PIUS PP. IX. PIE IX PAPE
Dilecte Fili, salutem et Cher Fils, Salut et bénéaposlolicam Benedictio- diction apostolique! nera. Gratae Nobis admo- . Votre très-respectueuse dum fuere obsequentissi- lettre, datée du VI deskamsetuœlilteraeVI kalendas lendes de ce mois, et qui a hujus mensis data3, quae confirmé l'opinion que Nous Nostram de Te et istius avions de Vous et des pro- Lovaniensis Universitatis fesseurs de l'Université de Doctoribusopinionemcon- Louvain, Nous a été fort firmarunt. Siquidem iis- agréable. Vous déclarez eidem liiteris luctilenter pressément par cette lettre profiteris, nihil Tibi alque que vous et ces mêmes proeisdem Docloribus anti- fesseurs, vous n'avez rien quius esse quam orani de plus à cœur que de mainstudio et sanam tueri doc- tenir avec le plus grand zèle trinam, et supremam bu- la saine doctrine, de défenjus Apostolicae Sedis di- dre la suprême dignité et
(1) Un autre bref tub annula PiscatorU par lequel le Saint-Père nomme M. le Recteur prélat romain de l'ordre des protonotaires apostoliques ad inêtar Participantkm , avec tous les honneurs, prérogatives et privilèges attachés à cette dignité, porte la date du 98 juillet.
gnilatem auctoritalemque l'autorité de ce Siège Àpos-
defendere, ac debitam er- tolique, de soutenir et d'as-
ga Romanum PontiBcem, sorer le respect, la sou-
Christi Jesu in terris Vica- mission et l'obéissance qui
riam, observantiam, re- sont dûs au Pontife Romain,
verentiam et obedientiam le Vicaire de Jésus-Christ
asserere ac propugnare. sur la terre. C'est pourquoi,
Itaque, Dilecte Fili, dum Cher Fils, Nous louons,
hos egregios tuos et eo- comme ils le méritent , ces
ramdem Doctorum sensus sentiments excellents et
catholicis viris plane di- tout à fait dignes d'hommes
gnosmeritislaudibuspro- catholiques, dont vous et
sequimur, Tibi atque illis vos professeurs vous êtes
addimus animos, ut ma- animés, et Nous vous encou-
jori usque alacrilale et rageons vous et eux à em-
conlentione omnis a Te et ployer, avec une ardeur et
ab ipsis opéra et industria une application toujours
adhibeantur, quo catho- croissante, toute votre acti-
lica doctrina magis in dies vite et vos talents pour que
qua voce, quascri plis Ira- la doctrine catholique soit
datur , vindicetur et pro- de plus en plus enseignée ,
pagelur. Jam vero Tibi défendue et propagée tant
agimus gratias pro binis de vive voix que par des
opusculis, qnae Nobis of- écrits, ferre voluisti , qua?que li- Après cela Nous vous re-
benter excepimus, et quo* mercions des deux opuscu-
ruin alternm inscriptum Ves que vous avez bien voulu
Univeisitas catholica Bel- Nous offrir, et que Nous
gii, etc., continet latinas avons reçus avec satisfac-
orationes a Te elucubra- lion : l'un , intitulé Univer-
las, etalia gai lice scripta; sitas catholica Belgn,etc.
alterum vero gallica lin- contenant des discours la-
gua a Te exaratum , cujus lins composés par vous et
inscriptio Considérations d'autres productions écrites
sur V histoire de V Vniver- en français ; l'a u ire q ue vous
site de Louvain, etc. De- avez rédigé en français sous
nique praecipaae Noslrae in le titre de Considérations
Te paternae caritatis tes- surV histoire deV Université
tem, et cœleslium om- de Louvain, etc.
nium munerum auspicem, Enfin Nous vous accordons
Apostolicam benedictio- de tout cœur à vous , Cher
nem Tibi ipsi, Dilecte Fili, Fils , et aux professeurs de
et istius Uni versitatis Doc - votre Université la bénédic-
toribus amanter imperti- tion apostolique, comme un
mur. témoignage de Notre affec-
Datum Romaeapud S.Pe- tion toute paternelle envers
trum die 17 julii anno vous et comme un gage de
1854, Ponlificatus Nostri tous les dons célestes.
anno nono. Donné à Rome près de
Pius PP. IX. St.- Pierre le 17 juillet de
l'an 1854, la neuvième année de Notre Pontificat .
