‹ Analectes historiquesChapitre 13 sur 23 · HO · texte numérisé non relu

HO

eussent mo'mdrf on semblnhle nppoîntomf^nt, an fait desdits noiiveanlx acqiiestz, que ont on la tierce partie (hiilil clergié, que ont appoincté à liiiit mi] livres, comme savez; mais en voulant prendre semblable appoincteinent, queseroit pour les deux pars dudit clergié seize mi! livres, nous sommes conlens que en appoinclez avec eulx; et en démonstrant de le non vouloir fère, vous, trésoriers et généraulx, fectes procéder à l'enronlre d'eulx et ceulx di' Hollande, que ne offrent que deux mil livres de Hollande, par toutes rii;oureuses exécutions, et lever les deniers deuz pour lesdits nouveaulx acqueslz, nonobstant oppositions ou appellacions fectes ou à faire au contraire, et nonobstant les procès pendans en nostre court do parlement de ceste matière, sans préjudice toutevoies desdites appellacions et d'iceiilx procès, lesquelsnéantinoinsilz pourront après poursuyr;et s'il est ditque ù tort aïons levé lesdits deniers, ilz leur seront renduz et restituez. Et, comnio par autres nos lectres vous avons escript, nous entendons que desdils deniers venant des nouveanlx acqueslz de lîrabant, soit remply ce que a esté prins et levé par anticipacion de nos aydes de ce présent terme.

Au regard du paieriient du troizicme mois des a;arnisons, montant h dix-sept mil livres ou environ, que a esté prins et levé sur nostre domaine de ceste année courant, nous ne soiinnes point recors l'avoir ordonné; et actondu que, sans nostre ordonnance, vous, trésoriers et généraulx, avez prins la somme dessus déclairée de nostredit domaine, ce qu'il ne vous est point permis ne loisible, n. us voulons que vous fectes diligence que ladite somme soit remplie et ren)boursée, vous advisantque, en vostre delfaiilt de ce faire, nous savons bien où et sur quoy nous devrons prendre ledit remboursement, que sera poinct sans la cbarge de vous, trésoriers et généraulx dessusdits. Si y pourvéez, qu'il n'en soit aucun besoing.

Quant au fait des iiefvez, nous vous avons desjà , par autres nos lectres, mandé et escript ce que en voulons avoir fait, selon lesquelles nos leclres voulons que l'on se règle et conduise au

( àM )

fait desdits fipfvez et nrrièro-fiefvoz, en nous adverlissnnt à tonte diligence de ce qne fait y sera.

Touchant le paiennent des ii;arnisons et dos deux mil conihatans qu'il est besoing de niectre sus pour le renforcement desdites garnisons, etc., nous voulons que l'on face toute diligence de lever lesdits deux mil combatans, si l'affaire le requiert, pour renforcer lesdites garnisons, et qu'ilz soient mis et distribuez selon que les lieux le re(]uerront, et trouvez manière par emprunt de leur faire paiement d'un mois, et aux vielles garnisons de tel temps dont vous les pourrez contenter, soit d'un mois ou de moins, se faire se peult, que tout ensemble ne pourra montera grant somme, laquelle facilement vous trouverez bien manière de recouvrer par emprunt de gens particuliers, se vous y voulez acquiter selon que nos affaires le requièrent; lequel emprunt se pourra rembourser sur les deniers dont cy-après sera fecte mencion , qui sont seurs, ou sur les fiefvez et arrière-liolVez, se, après que aurons veu l'ordre et la manière que y aura esté tenue en la recouvrance de la somme dont par autres nos lectres vous avons escript, nous sommes délibérez d'y besoingner selon vostre advertissement et la manière desdils fiefvez. Si fectes tel devoir et diligence de recouvrer, par manière de prest,les deniers dudit paiement, que, par deffaulte de ce, inconvénient ou dangier n'en adviengne à nous ne à nos païs et subgets.

D'autre part, vous savez bien qu'il est permis et loisible à n!)us, conmie à tous autres princes chrestiens, de à leur joïeuse venue à seigneurie, en prenant ordre de chevalerie ou de mariage, ou pour la garde, tuicion et seurté de leurs païs, seigneuries et subgets, prendre et lever pour une fois ung décinse sur toutes les rentes et revenues estans en leurs païs et seigneuries appartenants aux gens d'Eglise, de quelque état ou condicion qu'ilz soient. Et considéré nos présents affaires, et que de droit le |)ouvons fère, comme dit est, nous voulons et vous mandons que vous mectez sus en nos païs de par delà ledit décime, et iccllui fectes lever et rerevoir par tel ordre et si seure voye et

nianlèro qno n'v soyons auciineiiient fraudé; sur les deniers duquel décime, que sont seuis et à quoy ilz ne pèvent ne doivent contredire, sommes conlens que l'on assure et rembourse le prest que sera fait pour le paiement desdites garnisons et desdits deux mil combatans. Et si vous estiez tels, si bons et loyaulx serviteurs que devriez estre, actendii que le fait dudit décime ne vous est pas cbose incongneue, ne aussi nos grans alfaires, vous le deussiez avoir mis sus sans noslre advertissenient, et en ce faisant, vous vous feussiez acquictié envers nous et eussiez fait ce que devriez. Et combien qu'il ne soit venu de voslre advertissenient, fecles diligence d'y besoingner, et vous y acquicler et en nos autres affaires tellement que ayons cause de nous en contenter.

Au surplus, en ensuivant ce que par autres nos lectres avons escript à vous, généraulx et trésoriers des guerres, de fournir le paiement d'iceulx de ligaeme(?) de ce que leur est de deu l'année passée, nous vous mandons derecbief que à maistre Ancelmy du Pré, qui pour cesle cause s'en va par-devers vous, vous fournissez et délivrez ce qui lui reste de ladite année, selon que nosdites autres lectres le contiennent : car, par lestât fait à Malines, leurdit paiement est comprins en icellui estât, et par les estas depuis fais nous avons tousjours réservé et délaissé en vos mains le paiement d'iceulx de ligaeiue, par quoy est bien notoire que vous le devez fournir. Si en fectes tellement que ledit maistre .\nceluiy ne retourne plus plaintif par-devers nous, comment qu'il soit.

Très-chier et féal chancellier et très-chiers et bien-amez, NostreSeigneur soit garde de vous.

Escript en nostre siège devant Nuyss, le xxvn""" jour d'avril, l'an 1475.

Charles.

De Beere.

(Copie du xviii'""' siècle faite sur l'originai, aux Archives du royaume.)

Lettre des trois membres de Flandre à Charles VJII, pour obtenir son aide contre le roi des Romains : 18 mars .... (1489).

