoint de faire et exécuter ce que dit est, selon son désir, et conduire sadite armée comme son lieutenant général : mais, pour ce que Fuzil le bérault, porîeur d'icelles nos lettres, fut adverty de l'empeschement fait audit Ravestin, et des termes que l'on luy tenoit, et aussy que l'on ne le laissa point entrer en vostredite ville, il ne peut et ne osa vous présenter nosdites lettres, et les envoya à aucun particulier de vostredite ville, cuidant que par luy elles vous feussent communiquées : ce qui n'a pas esté faict, ains vous ont esté recellées, et le messager et porteur d'icelles pour ceste cause détenu et molesté.
Et, combien que nous crovons que ces choses ne procèdent pas de vous, et qu'elles soient faictes par l'ordonnance et enhorlement du chanccUierde France.estant présentement devers vous, qui a prlns et détenu devers luy lesdites lettres, laquelle chose no doit pas estre à merveille, attendu que ledit chancellier sçait et connoist que, par l'ordre et provision que moiidit seigneur de Berry et les princes et seigneurs du sang pourront mettre et donner au gouvernement dudit royaume, il sera veu et trouvé que les grandes faultes pour lesquelles ladite provision est nécessaire procèdent de luy et de ses adhérens ayans port et auctoritéemprès monseigneur le roy ; que par celuy et sesdits adhérens seront privez et frustiez de leurs particuliers proffitz, et poura estre qu'ilz seront puniz et corrigez de leursdites faultes et mauvais conseilz, selon qu'il appartiendra : parquoy ledit chancellier veult et se pai force d'y obvier et résister, parce que vous et autres bonnes villes dudit royaulme n'entendiez et n'aviez aperceu le vouloir et propos de mondit seigneur de Berry et des princes, qu'est au seul bien publicque et soulagement du peuple de tout
ledit royaume, néantmoins nous sommes fort esmerveillez que vous, qui, tant par la notoriété si publicque que par ce que la chose vous touche, povez cognoistre et entendre la grande et urgente nécessité que mondit seigneur de Berry déinonstre par sesdites lettres, et le grand bien et évidente utilité que vous et tous les estalz du royaume aurez de la provision, adjoustez foy et créance audit chancellier et à ses persuasions, considéré qu'il est à croire que jamais il ne parleroit contre ses propres faiz, le gouvernement et les mauvais termes conseillez par liiy et autres ses adhérans : au moyen desquelz luy et autres ont esté fort enrichizen peu de temps; et plus nousesmerveillons, si vous avez mis en oubly la grande et parfiiicte amour et affection que mondit seigneur et père a tousjours eu et monstre envers vous , et qu'il vous ait si bien et doucement Iraicté et gouverné, du temps que vous avez esié en sa puissance : dont il pourroit sembler que vous voudriez montrer aucune apparence, en souffrant que, par le moyen dudit chancellier, les gens et serviteurs de mondit seigneur et père et les nostres portans lettres de nous, comme son lieutenant généial , ne soient rcceus en vostredile ville, et que l'entrée et conversation d'icelle leur soit deffendiie, conmie à ennemis, et aussy en adhérant et donnant faveur et port audit chancellier et à ses voulentez et affections désordonnées, altendu mesmement qu'il a dit publiquement, en vostredile ville, que mondit seigneur le roy tenoit mondit seigneur et père et nous pour ses ennemis : qui seroit sans cause, car mondit seigneur et père et nous jamais n'avons faict ne esté en vouloir de faire aucune chose contre sa personne, sa couronne et le bien de sondit royaume. Et aussy a dit ledit chancellier que mondit seigneur et père, nous et tous ceux qui voudront adhérer à l'intention de mondit seigneur de Berry, seront rebelles et désobéissans à mondit seigneur le roy: qui n'est pas chose véritable et ainsy à entendre, pour ce que à mettre et donner ordre à Testât, police et gouvernement dudit rovaiime, les princes et seigneurs du s:ing, comme membres principaux de la couronne, et par le conseil desquelz, et non
d'autres, se doivent Iraicler, conduire et consulter les grands et principaux aftaires du roy et dudit royaume, peuvent el sont tenuz eux employer et y exposer leurs personnes et leurs Itiens; et en ce tous hommes vertueux les pèvent et doivent servir, ayder et conforter, selon bonne coustume et raison, sans repréhension (|iielconque.
Et pour ce, très-chers et bons amis, que nous désirons que soyez au plain advertiz et informez du vouloir et propos de mondit seigneur de Berry, et aussy de l'intention et désir que mondit seigneur et père a de obtempérer à sa requeste, et du commandement que sur ce il nous a faict, el afïîn que sur le tout puissiez prendre et avoir bon conseil et advis de vous-mesmes, sans la persuasion dudit chancellier, nous vous envoyons la coppie desdites lettres que monseigneur de Berry vous avoit escriptes, laquelle il nous avoit envoyée, et aussi la coppie de nosdites lettres, cydedans encloses; escrivons derechef par-devers vous, ceste fois pour toutes, vous prians et requérans très-acertes que, touchant les parolles dites et les termes tenuz par ledit chancellier allencontre de mondit seigneur et père et nous, vous vueillez tellement faire et vous conduire en manière que mondit seigneur et père et nous puissons cognoistre et entendre que vous ayez envers luy et nous lamour etaffection dont luy et nous jusques à présent avons en vous bonne confiance. Laquelle chose vous monstrerez par effecl, quant doresnavant vous ne entretendrez entre vous ledit chancellier, et ne luy adhérerez ne favoriserez en aucune manière, ne à ses persuasions et langaiges non véritables, en le déjectant et déboutant de vous : car, considérez lesdits langaiges qu'il a dict, et les termes qu'il a tenuz contre mondit seigneur et père et nous, quant vous voudriez persévérer de l'entretenir avec vous, luy adhérer et favoriser, mondit seigneur et père et nous aurions cause de vous tenir et réputer parîicipans de ses faicts et langaiges, et de l'empeschement qu'il s'efforce donner au bien publicque dudit royaume. Aussy nous vueillez escrire et faire sçavoir vostre vouloir et intention louchant le contenu de nos-
dites lettres. Et en ce faisant, vous nous ferez plaisir très-agréable, lequel nous recognoistrons, quant d'aucune chose nous requerrez que faire puissions. Et, quant vous foi'ez le contraire et adhérerez à ses voulenlez et opinions , niondit seigneur et père et nous aurons cause de non estre contens de vous.
Très-chers et bons amis, Nostre-Seisneur soit "arde de vous.
Escrit en nostre logis à Caudevere (1), le vingt-lroisiesmejour de juin, l'an soixante et cinq.
A insy signé Chari.es.
Sur la suscription est escript : A noz très-chers et bons amys les niaieur, eschevins, manans, habilans et toute la communeauté de la bonne ville et cité d'Amiens.
On lit plus bas :
Les lettres originales ont esté apportées en cesle ville huy,
26""' jour de juin I i65, par poursuivant de nions"^ de
Saveuses, et ledit jour fut iceluy poursuivant, ensemble lesdites lettres originales, envoiées au roy par trois sergens du bailliage d'Amiens. Faict à Amiens ledit jour.
(Copie du XVII""" siècle, à la Bibliothèque impériale, à Paris, 3IS. Du Puy 339.)
(1) Nous ne trouvons cet endroit dans aucun des dictionnaires géographiques que nous avons été à portée de consulter.
Lettre du comte de Charolais au duc , son père, par laquelle il lui donne des nouvelles du duc de Berry et de lui-même, l'informe qu'il va se joindre à ce prince, et le prie de lui envoyer en diligence l'argent dont il a besoin pour la solde de son armée : U juillet .... (1463).
Mon très-redoiibté seigneur el père, tant et si très-humblement comme je puis je me recommande à vostre bonne grâce. Et vous plaise savoir, mon très-redonbté seigneur el père, que, depuis mes derrenières lettres que vous ay escriptes par ung chevauoheur de vostre escuerie, j'ay séjourné à Boulongne la petitte, delà la rivière de Saine, jusques à hier que je vins en ce lieu de Saint-Clou, et passay ladite rivière de Saine au pont dudit Saint-Clou, lequel j'ay gaignié comme escript le vous ay (I).
Et, pour vous advenir plus avant de mes nouvelles, il est vray, mon très-redoubté seigneur et père, que, depuis madite venue ycy, j'ay eu trois niessaiges, l'un aprez l'autre, de monsieur de Berrv, par lesquelz il m'a escript et fait savoir pour vray qu'il est entour (>harlres, avec beau-cousin de Bretaigne et beaucousin de Dunoys, à grosse puissance, et que le roy a habandonné le pavs de Bourbonnois, pour s'en retirer par deçà, et est de présent à Baugency, où il a rassemblé ses gens pour faire contre nous ce qu'il pourra; et me requiert fort mondit seigneur de Berry que je vueille marchier oultre au devant de luy, pour nous joindre ensemble, affin d'estre plus puissans pour mieulx et plus aiséement donner à faire au roy et à sa puissance, ainçois qu'il ait le loisir de la n)ettre ensemble.
(1) Nous n'avons trouvé nulle part cette lettre du comie de Charolais à son
père.
Pour laquelle cause, mon très-redoubté seigneur et père, et pour le bien et avancement de nez matières , j'ay intencion , s'il plait à Dieu, de partir demain de cy pour tirer jusques à Estampes, au devant de mondit seigneur de Berry, el illec nous trouver et joindre tous ensemble, et an surplus aviser et procéder en rexécucion de ce que aurons à faire pour le milleur, jà soit ce, mon très-redoubté seigneur, que denenièrement je vous eusse escript que je ne passeroye point oultre cedil passaige de Saint-Clou, jusipies à tant que j'aroye nouvelles de vous touchant les cent mil esciis, du moins pour l'entretènement et paiement des gens de vostre armée de par deçà, tant qu'ilz se pourront exlendre : dont par pluseurs mes lettres vous ay escript, espérant que vous .lurez pilié do nous tous, et que, pour faulte d'argent, vous ne vouldrez pas le retardement et la rompture de nosdites matières, no aussi mectre en danger moy, vostre trèshumble et très-obéissant filz, vostredite armée, ne la belle noblesse de voz pais qui y est. Et, à ceste tin , mon très-redoubté seigneur et père, je lairay ycy des gens assez pour garder et tenir le passaige, affîn que par icellui l'on me puist amener seurement ledit argent si tost que vous le m'envoyerez, et aussi alïin que les gens de vostre armée de Bourgongne, lesquels j'ay mandez, puissent passer sans dangier pour venir aprèz moy.
Sy vous supply, mon très-redoubté seigneur et père, en toute humilité, que, le plus hastivement et dilligemment que faire se pourra, je puisse avoir dudit argent bonnes et seures nouvelles de vous. Et de ce qui me surviendra je vous advertiray et escripray tousjours en toute dilligence, au plaisir de Nostre-Soigneur, auquel je prie, mon très-redoubté seigneur et père, que par sa sainte grâce vous doint bonne vie et longue, et accomplissement de voz très-nobles et haulx désirs.
Escript au pont Saint-Clou le dimencexuii""^ jour de jullet.
De la main du comte c/e Charolais.
Mon très-redoubté seigneur et père, sans point de faulte, au
plaisir de Dyeu , nous asaiiblerons ceste semayne à nions"" de Berry et beau-cousin de Bretaygne : pour quoy, ce en leur compaynflçnie le payement nous failloil, sans le dangyer qui en pouroit avenyr, vous povez panser quel déshonneur, esclandre et honte ce seroil, prumyèrement à vous, et à toute la coinpagnye.
Vostre très-humble et très- obéissant fils, Charles.
Suscription : A mon très-redoubté seigneur et père.
(Orifïinal, à la Bibliothèque impériale, à Paris, MS. DuPiiy 096, fol.l.)
Lettre du comte de Charolah à ses conseillers le S' de Formelles, M"" Antoine Hanneron , messire Gérard Vurey, et à ses secrétaires Trotin et Le Muet, afin qu'ils sollicitent le prompt envoi des 100,000 écus dont il a besoin pour son armée (1), et lui fassent connaître ce qu'ils ont reçu et ont encore à recevoir de son argent propre : 14 juillet 1465.
De p.vn LE Conte de Chakrolois, S"' de Chasteaubélin et de Béthune , Lieutenant général de mon très-redoubté seigneur et père.
Très-chiers et bien aniez, nous avons présentement eu nouvelles de nions'' de Berry comment le roy s'est party de Bourbonnois pour tirer par deçà, et que desjà il est à Baugency; et,
(1) Ciiarlos écrivit, pour le même oitjet, le même jour, aux seif^neurs de Montigi\v, de la Roche, de Goux et de Middelbourg. Celle lellre est aussi en original dans le MS. Du Puy fi^d, fol. 5.
au legart de iiiondit seigneur de Beiiy, ly, beau-cousin de Bretaigne et beau-cousin de Dunois sont entour Chartres à grosse puissance; et nous a escript que, pour le bien et avancement de noz matières, nous vueillons marchier pour aller joindre à ly. Pour laquelle cause nous partons demain, pour tirer à Estampes au devant d'icellui mons"^ de Berry, aflin de illec nous trouver et joindre ensemble, pour au surplus procéder en l'exécucion de nostre assamblée. Lesquelles nouvelles nous escripvons , par ce j)orteur, à mon très-redoubté seigneur et père.
Et, pour ce qu'il est plus que pure nécessité d'avoir hastivement les cent mil escus dont tant de fois avons escript par delà, comme savez, se plus avant ne povons avoir pour ceste fois, nous vous mandons que, à toute dilligence, vous poursuivez et solicitez les seigneurs de Monligny , de la Roiche, de Goux et de Middelbourg, affin que lesdils cent mil escus du moins nous soient envoyez et apportez en la plus giant dilligence que faire se pourra, sans y faillir, sur tant qu'on puet et doibt doubterla perdicion totale de nostre personne, de toute nostre armée, et par conséquent de niondit seigneur et père et de tous ses pais et subgeclz. Et nous adverlissez à tue-cheval quant lesdits cent mil escus seront preslz, et dedens combien ilz pourront estre devers nous : car à ceste fin nous ferons ycy garder le passaige de Saine. Et, au surplus, nous escripvez se avez receu tout nostre argent , tant de noz demaines et aydes comme des terres de ceulx de Croy estans en nostre main, et des empruntz dont avez (berge de par nous, et nous envoyez par escript la déclaracion de toutes les parties dudit argent par vous receu, et aussi des parties que avez ancores à recevoir, se n'avez tout receu.
Très-chiers et bien amez, Nostre-Seigneur soit garde de vous.
Escript en nostre ost à Saint-Clou, le xuii* jour de jullel, lan LXV.
Charles.
Gros.
Suscriplion : \ noz amez et féaulx le S" de l'ourmelles, nostre
second chambellan, maistre Antoine Manneron, prévosl de Trecf , mess® Girart Vuiey, doctenr en loix , noz conseilliers, maistre Berlliélenii Trotin et inaistre Jacques Le Muet, noz secrétaires, et à chascun d'eulx.
(Original, à la Bibliollièque impériale, à Paris, MS. Du Puy o'JI) , fol. 2.)
Lellre du comte de Charolais à Louis XI, servant de créance au 5"" dEsquerdes, à Guyot Dusieet à Guillaume Huyomt, qu'il lui envoie pour l'entretenir de l'affaire du duc de Normandie : \6 janvier 1465 (1-466, n. st.).
Mon très-redoubté et souverain seigneur, tant et si très-humblement comme je puis je me recommande à vostre bonne grâce. Et vous plaise savoir, mon Irès-redoubté et souverain seigneur, que, en ensuivant la response par moy faicle au sire de Craon, mon cousin, louchant la matière de mons' de ^'o^mandie(^), j'envoye piésentenient devers vous mess* Phelippe de Crèvecueur, S' d'Esquerdes, mon conseillier et chaiiibellan, Guiot Dusye, mon escuier d'escuerie, et maistie Gulleaume Hugonet, juge de Beaujeulois, aussi mon conseillier et maistre des requestes de mon hostel, porteurs de cestes, ausquelz j'ay chargé vous dire et exposer aucunes choses de ma part, en toute humilité, louchant ladite matière, et aussi vous dire de mes nouvelles. Si vous supply, mon très-redoubté et souverain seigneur, que à leur rapport vous plaise , de voslre grâce , adjouster plaine foy et crédence comme à moy-meismes, et prendre mon petit advis, au l'ait de mondit seigneur de Normandie, en bonne part, comme de cely qui désire vous servir, obéyr et complaire, au
(1) Xoy. les Mémoires de Commines, liv. I, ciiap. XIII, XV et XVI.
bien et à l'onneur de vous et de vostre royaume, et par eulx et tous autres me mander adez et commander voz bons plaisirs et commandemens, pour les acomplir à mon povoir de très-bon et entier vouloir, comme raison est, moiennant la grâce de nostre benoît Créateur. Auquel je prie, mon très-redoubié et souverain seigneur, qu'il vous doint bonne vie et longue et acomplissement de voz très-nobles désirs.
Escript en mon logis à Gheleine (1), pays de Liège, le xv^ jour de janvier a° LXV.
Mons"", je vous suply très-humblement d'avoir four recommandé le fait du sire de Crèvecueur , dont ledit sire d'Esquerdes vous parlera de par moy.
Vostre Irès-hunible et très-obéissant subget,
Charles.
Gros.
Suscription : A mon très-redoubté et souverain seigneur monseigneur le roy.
(Original, à la Bibliothèque impériale, à Paris, MS. Baluze 9075 B, fol. 43.)
Lettre du comte de Charolais au sire de Haubourdin{^) , touchant les ■paroles qu'il lui a dites, de ta part du roi et du comte du Maine : 3 avril .... (I466j.
Sire de Habourdin , depuis vostre parlement de cy, j'ay encores pensé es belles paroles que mons"^ le roy vous a chargié
(1) Probablement Gelinde ou Gelindeti, à une lieue el demie de Sainl- Tiond.
(2) Jean de Luxembourg, (ils bâtard de Waleran de Luxembourg, comte
moy dire, et paieillemenl beau-cousin du Maii)ne(i), comme vous m'avez déclairé avant vostredit parteinent.
Et, au regart d'escripre à mondit seigneur le roy, certes je ne saroye pas bien quel chose ly escripre, veu que de luy ne m'avez aporté aucunes lettres, et aussi les eslranges termes qu'il m'a tenuz, ce (ju'ii a dit de moy, et ce qu'il a contendu faire à nmn préjudice et dommaige; et lin de compte, n'y saroye plus dire que je vous eu ay dit, vous estant icy devers moy.
Quant audit beau-cousin du Mainne, en vérité je me sens lorl tenu à lui du bon vouloir qu'il a envers moy, comme vous m'avez dit, et vous prie ly dire, de par moy, que de très-bon cueur je l'en mercie; qu'il soit seur que de ma part il me trouvera tout entier, et que mon vouloir n'est pas maindre envers luy que le sien est envers nioy, comme savez que plus à plain le vous ay dit de bouche, pour l'en advertir. quant vous trouverez en devises avecquesliii, vous venu par delà. Età Dieu, siredcllabourdiu.