Pie IX, Pape.
L'adresse porte : Dilecto Filio Petro Francisco Xaverio de Ram, Rectori Universitatis catholicœ Lovaniensis. — Lovanium.
DISCOURS PRONONCÉ A LÀ SALLE DES PROMO- TIONS LE 25 OCTOBRE 18ÎS4 PAR P. F. X. DE RAM, RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN, APRÈS LE SERVICE FUNÈBRE CÉLÉBRÉ EN L'ÉGLISE PRIMAIRE DE SAINT-PIERRE POUR LE REPOS DE L'AME DE M HENRI BARTHÉLÉMI WATERKEYN, PROFESSEUR ORD. A LA FACULTÉ DES SCIENCES ET VICE -RECTEUR DE L'UNI- VERSITÉ.
Messieurs,
Déjà plus de deux mois nous séparent du jour qui a été marqué pour nous par une perle exceptionnelle. Quoique le temps sèche bien des larmes et adoucisse bien des regrets , cependant nous ne saurions nous consoler. Nous nons écrions avec un poêle de l'antiquité (1) : pourquoi ne pas pleurer un homme qui nous était si cher , et quelles bornes peut- on donner à des regrets si justes?
Quis desiderio sit pudor aut modus Tarn cari capitis?
Je sais , Messieurs , ce que j'ai perdu en perdant Wa-
(4) Hor. Od. lib. I, U.
terkeyn. — Et vous , Messieurs, membres du corps académique , — et vous aussi, chers élèves, vous savez tous ce que vous avez perdu eu lui, — lui , toujours doux, toujours gai , toujours enclin au bienveillant sourire ; — lui d'un commerce si facile et si sûr ; — lui à qui Dieu avait donné en partage tous les dons qui sont le sceau des âmes élues pendant leur passage sur la terre.
Lorsque nous fûmes obligés de nous séparer de sa dépouille mortelle, au cimetière de Parc- lez- Louvain, nous relûmes sa vie entière dans quelques paroles empruntées à l'office ecclésiastique du 16 août, jour de la mort de M. Waterkeyn. Ces paroles propres à le faire deviner à ceux qui ne l'ont pas connu et à rappeler son souvenir à ceux qui l'ont aimé, — ces paroles , je viens encore les répéter aujourd'hui : Nullutn diem prœtermisit, quo non prœclara aliqua fidei , pietatis atque innocentiœ argumenta prœstilerit (1).
Une notice consacrée à sa mémoire dans un recueil dont il fut un des fondateurs (2) nous facilitera la tâche de vous entretenir de nouveau d'une vie qui ne connut d'autre émotion que celle du devoir. Nous puiserons dans cet excellent travail; celui qui l'a rédigé (3) nous permettra de nous en approprier textuellement plus d'un passage.
(1) In festo S. Hyacinthi , lect. V. noct. i.
(*) Revue cath. sept. 4854.
(5) M. le professeur Emile Nève, bibliothécaire de l'Université.
c Henri Bàrthélémi Waterkeyn naquit à Anvers le 23 mai 1809. On vit se développer de bonne heure chez lai ces qualités douces et aimables , cette aménité de mœurs, qui ont fait, toute sa vie, le charme particulier de son caractère. Sa piété vive et tendre le porta à concentrer toutes ses pensées et toutes ses aspirations vers l'état ecclésiastique , et, pendant les études brillantes qu'il fit à l'athénée d'Anvers, son application et ses vertus excitaient l'émulation de ses camarades et lui attiraient l'estime de ses mattres. Dans chacune des six classes du cours d'humanités , il remporta les premiers prix , et il eut l'honneur d'être proclamé en 1827 primusperpetuus.
a Au moment de commencer ses études théologiques, il eut à lutter contre les nombreuses difficultés que rencontraient alors les jeunes lévites profondément attachés à l'orthodoxie. Les mesures injustes et violentes prises par le gouvernement hollandais , à propos des séminaires , sont encore trop présentes à la mémoire de tous les contemporains de M. Waterkeyn , pour qu'ils ne se rendent pas facilement compte de la persévérance et du courage qu'il fallut pour traverser ces temps difficiles. Parvenu enfin au but de tous ses efforts et revêtu du sacerdoce , le lauréat du collège d'Anvers chercha avec un nouveau zèle à donner à ses études la direction qui lui paraissait lui promettre les résultats les plus nombreux et les plus immédiats pour défendre la doctrine catholique , sans cesse attaquée ou mé-
connue. Peu de temps après avoir été ordonné , il fut nommé professeur au petit séminaire de Malines et se chargea de renseignement élémentaire des sciences physiques et mathématiques auiquelles il s'était appliqué avec zèle en suivant les cours publics du Musée à Bruxelles, sous la direction de M. Quetelet qui fut son premier guide et son premier mattre.
