COMMIS DE LILLE , DOUAY ET OUCIES
Messire Jehan Riibus, docteur en théologie et prévost de S'-Aynié, à Douay.
Sieur Franchois Hennin, escuyer, seigneur de Breucq, bailly de la chastellenie de Lille.
Miiistre Anthoine Mayssart, licentié es lois, conseiller pensionnaire dudict Lille.
Jehan de Fontaines, procureur de ladicte ville de Lille,
Sieur Augustin Despretz, escuyer, eschevin de Douay.
COMMIS DES ESTATZ d'cTRECHT, ET PRINCIPALLEMENT DE LA CLERGIE OU CINCQ ÉGLISES ET DE LA VILLE DUDICT UTUECHT.
Sire et maistre Guillaume Vensels, prestre, docteur ès droitz et doyen de l'église de S'-Pierre en Utrecht.
Le vni'"'= jour de juin xv*^ lxxii, après avoir, par lesdicts commis des estatz de Brabant, entendu que le comte Loys de Nassau auroit, par finesse et subtilité, surprins les villes de Yalenciennes et Mons en Haynnault, et que, selon le bruit que estoit semé, l'admirai de France debvoit descendre en Flandre avecq xv mille piétons et iv mille chevaulx, et que ledict sieur Vander Linden, estant party vers le chemin de Tholedo pour faire rammener ledict sieur prélat de Parck, par une charrette de Madrid, à cause de sa maladie acquise audit chemin de Tholedo, ledict sieur Schoer s'est employé de s'informer des seigneurs députez d'Arthois, Haynnault et autres, si semblables mauvaises nouvelles et bruit ilz avoient oy; et ayant entendu que sy, se sont ledict sieur de Schoer et ledict grelfier, avecq ledict maistre Bartholomieu, incontinent trouvez vers ledict seigneur président Hoppero, luy priant, tant humblement et affectueusement qu'ilz poYoient, tenir la main à ce que lesdicts
commis puissent obtenu* bonne et fovorable responce, ensemble licence à povoir partir aux Pays-Bas, afin de povoir faire (|uelque bon office vers ceulx qui sont demourez bons pour Sa Majesté, et les contenir en continuation de bons subjeclz, de confirmer ceulx qui seroient doubteux et inconstans, et faire détirer ceulx qui seroient mesclianlz, de tant plus que eulx, arrestans en Espaigne, ne povoient faire aulcun service à Sa Majesté ny à la patrie, mais bien estans aux Pays-Bas : adjoustant ledict greffier, en son particulier, que, luy estant auprès de sa femme et bourgeois de Bruxelles, il ne désireroit que assister du conseil et aullrement, en tous endroitz à luy possibles, au service de Sa Majesté, de la patrie etamys, et en tel estât mourir, si Dieu le Créateur auroit ainsy délibéré, mais demourant audict Espaigne, il ne povolt faire quelque bien, ny à l'endroit du service de Sadicte Majesté, de la patrie ny des siens amys.
Sur quoy respondit ledict seigneur président Hopperus qu'il avoil de la susdicte matière escript à Sadicle Majesté, dois le jour de devant au soir, et que, lundy prochain, ayant responce, il les advertiroit, et, si besoing seroit, il en escripveroit encores plus particulièrement, selon que la pren)ière responce de Sadicte Majesté en requéroit.
Au mesme jour, sont de là allez ledict sieur de Scboer, ledict greftier et ledict Bartholomieu, docteur, au logis du révérendissime évesque de (lordua, en luy recommandant aussy la dépescbe de l'affaire desdicis commis, avecq bumble requeste de vouloir, pour eux, intercéder vers Sadicte Majesté pour obtenir bonne responce, de tant que eulx deniourans en Espaigne ne pouvoicnt faire aulcun service pour Sa Majesté ou la patrie, mais bien estans au Pays-Bas, et que l'obligation dont ilz estoieut teuuz à Sadicte Majesté, leur prince, les constraindoit à poursuyvir briève et bonne responce, pour n'en requérir l'affaire ultérieur dilay, et pour avoir entendu que Sa Paternité Révérendissime debvoit partir, comme pareillement il déclairoit, vers le monastère d'Escurial. pour illecq oyr la confession de Sadicte
Majesté, el de là à Cordua, distant de Madrid environ soixante lieues, avoient bien volu eulx trouver vers Sadicte Paternité Révérendissime, pour luy dire adieu, et luy supplier qu'il voulsist continuer en la bonne affection qu'il portoit aux Pays-Bas , tant pour le service de Dieu et du Roy que pour le bien du
A quoy Sadicte Paternité Révérendissime respondit qu'il no failleroit de faire tout bon devoir vers Sadicte Majesté pour lesdicts commis : luy ayans ioeulx trois commis dessusnommez offert deleurcosté tout service, et le service desdicts seigneurs estatz à eulx possible.
Deux lieures après, ou environ, ont lesdicts dessusnommez faict semblable recommandation à S' frère Albert, arthésien, compaignon et confrère franciscan audict seigneur révérendissime, lequel semblablement a promis son assistence vers ledict seigneur révérendissime.
Lendemain, qu'estoit le ix* jour dudict mois de juing, s'est ledict sieur de Schoer trouvé cbez ledict seigneur président Hoppero, pour de luy entendre s'il n'avoit lors encores receu nouvelles de Sa Majesté; et ayant iceilui sieur de Schoer entendu que Sa Majesté avoit escript audict seigneur président qu'elle viendroit bientost audict Madrid, s'est party delà, pour ce que survindrent los secrétaires Sayas et Sagante.
Le xii""' dudict juing, estants le sieur révérend père en Dieu le prélat et comte de Gembloux, avecq un ou deux d'aultres députez ou commis desdicts estatz de Brabant, priez au disner [par] ledict seigneur président Hoppero, se sont illecq trouvez ledict seigneur de Gembloux, le sieur Vander Linden et ledict greffier ; et après avoir esté introduilz en sa chambre, auroit ledict seigneur président leu certain article d'une missive qu'il avoit escript à Sa Majesté, contenant que les commis des estatz du Pays-Bas avoient requis ledict seigneur président de tenir la main à ce qu'ilz pourroient bientost estre dépeschez, de tant plus qu'ilz avoient ouy nouvelles mauvaises dudict Pays Bas, dont iiz estoient
(juasi découraigez, et que, es(ans au pays, ilz pouroient assister Sa Majesté de conseil, prières, advis et avecq semblables aultres moyens, ce qu'ilz ne sçauroient faire, deraourans audit Madrid; ayant en oullre Icdict seigneur président monstre et leu l'appostille que Sadicte Majesté auroit sur ladicte missive rendu, sçavoir : que icelluy seigneur président animeroit et couraigeroit lesdicts commis, considéré que Sa Majesté espéroit en Dieu le Créateur qui luy povoit secourir, et qu elle se trouveroit bientost audict Madrid, pour entendre et résouldre le tout, et que cependant quelques aultres nouvelles pouroient survenir.
Et estant à table, il y avoit, entre aultres propos, de la part dudict seigneur lloppero, dict qu'il pouroit advenir que Sa Majesté viendroit au Pays-Bas, et que lesdicts commis pourroient venir avec elle.
Le xix""= dudict mois de juing audict an 1572, à neuf heures avant midy, a ledict seigneur président Hopperus dict et déclairé à messieurs les prélat et comte de Gembloux, Vander Linden , de Schoer, au greffier et audict Bartholoinieu, estans illecq venuz par son commandement et cliarge de Sa Majesté, que Sadicte Majesté luy avoit commandé de dédairer auxdicts commis que, ayant entendu les mauvaises nouvelles du Pays-Bas, elle estoit en grande tristesse, et qu'elle estoit soigneuse et traveillante avec grande vigilance et diligence de faire remettre les Estats en leur premier et deu estât, et conserver le pays en la saincte foy catbolicque, et qu'elle n'espargneroit riens, combien qu'elle debvroit vendre Siville, voires la moitié de son royaulme d'Espaigne, plustost que de laisser perdre un seul villaige du Pays-Bas, et ce pour la bonne affection qu'elle porte aux estatz et ses bons subjeclz, adjoustant que Sa Majesté l'avoit ainsy faict déclarer, afin que les commis en fissent de ce, à leur retour au pays, rapport aux estatz qui les avoient envoyé audict Madrid, combien que, sans ladicte déclaration , Sa Majesté estoit asseurée que lesdicts commis feroient assez tel ou semblable rapport.
Requérant en oullre Sadicte Majesté que lesdicts commis voul-
sissent faire quelque ouverture de quelques moyens par lesquelz l'on pourroit mieulx pourveoir et remédier contre lesdicts ennemis, et asseurer ledict Pays-Bas en bonne affection vers leur prince et en tranquillité, joint que, quant au négoce pour lequel lesdicts commis s'estoient en Espaigne représentez, Sa Majesté donneroit audience demain ou après-demain aux commis de Flandres qu'estoient aussy depuis peu de jours avant descenduz en Espaigne pour semblable affaire, et lors, ayant bien examiné le tout, donneroit incontinent responce.
A quoy ont lesdicts commis respondu qu ilz louoient Dieu le Créateur de ce qu'il avoit donné auxdicts estatz un prince tant bénigne et clément, qui traveilloit et soingnoit à préserver et contregarder ses bons subjectz des ennemis, et les conserver en la religion catbolicque. Quant à eulx et ausdicts eslatz, ilz ne ftiilleroient ny manqueroient à se monstrer bons et fidelz à Sa Majesté, leur prince naturel et souverain, en tous endroitz, comuje ilz avoient faict jusques ores : mais de déclairer aulcuns moyens des lemèdes contre lesdicts ennemis et invasions desjà faictes, et pour la seurelé dudict Pays-Bas, ilz n'avoient de ce aulcune charge ny commission, ains vouloient très-bien le tout communiquer à monsieur le prélat de Parck, estant peu mal dispos, et du premier estât, pour povoir après dire ou déclairer ce que bon leur sembleroit, par manière d'advis. Dont et de laquelle responce ledict seigneur président a receu contentement, en assignant ausdicts commis les neuf heures de lendemain avant midy, et les admonestant qu'ilz pouroient quelque chose coucher par escript.
Le XX' dudict juing, ont lesdicts sieurs prélat de Gembloux, Vander Linden et de Schoer, avec ledict greflier et Kieffel, présenté audict seigneur président Hoppero la lecture d'aulcuns moyens par lesdicts conceuz; et après avoir ouy ladicte lecture, si a le double, à sa pétition, esté lendemain délivré à icelluy seigneur président, requérant des dessusnommez avoir par escript tout ce qu'auroit esté advenu à iiayone, endroit les chevaulx et
argent dont lesdicts commis avoient esté spoliez : à quoy se sont lesdicts commis condescenduz.
La teneur de l'escript desdicts moyens s'ensuyt demotà aultre:
« Comme Sa Majesté Royale, selon sa bénignité, clémence et affection naturelle d'un bon prince envers ses bons vassaulx et subjectz, auroit cejourd'huy, le xix- de juing w" lxxii, par moyen de monseigneur le président des pays d'embas, faict déclairer aux commis de ses loyaulx vassaulx des trois estatz de Brabanl envoyez au royaulme d'Espaigne pour affaires d'importance et conséquence, que, ayant entendu la surprinse de quelques places dudict pays par les ennemis, prengnoit grand seing et Iravailloit avec grande vigilance et diligence pour conserver la foy caiholicque et remettre les Estatz en leur premier estre, et que, pour ce, lesdicts commis voulsissent faire quelque ouverture des moyens par lesquels l'on pouroit mieulx pourveoir et remédier à la seurté desdicts Pays-Bas contre les ennemis, sy est que, nonobstant que lesdicts commis n'ont aulcune charge ou commission desdicts trois estatz qui les ont commis, pour à ce povoir respondre, ilz déclairent, en toute révérence, point en qualité de commissaires, mais comme humbles subjectz, veullans obéyr au commandement ou réquisition de Sadicte Majesté, en leurs noms privez, soubz très-humble correction, toutesfois, de Sadicte Majesté et aultres ayans meilleure expérience des affaires publicques desdicts Pays-Bas, ce que s'ensuyt :
n En premier lieu, qu'il soit tant faict que les bons subjeclz entendent qu'ilz ont un prince bénigne, clément et débonnaire, tant affectionné à la religion catholicque, à ses vassaulx et subjeclz, ensemble à la justice,
» Et que, pour ce plus démonstrer, Sa Majesté ne pouroit ou sçauroit mieulx faire que se trouver luy-niesme, sans aulcun dilay, en sesdicts Pays-Bas, pour tant mieulx attirer et conserver l'affection d'iceulx ses subjectz, car, selon le dict de Salomon , en ses Proverbes, au xx"= chapitre : Qui sedet in soliojudilii dissipât omne maliim inluitii suo.
» Par où les bons seroient confirmez, les doubteux conlenuz en oflice, et les mauvais réprimez, tout ainsy que faict la présence d'un père de famille vers ses enfans et domesticques.
j) Comme aussy Sa Majesté ait apperceu, par expérience, estant en ses Pays-Bas, en l'an w" lvu, quand son ennemy, à plus grande force que oncques auparavant a esté veue, avoit assailly iceulx Pays-Bas, et que icelle Sa Majesté, par sa présence, a esté bien servie, et demourée victorieuse au jour de Saint-Laurens.
» Ayant esté autrefois meu de très-haulte et louable niémaire l'empereur Cbarles le Quint, seigneur père de Sa Majesté , à l'occasion daulcuns malheureux qui contre Sa Majesté s'estoient eslevez en Flandres, signamment en la ville de Gand, se transporter ausdicts Pays-Bas, et soupir iceulx troubles par représentation de sa présence : que luy a très- bien et heureusement succédé.
» Comme pareillement , à l'endroit deGeldrois, la présence de Sadicte feu Majesté Impériale mist le pays en repos, du temps que le duc de Clèves lenoit ledict pays, ayant semé le bruit que Sadicte feu Majesté seroit noyée en son voyage d'Argel, quant Martin Van Rossem avecq ses complices esloit entré au pays.
» Et en cas qu'il ne fût possible à Sadicte Majesté d'entendre à ce que dict est, y envoyer quelque prince du sang, tels que ont esté, jusquesàsixou sept ans en çà, les gouverneurs et gouvernantes desdicts Pays-Bas, pour estre les subjectz à teîz plus affectionnez.
3) Secondement, que, par lettres de Sadicte Majesté, les dixiesmc et vingtiesme deniers que l'on auroit encommenché à exécuter fussent déclairez assopiz et aboliz, sans que cy-après en seroit faict aulcune mention, bien entendant que les bons subjeclz dudict Brabant, avecq les aultres estatz dudict Pays-Bas, serviroient Sadicte Majesté en ses nécessitez par aultres moyens généraulx, en partie usitez et moins regrettez et dommaigeables à Sadicte Majesté et sondict pays, par l'espace d'aulcunes années, sans
exempter personne, ains à faire chascun contribuer pour la défense du pays envahy, comme jusques ores, ou du moins jusqiics à trois ou quatre ans, a esté faict, tant pour faire par telz services payer, par moyen des députez desdicls estatz, les gens de guerre, à pied et à clieval, qui se mettroient en œuvre pour la défense du pays, à la concurrence desdicts services, que aultrenient.
» D'aultant que par ce s'ensuyvroil le bon ordre que Sa Majesté et ses bons subjectz dudict Brabant ont trouvé avoir esté observé, en l'an xv' lvhi et lix, et six ou sept ans après, à l'endroit desdicts gens de guerre, qui estoient payez sans aulcune plainte et sans despens de Sa Majesté, de manière qu'ilz n'estoient occasions de faire foulle, force, concussions ou violence par faulte de payemenl.
» Kt si d'aventure, nonobstant ledict bon payement , désordre adviendroit, le dommaige advenu à aulcuns des paysans ou aultres bourgeois se recouvreroit, par la ville ou villaige où que tel désordre ou foulle se feroit, par retenue de leur quole ou portion de l'ayde, parmy faisant d'icelluy dommaige apparoir par certification du lieu où que icelluy auroit esté faict, sans debvoir nommer ou spécifier les personnes, mais seullement l'enseigne ou compaignie, à laquelle, au jour du payement, ce pouroit eslre défalqué,
» Tiercement, que la discipline militaire inviolablement et rigoureusement soit observée entre les gens de guerre, tant à l'endroit des capitaines que aultres soudartz , cbastians les exactions, concussions, forces et violences comme de droit et aullrement il appartient.
» Et que surtout leur soit défendu de prendre les exactions qu'ilz appellent service, par eulx usurpées sur leurs hostes depuis six ans en çà ou environ , et non point auparavant.