Escript à Brucelles, le ui*" jour d'avril.
Charles.
Siiscriptiun : Au sire de Habourdiu,
(Original, à la r>ibiiolhè(}ue iini)ériaie, à Paris, iMS. Baliize 9673 B, fol. 44. )
de Saint-Pol, el d'Agiiès Diibiis, légilinié i)ar Philippe le Bon le 1:2 juin Î4ÔÔ.
(I) Charles d'Anjou, comte du Maine, Iroisième fds de Louis II, roi de Sicile et duc d'Anjou, frère de Louis III et de René, roi de Sicile et duc d'Anjou.
Lettre fin comte de Charolais à Louis XI, a/in qu'il fasse cesser l'entpécheinent mis par ses ministres à ce qu'il jouisse des aides dans les précôlés de Vimeu, Fonlloy et Beaacoisis , et cela en contravention au traité de Conflans : 1 1 août 1466.
Mo!i Irès-redoubté et souverain seigneur, tant et sy trèshmiiblenicnt comme je puis je me recommande à vo.stre i)onne grâce. Et vous plaise savoir, mon très-redouhlé et souverain seigneur, que présentement j'ay esté averly tjue, non obslant le don et transport par vous à moy fait, au moyen et par vertu du Iraictié de la paix de Conflans , des terres et prévostez de Vimeu , Foulloy et Beauvoisis, delà la rivière de Somme, pour en joyr et les tenir plainementet entièrenient en tousdrois d'aides, prérogatives, libériez, prouffis et émohnnens, et en toute telle forme et manière que je tiens et doy tenir les autres terres royales aussi par vous et par ledit traiclié de paix à moy transportées, de çà ladite rivière, vostre cliancellier, les généraulx de France et autres voz conseilliers ont reffusé de baillier vostre mandement pour, par vertu d'icelluy, meclre sus les aides èsdiles terres et prévostez delà ladite rivière de Somme, pour ung an commencbant au jourSaint-Remy prouchain , ainsi que cbascun an est acouslumé de faire, et seulement ont baillié mandement pour les pays deçà ladite rivière, disans que vous n'entendez point que je joysse ne doye joyr des pays de ladite rivière, assavoir: desditf's trois prévostez par vous à moy données et transportées, et qu'ilz n'en bailleront point d'autre. Duquel reffus, mon trèsredoublé et souveiain seigneur, et du lortque me font et veiillenl faire vosdictes gens, se je me suis donné et donne merveilles, ce n'est pas sans cause, considéré le don et transport que fait m'en
avez si solennellement par ledit traictié de paix, lequel don et transport a esté en vostre court de parlement publié, vériflié et intériné, et depuis, par autres voz lettres patentes données et expédiées, vous estant au Pont de TArche, ratiffié, conferraé et validé de vostre certaine science, auctorilé royale et plaine puissance, si amplement que plus faire ne se pourroit.
Et pour te, mon trcs-redoubté et souverain seigneur, que, attendu ce que dit est, je ne puis ne pourroye croire que ledit refFus viengne et procède de vostre commandement et ordonnance, et que, se ledit traictié de paix m'estoil cufraint et rompu en une partie, je n'auroy guières d'espoir qu'il me deuist estre entretenu en l'autre; aussi que par droit l'on ne me peut ne doit mectre quelque empescliemeut en la joyssance et percepcion desdites aydes èsdites trois prévostez delà ladite rivière de Somme, non plus que en ceulx desdits pays deçà ladite rivière, j'escrips par-devers vous, mon très-redoubté et souverain seigneur, et vous supplye en toute humilité que, les choses dessusdites par vous considérées, il vous plaise, de vostre grâce, en moy entretenant ledit traictié de paix , et ce que tant solennellement m'a esté par vous juré, scellé et promis deux ou trois fois, l'une après l'autre, me faire, souffrir et laissier joyr et possesser paisiblement desdites trois prévostez, ensemble de tous les aydes et droiz royaulx y appartenans, tout ainsi et par la forme et manière que je doy joyr, par vertu de vostre don et transport dessusdit, desdits pays deçà ladite rivière, et à ceste fin faire expédier et délivrer à mes gens qui sont présentement devers vous, ou au porteur de cesles, s'ilz estoyent desjà partis, par vostredit chancellier et antres voz ofiiciers qu'il apparlendra, voz lettres patentes de déclaracion sur ce, pour le reffus, contredit et empeschemeut que l'on m'a voulu et veult mettie et ordonner à l'encontre de vostredit don et scellé, eusamble aussi autres voz lettres patentes adreçans aux esleuz sur le fait des aydes en l'élection d'Amiens, pour asseoir et m'fettre sus, de par vous, à mon prouffit, les aydes dessusdites, aussi bien èsdites trois prévostez de Fouloy,
Vimeii et Beauvoisis delà, que èsdits pays deçà ladite rivière de Somme, sans ce que par nulz de voz gens et ofliciers m'y soit d'ores en avant fait, mis ou donné aucun rcfFus, destourbier ou empeschemeut au contraire, ainsi que toutes ces choses, mon très-redoubté et souverain seigneur, j'escrips plus amplement à mesdites gens estans devers vous, pour vous en parler et faire remonstrance, se c'est vostre noble plaisir. Dont je voussupplye très-humblement qu'il vous plaise les croire, en me mandant adez voz bons plaisirs et commandemens, pour les acomplir à mon povoir, connue je doy et tenu y suis. Ce scel le benoît tilz de Dieu, auquel je prie, mon très-redoubté et souverain seigneur, que par sa saincte grâce vous doinl bonne vie et longue. Escript à iNaniur, le xi'"^ jour d'aoust l'an LXVI.
Vostre très-humble et très-obéissant subjet,
Charles.
Gros.
Suscriplion : A mon très-redoubté et souverain seigneur monseigneur le roy.
On lu au dos : Reç. à Montargis, le xxi« jour d'aoust CCCC LXVI.
(Original, à la Bibliothèque impériale, à Paris, MS. Du Pvy 702, loi. 130.)
Lellre du conile de Charolais à Louis XI, par laquelle il le prie de faire rendre au cardinal de Constance le temporel de ses bénéfices situés en France : 29 septembre 1466.
Mon très-redoubté et souverain seigneur, tant el si très-humblemenl comme je puis je me recommanileà vosîre bonne grâce.
A laquelle plaise savoir que puis naguères j'ay entendu que tièsrévérend père en Dion mon très-chier et espécial ainy le cardinal de Constances, estant de présent en court de Home, et que puis naguères est retourné de la légacion de I*érouse, pour d'ores en avant estre en court continuellement, a esté, pai' de traicteurs et mauvais rapporiz qui de lui vous ont esté faiz, comme l'en dit, fort esloignié de vostre giàce, et tellement (jue le temporel de tous ses bénéiices estans en voslre royaume a esté prins de nouvel et arresté en vostre main, ainsi que semblablenient lui avoit esté fait une autre fois, n'a pas longtemps.
Mon irès-redoubté et souverain seigneur, il n'est jà besoing que je vous escripve les biens, science et vertus qui sont oudit cardinal, ne aussi les grans services qu'il a faiz au roy, vostre père, cui Dieu pardoine, en la vie et en la mort, les services que de sa personni^ il fisl et a faiz à vostre couronne et royaume, les services qu il a faiz pour l'entreiènement en bonne union dudit feu roy, vostre père, de vous et de mon très-redoublé seigneur et [>ère, es ambaxadcs qu'il est venu devers nous, par pluiseurs fois, etc. : car je sçay que congnoissez mieulx les choses dessusdites que je ne fais, et ne pense pas que depuis il ait esté desloyal ne mauvais envers vous.
Si vous supplie, mon très-redoubté et souverain seigneur, en toute humilité et le plus que je puis, que vueilliez ledit cardinal avoir et retenir en vostre bonne grâce, lui délivrer et faire dépeschier son temporel estant en votre main, comme dessus est dit, et ne adjouster foy ne créance à ses détracteurs ou envieux, lesquelz, quant le vouldroyent en sa présence d'aucune chose déshonnoiahle chergier, je crois qu'il leur responderoit tellement qu'il en deniourroit en son honneur; et n'est point à présumer autrement, veu lestât et gouvernement dudit cardinal ou temps passé et de présent.
Mon très-redoublé et souveiain seigneur, je vouldroye bien complaire audit cardinal, et lui feroye volentiers plaisir : car, le tem]>s passe, et par espécial auparavant que fusse lieutenant
général de mon très-retloiibté seigneur et père, et que ledit cardinal fusl légat, il m'a lousjours à l\oino fait hon et loyal service, et à mes amis aussi, es matières dont luy ay escript ; et ay bon espoir que encores ainsi le fera. Par quoy ay esté mou de le recommander à vostre bonne grâce, comme l'un de mes espcciaulx amis : car les services et plaisirs (|u'il a faiz à moy et aux miens lui doivent prou (filer, et non pas nuire quant à moy. Et, se, de vostre bonne grâce, ceste ma très-humble requeste m'est accordée, je le tiendray pour granl honneur, et aussi cliior que pour moy-meismes. Cescel le benoît filz de Dieu, auquel je prie, mon très-redoublé et souverain seigneur, qu'il vous doint bonne vie et longue.
Escript à Brucelles, le xxix"'*" jour de septembre, l'an LXVI.
Vostre très-humble et très-obéissant subgel ,
(Charles.
Gros.
Suscrlptlon : A mon très-redoublé el souverain seigneur monseigneur le roy.
(Original, à la Bibliothèque impériale, à Paris, MS. Baluze 1)675 B, loi. 46.)
Lettre du comte de Charoicm à Louis XI, servant de créance à ses conseillers, le seigneur de Formelles et M' Guillaume Liugonel , qu'il lui envoie : 8 avril 1467.
Mon très-redoublé et souverain seigneur, lant et si très-humblement que je puis je me recommande f> vostre bonne grâce. Et vous plaise savoir, mon très-redoublé el souverain seigneur.
que j'envoye présentement par-devers vous le seigneur de Formelles, mon conseillier et second rhanibellan, et niaistre Guillaume Hugonet, aussi mon conseillier et maistre des requestes de mon liostel , porteurs de cestes, ausquels j'ay chargié vous dire et exposer en toute humilité, de ma part, aucunes choses louclians aucunes des matières dont mes ambassadeurs qui ont nagaires esté devers vous avoyent eu charge, et dont ilz m'ont fait raport de par vous. Si vous supplie, mon très-redoubté et souverain seigneur, si très-humblemenl que faire le puis, que raesdits conseilliers et ambassadeurs il vous plaise oyr, et à eulx, en ce quilz vous diront de par moy pour oeste fois, adjousler foy et crcdence, et sur lesdites matières leur faire et ordonner vostre bonne et briefve expédicion, en me mandant adez et commandant voz bons plaisirs , pour iceulx de tout mon povoir acomplir, à fayde du Tout-Puissant, auquel je prie, mon trèsredoubté et souverain seigneur, que par sa grâce vous doint bonne vie et longue.
Escript à Bruges , le vui'"" jour d'avril , l'an LXVll après Pasques.
Vostre très-humble et très-obéissant subget,
Charles.
Gros.
Suscription : A mou très-redoubté et souverain seigneur monseigneur le roy.
On lit au dos : Reç. à Chartres, le xm""* jour de may \\\V LXVII.
(Original, à la Bibliothèque impériale, à Paris, MS. Du Puy 762, fol. IfiO.)
Lettre de Charles le Hardi , duc de Bourgogne , à la reine de France, par laquelle il lui annonce la mort du duc, son père, et l'envoi quil lui fait du sieur du Fay, son conseiller et chambellan {l) : 18 juin U67.
Ma tiès-redoubtée dame, je me recommande à vostre bonne e;râce si très-inimblement que faire puis. l'A vous plaise savoir, ma très-redoubtée dame, qu'il a pie» à nostre Créateur, souverain disposeur de toutes choses, prendre à sa part feu nosire très-chier seigneur et père, que iJieu absoille, lequel , en rendant le deu dénature, Irespassa de ce mortel monde lundi derrain passé, entre neuf et dix heures après midi : qui m'a esté doleur et angoisse si amère que plus ne ponrroit. Et pour ce, ma trèsredoubtée dame, que de vostre grâce avez en singulière affection à mondit seigneur et père, luy estant en vie, j'envoye présentement par-devers vous mon amé et féal chevalier, conseillier et chambellan le sire du Fay, porteur de cestes, pour vous supplier très-humblement, de ma part, que, en commémoracion de feu mondit seigneur et père, il vous plaise moy et mes affaires avoir pour singulièrement recommandez, et moy adez mander et commander voz bons plaisirs , pour les accomplir à mon povoir, à l'ayde de Nostre-Seigneur Jhésucrist, auquel, ma très-redoubtée dame, je suplie qu'il vous ait en sa digne et benoîte garde, et vous doint bonne vie et longue.
(1) Dans V Histoire de Bourgogne de dom Plaxcher, IV, Preuves , ccui et ccLiii, il y a les leUres que le duc écrivit, à la même occasion, à Louis XI et à son conseil en Bourgogne.
Escript en ma ville de Rrnsfos, le xviii"'* joiip de juing; l'an
Vostre Uès-humble et ohéissani, Charles, duc de Bourgongne et de liiabant , etc.
Ch\rles.
Gkos.
Snscription : A ma très-redoubtée dame madame la royne.
(Original, à la BiblioUièque impériale, à Paris, MS. Baluze 9675 B, fol. 45.)
Lettre des maUi^es, jurés et conseil de la cité de Liège à Louis XI, par laquelle ils le remercient de l'accueil qu'il a fait à leurs undmssadenrs, et lui annoncent l'envoi de niessire Gilles de Huij : 15 juillet .... (1467).
Très-excellent, tiès-victorieulx prince et tiès-chiestien roy, nostre Irès-lmmble et très-petit service ;ivec (ont honneur et révérence dens. Nous avons oy et entendu la relacion de nos trèschiers et bien ameiz ambassateurs nagaircs vers vostre Irèshaulte Magnificence de par nous envoiiés : de qnoy, de cuer entière, avons esié resjoys, et ne sçavons ne pounions au plain remerchier à voslre très-excellente Grasce de boin vouloir, trèsgrande chièie et singuleire jiHeccion (|u'il a pieu, de voslre trèsgrande , faire el démonstreir à noz prénommez ambassateurs, pour l'amour de noz. Dont pour plus ad plain remerchier de bouche que bonnemeni ne pourrions escripre, tant pour noz comme pour tous les habitans et borgois des bonnes villes de ce pays de Liège el de Looz, Huy exceptée, ensuyanl le département de nousdis ambassalenrs, de quoy semblablement envolons à
voslre très-clireslienne coronne noz autres lettres patentes, envolons tlerechieff nostre honnonré, très-cliler et féal messire Giellie de Hiiy, chevalier et niaistre poiir le temps de nostre cité, par-devers VosI redite Hoale Majesté : à icelle tiès-liumhlenient suppliant qu'il voz plaise, louchant ceste cause et mateire, à ceste foix, comme à nos-meismes, adjoiisteir plaine Ibid et crédence; à noz tousjours commandant vous boius plaisiers, pour les accomplir de ciier entière, alleayde de benoît filx de Dieu, qui voz donne accomplissement de tous voz très-victorieulx désiers, avec accroissement de toute félicité et honneur.
Escript à Liège, sub nostre séal az légacions, de mois de jullet le quinziesme jour.
Voz très-humbles et tiès-obédiens serviteurs et amis,
Les Maistres, Jurez et Consel de la cité de Liéc.e,
Az commandemens de V. R. M. tousjours prests et apparelhiez.
Siiscriptinn : A très-excellent, très-victorieulx et très-chrestien roY le roy de France, nostre sire.
(Original, à la Bibliothèque impériale, à Paris, MS. Baliize 9073 J, fol. 20.)
Lettre tien maîtres et conseillers de la cité Je Liège à lévêque de Lanyres et au comte de Dammartin , par laquelle ils s'excusent de leur envoyer des députés, et les prient d'accomplir la charge qu'ils ont renie du roi : P'' aoftt 1467.
Révérend peire en Dieu, hauls, puissans et très-honnoreis singneurs, nous noz recommandons à vous le plus affectueusement que poions, El vous soit plaisier desçavoir noz avoir receu
les lettres de très-chrestien roy, nostre sir, tochant vostre charge pour communikeir aveicques noz, et ainsi autres voz lettres escriptes à Soisan (1) le xxvi"'*' jour de juUet, par lesqueiix nos priiez que vuilhons députeir et commettre gens notables de part noz, et les envoiier vers voz à lieu de Maesier (2) ou Mozon (3), auqueil lieu voz laissereis troveir, affin et de illec oiir vostredite charge de part le rov, en demandant sur ce nostre responce, etc.
Sur quoy, très-honnoreis singneurs et espécialx amis, pour responce, vous plaise sçavoir que la vostre priière accomplir n'est point pour lors à noz possible, nonobstant que très-vollentier et de cuer le ferins, et cognissons que bien s'appartenroit de faire. Et le raison si est qu il at en ceste cité très-petit nombre de nobles hommes aiant tenu le partie d'icelle, lesqueilx ont pour le présent la governe et administracion de ladite citeit, qui sont cenlx qui convenroit envoiier devers voz, se queicque choze s'en devoit faire. Et, quant ilx y siéroienl, se ne demoroit-il personne par deleis le commone de ceste cité, pour le governeir; et aussi, quant ilx siéroient illec, nonobstant que par le nonsceurté des chemyens, ilx n'y poroient point bin venir, se ne poroient-ilx rins concludre sens le consentement dédit common.
Par quen noz vous prions et requérons, le plus affectueusement que poions, qu'il vous plaise ce considéreir, de quoy ne faisons dobte, et nous avoir pour excuseis de vostredite priière à noz faite. Et vous plaise accomplir ladite charge du roy, nostre très-chier sir, le plus brieff que faire soy puet, comme le cas le requiert, ensi que en voz hantes noblèces et seignories avons la parfaite hanche.
Ly benoît Saint-Esperit mentengnevoz Hautes Seingnories et Domination enprospériteit, félicité, et doinst bonne vieetlongue.
(1) Soissons.
(2) Mézières.
(3) Mouzon, à quatre lieues environ île Sedan.
Escripte à Li(''e'e le premier jour d'aoïist l'an XIIÎI'^LXVIÎ.
Les Maistres et Conseilhiers de la citeit de Lir?GE.
Suscriplion : A révérend peire en Dieu , hauls, puissans el trèshonnoreis seingneurs, noz très-chiers et très-espécialx amis, nions"" Tévesque et duc de Langre, peire de Franche, et mons"' le conte de Oanjpmarlin, grau maistre d'oslcil de
France.
(Original, à la Bibliothèque impériale, à Paris,
MS. Baliize 9675 ^, fol. 21.)