Sire, nous nous recommandons en vostre bonne grâce tanl et si très-humblement que faire povons. El vous plaise savoir, sire, que par voz lettres escriptes à monsieur le mareschal dEsquerdes, dont il nous a envoyé la copie, nous entendons que monsieur de Nassou a rescript à monsieur vostre chancelier et à monsieur le mareschal de Gey qu'il avoit toute puissance, de par le roy des Romraains, de traicter de paix; et à cesle cause, avez esté content de le mander venir vers vous, etc.

Sire, il n'est chose riens tant désirée par tous les pais en général de nostre très-redoubté seigneur monseigneur le duc Phelippe, que bonne et seure paix; et aussi nous la désirons, ainsi que tenons qu'il est bien venu à vostre cognoissance par nostre besoigné de Tournay avec mondit seigneur le mareschal d'Esquerdes (1), qui est en effect que préalablement l'on face cesser la guerre, départir les gens d'armes des païs de nostre prince, et que journée se tiengne où tous les estaz desdis païs puissent assembler, et que ce qui ne se pourra illec appointier et vuydier, de s'en submectre en vous : qui sont moyens non à reffuser, se de l'autre parti l'on désire ladite paix, comme ilz en font l'apparance. Vous suppliant, sire, de non faire ne prendre quelque appointement sans monseigneur Phelippc et nous, et que ne soyons mis hors de guerre , comme par pluseurs voz lettres vous a pieu nous escripre et mander.

(1) Le maréchal d'Esquerdes était arrivé à Tournay le 2 février, et les liois membres de Flandre y avaient envoyé leuis députés à la munie épocfue. (Voy. les extraits des registres des consaux de Tournay, dans les Bulletins de la Commission, 1" série, t. XI, p. 401.)

iJe ce que désirons rassemblée des estas de tous les pais de nosti'cdit prince, est pour la seurté du traictié, et qu'il soit sans l'ainle et queue, et que l'effect en soit sans apparance de rencheoiv(l) en plus grani guerre ou inconvénient, par cuidier avoir ladite paix : dont avons cause de nous doubler, pour la petite foy que avons trouvée en noz adversaires, par l'expérience que en avons en choses passées, tant de l'infraction de la paix de l'an llll" deux si solenipnèlement jurée, que de la paix faicle par ledit roy des Romniains en l'an llll" V avec nous, du tout à son désir et apélit, con)nie aussi de celle faicle à Bruges, dont riens ne nous a esté entretenu, comme seniblablement aussi [>our le désadveu fait, à la journée de Vilvorde (2), par les gens dudit roy des Ronimains, des articles par lui envoyez par l'ambaxadeur de l'orlugal (5) à niondil seigneur l'belippe, commençant ainsi : Placel inlertenere pacem Brugensem, etc., et pareillement par les manières de faire que tient monsieur le gouverneur de Lille touchant l'appointement derrenièrement fait avec lesdis de Lille.

LescjUelles choses, sire, vous réduisons voulenliers à mémoire, afin que voslre plaisir soil d'y avoir regard , pour le bien de vous, de vostre ruyaunie, et que ce qui se fera et traictera de la paix soit bienot meurement Iraiciié, et aussi par ceulx qui ont l'expérience des choses, et qui cognoissent la cause et la soursse des différens, et aussi des pays adhérens avec nous à voslre (jucrelle el à ladite paix de l'an llll^" M, afin que riens ne demeure dont guerre s'en pouroit recommencer : car, ainsi qu'il est bien venu à voslre cognoissance, ledit roy des Rommains, puis six mois en çà, a fait dire qu'il ne désiroit que l'entrelcnement de ladite paix de

(1) Renclteoir, retomber.

(•2) Sur celle joiiinée (le Vilvorde, nous avons donné plusieurs pièces dans les Lettres inédites de Maximilien, e(c., 2'°' parlie, p. 17 et suiv.

(ô) Cet ambassadeur, nommé Edouard de Qualéon, avait interposé sa médiation, en invoquant les anciennes relations de la Flandre el du Portu^jal. (Voy. VJIisloiru du Flandre, de M. Kcrvjn de Leltenhovu, t. V, p. 40:2.)

l'an llll" II, cl de fait a l'ait [)iiblier icelle, non pas Je son gré, mais pour contenter les peuples des villes de son obéissance, et par conlraincte d'eulx, et afin d'cviler les inconvénicns appaians à son préjudice, car il les lient en guerre par force, contre leur nature et oppinion : que ne peut estre chose de grant durée.

Et pour ce que plusieurs se veullent entremeclre de ladite paix, couime monsieur le duc de Zassen, niondil seigneur de Nassou, monsieur le gouverneur de Lille, le chanceliei' dudit roy des Rommains et aussi ceulx de la ville de I3ois-le-Duc, et chascun se dit avoir toute puissance, en quoy est dénionstré l'inslabililé et variacion qui est oudit roy des Rommains, et fait viaysemblablement à doubler que ce soient plus Iraynées et choses fainctes pour gaigner temps et faire amas d'aucun nombre de gens, que autrement, et pour alarder et arriérer le secours que avez délibéré d'envoyer pour la réduction du west-païs de Flandres. Et pleust à Dieu que chascun par delà entendist la conséquence de l'alfaire de par deçà, pour la seurlé de voslre royaume, comme nous qui sommes au feu! car, nous subjugez par force, par eautelles ou Soubtivitez, nous doublons et aussi fait bien à croire que ledit roy des Rommains ne cessera de faire la guerre à vous et à vostredit royaume, ainsi que ses gens démonslrent bien aux vostres qu'ilz tiennent prisonniers, et par la division qu'il avoit aulresfois practiquée en voslre royaume, à l'encontre de vous.

Nous doublons aussi que mondit seigneur de Nassou, soubz umbre de se entremeclre de la paix, ne pratique que cougié et licence devers vous pour tirer en Brabant : ce que, s'ainsi advenoit, e;npescheroit plus ladite paix qu'elle ne l'avancheroit ; et vous suplions que ayez regard à ce et que le tenez encores par delà.

Sire, pour ce que la paix nous est fort à cueur, et que soyons mis hors de ceste guerre, et voslre royaume en seurelé, à perpétuité, nous vous suplions que vostre plaisir soit que monseigneur deVendosme soit liasté de se trouver par deçà et oudit west-païs, aiout lèle com|)aignie et artillerye que avez ordonné, pour la reduclion dicelui, où il pourra besoiugnier sans péril et dangier,

veu rextrênie néccssilé en quoy esl ledil roy des Roiiiniaiiis, et aussi son absence de par deçà,, et qu'il vous plaise aussi d'envoyer monsieur Engleberl de Clèves pour Hollande, selon que vous avons supplié et requis par autres noz lectres. Dont sera tel bruyt audit pais de Hollande que, avec l'adhérence qu'il y trouvera de ceulx de Brederode, que sans cop férir tout se tournera avec lui, à vostre querelle, pour ladite paix de l'an Illl"ll : car lesdiz de Brederode ont desjà eu tèles victorcs que toutes les villes branslent pour appointier avec eulx. Et s'il vous plaisoit envoyer aucuns gens d'armes en Tournay , ainçois qu'il fust ung mois après, nous vous osons bien asseurer de paix seureet perpétuèle pour vostredit royaume, veu Testât des choses de par deçà.