» Et que, après la guerre finie, Sa Majesté donneroit ferme espoir de faire retirer les soudartz et aultres gens de guerre es villes frontières, chasteaux et places, ordonnez à tenir garnison.
sans que les aultres subjeclz soyent à jamais en crainte de plus debvoir, à leur grande despence et empeschement de leur trafficque, loger soudarlz, et que par ce moyen aussy les \illaiges soyent déchargez des continuelz passaiges, mengeries et pilleries, mais que les soudartz payez soyent aussy constraintz à payer, ou du moins, en passant, ilz se debvroient contenter de ce qu'ilz trouveront chez le bonhomme.
)) Quartemeiit, que meilleur ordre fût mis au faict de la justice en Brabant, par gens du pays doctz et expérimentez; que ceulx qui sont commis résident et déservent actuellement, et que les causes de petite importance des églises, povres, orphelins, et semblables non adniittans dilay, fussent plaidoyez et décidez verballement et point par escript, selon que aultresfois bien humblement a esté supplié par les trois estatz dudict Brabant.
» Et que les bénéfices et offices soyent conférez aux plus dignes, sans respect de personne, et sans plus permettre que iceulx soyent venduz et conférez aux moins dignes pour aulcune récompense.
» Et que bon payement soit faict ausdicts subjeclz des rentes et debtes sur les domaines, biens confisquez et aultres.
)) Et en somme, que Sa Majesté sur tout dénionstre avoir en recommandation ses bons subjeclz, leur donnant à entendre, par tous moyens, les vouloir maintenir en leurs privilèges, droilz et coustumes, et leur faire entretenir toutes promesses, leur administrer droit et justice, et tant faire que cecy soit entendu du commun peuple, que la volunté de Sa Majesté est telle que lesdicts commis treuvent icy par expérience.
» Ainsy résolu de déclairer à monseigneur le président Hoppero parles seigneurs commis, estant le révérend père en Dieu le prélat de Parck au lict, peu mallade, devant neuf heures du matin , du 20""= de juin 1572. »
Le xxiii""' jour dudict mois de juin , sont allez les sieurs prélat et comte de Gembloux, Vander Einden et de Schoer, avec le
(lict p;reffîeret Kieffel, docteur, vers le soîiïiieiu' prince crEboli, appelle Rigomes, luy faisant honneur et révérence telle qu'il appertenoit, en liiy priant, de la part desdicts trois estatz de Hiabant, ses bons et bien affectionnez ministres, que, puisque iceulx estalz avoient lesdicts commis envoyé vers le roy cathollcque, leur prince souverain et naturel, pour affaires d'importance et conséquence, mesmement pour ostre déchargé des dixiesme et vingtiesme deniers, vray desgast et ruine des commerce, négociation et manufacture, sur lesquelz deux poinctz Testât de la républicque des pays d'embas, mesmement dudict Brabant, consistoit , Son Excellence voulsist avoir ledict affaire pour recommandé, et tenir la main à ce que lesdicts estatz puissent obtenir briève et favorable responce, d'aultant que leur requeste ne tendoit que à la conservation de nostre foy catholicque, service de Sa Majesté et maintiennement de Testât de la républicque desdicts Pays-Bas, et que, si lesdicts trois estatz pouroient faire en aulcun endroit aulcun service à Son Excellence, en sçaissans (1), le démonstreront très-voluntiers, par effect, selon leur possibilité.
Sur quoy Son Excellence respondit que, quant à luy, son office estoit à servir voluntiers lesdicts estatz, et en premier lieu Sadicte Majesté, et qu'il pensoit bien que les commis avoient desjà tellement demmenez leurs affaires, qu'il seroit peu de besoing que luy en debvroit beaucop parler, mais néantmoins il feroit voluntiers son mieulx, en équité et raison. Dont lesdicts commis luy ont grandement et fort humblement remercié.
Le xxun""-' dudict mois de juin, qu'estoit le jour delà nativité de saint Jehan Baptiste, audict an 1572, se sont trouvez ledict sieur Vander Linden, greffier et Kieffel à la maison de don Antonio de Tholedo, environ les trois heures après midy, selon 1 heure à eulx lors assignée, comme le jour auparavant, environ
(1) En sçaissans, le sachant.
les deux heures après midy, heure semblableinent assignée, s'étoienl illecq représentez, avec ledict sieur prélat et comte de Gembloux et ledict sieur de Schoer, combien que leur fût dict que Sa Seigneurie estoit desjà party au conseil de Sa Majesté; et après avoir attendu jusques environ les quatre heures et demy, luy a esté dict que les deux prélats de Brabant, scavoir de Parck et Gembloux, estolent mal dispos de corps, celluy de Parck depuis dix ou douze jours en chà , et celluy de Gembloux depuis trois jours, d'une fiebvre tertiane, et auquel ladicte terliane cejourd'huy luy estoit survenu, et que pour ce ilz ne s'estoient, à leur grand regret, sceu trouver vers Sa Seigneurie, pour bayser ses mains, et que néantmoins ilz avoient donné charge ausdicts aultres comparans, aussy commis, qu'ilz se trouveroient vers Sadicle Seigneurie, déclairants que, comme les trois eslatz de Brabant, bons et bien affectionnez ministres de Sa Seigneurie, les avoient envoyé vers le roy catholicque, leur prince souverain et naturel, pour affaire d'importance et conséquence, mesme pour estre déchargé des dixiesnie et vingtiesme deniers, vray desgast et ruine des commerce, négociation et manufacture des pays d'embas, signamment dudict Brabant, mais qu'ilz puissent passer, parmy servant Sa Majesté àvecq aultres moyens moins regrettez et dommaigeables à la républicque, par quelques années, ilz prioient Sadicte Seigneurie, bien humblement, avoir ledict affaire pour recommandé, d'aultant plus qu'ilz cognoissoient qu'elle porloit audict pays et aux bons subjeclz de Sadicte Majesté illec bonne affection , et que lesdicts estalz ne tendoient que à bonne et sincère fin , sçavoir : à la conservation du service de Dieu, en premier lieu , et de Sa Majesté et du bien du pays, et que lesdicts estatz ne demandoient que servir Sadicte Majesté avecq aultres bons moyens non pernicieux à la républicque, par l'espace de quelques années.
Sur quoy ledict seigneur Anthonio respondit, en espaignol, en effect, qu'il tenoit ledict Pays-Bas fort pour recommandé, d'aultant qu'il avoit esté illecq, par ci-devant, avec feu de très-
haulle mémoire l'empereur Charles le Quint, seigneur p»!re lic Sa Majesté, et qu'il feroit tout ce qu'il pouroit. Dont lesilicts commis luy ont pareillement bien humblement et affoctueusement recommandé.
Le xxvr' de juing 157'2, après que monsieur le président Hopperus avoit, par son huissier, faict mander lesdicts commis des eslatz de Brabant et les aultres commis des estalz dudict Pavs-Bas se trouver, devant les quatre heures après midy, vers Sadicte Majesté en court, il les a faict venir en nue plus grande belle chambre, tout par ordre, sçavoir : ceulx dudict Brabant premiers, ceulx de Flandres après, ceulx d'Arthois, ceulx de Haynault, et ceulx de Douay, Lille et Orchies : déclarant, par charge de Sa Majesté, premièrement, que ayant Sadicte Majesté veu et entendu les remonstrances desdicts commis, avec la justification qu'ilz auroient cxhiLée ensemble, le tout meurement examiné et sur ce délibéré , elle avoit, pour la bonne alFection qu'elle portoit à ses bons subjectz de ses pays d'embas, faict faire certaine acte ou escript, comme ledict seigneur président le liroit, et dont il en feroit à chascun estât donner enseignement, disant, après ladicte lecture, par charge comme dessus, par deux fois, que Sa Majesté leur recommandoit en premier lieu l'observance et maintiennement de la foy catholicque et de l'Église romaine, et qu'ilz pouroient partir vers ceulx qui les avoient commis.
Sur quoy le greffier desdicts estalz, par charge desdicts commis des estatz de Brabant, sçavoir : les sieurs Vander Linden et deSchoer, en présence dudict maistre Bartholomieu Kieffel , pour n'estre lesdicts deux prélatz présens, à cause de leur maladie, ensemble par charge et consentement et advis desdicts aultres commis des dessusdicts aullre sestatz, a respondu de bouche comme s'ensuyt :
« Sire, ayans les commis des estatz de vostre pays d'embas, estans icy présentement assemblez, entendu la bonne responco sur leur remonstrance, ne peuvent sinon grandement louer Dieu
( "•iîi )
le (Iréaleur on preniicr lieu , et Voslre Majesté , de la bonne dépesche, ensemble du grand soing et sollicitude qu'elle prend pour ses bons subjectz, veullant bien asseurer Vostre Majesté qu'ilz en feront bon et léal rapport de tout à ceulx qui les ont icy envoyé, et qu ilz feront aussy tous bons debvoirs et offices à eux possibles vers lesdicts estatz et aullres subjectz, tant en universel que en particulier, afin que Vostre Majesté soit révérée et obéye comme il appartient, et que la religion catholicque soit entretenue et maintenue comme jusques ores elle a esté, suppliant bien humblement Vostre Majesté voloir continuer en la bonne affection et dévotion vers sesdicls Pays-Bas et ses bons subjectz. »
Ce faict et oy par Sadicte Majesté, a, par moyen dudict seigneur président, remercié lesdicts comnns de leur bonne affection et responce, en leur donnant la bénédiction, comme aulcuns disent avoir considéré en signe de les dire et recommander à Dieu.
Audict XXVI™'' de juin, ont lesdicts commis receu lettres missives desdicts seigneurs des trois estatz, ou de leurs commis , l'une en date le xxvn"* de may -1572, et l'autre en date le xnu""' de juin audict an , selon la forme que s'ensuyt :
« Très-honnorez seigneurs, à la bonne grâce de Voz Seigneuries supplie très-humblement estre recommandé.
» Très-honnorez seigneurs, depuis le partement de Voz Seigneuries de la ville de Mons, le bourgmestre de la ville de Bruxelles et moy avons receu quatre lettres: les premières, (•scriptes le premier d'apvril àParis, avons receu lex""' dudit mois; les secondes, escriptes à Orléans le un""' d'apvril, le xyu!""" dudicl mois; la m™" lettre, escripte le xix""^ dudict mois, de Bordeaulx, le xin""" de may, et les dernières, escriptes à Bayone le xxnn"''^ dudict apvril, avons receu le xxv""' de may, par lesquelles entendons que Voz Seigneuries sont en bonne santé et disposition, ce que nous a esté fort aggréable d'oyr et entendre. Mais par lesdictes lettres plaingnez fort de n'avoir eu point de nouvelles de nous. Sur quoy ne .sommes à inculper, de tant que, après le partement de Voz
Seigneuries, ayant esté résolu par leseslatz que l'on dépuleroit encores maistre Erard de Schoer avecq les aullres commissaires, avons bien amplement par ledict Schoer escript le x™^ d'apviil, et de poinct à aultre respondu sur les lettres de Voz Seigneuries escriptes tant à Mons que à Paris, comme par la copie desdictes lettres icyjoincte appert, ayant avec ledict Schoer envoyé copie de diverses pièces et aussy certaines lettres de recommandation. Et combien que ledict Schoer n estoit encores arrivé auprès de vous à Bayone, toutesfois espérons que bientost après il s'a trouvé en vostre compaignie, parce qu'il a prins la poste le xvi"* d'apvril, en la ville de Péroné; par lequel Voz Seigneuries ont entendu ce que, à la bonne sepmaine, au pays de Hollande est advenu. Depuis le partement duquel Schoer n'avons escript, d'aullant qu'avons tousjours attendu l'arrivement de Voz Seigneuries à Madrid , et advertissement de ce que Sa Majesté auroit respondu ou résolu. Et comme présentement pensons bien que soyez arrivez audict Madrid, et que Voz Seigneuries ont eu audience, comme le bruit court par les rues icy, si esse que les députez des estatz m'ont enchargé de ce en adverlir Voz Seigneuries : qu'ilz sont de leur costé fort ébahyz de n'estre encores adverty de l'arrivement de Voz Seigneuries à Madrid, et en advertissant oullre Voz Seigneuries que les députez des estatz, au mois de may, ont esté rassemblez en la ville de Bruxelles, pour oyr les comptes des receveurs et donner ordre aux aultres particuliers affaires desdicls estatz : durant lequel temps, ont lesdicls députez des prélatz et nobles conmienché à besoingner sur quelque présentation à faire à Sadicte Majesté, au lieu desdicts dixiesme et vingtiesme deniers; et après certaine délibération, voyans et estans certains qu'ilz ne feroient aulcun fruit, si ce n'estoit que préallablement lesdicts dixiesme et vingtiesme deniers seroient tolallement abolyz, et que l'on accorderoit moyens généraulx pour quelques années seullement, ont cecy donné à cognoistre à aulcuns seigneurs des liuances, lesquelz ont déclairé qu'ilz ne vouldroient parler de ce à Son Excellence, mais que premièrement
on debvroii présenlei' In continuation de la qiiole pour cette année, laquelle expireroil le xni* d'aoust prochain, et que, ce temps pendant, seroit suspendu ledict dixiesnie et vingliesme denier, et que Son Excellence vouldroit convocquer les eslatz généraulx pour délibérer et communiquer sur les moyens généraulx, avecq autres conditions et restrictions. Sur quoy ont commencé à besoingner, mais riens en est ensuyvy, pour les tristes nouvelles survenues, à sçavoir de la surprinse faicte par le comte Lodovic de la ville de Mons en Haynnault, le xxuii"^ de ce mois, au matin , entre quatre et cincq heures, dont ne doublons que Sa Majesté et Voz Seigneuries ont advertence, par où tout le pays est fort troublé et en perplexité; mais espérons que Sa Majesté et Son Excellence, avec l'ayde de Dieu, y pourverront, puisque au pays de Brabant toutes choses sont encores en bon ordre, espérans que ledict ordre se continuera. Au surplus, quant au contenu de voz lettres, les un^ xii escus levez ù Bordeaulx sont desjà payez; et quant à ce qu'il est advenu à Bayone, ne fauldrons, le bourgmestre et moy, le donner à cognoistre à l'ambassadeur de France De Bruxelles, le xxvii""" de may 1372.
» Le très-humble serviteur de Voz Seigneuries, Jehan Van Malcote, par ordonnance des seigneurs députez des estatz de Brabant.
h A mes très-honnorez seigneurs les dépuiez des eslatz de Brabant, estuns présentement en la court de Sa Majesté en Espaingne, à Madrid. »
« Le xxvn™'' jour du mois de may dernier ay escript et respondu, très-honnorez seigneurs, par charge des députez des estatz, sur quatre lettres de Voz Seigneuries, dont les dernières ont esté escriptes en la ville de Bayone le xxini'"'^ du mois d'apvril, laquelle responce espère que Voz Seigneuries ont présentement receu. Et ayant l'oportunité et l'advertence du partement de certain postillon en secret, n'ay voulu faillir d'advertir Voz Seigneuries, par cestes, que, depuis ledict xxun™'' d'apvril, n'a personne
(lo nous rorcii (jnclquo mot do Voz Seigneurios, sinon les simples lettres de change de m'" viiif florins, oseriptes à Madrid le xvi"' du mois do may, [lesquelles] ont esté présentées le n""= de juing à Jacques Grammeve par les Fouckers, sans un seul autre mot de lettre. Dont les seigneurs ont esté fort esbahyz, et ne doubtent que les lettres de Voz Seigneuries doibvent estre entretenues: par où requièrent autre fois Voz Seigneuries bien instamment de vouloir, en toute diligence, escrire comment Voz Seigneuries ont esté receues, et de la responce de Sa Majesté, afin pour sçavoir comment ilz se auront à conduire. Par lesdictes lettres du xxvu""'' de may, Voz Seigneuries entendront en général ce que se passe icy, et sommes en fort grande perplexité, d'aultant que les ennemys, ayant desjà grand avantaige, comme ayans surprins la ville de Mons, Vlissinghe, Vere, Briele et autres passaiges, nous veullent assaillir et environner de tous coslez, espérant néantmoins que Sa Majesté et Son Excellence, avecq l'aydede Dieu, y pourveoiront. Cejourd'huy sont icy, à Bruxelles, venu certaines nouvelles de Tarrivement du duc de Medinaceli à TEscluze, près la ville de Bruges en Flandres : mais le bruit court que il auroit esté tombé es mains des geulx, de telle sorte qu'il auroit esté conslraint de salver sa personne , ce que j'espère n'estre véritable : dont, par le premier, Voz Seigneuries en advertiray amplement. En la ville d'Anvers, il en y a quinze enseignes, tant Espagnols que Walons, dont les bourgeois de la ville de Malines fontmesmes guet, ayans prins en souldée de leurs bourgeois jusques à quatre ou cincq enseignes, faisans diflicultez d'admettre aulcuns aultres. Les geux de la mer ne cessent de travailler de tous costez les passants, ayans, depuis dix ou douze jours en cà, prins la hardiesse de prendre vingt navires chargées de toutes sortes de victuailles et marchandises à Haftinge, auprès de la ville d'Anvers. Son Excellence, comme l'on dict, faict grande amasse de gens, tant à cheval que à pied ; mais on craint fort que les advenus (sic) seront prestz devant Son Excellence. Dont et de ce que en particulier icy est passé depuis le parlement de Voz Seigneuries, eusse
advcrly plus amplement, s'il n'eût esté poslposé par le subit partement de ce postillon : par où sera pour une aullre fois, requérant derechiefde vouloir seurement, soit par homme exprès ou aultrenient, escrire le succès de voslre commission , afin que puisse de ce en advertir les aultres seigneurs, lesquels ont grandissime désir pour entendre toutes nouvelles. A tant, Irès-honnorez seigneurs, etc. En haste, de Bruxelles, ce xuii""' de juing 1572 après disner, à deux heures.