Lettre des maUres et conseillers de la cité de Liège à l'évêque de Lanyres el au coiiite de Dammurlin , par laquelle ils s'excusent derechef de leur envoyer des députés : 10 août 1467.
Révérend peire en Dieu, hauls, puissans el très-honnourés singneurs, après nosJre amiable recommendation, vous plaise sçavoir que nous avons rechuist vous lettres à nous envoyez, datées de v™^ jour de moix d'aoust; le contenut desquelles vous tenons bin méniors. Sur quov vous plaise sçavoir que de contenut en icelles vous lettres nous avons esteits et sunimes bin mervel heux, et attendut que celles ne sont en rien faisant responces à celles que derrenièremenl vous avons escript, dont chi-dedens envolons les coppies incluties, pour vous en advertir, en queileque manière, de nous transporter ne envoiier aux lieux que nous aveis fait sçavoir, nonobstant que volleutiers et de boin cuer le ferimmes, se à nous estoit possible. Et ne tenons point que ce soit le volloir de roy, que taisons chose dont puissons avoir affaire, ne la cité et paiis à soffrir; et oussi les lettres du roy ne font point mension de nous audit lieu transporteir, ains contiennent expressément qu'il vous envoie devers nous, poumons ad-
vertir et faire sçavoii' de son opinion, pour le hin de iy et de nous, comme aussi par les copies d'icelles lettres chi-dedens inserrées vous pult amplement apparroir. Par que (I) , très-aciert et le plus cordialement que poions, nous vous prions et requérons qu'il vous plaise accomplier ladite charge du roy prestement, conmie le cas le requiert : car nous entendons d'heure à autre l'expédition , laquelle vous prions qu'il il vous plaise abbrégier, sens altarge ne délay, et nous envoiier vostre finale responsse par ce porteur que pour ceste cause envolons prestement devers vous, le altendaul d'heure à autre. Le benoît Sainl- Esperit ait Vous Noblèces et Sengnories en sa sainte garde, et doinst accomplissement de tous désiers.
Escript à Liège, lediesièmejour de moix d'aHgustl'anXIlirLX
sept.
Les Maistres et Consem.mf.rs jurris de i.\
ciTErr DE Liège, vostres.
Suscriplion : A révérend peireen Dieu, hauls et puissans seingneurs nous très-chiers et espéciaulx amis monss"^ l'évesqne et duc de Langres, peire de Franche, et monss'' le cont de Dampmartin, grand maisire do hosteil de Franche.
(Original , à la Bibliothèque impériale, à Paris MS. Baluze 9675 y/, fol. 19.)
Lettre des maîtres et conseillera de la cité de Liège à Louis XI, par laquelle ils le prient de les secoiirir contre le duc de Bourgogne : 19 août 1467.
Très-chrestien , très-excellent, très-victorieu roy, roy très-
(1) Par que, par quoi.
puissant, très-chier sir, Uès-liumblenient et affectueusement nous recomandons à vostre très-hault Majesté Royale. A laquelle soit plaisier de sçavoir que nous envolons par-devers ycelle présentement, pour certaines hesolgnes tochant ces cité et palis généralement, affin d'estre amplement advertis tochant le fait de monslngneur de Liège, comment il soy conduit envers noz, et comment porsuyt et porchace la destruction, dommaige, vltupeire et désolation de ces cité et palis, comme par la lettre prlncipaele de monslngneur le duc de Bourgongne, que envoyons clildedens induite, appert amplement; laquelle lettre est responce à celle que ly avons escript pour la démolition de Chlnay (1), unne des bonnes villes de ces pails, fait de sceut et consentement de niondit slngneur de Liège, ensl que par ycelle appert. Et, comme sur les jornées que ons prétend de tenir aveuc noz jornèlement , noz summes itivadels et sus corrus de tout costeit des palis de niondit slngneur le duc, comme encor hier du jour grand nombre de gence d'armes enlront {"l) en cez palis à piet et à chevael, et soy ronduirent fèlement qu'il navront (3) et occlrent gnin nombre de nos gens , nonobstant ce touttefolx , soy dett'endlrent vallhamment et tèlement qu'ilx tinrent les camps, combin qu'ilx n'astoient point à la niotié près tant de gens que les ynnemls, si prions humblement et supplions très-affectueusement à vostredltte Royale Majesté qu'il plaise ycelle nous aidier selonc ce, et asslstelr par touttes manières nous nécessaires. Et plaise ycelle expédier noz gens* et ambassadeurs, et faire réal accomplissement de leur charge, comme plalnement noz confions en ycelle, sicomme notre singuleir espoir et refuge. Nous prions à benoît fils de Dieu qui doinst vostredlte trèsexcellente Royale Majesté bonne vie, prospérllelt et félicité, et accomplissement de tous ses joleux déslers.
(1) Ciney.
(2) Entrant, eulrèrent.
(ô) lYdvronl, navièreiil, blessèrent.
Escriple àLiége,lexix'"*jourde moix d'uousirun Xnn''LXVII.
Les Maistres kt Conseilhiers de l\ cité de ' Liège, à V. M. R. appareilhiez.
Suscription : .\ très-clirestien , très-excellenl, tiès-viclorieu le roy de Franche, nostre Irès-chier sire.
(Original, à la Bibliolhèque impériale, à Paris, MS. Baluze 9675 ^, Col. Î8.)
Lettre du duc Charles le Hardi à Louis XI, touchant une querelle qui s'était élevée entre ses sujets divoix et les habitants de Mousson : 2 pillet 1468,
Mon très-redoublé et souverain seig;neur, je nie recommande à vostre bonne grâce si très-humblement que faire puis. Et vous plaise savoir, mon très-redoubté et souverain seigneur, que j'ay reeen les lettres qu'il vous a pieu moy oscripre, et ay oy ce que m'a dit et remonstré de par vous maistre Guillaume de Gerisay, vostre conseillier et général sur le fait de la justice des aydes, porteur de cestes, touchant aucuns excès fais par ceulx de vostre ville de Mouson (I) et, comme rapporté vous a esté, par ceulx de ma ville d'ivoix, les iiiigs à l'encontre des autres; auquel maistre Guillaume j'ay fait dire et déclarer la vérilé, et comment la chose est advenue, ainsi (|ue |)ar lui le saurez plus à plain, se vostre noble plaisir est, en vous merciant très-humblement la bonne affection que avez à faire faire justice de ceulx de voz subgez qui seront trouvez coulpables desdils excès. Kl, soubz ceste confidence et à teste tin , j'ay ordonné aucuns gens nota-
(1) Voy. la noie 5 de la pièce CXXIX.
blés pour faire inforinacion de ceste nialièie; laquelle informacion faicte, je envoieray devers vous à toute diligence : vous suppliant, mon très-redoubté et souverain seigneur, qu'il vous plaise, après ce que aurez fait veoir lesdites informacions, ordonner sur ladite réparacion, en faisant pugnir les délinquens, selon qu'il appartiendra par raison. Et, se aucuns de niesdits subgez ont meffait ausdis de Mouson, je en feray tèienient de nja part que aurez cause d'en estre content. Et ne vueillez prendre à desplaisir ce que plus tost n'ay expédié ledit maistre Guillaume, et que si longuement l'ay détenu : car ce a esté à l'occasion de ce que, après mon entrée faicte en ma ville de Gand, et la possession prinse du pays, une commocion s'est esmeue entre le comnjun de ladite ville et ceulx qui on! eu le gouvernement d'icelle, laquelle commocion il m'a convenu appaisier; et après, m'en suis départy, et ay amené ledit maistre Guillaume avecques moy en ceste ville.
Mon très-redoublé et souverain seigneur, adez vous plaise moy mander et commander voz bons plaisirs, pour les acomplir à mon povoir, à l'ayde de Nostre-Seigneur, auquel je supplie qu'il vous ait en sa digne et benoîte garde, et vous doint bonne vie et longue, et acomplissemeiit de voz nobles désirs.
Escript à Tenremonde, le second jour dejuillet mil HIl' LXVH.
Vostre très-humble et très-obéissant subgel, Charles, duc de Bourgongne et de Brabant, etc.
Charles. De Molesmes.
Siiscription : A mon très-redoublé et souverain seigneur monseigneur le roy.
On lit au dos : De mous"" de (^liarolois. Reç. de par la main de M^ Guillaume de Serizay ,leix^ jour d'aoust LXVII,à Estampes.
(Original, à la Bibliothèque impériale, à Paris, US. Dupuy 762, fol. 161.)
Lettre du duc Charles à Louis XI, sur le désir quil lui a fait expriumr d'avoir wœ entrevue arec lui (I) : sans dale (octobre 1468?).
Mous"", très-huinbleineiit en vostie bonne grâce je me reconin)ande, vous niercbianl, nions", du cardinal (^2) (ju'il vous a pieu ni'anvoier; le(|uel m'a dist le désir qu'avés de me voir : dont nions', en toute buniylité je vous remerchye. Auquel sur cesle matier et autres je ly a déclaré mon intencion, comme par ly le pores, s il vous plesl, savoir. Et pourés seureniant venyr, aler et retourner. Vous su|)liant, nions"", qu'il vous plèse recevoir du cardinal lesdiles nialiers par la nianyère que je ly ay bailliés; laquelle il vous déclarera. Mons"", je prye à Dieu qu'il vous doinsl bonne vie et longue. Escript de la main de
Voslre très-liumble et Irès-obéissanl subgel ,
Chaules.
Suscripliun : Mon 1res redoublé seigneur.
(Original aiilograplie, à la Bibliothèque impériale, à Paris : MS. Baluzc «JO/.'î B, loi. 41.)
(1) Voy. les Mémoires de Commiues, édil. de Lenglel du Fresnoy , I, 97;
(2) Jean Balue on de la Balue, fds d'un tailleur du Poitou, que Louis XI avait tait évêque d'Évreux, puis d'Angers, et que le |)ape Paul 11 venait de créer cardinal.
Commission de chef et capilaine général de l'armée et de toute la yendurmerie aux Pays-Bas, donnée par Charles-Quint au comte /Jenri de Nassau : \îl juillet io\l.
Charles, par la grâce de Dieu, roy de Castille, de Léon, etc. A tous cculx qui ces présentes lettres verront, salut. Comme, pour poiirveoir à la garde, seurlé, tuicion et deil'ence de noz pays et subgcclz de par deçà, et au reboutement de noz ennemis qui les ont présentement envahiz, agressez, pillez, hruUez, gastez et grandement riiynez et adonmiagez, tant ou quartier de Hollande que ailleurs en plusieurs et divers lieux, et pourroient encoire l'aire, niesmement durant nostre absence du voyaige que alons présentement faire en noz royaumes d'Espaigne, à la grant f'oulle et confusion de nous, perdicion et destruction de nosdils pays et subgeclz, soit besoing de ordonner et commectre quelque bon , grant et notable personnaige pour estre chief et avoir la charge et conduite de nostre armée et de toute la gendarmerie présentement ordonnée et qui se pourra ordonner cy-après en noz pays de par deçà, savoir faisons que nous, ce considéré, et pour les sens , vertuz, vaillance et bonne conduite que par expérience savons et congnoissons estre en la personne de nostre très-cher et féal cousin messire Henry, conte deNassou, S"^ de Breda , etc., icelui conte de Nassou, pour ces causes et autres à ce nous mouvans, conflans entièrement de ses loyaulté, preudonnnie et bonne diligence, avons retenu, commis, ordonné et establi, retenons, conmiectons, ordonnons et establissons, par ces présentes, chief et capitaine général de nostredite armée et de toute la gendarmerie ordonnée et à ordonner en nosdits j)ays de par deçà, en lui donnant plain povoir, auctorité et mandement espécial d'icelui estai de chief et capilaine général dores en avant
maintenir, exercer et desservir; vacquer et entendre, tant à la conduite d'icelle nostre armée et gendarmerie et à la garde, tuicion et deffonce de nosJits pays et subgects, comme au reboutement de nosdils ennemis ; mener et conduire noz gens de guerre aux champs; les ordonner et asseoir en garnison es bonnes villes et fortes places des frontières et autres lieux où besoing sera, selon que le cas et opportuneté le requerra; ordonner et commander aux autres capitaines et gens de guerre toutes choses qu'il verra estre requises et nécessaires pour le bien et honneur de nous, reboutement et réduction de nos ennemis et rebelles; casser et pugnir nosdils gens de guerre, ensemble nos rebelles et désobéissans subgectz, selon leurs démérites; donner congiez et passeporlz ausdits gens de guerres et autres, quant Topportuneté y sera; pourveoir à la seurté de noz villes et places; y avoir entrée et yssue foit et foible, de jour et de nuyt; y bouter garnison toutes et quantesfoiz que bon lui samblera et le cas le requerra, et faire au surplus toutes et singulières les choses concernans le fait de la guerre, que bon et léal chief et capitaine général dessusdit doit et est tenu de faire et que nous-mesmes ferions, sy en nostre personne présens y estions, aux gaiges de deux mil cincq cens livres, du pris de quarante gros de nostre monnoie de Flandres la livre, que lui avons pour ce tauxez, ordonnez, octroyez et accordez, tauxons, ordonnons, octroyons et accordons, par cesdiles présentes, prendre et avoir de nous chascun an, oultre et par-dessus sa pension ordinaiie; desquels gaiges de H'"v'' livres dudit pris voulons et ordonnons que iceluy nostre cousin de Nassou soit payé et contenté par les mains de nostre trésorier des guerres Jaques Grenet, ou d'autre nostre trésorier des guerres à venir, et des deniers de sa recepte, de trois mois en trois mois, par égale porcion, à commancer aujourd'hui, date de ceste, et aux autres droits, honneurs, prérogatives, prééminences, libériez, franchises, prouffîz et éraolumens acoustumez et y appartenans, tant qu'il nous plaira, sur le sèrement que icelui nostre cousin nous a autrefoiz fait, duquel nous sommes
content ; et moyennant iceluî , l'avons dispensé et dispensons de nous faire ou presler pour ceste foiz autre sèrenient. Si donnons en mandement à touz noz autres licuxtenans, capitaines, gouverneurs, gens de guerre, bailliz, prévostz, conimunaullez, justiciers, officiers et subgectz oui ce puet et pourra toucher et regarder, et à chascun d'eulx endroit soy et sicomme à lui appartiendra, que nostredit cousin de Nassou ilz tiennent et repu lent d'ores en avant pour cliief et capitaine général de noslredite gendarmerie et exercice de la guerre en nosdits pays de par deçà, comme tel le honnorent, révérendent et obéissent, et en toutes choses concernans le fait de ladite guerre le aydent et assistent comme nous-mesmes; et au suipliis, d'icelui estât de chief et capitaine général, ensemble des droiz, honneurs, prérogatives, prééminences, libertez, franchises, proulliz et émoliimens dessusdits le facent, seufTrent et laissent plainement et paisiblement joyr et user, cessans tous contreditz et empescheniens; mandons en oultre à nos amez et féaulx les chiefz et trésorier général commis sur le fait de noz denuiine et finances, que par nostredit trésorier des guerres présent et à venir, et des deniers de sadite recepte, ilz facent payer, bailler et délivrer à icelui nostre cousin de Nassou, ou à son command pour lui, lesdits gaiges de deux mil cincq cens livres, des pris et monnoic que dessus, oultre et par-dessus sadite pension ordinaire, par an, aux termes à commencer, et tant qu'il nous plaira, comme dit est; auquel nostre trésorier des guerres présent et à venir mandons par cesdites présentes que ainsi le face; et, par rapportant ces mesmes présentes, vidimus ou copie autenticque d'icellcs, pour une et la première foiz, et, pour tant de foiz que mestier sera, quictance souffisant d'icelui nostre cousin de Nassou tant seulement, nous voulons tout ce que payé, baillé et délivré lui aura esté à la cause dicie, estre passé et alloué es comptes et rabatu de la recepte de nostredit trésorier des guerres présent et à venir qui payé l'aura, par nos amez et féaulx les président et gens de noz comptes à Lille, ausquolz mandons aussi par restes ainsi le
faire, sans aucun contredit ou difficulté : car ainsi nous plaisl-il, nonobstant queizconques ordonnances, restrinclions, mandement ou deffences à ce contraires. En tesmoing de ce, nous avons fait mectre nostre seel à ces présentes. Donné en nostre ville de Middelbourg, le xii™*^ jour de juillet, l'an de grâce mil cincq cens et dix-sept, et de nostre règne le second.
Par le roi : les sires de Ravestain el de Chiervcs, iness^ Claude Cavondelet , cliief du privé conseil , le sire de Montigny , sire Nicasiiis Hackeiiey, chiefs, niaisties Jehan Kuffaiilt, trésorier général, et autres présens.
H.\NErON.
(Original , aux Archives du royaume.)
Lettre il'Àiiloine de Ikaulaincourt, lieutenant de la (jouveritatice de Lille, à Charles-Quint, touchntit le projet de fjuelques habitants de celte ville d'y tenir la fête des fous : i9 juin 1540.
Sire, en la plus grande humilité que faire puis en voslre trèsbonne grâce me recommande.
Sire, je supplie ne volloir desplaire à Vostre Majesté de sçavoir que puis nagaires, en ceste voslre ville de Lille, quelque persorinaige, de son slil lainturier, à la persuasion, comme l'on disl, de aucuns des foriniers de la toile (!) de la bière de vostre ville et cite de Tournay, a emprius (2) de estre roy des folz et tenir sur ce la feste selon que au passé l'on a fait en icelle vostre ville, et sur ce a trouvé moyen de obtenir congié de aucuns de
[]) Toile f toulieu.
(■-') Einpn'ns , ciUrcpris.
ceulx de la loy do voslredicte ville : dont, connue suis adverti, Y a pluisieurs gens de bien, bouigois et nianans d'icelle qny en sont bien marris, an moyen de ce qne en ladicte feste est apparant que Dieu, noslre Créateur, y sera grandement olîensé, tant en jeux dissolutz qne convertement, contre Ihonneur de nostredict Dieu et Créateur et l'Église, qny se jouent sur chariotz et autrement, et où pluisenrs polroient estre mal édiffioz; et est apparant que se y commecteront pluiseurs gros excès, tant en yvrongnies que hnzetz (I) et luxures, en tant que pluiseurs de ceulx des villes voisines ont délibéré y venir en grosses compaignies et assamblécs, lesquelz voldront à leur tour faire saniblables festes el assamblées, quy néanlnioins avoienl esté par long temps discontinuées, mesnies celle dudict roy des folz passé trente ans, pendant lequel temps vostredicte ville a esté assez en bonne prospérité, et est apparent de encoircs esire, n'est que nostredict Dieu et Créateur, l'ire duquel polra par ce esIre provocquiée, en dispose au contraire. Anssy, par tel moyen, les vivres polroient renchérir, quy au présent sont assez à raisonnable pris, et quy peult avoir esté causé par ce que ceulx de la loy d'icelle vostre ville ont faict deffendre les grans couvines (2) et assamblées, meismes es noepces.