a Les succès de son enseignement , son ardeur pour acquérir une connaissance approfondie des sciences qui en faisaient l'objet, l'affection que lui portaient ses élèves, tout se réunit pour attirer sur lui l'attention du corps épiscopal de la Belgique , au moment où il fut question de compléter la Faculté des sciences de l'Université catholique.
« La chaire de minéralogie et de géologie lui fut confiée en 1858. De fréquents voyages dans les diverses contrées de la Belgique , dont le sol si fertile en richesses minérales présente à chaque pas à l'observateur attentif les plus intéressants sujets d'étude, des excursions habilement dirigées en Allemagne et en France lui permirent de donner à son enseignement , à l'Université , un nouvel essor. Les collections de minéraux et de fossiles, qu'il avait formées ou acquises pendant ses voyages , vinrent enrichir d'une manière notable la collection académique, où il introduisit de nouvelles classifications.
a A Louvain comme à Malines , M. Waterkeyn fut pour ses collègues et pour ses élèves un ami véritable et
dévoué. Son ardent désir d'éire utile à ses auditeurs le portait à n'épargner aucune peine» aucun soin pour leur faciliter l'étude aride et difficile de la minéralogie. Mais, 8*11 ne négligeait rien de ce qui pouvait accroître les résultats pratiques de son enseignement, son profond dévouement à l'Église , ses idées élevées sur le caractère et le but de la science lui faisaient attacher une importance majeure à l'élude des questions les plus contro • versées et spécialement de celles à propos desquelles les contradicteurs des livres saints ou de la doctrine de l'Église se 6ont plu à soulever autant de nuages que de passions , à répandre autant d'accusations que de mensonges. »
Le soin qu'il apportait pour faciliter à ses élèves l'étude des sciences se manifeste dans quelques-uns de ces modestes travaux dont souvent la publicité ne dépasse pas les limites d'un auditoire , mais qui néanmoins coûtent des peines et des veilles à l'écrivain. À Malines il fit imprimer un résumé de la science astronomique , et à Louvain un Atlas de cristallographie. Depuis longtemps il s'occupait d'un traité élémentaire de minéralogie et de géologie qu'il n'a pas eu le loisir de livrer à l'impression.
Le but élevé qui l'animait dans l'élude des sciences se fait remarquer principalement dans deux ouvrages que la Hollande et l'Allemagne se sont appropriés par des traductions , et que les savants les plus éminenls et les plus compétents , tels que MM. d'Omalius d'Halloy
et Ëlie de Beaumont, ont comblés d'éloges. Ces ouvrages lui firent donner le titre de membre de la société géologique de France. Sa modestie l'avait empêché de rechercher une distinction qui lui était due bien légitimement et à laquelle vint se joindre celle du grade académique de docteur en sciences.
M. Waterkeyn publia en 1841 son ouvrage sur La Géologie et ses rapports avec Us vérités révélées.
Vous savez, Messieurs , que la géogénie, remontant des phénomènes observés de nos jours à l'origine même des choses r nous représente l'état de notre globe à cette origine , les différents changements qu'il a éprouvés et les causes de ces changements. Quelles sont les conclu* sions de la science sur ces points? Quelles sont les principales observations sur lesquelles ces conclusions sont fondées , et ne sont-elles pas contraires aux enseignements de la religion sur la création de notre globe ? Voilà les questions que l'auteur s'était proposé de résoudre. Dans la première partie de son travail il expose le résumé des observations géognostiques ; dans la seconde, la théorie géogénique; dans la troisième il examine les rapports de la géologie avec les vérités révélées , et il démontre victorieusement que les découvertes de la science, loin d'être contraires à ces vérités, servent plutôt à leur donner une nouvelle confirmation.