)) Le très- humble serviteur de Voz Seigneuries, Jehan Va?* Malcote, par charge des seigneurs les députez.
» A mes très - honnorez seigneurs les députez des estalz de Brabant, présentement en court, à Madrid, y
Audict xxvn"'^ de juing xv'^ lxxii, estant un ou deux desdicts commis mandé, de la part dudict seigneur Hoppcro, se trouver vers luy à trois heures après midy, se sont illecq trouvez lesdicls sieurs Vander Linden et de Schoer avecq ledict grefiier, aus- (juels il dict que Sa Majesté avoit advisé sur le retour des députez des estatz, après qu'ilz auroient congé de Sa Majesté, et qu'il ne trouvoit expédient qu'ilz retournassent par France, pour la diversité du temps, ains qu'ilz prinssent leur chemin par Italie, et qu'il leur feroit avoir quatre galères à Chartagena; que ceulx qui vouidroient aller par la poste pouroient prendre le chemin de Barcelone, pour illecque attendre les galères, et qu'il feroit ausdicts députez avoir lettres de recommandation à tous gouverneurs, sicomme à l'agent de Genua, gouverneur de Milan, au duc de Savoye, au gouverneur de Bourgoingne et duc de Lorraine, oultre que Sa Majesté envoyoit ce nuict un courrier vers le duc d'Âlve, etc., gouverneur, et avec luy le double de la résolution sur les doléances et remonstrances, et que lesdicls commis pouroient aussi escrire ausdicts seigneurs des trois estatz ce que hier ilz avoient entendu de ladicte résolution. A quoi combien qu'il fût respondu par les dessusnommez que, si d'aventure ilz auroient leur acte, ilz pouroient par vérilé escrire ce que l'on n'a
pas bien entendu, mais seullement ouy uae fois la lecture, auloit ledicl seigneur Hopperus réplicqué que, si lesdicls commis vouloient escrire ausdicls seigneurs des eslatz ce que dict est, ou aussy en particulier, ilz en pouvoient ce faire devant les dix heures au nuict. Dont ayans lesdicts dessusnommez faict rapport aux aultres sieurs commis desdicts estatz, a esté résolu d'escrire, et auparavant laisser veoir audict seigneur Hoppero. De laquelle missive la teneur s'ensuyt :
« Révérondz, nobles et discretz seigneurs, messieurs, comme Sa Majesté Royalle doibt (selon que nous a dict monsieur le président Hopperus) envoyer par le courrier, porteur de cestes, l'acte ou double de l'appostille ou résolution prinse sur les remonstrances de Voz Seigneuries à l'endroit des dixiesme et vingtiesme deniers, et d'aulcunes aultres remonstrances particulières, à l'Excellence du duc d'Alve, gouverneur et capitaine général des pays d'embas de Sadicte Majesté, sy n'avons sceu obmettre d'adverlir Voz Seigneuries que par ladicte apostille et résolution, laquelle Sa Majesté, hier après le disner, a faict lire en nostre présence et en la présence des sieurs commis des est^alz d'aultres pays estans icy, et dict que de l'exécution desdicts dixiesme et vingtiesme deniers sera supercédé, mais sur quelle particularité, ne sçaurions bonnement ou asseurénienl escrire, pour n'avoir sceu encores obtenir le double; mais dois que aurons ledict double autenticque, ne faillerons de l'envoyer à Voz Seigneuries sltost que nous sera possible, pour le tout povoir par Voz Seigneuries estre plus près entendu, d'aultant que nostre retour en Brabant ne pourra estre sitost comme a esté nostre parlement de là en Espaingne, à raison que debvons prendre aultre voyaige, par conseil et advis de Sadicte Majesté, combien que nous nous basterons aultant que nous sera aulcuuement possible : asseurant Voz Seigneuries que Sadicte Majesté a esté fort soingneuse de nous faire partir en toute seurté, et quant à ce nous faire avoir des galères, et lettres de recommandation à tous
capitaines et gouverneurs des lieux lesquelz que debvrons passer. Et pour avoir maintenant vrayserablablement par Voz Seigneuries receu noz lettres du xxui""* de may dernier, envoyé par un messagier propre à pied de Douay, estant party de Madrid lendemain, sçavoir le xxini'"" dudict may, si ne doublons que Voz Seigneuries auront esté adveriies de tout ce qu'est advenu à l'endroit nostre commission, audience, et de tout de ce qu'est ensuyvy jusques audict xxiiii'"® de may, de manière qu'il n'est besoing d'escrire aulcune rosponce sur les lettres de Voz Seigneuries escriptes le xxvn""" dudict may, et le double d'icelles, ny sur les lettres du xiiii"'^ de ce présent mois de juing, avec la seconde lettre de change par nous receu hier et cejourd'huy, sinon qu'il nous desplaît bien grandement des tristes nouvelles que journellement oyons des Pays-Bas, espérant néantraoins que, avec l'ayde de Dieu, tel et si bon ordre se mettra doresnavant partout, que les ennemis ne prospéreront plus. A quoy, révérendz, nobles et discretz seigneurs, supplions aussy bien humblement Dieu le Créateur vous impartir sa grâce et assistence, avecq nostre bon et heureux retour. De Madrid en Espaigne, ce xxvn™^ de juin, au soir, l'an xv'^ lxxu.
» Les tous vostres, les commis des trois estatz de Brabant, et par charge d'iceulx : Cornélius Weellemans.
« Aux révérendz , nobles et discretz seigneurs messieurs des trois estatz, ou leurs députez , ou, en leur absence, à mes trèshonnorez seigneurs messieurs les boiirgenieslre et pensionnaire de la bonne ville de Bruxelles, et à chascun d'eulx, audict Bruxelles. »
L'acte de la résolution de Sa Majesté s'ensuyt de mot à aultre :
« Par le Roy.
ï Ayant le Koy ouy, veu et entendu tout ce que, de la part des estatz de Brabant , Flandres, Arthois, Haynnault et Lille, Douay et Orchies respectivement, par le moyen de leurs députez à cest effect icy envoyez et présens, luy a esté renionstré de bouche
el parescript, à l'enilioil de la colleclation et exécution du dixiesine et vingtiesnic deniers, que le duc d'Alve, lieutenant, gouverneur et capitaine général de ses Pays-Bas, par sa cliargc, illecq avoit ordonné, et les inconvéniens, difficullez et aultres considérations qu'en cest endroit se représentent, et ce que de leur part s'est jenionstré, demandé et supplié, reniettans néantmoins le tout, comme bons et léaulx vassaulx, à la bonne volunté et ordonnance de Sa Majesté, et se monstrans prompts et preslz pour y satisfaire, et employer au service d'icelle corps et biens, jusques au dernier denier et goutte de leur sang; veu aussy ce que ledict duc d'Alve luy escript, demande et supplie en ceste conformité, ayant ceulx du conseil illecq traicté et communicqué le mesme avecq luy, Sa Majesté, après avoir le tout bien au long visité et considéré, et meurement délibéré là-dessus, dict que, combien que le respect qu'elle et ledict duc d'Alve ont eu en l'exécution desdicts dixiesme et vingtiesme deniers, a esté pour le propre bien et bénéfice des Estatzet pays de par delà, estimant que, pour leurconscrvalion, défence et seureté, et pour les pouvoir maintenir en la vraye catholique et ancienne religion , paix et justice, comme elle désire el à eulx convient, estoit nécessaire de mettre certain ordre par lequel elle eût èsdicts pays la faculté et moyen que pour ce est besoing, et qu'en ce elle fût par eulx aydée et secourue, pour lequel elfect ayant semblé que le moyen dudict dixiesme et vingtiesme denier estoit le plus convenable et équitable, égal et général, avoit commandé que icelluy fût practiqué et mis à exécution, toutesfois, veuUant user de sa bénignité et clémence accoustumée, pour le grand amour qu'elle porte à sesdicts Estatz, bons vassaulx et subjectz, et selon ce, désirant que, venant la chose à ung mesme effect ,soit par le moyen susdict ou par aultres que peuvent sembler plus convenables, elle se face au plus grand bénclice, satisfaction et commodité desdicts pays, vassaulx et subjectz que faire se pourra, a eu et a pour aggréable qu'avecq les personnes et commissaires qui de sa part seront nommez, se joingnent les députez desdicts estatz et des aultres auxquels ceste
inalière concerne, pour Iraicter el communiquer sur ledicl moyen, et aultres généraulx et particuliers que pourront estreà propos, pour api es, le tout veu et entendu par Sa Majesté, en estre ordonné ce que plus sera à son service et bénéfice desdicls pays : estant son intention que, pendant que se met et donne, en ce que dessus, l'ordre que convient , soit supercédé en la collectation desdicls dixiesme et vingtiesme deniers, furnissant cependant, et tant et jusques à ce que aultrement soit ordonné, lesdicts renionstrans et aultres estalz ausquels ce faict touche, pour le sousténement et conservation desdicts Pays-Bas, deux millions de florins par an, tant escheuz que à escheoir, chascun pour sa quote, comme jusques à ores a esté faict; furnissant semblablement ce du cenliesme, en cas d'invasion, selon que jà a esté promis et consenty. Et en ceste conformité Sadicte Majesté ordonne et encharge au gouverneur général de sesdicts Pays-Bas que tout se face et accomplisse avecq la brièveté que la qualité de l'affaire requiert, et à la plus grande satisfaction desdicts pays que faire se pourra. Et comme, de la part d'aulcuns desdicts estalz, sont esté représentez les griefz et dommaiges que les gens de guerre auroienl fait es villes et pays où ilz ont résidé, ensemble de ce que se faict parles oificiers commis à la récoUectation du centiesme denier jà payé, et aussi suspension et dilationqu'ilz disent estre au payement des rentes et revenuz et aullrement, qu'aucunes églises, monastères, vefves, orphelins et aultres personnes particulières ont sur les biens confisquez , Sa Ma"" commande que sondict lieutenant et gouverneur général face incontinent prendre deue information et vérification sur tout ce que se passe en cest endroit, faisant, quant ausdicls griefz et torfaictz, justice exemplaire de ceux qui se trouveront coulpables, el donnant ordre, quant ausdictes rentes et revenuz, que tant le courru et escheu que ce qu'est à escheoir, soit furny et payé , sans aulcune dilation ou suspension, à ceulx qui, selon justice, les doibvent avoir. Et avec ce, Sadicte Majesté commande à tous lesdicts députez desdicts estalz qui se treuvent présentement icy, que, avecq sa bonne grâce
el licence, ilz retournent incontinent avecq ceste résoliUion, leur ordonnant et enchargeant seniblabiement et à leurs principaulx très-acertes que, comme à si très- bons et léaulx vassaulx comme ilz sont appartient, et selon ce qu'elle espère et confie entièrement d'eulx, ilz ayent soing très-espécial de procurer et advancer tout ce que touche à la paix, repos et tranquillité desdicts pays, et particulièrement ce que concerne la conservation et augmentation de la sainte foy eî religion catholicque romaine; et feront en l'un et l'aullre à Sadicte Majesté service très-aggréable. Faict à Madrid, royaulme de Caslille, soubz le nom et signature de Sadicte Majesté, le xxvi"' de juing W^ lxxii. Sirjné Piile. Et plus bas, du costé droicl : H. \K Et encore plus bas : Pour les estatz de Brabant. Et en bas, en costé senc^tre : A. D'Ennetières. »
Le premier jour de juillet 1572, estant les commis desdicts estatz de Brabant appelez à se trouver vers ledict seigneur président, sont-ilz illecq comparus, après le disner, par moyen desdicts sieurs Vander Linden et de Sthoer avec le grelïier desdicts estatz, ausquelz ledict seigneur président a dict que Sa Majesté seroit d'intention de donner ausdicts commis audience, et les licenlier pour se partir vers les Pays-Bas, et que, quant ilz conipareroient vers Sadicte Majesté, ilz ne pourroient mieulx faire que de remercier Sadicte Majesté, en toute humilité, de la bonne responce et résolution qu'il luy a pieu donner ausdicts commis, sur les remonstrances desdicts estatz qui les ont icy envoyez, et secondement qu'ilz feront tous bons debvoirs et oHices vers lesdicls estatz et aultres subjeclz, en universel et particulier, selon leur possibilité, pour conserver lesdicls subjeclz en la bonne subjeclion et affection en laquelle ilz sont tenuz à leur prince naturel et souverain , et tiercement, qu'ilz tiendront tousjours la main à ce que la religion chrétienne, ancienne, catholicque et romaine soit conservée.
Et néantmoins, pour cstre plus asseuré de ce que ledict seigneur président avoit dict de bouche, luy a esté, le m"'' dudict
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mois de juillet, escripl de la part desdicts commis, pour sravoir s'ilz avoient bien retenu ou non , par moyen dudict Kieffel, selon la forme que s'ensuyt :
« Monseigneur, pour avoir entendu de Vostre Seigneurie le conseil à nous donné, que ne pourrions niieulx faire, quand comparerons vers Sa Majesté Royale après demain, que de remercier Sadicte Majesté, en toute humilité, de la bonne responce et résolution qu'il luy a pieu nous donner, sur les remonstrances des estatz de Brabant qui nous ont cy envoyez, et secondement, que ferions tous bons debvoirs et offices vers lesdicts estatz et aultres subjeclz, en universel et particulier, pour conserver lesdicts subjectz en la bonne subjection et affection en laquelle ilz sont tenuz à leur prince naturel et souverain, et liercement, qu'ilz tiendront tousjours la main, avecq tout leur povoir, à ce que la religion chrestienne, ancienne, catholicque et romaine soit conservée, si esse que, quant aux commis des estalz de Brabant, bien humbles ministres et amys de Vostre Seigneurie, prient Vostre Seigneurie pour sçavoir, par ung mot, si ce que dict est seroit la substance de ce dont Vostre Seigneurie leur auroit tenu propos avant-hier, et s'il y a quelque faulte, qu'ilz puissent estre instruitz par un mot ou aultre. Monseigneur, s'il y a chose, en aultre endroit, pour faire service à Vostre Seigneurie, en nous le commandant, trouvera Vostre Seigneurie l'accomplissement dicelluy selon nostre pouvoir, avecq l'ayde de Dieu le Créateur, auquel prions bien affectueusement donner à Vostre Seigneurie ce qu'elle plus désire. De nostre péregrinaige, à Madrid, ce ni™^ de juillet 1572.
» Par charge desdicts commis des estatz de Brabant : Corsei.ics Wef,i.lema>s.
i> .4 monseigneur monsieur le président des Pays-Bas pour le Roy, nostre sire, en Espaigne. »
Lequel Kieffel auroit rapporté, ledict ui"'^ dudict mois de juillet,
que le conlenu de ladicle lettre esloil la viaye substance dont avoit nsé ledict seigneur président.
Audict in""= de juillet loT'â, au soir, s'est trouvé vers lesdicts commis eslans à table le sieur du Bois, second chambellain ou aydc du chambellain de Sadicte Majesté, relatant que Sadicte Majesté faisoit dire que, puisqu'il avoit entendu que les seigneuis prélalz de Parck et Gembloux estoient malades, qu'elle requéroit qu'ilz usassent du conseil de son médecin, et qu'il le feroit illecq venir, en cas qu'ilz le deniandoient : offrant aussy toutes assistences des apothèques et semblables duysans à leur guérison.