Vous supliant, en la plus grande humilité que faire povons, que en aiant regard à ces choses et au long temps que avons eslé en la guerre, que vostre plaisir soit de nous ayder et secourir en nos présens aff;iires, selon que la nécessité le requiert et que besoing en avons : car, pour vous avoir adhéré et voulu lentretènement de ladite paix de l'an 1I11"1I, nous sommes de tout puins dostruiz , povres et misérables.

Sire, plaise vous adez nous commander voz bons plaisirs, pour les acomplir à noz povoirs, comme raison est et tenuz y sommes, aidant Nostre-Seigneur, au(|uel prions qu'il vous ait en sa très-saincle garde, vous doint santé, bonne vie et longue, et acomplissement de voz Irès-haulx et très-nobles désirs.

Escript eu nostre assemblée en la ville de Gand, le xvni^ jour de mars.

Voz très-humbles et très-obéissans subgetz serviteurs,

Les trois Membres du païs et cointé de Flandres.

Suscription : Au roy , nostre souverain seigneur.

(Original, à la Bibliothèque impériale, à PaiisjMS. Diipuyol7,fol. 118.)

Acte de l'archiduchesse Marguerite, réçietilc des Pays-Bas, concernant des lettres de répartilion et d'exéculion d'une aide quelle avait imposée sur le Brabant sans Iç concours des états, lettres que le chancelier de Brabant refusait de sceller et auxquelles elle apposa elle-même le sceau : 27 juin 1528 (1).

Comme ma Irès-redoiibtée dame madame l'archiducesse d'Austrice, ducesse et conlesse de Bourgoigne, etc., tante de l'Em-

(1) Cel acte important et ilont nous ne connaissons pas d'autre exemple dans nos annales, mérite quelques explications. Voici comment nous avons raconté ailleurs les faits auxquels il se l'apporte, d'après une lettre que l'archiduchesse elle-même écrivit à Charles-Quint le 7 juillet 1528 :

^' Le duc Charles de Gueldre avait envahi, en 1S28, les pays de l'Empereur, Les états de Brabant et de Hollande, convoqués à cette occasion, s'empressèrent de voter un secours d'argent : mais, ce secours n'ayant pas suffi, il fut demandé aux états de Brabant un emprunt de 96,000 florins à lever par création de rentes, et, pour l'amortir, une aide de 100,000 florins.

" Bruxelles se refusa absolument aux deux demandes, et Louvain à celle de l'aide. Les abbés, de leur côté, ne voulurent y contribuer que sur le pied d'une certaine modération dont ils avaient quelquefois joui.

» Le gouvernement convoqua alors les états de Hollande, ainsi que les nobles de Brabant et les députés des villes d'Anvers et de Bois-le-Duc, comme les plus exposées à l'attaque des ennemis; et ces diflërenls corps, d'une commune résolution, consentirent à subvenir, pendant le terme de trois mois, au payement des troupes qui étaient sous les ordres du comte de Buren, ainsi qu'à la dépense de l'artillerie et des munitions, à condition m qu'il plût à n l'Empereur de prendre à sa charge la quote et portion des villes de Louvain » et Bruxelles de ladite dépense et de fournir du sien, si avant qu'il ne sût n induire, par voie amiable, ceux desdites villes à soy conformer auxdits « d'Anvers et Boisle-Duc, et à fournir au payement de leur portion d'icelle » dépense, ou que, à défaut de ce, les y feroit contraindre par exécution. •>

■• L'Empereur était en Espagne. L'archiduchesse accepta, en son nom, cet

pereiir et ]iour Iiiy régente es p;iys de par declià , en l'assemblée des estas de Brabant vers elle, en son ostel à Malines, le XX vu""' de juing XY'' XXVIII, leur ait (ail déclarer que, à l'occasion de la longeiir, délay, cliangement de propoz et reffuz que elle avoit trouvé en eiilx, n)eismement es prélalz, en ceulx de Louvain et Bruxelles, en la sorte et manière que particulièrement elle leur feist déduire en l'accordt de l'ayde que de la part de TEnjpereur elle leur avoit fait demander, pour l's mployer au payement des gens de guerre qu'il luy avoit convenu mettre sus pour la garde et deffensc du pays de Brabant des emprinses que messire Cbarles de Geldres, par voye de guerre cl hostillité, s'estoit parforcyé et parforçoit faire sur ledit pays, il luy eust

accord, cl ordonna au chancelier de Drabanl de faire procéder, par la chambre des comptes, à l'assielle île la somme votée et des frais (jiie le recouvrement en devait entraîner, « tout ainsi que feriez, lui dit-elle dans son mandement, » si , par acte signé des trois eslats de Brabant , il vous apparust de leur coni) sentement ifénéral, entier et uniforme, sans aucune discrépance de l'accord » desdites sommes. » Ensuite l'archiduchesse, toujours sous le nom de l'Empereur, relevait le chancelier et la chambre des comptes des serments qu'ils avaient faits, entre les mains des états de Brabant, sur l'observation de la Joyeuse-Entrée, leur promettait de les garantir, eux et leuis héritiers, enveis et contre tous, « et, si besoin esloit, de leur faire avoir l'absolution de leurs- « dils serments , de tel ou tels personnages à ce puissants et ayant autorité » qu'il appartiendroit ; défendant à tous juges de les travailler ni molester, » eux ou leurs héritiers, sous ombre ou à l'occasion de ladite assiette. » Le chancelier de Brabant s'excusa de sceller cet acte, alléguant que, par les ordres de l'Empereur, il avait juré l'observation de la Joyeuse-Entrée, selon laquelle » aide ne se pouvoit imposer au pays de Brabant, ne fust que les " estais dudit pajs y eussent consenti , et qu"il en apparust par acte. » L'archiduchesse, en présence des états, piiit alors le sceau de ses maias, et

l'apposa ELLE-.MÈ.V1E AU MASDEME.XT Ou'eLLE VENAIT DE RENDUE. » {BoCUmetltS

inédits concernant les troubles de la Belgique sous le règne de l'empereur Charles f I, tom. h"^, introduction, pp. vi et suiv.)