Avec un Père de l'Église (1) , il provoquait la science
(4) Saint Basile ; Homil. in P$alm. XXXIII.
moderne à la recherche des vérités qui ont pour objet la connaissance de la nature , et il proposait ces recherches comme un moyen de rendre au Créateur l'hommage qui lui est dû. « Certes, disait-il , nous sommes fondés à croire que le noble sentiment que nous éprouvons à la vue des merveilles de la création et le désir de remonter à leur cause viennent du ciel ; que c'est là un des moyens ménagés par la Providence pour notre propre satisfaction et la manifestation de sa gloire; — nous sommes fondés à croire que les travaux de la science , en fournissant à l'intelligence humaine de si grands et de si nobles sujets d'application, sont destinés également à nous attacher de plus en plus à l'Auteur de notre être , à l'Auteur des merveilles qu'il se platt à nous révéler graduellement par les découvertes scientifiques. »
A la thèse exposée avec une admirable lucidité dans l'ouvrage précédent se rapporte un autre travail publié en 1845 : La Science et la Foi sur l'œuvre de la création , ou théorie» géologiques et cosmogoniques comparées avec la doctrine des Pères de V Eglise sur V œuvre des six jours.
La grande question de l'origine de toutes choses se rattache, dit-il , à des vérités d'un ordre plus élevé que celles qui font l'objet des controverses purement scientifiques ; elle appartient à ces vérités que la religion nous propose comme appuyées sur le fondement de la parole divine et qui expriment les rapports de l'homme
ai ce son créateur. Aussi la religion a-t-elle constamment enseigné la même doctrine sur l'origine de tontes choses, et depuis pins de trois mille ans l'auteur inspiré a-t-il consigné, dans la Genèse, l'histoire de la création , celle du commencement du ciel et de la terre et de tous les êtres qu'ils renferment.
Mais encore une fois , ces enseignements ne sont-ils pas en opposition avec les conclusions de la science moderne?
Tant que la géologie, encore au berceau , ne s'appuyait que sur un petit nombre d'observations imparfaites , on a souvent opposé au récit de la Genèse les systèmes les plus gratuits et les plus disparates. Mais , dès que les faits devenus plus nombreux ont été en même temps mieux connus et mieux étudiés , des savants non prévenus ont fait justice de ces attaques d'un faux savoir ; ils ont montré que le progrès de la science loin d'infirmer le récit de Moïse le confirmait au contraire de la manière la plus éclatante. Et s'il y a eu certains points qui semblaient , au premier abord , s'écarter des résultats obtenus par la science , il a été facile de montrer que les difficultés qu'on rencontrait à cet égard ne concernaient pas le récit de Moïse en luimême , mais seulement certaines interprétations particulières de ce récit qui ne sauraient , comme la parole divine , constituer une règle de foi pour le chrétien.
Pour déterminer les rapports qui existent entre les vérités que la foi nous enseigne et les conclusions scien-
tifîques, il fallait donc préciser nettement quelles sont les vérités certaines, celles que la religion nous propose comme des points de foi rigoureux et nécessaires. Quant aux autres points qui ne sont pas définis par la parole révélée d'une manière complète, mais qui ont été interprétés de diverses manières par les Saints Pères et les docteurs de l'Église , il fallait comparer ces interprétations avec les explications scientifiques.
M. Waterkeyn "prit à tâche de faire cette comparaison et cet examen. Il démontra, avec autant d'érudition que de logique , que les théories géologiques et cosmogoniques modernes s'accordent avec les principes posés par les interprètes de la parole divine , il y a plus de quatorze siècles, et que tout ce qui a été exposé et réclamé jusqu'ici par la science moderne a été autrefois entrevu et accordé par les plus grands génies du christianisme et par les défenseurs les plus illustres de nos livres sacrés.
C'est ce résultat important que M. Waterkeyn expose dans le travail qui nous occupe.
Il y rappelle les principes de la philosophie chrétienne sur l'origine des êtres , en prenant pour guide saint Augustin , qui de tous les docteurs de l'Église a le pins approfondi ces graves questions.
Les études de M. Waterkeyn sur saint Augustin présentent un ensemble de considérations d'un grand poids qui n'avaient pas encore été développées jusqu'ici.
Pour établir les principes sur la manière dont les
êtres sont en Dieu de tonte éternité et sur la création en général , M. Waterkeyn pouvait avec sûreté s'engager dans la voie tracée par le puissant génie de Tévêque d'Hippone; car, ni parmi les anciens, m parmi les modernes , nul n'a mieux parlé de l'action de la Providence dans Tordre physique comme dans Tordre moral que saint Augustin ; nul n'a mieux fait comprendre les vues et les dispositions providentielles dans la création de Tunivers comme dans la gloire ou dans les désastres même des nations.