Audict lu"'^ jour de juillet, ont lesdicts sieurs Vander Linden et de Schoer, avec ledict greffier, délivré audict seigneur président Hoppero certaine requeste taicte par ordonnance de tous lesdicts commis, et dont le double s'ensuyvra, lui recommandant bien affectueusement icelle requeste :
« Sire, voz très-humbles et obéyssants vassaulx et subjeclz de Vostre Majesté, les commis des trois estatz de Drabant, ayans veu l'acte accordé sur les remonstrances desdicts trois estalz, treuvcnt qu'il est , entre aultres, dict que sera supercédé de la collectation des dixiesmo et vingtiesme deniers, et, tant que auUrement seroit ordonné, lesdicts trois estatz debvroient, pour le soustiennement et conservation du Pays-Bas, payer et furnir leur quote de deux millions florins par an, tant escheuz que à escheoir. A quoy, selon l'advis et expérience desdicts commis, ne sçauront, à correction et en parlant en toute révérence, lesdicts trois estatz aulcunement entendre, du moins avant que les aultres moyens généraulx par lesquels les Pays-Bas furniroient, pour quelques années, aux nécessitez de Vostre Majesté pour la conservation d'iceulx pays , soyent advisez, inventez et par Vostre Majesté advoyez et confirmez, attendu, sire, que ne leur est aucunement possible de trouver leur quote, montant à v'= xi.u™ livres Arthois, par moyens particuliers, selon que bien amplement a esté déduit et discouru en leur remonstrance ,
pour osire ledicl pays de Brabant trop chargé aveo(( une ayde (bcedlsyewyse) de xxxv" livres Arthois par an, et d'une aullre de ir x.\v°' livres Arthois par an, que les prélalz, villes et villaiges, par assiète sur les biens immeubles, doibvent furnir, pour d'iceulx deniers en payer les rentes vendues pour services faicts à Vostre Majesté et à son tiès-noble prédécesseur et seigneur père, de Irès-haulte mémoire, l'empereur Charles, le V™' de ce nom, et aussy que tous aultres nioyens usitez et moins dommaigeables audict pays debvront estre employez, au lieu desdicts dixiesme et vingtiesme deniers, de manière qu'il ne restera aulcun moyen pour ladicle quote ; joint que lesdicts estatz de Brabant sont tellement devenuz à l'arrière, pour non peu avoir joyr le revenu ou entrée des impostz, particulièrement par cy-devant consentyz à la décharge de ladicte quote, que pour un an , combien qu'ilz ont esté conslraintz de furnir ladicte quote pour deux ans, comme aussy en ladicte remonstrance a esté déclairé, qu'il ne leur seroit possible de debvoir par-dessus ce encores payer la quote pour le xui"'^ d'aoust prochainement venant, d'aultant moins qu ilz n'eussent aussy peu joyr un seul jour à trouver et inventer moyen à la furnir ou satisfaire cy-après : car l'année sera desjà passée sans qu'ilz sçauroient lever telz deniers, comme il faict vraysemblablement à craindre, par obligations à fraict et finance, tant pour le temps présent de hostilité des rebelles, etquelesmarchans, veullants tousjours estre asseurez, n'auroient nulle hypothèque espécialle, comme ilz soloient avoir sur aydes, et pour ce que lesdicts estatz ne sçauroient contenter lesdicts marcbantz, d'aultant que tous moyens pour furnir deniers seroient préoccupez aux aultres fins, sçavoir : celluy de beedtsgetnjse pour le payement desdicts rentiers, et l'aultre des moyens d'impostz généraulx, pour et au lieu desdicts dixiesme et vingtiesme, au soustiennement des nécessitez de Vostre Majesté audict Pays-Bas, et que lesdicts estatz debvoient encores ausdicts marcbans aulcunes grosses sommes, à cause de ladicte quote des deux ans, sans qu'ilz peuvent bonnement conserver leur crédit à les ron-
lenter, sinon par vendilion des rentes, ce »]iie pour l'heure de htdicle hostilité cesse scmblahlenienl; aussy considéré que, pour l'année courante, en beaucoup des lieux, a esté levé le vingtiesme de toutes vendilions des immeubles, et avec ce le dixiesme des meubles et trentiesme des marchandises sorties ledict pays, de manière qu'il n'y auroit, à correction, raison, en tout événement, de debvoir payer leur quote entière. Au moyen de quoy, et que la principalle plaincte desdicts estatz a esté fondée sur leur impossibilité à trouver quelque quote par moyens particuliers, et que, premièrement et devant tout, lesdicts moyens gênéraulx se debvroient, à correction, estre adjugez et consentyz, pour après povoir cognoistre si aukuns moyens particuliers seront délaissez ausdicts de Brabant pour se en povoir ayder à trouver quelque partie de ladicte quote, sy supplient iceulx commis, en toute humilité, que Vostre Majesté soit servie d'accorder ausdicts estatz acte particulier de promesse qu'ilz ne seront molestez à furnir ladicte quote èsdicts deux millions d'or, qu'elle escherroit au mois d'aoust prochainement venant, avant que aultres moyens généraulx et semblables seront advisez, inventez et par Vostre Majesté advoyez, au soustiennement des nécessitez desdicts Pays-Bas, ains que iceulx estatz passeront en contribuant, après l'advoye desdicts moyens, quelque telle partie en ladicle quote que leur seroit apparentement lors possible furnir par aulcuns moyens, que ne seroient d'alors trouvez chargez aultrement.
» Et pour estre ledict pays de Brabant partout dt;livré de l'escu ou service, charge, sire, insupportable et nouvelle, usurpée de force par gens de guerre, depuis six ans ou environ, sur les bons subjectz de Vostre Majesté, nonobstant la doléance contre ce souvent faicte, comme nulle des provinces de vostredict Pays-Bas n'a esté tant et si longuement travaillée desdicts gens de guerre que ledict vostre pays de Brabant et les bons subjectz d'icelluy, sy supplient lesdicts trois estatz, tant humblement comme faire le peuvent, pour tant mieulx povoir animer
el conforter la commune, que Vostre Majesté soit servie de leur accorder acte de descharge dudict escu et service, pour le temps advenir.
a Quoy faisant, etc. »
Le v"'' dudict juillet, se sont comparus derechief lesdicls sieurs Vander Linden et de Schoer, avecq ledict greffier, auprès dudict seigneur président, prians vouloir tenir les mains à ce que lesdicts commis puissent obtenir bonne et favorable responce sur cestedicte requeste : sur quoy leur fut respondu que Sa Majesté l'avoit desjà eu deux jours ou environ , et que luy président tiendroit volunliers les mains pour ladicle bonne et briève résolution.
Audict v™^ jour de juillet , ont lesdicts commis receu du sieur Christofïle Hernian la reste de leur crédict, sçavoir : v"" vii*^ lxxv florins, de vingt patarts chascun florin.
Le vn™*^ dudict mois de juillet lo72, estants les commis de Brabant avecq les autres mandez en court vers Sa Majesté, à trois heures après midy, ont iceulx commis esté à part appeliez à la chambre de Sa Majesté, disant, en partie par préallable advis dudict seigneur président Hoppero, ce que s'ensuyt :
« Sire, voz très-humbles et obéyssanls subjectz, les commis des trois estatz de Brabant, ont entendu la grande afi'ection que Vostre Majesté leur a démonstré et démonslre encores journellement à sesdicts subjectz, tant à l'endroit de la bonne et favorable responce donnée sur leurs remonstrances principalles et particulières, que à l'endroit le soing que luy a pieu prendre pour les faire retourner au pays par lieu seur, comme un bon père feroit ou pou roi t faire à ses bons en fans. Par où ne sçauroient que de remercier, en premier lieu. Dieu le Créateur et Vostre Majesté, veullans bien asseurer Vostre Majesté qu'ilz feront fidel rapport de tout à ceulx qui les ont icy envoyez, comme aussy ilz feront tout bon debvoir, comme leur sera possible, pour conserver et maintenir la foy et religion catholicque romaine, et pourcon-
lîrnier les aiillres subjeclz en bonne siibjection et obéyssance de Vostre Majesté, [comme] ilz sont à ce tenuz et obligez. »
Sur qiioy Sadicte Majesté fit respondre, en effect, qu'il remercioit lesdicls commis de leurs remerciemens, leur recommandant lousjours, sur et partout, la foy catholicque romaine.
Ce faict, a cbascun, par son ordre, prins congié et faicl la manière de baiser la main de Sadicte Majesté, combien quelle le refusoit, mais néantmoins faisant l'embrassement comme l'on est accoustumé de faire.
El après avoir par tous les aultres conmiis d'aullres estalz en telle sorte prins congé, et qu'il estoit dict que cbascun demeureroit en la grande chambre , Sa Majesté fit appeler, et derechief entrer à part, lesdicls sieurs Vander Linden et de Schoer, sieur Jehan de Polies, premier eschevin de Mons en Haynnaull, seigneur d'Aulnois, et sieur Franchois de Hainnin, seigneur de Brucq, bailly de la chastellenie de Lille, les ayant illecq , selon le rapport que se fist, créé, en forme accoustumée, chevaliers.
Et après a ledict seigneur président Hopperus menné tous les commis desdicts eslatz vers la Majesté Réginale, de laquelle iceulx commis de cbascun pays ont, à part et par ordre, prins congé d'icelle Sa Majesté. Et disoient lesdicls commis de Brabant, par moyen dudict greffier, que les très-humbles et obéyssants subjeclz de Sa Majesté, les commis des eslatz de Brabant, ont entendu la bonne et favorable résolution que le Roy, nostre sire, avoit donné, tant sur les remonstrances des dixiesme et vingtiesme deniers que aultrement, par où et qu'ilz cognoissent que Sa Majesté Réginale avoit à ce tenu la main et intercédé pour eulx, ilz la remercioient très-humblement, offrans à elle tout service, comme aux bons subjeclz convient, et supplians tousjours vouloir avoir ledict pays de Brabant et subjeclz en bonne et favorable recommandation.
A quoy fist ladicte royne respondre que ce qu'elle avoit fairt.
avoit faicl tiès-volunliers, et tiendra aussy tonsjours les subjectz clutlict Brabant en bonne et favorable recommandation.
Ce faict, ont lesdicts commis des estalz de Brabant faict la révérence, et présenté baiser sa main; mais elle la reliroit, non veullant permettre que sadicte main fût baisée.
Et d'aultant que aulcuns des commis desdicts Pays-Bas avoient jà veu les infantes et prince, déclaroit ledict seigneur Hopperus que Sa Majesté requéroit que non vouldroient avoir la patience; que ceulx seullement auroient aslbeure accès et vision desdictes princesses et prince , que , à la venue en Espaingne , n'avoient veu lesdicts personnages.
Le vui*"^ dudict mois de juillet, ont lesdicts commis aussy oscript et envoyé, par moyen de monsieur de Trelon (qui se debvoit partir en Espaingne par la poste) certaines lettres missives ausdicts seigneurs des trois estatz, ou leurs députez.
Cejourd'huy, ix""^ de juillet 1572, ont lesdicts commis, par aulcuns d'eux, sçavoir les sieurs Vander Linden et de Schoer, avecq le greffier et ledict Bartbolomieu, esté au logis de don Antbonio de Tholedo, pour prendre de luy congié; mais ne le trouvant audict logis, pourestre party, comme l'on dict, avecq Sa Majesté à Escurial, ont déclairé que, s'il fust esté au logis, lesdicts commis l'eussent faict la révérence deue et prins de luy congié.
Le x""^ de juillet, a esté par les dessusdicts commis prins congié de monseigneur le révérendissime et illustrissime cardinal de Spinosa et du prince d'Eboli, seigneur Rigommes, en forme que s'ensuyt, et puis après dudict secrétaire Sayas , inutatis mutan(Us(\):
« Cardinali de Spinosa.
» Révérendissime et illustrissime domine, cum rex noster serenissimus responderit querelis trium statuuni Brabantiae et
(1) On lit. à la marge, dans le registre : <j La parole a esté portée par '^ ledict greffier, aussy pour les commis de Flandre s'estans présentez avecq n lesflicts commis de Brabant, a leur requeste et demande. »
niombrorum Flandriae super deciniis et vigesimis denuriis, el depuiati ignorare non volent quin Reverendissima et lUustrissima Paternitas Vestra ipsis in negotio tam pio multum astiterit, non potuerunt déesse oflîcio suc quin sese hue conferrenl, et eidem Paternilati Vestrae Reverendissimae et lllustrissiniae gratias agerent, sperantes quod, ubi status et nienibra sciverinl, erunt meniores beneficii praestiti; et si qua in re opus fuerit opéra eorundem deputatorum, illam ofFerunt sese impensuros atque proniptissime. »
« Ail prince d'Eboli.
» Monseigneur, comme les députez des estatz de Brabant sçavent que Vostre Excellence a grandement assisté iceulx estatz, quant à la responce sur leur doléance des dixiesme et vingtiesme deniers, sy n'ont-ilz sceu délaisser de remercier bien liun)blement Vostre Excellence, espérants que lesdicts estatz ne Tailleront d'en recognoistre; et si en aulcune chose lesdicts dé- |)utez peuvent servir Vostre Excellence, en les commandant, le feront très-voluntiers, promptement et de bon cœur, comme les moindres de ce monde. »
Cejourd'huy, le xi'"^ jour de juillet, a esté par ledict greffier, par charge desdicts conmiis, exhibé audict Bartholomieu certain escript, pour obtenir de Sa Majesté passe-port pour l'argent et quelques aultres munitez, afin de les povoir transporter hors d'Espaingne, comme s'ensuyt :
« Sire, pour avoir, par les commis des trois estatz de Brabant, très-humbles et obéyssantz subjectz de Vostre Majesté, obtenu congé de retourner au pays par Italie, et que leur sera nécessaire de frayer et dépendre beaucoup, pour le nombre de gens qu'ilz ont avecq eulx, si plaira à Vostre Majesté leur accorder licence à povoir emmener de vostre royauluie d'Espaigne la somme de trois mil ducatz, ou environ, pour leur voyaige et nécessitez d'aulcuns malades que leur pouroient survenir.
» Item , sept ou luiicl anneaulx d'or, les cincq amenez audict rojaulme diidict Brabant, avecq une petite pièce de pierre servant contre le mal caducq, et les deux achaptez audict royaulme.
» Tleni, X™ esguilles ou environ.
» Item, vingt ou trente paires de ganlz.
» Flem, XX ou xxx paternostres d'Orainge.
» Item, demy-douzaine de feuilles d'espées d'Espaingne.
» Quoy faisant, etc. »
Eslans lesdicts commis parliz dudict Madrid le xiiii™* dudict juillet, avecq lettres de Sa Majesté addressantes à tous corrégidor>;, alcaldes et autres officiers, jusques à Cartagène incluz, pour les faire fourrier et mettre es bonnes maisons et logis et les adresser à tout ce que leur seroit nécessaire, ensemble avecq lettres semblables à ceulx de Genua , aux gouverneurs de Milan, 011 duc de Piémont, dtic de Loraine et au gouverneur de Bourgoingne, se sont iceiilx commis trouvez, avecq grande calaniité, travail et misère, audict Cartagena , port de la mer Méditerranée, le wini""* dudict juillet, où que S"^ Kerreman, domesticque par ci-devant dudict seigneur président, a apporté lettres de Sa Majesté, tant au capitaine des galères cenluriones que aux pour- • voyeurs.
Le xw!!!""^ de juillet, estans les conjmis des eslalz de Brabant, Flandres, Arthois, Haynnault, Lille, Douay et Orcbies à Cartagena, ont, par commun accord et amiable convention, sans préjudice du droit d'ung cbascun, et sans que l'nng ou l'aultre s'en pouroit ayder, ordonné que certain courrier, en poste, se envoyeroit à Madrid, avecq leurs lettres addressantes audict seigneur Hoppero, aux communs despens, sçavoir : que chascun desdicts pays payeroit la cincquiesme partie.
De ladicte commune lettre s'ensuyt la teneur :
« Monseigneur, pour satisfaire au commandement de Sa Majesté, cbascun de nous, à la plus grande diligence qu'a esté j>ossiltIe, a faict le cbemin jusques ceste ville, en laquelle sommes
tous arrivez en bonne santé : dont remercions Dieu noslre Créateur, d'aiiltant plus qu'aucuns d'entre nous ont resenti par le chemin quelques maladies, pour les grandes chaleurs et aultres incomnioditez qu'avons souffert.