On voit que, dans l'acte du 27 juin, le fait principal a été un peu adouci. Il n'y est pas dit que l'archiduchesse a pris le sceau des mains du chancelier, mais que le chancelier le lui a délivre.

convenu, pour la conservation de l'honneur, estime et réputation de l'Empereur, et pour la préservation, seurté et salut de son pays de Brabant et d'eulx et leurs biens, en délaissant le train ordinaire et accoustumé en Brabant, dresser une unyon d'entre les nobles et les villes d'Anvers et de Bois-le-Duc et de leurs quartiers et des estatz du pays de Hollande, dont acte estoit fait, et oultre ce conclure et dresser ordonnance au chancellier et aux gens des comptes de l'Empereur en Brabant, à ce qu'iiz feissent tax et assiète sur ledit pays de la somme de cent deux mille livres de quarante groz, pour icellc convertir et employer comme dessus; et que de ce, à la descliarge desdits chancellier et gens des comptes et des recever.rs de Brabant qui lèveroyent lesdits deniers, elle eust fait expédier lettres d'ordonnance et exécu- (oriales y servans, dont, affin qu'iiz n'en prétendissent ignorance, elle les vouloit bien advertir par la lecture desdits acte et lettres d'ordonnance, ce que en sa présence elle feist faire, et ladite lecture achevée, niadite dame, présens lesdits estas, ait ordonné à messire Jéronime Yander Noot, chevalier, chancellier de Brabant, seeller lesdites lettres et ordonnances : ledit chancellier, en toute humilité et révérence, et soubz protestation que ce qu'il diroit ne seroit à intention de désobéyr à l'Empereur ny à elle tenant son lieu, ne pour retarder les afï'aires de Sa Majesté, de laquelle il estoit très-humble serviteur et indigne chancellier, et luy avoit toujours ohéy et y vouloit et estoit délibéré continuer, remonstra à madicte dame que , puis l'espace de xni ou xiv ans qu'il avoit esté connnis audit estât de chancellier et avoit eu la garde du seel de Sa Majesté en Brabant, et dès auparavant que souventesfois, en l'absence des chancelliers de Brabant, ses prédécesseurs, il avoit tenu leur lieu et eu la garde du seel, il n'eust jamaiz veu, sceu ne oy que ayde ou somme de deniers feust esté levée, ne que tauxe ou assiète d'ayde ait esté fait ne jette ou envoyé sur le pays, par chancellier, gens des comptes ne aultres, ne que ordonnance leur en ait esté donnée, fors des aydes que les estas de Brabant conjoinctement et uniformément avoyent

consenti et accordé, et que de leui- accord apparust par acte signé par les prélalz et nobles, ou aulcuns d'eulx, et par les députez des quatlre cliieC-villes dudil pays; (jiie la Joyeuse-Entrée deBrabant, laquelle ieelluy cliancellier, à l'ordonnance de l'Empereur, avoit jurée, portoit par exprès que ainsi se deust faire, et que de ladicte manière de faire et usance les estas dudit pays fenssent en possession, et, sans estre noté de parjure, il n'y povoit contrevenir, et espéroit que niadicte dame ne l'en vouidroit presser. Et, à ces moyens et aultres, suplya ledit chancellier à madicte dame qu'il luy plcust prendre ses remonstrances et excuses de bonne part, le déporter de sceller les lettres que dessus, et se contenter de luy.

Sur quoy Madame, en la présence desdits estas et des députez d'iceulx, réservé la ville de Bruxelles, déclaira audit cbanceliier que aux assemblées des estas, en divers consaulx èsquelz il avoit esté, il avoit assez cogneu le debvoir que, de la part de l'Empereur, elle avoit fait de renionstrer aux estas Testât et l'alTaire de la guerre, et de leur déclairer ce que besoing feust pour la garde et deffence des pays, d'eulx-mesmes et de leur biens, et aussi la paine que elle avoit prins, tant en sa personne que par députez, à persuader et induire lesdits estas à faire leur debvoir; et oultre que de tout temps elle eust désiré, comme encoires désiroit, entretenir les previléges et usances du pays, et qu'il sceust que, au moyen de leurs diversitez d'opinion et du reffuz d'aulcuns d'entre aulx, force luy feust ou perdre la réputation et estime de l'Empereur et ses pays que commis luy estoient, que pour riens à son povoir faire ne vouidroit, ou user de l'ordonnance que dessus; et au surplus que elle eust bien délibéré, et à bonne et juste occasion, souslenir, deschargier, garder et tenir indempnes luy, les gens des comptes, les receveurs et tous aultres officiers et serviteurs de l'Empereur de ce que, à son ordonnance, et pour adresser si grant bien et éviter si grant mal que dessus est déclairé, ilz feroyent; et toutesfois, si ledit cbanceliier feist difficulté de sceller les lettres que dessus, qu'il luy

baillast le scel de l'Empereur, et elle-mesnie les feroil sceller. Eiisuyvanl qiioy, ledit cliancellier délivra le seel de l'Empereur ordonné en Brabant à inadicte dame, laquelle, en la présence desdils estas, feist seeller lesdiles lettres d'ordonnance, et aussi les exécutoriales. Dont icelluy chancellier, à sa descharge, a re(|uiez acte, que madite dame hiy a accordé, audit Malines, les jour et an susdits, en conseil, auquel estoyent révérendissime monseigneur le cardinal de Liège , très-révérend l'archevesque de Pallerme, chief, le conte de Hoiclistrate, chief des finances, les S"^^ de Berghes, de Trazignies, de Brabenchon, le S'^ de Aigny, président du privé conseil , le S'' de Nf^uffville, chevalier, trésorier général, et autres. Soubzescript et signé : Moy présent, De

Bl.lOUL.

(Copie autlientique du lemps, aux Archives (lu royaume.)

Lettre de Maximilien de Bourgogne, gouverneur de Hollande, de Zélande et d'Utrecht, à la reine Marie, gouvernante des Pays- Bas, sur les inondations survenues en Zélande, et la difficulté d'obtenir de celle province l'aide qui lui avait été demandée : 18 janvier l3ol (15o'2, n. st.).

Madame, pour l'incertitude des dommaiges et fortunes des inimdations advenues au pays de Zélande, Hollande, Brabant et Flandres, je n'ay sceu plus tempre escrire à Vostre Majesté; et combien je pense que desjà Vostre Majesté est de tout assez informée, pour nouvelles, le pays d'Hollande n'est inundé sinon de quelques poldres sur la Meuse, comme le av peu entendre par aucuns gens venantz de là. Ce que est sur la coste de Flandres et

Brabant , l'on dist, madame, qiuî loiit est iniind»'! jiisqnes à Malines et Ruplemoude.

D'aultre part, iDadame, touchant Zélande, l'isle de Waldire, Schauwen, Duvelande et la pliisparl de Ziiyt-Beverlaïul ont encoires soustenii (grâces à Dieu), combien que les dycques sont plus endommagées et gastées que sy Tinundation y eusl esté; toutesfoiz espère que beaucoup de fruiclz de terre pourront estre receulliez, desquelz, pour l'iniluence des eauwes qui ont passé les dycques, plusieurs ont esté gastez. Et sy Dieu ne nous garde pour le moingz deux mois d'avoir grandz vents et liaulte marée, que tous les pays sont pour se inunder, pour estre temps de yver, et que le fange ou terre que l'on y mecteroit ne peult scéchei'.