A une connaissance très-précise des questions que M. Waterkeyn traite dans le domaine des sciences naturelles, dit la notice déjà citée, il réunissait un grand savoir en théologie. Cette heureuse alliance de connaissances trop rarement associées donnait à ses recherches une valeur singulière. Son esprit calme et lucide, son intelligence des vrais intérêts de la cause qu'il voulait défendre le sauvaient des exagérations où sont tombés quelques savants catholiques , tantôt en voulant ajuster tel passage isolé des livres saints ou des Pères à un système éphémère de géologie ou de cosmogonie , tantôt en s'obstinant témérairement à soutenir la valeur exclusive d'une hypothèse , tantôt enfin en torturant les textes de l'Écriture et des docteurs pour leur ôter toute valeur littérale et directe.
Les travaux de M. Waterkeyn — ceux dont nous venons de parler comme ceux que nous avons encore à indiquer — se recommandent par l'exquise prudence
qu'il a su mettre à ne pas confondre ce qui est laissé aux libres investigations de l'intelligence humaine avec ce que la révélation enseigne , et à montrer quelle a été sur ce point l'opinion des Pères qu'une science frivole et dédaigneuse avait d'abord repoussée.
Ces travaux eurent un retentissement légitime dans le monde savant. Les organes les plus sérieux et les plus estimés de l'opinion leur ont accordé en France, en Allemagne et en Italie un tribut d'éloges et d'encouragements.
Je dois interrompre pour un moment l'énumération des titres littéraires de M. Waterkeyn pour parler ici d'un titre et d'une fonction qui lui ont acquis des droits à la reconnaissance éternelle de tous les membres de l'Université.
En 1848, l'Épiscopat lui donna une marque de haute confiance en le nommant aux fonctions de Vice-recteur.
Chacun de nous connaît avec quel zèle et avec quel dévouement il répondit à cette confiance, et avec quelle tendre et prudente sollicitude il accomplit les devoirs dont il appréciait si bien toute l'étendue.
Son but à lui — but qui ne doit jamais être perdu de vue — était de maintenir par la douceur et la persuasion la régularité dans les études et dans toute la discipline académique. Il savait pardonner à la fragilité humaine et versait chaque jour je ne sais quel baume suave et salutaire sur les infirmités qui sont souvent la compagne du jeune âge. Chers élèves , vous savez tout
ce qu'il fit pour vous ! l'intérêt moral des uns comme l'intérêt matériel même des autres le préoccupait sans cesse. La générosité de votre cœur ne vous permettra jamais d'oublier ce qu'il fut pour vous tous. Un jour peut-être , lorsque vous serez beaucoup plus avancés dans la dure carrière de la vie , et lorsqu'il arrivera à quelques-uns d'entre vous de conduire leurs enfants à l'Université de Louvain, vous vous souviendrez avec reconnaissance du nom de Waterkeyn, et vous souhaiterez de pouvoir placer vos fils sous la direction d'un Vice-recteur qui ait pour eux une sollicitude paternelle égale à la sienne.
Son nom vivra dans l'esprit et dans le cœur de ses anciens collègues et collaborateurs. — Oui, Messieurs, vous n'oublierez point le nom de celui qui vous secondait toujours avec la plus bienveillante promptitude et pour lequel vous professiez les plus sincères sentiments de respect et d'attachement.
Que vous dirai- je enfin de ce que Waterkeyn fut et sera toujours pour moi ? Je ne puis vous le dire que par les larmes et les regrets de l'amitié !
Tâchons de nous consoler, Messieurs, en récapitulant ensemble jusqu'à quel haut degré le défunt réunissait la vertu et la piété à une science profonde et solide.
Un célèbre prélat français (1) , dans un ouvrage inti-
(4) Le Franc de Pompignan , évèque du Puy en Yelay.
talé La dévotion réconciliée avec l'esprit , a consacré an chapitre à la réfutation dn paradoxe qui prétend que l'étude des sciences proprement dites porte le cœur à la sécheresse et l'éloigné nécessairement de la vraie piété. Mieux que les livres et le raisonnement M. Waterkeyn a prouvé, par sa vie et par ses travaux , Jusqu'à quel haut degré l'activité scientifique se concilie et s'harmonise avec la pratique de la piété la plus tendre et la charité la pins vive.