» Et comme espérions qu'il ne nianqueroit aucune chose par icy, pour incontinent embarquer aux quatre galères qu'avons trouvé au port, et après avoir délivré aux seigneurs capitaine et pourvoyeurs desdictes galères les lettres de Sa Majesté, et traiclé avccq eulx par diverses communications, ne percevons par leurs responses apparence de briefparteraent, pour cause qu'ilz disent ne povoir faire voile, sans l'arrivée d'aultres hiiict galères qui doibvent venir de Barcelona, et que les gens de guerre que Sa Majesté faict lever aux villes et piovinces de Murcia, Valence et ailleurs, soyent prests pour s'embarquer incontinent , ne soit que Sa Majesté envoyé aultre ordre. Par où, pour nostre acquit et décharge, avons trouvé expédient advertir Vostre Seigneurie, par ce courrier exprès, des occasions qui retardent nostre partement , que ne pensons estre conforme à l'intention de Sa Majesté, et nous vient à grandissime regret, pour le désir, en premier lieu, qu'avons d'estre au pays et nostre résidence, pour nous descharger, le plus vertueusement que sera possible, de l'obligation qu'avons au service de Sa Majesté, et assister lidellement au remède des désastres où se retrouve maintenant la povre patrie; eu après, pour veoir que cesle saison est aultaiit propice, pour passer la mer sans péril, que nulles aultres, à raison que ordinairement en ce temps se tient en bonace et calme, où au contraire, aprochant l'hiver, sicomme environ le septembre, est plus tempeslueuse et difficile à naviger, par conséquent plus dangereuse, joinct que plusieurs entre nous, tant pour l'eage que la diversité de tempéranjent , se treuvent mal avec ces chaleurs, que expérimentons icy plus grandes que es aultres lieux où avions passé, et ne s'y peult recouvrer rafrescissement et recoeillnlion de bonne eau ou aultre chose nécessaireau corps humain, comme aultre part : dont ne povons icy
eslre loingtemps, à l'apparence qui se présente, que plusieurs crenlre nous ne tombent malades, l'arlant, à juste cause, avons regret y séjourner davantaigc : requérant à cesle cause Vostro Seigneurie en informer Sa Majesté, et l'adviser que le supplions très-humblement de donner ordre que puissions, sans faire icv loing séjour, passer avecq la plus grande haste et diligence que sera possible, si à tant Sa Majesté est servie par ce moyen et le treuve expédient; remettant le tout à sa prudence et meure délibération, de laquelle plaira Vostre Seigneurie nous adviser par un mot de responce, pour selon icelle nous régler.
s Monseigneur, après noz affectueuses recommandations à la bonne grâce de Vostre Seigneurie, prions Dieu nostre Créateur donner à icelle en parfaict contentement l'accomplissement de ses désirs. De Cartbagena, le xxvui""' de juillet ïoli.
» Les appareillez à vous obéyr et complaire, députez des estatz de Brabant, Flandres, Artbois, Haynnault, Lille, Douay et Orchies , et par charge expresse d'eulx : Cohnf.lil's Weellemans.
» .4 monseigneur inessire Joachim Hopperus, chevalier, conseiller d' Estât et garde des seaulx de Sa Majesté Cotholicquc, à Madrid. Cita, cito, cita. »
.\udict xxvni"'^ de juillet, ont lesdicts commis des estatz de Brabant aussy escript lettres à monseigneur le président Hoppero, selon la forme que s'ensuyt :
« Monseigneur, comme, avecq l'ayde de Dieu, nous nous sommes trouvez en cesle ville de Carthagène doiz le xsun""* de ce présent mois de juillet, nonobstant grande misère, fâcherie, extrême chaleur et grandes incommoditez des tavernes ou ventes qu'avons eu au chemin, sy n'avons sceu délaisser en advenir de ce Vostre Seigneurie, priant bien affectueusement icelle tenir la main à ce que puissions embarquer le plus tost qu'il soit aulcunement possible, selon que plus particulièrement avons aussy avecq les aulîres estatz csciipl, d'aullant plus que la chaleur que parchevons icy est encores plus grande ci véhémente, de manière
qu'avons quasi Ireslous le corps défiguié , tant au visaige , mains, bras que aultre part , et que non-sealemenl les logis ne sont comniodieux, mais aussy ne trouvons quasi riens pour les victuailles, comme les prairies sont fort maigres.
» A tant, monsieur, prions Dieu le Créateur ottroyer à Vostre Seigneurie ce qu'elle plus désire, après nous avoir bien officieusement et aff'ectueusement recommandé à vostre bonnegràce. De Cartagena, ce xxvni"'^ de juillet 1572.
Les tous vostres, commis des trois estatz de Brabant, et par charge d'iceux : Cornélius Weellemans.
» A monseigneur messire Joachhn Hopperns, chevalier, docteur et président du Paijs-Bus du Roy, nostrc sire, au royaulmc d'Espairjne, à Madrid. »
Le v""^ d'aoustaudict an 157'2, ont lesdicts commis des estatz de Brabant, Flandres, .\rlhois, Haynnault et Lille, Douay et Orchies, rcceu lettres responsives dudict seigneur président, par le courrier, en date le n""' dudict aoust, et aussy lesdicts conuuis de Brabant lettres particulières de la mesme date, selon la l'orme que s'ensuyt :
« Messieurs, ayant hier au matin receu la lettre de Voz Seigneuries du xxviu""' du passé, et entendu par icelle, tout au loing.ce que passe par delà touchant rembarquement et voyaige, et ce que à l'endroit d'ict^lluy elles requièrent, n'ay volu délaisser d'en laire relation par escript à Sa Majesté, le plus ftworableraent que m'a esté possible, y joindant ladicte lettre, afin de povoir tant mieulx entendre et considérer le tout : laquelle, selon la grande affection et amour qu'elle porte à Voz Seigneuries, me respondit encores hier au soir, et commandit de respondre ce que s'ensuyt , assçavoir : que Sadite Majesté a jà escript par delà, et commandé expressément que se donne toute haste possible pour se mettre en chemin, embarquant deux ou trois enseignes de gens de pied, qui iront en ces galères pour la guarde de Parpignan et les frontières illecq, lesquelz arrivez (ce que Sa Majesté
ci'oyt sera bienlost), est tlesjà donné l'ordre de partir incontinent pour Barcelone, d'où passeront Voz Seigneuries en Italie, selon l'ordre que de ce sera donné; me commandant oultre ce , et enchargeant bien particulièrement Sadicte Majesté, de consoler Vozdictes Seigneuries et les donner bon couraige, pour ce qu'elle espère entièrement qu'elles iront bien, fors en passant un peu de chaleur en pacience, jusques à ce que s'embarqueront, croyant néantmoins que quelque part et portion du bon temps qu'il faict icy, se sente aussy par delà. Ce que est tout ce que présentement s'offre en ceste matière, à l'endroit de laquelle si par cy-après je Ireuve occasion de quelque chose davantaige, je ne laisseray de faire toute diligence à en advertir Voz Seigneuries, que je supplie très-affectueusement, s'il y a quelque aultre chose en quoy semble que leur pourray faire service, qu'elles ne laissent de m'en advenir; et feray tout ce que me sera possible en tout et partout.
» A tant, messieurs, après m'avoir irès-affectueusement recommandé à Voz Seigneuries, prieray Dieu le Créateur de les avoir en sa sainte garde, avecq bonne vie et longue, et l'accomplissement de voz bons désirs. De Madrid, le ii""" d'aoust 1572.
» De Voz Seigneuries très-affectionné et très-humble serviteur en tout et partout, Joachui Hoppeuus.
» A messieurs messieurs les députez des eslatz de Brabanl, Flandres, Arlhois, Ifaynnault et Lille, Doucoj et Orchies, ines bons seigneurs. »
« Messieurs, j'ay receu la lettre de Voz Seigneuries du xxvni""' du passé, avecq les aultres lettres escriptes par tous les députez en général, sur lesquelles, par ordonnance de Sa Majesté, ay respondu comme Voz Seigneuries pourront veoir. Et certes il me desplaît grandement que Voz Seigneuries se treuvent si mal accommodez, et que l'embarquement s'est retardé si longuement : ce qu'espère, par la grâce de Dieu , que astheure ne durera pas longuement. Et s'il y a quelque chose en quoy pourray faire ser-
vice à Voz Seigneuries, je prie qu'on ne ni'espargne point, et feray le mieux, en tout et partout, tant que me sera possible.
A tant, messieurs, après m'avoir très-ali'ectueusenient recommandé à vosire bonne grâce, prieray Dieu le Créateur de vous oltroyer la sienne, avecq bonne vie et longue. De Madrid , ce n"'" d'aoust iol'I.
j> De Voz Seigneuries très-bumble et très-affectionné serviteur en tout et partout, Joachim Hoppi:rus.
» A messieurs messieurs les commissaires des trois esfalz de Brabant, mes bons seigneurs. »
Lexi"" jour dudict mois d'aoust, ont lesdicts commis aultre fois escript et envoyé audit seigneur Hoppero lettres missives selon la forme que s'ensuyt :
« Mon très-cher et très-honnoré seigneur, monsieur le président, d'aullant que sommes icy renvoyez m insulam Palamos, destituez de tous amys et ayde, où que en Madrid trouvasmes tous secours des amys, signamment à Vostre Seigneurie, !a bonne et douce dame vostre compaigne, et à tous familiers et donieslicques d'icelle Vosire Seigneurie (dont nous nous sommes maintenant séparez cincq sepmaines), n'avons peu délaisser à escrire ce que dict est, afin que, s'il fust possible de faire baster nostre embarquement, il nous seroit chose fort aggréable, tant pour advancer le service et affection de Sa Majesté, à laquelle tous bons subjeclz sont tenus, que pourpouvoir consoler les amys aux pays: supplians, en oultre, que s'il y auroit chose en nostre pays advenue, dont pourions avoir adverlence, que la part nous en fût faicie. A tant, monseigneur, s'il y auroit chose en quoy nous puissions Hiire plaisir ou service à Vostre Seigneurie, en nous adverlissant, le ferions de bonne affection, à l'aide de Dieu le Créateur, qui vous, monseigneur, donne ce que plus désirez. De Carlhagena, ce xr^ d'aoust 1572.
» Voz bien humbles serviteurs et amys, les commis des estatz de Brabant, et par charge d'iceulx: Cornélius Weellemans.
)> Nustre Ircs-cher et très-honnoré scùjiwiir monseigneur le
président et premier conseiller de Sa Majesté Royalle, pour ses
Pays-Bas, à Madrid. »
(Archives des Étals de Brabant ; Bczundcr rcgisler A, fol. 1-113.)
Lettre de Philippe II à don Diego de Çûiiiga , son ambassadeur à Paris, l'informant qu'il a résolu de reconnaître au duc de Florence, Cosme de Mèdicis, le titre de Grand Duc de Tosca>k : 14juilIeH576.
El Rey.
Don Diego de Çi'iniga, del niu'stro consejo y nuestro embiixador, va havreis enlendido la resolucion que el Enipeiador lui herniano ha toniado en dar al duque de Fiorencia litulo de gran duqiie de Toscana. Y haviendo embiado aqni el dicho diiqiie persona propria à darnie cuenta dello, y â suplicaiiue i'uesse seivido de tomar la misma resolucion , le lie mandado responder que lie Iiolgado muclio de que el Eniperador se aya resuello laii à satisfaccion suya, y que yo no lo liavia lieclio àntes, por esperar su resolucion, por ser â quien principalmente tocava este negocio, y tener yo tanta obligacion, conio se sabe, â este respecio y consideracion ; y assi he mandado que se responda â sus cartas , llamândole Ghan Duque de Toscana. De lo quai os he queiido avisar, para que lo tengais enlendido, y podays vos lambien, quando se offresciere haver de scrivir al dicho duque, llamarle de la raisnia manera de aqui adelante.
Del Bosque de Segovia, xuu° de julio 1576.
(Archives de l'Einiiiie à Paris, collection de Simancas, B 41,0° 38.)
Rapport des députés envoyés par les étals deEainaul à Bruxelles, après l'arrestation du conseil d'Etat: 11-17 septembre 1576.
Le mardi, xi""' jour de septembre 1576, suivant la résolution des estalz précédens, monseigneur le comte de Lalaing et les députez de ce pays deHaynnau, telz que monseigneur de Hasnon, monseigneur de Maroilles, pour le clergié, monseigneur de Frezin et monseigneur de Goignies, pour les nobles, Simon de la Barre, comme escbevin, Loys Alauwe, comme du conseil, et M' Franchois Gaultier, pensionnaire de la ville de Mons, sont partis d'icelle ville pour soy trouver à Bruxelles au lendemain. Et arrivez audict Bruxelles environ le disner, mondict seigneur le comte de Lalaing avoit adverti la venue desdicts députez à monseigneur le duc d'Arschot, comme conseillier d'Estat et, avecq les aultres, commis au gouvernement des pays de par decbà, auquel il convenoit s'adreschier, comme estant seul libre, parce que la pluspart des aultres estoient séquestré et appréhendé ; mesme que monsieur le président Viglius n'y avoit accez, ayant garde en sa maison : de manière que après disner avoient heu accez et audience à Son Excellence, et par ledict Gaultier, pour l'absence et maladie de Loys Carlier, greffier desdicts estatz, fut faicle proposition verbale, suyvant le contenu de l'acte contenant la résolution desdicts estatz, touchant la demande faicte par mesdicts seigneurs du conseil d'Estat pour le moins de la sonmie de quarante mil florins, comme contient plus amplement ledict acte. Sur quoy ayant Sadicte Excellence receu en ses mains ledict acte, avoit déclaré qu'il estoit seul, et à ceste cause n'avoir le moyen, sans adjonction d'aultres consaulx, d'accepter ledict acte, ou tenir pour agréables les excuses et raisons déclarées par icelluy. Et comme par messieurs les députez avoit esté dict
qii'ilz n'avoient moyen de s'adrescher à aullres que à Son Excellence, pour estre seul en liberté, et qu'il convenoit en telle conjoncture le recongnoistre comme chief et membre principal des consaulx, après par Sadicte Excellence estre rentrée en plusieurs aullres propolz, signantment sur ce quy se passoit en ladicte ville de Bruxelles et regardant le faict de ladicte appréhenlion, avoit Sadicte Excellence retenu ledict acte. Durant ce temps, Sadicte Excellence avoit faict appeller le sieur Elbertus Leoninus, docteur et professeur à Louvain, pour communicquier et faire part à nosdicts seigneurs les députez de la consulte advisée par ledict Elbertus, pour prendre pied le plus convenable en ceste extrémité, pour redrescher les affaires et remettre le pays en repos, laquelle consulte, après avoir esté leute par ledict Elbertus, avoit esté trouvée fort bonne par lesdicts députez, et en requis copie : ce que avoit esté faict par ledict Elbertus. Que lors aussy, comme lesdicts seigneurs députez avoient déclaré à Sadicte Excellence avoir charge desdicts estatz d'entendre les causes de la détention desdicts consaulx, et remonstrer aux estatz de Brabant qu'il convenoit qu'iceiilx fuissent eslargis, affin d'avoir corps d'estat, et pour se pouvoir adrescher à quelque chief pour les affaires du pays, Sadicte Excellence donna pour responce qu'il Irouvoit bon attendre jusques au lendemain, pour soy trouver vers lesdicts estatz de Brabant , parce qu'il avoit lors envoyé vers eulx, attendant responce sur quelque faict dépen-dant de la charge susdicte, et qu'il advertiroit, au lendemain du matin, l'heure pour par mesdicls seigneurs les députez soy trouver vers ceulx de Brabant : ce que avoit esté faict, et l'heure donnée à huit heures du malin. S'estans le mesme jour lesdicts députez trouvez vers mondict seigneur le comte de Lalaing, pour adviser et conclure ce que se devoit proposer ausdicts estatz de Brabant, comme avoit esté faict, et ceste proposition rédigée par escriptel meurement communicquée, mondict seigneur le comte avecq messeigneurs les députez s'cstoienl trouvez à l'assemblée des estatz de Brabant, et, après la propu.'>ilion faicte de bouche
( ôrl )
par ledict pensionnaire Gaultier, en la forme et manière que s'ensuit, leur avoit esté donné retraicte en une aultre chambre; contenanl icelle proposition :
« Messieurs, les estatz de Haynnau nous ont envoyé en ceste ville pour faire raport de la résolution des estatz dernièrement assamblez par lettres de raesseig" du conseil d'Estat, ce que avons faict es mains de monseigneur le duc d'Arschot , comme conseillier d'Estat et commis au gouvernement des pays de par dechà: nous ayant aussy enchargiet lesdicts estatz remonstrer à Voz Seigneuries qu'il samhle ostre expédient faire eslargir les consaulx, alïin qu'il y ayt moyen pour s'adrescher à quelque chief pour maintenir par ordre et justice les affaires du pays; vous asseurant, au surplus, que lesdicts de Haynnau, avec monseigneur le comte de Lalaing, comme estans intentionné de maintenir l'union faicte par l'empereur Charles, l'an XLVIll, ne fauldront envoyer leurs députez à l'assamblée des gouverneurs provinciaulx et députez des auUres estatz, pour adviser et conclure ce que samblera mieulx convenir pour remédier aux affaires, au plus grant service de Dieu et du Roy, et pour la tuition, repos et tranquililé de ces pays, m
Sur laquelle proposition, la responce et résolution de ceiilx de Brabant avoit esté qii'ilz avoient faict tous debvoirs vers ceulx estans en leur assamblée, ayant conduict ceste entreprinse sur les consaulx, de les prier et requérir de les relaxer et eslargir, comme encoire ilz les requéroient de ce faire : démonstrant par ceste responce la pluspart d'iceulx assamblez n'avoir advoé ladicte emprinse, en quoy il estoit facile remarquer ceulx quy s'y estoient employez et qui tenoient de ceste partie; de manière, sur ce que par monseigneur de Hasnon avoit esté fort amplement discouru qu'il convenoit, pour le bien et repos du pays, relaxer lesdicts consaulx, pour povoir tenir corps d'estat, lors fut dict par aulcuns que l'on adviseroit d'induire et persuader que une pariye d iceux consaulx fussent lelaxez. A quoy s'estoient con-
fomunesdifcs seigneurs (h^jMitPz, puisqu'il n'y avoit npparence d'obtenir pour tous, insistant que pour le moins non)hre suffisant fnist relaxé pour povoir tenir corps d'estat, et y avoir recours en touttes nécessitez et occurrences du pays : sur quoy ceulx conduisant ceste emprinse avoient requis d'y povoir penser, et que lesdicts députez s'estoient rethirez, combien que la pluspart de ceulx illecques présens avoient trouvé cestc remonstrance fort convenable, promettant néanmoins que rT l'apr^s-disner ilz en prenderoient résolution absolute. Mais, percepvant lesdicts députez leur déclaration, avoient, sur les quatlre heures, chergié auxdicts Loys Alauwe et ledict Gaultier de se trouver vers ceulx de Brabant pour remémorer la promesse par eulx Aiicle, aftîn d'avoir responce absolute. Sur quoy le greffyer Wellemans, sorti de la chambre des eslatz, avoit donné pour responce que les seigneurs desdicls estatz enlendoient avoir absolutement respondu sur la réquisition de ceulx de Haynnau, et qu'ilz ne debvoieut attendre aultre résolution que celle donnée à dix heures du matin : à quoy avoit esté avecq loutte instance réplicqué par lesdicts Alauwe et Gaultier que la responce de ceulx de Brabant n'estoit résolutive ny absolute sur l'eslargissement requis, mais qu'il ny avoit que ung renvoy particulier de prier et requérir ceulx détenant lesdicts consaulx de les voloir relaxer. Ce entendu par ledict greftyer, en avoit faicl advertence aux seigneurs de Brabant estans en ladicte chambre, lesquelz avoient requis d'entendre les raisons alléghées : ce que avoit esté faict, et icelles esté déclarées par ledict Gaultier. Suyvant quoy, lesdicts seigneurs les avoient faict retirer en la chambre prochaine, et en après donner pour responce qu'ilz ne fauldroient, au lendemain , de prendre résolution sur le faict susdict, et qu'ilz estoient négoliant sur ce mesme poinct; mais, à cause de l'absence d'aulcuns prélatz et seigneurs , n'avoient moyen dy povoir prendre conclusion, et que, au lendemain du matin, sur les ix heures, seroit donnée responce absolute.