Madame, il y a, à présent, du pays inundé que ne feurent aux aultres inimdatioiis passées, si con)me La Thoille, Porfliel, Saint-Maertensdyck, Scberpenisse, Wesikercke; et de nouveau plusieurs poldres en Zuyt-Beverland sont inundez, là où j'ay grand dommaige et perle, comme je craingz, d'ung revenu annuel montant à bonne sou)me, sans les dommaiges que sont, tant de maisons, arbres que moullyns, cogneuz à ung chascun , dont pour nia part en ay grand dégast à ma mayson, et perdu sept ou huit moullyns, et environ de quatre cens arbres ahaïuz enlour de ma mayson.

D'aultre part, madame, pour préserver le pays de Walcbre, l'on a par commun accord assiz par provision dix solz sur cbascune mesure promplement, pour remédierauxinconvénientz des dycques et réparer icelles tant qu'il sera possible, quy montera à vingt mille florins. Et, conime j'entendz, les aullres pays feront le semblable selon leur nécessité; et, à ce que je voy les affaires disposées, n'est que ayons secours et grâce de l'ordinaire ayde, il n'est possible de soustenir les despens, et enfin le pays se abandonnera ou vendera à bon marcbié es mains de laboureurs ou aullres povres fermiers, lesquelz en telle nécessité n'ont la puissance de furuyr l'argent que y fauldroit pour résister et réparer à telz inconvénieniz.

Madame, quant ù Tayde de quarante mille florins que Vostre Majesté a doniandé sur le pays de Zélande, il estoit conclu de gratifier Sa Majesté, et l'on eusse trouvé moyen selon icelle; mais à présent, voyant la calamité de ce pays, je craingz, madame, qiie il est impossible de riens en tirer, et faict à croyre que plustost chascun en soy requerreroit assistence. Suppliant Vostre Majesté prendre cestiiy mon advertyssenient de bonne part, et ni'advertyr de son bon plaisir de ce que auray à respondre et lemonstrer aux députez des villes, lesquelz en partie sontvenuz vers nioy faire leurs excuses de la demande, me pryant vouloir faire cestuy advertissement à Vostre Majesté, et croire que les affaires se retreuvent en telle impossibilité qu ilz ne voyent moyen pour complaire à Vostre Majesté en cesle demande, pour les raisons susdicEes.

Madame, il vous plaira me commander voz nobles plaisirs pour les accomplyr, aydant le Créateur, auquel je prie, aprez m'estre très-humblement recommandé à la bonne u.vàce de Vostre Majesté, octroyer à icelle l'accompiyssement de voz trèshaulx désirs.

De la Vère, le xyu!'""' de janvier XV'^ LI, styl de court.

Vostre très-humble et très-obéisant serviteur,

M. DE Bourgogne.

(Original, aux Archives du royaume.)

Lettre de Philippe 11 au aeigneur de Molembuis (I), grand bailli de Hainaul, sur lex hostilités de ta France, les préparatifs qu'il [ail pour ij résister, son départ pour l'Angleterre, et la charge du. gouvernement général des Pays-Bas qu'il a donnée au duc de Savoie (2) : 28 février 1556 ( 1557, n. st.).

Tres-chier et féal, comme nostre principal soing et estude consiste à rendre le ciebvoir que nous debvons à la bonne conduite et gouvernement de noz bons subjeclz, et à leur procurer tout repos et tranquillité, pour y salisfiiire, nous summes esté tant plus enclin à condescendre aux trefves traictées l'année passée (3), soubz espoir de, par le moien dicelles, avoir le chemin plus ouvert pour une ferme et perpétuelle paix. Et, oullre ce que Tordre qu'il nous convient mettre aux affiiires de par deçà a re(]uis nostre présence en iceulx, nous nous summes tant j)lus voluntiers accomodé à y séjourner, postposant le respect qu'eussions peu tenir au besoing que noz aultres royaulmes et païs ont aussi de nostre présence, affin qu'eslant plus près, nous eussions meilleur moien de correspondre à la négociation de paix, si du coustel de France se fust treuvée avec sincérité volunté correspondante.

Et combien que nous aions faict tout le meilleur oftîce qui nous a esté possible pour y encliner la volunté du roy de France,

(1) Jean de Laniioy, sei{^;neur de Molembais, de Solrc-Ie-C!iâteau , elc, conseiller et chambellan du Roi, chevalier de la Toison d'or.

(2) Philippe H écrivit vraisemblablement dans les mêmes termes aux gouverneurs ou aux chefs des conseils de justice des autres provinces.

(ô) La trêve de Vaucelles, conclue le H février l.^.'ÎO.

loulesfois, iui lieu de nous y correspondre, il a cerché tous les nioiens dont il s'est peu adviser pour traverser à tous coustés où il a peu noz affaires, et procurer d'empiéter, se servant de l'op- ])ortunilé de ladicte Irefve, sur noz royaulnies, païs et subjectz; se travaillant aussi de procurer troubles partout où il a peu à rencontre d'iceulx; et oultre ses autres menées et practiques à ceste fin, il a freschement tesmonguié ceste sienne volunté par la surprinse qu'il a intenté de faire de nostre ville de Douay, et des envahies et courses qu'il l'aict au mesme temps en plusieurs endroictz de la frontière, aiant faict piller partout où il a peu, arrester noz subjectz qui se treuvoient en son réaulme, directement contre la trefve qu'il avoit faict, juré et publié; et a usé de toutes ces hostilitez sans précédente deffiance, le tout soubz espoir qu'il avoit de parvenir au-dessus de son emprinse contre ledict Douay. Mais comme Dieu ne l'a permis (qui est juste juge), il a vollu pallier ladicte emprinse à son accoustumé, et s'efforcer de jetler le tort sur nous, par faire semer bruict et publier partout que ce qu'il avoit faict faire fut en contrevenge de quelque emprinse que nous aions volu faire exécuter sur la ville de Metz, qu'esloit chose inventée pour donner couverture à ses desseings; et depuis a faict continuer les courses contre lesdictes frontières, ordonnant et enchargeant à ses ministres de faire à nous et à noz subjectz le pis qu'ilz pourroienl : de manière qu'il nous a constraint de, pour la juste deffence, venir aux armes, nous faisant derechief tumber en la guerre. Et puisqu'il n'y a remède, nous nous sûmes délibérez de, pour soustenir et deffendre nosdis subjectz, faire jusques au boult tout ce que nous sera possible; et jà avons donné commenchenient pour encheminer les provisions requises et nécessaires, délibérez d'y emploier tO!!t ce que nous pourrons tirer de noz royaulmes d'Espaigne et d'ailleurs, et y assister de nostre personne propre, et faire les exploictz dont Dieu nous donnera le moien, et y mettre aussi tout ce que, par vendilion de nostre domaine de par deçà et par cn.ipruntz, gracieuk crédit, et anltres moieiis qui se