Pour vous en donner une idée , je ne dois que vous rappeler ce que la notice déjà citée a retracé à ce sujet . « Brûlant d'un saint zèle pour le salut des âmes , Waterkeyn rechercha avec empressement toutes les occasions de les fortifier dans la foi et de les ramener à Dieu. Le professeur et le savant s'effaçaient devant le prêtre , toujours empressé à distribuer aux fidèles le pain delà parole divine, toujours occupé surtout de l'instruction religieuse et morale des enfants pauvres. Nourri dans la lecture des saintes lettres, il affectionnait particulièrement dans ses prédications , soit en français , soit en flamand, les explications simples et pratiques, à là portée de tous , des principales vérités de la religion . La plus tendre onction , la vivifiante chaleur d'une conviction et d'un dévouement sincère ouvraient à sa parole facile et pénétrante le chemin de tous les cœurs . Sa piété lui faisait surmonter les obstacles qu'apportaient à son zèle infatigable ses nombreuses occupations de professeur et les incessantes attaques du mal
qui minait ses forces physiques , sans affaiblir les ressorts de sa volonté. Le pensionnat des Filles de Marie et les écoles , dites des Minimes , conserveront toujours le souvenir de son infatigable activité pour le bien des âmes. Il composa pour les nombreux élèves qui fréquentent ces écoles des chants religieux , où se peint en traits simples et naïfs l'esprit du saint prêtre , et qui passèrent rapidement de la bouche des enfants dans celles de leurs parents , pour y remplacer souvent des chants profanes ou immoraux. Quand M. Waterkeyn fut appelé à la charge de Yice-recteur , il fut bien forcé d'abandonner la plus grande partie des soins du ministère sacré , qu'il avait tenu à remplir , tout en continuant ses profondes études. Cependant il n'y renonça qu'à regret , et c'était avec un vrai bonheur qu'il profitait d'un moment de meilleure santé, pour adresser encore de temps à autre la parole à ses chers enfants , ou pour retrouver, au pied de la modeste chaire de la chapelle des Minimes , son auditoire bien aimé. Humble de cœur et d'une piété élevée , il cachait sans affectation , mais avec soin , tout le bien qu'il faisait : il travaillait avant tout à être utile et à demeurer ignoré. »
Les faits et les actes de ce genre ne sont-ils pas plus éloquents que les raisonnements et les livres , et ne manifestent -ils pas admirablement le caractère de la vraie dévotion ennoblissant l'amour de la science ?
Malgré des occupations très- nombreuses, M. Waterkeyn ne cessa de prendre part à la publication du re-
cueil périodique dont nous avons parlé , et de contribuer toujours par ses conseils et souvent par de3 articles à maintenir la Revue catholique à la bauteur de la considération qu'elle s'est acquise dans la presse.
Parmi ses derniers articles sur les sciences naturelles, nous citerons ceux qu'il a écrits sur la futilité de V hypothèse de la génération spontanée , où il résume les importantes observations d'un collègue qui a fait faire un grand pas à la science et dont l'Université a vu , avec gloire et bonbeur , les travaux couronnés par l'Institut de France (1).
Plus tard encore , au mois d'avril dernier , il fit paraître une analyse du commentaire latin du père Pianciani sur l'histoire mosaïque de la création. M. Waterkeyn aimait à trouver dans l'accord de la religion et de la science un des caractères les plus consolants de notre époque, el il était heureux de pouvoir faire comprendre que le savant religieux italien avait noblement servi la cause de cet accord.
Vers la fin de 1853 , il réunit dans un volume de 41 pages les différents articles qu'il avait écrits sur la question de la Résurrection de la chair dans ses rapports avec les sciences naturelles; — volume peu étendu, mais le plus important et le plus admirable peut-être de toutes ses productions.
Cette question avait continué d'occuper son esprit. Il
(4) M. le professeur Van Beneden.
se préparait à donner une suile à ses recherchés et à publier un jour le résultat de ses nouvelles méditations. Je ne puis m'empêcber de rappeler à mon souvenir ces soirées pendant lesquelles il se plaisait quelquefois à me communiquer le fruit de ses études ou à discuter quelques points d'une question à laquelle moi-même , autrefois, je n'étais pas resté entièrement étranger. C'était dans ces causeries intimes avec lui que se manifestaient toute la vivacité de sa foi et toute la force de son intelligence. D'autres auront été à même de le remarquer à leur tour.