Lequel susdict besongnié avoit esté faict en l'absence de mon-
dicl seigneur le conte de Lalaing, estant parti auparavant, le joedi, sur les quattre heures, pour soy trouver en la ville de Ghand , en l'assaniblée des estatz du pays de Flandres.
Et, le vendredy, xiui""* dudict mois, lesdicts seigneurs députez, sur ce qu'est dict ci-devant, s'esloient trouvé vers ceulx de Brabant , et après par monseigneur de Hasnon avoir esté proposé qu'ilz attendoient responce et résolution sur ce qu'estoit embattu le jour précédant, désirans de retourner, pour l'urgence des affaires du pays de Haynnau, et affîn de faire raport aux seigneurs et personnes establies pour tenir corps d'estat dudict pays, avoient lesdicts de Brabant donné retraicte auxdicls députez, et finablenient déclaré, pour responce, que ceulx détenant les consaulx consentoient et accordoient que le président Viglius, le président Sasboult, les deux secrétaires Berty et Scarembergher seroient relaxez et mis au délivre sur les deux heures après disner; et comme avoit esté faicle instance pour le conseillier Fonck, avoit esté dict par aulcuns qu'ilz y penseroient; depuis néantmoins déclaré que ledict Fonck seroit pareillement relaxé.
Mais percepvant à l'après-disner, sur les quattre heures, que lesdicts consaulx n'estoient mis au délivre, lesdicts seigneurs députez par ensanible s'estoient transporté en la maison du président Viglius, et, après luy avoir reinonstré la charge qu'ilz avoient desdicts estatz de Haynnau pour requérir de relaxer les consaulx, et adverty les debvoirs qu'ilz en avoient faict, et la responce et résolution prinse du malin, et qu'il estoit libre sans garde en sa maison, ledict Viglius avoit bien affectueusement remerchié lesdicts estatz de Haynnau, ayant leurs debvoirs pour fort agréables, mais que, nonobstant ce que dit est, quelque capitaine avoit renvoyé nouvelle garde en sa maison pour y estre du soir. Ce considéré, lesdicts seigneurs députez s'esloient transporté vers mondiet seigneurie duc d'Arschot, pour luy communicquer le tout de leur besongnié; et rencontrant au retour le capitaine d'icelle garde, luy avoient déclaré la résolution prinse du matin pour faire sortir la garde hors la maison dudict prési-
dent Vigliiis : à qiioy ledict capitaine avoil laict responce qu'il s'en alloit vers son colonne!, pour entendre son intention; et de meisme avoit esté enchergié audict Simon de la Barre et ledict Gaultier d'aller vers ledict colonnel. S'' de Hezen, pour le requérir de volloir acomplir la promesse et résolution de relaxer lesdicts corisaulx, à quoy avoit faict responce, en la présence de mons' d'Isque et nions"" de Bersel, qu'il ne fauldroit de ce faire, et les metteroit au délivre de nuict, et en l'instant avoit fait commandement audict capitaine de tirer la garde hors la maison dudicl seigneur président Viglius: ce qui avoit esté faict; et espérant qu'il ne fauldroit à sa promesse pour les aultres, lesdicts députez s'estoient résohiz de partir et retourner au lendemain. De manière que, estant ceulx de la ville de Mons jà en chemin, mess" les prélalz et nobles, désirant , avant partir, sçavoir à la vérité sy les aultres estoient relaxez, avoient entendu que non, et à ceste cause s'estoient transporté par pluiseurs fois vers le S'' de Heze, pour entendre la cause de ceste dilation, lequel leur donna pour responce qu'il avoit faict son debvoir, et faict déclarer à chascun particulièrement qu'ilz avoient le moyen de sortir, mais que sur ce ledict S'' président Sasboult avoit dict qu'il n'estoit délibéré de sortir, sans préalablement avoir parlé et (!ommuniqué avecq le conte de Mansfelt et le conte de Berlaymont, pour entendre leur intention; meisme ledict secrétaire Scarembergher avoit respondu qu'il ne sortiroit avant qu'il auroit juslifiet son faict, et ne se sentant coulpable de quelque chose. Ce entendu par lesdicts seigneurs députez, avoient advisé, pour meilleur respect, envoyer le capitaine Morel vers ledict président et Scarembergher, pour les induire et persuader de sortir, leur mettant en avant qu'ilz auroient meilleur moyen de soy purgier et justifier estans libres qu'estans détenus, et qu'il convenoit, en la conjuncture des affaires, s'accomoder avecq toutte bonne discrétion à ce que estoit le plus expédient pour le bien du pays. A quoy avoient finablement acquiescez, après pluiseurs aultres debvoirs faictz par lesdicts seigneurs députez; et ainsy
estoient relournoz ledict président el Scaromborghov à leur logis: mais qiianl à Berly, osloit sans quelque difficulté retourné à sa maison devant les aultres, et' avoit faict tous oflices de venir renierchier lesditcs seigneurs députez : de quoy pareillement les avoit renierchiet ledict Scaremberglier. Au surplus, avoient faicl loulte instance vers ledict S' de Heze pour avoir au délivre ledict conseillier Fonck, et assurément promis qu'il le feroit eslargir sur le soir. Sur ceste promesse et asseurance, s'estoient partis ce ujeisme jour de ladicte ville de Bruxelles, ayant enjoinct à ung des serviteurs démons"" deSaint-Ghislain, estant audict Bruxelles, de les advertir ce que auroit esté faict dudict Fonck. Et ainsy s'estoient mis au retour le dimanche, xvi'"* dudict mois, pour ladicte ville de Mons.
(Arctiives de l'État à Mons : Bccueil des actes des états de Hainaut , de 1516 à 1377, fol. 183 et
sniv.)
Don de 7)00 florin f: fait par les Archiducs à Jean -Baptiste (in\- MAYE, leur historiographe, pour le dédommager des dépenses quil avait supportées dans l'exercice de son emploi : i 4 janvier
Albert et Isabel, etc. A noz Irès-cliiers cl féaulx les chiefz , Irésoiier général et commis de noz domaines et lînances, salut et dileelion. Rereu avons l'humble supplication de nostre bienamé Jehan-Baptiste Grammaye, nostre hystoriographe, contenant comme, passé trois ans, satisfaisant à sa charge, il auroit visité toutes les villes, bourgs, cloistres et chasteaux de noz pays (le par deçà, accompaigné d'ung peinctre et secrétaire, el fait
tirer, Inrit en perspeetivo qu'en plalle forme, toutes les plaees, e! visité les archives en ehascun lieu, pour en tirer toutes les anti(juitez, prééminences et choses remarcahles, et, pour sa plus grande asseurance, auroit renvoyé ses receuilz aux niagistratz (le chascune place respectivement, pour y estre examinez, ayant, pour preuve de ce et de sa diligence, tesmoignaige pnhlicq elseellé; et, nonohstant le passe-port que luy a esté despesché, seroit par trois fois tombé entre les mains des ennemyz et voleurs, sans oncques avoir eu aulcune récompense, ou receu quelque assistence des estatz de nosdicts pays; et, pour s'acquicter de son dehvoir envers nous, qu'il auroit engaigé sa personne et ses biens, ne pouvant présentement trouver aulcun moyen où pour mettre en lumière ses compositions; ayant espéré quelque gratuité des estatz de chascune de noz provinces, et de parfaire son œuvre au net, et le nous présenter avec les pourtraictures par escript : c'est pourquoy il nous a très-humblement supplié et requis qu'il nous pleuist, pour faire imprimer ledict œuvre et pour descharger ses biens, luy faire livrer mille florins promptenient, et, pour entretenir ung peintre et ung secrétaire, trente philippes par ehascun mois, promettant de nous livrer, ehascun mois, au moyen de ce, l'illustration d'une petite province, ou bien la troisiesme partie d'une grande, avec les pourtraictures, comme il nous a présenté Y Alexandrie, et sur ce luy faire despescher noz lettres patentes en tel cas pertinentes. Sç.avoir vous faisons que, les choses susdictes considérées, et sur icelles eu vostre advis; inclinans favorablement à la supplication et requeste dudict Jehan-Baptiste Grammaye, suppliant, luy avons donné eî accordé, donnons et accordons, de grâce espéciale, par ces présentes, la somme de trois cens livres, du pris de quarante groz nostre monnaye de Flandre la livre, une fois, à en estre pavé et contenté par les mains de nostre araé et féal conseillier et receveur général de nosdictes finances, Christophe Godin , et dos deniers de sa recepte. Si voulons et vous mandons, par cesdictes présentes, que faisant ledict suppliant joyr de ceste
nosire présente grâce et accord, vous luy faictes par nostredict receveur général des finances payer, bailler et délivrer ladicte somme de trois cens livres dudict piis une fois; auquel mandons aussi, par cesdictes présentes, ainsi le faire; et en rapportant par luv avecq ces mesmes originelles quictance dudict Jehan-Baptiste Grammaye sur ce servante tant seulement, nous voulons ladicte somme de trois cens livres dudi(;t pris une fois estre passée et allouée en la despense de ses comptes, et rahaltu des deniers de sa recepte, par noz amez et féaulx les président et gens de noz comptes à Lille, ausquelz mandons semblablement ainsi le faire, sans aulcune difficulté : car ainsi nous plaist-il, nonobstant que ces présentes ne sont signées de nostre audiencier, etc., nonobstant aussi quelconques aultres noz ordonnances, restrinctions, raandemens ou deiTenses à ce contraires. Donné en nostre ville de Bruxelles, le quatorziesme jour de janvier, lan de grâce mil six cens et nœuf.
(Minute, aux Archives du royaume.)
Lettre des Archiducs aux communentaUres et échevins deMalines, pour (es engager à contribuer dans les frais de gravure et d'impression des planches de l'ouvrage historique de Gramaîe : 19 février 1610(1).
Les ARcniDicQS.
Chers et bien-amez, comme nous avons lousjours eu en singulière recommandation (à l'imitation de nos anceslres et de
(I) Aiberlet Isabelle écrivirent probablement, dans des termes analogues, aux étals et aux priocipaux magistrats des autres provinces.
tous princes illuslros) les anliqiiitez, previlëges, maisons nobles, faiclz héroïques, travaulx endurez pour la foy catholicque, service du prince et défension de la pairie, et aultres choses rares et signalées, desquelz noz pays de par deçà se trouvent bien pourveuz, et dout (à nostre regret) entendons aulcunes estre obscurcies et d'aultres enlièreiuent perdues par suite de l'injure des temps, nous avons trouvé convenir de faire faire une générale recherche par tous nosdicts pays, et recognoistre tout ce que l'on trouvera digue de considération, pour le rédigei' par escript en bonne forme, afin d'en estre tenue perpétuelle mémoire, ainsi qu'a faici avecq beaucoup de travail messire Jehan-Baptiste Gramniaye, prévost d'Aruhem et chanoine de Liège, noslre historiographe et conseillier en l'université de (.ouvain, suivant la charge et commission qu'il en a eu de nous, ayant miz en bon ordre et dressé des mémoires de tout ce que, es villes, bourgz, abbayes, cloistres et aultres lieux plus notables de tous nosdicts pays de par deçà et leurs archives, il y a trouvé de remarcquable et digne de mémoire; mesmes faict pourtraire toutes lesdictes villes, abbayes, cloistres et chasteaux, à ses propres fraiz et despens, el sans assistence de noz estatz desdictes provinces. Et n'ayant ledict Gramniaye moyen d'avancer et desbourser les deniers nécessaires à l'impression et l'entailleure des pourtraictz, pour mener son œuvre à la perfection qui convient, et publier la description bien ample desdictes places, el previléges de chascune d'icelles, nous avons esté meuz de vous faire sçavoir, par cesle, qu'aurons de vous pour service aggréable qu'advisiez quelque moyen bref et propre pour trouver, sur les villes, bourgz et ofiices de voslre district, les deniers nécessaires pour [)ayer l'entailleure et imprimerie des ligures et illustration de voslre province; et si, pour ce faire, vous avez besoing d'aulcune nostre ultérieure auctorisation, nous en advertissans , comme vous ordonnons de faire par le présent porteur, nous vous la ferons incontinent despescber.
Au surplus, vous entendrez, par ledict Gramniaye, l'accord
(jiio, pnr nosire porniissinn, il a jà faict, assavoir : qu'il payera, p(nir cliascun quaternion de son œuvre, six florins, et pour la sculpture de chascune ville douze florins, et des chasteau\ et lieux particuliers cincq florins, avecq obligation de présenter à chascune ville, bourg, cloistre, bailliage, chastellenie, mairie, piévosté et drossardie de nosdictes provinces ung exemplaire, pour en tenir mémoire perpétuelle.
Dont vous advertissons, affîn que, prins esgard à ce peu de despens qu'y porterez, et le bien et honneur publicq qu'en résultera, vous vous y résolviez tant plus volontiers, mesmes à recognoistre, par-dessus ce, en particulier envers ledict de Grammaye, les peines et Iravaulx qu'il a prins en oest endroict, à l'illustration et décoration de vostre province.
A la!it, chers et bien-amez, Dieu vous ait on sa onniinuMe garde. De Bruxelles, ce xix'"'= de febvrier IGIO.
Albert.
Prats.
(Oriffinal, aux Archives delà ville de Malines.)
CCVIf.
Procès-verbal du conseil d'Etat, touchant l'arrivée à Bruxelles et Iti réception du comte de Daun , lieutenant , gouverneur et capitaine (jénéral des Pays-Bas : 15 février i 725 (1 ).
Du 15 février 1723, au mritiu.
Présens : Le comte d'Elissf.m, le conseiller de Gp.ouff, le conseiller de Tombeur.
Le conseil ayant avis que Son Excellence Virric-Philippe-
( I ) Sous le n ' CL de ces Ànalectes, nous avons donné le procès-veibal d'inMallation du comle de Daun, qui eul lieu le 16 février.
( ^Hi )
Laurent, comte de Daim, prince de Thiano, chevalier de Tordre de la Toison d'or, conseiller d'Etat intime de S. M. 1. et C, maréchal de camp, etc., nommé lieutenant, gouverneur et capitaine général de ces pays, arriveroit en cette ville l'après-midy de bonne heure, il fut résolu de s'assembler à trois heures, pour attendre son arrivée, et de suite le complimenter : ce qu'on lit dire au prince de Rubempré et comte de Maldeghem, qui l'avoient déjà vu à Tirlemont.
Après midi.
