‹ Analectes historiques (volume 3)Chapitre 4 sur 20 · VU · texte numérisé non relu

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Relation de la célébration du mariage de Philippe II avec la reine d'Angleterre Marie Tudor : juillet 4554 (1).

Relation de ce qu'est passé en la célébration du niariaige de nostre prince avecq la sérénissime royne d'Engleterre.

Nostre prinche se désembarqua au port d'Anton (2) le mercquedi xx" de juillet XV"^ LIIII, à deux heures après midy, acompaignié du comte d'Arondel , du trésorier et plusieurs aultres divers seigneurs d'Engleterre : avant lequel désembarquement, dès la nuict précédente, nostre prince avoit envoyé le prince de Gavre, conte d'Egmunde, etc., vers la roine, en la ville de Wincestre, pour advertir S. M. de son arrivée et bon portement, et, estant désembarqué, s'en alla à l'église de la ville dudit Anton, où ledict conte d'Arondel luy apporta l'ordre d'Engleterre, assavoir la jartière, laquelle fui receue à grand joye et plaisir. Et demoura nostredict prince illecq jusques au lundy, que se party vers Wincestre, où estant arrivé , s'en alla à cheval à l'église fort accompaignié, où y eust grand feste de musicque, et y fut chanté le Te Deum laudamus par la clergie de ladicte église. Ce faict, se retourna à son logis, où il disna; et, environ les ix heures du soir, vint vers luy ledict conte d'Arondel et le grand Chamberlain; et, après avoir eu quelque propoz avecq nostre prince, lesdicts conte

(1) Cette relation, qui fut probablement envoyée aux principales villes des Pays-Bas par ordre de l'Empereur, et qu'on peut considérer ainsi comme ayant un caractère officiel, complète et rectifie les détails donnés par les historiens anglais.

(2) Southampton.

d'Arondel et grand Chamberlain , avecq ledict prince de Gavre, conduirent ledict prince vers la royne secrètement, et fut la première fois qu'ilz s'estoient veuz.

Le lendemain, qu'estoil le mardy, vint le prince au logis de la royne, fort acompaigné et triomphant; et, entrant en une grande salle , trouva la royne , laquelle venoit à l'enconlre de luy , pour le recepvoir; et, approchant l'nng l'aultre, se baisèrent et embrassèrent; et la print par la main, et le mena asseoir dessoubz ung riche doceret qu'estoit en ladicte salle, où ilz furent assiz, devisant prez d'une heure. De là entrèrent en la chambre de la royne, où ilz furent devisant près de deux heures, où leur fut apporté le vin , et but la royne au prince , qu'est la coustume d'Engleterre ; et le prince, après avoir prins congié delà royne, non sans grandes courtoisies et cérémonyes, se retira en son logis.

Le jour de S'-Jacques (1 ) , le prince sortit de son logis, vestu de chausses et pourpoint blancq et d'ung collet fort riche , ayant vestu une robbe d'un riche drap d'or que la royne luy avoit envoyé, car elle en avoit une robbe du mesmes, et estoit icelle robbe garnie de pluiseurs perles et pierries, et portoit la jartière; et, estant fort accompaignié de pluiseurs seigneurs richement accoustrez, s'en alla à l'église. Et, entrant en ladicte église, sonnoient force trompettes, clarons et aultre manière de musicque, où le prince attendit la royne bien demye heure; laquelle vint fort accompaignié tant des seigneurs et dames d'Engleterre, comme d'aulcuns qui estoient venuz avecq ledict prinche; et furent illecq fianciez; et, entrant icelle église, et marchant plus avant, avecq toutte ceste noblesse et six évesques qu'estoient présentz, se présenta devant nostre prince le régent Figueroa, lequel donna, es mains de nostre prince, de par l'Empereur, ung previlége en parchemin, luy faisant quelque harenghe; et , après avoir leu ledict previlége, le prince le bailla à la

(1) 25 juillet.

l'oyne, laquelle le bailla au grand cliancellier d'Englelerre, lequel, après avoir leu ledict previlége, publia que l'Empereur faisoit don, dès à présent, du royaulme de Naples à son filz le prince d'Espaigne. Et au mesnies instant fut envoyé pour encoires ung estoc, car il n'y avoit sinon cestuy de la royne, lequel apporté, fut délivré au conte Pennebrouck, qui le porta devant nostre prince, et millord de Orbe porta l'estoc de la royne.