pourront excogiter, se pourra recouvrer, évitans de fouler les estais par nouvelles demaudes le plus longuement que faire se pourra, ne doubtans que tous les subjeclz de par deçà se efforceront de niesuies, et à cest exensple, pour après nous aider et user en nostre endioict selon que leurs prédécesseurs ont tousjours faict, comme si bons et affectionnez subjeetz à l'endroict des nostres, et sign:immeut envers l'Empereur, mon seigneur et père. Et jà avons-nous commencé faire pourveoir de sorte aux frontières que (grâces à Dieu) lesdis ennemis n'ont eu moien de, pour ce commencement de telle inopinée romplure, faire effect d'importance, ny chose dont l'on ne leur ait grandement rendu le change. El comme la saison n'est encoires à propos pour pouvoir se mettre en campaigne, et ce pour plusieurs considérations, entretant que noz apprestes se dressent, il nous a semblé eslre requis de, en dilligence , et délaissant icy nostre court, faire ung tour jusques en Angleterre, pour donner le contentement que nous debvons à la royne, madame nostre compaigne, et pourveoir, après une si longue absence que nous avons faict d'illecq, aux affaires de ce coustel-là, pour, après y avoir salisfaicl, et procuré à nostre pouvoir ce que convient à la bonne voisinance, mutuelle intelligence et correspondance dudict royaulme d'Angleterre avec les pais de par deçà, et pourveu à toutes choses de sorte que, à faute de ce, nous ne soions disîraictz et divertis de noz empriuscs, pouvoir partir de là et retourner par temps par deçà, afin de tenir toutes choses prestes pour, à la saison, poursuyvre nosdictes emprinses et pourveoir plus asseurément à la deffence de nosdis subjeclz.

Et afin que nosdis subjeclz, pendant nostre susdicte briefve absence, aient à quy prendre recours, et qu'ilz soient régis et gouvernez coujiiie il convient, n'avons peu faire choix de personnage plus à propos que de nostre cousin le duc de Savoie, auquel, pour la confideiice que nous avons de hiy, par l'expérience que nous en avons jà fait cy-devanl, ayant esté et par l'Empereur et par nous entremis aux affaires et tenu charge d'iceulx

soubz nous, et ce que sçavons de raffeclion qu'il porte à nosdis pais et subjeclz, elle juste ressentiment qu'il a contre lesdis François, qui si injusienient et indeuement luy détiennent ses Estatz, avec le proche dep'é de parentaige dont il nous attient, luy avons recommandé et enchargé le gouvernement général de noz pais et Estatz de par deçà, avec la charge de capitaine général; auquel voulons et entendons que obéissez et faictes obéir en ce que à vous et à nosdis subjectz il commandera de nostre part, comme à nous-mesmes, et que vous et eulx lui portez tout le respect deu à nostre propre personne, et vous commandons et enchargeons que ainsy le faictes.

Et certes nous eussions bien désiré de pouvoir faire convocation générale de tous les estatz avant cestuy nostre partement, pour les veoir tous avant icelluy, et leur Aiire en nostre présence (K'clairer ce que dessus; mais nous avons considéré que, avant que les povoir tous assembler, il passeroit du temps, et que estant la saison tant avancée, il vault trop mieux le gaigiier et anticiper nostredit partement d'autant de jours, afin que tant plus tost (comme la nécessité le requiert) nous puissions estre de retour, et que nous aions austant de jours dadvantaige pour mieulx achever ce que nous avons à faire audict Angleterre, que nous espérons pourra redonder au grand bénéfice tant dudict royaulme que de ces païs.

Et affin que les estatz de nostre païs de Haynault et ville de Valenchiennes puissent être informez de notre susdicte résolution, et suppler à ce que, avant l'exécution d'icelle, nous ne les aions peu faire venir par-devers nous, comme nous eussions bien désiré, nous vous enchargeons que, soit par convocation générale, ou du moings des députez de nostredict pays de Haynau et ville de Valenchiennes, ou conin)e mieulx vous semblera, vous leur faictes entendre ce que dessus, affin que, avecq plus de contentement, ilz attendent et espèrent nostre brief retour : leur recommandant au surplus, de nostre part, d'observer par ensemble toute bonne union et concorde, et le zèle et la bonne

volunté qu'ilz doibvent avoir envers nous, selon l'entière confidence qne nous avons deulx , Tamour que nous leur portons, el le soinç; que nous tenons de leur bien et repos.

A tant, très-chier et féal, Nostre-Seigneur vous ait en su saincte garde. De Bruxelles, le dernier de febvrier 1556.

PULE.

(Original, aux archives de l'anL-ien conseil de Hainaut , à Mons.

Lettre de Philippe 11 à l'empereur Ferdinand, afin qu'il fasse des remontrances au duc de Clèves sur les nouveautés auxquelles ce prince se laisse aller en matière de religion : 18 juillet i3o8.

Monsieur mon bon oncle, ainsi que l'année passée fuz adverty que mon cousin le duc de Clèves (i) fut par aucuns de ses voisins, adonnez aux nouveililoz, sollicité afTin qu'il feisl quelque changement en la religion, signamment en ce de la communion soubz les deux espèces et mariaige des prebstres , j'envoiay lors devers luv ung personnaige conlident pour, avec l'occasion d'aultres alfaires que luv avois enchargé, dextrement trouver moyen de l'admonester, comme bon amy et allyé, de ne vouloir prester l'oreille à telles sollicitations, ains plustost continuer avec la mesme constance qu'il avoit faict jusques lors en nostre vraye et anchienne religion, et qu'il voulsist en ce considérer combien toutes nouvellitez sont dangereuses; et, oultre ce que y va pour le service de Dieu et soustènement de ladicte religion, le chan-

(1) Guillaume, dit le Riche, qui avait surcédé, en loôO, à .lean III, son père, dans le duché de Clèves.

gement ne povirroit estre (|iie pernicieiilx non-seiillemenl à ses pays et subgectz, mais aussi de mauvaix exemple aux miens pour le voisinaige. Sur quoy me f'eisl lors dire qu'il avoit envoyé vers le pape, pour avoir une réforniation pour ses pays, à cause des sectes que y esloient, mais que Sa Sainteté n'y avoit voulu entendre, et avoit bien esté d'intention d'y donner ordre, mais, considérant les dangiers en quoy l'on se mecloil en faisant nouvellité, s'elle n'estoit généralle, il actendroit si, à la diette do Regensbourg (I) lors proucliaine, Vostre Majesté et les aultrcs princes électeurs eussent ordonné quelque réformation, et qu'il avoit bon espoir qu'elle se feroit du commun consentement de tous les estatz de l'empire, tant ecclésiaslicques que temporelz.