Présens : Le prince de Rubempré, le comte d'Elissem , le conseiller DE Grouif, le conseiller de Tombeur. (Le comte de Maldeghem étant à la tête de la noble garde des hallebardiers.)
Son Excellence le comte de Daun fit son entrée en cette ville à trois heures et demie.
La bourgeoisie étoit commandée sous les armes, et rangée en double baye, les officiers et drapeaux à la tète, depuis la porte de Louvain jusqu'au palais. Le magistrat se trouvoit dans une loge dressée entre les portes de Louvain , et tendue de drap rouge, où Sadicte Excellence, étant arrivée, fut haranguée par le pensionnaire au nom du magistrat, qui lui préscnla les clefs de la ville dans un bassin de vermeil doré. Elle entra dans la ville sous une triple décharge de l'artillerie, précédée et suivie des détachemens des dragons, et descendit au portail de l'église des SS.-Michel et Gudule, où se trouvoient les deux nobles compagnies des archers et des hallebardiers. Son Excellence y fut reçue par le chapitre, ayant le doyen à la tête, qui la complimenta, et lui présenta l'eau bénite, el de suite la conduisit processionncllemenl à la chapelle du Saint-Sacrement des miracles, où Ion avoit placé un prie-dieu et un fauteuil. Lesdicls nobles gardes l'environnoient. Le doyen entonna ensuite le Te Deum, qui fut chanté par la musique de ladicle église, au son de la grosse cloche et du carillon, et donna la bénédiction du saint sacreinent des miracles. Ce fait, Sadicle Excellence fut reconduite
par iedict chapitre et les archers jusqu'au portail; puis montant en carosse, elle marcha à la cour, accompagnée des hallebardiers, et les archers se rendirent aussi à la cour par la rue d'Isabelle, pour y faire leurs fonctions.
Aussitôt que Son Excellence fut entrée dans son apparteraenl, le conseil d'État s'y rendit pour la complimenter, le prince de Kubempré et le comte d'Elissem portant la parole, comme firent aussi les généraux, la noblesse et autres corps.
Son Excellence le marquis de Prié, avec madame la marquise de Prié et toute sa famille, vint, une demie heure après, rendre la visite à Leurs Excellences le comte et la comtesse de Daun.
L'infanterie étoit rangée dans les bailles de la cour et à l'enlour.
{Archives du royaume : Second registre aux résolutions secrètes du conseil d'Etal, commençant le i'ô août 1720, p. i'25.)
Consulte du conseil privé sur le droit de chasse que les commandants des troupes hollandaises s'étaient attribué dans les places de lu barrière : 19 juin 1782 (I).
Madame et monseigneur (2) , lorsque la France conquit la ville de Tournay en 1667, et successivement plusieurs autres villes de ce pays-ci , les gouverneurs de ces places conquises, ceux de Tournay nommément, s'emparèrent d'une manière ex-
(1) Celte consulte fut rédigée par le conseiller de Kulberg.
(2) L'archiduchesse Marie-Christine et le duc Albert de Saxe-Teschen , gouverneurs généraux des Pays-Bas.
clusive de la chasse dans toute l'étendue de la banlieue et du district de cette ville; ils s'en emparèrent de même dans toute l'étendue de la banlieue d'Ypres et de sa cbâtellenie. Ce fut l'ouvrage de l'autorité privée et absolue de ces gouverneurs, dans un temps où les magistrats de ces villes conquises ne leur eussent point résisté impunément : car il est incontestable qu'avant la prise de ïournay et d'Ypres par I^ouis XIV, le souverain n'y avoit pas de plaine réservée pour la chasse, et il n'y a jamais eu de déclaration de la cour de France qui y ait donné lieu à l'établissement de ces plaines, ni qui l'ait supposé.
Lorsque Tournay et Ypres devinrent villes de barrières, ceux qui y furent établis gouverneurs ou commandans des garnisons par les états généraux des Provinces -Unies, parvinrent à se maintenir dans ce prétendu droit exclusif de chasse, à l'exemjile des gouverneurs et commandans françois : mais, dès que l'empereur Charles VI fut inauguré, en 17:20, les magistrats de ïournay et d'Ypres, ainsi que les seigneurs particuliers, s'efforcèrent de rentrer dans leurs anciens droits; les voies de foit se multiplièrent de part et d'autre à celte occasion; ou en vint plusieurs fois à des extrémités, et des malheurs s'en ensuivirent.
L'empereur Charles VI prit connoissance de ces difficultés, et on vint à les trancher dans leur source, en faisant émaner une déclaration, sous la date du 16 septembre M^S (1), portant qu'il ne reconnoissoit plus de plaine réservée pour ses plaisirs dans les lieux d'alentour de Tournay, ni dans aucun autre endroit du pays rétrocédé : confirmant, en conséquence de cette reconnoissance , les droits réclamés par les magistrats des places de la barrière; rétablissant les choses sur le pied qu'elles exisîoient avant 1667.
L'Empereur fit notifier cette déclaration aux états généraux des Provinces-Uuies par son envoyé extraordinaire, le comte de Kônigsegg-Erps.
(1) Elle esl aux Placards de Flandre, I. V, p. 5(t-i.
En décidant ainsi sur le principe même d'où les états-njajors des villes de la barrière partoient ponr les susciter, onlesprivoit du seul titre en vertu duquel ils prétendoient s'arroger un droit de chasse, à l'exclusion de tous autres.
L'objet fut rempli, car la ville de Tournay nommément et les seigneurs du Tournésis ne tardèrent pas longtemps à rentrer dans la possession de leur droit de chasse, et jusqu'en 176(5 il ne s'est plus élevé de dispute à cet égard. On vit alors le grand major de la garnison , de Thon , homme tracassier , chercher à le renouveler, à l'appui de quelques faits de chasse exercés, depuis 1728, par des commandans, qu'il prétendoit avoir dérivés de leur droit, tandis qu'il était avéré qu'ils ne les avoient dû qu'à des actes momentanés de complaisance de la part du magistral et de quelques seigneurs particuliers.
En ce même temps, le commandant de la garnison en la ville d'Ypres, comme s'il se fût concerté avec celui de la garnison de Tournay, réveilloit l'ancienne difficulté que la seule déclaration de l'empereur Charles VI avoit terminée.
Le gouvernement suspendit pendant une année toute démarche contre ce premier mouvement, et on se contenta d'écrire au prévôt de Tournay ( t au premier échevin de la ville et de la chàtellenie d'Ypres, pour leur recommander d'user de toute voie de conciliation et de prudence dans ces circonstances.
Le grand major de Thon se contenta d'être spectateur de la scène qu'alloit ouvrir le commandant d'Ypres. Cet homme, enhardi sans doute par le ménagement que montra le gouvernement dans le premier moment de sa tentative, porta les choses à tout excès, et les suites en étoient tellement à craindre, que l'on remit un mémoire en plainte contre lui aux états généraux des Provinces-Unies.
Les états généraux traînèrent les choses en longueur, cherchant visiblement à soutenir leur officier commandant à Ypres. Enffn, après trois ans de négociations sur un objet qui, dans le vrai et absolument parlant, pouvoit trouver sa détermination
décisive tluns la déclaration de 1728, on piéleia, dans des vues de conciliation et de ménagement, de finir par une convention entre le gouvernement et les étals généraux, en date du 7 mars •1770, cette difficulté renouvelée.
Il y fut convenu que le magistrat d'Ypres consentiroit que le commandant de cette place auroil désormais seul la faculté de chasser et la direction de la chasse, à la distance de 400 verges des glacis, en se conformant néanmoins aux ordonnances concernant les temps d'ouverture et de clôture de la chasse, et que quiconque chasseroit dans cette étendue, au préjudice de ce droit du commandant, seroit puni suivant les ordonnances.
Il y fut convenu , quant à la chàtellenie, que le chef-collège accorderoit au commandant la faculté de chasser dans toute son étendue par lui-même, sauf et excepté dans les terres et seigneuries ayant le droit de chasse exclusif.
Telle fut cette convention, d'après laquelle on se dirigea de part et d'autre.
A peine fut-elle connue, que le grand major de la garnison de Tournay, qui pendant toute la durée de la négociation pour Ypres s'étoit tenu tranquille et simple spectateur, reparut sur la scène, la commençant par des voies de fait, et annonçant un système aussi déplacé et aussi outré que celui qui avoit réussi en partie au commandant d'Ypres.
Toutïournay et tout le Tournésisse souleva, et le gouvernement ne tarda pas à s'appercevoir que cet officier cherchoit par là à se procurer une convention semblable à celle qu'avoit obtenue finalement celui d'Ypres.
Mais la satisfaction que le gouvernement fut dans le cas d'exiger des états généraux à charge du grand major de Thon , à l'occasion de ses oppositions à la recrue autrichienne dans Tournuy, en le faisant rappeler de ce poste, fut pour lui une disgrâce à laquelle il ne survécut pas , et sa mort mit fin à cette querelle qu'il avoit suscitée pour la chasse.
Depuis lors jusques au momeut où les troupes hoUandoises
évacuèrent les places de la barrière, on ne vit renaître aucune difficulté sur cet objet, qui en avoit tant occasionné; et c'est à l'occasion de ce dernier changement que le magistrat de la cliàtellcnie d'Ypres s'adresse au gouvernement par la représentation qui donne lieu à la présente consulte.
Il y expose qu'outre les droits et prérogatives de la haute, basse et moyenne justice, celui du droit de chasse appartenant à la châlellenie leur fut confirmé, en 1728, par le souverain, ainsi qu'il le fut pour le Tournésis et autres places rétrocédées; que dès lors aucun gouverneur ou comn)andant ne pouvoit s'arroger l'exercice de la chasse hors des fortifications, au préjudice des seigneurs et autres ayant droit de chasse; que cependant, par des motifs et des considérations particulières pour les états généraux des Provinces-Unies, feu Sa Majesté avoit trouvé bon d'arrêter avec cette république une convention, le 7 mars 1770, portant que le magistrat et ceux de la châlellenie d'Ypres consentiroient à ce que les officiers commandant la garnison puissent chasser, sur le pied y déterminé;
Que ces motifs et considérations sont venus à cesser par la retraite de leurs troupes et l'évacuation des places de la barrière; que dès lors celte convention de 1770 n'a plus d'objet , et qu'ainsi la ville et la chàtellenie sont rentrées dans leurs pleins droits, de même que les seigneurs qui n'avoient cessé de les réclamer; qu'ils ont par conséquent lieu d'espérer que Sa Majesté voudra bien révoquer ces dispositions données au fait de la chasse eu faveur uniquement de l'état-major hoUandois de la garnison, et déclarer qu'eux supplians resteront à l'avenir en paisible jouissance des droits et prérogatives de la chasse qui compétent à la châlellenie, ainsi que les seigneurs des terres, comme ils l'étoient avant l'innovation faite en faveur des HoUandois.
Consultant Vos Altesses Royales, nous observons qu'il est manifeste que le but que se proposent les supplians par cette représentation est de prévenir que l'état-major des troupes autrichiennes qui forment aujourd'hui la garnison d Y|)res, ne
se prévale de la dlsposilion dont nous avons parlé ci-dessus, qui a été faite en 1770 en faveur de l'état-major de la garnison liollandoise : car, comme les Hollandois ne se sont emparés dans le principe de l'exercice de cette chasse, que parce que les François, qu'ils remplaçoient, en avoient usé, quoique sans droit et uniquement par la force, ceux de la chàtellenie d'Ypres, qui se rappellent ce qu'il en a coûté pour réclamer leur droit et le récupérer, craignent que l'état-major de la garnison autricl)ienne ne veuille, en môme raison que l'état-major de la garnison liollandoise qu'il renjplace aujourd'hui, jouir de l'exercice de la chasse.
11 est prohahle que la chose arriveroit ainsi, s'il n'y avoil pas de détermination sur cet ohjet de la part du gouvernement.
D'après ce que nous avons exposé ci-dessus, il est hien certain qu'il n'y a pas de plaine, c'est-à-dire de réserve de chasse, pour les plaisirs du souverain, au dehors des villes de ce pays-ci où il y a des troupes en garnison; on n'a entendu parler de cette prétendue plaine, que comme d'un moyen imaginé dont les gouverneurs et coranjandans françois des villes conquises par Louis XIV se sont servis pour s'emparer des droits de chasse appartenant aux administrations et aux seigneurs particuliers : ce prétexte avoit servi d'abord aux Hollandois, qui leur ont succédé dans les villes de barrière, pour s'en emparer de même; mais ce prétexte a cessé à tous égards lorsque l'empereur Charles VI, reconnoissant qu'il n'avoit point telle réserve de chasse, le déclara en |7"28, et fit notifier cette déclaration aux états généraux; et si l'officier commandant la garnison d'Ypres a j oui en dernier lieu de la chasse sur le pied déterminé en 1 770 , ce n'a été que par l'effet d'une complaisance du gouvernement envers les états généraux, qui ne cessoient de la solliciter, qui n'a eu d'autre fondement que les vues de la meilleure intelligence, mais qui dans le vrai n'a opéré qu'au préjudice des droits de la chàtellenie et de la ville d'Ypres.
Nous ne voyons pas sur quoi on pourroil fonder aujourd'hui
une concession quelconque aux commandants militaires des troupes de cçarnison , dans les villes où il y avoit ci-devant garnison hoilandoise, de chasser exclusivement dans les banlieues de ces villes, et de faire usage de cet exercice de la chasse dans les terres et seigneuries des particuliers.
Certainement, là où Sa Majesté elle-même n'en a pas le droit domanial, elle ne peut l'accorder au militaire, et l'usage de ce droit n'a rien qui ait rapport quelconque à l'état militaire. Ainsi, ni de l'un ni de l'autre chef, il ne peut être question que le militaire, parce qu'il est de garnison dans une ville, puisse prétendre d'en jouir, aujourd'hui moins que jamais, n'y ayant plus de fortifications, et les villes étant ouvertes.
La convention de 1770 faite avec les états généraux n'est donc en aucune manière applicable avec l'état actuel des choses, et est venue à cesser par elle-même; il ne peut donc être question de la révoquer, comme les supplians demandent qu'on le fasse : mais, comme par ce môme actuel état des choses toutes les propriétés et les droits concernant la chasse sont laissés et rentrent dans leur véritable existence, et qu'un chacun peut et doit en jouir en telle manière qu'ils lui appartiennent, nous estimons que ce qu'il écheoit dans ces circonstances, c'est de déclarer aux magistrats de la ville et châtellenie d'Ypres, ainsi qu'à ceux des autres villes où il y avoit garnison hoilandoise, que, par le changement survenu dans ces villes par rapport aux garnisons, tout doit rentrer dans les droits primitifs par rapport à l'exercice de la chasse, de manière que les administrations et les terres et seigneuries auxquels ils compétent et appartiennent, en jouissent librement et en raison de leurs droits.
D'un autre côté, cette disposition devrait être notifiée par le département du général commandant aux officiers qui commandent les troupes dans ces difi'érentes villes, avec déclaration que, du chef de ce qu'ils commandent la garnison, ils ne peuvent s'arroger aucun droit en matière d'exercice de chasse, non plus que les autres officiers de leur troupe.
Nous nous en remettons néanmoins à tout ce qu'il plaira à
Vos Âllesses Royales d'en ordonner.
Ainsi délibéré au conseil privé de Sa Majesté l'Empereur, tenu à Bruxelles le 19 juin ilS2. Ne. v'.
P. Maria.
On lit, en marge, avec les paraphes des gouverneurs généraux :
Nous nous conformons, et nous avons fait connoître nos intentions en conséquence au général commandant.
(Original, aux Archives du royaume, collection du Conseil privé.)
Lettre du comte de Traultmamdorff, ministre plénipotentiaire et président du conseil du gouvernement général aux Pays-Bas, à l'électeur de Cologne (1), pour lui demander wi secours de troupes contre les insurgés de ces provinces : \ 7 novembre 1 789.