Et, pour ce que, soubz vostre très-noble correction, il me samble que ce seroit oeuvre méritoire de emjieschier ladicle feste, et aultres samblables quv se polroient conséquamn)ent tenir en voz aultres villes voisines, affin qu'il plaise à noslredlct Créateur de tenir le peuple en son bon gouvernement accoustumé, et qu'il soit tant plus enclin de prier icelluy nostre (Iréateur pour voslre très-noble prospérité et la répnblic(jne de la chreslienneté, meismenient de vos pays et seignories, et que ledict empescliemeiit ne se peult bonnement faire, n'est qu'il plaise à Vostredicte Majesté y pourveoir, j'ay présumé vous en escripre, atlin de
(1> Hazetz , jeux tie dés,
(2) Couvines , rovennes , réunions.
incliner vostre très-noble plaisir de faire despescliier voz lettres de placartadreschantes, tant à vostre gouverneur dudict Lille ou son lieutenant que à aultres voz justiciers et officiers de voz autres villes, telles que Tournay, Vallencliiennes, Arras, Uouay, Béthune et autres qu'il vous plaira, par lesquelles et quy se publieront es lieux accoustumez, soit par vous expressément deirendu de tenir lesdictes festes, sur paine de désobéissance et de amendes et niulcles arbitraires, ou aultres limittées qu'il plaira à Vostredicle Majesté ordonner, et que lesdictes lettres de placart soient sy à temps despeschiées, que chacun en puist estre adverti avant le dimence, xi*"^ jour de jullet prochain venant, que lors Ion a propposé de tenir ladicte fesle des folz.
Sire, il vous plaira nioy commander voz très-nobles plaisirs, lesquelz je suis prest de accomplir à mon petit pooir, aidant Dieu, nostredict benoît père et créateur, auquel je prie qu'il vous doinst l'enliei- accomplissement de voz très-nobles el trèsverlueulx désirs.
Escript en vostredicte ville de Lille, le pénultisme jour de juing, anno XV*^ et quarante.
Voslre très-humble et très-obéissant serviteur et subgecl, .\nth. de Beaulaincourt, lieutenant de vostre gouverneur de Lille.
A. Beaulaincourt (!).
(Original, aux Archives du royaume.)
(I) Anloine de Beaulaincourt, chevalier, seigneur de Bellen ville , etc. Il fut créé conseiller et premier roi d'armes, dit Toison-d'Or, le 29 mai lorjO. Il mourut en 1 50 1 .
M. DE LiNAS a publié une Notice sur la vie et les écrits d' Jntoine de Beaulaincourt j in 8 de 1.1 pages; Sainl-Omer, 1834.
Trois lettres de Charles-Quint à la reine Marie, sa sœur, toucha)it son retour en Espagne, après l'expédition d'Alger : 14, 28 novembre et 5 décembre 1541.
PREMIERE LETTRE
Madame ma bonne seur, vous verrez , par mes lettres que vont avec ceste (I), ce qu'est succédé en mon voiaige d'Argel, et ma résolucion de laisser l'emprinse pour cesle saison, et me rembarquer pour retourner en mes royaulnies d'Kspaigne. Suyvant laquelle partiz de la plaije dudict Alger, le nii'"^ du présent, environ le midi, y délaissant cinq de mes gallères d'Espaigne, pour secourir et révolquer (2) aucunes navyeres que, pour esire trop près de terre et ayans vent contraire, ne povoiont sortir. Et fut tout ce jour et la nuyt suyvant si impétueuse que avec très-grande difficulté et travail entriz en ce port; et furent plusieurs de mes gallères en extrême nécessité et dangier de se perdre, sans povoir plus résister ny souftVir, s'il eust plus longuement duré. El a, depuis mon arrivée en cedict port, tellement continué ceste torraente que, encoires qu'il soit assez bon et sheur, si y sont esté mesdictes gallères par trois ou quatre jours en très-grand dangier, et aucunes d'elles, se sentans encoires du travail passé, n'ont sceu si bien résister qu'elles n'ayent souffert gros dommaige, pour avoir rompu leurs arbres, poupes, espérons et rèmes; mais les vaisseaulx. Dieu grâces, sont demeurez entiers, et a-l'on remédié le surplus le mieulx que possible a esté. Et, cependant, sont aussi icy arrivez iesdictes cinq
(1) Elles manquent clans les Archives.
(2) Révolquer, remorquer.
gallfTos d'Espalgne, lesquelles, avec liès-ginnde dilTicnllf^ el peyne, s'csloient tenues Jeux jours en ladicle plaije, ayans soulFeit eiande disecte d'eau , et esté pluseurs fois en dangier de donner en terre : espérans tousjours que le tem|ts s'ndoulciroil, et povoir secourir le>di(t('s navis, dont elles avoienl f;iil extrême devoir et diligence; mais il ne tut jamais possible. El, à ceste occasion , voyans que irréinédiablcment ilz esloient perduz , s'ilz denieiiroient davantaige en ladicle plaije, pour éviter de deux niaulx le pire, se délibérarenl partir; et avec extrême travail, ayans perdu la plusparl de leurs renies, arrivarent icy. Et, quant aux navvei'es que partirent quant et nioy, il t'U y arriva aussi pluseurs quavoient premièrement prins le chemin d Italye, et entre autres une carracque en laquelle alloient mesdicles autres lettres : mais, tant par la tormenle passée que celle qu'elle avoit souffert en venant et estant icy, s'est enfin rompue et ouveite, et a-l'on saulvé les personnes et la plusparl des victuailles, lesquelz sont bien de besoing, selon la nécessité qu'en est icy, et telle que, si j'estoye conlrainct d'y plus longuement séjourner, il y auroit grande famine, et en auroient ceulx qui sont icy bien à souffrir. Mais j'espère que Notre-Seigneur y lemédiei-a, et me fera la grâce de povoir partir bientost, comme l'appaience en esl bonne, selon que le temps se commance mectre au beau. Dont vous ay aussi bien voulu advertir, et que ne perdruy conjoncture quelconque pour, au plus tôt que possible me sera, arriver eu mesdicts royaulmes d'Espaigne. Et, cependant, je pourvoye et ordonne tout ce que me semble nécessaire pour la sheurté et forlificacion de ceste place, selon qu'elle est très-imporlante. El à tant, madame ma bonne seur, je prie le (Créateur vous donner voz désirs. Escripl à Bougia, le xtni'"^ de novembre i."jil.
De lu main de t Empereur.
Madame ma bonne seur, vous verres, pur ce que en mon aultre lettre vous escrips, ce que jusques lors est succédé. Le tamps nous surprint de sorte que les naves s'en alèrent sans le
despesche. Et de ce que depuis est succédé, l'enlenderés par ce que dessus, et que serés advertye jusques mon parlement d'ycy, que ne sera jamays sy lost que ne le prengnonsycy tous bien en gré, par le temps que jusques cy a fayt. Congnoisterés que ce que en l'autre vous ay escript, de x jours plus tost ou plus tard, que le tard n'at servy que de pis: le plus tost, sans doute, Temprinse fut esté achevée. Il y a eu tant de longueurs, et de tant de coustés, que je le viens à payer, sans en eslre en coulpe: que est contre mon ordinayre. J'espère que Dieu remédyra le tout, comme il congnoist que j'en ay le besoing.
Vostre bon frère, Charles.
De main de secrétaire.
Achevant de signer ceste, sont icy arrivez en une frégate (1) environ trente personnes, tant soudars que maronniers, lesquels se sont par grand' fortune saulfvez hors d'une grosse navyere qui s'est rompue ou milieu du goliie, en retornant en Italye, et se sont noyez et perduz bien sept cens personnes, sans les coffres et bagues; et se treuvarent les dessusdicts en ladicte frégate, qu'estoit en ladicte nave, lorsqu'elle rompit; et ainsi , avec grand travail, à force de rèmes, sans voille, sont arrivez icy.
Bave.
deuxième lettre.
Madame ma bonne seur, je vous escripvis dernièrement, tant par la voie de Gennes que Secille, tout ce qu'estoit succédé en mon voyage d'Argel, le partement d'illec et arrivée à Bougia. Et supposant qu'aurez, avant l'arrivée de cestes, receu l'ung des
(1) Frégate paraît signifier ici canot ou chaloupe.
dépesches, vous advertiray seulement pour niainlenanl comme
je partis dudict Bougia le xxmi^ du présent, environ trois
heures de nuyt, et, après avoir demouré en mer trois jours,
venant la pluspart à rèmes, arrivay hier, aussi environ deux
heures de nuyt, en ceste ville. Et dépescheray cejourd'huy le
prince Doria, pour retourner audictGennes, suyvant le contenu
en mes aultres lettres, et me rembarqueray ceste nuyt avec le
surplus de ma court en mes gallères d'Espaigne, et prendray le
chemin de Cartagena. Et supposant que illec Irouveray de voz
lettres, desquelles n'ay receu nulles dez mon partement de Les-
pecia (1), remectray alors de vous escripre plus particulièrement
de ce que détermineray. Et à tant, madame ma bonne seur, je
prie le Créateur vous donner voz désirs. De Mayorcque , le xxvni"
de novembre 1541.
Vostre bon frère,
Charles.
Bave.
troisième lettre.
Madame ma bonne seur, supposant que, par mes lettres, tant de Bougia que Mayorcque, aurez entendu tout ce qu'est succédé en mon voyage d'Argel et arrivée audict Mayorcque, ne le reprendray icy davantaige, et seulement vous dépesche ce courrier exprès , pour vous advertir de mon arrivée en ce lieu , et que me pars demain , prenant mon chemin contre Tholède, où que j'entends, au plaisir de Dieu, demeurer cestuy yver, pour mieulx entendre et pourveoir en tout ce que concerne mes royaulmes de par deçà, et aultres affaires publicques de la chrestienneté. Et, pour ce que n'ay icy trouvé nulles lettres de vous, ny en ay receu aulcunes dois mon partement de Lespèce (!2), et que le S' de
(1) La Spezzia. L'Empereur s'élait embarqué dans ce porl, le 2X septembre, pour l'Afrique. (Journal MS. de Vaudenesse.) {'■2) La Spezzia.
Granvelle m'a escript qu'il vous advertit de temps à aullre de ce qu'il traicte ou coiistel où il est (I), ne vous sçauroye pour maintenant foire ceste plus prolixe. Et, pour la fin, prie Nostre-Seigneur vous donner, madame ma bonne seur, voz désirs. De Cartagena, ce v® de décembre 4541.
Vostre bon frère ,
Charles.
Bave.
(Originaux, aux Archives du royaume, collection (les cartulaires et manuscrits : Recueil de pièces du XV™^ et du Xn""" siècle, fol. 1-iI, 143, 144.)
Lettre de Philippe 11 au magistrat d'Anvers, sur l'établissement qu'il a fait d'une factorerie dans cette ville, et le choix de Gaspar Schetz, seigneur de Grobbendoncq , potir l'exercer : d^'' janvier 1555 (1556, n. st.).
Par le Roy.
Très-chiers et bien amez, comme, pour mettre tant incilletir ordre au fait de noz finances, nous avons érigé uiig estât de factorye en noslre ville d'Anvers, et à ce commis noslre chier et féal conseillier messire Jaspar Schelz, S"' de Grobbendonck , afin que ledict de Grobbendonck ait tant meilleur moyen d'eirectuer
(I) Charles- Quint avait dépêché le S^ de Granvelle, de la Spezzia, le 24 septembre, pour aller trouver le pape, et le discidper, auprès de lui et de ses ministres, du meurtre de I-'regoso et Rincon. (Journal MS. de Vandenesse. )
( oG4 )
sa charge, comm'il importe pour nostre service, nous vous requérons et néantraoins ordonnons que , prenant regard à nostredict service, et au prouffit et advancement que ladicle ville en pourra aussy recepvoir par succession de temps, puisque, à l'occasion d'icelle factorye, toutes négociations, tant de finances que d'achapt de marchandises, dont nous aurons de besoing, se feront asseurément en ladicte ville et non ailleurs, voeuillez avoir ledict facteur en bonne réputation et recommandation, en luy faisant toute l'adresse, faveur et assistance que vous sera possible, quant il en aura de besoing; et que, au surplus, vous le laissez joyr de tous previléges, émolumens, honneurs, prééminences, franchises et exemptions d'acciz, comme aultres officiers de nostre hostel comptez par les escrois sont accoustumez et doibvent avoir, mesmes comme encoires a pour le présent nostre marcgrave dudict Anvers, sans y faire aucune difficulté. Trèschiers et bien amez, Nostre-Seigneur Dieu vous ait en sa sainte garde. De Bruxelles, le premier de janvier 1555.
(Minute, aux Archives du royaume.)
cxxxvin.
Remontrance du duc de Savoie, gouverneur général des Pays- Bas , à Philippe 11 , sur la situation de ces provinces : .. juillet 1556 (1).
Sire, le duc de Savoye, à cui il a pieu à Vostre Majesté donner le gouvernement de voz pays de par dechà, et ceulx de vostre
(1) On lit à la marge : « Geste remonstrance a esté faicte au roy, le mois » (le juillet XY'^LVI , en la présence de la royne et plusieurs seigneurs prin- « cipaulx du conseil d'Espaigne et de par dccLà. »
conseil d'Estal eslans chez lui, entendans journellement à la consulte et provision dos affaires puhlicques , à l'acquict de leur charge, tant pour l'obligation quilz ont vers Vostre Majesté que pour le bien publicque desdits pays, et trouvans générallemenl les extrémitez et nécessitez si très-grandes qu'elles sont, et quasi irrémédiables, ne peuvent délaisser, pour leur descharge, de remonstrer à Vostre Majesté ce que s'enssuit :
Primo, queicelle a poeult entendre, par Testât que naguaires luy a esté monstre, les grandes debtesdont on est redebvable tant envers les gens de guerre de par dechà, de cheval et de piet, que les villes et marchans, courant à très-grand et excessif frayt, oultre ce que le demaine est obligé, de sorte que, oires que l'on peusist parvenir à quelque bonne paix, si auroit-on assez à faire de s'en povoir explicquer et descharger par quelques longues années. Dont on se retrouve en très-grande perplexité, voiant mesmes l'apparence de la rompture de la trefve, advenant laquelle on ne sçait comm'il sera possible de povoir préserver ces pays, sans tumber en entière ruyne et povoir de voz ennemys, par faulte de plus avoir de quoy se povoir deffendre, comme ilz ont faict si très-grandement, si voluntairement et par tant d'années que Vostre Majesté peult avoir entendu , sans riens espargner, leur estant osté le nioien des aydes et contributions accoustumées, tant par la povreté et desgast que aultres occasions qui ont mis cesdicts pays si bas que jusques à présent l'on n'a sceu obtenir l'ayde dernièrement demandée. De laquelle, pour n'avoir esté trouvé aggréable le raoien que Vostre Majesté avoit mis en avant aux estatz, et les excuses dont chascun use, avec la longueur des termes qu'ilz ont prins pour le furnissement de ce peu qu'ilz ont accordé, l'on ne tirera guaires plus que la moitié ou les deux tiers de ce que l'on avoit espéré, et est desjà icelle ayde consummée, tant par anticipation que aultrement, comme Vostre Majesté a aussy entendu , à ini'= mil florins près, qui ne peuvent guaires durer, ayant regard aux grosses mises que journellement occurrent. Et estant le moyen desdictes aydes (qui est le seul et
unique remède que par dechà l'on sçauroit excogiler pour furnir aux choses nécessaires) comme failly, et signamment pour les années prochaines, l'on ne voit comment l'on S(;aura soustenir la masse des affaires de par dechà, si de la part de Vostre Majesté n'y est donné aultre provision : car, selon les termes dont usent quasi générallement les estatz desdicts pays, l'on crainct merveilleusement qu'en deux ans prochainement venans l'on ne sçaura obtenir ayde qui pourra aucunement subvenir à la moindre partye desdicles indemnitez, actendu mesmes que, oires que lesdicts estatz soient esté voluntaires pour accorder lesdictes aydes du passé, si leur a-il falu lever les deniers à rentes, et à leurs grandz fraiz, qui se sont si extrêmement augmentez qu'ilz ont assez à faire de se povoir acquicter d'iceulx, sans savoir furnir à ce qu'ilz debvroient contribuer de nouveau, voires oultre les particulières maltôtes, assises et aultres droiclz et imposts des villes , et ceulx de Flandres doivent encoires environ trois millions, et les aultres estatz à l'advenant. Et, ayant iceulx prins les termes pour la dernière ayde si longs que dessus , il n'v auroit apparence quelconque de demander aydes nouvelles avant que iceulx termes fussent expirez. Et peult Vosire Majesté considérer, si, à ceste sa première venue, en présence de la Majesté Impérialle et de la royne ayant si longuement lieu le gouvernement de ces pays, l'on sçait si mal induire lesdicts estatz à ce que Vostredicte Majesté a requis, comment il sera possible de practicquer aulcune ayde en vostre absence.
Aussy ne poeuvent-ils ohmectre de représenter à Vostre Majesté les continuelles plainctes et clameurs des povres suhjeclz, procédans de l'oppression et outraiges des gens de guerre, qui, poumon avoir esté payez, se monstrent entièrement desriglez : lesquelz povres subjeclz disent ouvertement que, au lieu d'estre deffenduz et prolectez, ilz sont si mal traictez qu'ilz ne sçauroient estre pis, s'ilz fussent à l'enuemy. Et, combien que ce mal n'est, sinon es pays de frontière et aulcuns aultres que l'on ne sçait excuser, si est ce que la longue durée, sans espérer aulcun sou-
laigement, les faict désespérer, et court leur clameur par tous les aultrespays circonvoisins. Et, à cest advénement de Voslre Majesté, l'on troeuve le peuple fort desgoutté, lequel, pour la mesme occasion, a prins une telle impression contre ledict duc, qu'il ne sçait quelle affection il lui pourra porter, pour estre maintenu et protégé par luy au nom de Vostre Majesté , voyant les choses à son commencement si extrêmes et sans aulcun remède : qui cause joinctement que l'obéissance se diminue de jour en jour, et que ledict duc crainct très-fort qu'il se trouvera bien empesché pour refréner et adompter les mauvaises humeurs que pour lesdictes occasions se viendront monstrer entre ledict peuple; et s'apperchoit-on clèrement que aulcuns manans des pays nouvellement acquestez, comme Gheldres et aultres, dont delà dernière guerre l'on a heu bien petite ou nulle assistence, entendans Testât de ces affaires, commencent à tenir propos assez estranges.