Et combien que j'eusse tousjours espéré que ledict duc de Clèves ne passeroit plus avant èsdictes nouvellitez et qu'il actendroit ladicte généralle réformation, si est-ce que, à mon grant regret, j'ay entendu que, au Pasques derrenier, luy et toute sa maison, borsmis la princesse, ont communyé soubz deux espèces, et que grandement faict à craindre qu'il n'admecte le raesmes ouvertement et générallement par tous ses pays, l.e dangier auquel par ce se mectroient mes pays de par deçà , je laisse à Vostre Majesté par sa prudence considérer : par où suis bien délibéré de avec bonne conjuncture luy faire par quelque personnaige confident représenter le dangier où il se mect, ensemble sesdicts pays et subgectz, et de taster s'il y est encoires quelque moyen de le retirer ou du moins le contenir, sans passer plus avant.

Mais comme j'ay considéré que telle admonition seroit beaucoup plus respectée, s'il s'en faisoit une bonne de par Vostre Majesté, de laquelle il est vassal et beau -filz (2), je me suis advisé d'en escripvre à Vostre Majesté, laquelle sçait le seing que le jadis

(1) Radsbonne.

(2) Guillaume avait épousé, le 5 juillet 1346, à Ratisbonne, l'archiduchesse Jeanne, fille de Pempereui' Fcidinand.

Knipereur mon seigneur a tousjours tenu de conserver ses subcrectz, mesmes ceulx de par deçà, en nostre ancyenne religion chrestienne, en qiioy ne vouldrois aussi faillir de mon costel tant que je vive. Je sçay et congnois aussi la persévérance et constance de Vostre Majesté en cesl endroit, et ne suis sans espoir que les renionsfrances qu'elle pourra faire faire audicl duc de Clèves ne pourront sinon estre grandement respectées. Par quoy la supplie bien afFectueusomenf qu'elle se y veulle emploier, et regarder s il n'y auroit moyen deaulcunement rabiller l'affaire. Et s'il luy sembloit qu'il ne sçauroit satisfaire à sa conscience, l'on luy pourroit envoyer quelques gens syncères et de bonne docirine, ou encoiros, aiant à la main l'université de Louvain, décorée de tant de gens doctes et sçavans , il les pourroit consulter, ne doubtant qu'ilz Iny en donneroient meilleure raison pour la satisfaction et repoz de sa conscience que ceulx qui luy mectent en teste ceste nouvellité.

Et comme je ne pourray omectre d'envoyer visiter par quelque personnaige confident le nouveau électeur arcbevcsque de Coulongne (1), je suis délibéré de par le mesme personnaige en faire tenir aiidict duc de Clèves quelques propos de ma part; et si iceulx fussent prévenu/, ou ensuyviz de quelque admonition et renionstrance qu'il en plaira à Vosîre Majesté faire de su part, comme dit est, je ne double qu'elle porra porter tant meilleur fruit. Et fera Voslre Majesté en ce euvrc non moins proffitable audict duc, ses pays, subgcctz et les miens, que agréable et méritoire envers Dieu, auquel je [)rie, pour fin de cestes, donner à Vostre Majesté le parfait de ses désirs, etc.

De Bruxelles, le xviu" jour de juillet 1538.

(Minute, aux Archives du rojaume.)

(I) Antoine de Scliauenbourfî, archevêque- électeur de Cologne, était mort le 18 juin 1558. Son successeur, Jean Gebhard de Mansfelt, fut élu le 2ij juillet suivant. {L'An de vérifier les dates.)

Lettre de la duchesse de Parme, gouvernante des Pays-Bas, à l'empereur Ferdinand, touchant le mariage de l'archiduc Charles, son /Us, avec la reine Elisabeth d'Angleterre, le caractère de celte reine, etc. : 15 septembre 1559.

Monseigneur, comme le roy mon seigneur tient en toutes choses le mesme soing des affaires de Vostre Majesté comme des siens propres, l'une des choses qu'il a plus recommandée à l'évesque de l'Aquila (I), comm'il avoit aussi à monsieur le conte de Feria, est de tenir songneulx regard d'encheminer dextrement les choses à ce que, s'il est possible, monsieur l'archiduc Charles, monsieur vostre lilz, parviengne au mariaige de la royne d'Angleterre, et par conséquent à la couronne, et pour dérnonslrer à iadicte dame le hazard auquel ellepourroit tumber, demeurant seulle, et mesmes ne se aydant de l'appuy de quelque grand prince, et lui représentant que nul pourroit estre choisy qui y puist estre plus à propos que lodict S' archiduc, tant pour les (jualitez de sa personne que le sang dont il procède, la faveur et assistence qu'elle pourroit espérer tant de Vostre Majesté que dudicl S'' roy mon seigneur, prenant ce party.

(Combien que jusques à oires clic ha respondu froidement et générallement quant audict mariaige, estant néantmoins tumbée eu quelque craincte, elle est venue à faire, par interposile personne, s'estant servy à cest elfect de milade Cidné(2), et de milort Uobert, son frère, la déclaration de sa voulenté, quant

(1) Don Alvai'O de la Quadra, évtjque d'Aquila, ambassadeur de Philippe \{ en Angleterre.

(!') Sidney.

audict mariaige, audict évesque de i'Aquila , lollc que Voslre Majesté entendra parla copie des lettres qu'il ni"a eseripl, que vont avec cestes, El combien qne je présuposo que le genlilhonime chambiicr dudict S"" archiduc, que Vostre Miijesté a envoyé celle part, fera le debvoir requis- pour advertir icclle du tout, si n"av-je voulu délaisser de dépescber vers icelle le courrier porteur de castes exprès, alTin que de mon costel en eust l'adverlissement, et luy dire joinctement les considérations que sur lesdictes lettres j'ay faict avec lodict sieur conte de Feria, qui, à l'arrivée d'icelles, s'est trouvé icy , et a si grande cognoissance des affaires d'Angleterre, et qui mesniement ha si longuement mené ceste négociation, et monsieur d'Ârras (1), qui s'est trouvé présent à la lecture desdicles lettres, affin que Vostre Majesté, considérant le tout, y prengne la résolution qu'il lui samblora le niieulx pour son service.

Ledict conte juge ceste dame, selon qu'il ha peu congnoislre pour le temps qu'il a esté vers elle, variable et inconstante, et laquelle traicte ce point de son mariaige à sa mode, faisant entendre que maintenant elle veult l'ung, maintenant l'autre, comme luy samble convenir à ses affaires; et comme elle est fondée sur grande oppinion qu'elle a de sa personne, elle ha plaisir que Ton entende en son royaulme qu'elle est recerchée de princes estrangiers pour se marier. Et si a -l'on assentu, mesmes aux termes qu'elle a usé en l'endroict du filz du roy de Schwcden, que l'on ne peiilt prendre certain fondement, sur le point de mariaige, sur chose qu'elle face dire de sa part.