Arrivez plus avant, l'archevesque de Wincestre les espousa avecques grandes cbérémonies , comme tel cas requiert, et fut chantée une messe solempnelle, laquelle dura depuys les xn heures jusques à ni heures après niidy. En sortant de l'égliese, main à main se retournèrent en court. A l'assiette, le conte d'Arondcl donna l'eauwe, le marquis de Wincestre la serviette. Syl n'y eult que eulx deux assiz, et furent à la reste plus servis d'Englois que d'Espaignolz. Le disner dura jusques à six heures du soir; et après y eult force rausicque; et, avant que neuf heures furent sonnées, tout estoit desjà retiré.

Les noms des seigneurs espagnols qui sont venus avec nostre prince.

Le duc d'Alve. Le conte de Feria.

Le duc de Médina Celi. Le conle de Chinchon.

L'admirai de Castille. Le conte d'Olivares.

Le marquis de Piscare. Le conle de Saldana.

Le marquis de Farria. Le conte de Modica.

Le marquis del Vaille. Le conte de Fuensalda.

Le marquis d'AguilIar. Le conte de Castclliar.

Le marquis de Las Naves. L'évesque de (luenca. Et aucuns aultres.

(Archives de la ville de Louvain : colleclion alpba^ bélique, registre G, fol. 339.)

Lettre de Ferdinand , roi des Romains , à Philippe 11 , touchant le catéchisme quil avait fait imprimer pour ses pays d'Autriche, et qui avait été approuvé des théologiens de Louvain : 24 août 1557.

Monsieur mon bon nepveur, pour responce à voz lettres en françois du xxvn^du mois passé, concernant la forme du cathéchisme que j'ai fait imprimer en mes pays de par deçà, et lesquelz trouvez à propos pour faire instruire la jeusnesse en nostre ancienne saincte foy calliolicque; aussi qu'aviés desjà ordonné pour les faire traduyre, affin de s'en servir par delà, j'ay Irèsvoulentiers entendu , et prins singulier plaisir, que les théologiens de Louvain ont icelluy trojivé (comme à la vérité il est) fort proulTitable à jeusnes gens, et non-seullement à iceulx , mais aussi à ung chascun en général, car telle doctrine ne peult sinon estre à l'exaltation de noslredicte foy catholicque, et par où Dieu recevra service, et les âmes le repoz que tous espérons.

Et, quant à ce que me requerrez, monsieur mon bon nepveur, que je voulsisse tenir la main affîn que autres princes et potentatz voz voisins voulsissent faire semblablement, mesmes mon beau-fils le duc de Clèves, et le persuader qu'il voulsist consentir que en son pays ledict cathéchisme fust publyé et leu à ses subjeclz, dont redonderoit le fruict contenu en vosdictes lettres, je vous advertiz que l'une des choses au monde que plus désire est d'extendre le nom et la doctrine de Dieu, aussi procurer le salut des povres âmes partout, comme tous summes obligez. Par quoy j'ay desjà donné ordre pour faire escripre audict duc, luy envoyant quant et quant deux exemplaires desdicts

calliéchismes , l'ung en latin et l'autre en alleman , et ne tiendra à toute persuasion possible que je ne l'induyse à ce que ledict exemplaire soit publié et leu à ladictejeusnesse en sondictpays, n'estant hors d'espoir qu'il me reffusera ceste bonne euvre par laquelle il n'aura seullement le mérite de Dieu , mais aussi sera cause de la saulvation de plusieurs âmes chrestiennes, lesquelles, par ignorance et faulte de bonne discipline, se perdent la plus grant part.

Et ne debvez penser, monsieur mon bon nepveur (oultre l'obligation que je y tiens) , que vous vouldrois escondire ( 1 ) chose si saincle et catholicque, aussi prouffitable au salut des âmes des subjeclz d'ung chascun prince chrestien : car je vous vouldrois complaire en autre chose, quelle qu'elle fust, ce que trouverez, par effect, m'employant en tout ce que me sera faisable pour le bien de voz affaires, lesquelz n'ay en moindre soulcy et recommandation que les miens propres. Ce sçait le Créateur, auquel je prye qui, monsieur mon bon nepveur, vous doint l'entier de voz bons désirs. De Nyeustadt, ce xxun® jour d'aoust 1557.

Vostre bon frère et oncle,

Ferdinand.

Suscription : A monsieur mon bon nepveur le roy d'Espaigne, d'Angleterre, etc.

(Original , aux Archives du royaume.)

(1) Escondire, refuser, défendre.

Vin récolté à Louvain en 1561 et 156:2. (Extrait du compte rendu par Liévin Wouter.>, conseiller et receveur général des finances, pour l'année 1 565.)

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