Aultre dangier et incommodité y a, oultre la faulte d'argent, que, survenant la rompture du coslel des Franchois, ou quelque émocion ou changement entre lesdicls subjectz, l'on ne pourra espérer aulcun secours ou ayde de ceulx quy ont par cy-devant servy au fait de la guerre, tant sont-ils descouraigez, pour les grandes sommes que l'on leur doibt encoires, et pour avoir pluiseurs esté cassez sans payement : dont leur crédit est entièrement failly vers les hoslelains et bourgeois, ausquelz l'on a vendu leurs biens en aulcuns lieux, pour satisfaire à leurs créditeurs. Et ne fault faire son compte des ni™ chevaulx que s'entretiennent par dechà : car, oultre le mauvais payement que dessus, ilz sont esté tant traveillez par les camps passez, que la pluspart est demouré; et, encoires que l'on leur baillast quelque payement, si ne sera-ce que pour se remectre en ordre, et non pour en tenir garnison ; et par ainsi, au lieu de faire le service qu'ilzdoibvent, ilz s'esgareront incontinent sur le plat pays, et feront mil désordres. Et, où en ce cas l'on se voulsist servir d'es- Irangiers, encoires que l'on sceût trouver quelque argent avant
la main pour les lever et assembler, si vienl-il à considérer que , comme Ton se trouvera en faillie de leur payement, ilz mantçeront aussy le pays, et useront d'outraiges insupportables sur lesdicts subjectz, de sorte que, au lieu de secours, l'on aura redoublé le mal, et fait d'amis ennemis.
Et, oultre tout cecy, les frontières de par dechà se troeuvent si longues et extendues, et tant de fortz en icelles à garder, que l'on crainct très-fort (comme iceulx sont mal pourveuz et imparfaictz, et que l'on ne les saura souffîssamment furnir de gens pour leur garde) que l'ennemy, venant à rompre, ne se saisisse de quelqucs-ungs d'iceulx , lesquelz sont de telle situation et importance que, de quelque costel l'on les viendroit entamer, aiant les ennemys gaigné l'entrée par iceulx, et lesdicts subjectz descouraigez, comme dict est, ne seroit à espérer bien grande résistence. Et, venant un tel estonnement entre le peuple, feroit à craindre que la chose pourroit aller si avant (que Dieu ne veuUe) que Ton n'y sçauroit remédier par après : de tant plus que ledict peuple est persuadé que les causes de la guerre de France ne les concernent pas tant que les aultres pays et royaulnies de Vostre Majesté, pour les querelles desquelz l'ennemy fonde principallement ses prétentions; et toutesfois semble-il au peuple de par dechà que le principal fardeau de la guerre tumbe sur eulx.
Et, combien que ledict peuple ne doibt estre advoué en ce fondement, et que les pays estans soubz ung roy se doibvent conjoinctement et unanimement assister et tenir la guerre commune, sans la distinction des querelles, si est la raison que le fardeau soit aussy porté communément, et que ces pays ne soient perpétuellement enveloppez en la guerre, faisans leur extrême, y mectant leurs corps et biens et tout ce qu'ilz ont, sans que les aultres, à cui la chose touche aultant , soient supportez de contribuer à Tad venant. Et est chose certaine que, sans la présence de Sa Majesté Impérialle, et les gens de guerre (ju icelle a fait soldoyer du sien, qui n'est venu à la charge de ces pays, l'on n'eusl sceu soustenir si longuement.
Toutes lesquelles elioses le duc et seia;neurs dessusdicls out bienvolu renionstrer à Vostre Majesté, voiant clèrement rimiuinente vuyne, confusion et perte de cesdicts pays, pour les causes que dessus, si Vostredicte Majesté ne regarde d'y remédier : ce qu'ilz espèrent elle fera, de tant plus que, comme il grèveroit extrêmement les bons , anchiens et loyaulx vassaulx et subjectz de cesdicts pays de par dechà tumber en aultre main , à quoy ilz désireroient de leur part obvier avec leurs vies, leurs biens et tout ce qu'ilz ont, aussy Vostre Majesté, considérant le sang, la descente et l'affection de ses nobles prédicesseurs, seigneurs desdicts pays de par dechà, ne vouldra tenir moindre soing à leur préservation, de laquelle, s'il plaist à Vostredicte Majesté bien considérer le tout, despend grandement la garde et seureté de ses aultres royaulmes et pays, qui se trouveroient bien empescliez pour résister à l'ennemy, si, oultre les forces que a desjà, il venoit (que Dieu ne veuille) à subjuger cesdicts pays.
Par quoy ledict duc et aultres du conseil dEstat supplient très-humblement à Vostre Majesté qu'elle veult prendre à coeur les choses susdictes, et promptemenl y pourveoir, pendant qu'elle est icy, de telle sorte que iceulx duc et aultres puissent avoir moien de s'acquitter en la charge qu'il a pieu à Vostredicte Majesté leur donner : car aultrement, et si Vostredicte Majesté n'y donne le remède, ilz ne sauront continuer en icelle, et attendre les inconvéniens que sont si apparens.
(Copie du (enips, aux Archives du royaume.)
Deuxième remontrance faite par le duc de Savoie à Philippe II sur la situation des Pays-Bas : 23 novembre 1556 {i).
Siie, estant le duc de Savoye trouvé avec les seigneurs du conseil d'Eslat de Vostre Majesté, pour, suyvanl le commandement d'icelle, desgrosser et préparer les affaires que restoient à wider avant vostre partement pour Angleterre, et parlant de diverses choses requises pour la bonne administration, garde et préservation des pays de par dechà, à tous propos s'offre Tordinaire difficulté que les a rendus tous eslonnez, qu'est faulte de moien pour subvenir aux fraiz. A laquelle si Vostre Majesté ne pourvoit de son costel avant sondict partement, ilz ne voient qu'il soit possible d'éviter la certaine et évidente ruyne et perdition desdicts pays, comme Voslre Majesté peult jà avoir entendu par ung escript qui, passez quatre mois, a esté leu à icelle en présence de la royne d'Hongrye, auquel se représentoient : les grandes arriéraiges que l'on debvoit aux marchans et aux gens de guerre, les sommes excessives que couroient à frait, la crierie et povreté du peuple, par feuz, par dégastz, par contribution de continuelles aydes; comme le demaine de Vostre Majesté estoit
(1) On lit en lête de cette pièce : « Ce billet a esté translaté en espaignol, leu et exhibé à Sa Majesté Royalle, à Bruxelles, le xxiii^'^jour de novembre Tan XV"" cincquante-six, en présence des seigneurs ensuyvans : duc de Savoie, prince d'Orainges, conte d'Egmonl, conte de Lallaing , seigneur de Barlainiont , soigneur de Glajon, monsieur d'Arras, président, Ruigomès, don Bernardino de Mendora , don Juan Manricque, maislre d'iioste! de S. M. »
( 5-1 ) obligé; comiueles eslalz s'estoient chargez de renies et de soiunies inestimables courans à frait; comme non-seuUement les aydes ordinaires et extraordinaires estoient jà anticipées, mais aussy la dernière demande, combien qu'elle ne fût encoires du tout accordée; le peu d'apparence de tirer nouvelles aydes de quelques années, aiants lesdicts estatz monstre des difficultez en présence de TEmpereur, à qui ilz ont tousjours porté tant de respect, en présence de la royne, qui les avoit si longuement gouverné, voires en présence de Vostre Majesté, leur prince naturel, à son premier advénement, en telle nécessité et concernant leur propre bien et defïence, encoires que ce fût à leur grand regret; le peu d'apparence qu'il y auroit de les induire à quelque semblable office, quant ledict seigneur duc se trouveroit icy seul ; le desgoustement et descouraigement des gens de guerre , par avoir esté si mal payez; l'impossibilité de soy servir des clievaulx de par dechà; comme les frontières estoient longues, avec beaucoup de villes à garder; l'impression que les subjectz de par deçà aviont, que le fondement des guerres procédoit principallement pour Naples, Milan et Navarre, et que toutesfois ilz souffroient le principal fardeau ; qu'il leursambloit que pour le moins les choses debvoient aller esgallement, puisque l'on esloit à ung mesme prince; la conséquence que ce seroit aulx aultres Estatz de Vostre Majesté, si ceulx-cy tombiont en l'inconvénient (que Dieu ne veulle); le désir et bonne voulenté qu'ilz avoient tousjours heu et auroient pour employer leurs biens, leurs corps, leurs vies pour ayder à maintenir Vostre Majesté, leur prince naturel et droicturier seigneur, comme vssu et descendu de tant de bons et vertueulx prédécesseurs, qui ont iousjours heu ces pays en si bonne affection; le certain espoir qu ilz avoient conceu que Vostre Majesté ne les tiendroit en moindre recommandation , et enfin l'indicible regret que ce leur seroit de préveoir si évidentementet de si longue main une perte tant grande, et non avoir nioien d'y meclre ordre.
Lesquelles considérations, sire, sont à présent encoires plus
( 3'i ) ;i peser que oncques : car, de plus que Ton vient avant , et dr plus paifond, se troeuve-l'on aux charges et arriéraiges, et de moindre est le moien de s'en povoir explicquer, comme Vostre Majesté peult avoir veu par les eslatz, dont les charges s'augmentent encoires de jour en jour, estant les aydes que l'on a demandé passé huyt mois (combien qu'elles ne soient encoires du tout accordées), jà fmticipées par obligations et consumées, comme dessus est dict , de fachon qu'il n'y reste plus moyen quelconcque pour remédier aux nécessitez qui se présentent de jour à aultre; et non-seulement est-l'on en faulte de deniers promptz, mais aussy de moyen de les assigner au temps advenir. Et ceulx qui demandent journellement audict S'' duc ou aux finances de Vostre Majesté d'estre assistez d'argent, ou pour fortifications de frontières, ou pour munitions, ou pour payement des gens de guerre, ou pour aller en commission , ou anltrement pour choses hastées et d'importance pour le service de Vostre Majesté, demeurent poursuivans, ou s'en vont à mains Avides, par faulte d'avoir de quoy les secourir.
De faire son compte que l'on peult tirer ayde nouvelle, endedens quelques années, de ceulx des estatz, les termes dont ilz ont usé (mesnies aulcuns membres de ceulx de Brabant) en cesle dernière demande, démonstrent assez que ce seroit ung vain espoir.
Et moins s'y doibt-on attendre, quant le dict S' duc sera icy seul, comme il a jà esté remonstré : car, à la première venue de la royne au gouvernement des pays de par deçà, qui pour lors n'estoient en comparaison exhaustz(l) comm'ilz sont à présent, icelle n'osoit espérer ayde qiielconcque, nonobstant qu'il en fût bon besoing pour les arriéraiges dallors, et n'en obtint aulcunes, jusques après avoir gouverné cincq ou six ans, et survenant la rompture.
(1) Edhauslz, épuisés.
Et certes, sire, combien que aulcuns membres desdicts eslalz n'ayent fait le debvoir que l'on en debvoit espérer, si est la généralité bien affectionnée : mais le nerf leur deffault, et, comme desjà cy-dessus est aussy couché, la povreté est si grande, par la continuation de la guerre, par la faulte de négociation, par les mauvaises années, par les aydes extraordinaires qu'ilz ont payé V ans de route, oultre les ordinaires, par l'oppression que les subjectz ont souffert depuis le commencement d'icelle guerre, mesmes depuis que Vostre Majesté a esté par deçà jusques à cest heure, voires depuis la trêve au quartier d'Artois et Luxembourg, dont la clameur va jusques aux aultres pays voisins, que le de quoy n'v est point. Et se sont lesdicts estatz tellement chargez, tant vers les marchans que par vendition de rentes, pour le soulaigement des povres et fournissement des deniers, que de longtemps il n'y a apparence quelconcque de resource et de se povoir descharger.
Et, quand il plaira à Vostre Majesté considérer ce que sesdicls subjectz de par deçà ont faict pour son service, ce qu'ilz ont contribué par décimes, par venditions de rentes, par empruntz, par taux de cheminées, par impostz et aiillres sortes de tailles, sans supporter nobles ny aultres, exemplz ou non exemptz, chose jamais si avant accoustuniée, pour furnir aux frais de guerres, mesmes de ladicte dernière, combien qu'elle se mouvoit à l'occasion de Parme, Vostredicte Majesté trouvera que ses aultres royaulmes et pays ne se sont à beaucoup prèz sentuz si avant, ne qu'il se soit faicte diversion d'un homme de pied ou de cheval du costel d'Espaigne, cependant que toute la charge a esté portée par ce pays; et toutesfois, comm'il a esté renionstré par ledict escript, laissant de costel ce que eulx allèguent et murmurent du fondement des guerres, estans tous subjectz à ung mesme prince, estant le bien de l'un le bien de l'aullre, et, par le contraire, le mal de l'ung le mal de l'aultre, il samble bien raisonnable que le fardeau se porte égallement.
Quant aux gens de guerre espaignolz qui sont eslé soldoiez
par deçà, qui vient, à ce que l'on entend , peu à la charge de Vostre Majesté, où, par le contraire, par deçà nan-seullemenl le revenu de Vostredicte Majesté a esté despendu , mais aussy les subjec'z fouliez et exliauslz, comme dessus est dict, prenant le cas que ces pays ne fussent esté à Vostre Majesté, il euist falu employer encoires plus grandes forces pour soustenir la guerre et user de diversion d'aultres costelz, pour osier aux ennemys le moien demployer toutes leurs forces contre l'ung des aultres Estatz de Vostre Majesté. Et espère-l'on que, comme leroy de France ne souliaige plus les pays qui sont au mytant de son royaulme au fait des aydes, voires les faict contribuer davantaige, que ceulx de Picardie, Champaigne et aultres ses frontières, pour estre iceulx pays moins fouliez, aussy Vostre Majesté n'aura en moindre affection les pays de par deçà, son anchien patrimoine, qui, au respect d'Espaigne, se doibt bien compter pour frontière, puisque la guerre principale si adresse; et que Vostre Majesté ne trouvera raisonnable que l'un de ses pays soit en deux sortes foulé, assavoir: par la guerre et par les contributions, et l'aultre pays en deux sortes supporté, ne soy tant sentant de l'ung ny de l'aultre.
Enfin, sire, pour conclusion, lesdicts duc et seigneurs de vostre conseil d'Estat ne voyent moyen de rendre à Vostre Majesté le service que icelle leur a enchargé, si ce n'est en les assistant : dont ilz la supplyent derecliief très -humblement, et de vouloir wider, arrester et asseurer le tout avant son parlement.
Et, soubz espoir qu'il plaira à Vostre Majesté y entendre, ensuyvant le niesme commandement de desgrosser les matières, ilz ont aussy faict coucher par escript les poinctz èsquelz il seroit requis que Vostre Majesté les secourus!.
Primo, les debles que courent à frait , à la charge de Vostre Majesté, montent à environ ni millions ix'^ ix mil florins, qu'est ung mal que va tousjours s'augmentanl, et, si l'on ne treuve quelque expédient, causera une ruyne totale: par quoy il est en-
tièrement requis de descorapter une fois, et trouver moyen d'empescher le cours du frait.
Et, ayant considéré les charges et arriéraiges de par deçà que dessus, au moyen desquelles il est impossible d'y remédier, si Vostre Majesté n'y pourvoit d'un et aultre costel, estant les demaines chargez comme dessus, et les estais, assavoir :
Ceulx de Flandres sont à l'arrière, à ce que l'on entend, oultre tout ce qu'ilz ont contribué, environ. . . ii millions;
Ceulx de Brabant, environ xix'= mil fl.
Les debtes que courent à frait, à la charge de Vostre Majesté, montent, comme dessus m millions ix*^ ix mil fl.
Les baillant à rente, au denier xx le cours, monteront environ n*^ mil fl. par an.
Ce que l'on doibt aux gens de cheval cassez, monte environ m"^ mil fl.
Ce que l'on doibt aux piétons cassez, monte
, . . • vi*^ I mil m*^ un" fl. xnn s.
Font ces deux parties ensemble, tx" i mil ni'^ nn" fl. xnn s.
Ce que l'on doibt aux bendes ordinaires de cheval estant en service, monte vii'^ lxvi mil n*' xl 1.
Ce que on doibt aux garnisons, du présent, monte .... vi'^ XX mil m'= 1.
Font ces deux parties ensemble. . . xui"^ nn'^^ vi mil v*^ xl 1,
Total de ce qu'est deu aux gens de guerre cassez et encoires entretenuz . . . n millions n*^ un" va mil vi° xx fl. xnn s.
L'entretènement des garnisons ordinaires monte par an . . vn*^ XXI mil n'= fl.
Les fortifications des villes monteront, par estimation, les un premières années n*^ mil fl. par an.
L'artillerye en gaiges ordinaires monte par an. xvi mil vni 1.
Et entretènemens ordinaires, sans faire aulcune chose nouvelle, monte xx mil fl.
Faict ensemble xxxvi mil vin I.
Les vivres, sans provision nouvelle, montent en entretène-
iiieiil XXVI mil 11.
Font ces deux parties ensemble. . lxii mil viii fl. (1).
Les charges ordinaires courant sur Testât de gouverneur, par estimation m'' mil fl.
Les pensions vielles et celles que de nouvel ont esté dépeschées montent plus de c mil fl.
l-es pensions qui se donneront de nouvel, par estimation. . XXV ou XXX mil fl.
L'entretènement des bendes de cheval oïdinaires, à pelitz gaiges, monte par an iii*^ xxxvni mil vn*^ xlvhi 1.
Ce qu'on leur doibt, comme dessus, monte
vu'" Lxvi mil n*^ xl 1.
El n'y a moyen de les payer, et moins d'en tirer service sans payement, et cependant les gaiges accroissent journellement. Aussy de non les entretenir, chascnn sçait qu'aiant le roy de France sa gendarmerye ordinaire, ne se povant le plat pays deffendre sans chevaulx, il pounoit sambler aux subjectz de par deçà que ce seroit aultant que inviter ledict roy de France à invahir ces pays, el luy donner le chemin ouvert; et en sera la cryerie de tant plus grande, parce que les aydes ordinaires sont esté accordées expressément pour les entretenir : lesquelles aydes toutesfuis, comme dessus est dict, sont entièrement anticipées, de sorte qu'il n'y a moyen quelconcque de les payer. D'aullre part, non les retenir en service, et non s'en povoir servir au besoing, l'effet en est semblable. Par où conviendroit aussy d'en prendre une résolution et y pourveoir, soit par payement, réduction ou cassement d'aucunes d'icelles.
Ces choses que dessus considérées, il plaira à Vostre Majesté avoir regard au debvoir que ses subjectz de par deçà ont faict ,
(1) Il est écrit à la marge : « En cecy n'est comprins ce que l'on doibt » desjà pour l'artillerye , vivres , ouvraiges , équippaige de mer, et aux es- " tatz, villes et particuliers, montant environ ung million de florins, comm' « il est spécifié au billet dressé par le receveur général. »
et que ce que se renionstre à cest heure, quant à soustenir proportionnellement la guerre, se povoit aussy bien faire par cydevant que à cest heure, mais qu'ilz ont postposé toutes les charges dessusdictes jusques à cesle extrémité, qui force lesdicls seigneur duc et aultres de vostre conseil d'Estat de recourir vers Vostre Majesté, et implorer l'assislence dessusdicte.
Laquelle s'entend tant seuUement povoir soutïîre, demeurant les choses aux termes où elles sont encoires.