Ce changement qu'elle a faict si soubdain est grand, et la démonstration si briefvement désirer la conclusion estrange, et l'exécution si prompte impossible. Et comme Vostre Majesté verra par les lettres dudict évesque, elle est fondée en la craincte qu'il escript : à (|uoy il adjouste, en ung post-date d'une lettre sienne

(1) Antoine Perrenot ilc Gianvelle.

aiidicl conte, (iirelle crainct aussi (luc ledict S"" roy, mon seigneur, et celluy de France aycnt quelque intelligence ensamble pour la rebouler du royaulme.

Et de persuadera Vostre Majesté, sur ce point, quelle adventure tant sa réputation et celle dudicl S'" archiduc, son fdz, que , sans plus de fondement, elle le lace venir en dilligence, pour aller secret au royaulme d'Angleterre, je ne l'oserois faire, tenant mesmes regard à ce que jusques ores ladicle royne, quant à soy, quoy que de sa part dye milord Robert et sa seur, ne parle pas, sinon générallenient, ny donne asseurance quelconque de sa voulenté quant audict mariaige ; et , venant là ledict S"" archiduc, elle pourroit désavouer ceulx qu'en ont parlé, ou renvoyer ledict S' archiduc sans riens faire, si elle perdoit la craincte que la persuade à cecy et se rasseurast, ou peult-estre retenir la personne dudict S' archiduc pour lui servir d'hoslaige, affîn que ny Vostre Majesté ny ledict roy, mon seigneur, osent riens enlreprender ny faire allencontre d'elle.

D'auUre part, se considère que le"dicl S'' archiduc Charles n'est seul, et que plusieurs le précèdent en la succession de Vostre Majesté, et qu'il fault quelquefois advenlurer pour faire ung si grand gaing d'ung royaulme, et que, ne prenant la chose à la conjuncture et chauldement, comme elle y procède, l'occasion se pourroit perdre. Et aussy se considère ce que ladicle dame a souvent dict, qu'elle veult veoir la personne de celluy qui luy doibt estre mary, av;int que en riens s'obliger, et que, si l'on parvenoit au mariaige, et que ledict S' archiduc, comme l'on doibt espérer, se sçaiche valloir, avec l'assistence du bon conseil que l'on luy pourroit donner, estant marié avec ladicle dame, il pourroit beaucop pour la réduire et tout le royaulme à nostre saincte foy et religion, que seroit ung si grand service à Dieu, pour lequel l'on debvroit advenlurer beaucop.

Davantaige, s'estoit icy considéré si seroit à propoz que, soubz couleur d'envoyer ledict S' archiduc jusques en Espaigne pour visiter le roy, mon seigneur, lui estant parent si proche, et veoir

àcoste occasion le pays, il seroit bien de le faire venir icy, pour gaigner autant de temps, alïin que, selon que l'on verra que les choses en Angleterre prendront chemin cependant, et le languaige que la royne d'icy à là tiendra, l'on puisse veoir s'il y aura apparence de passer oultre; mais, en ce cas, il seroit requis que, si celluy qui présentement est en Angleterre de par Vostro Majesté n'est soulFisant pour traicter chose de telle qualité, Voslre Majesté fût servie de faire advancer le conte de Helfenstain, ou autre que bon luy sambleroit, pour aller en Angleterre à liltre d'y servir d'ambassadeur ordinaire, aflln que, s'il estoit besoing dresser capitulation de mariaige et de, s'il est possible, obtenir promesse, ou bien contracter par molz de présent par procureur, il le puisse faire avec la prudence et dextérité requise, et que ledict S'' archiduc, venant icy, fût accompaigné de gens prudens et déterminez, versez en choses polilicques et d'affaires et bien instruictz de la voulenté de Vostre Majesté, et principallement zélateurs de la religion, pour suyvant icelle guider le tout le plus avec la réputation et sheurté de Vostredicle Majesté et dudict S"^ archiduc que faire se pourroit : en quoy, de ma part, pour le zèle que j'ay au service de Vostre Majesté, et sçaichant la si grande allection que leroy, mon seigneur, porte à tous ceulx qui le concernent, je ne fauldray de m'y employer de tout mon povoir, comme aussi fera ledict sieur conte de Fcria, pendant qu'il sera par deçà, et autres ministres de Sa Majesté Royalle, laquelle je suis certaine, passant les choses avant, assistera de sa part tout ce qu'elle pourra, à tout ce que j'ay peu descouvrir de son intention.

Sy les choses peuvent prendre le chemin que ledict milord Robert et sa seur dient que l'on le procurera, qu'est que ladicte dame face gaigner soubz main ceulx du conseil, afiin qu'ilz la viennent siiplier de faire ledict mariaige, pour double de quelque trouble déans le royaulme et l'invasion de dehors, il y auroit tant plus de fondement; mais l'on doubte fort que, demeurant le secrétaire Cicel en crédit, qu'est celuy qui tant véhémente-

menl a emprins le faicl contre In reli|ïion, et menne les choses violentement, venant cesle voiilenlé de la royne à sa conc;noissance, il ne procure de la divertir; mais ledict évesque pourra, comme j'espère, lost entendre si l'on vouldra continuer au mesme chemin, ou non, et je ne fauldray d'en advertir continuellement Vostredicte Majesté, et de temps à aultre, de ce qu'en pourra venir à ma congnoissance.

L'on envoyera audict évesque les copies qu'il demande des Iraictez de mariaige, tant de celluy de feu TEmperour, mon seigneur, avec la feue royne" madame Marie, que ne fut effectué, comme celluy du roy, mon seigneur, avec elle-mesme. Et en cecy de la capitulation fauldroit avoir grande considération de non y mectre chose que soit contre ladicte religion et la conscience dudict S' archiduc et de Vostre Majesté, tant pour le mal que ce seroiten soy nullement conseillable, que pour le scandale et desréputation que cela porteroit avec soy, si, consentant à quelque tel article, la royne venoit à rompre sur quelque autre, laquelle et ceulx de son conseil en ce cas ne fauldroient de le publier au préjudice de la religion. Et peult-estre seroit-il mieulx, comm'il samble que ledict évesque veult insinuer, que mariaige se feist secret par molz de présent, et par procureur en absence, avec promesse généralle de se accommoder à tous articles que l'on trouveroit convenables : remeclant le tout au meilleur advis et bon plaisir de Vostre Majesté, à laquelle suplie bien vouloir peser le pro et contra, et y prendre la résolution que plus trouvera convenir à son service.

Et pour non détenir ce courrier plus longuement, je ne feray ceste plus longue, après m'eslre recommandée humblement à la bonne grâce de Vostre Majesté , priant le Créateur donner à icelle bonne et longue vye.

De Bruxelles, le xv""^ de septembre 15o9.

(Copie du temps, aux Archives du royaume.)

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