Monseigneur , les circonstances de ce pays-ci devenant trèscritiques, et le succès des insurgens dans la P'iandre augmentant les embarras, au point de donner lieu à la crainte, non-seulement de devoir abandonner cette province, mais même d'avoir à songer à des mesures et à des secours étrangers pour conserver
(1) Maxiinilien-François-Xavier-Joseph, fils de l'empereur François I" et de Marie-Thérèse, né le 8 décembre 1756, grand-maître de l'ordre Teutonique depuis 1780, avait succédé, en 1785, à l'archevêque électeur de Cologne, Maximilien-Frédéric, comte de Konigsegg-Rotenfels , dont il était le coadju-
les autres à la souveraineté de l'Empereur, non pns pour ce qu'on auroit ù soupçonner la fidélité de ces provinces, mais parce que des incursions peuvent forcer les liabitans par la violence et par la peur, je ne puis pas me dispenser ni même différer de recourir, dans une position aussi nrgente qu'embarrassante, à l'amitié et à l'attachement de V^ A. R. et É. pour l'Empereur, son auguste frère, et pour l'intérêt de sa monarchie, en vous proposant et en vous conjurant, monseigneur, de nous aider et de nous envoyer, le plus et le plus tôt que possible, autant de troupes que V, A. R. et É. pourra prêter à l'Empeieur. J'ignore quel secours elle seroit à même d'accorder, et le temps qu'il faudroit pour qu'il arrive; mais elle jugera facilement, de la nature de la démarche que je fais, combien les circonstances sont extrêmes et urgentes, et de quelle importance sera le service qu'elle rendroità Sa Majesté, en rassemblant et envoyant incessamment un secours en troupes, et en le rendant aussi considérable que possible. Ses sentimens pour l'Empereur m'assurent qu'elle voudra bien donner à ce secours instant toute l'étendue et toute l'accélération qui se pourra, et j'y ajouterai que peu, pourvu qu'il soit prompt, sera toujours beaucoup dans nos circonstances, et (pie nos vues tendroienl surtout, pour le moment, à soutenir la province de Limbourg, qui est menacée de la part des insurgens, ainsi que la province de Luxembourg, laquelle seroit notre seule ressource pour la retraite, dont je confierai à V. A. R. et É. que je prévois le moment.
Je crois entrevoir que les dispositions que fait V. A. R. et É., en sa qualité de codirecteur du cercle du Bas-Rhin, à l'égard du pays de Liège, pourroient faciliter le service que je réclame d'elle au nom de S. M.; et j'y ajouterai seulement la réquisition de donner ordre aux counnaudans du secours qu'elle nous destineroit, de fixer leur attentions péciale sur le danger de la communication entre les provinces de Hainaut et Luxembourg, par Huy liégeois et Namur.
Je rends compte à S. M. de la démarche que je fais par la pré-
sente, et je ne snurni>; assez supplier V. A. lî et F], de taire et accélérer tout ce qui pourra dépendre d'elle, et d'avoir la bonté de faire accélérer de même l'information que j'ose la conjurer de me donner de ce quelle pourra accorder, des moyens, du temps et de tous les détails qui peuvent intéresser lu direction du gouvernement général.
Je suis, avec le plus profond respect, etc.
Bruxelles, 17 novembre 1789.
(Minute, aux Archives du royaume, collection lie la Secrétaircrie d'Élal.)
Lettre (lu baron de Bartenstein au comte de Trauttmansdor/f, sur les dispositions des princes allemands, et en particulier du roi de Prusse, à l'égard des événements qui se passaient dans les Pays-Bas (1) : o décembre 1789.
Monseigneur, j'ai lâcbé de faire fruit du petit séjour que j'ai fait ici , à Coblence et à Cologne, et des liaisons que j'y ai con-
(1) Cliristophe-Jean-Ghislain, baron de Bartenstein, dont la famille était d'origine allemande (son grand-père avait été vice-chancelier d'Autriche et de Bohême), était le fils aîné du baron Christophe de Bartenstein, conseiller des finances. Il fit ses études avec distinction à l'université de Louvain , où il fut proclamé pri'mus au concours général de philosophie de 1775. Le 21 août 1791, l'empereur Léopold II le nomma conseiller au conseil des finances; le 11 juin 1794, l'empereur François II l'appela à remplir le poste de viceprésident de la chambre des comptes. Il paraît que le comte de Traultmans dorff l'avait envoyé dans l'électoral de Cologne, afin d'y acheter des grains pour l'approvisionnement de la forteresse et de la province de Luxembourg.
tracté, pour lâcher de nie faire une idée des dispositions de quelques cours d'Allemagne à l'égard des intérêts de Sa Majesté l'Empereur, et pour découvrir si et quelle influence la cour de Berlin pouvoit avoir dans les affaires des Païs-Bas. La condiiile qu'elle vient de tenir à Liège m'a paru frappante : cette conduite est entièrement opposée aux intérêts qu'elle a en Allemagne, et aux principes que le ministère prussien a suivi conslarament depuis plusieurs années, qui est le maintien de l'ancienne constitution et des libertés de l'Empire germanique; d'ailleurs cette conduite est également opposée aux intérêts et aux vues des petits princes d'Allemagne, dont plusieurs sont membres de la ligue germanique qui a le roi de Prusse pour chef et protecteur, et ne peut que diminuer l'influence ainsi que la considération de la Prusse en Empire, et même la déshonorer jusqu'à un certain point; et je ne puis m'imaginer, monseigneur, que la cour de Berlin renonce tout à coup à cet ancien sislème et aux avantages qu'elle en a retiré, sans avoir d'un autre côté des vues propres à l'en dédommager. La principauté de Liège est trop peu conséquente pour pouvoir croire qu'elle en soit l'objet, et je ne puis voir le but d'un si grand sacrifice que dans les liaisons que la cour de Berlin doit avoir avec les insurgenis des Païs-Bas. D'ailleurs la vente extraordinaire de munitions de guerre que l'électeur de Trêves se propose de faire, le 9 de ce mois, à Coblence, m'a paru d'autant plus signifiante que l'on m'a assuré que son premier ministre, le baron de Dominique, est actuellement dans le parti prussien; et si j'ose le dire, celle vente me semble d'autant plus suspecte, que les conditions excluent de l'achat les personnes qui se proposoient de faire de ces munitions un usage nuisible aux intérêts de Sa Majesté l'Empereur.
Pour juger de la valeur de mes conjectures, j'ai fait rouler sur cet objet un entretien que j'ai eu avec le baron de Wallenfels, homme prudent et sage et entièrement dévoué aux intérêts de Sa Majesté lEmpereur. J'ai trouvé, à mon très-grand regret, que
ce ministre n avoit aucun doute que les insurgents brabançons ne fussent secourus efficacement par la Prusse, et, afin de connoître les motifs sur lesquels il fondoit son opinion, j'ai soutenu la controverse.
Les raisons qui déterminent ce ministre a être de cet avis sont: qu'étant, passé quelques semaines, en conférence à Mîiïence, sur l'affaire des nonciatures en Allemagne, avec le conseiller intime Teil, qui a la direction principale des affaires étrangères, celui-ci lui a assuré que les électeurs archevêques ne pouvoient point compter, dans cette affaire, sur l'appui de la Prusse, malgré l'engagement formel et par écrit qu'elle en avoit pris, et malgré l'intérêt puissant qu'elle a de ménager dans tous les temps les trois électeurs ecclésiastiques, parce que, dans le moment actuel, le roi de Prusse avoit un intérêt beaucoup plus grand à favoriser les vues de la cour de Rome, qui, de son côté, l'aidoit effîc.icenient , par le moïen de ses nonces, dans la révolution qu'il projettoit dans les Pais-Bas autrichiens, et qu'il étoit de sa parfaite connaissance (de lui Teil) que la cour de Berlin avoit fait passer des sommes considérables, par Cologne, au nonce Pacca, et par celui-ci aux insurgents brabançons; que lui (baron de Wallenfels) s'étoit empressé de vérifier ces faits, après son retour à Bonn, et qu'il avoit la certitude qu'effectivement il étoit passé par Cologne, et qu'il y passoit encore, des sommes considérables destinées pour les insurgents; que les agents de ces remises sont trois banquiers de Cologne, dont le principal se nomme Hoffman , et a le titre de résident du roi de Prusse; que le baron Vander Horst, ancien ministre de cette cour, et qui est emploie encore dans des affaires secrètes, a séjourné pendant les mois de juillet, d'aoust et de septembre à Cologne, et y a entretenu une correspondance très-active, sans qu'on ait pu en découvrir l'objet, malgré les perquisitions qu'on a faites; que, passé à peu près quinze jours, il y avoit à Cologne un très-grand nombre de Brabançons, parmi lesquels plusieurs de mise; que les troupes prussiennes qui sont entrées dans le pais de Liège, ont amenées
avec ellos un train considérable crartillerio, et entre autres plusieurs pièces (le "24 livres de balle, qui leur sont absolument inutiles pour leur expédition dans le pais de Liège, surtout par la manière dont elles l'ont exécuté; que le ministre de l'électeur à la Haie vient de le prévenir qu'on prépare dans la Gueldre liollandoise des quartiers pour un corps considérable de Irouppes prussiennes qui doivent y passer, et qu'il apprend de Ratisbonne que les ministres de Prusse y appuient fortement les prétentions de la cour de Uome.
Ces circonstances me paroissent, monseigneur, ne laisser aucun doute sur les desseins du roy de Prusse, et sur l'appui qu'il accorde aux insurgents des Païs-Bas, surtout lorsqu'on prend encore en considération les ruses et les détours que messieurs de Schleitïen et de Dohm ont emploie pour tûcher de tromper et d'entraîner les deux autres princes codirecteurs du cercle de VVestphalie.
Cette certitude morale des liaisons de la Prusse avec les insurgents m'a convaincu de la nécessité absolue d'un renfort de trouppes dans les Païs-Bas autrichiens, même dans le cas où Sa Majesté seroit disposée à faire des plus grands sacrifices encore (jue ceux qu'elle a déjà fait; et comme Son Altesse Roiale monseigneur l'électeur de Cologne m'a fait la grâce de me dire qu'il croioit que Sa Majesté n'enverroit point des trouppes aux Païs- Bas, afin de ne pas dégarnir ses autres pays héréditaires, et que le comte Philippe de Cohenzl venoit seul aux Païs-Bas, pour concourir avec Votre Excellence dans les négociations qu'elle est chargée d'entamer avec les états de ces provinces, il m'a paru qu'il pourroit être essentiel au service de Sa Majesté d'obtenir dans CCS circonstances un secours étranger.
D'après celle idée , et d'après ce que j'avois appris que l'électour commençoil depuis quelque temps à s'attacher beaucoup à la partie militaire, j'ai osé prendre sur moi de jetter en avant, dans la conversation , quelques propos sur la population de ses I^lats en Westphalie, sur ses forces militaires, sur l'intérêt qu'il
n que Sa .Mnjoslô l'Kmpereur conserve la .«ouverainelé des Païs- Bas, et que le roi de Prusse n'augmente point ses forces; et d'après ce que j'ai entrevu, j'ose croire, et presque assurer même à Votre Excellence, que l'électeur ne seroil point éloigné de lever un corps de six mille hommes pour le service de Sa Majesté, si l'Empereur vouloit lui en faire directement la proposition, et s'engager à rembourser les fraix de la levée et de l'équipement de ce corps, et en paier la solde pendant tout le tems qu'il seroit à son service.
Je crois d'ailleurs, monseigneur, que les circonstances sont très-favorables pour faire réussir cette affaire. Le premier ministre baron de Wallenfels est très-attaché aux intérêts de Sa Majesté, et j'ai remarqué que l'électeur étoit personnellement offensé de la conduite que le roi de Prusse avoit tenue à son égard dans l'affaire de Liège, au point qu'il a envoie en toute diligence deux cavaliers, l'un à Berlin, et l'autre à Munich, chargés de porter sur cet objet des plaintes très-vives.
J'espère que Votre Excellence daignera ne point désapprouver les démarches que j'ai osé faire, ainsi que les conjectures politiques que j'ai exposé ci-dessus : l'objet m'en a paru trop essentiel pour ne pas m'empresser à les communiquer à Votre Excellence, qui, avec sa sagacité ordinaire, saura les apprécier à leur juste valeur.
Je n'ai point pu contracter encore pour les 2,800 nialders de seigle que l'électeur a consenti à nous prêter : je dois attendre le retour de son banquier, le juif Baruch, qui ne sera ici que lundi à midi. Je partirai le mardi de grand matin pour Coblence, tant pour tâcher d'arrêter la vente des munitions de guerre, qui doit s'y faire le lendemain, si M. de Koreniumpf n'a point réussi dans sa demande, que pour y attendre l'olficier d'artillerie que j'ai proposé au baron de FeUz d'y faire envoier par le général Bender, pour acheter les pièces qui pourroient nous servir, dans le cas où je ne parviendrois pas à faire différer cette vente, et pour m'informer s'il n'y auroit point de possiblité à faire re-
montpr le c^niin par l;i Moselle, puisque de cette manière les frais de transport seront infiniment plus légers.
Je suis, avec le plus profond respect, monseigneur, de Votre Excellence
Le très-humble et très-obéissant serviteur.
Le baron Christophe de Bartenstein.
Bonn, le 5 décembre 1789.
(Original autographe, aux Aiehives du royaume.)
Lettre du comte de Traullmansdorffaux bourgmestres et échevins de Bruxelles , pour cormaître leurs dispositions sur le rétablissement de la tranquillité et de l'autorité de C Empereur dans cette capitale : \ù décembre 1789 (1).
Messieurs, j'ai d'autant plus lieu de présumer que les embarras qui se sont élevés hier et avant-hier à Bruxelles, seront
(1) La minute de cette lettre est de la main du vice-président du conseil du gouvernement général des Pays-Bas, Henri de Crumpipen; mais elle est pleine de ratures, de corrections, de renvois, dont quelques-uns sont du comte de Trauttmansdorff, et d'autres de Henri de Mùller,qui fut secrétaire d'État après la restauration autrichienne. Le magistrat de Bruxelles n'y fil pas de réponse ; nous n'en trouvons aucune, du moins, dans les Archives , et cette démarche du comte de Trauttmansdorff n'est pas même mentionnée dans VHistoire de Bruxelles, de MM. Henxe et Wauteks.
Les troupes autriciiiennes, le général d'Alton à leur tête, avaient été obligées d'évacuer Bruxelles le 1 2 décembre.
eniièrenieiil finis à Theure qu'il est, qu'indépendamment de la justice que j'ai toujours rendue à l'esprit et aux bons sentiments de la nation, je ne doute point que vous n'ayez fait, de concert avec les particuliers zélés, amis du bon ordre, tout ce qui pouvoit dépendre de vos soins réunis pour un objet si désirable, et que les sermens et corporations bourgeoises, remises en activité par une suite du rétablissement de la constitution, donneront en cette occasion de nouvelles preuves de leur zèle, et maintiendront la tranquillité publique avec le même succès qu'ils l'ont maintenue dans tous les temps.
Il me tarde, messieurs, d'apprendre les effets de ma confiance à cet égard, afin d'avoir un nouveau moyen de renouveler auprès de notre auguste maître les assurances que je lui ai données, en différentes occasions, sur l'attachement de son peuple belgique. Ce n'a point été sans succès, comme vous l'avez pu voir, messieurs, par les dispositions récemment émanées en son nom royal, et par l'envoi d'un commissaire (1) chargé de paroles de paix, ainsi que de tous les pouvoirs civils et militaires requis pour ajouter au rétablissement delà constitution ancienne dans sa plénitude, tout ce qui peut d'ailleurs rendre la nation heureuse et contente.
Que cette nation, que les habitants de votre ville me mettent donc dans le cas de pouvoir coopérer avec ce ministre à faire renaître incessamment la félicité publique. Faites, messieurs, que tout reste dans l'ordre, que les propriétés de S. M. soient respectées, et qu'en reconnoissance de ce qu'elle vient de faire.
(1) Le comle Philippe de Cobenzi , vice-ciiancelier de cour et d'Élal, ainsi que des Pays-Bas et d'Italie, fjrand'croix de l'ordre Saint-Etienne, conseiller intime d'Iîtat actuel, elc , avait été nommé, par lettres patente^ de Joseph II du 28 novembre 1789, « pour rétablir aux Pays-Bas, en qualité » de son commissaire plénipotentiaire, la tranquillité, le bonheur et la con- » fiance récipioquc. «
on dépose toute vue, toute aniniosité personnelle, pour atteindre |)lus tôt ce hul si désirable.
Je n'attends, messieurs , que d'être informé des résultats mentionnés ci-dessus, que mon cœur désire avec tant d'ardeur, pour hâter l'arrivée du commissaire chargé de tout terminer, conformément aux vœux d'une nation dont S. M. veut assurer le honheur. Ce sera une véritable satisfaction pour moi que d'apprendre, ici, par une lettre de votre part, ou par une députalion composée de quelques membres de votre corps et de quelquesunes des personnes éclairées et zélées qui prêtent généreusement leurs soins dans cette circonstance, que les choses se trouvent et seront maintenues dans une situation à pouvoir satisfaire au désir de me retrouver au milieu de vous, pour y agir de concert avec M. le général comte de Ferraris, auquel S. M. vient de confier le commandement général de ses troupes dans ces provinces, en lui recommandant surtout d'agir constamment dans l'esprit de bonté et de confiance et d'après les principes qui font la base des intentions gracieuses qu'elle a manifestées par mon organe. Cette disposition est une nouvelle preuve de la façon dont l'Empereur veut étendre son attention bienfaisante à tous les moyens qui peuvent contribuer à satisfaire la nation.
Je suis très-parfaitement, etc.
^'amur, le 13 décembre 1789,
(Minute, aux Archives du royaume, colleclion de la Secrétaiierie d'État.)