Mais, advenant la rompture (queDieune veulle), ledict seigneur duc et aultres du conseil d'Estat de Vostre Majesté ne voyent, pour les raisons dessusdictes, aultre apparence, sinon la perte évidente de ces pays : pour à quoy obvier, ilz sont forcez de supplyer à Vostre Majesté que plustost elle veulle adviser sur moyens de parvenir à quelque appoinctement, si Ion povoit aulcunement avec la réputation de Vostre Majesté et le bien de ses pays.
Mais, où cela ne fût faisable, ou que ses aultres affaires ne le comportassent, et que cesdicts pays ne se puissent eximer de la guerre, l'on ne voit point que les subjectz fussent induisables à reprendre cœur et s'aider, sans ung soeul remède, qu'est que Vostre Majesté accordasl, oultre les partyes que dessus, quelque quote principale, et qu'elle fût servye de procurer vers les Anglois quilz se joindassent pour faire quelque somme et une guerre ensamble, afin de parvenir à quelque bonne paix, et que, d'autre costel, Vostre Majesté fît aussy une bonne diversion; et, par ce moien, l'on aura milleur fondement de solliciter et animer lesdicts subjectz de par deçà à faire aussy de leur costel tout le possible. Mais, où cela ne se fît, il ne fault actendre aultre yssue, sinon que les gens de bien y mecteront leur sang. Et, parmi cela, ny les villes ny le povre peuple sera secouru, et, deffaillant la deffence, il surviendra inconvéniens ausquelz il sera difficile remédier.
Sire, ledict seigneur duc et ceulx de vostre conseil d'Estat, se Irouvans au mytant de ces perplexitez, voyans qu'il n'y a fondement pour se povoir acquiter en la charge que Vostre Majesté leur
a donnée respectivement, selon le désir qu'ilz ont, si ce n'est que Vostredicte Majesté y niecte la main, nonl peu délaisser, pour leur debvoir, de remonstrer itérativement le tout, esians forcez de supplyer très-humblement à icrlle, ou d'y vouloir pourveoir de son costel , ou les déporter de la charge qu'il a pieu à Vostredicte Majesté leur donner. En laquelle chascun d'eulx est bien délibéré de s'employer jusques au boull, sans espargner ny corps ne biens; mais, leur detfaillant le principal, il leur a samblé qu'ilz feroient mal de celer ou desguyser la chose à Vostre Majesté, et encoires pis d'emprendre l'administration d'une telle républicque, avec si évident hazard de perdre le pays et leur honneur : ce que redonderoit principallement au déservice, dommaige et desréputalion de Vostre Majesté, qui peult considérer la conséquence que ce seroit à tous ses aultres Estatz et pays. Ce que les faict espérer que Vostre Majesté prendra cest affaire à cœur, et pourverra de sorte que, s'il lui plaît se servir d'eux, ilz ayent moyen de s'acqiiiter.
(Copie (lu temps, aux Archives du royaume )
Lettre du garde des sceaux Tisnacq {i) au président Viglius , louchant la présentation de l'ordre de la Toison d'or à Charles JX, à Bayonne : 23 juin 1565.
Monsieur, nous sommes en ceste ville depuis le xx"^", et
avons esté longuement par les champs. L'ordre fut présenté au
(1) Tisnacq était trésorier de la Toison d'orj Philippe II lui avait conféré celte charge !e .3 juin 1502. Josse de Courtewille, secrétaire d'État pour les
roy très-chrestien le jour du Sainl-Sacrament , après disner , bien solennellement et en bien notable assemblt^e , et présens aussi la royne, nostre niaistresse, et la royne sa mère, et le duc d'Orléans ; et ouyt Sa Majesté, après, les vespres en la grant église; et noz quattre héraultz et noz officiers, Courtevville et raoy assistâmes, tant en l'allée que assiette, en l'église, comme l'on a accoustumé observer au jour de Saint-Andrieu. Mons'' le duc d'Alva le feit fort bien et honnorablement, comme il le sçait bien faire, et fut son dire en espaignol fort apte et pertinent et de très-bonne grâce. Comme S. M. m'avoit enchargé de aussy me y trouver, ayant quelque double que, en absence du chancellier, et pour le langaige, l'on entenderoit, par advcnture, de me faire proposer quelque chose, je y avoie pensé : mais, comme l'on ne me l'a mis en avant, ne m'a samblé que me y debvoie ingérer, et ne m'a despieu d'en estre excusé, et de y faire seuilement mon office de thésorier. Ledict seigneur roy a monstre si très-bonne affection en l'acceptation, et en désirer, paravant la présentation, ledict ordre, que, combien qu'il estencoires assez jeusne (i),jeyprens fort bon présaige. Dieu veuille que le succès y corresponde! L'on n'a icy riens obmis et ne espargné de ce que pouvoit servir pour honnoblement recevoir la royne, nostre maistresse, et est le tout passé
avec toute sumptuosité et magnificence
De Bayonne, ce xxui™^ de juing 1565.
L'entièrement voslre serviteur,
Charles de Tisnacq.
(Original, aux Archives du rojaume, papiers d'Étal : reg. Correspondance de Tisnacq avec le président Figlius, fol. 1 15.)
affaires des Pays-Bas à Madrid, était greffier de l'ordre depuis le 21 septembre lofil. Le roi leur avait commandé à tous deux de se rendre à Bayonne, pour assister à la remise de l'ordre qui devait être faite à Charles IX.
(I) Charles IX n'était âgé à celte époque que de quinze ans, étant né le 27 juin 1550.
Lettre circulaire du duc d'Albe aux conseils de justice et gouverneurs des provinces , touchant les mesures à prendre contre les vagabonds , fugitifs et autres mauvais garnements : 27 novembre 1571.
Don Fernando Alvarez de Toledo, ducd'Alve, etc., Lieutenant, Gouverneur et Capitaine général.
Très-chiers et bien amez, estans advertiz que pluseurs vagabondes, fugitifz et aultres mauvais garnemens commenchent à s'amasser, voiler et grasser, tant aux villes que lieux champestres de par deçà, comme certains exemples récens l'ont démonstré, et désirans prévenir à ce mal, nous avons faict mectre en délibération de conseil comment l'on y pourroit promptement pourveoir, par-dessus la main-forte ordonnée en anlcuns lieux où ilz sont le plus amassez; et, trouvans qu'il y avoil assez d'ordonnances, édictz et placcars sur ceste matière, et partant n'estre besoing d'en faire nouveaux, nous a samblé le plus convenable s'en debvoir escripre aux gouverneurs et consaulx provinciaulx de par deçà, pour les faire estroictement observer et entretenir.
A raison de quoy vous avons bien voulu requérir, et néanlmoings, ou nom et de la part du roy, ordonner très-expressément et acertes, que ayez à observer et faire observer estroittement tous lesdicts édictz et ordonnances que de temps à aultre sont esté faiclz et publiez, tant par feu de très-haulte mémoire l'empereur Charles le Quint, cui Dieu absoille, que par Sa Majesté Royale, contre les vagabondes, bélistres, mauvais garnemens, souldars cassez, fugitifz, banniz, volleurs, bringans, gens ramassez , tenans les bois et courrans le plat pays et aultre-
nient, el généralement contre tous ceulx qui vivent en oysiveté, à l'advenlaige {i) et à la charge du peuple, affin de purger les bonnes villes et plat pays de telles canailles et meschans garneniens : commandant, de la part de Sadicte Majesté, au procureur
général et drossart de , bailliz, escoutettes, mayres, huyssiers,
sergeans et tous aultres officiers des villes , bourgz et villaiges
dudict pays , tant ordinaires que extraordinaires, de faire
respectivement leur debvoir et y entendre incontinent, toutes choses postposées, à paine de s'en prendre à eux, selon les termes de droict, si, par leur négligence ou nonchaillance, saniblables inconvéniens plus en adviennent, en prenant par vous soingneulx regard sy iceulx font leur debvoir. Et nous advertirez de ce qui en sera faict, pour y pourveoir et donner ordre, comm'il appertiendra.
Vous ordonnant, à l'effect que dessus, de reprendre en mains les placcars publyez sur ce faict, tant du temps de feu Sa Majesté Impériale que depuis, et nommément celluy de l'an XV' quarante-deux contre les vagabondes et vivans en oysiveté; aultre de l'an XV*^ soixante-deux contre les voleurs, publié en diverses provinces de par deçà; aultre contre ceulx qui s'amassoient pour courir les champs, en l'an XV*= soixante-six; aultre pour la deffense des églises, pasteurs et lieux de religion, despesché au mois d'apvril dernier; aultre contre les assaisinateurs, et aultres, sy aulcuns en avez, en conférant par ensamble sur l'exécution réelle des placcars susdicts.
Et, en cas que en aulcuns desdicts vieuix placcartz y eust chose touchant les saulf-conduytz et geleydes, débats de jurisdiction et aultrement, contre et différent à ce que depuys a esté ordonné générallement par l'ordonnance publiée sur le faict de la justice criminelle (2), nous entendons que cela ne sortira son
(1) Sic. Il faut probablement lire ; à Cudvenlure,
(2) L'ordonnance du 9 juillet 1570.
effect, ains sera ladicle ordonnance ensuyvie eu iceluy euciroicl.
Vous ferez aussi préadviscr chascun d'estre sur sa garde, et commander que bon guet se f;ice en chascun lieu , et signammenl es béfroitz ou maisons des villes, contre toutes occurences; aussy que les portes des villes soyent serrées de bonne heure et tard ouvertes, les clefz d'icelles bien gardées et les villes bien fermées, affîn que les malfacteurs ne puyssent eschapper ny fuyr de nuyct, faisant cheminer ledict guet par les rues, es villes et lieux où les gouverneurs et chiefz d'iceulx estimeront convenir, et ce si longuement que le péril pourra durer. Et, quant aux lieux champestres, nous entendons qu'on se debvra rigler selon l'ordonnance dudict moisd'apvril dernier, faicte et publiée pour la deff'ense des églises, pasteurs et lieux de religion.
Vous ordonnerez et enchargerez semblableraent qu'il soit prius soingneulx et diligent regard sur les hoslellains, taverniers, cabaretiers, lieux publicqz dissoluz et suspectz, et les faire souvent visiter, encoires que iceulx ayenl envoyé les noms de ceulx qui sont logez chez eulx, faisant aussy prendre regard, d'aullant que faire se pourra, pour sçavoir ceulx qui vont et viennent es villes et villaiges, et que, à ceste fin et de ce qui en dépend, chascun magistral face telz statuz polilicques qu'ilz trouveront le plus à propoz pour le bien et repoz et tranquilité des lieux de leur administration et jurisdiction.
Et sy, nonobstant les debvoirs susdicts, quelque désordre advenoit, nous voulons et commandons que, au mesme instant que cela sera advenu , à quelle heure de nuyct ou de jour que ce puyst eslre (encoires que ce fust à la minuyct), le gouverneur, ou principal officier, bourgmestre ou premier eschevin du lieu . fera incontinent assambler la loy et justice, pour délibérer sur ce qui en sera de faire, faisant à la mesme heure mectre chandelles ou lumière au-devant des huys ou fenestres des maisons, et commandant que chascun face diligence de trouver lesdicts malfacteurs, comme l'on faict quand il y a feu ou effroy ou péril injuiinenl en une ville, bourg ou villaige, faisant recerche non-
seullenient par les nies, hostelleries, tavernes, cabaretz, lieux publicqz ou aultres maisons suspectes, mais par toutes les maisons et demeures de la ville, bourgade ou villaige où ledict désordre sera advenu, ensamble les cloistres, et générallement tous aultres lieux.
El se feront incontinent bans el proclamations, que tous ceulx qui sçavent à parler de la chose advenue, ou qui peulvent avoir veu gens sortir du lieu où le crime auroit esté perpétré, ou veu fuyr personnes, ou aultrement avoir quelzques indices ou suspitions contre aulcuns, ou qui ont quelzques estrangiers logez, fourrez ou refFugiez en leurs maisons, ayent à le venir dénuncer incontinent, à paine d'emprisonnement et d'estre arbitrairement chastiez comme suspectz, faulteurs ou réceptateurs desdicts malfacteurs, larrons, volleurs on meschans garnemens, proposant pris à celluy ou ceulx qui les pourront dénuncer et estre cause qu'ilz seront appréhendez, el le double à ceulx qui les livreront à la justice.
Mesmes se commandera que tous ceulx qui ont quelcun en leurs maisons, qu'ils ayent à le faire venir devant l'huys, pour estre veu d'ung chascun, à paine, s'ilz ne le font, de tenir pour suspectz riioste et l'hoslesse, ensamble ceulx qui ne se seroyent monstrez.
Et, à l'instant que tel désordre sera advenu, et avant toute œuvre, se mectra garde aux portes et sur les murailles , affîn que personne ne sorte; et le lendemain ne se fera ouverture desdictes portes qu'il ne soit grand jour, et ce par délibération du gouverneur, où il en y a , et, où il n'en y a point, de l'oflicier et magistrat de la ville; et après sera estably ung bon gnet et ung chief pour chascune porte, pour le tout bien examiner, et cela durera tant qu'ilz jugeront que tout le debvoir en sera faict.
El cependant se fera dilligence de futter et cercher par tous lieulx, comme dicl est, pour trouver lesdicts malfacleurs, de sorte que Ton ne puyst riens désirer à ung bon et extrême debvoir de recerche el escauwaige de justice.
Tous lesquelz poinctz et articles nous voulons et ordonnons estroictenient estreentretenuz et observez par ceulx qu'il appertiendra, selon et en la manière que dict est cy-dessus, affîn que par l'observance d'iceulx l'on puyst faire cesser le mal susdicl, et que, en oultre, soit procédé contre les officiers négligens, ensamble les transgresseurs et désobéissans, par l'exécution des paines dessus mentionnées, sans aulcune faveur, port ou dissimulation.
A tant, très-cbiers et bien amez, Nostre-Seigneur vous ait en sa saincte garde. De Bruxelles, le xxvn""^ jour de novembre 1571 .
(Copie du temps, aux Archives du ro^^aume.)
Lettre du duc d'Albe aux gouverneurs et conseils de justice des Pays-Bas, sur la naissance du prince don Fernando, fils de Philippe 11 et d'Anne-Marie d'Autriche : 24 décembre 1571.
Ayant pieu à Dieu monstrer, par tant d'œuvres (qui
véritablement ne se peuvent attribuer que à sa bonté divine), le soing et mémoire qu'il a de son peuple cbristien , et particulièrement du roy, nostre souverain seigneur et prince naturel, et de tant de bons vassaulx et subjeclz qu'il a en divers quartiers du monde, redoublant le grant bien que nous est advenu par la victoire obtenue contre les Turcqz (1), d'ung aultre qui non-seulement ne se doibt tenir pour moindre, mais beaucoup plus grant, qui est d'avoir enrichy Sa Majesté d'ung beau jeusne filz, et nous d'ung prince apparent successeur de Sa Majesté avec le temps, non-seulement en ses royaulmes, mais aussi
(1) La vlcloire de Lépante.
en ses grandes verluz, et de tant de bons et veitueulx princes ses prédécesseurs, et signaniment feu l'empereur Charles, de perpétuelle mémoire, dont ce petit prince est issu de deux costelz, duquel la royne fut délivrée le ini^ jour de ce présent mois, à deux heures après minuyt, avec tel plaisir et contentement de Leurs Majestez et de ses vassaulx et subjectz de delà, que l'on peult bien présumer; et cognoissant Sa Majesté que ses vassaulx et subjectz de par deçà ne cèdent à nulz autres en amour et affection vers elle, et aii désir de veoir sa génération, et de tant de vertueuix princes de par deçà, ses prédécesseurs, perpétuée en ligne directe, oultre ce qu'il leur importe pour leur propre bien, icelle ma mandé leur en faire part : à quoy n'ay voulu faillir, et de tant moins que je n'eusse délaissé les en advertir en tout événement. Par où, et que, au moyen des choses susdictes, l'on voit les grandes grâces que se reçoivent journellement de la main de Dieu, j'ay trouvé convenable de les faire admonester et enhorter que, en se réjouyssant avec Leurs Majestés de si bonnes nouvelles, l'on n'oblye en remercyer et donner louenge à sa divine bonté, vous requérant, à cest effect, bien acertes que incontinent et sans délay veulliez escripre et requérir, de la part de Sa Majesté, tant à l'évesque de.... que à tous aultres prélatz, gens d'Église et de religion, nobles, vassaulx, officiers et gens
de loy des villes, bourgz et villaiges du pays de que, à telz
briefz jours et convenables qu'ilz adviseront, ilz ayent à faire processions généralles et solempnelles, portant le vénérable sainct-sacrement en chascune paroiche des bonnes villes, le plus dévotement et solempnellement que faire se pourra, en se réjouyssant et remercyant Dieu de si bonnes et grandes nouvelles; faisant aussi dévotes pryères, oraisons, aulmosnes, suffraiges et autres euvres méritoires, pieuses et agréables à Dieu, afin que par sa bonté infinie luy plaise conserver ce nouveau prince, avec Leurs Majestez, pour longues années, à l'honneur et service de Sa Majesté divine, et propagation de sa saincte foy , et à la conservation et protection de tant de millions d hommes, leurs
vassaulx et stibjectz, faisant en oultre des feuz de joye et toutes signes d'allégresse, comme en choses semblables l'on est accoustumé de faire; enhortant au surplus ung chascun de s'y employer comme mérite le bon zèle et affection que Sîa Majesté Royalle a toujours porté et démonstré à ses pays et subjectz de
par deçà. A tant, Nostre-Seigneur vous ait en sa saincle
grâce. De Bruxelles, le xxiin^jour de décembre 1571.
(Miuute,aux Archives du royaume, collection des papiers d'Étal.)
Relation du combat qui eut lieu près de Bois-le-Duc , le 5 février 1600, entre vingt noldats de la garnison de cette place, et vingt Français commandés par le capitaine de Bréauté ( I ).
Le 5™" du mois de febvrier 1600, à dix heures devant midy, est sorty le lieutenant du S"^ de Grobbendonck (2) de Rois-le- Ducq avec vingt de ses soldatz, pour aller combattre le capitaine Bréauté avecq semblable nombre de sa compaignie, suivant l'accord faicl par ensemble. Et, ayant ledict sieur lieutenant attendu plus de deux heures avant qu'il eust nouvelles de sa partie, l'asl enfin découvert après les douze heures. Luy ayant envoyé dire
(1) On lit, en tète de cette pièce : Mémoire pour monseigneur le marquis de Havrech.
Sur les circonstances qui amenèrent ce combat, on peut consulter ['Histoire des Pays-Bas de Vas Methrek, liv. XXII, fol. 470 v" de l'édit. française in-fol. de 1618.
(i>) II s'appelait Gceiart Abrahams , (ilias Leckcrbeefgcn.
qu'il se deust advancer au lieu arresté , s'en est excusé de iiiauièie que ledict lieutenant, pour satisfaire à son désir, s'est advancé pas à pas, sans faire avant bruict, nonobstant que les aullres le firent; et se sont approchez si près l'ung de l'aultre que les testes des chevaulx se toucbiont.
Ayant donné la première charge, sont tombez des chevaulx d'iing costel et d'aultre, entre iceulx le cheval du capitaine Bréauté, et peu après le lieutenant tiré d'une pistolade prenant dessoubz son casquet, luy a percé la teste ; et ainsi se sont meslez l'ung parmy l'aultre, chamaillant jusques à tant que de l'ennemy sont denjourez sur la place quatorze niortz et ung prisonnier, et de ceiilx du S' de Grobbendonck quatre, assavoir: le lieutenant, son frère et deux aultres braves soldalz, et qualtre assez mal blessez. Sur la place sont demeurez niortz vingt-six chevaulx, et depuis morts en Bois-le-Ducq encoires trois, sans ceulx qui sont blessez, n'en estants eschappez que six ou sept.
Le capitaine Bréauté et son cousin, ayants esté prisonniers, ont par les soldatz esté tuez, ayant sceu que leur lieutenant estoit demeuré mort. Ceulx qui sont enfuyz sont esté poursuyvyz, à la trace du sang sur la neige, et a-l'on ouy dire depuis qu'aucuns sont morts. Ledict capitaine avoit escript, le jour de devant, au lieutenant dudict Grobbendoncq, qu'il demandoit courtoisie et quartier en cas de victoire, lequel le luy refusa, disant qu'il se défendisse comme il l'enlendoit, et qu'il luy osteroit la vie, s'il pouvoit.
Aussi est à noter que ledict capitaine ast mancqué en quelques poincts de l'accort. Premièrement, il ast dilayé le combat ung jour; il n'est venu, à une heure près, au lieu désigné; il ast mesné beaucoup de garçons avec des chevaulx de relay, dont il s'est aydé. ayant esté tué le sien; il ast emprunté des soldats d'aultres conipaignies, et par-dessus ce a tiré des dez d'acier.
Voilà, en somme, ce qui s'est passé. Aucuns ont volu craindre que les balles et espées auroient esté envenimées : que l'on verra par le succès des blessez.
Reste que Son Allèze(l) ayde à remonter les valeureux soldatz qui ont acquis si chèrement l'honneur de la nation, afin que, par faulle de moyen, ils ne soient sans faire service; aussy que Son Altèze veuille faire mercède aux vefves et enfans des décédez : à quoi se supplie que V. E, soye servye y tenir la main.
(Archives du royaume, papiers d'iîtat : Correspondance historique , 1. 1, fol. 28.)
Relation de l'inauguration des archiducs Albert et Isabelle à Mous , comme comte et comtesse de Hainaut : 24 et 25 février 1600.
Le xxun" jour du mois de fehvrier 1600, Isabella-Clara-Eugenia, infante dEspaigne, et Albert, archiducq d'Auslriche, nos princes sérénissimes, par la cession que leur a fait feu d'heureuse mémoire Philippe second, nostre bon roy , des provinces des Pays-Bas, ont fait leur entrée en ceste ville de Mons, accompaignés de grand nombre de seigneurs et dames, tant du pays que d'Espaigne et autres pays. Les cérémonies observées à leur entrée en l'église de S'^-Waudru, le jour de leur venue, sont telles :
Premièrement, le distributeur fut advertir le chapitre de S'-Germain et autres collèges et curez de la ville, afin que, suivant l'ordre anchien observé audit feu roy Philippe second, et autres précédentement, ils eussent à aller au-devant de Leurs Altèzes, pour les bienveigner. Toutesfois, le jour de leur venue, mesdamoiselles receurent lettres de la court, que Ses Altèzes ne
(1) L'archiduc Albcrl.
vouloient que le clergé veinssent au devant : ce nonobstant, elles veinrent droit à Téglise, par le grand portail regardant le chasleau; deux à trois appas (1) l'entrée duquel y avoit un grand tapis velu, et sur icelluy deux quarreaux de velour cramoisy, pour, sur iceulx estans agenouillées Ses Altèzes, leur donner à baiser la sainte vraye croix.
Ce (ju attendant mesdamoiselles, accompaignées du chapitre de S'-Germain, seulement revestus des chappes de l'église, le distributeur portant la sainte vraye croix, revestu aussy d'une chappe avec sacerdotal sepmainier, se tenoient entre les deux grans chandeliers d'argent portez par les coraulx de S'-Gern)ain , au devant ledit tapis, et mesdamoiselles derière, avecq lesdicts de S'-Germain, à deux rangs.
Ses Altèzes agenouillées , le sacerdotal présenta premièrement à l'infante à baiser la sainte croix, puis à l'archiducq, et pareillement l'eaue benoîte, avec révérence grande.
Ce qu'achevé, la danioiselle aisnée, et les trois autres aisnées sécutivement, furent baiser les mains à Leurs Altèzes, et dirent un mot de bienvenaige.
Incontinent commencèrent les orgues à jouer le Te Deum, mesdamoiselles respondant. Cependant on rethourne au chœur processionnellement : les prebstres premiers, et immédiatement mesdamoiselles. Suivoient Leurs Altèzes; et iceux entrez au chœur, s'agenouillèrent sur autres grands tapis de drap d'or, avecq quarreaux semblables, préparez par ceulx de la chambre de Ses Altèzes, au pied du grand autel du chœur, mesdamoiselles estantes droittes en leurs formes à deux costez, sans seigneurs quelconques, hormis le grand baillif de Haynnau, au costé droit entrant au chœur.
Le Te Deum achevé, cependant lequel les sacerdotal et distributeur, revestus, aux deux costez de l'autel, le sacerdotal se lève,
(1) Appas, degrés, marches.
et, du oosléde l'Épislre, commence à enlhonner les versets et collectes conformément an pontifical : ce qn'aclievé, mesdamoiselles chantèrent Tanthiène : 0 sponsa, et pnis le sacerdotal la collecte ordinaire. Puis les princes se levèrent, et, passans entre les formes des damoiselles, elles firent révérence, et les condnirent jusques au portai à degrés. Ses Altèzes n'ayans permis d'aller plus oultre.
On sonna la grosse cloche, depuis que les princes entrèrent en la porte de la ville jusqu'à ce qu'ils sortirent de l'église.
Et, avant que les princes entrèrent, on alluma toutles les chandelles enthonr le chœur, et autres chandeliers en icelliiy, et, sur le doxal (1) et à l'entour des galeries de la piedvoye, des chandeilles de quarteron chascune.
On fit ouverture du corps saint, et furent sur le grand autel portées touttes les reliques saintes de l'église, avec le chef madame sainte Waudru. Sy fut le chœur tendu depuis les sièges des revestus jusqu'au bancque des chanoines et vicaires, avec la pièce de drap d'or, comme le jour du Saint-Sacrement.
Le lendemain, sur les huit heures du matin, la cloche grosse commença à sonner, pour assambler tout le clergé et collèges de la ville en l'église Sainte- Waudru , où que venus, on alla, sur les noeuf heures, sur le Marché, avec les croix et chandelles ardantes, sans la croche, laquelle fut portée secrètement par le second clerc(| de l'église.
Immédiatement mesdamoiselles suivoit le benoît corps madame sainte Waudru, et portée par huit porteurs de nouveau revestus de verd drap, puis le benoît chief, porté par deux chanoines de S'-Germain, le distributeur et le grand cîercq à deux costez.
Suivoit immédiatement la damoiselle bastonière, accompaignée des bailly et mayeur de l'église, les autres officiers avecq
(I) Doxal , jubé.
mesdanioiselles. Si ardoient ( I ) huit grandes torses pour les corps et cliief madame sainte Waudru, allant au Marché et retournant, comme le jour de la procession , et demorèrent ardantes au loing de la grand'messe.
Estant le tout arrivé sur le Marché, on monta sur le théâtre préparé devant la maison de la ville, sur lequel estoit un autel pour y reposer le chef madame sainte Waudru, et au derière le benoît corps sur les grands hestaux (2) de l'église, estant l'autel fait des ornements de l'église, lequel estoit posé au costé gauche regardant la maison de la ville, combien toutesfois (pour mémoire) qu'il devoit eslre du costé de la maison de la ville, pour estre veu de tout le peuple.
Au bout duquel théâtre estoit tendu une tente, soubs laquelle estoit un pavillon de drap d'or, avec deux chaières (3) et quarreaux semblables, pour y asseoir les princes.
Estans les prélats, doyens et autres du clergé, aussy les nobles, pères, seigneurs, barons et autres gentilshommes du pays, avec ceux du conseil et les eschevins de la ville, arrivez sur le théâtre, les abbez et doyens, revestus en pontifical, le grand bailly de Haynnau envoya vers les princes advertir que le tout estoit prest, et qu'on lesattendoit de très-bon cœur.
Eulx entrans sur le Marché, à coche, toutte la bourgeoisie en armes enthour ledit théâtre, barré de bailles (4) peintes, donnèrent une salve et harquebousade, à merveille, et les canons respondans dessus les rempars, avecq balles volantes par desseurs la ville.
Les princes assis, mons"^ Richardol, président de leur conseil privé, fit une harengue de leur parte à toute l'assemblée, cnngratulatoire de leurs bonnes voeilles (5) et de tant belles préparait) Ardoient, brûlaient.
(2) Hestaux, estaux, piédestaux (?).
(3) Chaières, chaises, fauteuils.
(4) Bailles , barrières.
(y) Leurs bonnes voeilles, leur bon vouloir.
lions, etc. : laquelle achevée, il demanda à Leurs Allèzes s'il leur |)Iaisoit recevoir et oyr ce qu'on leur proposeroit.
Premièrement, se présenta le greffier du chapitre Sainte- Waudru, lequel, ung genouil en terre, fit lecture de la mise en possession des Pays-Bas.
Laquelle achevée, le hailly de chapitre, tenant la croche, la présenta entre les mains de la danioiselle aisnée, laquelle l'alla présenter à la princesse comme héritière, et, la présentant, elle mist un genouil en terre, après avoir fait deux révérences préallables.
La princesse, ayant la croche, descend de son pavillon à l'autel, et le prince à son costé gauche; puis le greffier fit lecture du serment, tenant la princesse sa main sur les saintes Évangilles estantes sur l'autel; puis après, le prince jura le mesme.
Puis, retourné en leur siège, touttes les damoiselles furent saluer l'infante, un genouil en terre, laquelle les embrassa touttes; et pareillement le prince.
Ce que fait, le greffier de la court à Mons se présenta aux princes, pour faire lecture des sermens, en telle forme et manière que fait avoil le greffier de chapitre; lequel achevé, le grand bailly de Haynnau fit les mesmes révérences, le genouil en terre, que mesdamoiselles. Après luy suivoient les paires de Haynnau , puis les prélats, aucuns le genouil en terre, autres point; par après suivoient les autres seigneurs et gentilzhomes du pays.
Eulx ayans achevé leurs révérences, se présenta le greffier de la ville, pour présenter et recevoir le serment comme les autres : lequel achevé, tous les eschevins, officiers de la ville, se présentèrent aux princes, en telle révérence que les autres.
Immédiatement après, se présenta le greffier et pensionaire des estats du pays, lequel par une harangue présenta, de la parte d'icelluy, aux princes la somme de quarante mille florins une fois; puis les princes créèrent publicquement quattre chevaliers, le baillv du chapitre premier.
Le tout achevé, le roy d'armes se présenta devant Leurs
Altèzes, et par trois fois crva : Silence, laquelle obtenue, il (il crier par le peuple : Vive Leurs Altèzes, comme il fit.
Le bruit achevé, il jeta monoye d'or et d'argent, par diverses fois.
Il est à advenir que, depuis que la princesse receut la croche, elle la retenit tousjours, mesme faisant les serniens.
Le tout estant bien accomply, au grand contentement des princes, l'on retourna à l'église Sainte- Waudru , pour y chanter la grand'messe, en telle forme que s'enssuit :
Premièrement, descendant du théâtre, marchoient les vicaires, chanoines et autres prebstres de la ville, par la rue delà Chaussie; suivoient tous les collèges, puis les doiens et prélats de Haynnau, puis mesdamoiselles, avec leurs officiers, suivant jointement le benoît corps et chef de Sainte- Waudru ; derière lesquelles estoient les quatlre damoiselles aisnées, avecq leur bailly et mayeur.
Puis après suivoit l'infante, tenant la croche, et le prince à son coslé gauche, jusques dedans l'église Sainte- Waudru, enlx à piedz, environnez et suivis des nobles, seigneurs et gentilzhomes. Les princes venus devant la fontaine, l'on fit les harquebousades et canonades, comme à leur entrée au Marché.
Finalement, eulx entrés par le grand portail, le loing de la nefve, et venus au chœur, se mirent en leur pavillon, mis au chœur en la place des chanoines, et derière icelluy touttes les damoiselles de la princesse; les chevaliers de l'ordre et autres plus grans seigneurs se mirent sur les bancques des officiers, couverts par ceulx de la chambre des princes de velours cramoisy seulement, et le grand bailly de Haynnau se mit es formes des damoiselles, comme le jour précédent; les autres seigneurs et gentilzhomes parmy le chœur, sans bancques.
Incontinent après, se chanta la grand'messe du Saint-Esprit par le prélat de S'-Ghislain, en la place de cestuy de S'-Denis, lors aveugle, quy en ce cas devoil célébrer, et fut donné au chapelain dudit abbé célébrant un escu d'or; les sacerdotaulx ordi-
naiies olianlèrent l'Épître et l'Évangile. La messe achevée, el chantée par mesdainoisel'.es, sans musique, elles chantèrent le psalme Benedicite, sans collecte par après.
Mémoire : que le corps saint fut mis en la garde des eschevins de la ville, selon que l'on est accoustumé faire le jour de l'Ascension, et l'advertence préalable faite ausdits eschevins à ces fins par le mayeur de chapitre.
Item, que, avant la grand'niesse, Ses Altèzes feirent relief des fiefs dépendans de l'afiicque (I) madame Sainte-Waudru, lequel fait, ils baisèrent ladite afiîcque reposante sur le grand autel, el le président Richardot offrit à ladite affîcque, de la parte des Altèzes, une demy-pièce de thoille d'argent, pour et au nom d'une pièce de drap d'or, et ce par forme et ensuite des anciennes coustumes, observées par les anciens comtes de Haynnau, laquelle il répéta la messe achevée, avecq protestation de renvoyer une pièce de drap d'or enthier : advertissans Ses Altèzes ne vouloir rien déroger aux anciennes coustumes.
Mémoire : que mesdamoiselles ne sortirent de leurs formes, pour convoyer Ses Altèzes, après la messe, hors de l'église, ains seulement droites firent les révérences.
A l'après-disner, mesdamoiselles furent baiser les mains anx Altèzes. Fait à noter que la bastonnière n'accompaigna le benoît chief au rethour du théâtre, ains en son ordre avecq les autres.
Mémoire : que, le jour du serment, les damoiselles chantèrent leur grand'niesse sur les sept heures, les matines dictes le soir précédent, après le parlement des princes.
La grand'niesse achevée, la princesse remit entre les mains de madamoiselle de Harcies, aisnée, la croche, qu'elle reprint.
(Archives <lu royaume, collection des cartulaires et manuscrits ; registre intitulé Farta concernant les Pays-Bas, fol. 19.)
(1) Afficiue, anneau.
Lettre de Jean Richardot (1) à l'archiduc Albert, par laquelle il r informe de la mort du cardinal André d'Autriche, arrivée à Rome, et sollicite l'abbaye de Luxeul : 12 novembre J600.
Monseigneur, j'escripvis hyer à Vostre Altèze par rordinayre. Ce matin est survenue la mort inopinée du cardinal Andréa d'Âustria (2), qui, ayant jà passé icy, et retournant maintenant (le Naples, s'estoit treuvé un peu mal, avec quelque altération, ces quatre ou cinq jours, et ceste nuict la fiebvre s'est tellement renforcée tout à coup, qu'il a finy ses jours à S'-Pierre in Vaticano, où il estoit logé. Le pape a esté fort longtemps en sa chambre, l'ayant aussy communié, et espère qu'il soit en paradis bien heureux. Je suis conseillé et quasi "forcé de tous mes amvs supplier très-humblement Vostre Altèze qu'il luy playse m'honorer de l'abbaye de Luxeul en Bourgogne, qui vacque par son trespas (5) : s'il samble à Vostre Altèze que j'en soys aulcunement capable, ce serat augmenter le peu que j'ay, pour l'employer lousjours à luy randre très-humble service, qu'est le principal but de mes souhaits; et suis en un lieu où je n'espargneray pas beaucoup, selon que tout y est cher. Je m'en remects à ce qui playrat à Vostre Altèze : seulement la supplié-je très-humblement de considérer que je ne suis pas souvent importun, et je
(1) Jean Richardot, fils du chef el président de ce nom, était seigneur de Mortau, conseiller et maître ordinaire du conseil privé, et résident pour les affaires des archiducs en cour de Rome.
(2) Le cardinal André avait gouverné les Pays Bas avant Tarchiduc Albert. (5) Richardot n'obtint pas cette abbaye; mais les archiducs lui donnèrent
celle de Lure.
croys que c'est ma première demande. Je n'ay pas voulu prétendre beaucoup d'autres bénéfices et de plus grande qualité, bien que personaiges principaulx qui me sont affeclionez m'y ayent voulu poulser et assister: mais, ne me sentant du tout capable à telles charges, l'ambition n'a jamais heu, grâce à Dieu, tant de pouvoir sur moy que de me laisser emporter de ses aisles, et m'oublier de mon debvoir, qui ne me peiniet, me cognoissant foible, de voler si hault. Mais, pour une abbaye, je croys, si je ne me trompe, que je suis aulcunement qualifié : toutesfois Vostre Allèze le sçaurat mieux juger, que je prie le Créateur, monseigneur, conserver et maintenir longues années. De Rome, ce 12 en novembre 1600.
De Vostre Altèze Sérénissime
Très-humble et très-obéyssant serviteur et subjet,
Jehan Richabdot.
Siiscription : A Son Altèze Sérénissime, à Bruxelles.
(Original autographe, aux Archives du royaume, collection des papiers d'État : Correspondance historique, t. III, fol. 324.)
Lettre de Philippe-Guillaume . prince d'Orange, aux archiducs Albert et Isabelle , par laquelle il leur fait part de son projet de se marier avec la princesse de Bourbon, et leur demande leur consentement : 1" juillet 1606.
Serenissimos principes, mi senora y senor, después de aver l)echo quanto he podido para venir al cabo de mi larga y justa pretension, viéndome al cabo de medios que no me an respon-
dido â su tienipo, y nie an traido â los eslremos, como desesperado de reniedio, y slntiendo mi honra interessada por quedar mi porfia infructuosa, y yo risa de mis enemigos, para recobrai'la y huir taies inconvenientes, he puesto los ojos en un medio santo, parece que movido por impulses divinos (â los quales siempre he accudido en mis trabajos y necessidades), que siempre an despertado mi considération y affîcion â procurar el casamiento de raadamoiselle de Borbon (1); y, después de aver tentado de so mano las intentiones, hélas hallado tan inclinadas à mi deseo que he quedado prendado â essa voluntad, viendo que délia me podia resultar no solo lo que pretendo, mas el descanço de mi aima y de mi vida : lo que me haze accudir mas libremente â Vuestras Altezas (que siempre me an hecho mereed en desearme todo bien, descanço y augmento), y supplicarlas con toda humildad de darme licencia para ello, y tener por bien que tome un estado tan santo, que, à tardar nias, no hallaria quien me quisiesse. Pues es con dama tan caliiîcada en nobleza de sangre como dotada de honestidad y virtud, yo espero que, dexando mi particular aparté, que sera occasion por la quai se me offrecerân muchas para poder servir mejor â Vuestras Altezas, en cuyo servicio siempre he deseado y deseo vivir y morir : rogando â Nuestro Senor guarde las serenissimas personas de Vuestras Altezas largos y felices anos con el aorescentamiento y grandor que sus humildes criados deseamos. De Orange, â 1" de julio 1606.
De Vuestras Altezas Serenissimas
Muy humilde criado y vassallo,
El principe de Orange.
(Original autographe, aux Archives du royaume,)
(1) Éléonore de Bourbon, fille de Henri de Bourbon, 11 du nom, prince de Condé, el de sa seconde femme, Charlotle-Calherine de la Trémoille. Le
Réponse de l'archiduc Albert à la lettre précédente : 25 août 1006.
Mon cousin, j'ay veu, par vostre lettre du premier de juillet, le discours que vous nous faictes sur la résolution de vostre mariage, et vous confesse que sommes demeurez fort esbaïz qu'en soyez venu à ces termes et à la conclusion d'ung affaire si important, sans le nous avoir premièrement consulté, puisque vous sçavez qui nous sommes, et l'obligation que vous nous avez : que n'est pas ce que nous nous sommes tousjours promis de vous, et qu'avions très- bien mérité. Or, puisque vous nous demandez licence de faire cbose qu'est jà faicte, nous n'avons que vous y respondre, sinon remectre à vous la considération si vous y avez procédé comme il convenoit, et comme vous estiez obligé. A tant, mon cousin, Nostre-Seigneur vous ayt en sa saincte garde. De Bruxelles, ce 25"^d'aougst 1606.
(Minute, de la main du président Richardot, aux Archives du royaume.)
mariage du prince d'Orange avec la princesse de Bourbon se fil celte même année 1606. Ils n'eurent pas de postérité. Le prince mourut le 20 février 1618, et la princesse le 20 janvier 1619. Moréri.
Relation des serments prêtés par l'archiduc Jtbert, an nom de Philippe 111, aux états des Pays-Bas , et par ces états réciproquement : 2"2 mai et 18 juillet 1615.
Extrait de la relation des cérémonies et formalités observées à la prestation du serment de l'arcbiduc Albert d'Autriche, prince des Pays- Bas et de Bourgo{!;ne, au nom du roy Philippe 3"', comme prince futur et successeur en ses pays de par deçà et de Bourgogne, après le trèspas dudit archiduc, et du serment réciproque des estais du pays de par deçà, rédigée par escrit par Adrien de Riebeke, escuier, conseiller et premier roy d'armes de Sadite Altesse, suivant que le tout a été fait à Marimont en Hainau, et à Bruxelles en Brabant.
La mort d'un prince cause souvent grand changement en un Estât , voires quelquefois grands troubles et guerres pour la succession , nommément quand il vient à décéder sans lignée pour lui succéder. Ce que considérant Sa Majesté et Son Altesse Sérénissime, pour à ce remédier et prévoir à touts inconvéniens, et à Tassurance desdits pays de par deçà et de Bourgogne, ont trouvé expédient de faire connoîlre et jurer, par les estats desdits pays, Sadite Majesté pour prince futur et successeur audit sérénissime archiduc, suivant la clause du transport desdils pays fait par feu (de très-haute mémoire) le roy Philippe 2™® (que Dieu ahsolve) en faveur du mariage de la sérénissime princesse madame Isabelle-Clara-Eugenia avec ledit seigneur archiduc Albert , auquel Sadite Majesté a , à l'effet que dessus, envoyé une procure dont la teneur sensuit :
« Philippe, par la grâce de Dieu, roy de Castille, de Léon , )) d'Arragon, etc. Donné en notre ville de Madrid, royaume de » (lastille, le "lA^ du mois de février, l'an de grâce 1615, etc. »
De laquelle procure estant faites plusieurs copies autenliques par l'audiencier, elles ont esté envoyées aux estats de chacune desdites provinces, à part, par ceux à ce commis par Sadite Altesse, à sçavoir : en Brabant, le chancelier; en Limbourg, le gouverneur d'illec; en Luxembourg, le gouverneur et président d'illec; en Gueldres, le gouverneur et chancelier d'illec; en P'iandres, le comte d'Estaires, du conseil d'Estat et chef des finances de Leurs Altesses, et président dudit pays; en Artois, le gouverneur et président d'illec; en Hénaut et Valenchiennes, le duc d'Arschot; à Namur, le S"^ de Maries, aussi du conseil d'Estat et chef des finances de Leursdites Altesses, et président illec; à Malines, le président du grand conseil; à Lille, Douay et Orchies, le gouverneur d'icelluy pays; en Tournay et Tournésis, le gouverneur d'illec, et à Cambray, le comte du Roeulx, tous munis de lettres de crédence et instructions de ce qu'ils auroient à représenter aux estats desdites provinces, pour les induire à la prestation dudit serment; et fut la susdite proposition faite aux estats, en chascune province, par les susnommés, en un niesme jour, à sçavoir: le 2G"'^ d'avril , en l'an 1616.
Sur lesquelles propositions s'estant lesdits estats respectivement condescendus au bon plaisir de Leurs Altesses, et, qui plus tost, qui plus tard, témoigné par escripts en envoyés qu'ils estoient prêts d'obéir à ce que Son Altesse leur avoit signifié désirer en ce regard, Sadite Altesse leur préfigea jour d'envoyer leurs députez devers elle, pour y satisfaire, et premièrement manda à ceux d'Hainault et Valenchiennes, Namur, Tournay, Tournésis et Cambray, d'envoyer leursdits députez, deuement autorisés, pour le 21 du mois de may dudit an 1616, en la ville de Binche, pour illec le lendemain procéder à la prestation desdits serments respectivement. Mais, d'autant que Son Altesse se trouvoit iceluy jour mal disposé et quelque peu saisi des goutles, au lieu de le faire audit Binche, Son Altesse ordonna que ce fût à Mariemont, qui est une maison où Leurs Altesses se tiennent ordinai-
reiiieul en eslé, pour le plaisir quelles y onl, tant de la chasse que (lu bel assiette.
Ledit jour, l'après-midy, Son Altesse se trouva en ladite maison, en la chambre où Leurs Altesses ont accoustumé de manger, habillée d'un habit verd de campagne, assise dans une chaise de velours verd brodée de fil d'or, et ayant devant elle une petite table couverte d'un tapis de velours verd, bordé à lenteur d'une large bordure de fil d'or et de soie, etc.
Lesdits serments prestez en la forme et manière comme dit est ci-dessus, Son Altesse se leva, et se retira dans la chambre de la sérénissime infante, qui estoit environ les six heures de l'aprèsmidy; et lesdits députez, et ceux qui avoient offitié en cette occasion , se retirèrent à Binche , où le marquis Spinola leur donna, au pand du cloistre des Seures Noires, un fort somptueux et nîagnifique souper, etc.
Et, comme Marimont est Haynault, et que ceux de Brabant ont ce privilège particulier de ne jurer hors de leur province, la prestation de leur serment fut remise jusques au retour de LL. AA. SS. à Bruxelles : pour quoy leur fut jour préfigé de se trouver en cour le lundy après le jour du S'-Sacrement de Miracle, qui fut le 18 de juillet en l'an que dessus. Lors Son Altesse, en son antichambre, environ les dix heures du malin, se mit dans une chaise garnie de drap d'or, sous un dossel de pareille estoffe, et avoit devant luy une petite table couverte de raesme estoffe qu'estoit le dossel et sa chaise, et derrière luy, à main droite, debout, le comte d'Hannovre, grand maistre d'hostel, et ainsi, en descendant en rang, don George, bastard d'Austria, don Pedro de Toledo, le président, le chancelier de Brabant et l'audiencier, et derrière eux les gentilzhommes de la chambre et ceux de la bouche : et, au coslé gauche de S. A. S,, en descendant, furent debout le nonce, l'ambassadeur du roy d'Espagne, le marquis Spinola , le père confesseur de S. A., don Louis de Velasco, et, en bas de l'appas, fut le devantdit roy d'armes, équipé comme dessus d'une cotte d'armes richement
brodée de pleines armes de S. A., et en sa main d'un caducée, qui eut derrière lui le S' d'Andelol, le S"" de Maries, les comtes de Roeulx et de îNoyelles, maislres d'hostel.
La chose ainsi rangée, ledit roy d'armes, environ les dix heures, alla quérir les estalz qui estoient en corps assemblés , attendant la venue de S. A., dans une chambre jointe l'antichambre, à sçavoir : Mathias Hovius, archevêque de Malines, comme abbé d'Affligem; Jean Malderus, évesque d'Anvers, comme abbé de S'-Bernard; Nicolas Soësius, évesque de Bois-Ie-I)uc; Geoffioy Lemmens, abbé de Vlierbeek; Robert Henrion, abbé de Villers; Mathieu Gooris, abbé de S*-Michel; Cornille Onterius, abbé de Grimberghe; Johan Drusius, abbé de Parcq, archichapelain du duc de Brabant; Jehan Fraiteur, abbé de Heylissem; Mathys Valentyns, abbé d'Everbode; Nicolas Talpart, abbé de Tongerloo; Marlinus Heckius, abbé de Dielegem; Loys Van Eynatten, abbé de S'^-Gerlrude, ecclésiastiques;
Pierre Clockman, abbé et S"" de Gemblours; messire Charles de Lalain , chevalier, comte de Hooghstraete, gentilhomme de la chambre de S. A., gouverneur de Tournay et Tournésis; Jacques de Berghes, baron de Grimberghe; Lancelot Schetz de Grobbendonck , baron de Wesemael , niareschal héréditaire de Brabant; Guillaume de Coutereau, baron de Jeasse, pour les nobles ;
Guillaume de DiifFeie, escuier, bourgmestre de la ville de Louvain; Gilles Vandervorst, S"" de Lombeke, du conseil; Loys Van Schore, eschevin; maistre Jehan Fannius, licencié et pensionnaire de ladite ville ; messire Gillis de Bnsleyden , chevalier. S"" de Levergem , Deurtie, bourgmestre de Bruxelles; messire Jacques Vandernoot, chevalier, S"" de Kiesecum, eschevin; messire Henry de Dongelberghe, chevalier. S'' de Berlaer, Zillebeek, aussi eschevin ; Jehan de Bruxelles, escuier, trésorier; maistre Théodore Schotte, licencié en droit, pensionnaire de Bruxelles, députez de laditte ville; messire Blasius de Bejar, chevalier. S'^ de Weslackere. bour2;mPstrp de la ville d'Anvers; messire de
( 4or> )
Bercheni, chevalier, S'' d'Olsbroeck, bourgiueslre de la commune; messire Jean Happart, chevalier, eschevin , et maistre Josse de Weert, pensionnaire d'Anvers, députez de laditte ville; Henri Franssen de Ghestel, président ou bourgmestre de Bolduc» et maistre Jean Van Tulden, pensionnaire de laditte ville, et députez pour icelie; maistre Jacques Maes, docteur es droits et greffier desdits eslats;
Et les mena devant S. A. S., où il les rangea en la forme qu'a voient esté rangées les autres provinces.
Ce fait, ledit chancelier s'avança, et se mit sur un genou devant S. A. S., pour entendre d'icelle ce qu'il leur auroit à proposer. Après quoi , il leur parla en cette sorte :
« Messieurs, Son Altesse, informée delà responce que vous avez donnée par escript à ce qu'elle vous a fait proposer, le 26 du mois d'avril dernier, touchant la prestation de vostre serment à Sa Majesté, a eu vostre résolution pour bien agréable, et vous en remercie, tant de la part d'icelle Sa Majesté que de la sienne, s'assurant que, comme bons et obéissans sujetz, en dressant vos actions à la gloire de Dieu et au bien publicq, vous y ferés en tout temps reluire la fidélité et promptitude par vous deues au service de vos bons princes naturels; et, ainsi que cette province de Brabant a l'honneur de tenir le premier rang entre celles de par deçà, vous tâcherés de mesme à ne céder à nulle autre en vos devoirs, afin que par ce moyen les bénédictions divines se multiplient sur vous, et vos princes soient tant plus portés à vous chérir et embrasser d'affection paternelle, et de tout ce qui sera de vostre conservation, de vos droits et privilèges, de vostre bien et félicité. Et aura S. A. à contentement la démonstration que vous ferés dès maintenant de cette vostre bonne et loyale volonté envers celuy que Dieu aura choisi pour vous commander au len)ps à venir : sous laquelle assurance, elle a esté servie de vous faire assigner celle heure en ce lieu, afin qu'après avoir receu le serment qu'elle se contente de vous prêter, au nom de Sa Majesté, vous prêtiés aussi le vostre à icellc, pour
le temps et cas i\{ie vous ont esté proposés et particulièrement déclarez. Telle est la volonté de S. A., et que l'on procède en cette besoigne selon les formes et solemnilés en tel cas accoutumées. .\u nom de Dieu. »
Cette harangue achevée (après la révérence faitte à S. A.), ledit chancelier fit signe au greffier desdicls estalz de faire son office, lequel s'avança jusques au milieu de laditte chambre, et à l'opposite de Saditte Altesse, et commença à lire les privilèges de ceux de Brabant, appelles Joyeuse entrée, (qu'est assez prolixe) en langue brabançonne, et, après, le serment de S. A. en mesme langage et puis en latin; lequel estant achevé, le devantdit don Pedro de Toledo mit sur la table, devant Son Altesse, un missel ouvert, lequel estant présenté à Saditte Altesse, mit la main sur le crucifix audit missel, disant : Sic me Deus adjuvet, et haec Sancta Evangelia.
Après quoy, l'audiencier leut le serment desdits estats en mesme langage , et puis en latin.
Ce achevé, ledit don Pedro tourna ledit missel vers lesdits estats, et lors les ecclésiastiques, l'un après l'autre, mirent la main sur ledit missel, disant, etc.; et après, les nobles haussoienl les doigts, etc.
Ce fait, lesdits estats firent la révérence à S. A., et ledit roy d'armes les mena jusques hors de la porte de laditte chambre , et puis S. A. alla à la messe, et lesdits estats, et ceux qui avoient offitié, alloient disner au logis du marquis de Spinola, qui les festoya, ainsi qu'il avoit fait les députez des autres provinces.
(Archives du royaume, collection des états de Brabant : Register der huldingen, n" oôô, fol. ô4-ô7.)
Relation de l'arrivée et de la réception à Madrid du prince de Galles, Charles, /ils du roi Jacques P' : mars 1625 (1).
On n'étoit point averti de la venue du prince de Galles. II arriva le vendredi, 17 mars, en cette cour, accompagné seulement du marquis de Buckingham, chevalier de l'ordre de la Jarretière, membre du conseil d'État du rov de la Grande-Bretagne, grand écuyer du même prince et amiral d'Angleterre, où il a le maniement général de toutes les affaires. Le prince mit pied à terre à l'hôtel du comte de Bristol, ambassadeur extraordinaire du roy, son père. Bientôt il y fut rejoint par les autres seigneurs de sa suite, au nombre de sept. Le premier qui, pendant cette nuit, eut connoissance de l'arrivée du prince, fut le comte de Gondomar, lequel en fit part sur-le-champ au comte d'Olivarès. On auroit voulu tenir secrète cette nouvelle jusqu'à ce que l'on fût informé du désir et de la volonté du prince; mais il ne fut pas possible: elle fut aussitôt divulguée, et ce qui acheva de la répandre fut l'arrivée d'un courrier dépêché par D. Carlos Coloma, ambassadeur extraordinaire en Angleterre, qui entra le 18, avec des lettres pour Sa Majesté qui annonçoient la venue du prince.
Le même jour (qui étoit le samedi), à six heures du soir, le marquis de Buckingham se rendit, dans un des caresses de Sa Majesté, à la Puerla de la Priora, pour y voir le comte d'Olivarès.
(1) Cette relation fut probablement rédigée à Madrid par quelque secrétaire belge, et envoyée au gouvernement des Pays-Bas.
On peut consulter, sur les circonstances dans lesquelles eut lieu le voyage en Espagne du prince de Galles, les historiens anglais, et nommément Li\- GARD, t. III, p. 198, de l'édition de 1843.
Sétant entretenus ensemble, el le comte l'ayant félicité sur son heureuse arrivée dans des termes aussi polis que remplis d'affection, ils se transportèrent dans le même carosse chez le prince, où le comte lui rendit sa visite, au nom du roi. Il s'acquitta du compliment avec toute la noblesse et la prudence que Ton pouvoit attendre d'un seigneur accoutumé à réussir dans tout ce (jue lui fait entreprendre son zèle pour le'service de Sa Majesté.
Le roy, pour signaler sa satisfaction , parut en public le dimanche suivant, 19 du même mois, dans son carosse, avec la reine et les sércnissimes infants iMarie, Charles et Ferdinand. Sa suite, composée des dames de la reine et de celles de Son Altesse la sérénissime infante, de la noblesse et des cavaliers de la cour, formoit un cortège nombreux, augmenté encore par les officiers et domestiques de la maison du roi. Leurs Majestés furent aux Récollets Ângustins, passant par la grande rue. Le prince de rialles, avec le marquis de Buckingham, les ambassadeurs extraordinaire et ordinaire d'Angleterre, le marquis de Florès d'Avila et le comte de Gondomar (qui, depuis l'arrivée du prince, est demeuré auprès de sa personne) étoient à la porte de Guadalagara, dans un carosse.
La voiture de Sa Majesté passant près de celle du prince, le roi, appercevant les ambassadeurs, leur ôta son chapeau comme à l'ordinaire, sans autre démonstration, et poursuivit sa route. Le prince de Galles , par des rues détournées, s'en rapprocha, et fut attendre LL. MM. aux environs de San Géronimo. Prenant leur chemin par le haut, elles allèrent aux Récollets, où elles firent leur oraison, l^e prince, choisissant là un nouveau poste, s'y tint tranquillement, en attendant le retour des carosses, qui parurent environnés de quantité de flambeaux, à cause de la nuit : ce qui faisoit un fort bel effet. Le concours, tant des personnes de pied que des gens à cheval, fut cette journée le plus grand que l'on ait encore vu en cette cour, el la satisfaction publique égala celle du prince.