L'examen détaillé auquel il s'était livré dans son écrit l'amenait à conclure que les enseignements de la foi concernant la résurrection des corps sont en harmonie parfaite avec la raison et la science ; que la nature et la religion, ces deux organes de Dieu , la vérité par essence , s'accordent pour proclamer ce dogme, « Ainsi, s'écriait-il avec les élans du cœur et de l'âme, — « Ainsi, » tous tant que nous sommes , nous ressusciterons un » jour ; nous ressusciterons avec le même corps que » nous avons dans cette vie , et ce corps sera doué de » qualités nouvelles. Alors seulement la justice de Dieu* » sa bonté et sa sagesse se manifesteront dans toute » leur plénitude ; l'homme , qui n'est ni l'âme séparée » du corps , ni le corps séparé de l'âme , l'homme tout » entier sera récompensé ou puni suivant ses œuvres ; » le but de la création sera réalisé en entier , lorsque les » divers êtres > rétablis dans la perfection originelle et
» désormais inaltérable , célébreront à jamais , de » concert avec les élus , la gloire de celui pour lequel et » par lequel tout existe , le principe et la fin de toutes » choses , — la gloire de l'Être infini , un et toujours le » même dans son incommensurable éternité. »
Ne dirait-on pas , Messieurs, que ces paroles étaient en quelque sorte le chant du cygne et qu'elles renferment le secret pressentiment de ce qui devait arriver bientôt pour lui ?
Depuis plusieurs mois il était souffrant ; le mal résistait aux remèdes.
Notre Vice-recteur avançait rapidement vers cette vie future où la souffrance sera devenue impossible , où le Seigneur essayera lui-même les larmes des yeux de ses élus, où il n'y aura plus ni mort , ni deuil , ni cris, ni aucune douleur (1).
La quarante-cinquième année de son âge devait être le terme de ses jours sur la terre.
Dans ce moment suprême , il fut comme un flambeau qui , en s'éteignant , fait un effort et brille de son plus vif éclat.
La vertu recueillit alors toute sa lumière et se montra dans toute sa beauté sur son visage paisible.
La religion , qu'il avait constamment aimée avec le zèle le plus pur, vint pour adoucir l'amertume de l'heure
(4) Apocalips. XXI- *•
qui devait le séparer de ses parents , de ses amis , de l'Université.
Dieu — le prêtre éternel — lui envoya, à son Ht de douleur , l'Espérance accompagnée d'une joie mystérieuse , pour lui annoncer que le moment était venu où il recevrait la récompense de ses travaux.
À peine l'Espérance , la douce messagère d'un Dieu rémunérateur , eut-elle donné cette assurance au mourant , qu'on l'entendit s'écrier : Courage , 6 mon âme, allez et entrez dans la joie de votre Sauveur.
Il expira aussitôt, brillant — même au milieu des angoisses de l'agonie — brillant de toute l'ardeur de la Foi et plein de confiance dans les promesses éternelles.
Sa toute dernière parole — une parole d'amour et d'attachement pour l'Université et pour sa cbère jeunesse académique— sortit de ses lèvres mourantes pour s'achever , au-delà du monde , dans le sein de Dieu. Voilà comment mourut ce saint prêtre !
Tombe , qui reçus sa dépouille mortelle, tu es digne de nos hommages et de notre vénération ! Reçois nos vœux et les témoignages de nos regrets !
Et toi , prêtre vénérable , qui attends là le renouvellement du dernier jour et la résurrection de la chair dont la vérité fut l'objet de vos derniers travaux et de vos dernières méditations, — tu as été un ornement pour la science , un guide affectueux pour la jeunesse , une gloire et une consolation pour l'Université.
Puisse- je lire un jour gravé sur le marbre ce témoignage digne de les vertus : appelé aux fonctions do professeur et de Vice-recteur de V Université , il a brillé par sa science, il a édifié par ses exemples, il est mort en odeur de sainteté.
Ces paroles , Messieurs , nous les placerons un jour ensemble sur la tombe de M. Waterkeyn ; paroles succinctes qui expriment son caractère et résument toute l'histoire de sa vie.
Notre cœur lui consacre un monument plus durable encore que le marbre et l'airain. Sa mémoire restera en vénération parmi nous; elle sera sur nos lèvres comme un rayon de miel ; elle sera dans les entreliens de tous comme une suave mélodie. Pieux trésor que le souvenir ! c'est le parfum qui se conserve et se répand encore quand la fleur est desséchée ; c'est la fleur ellemême qui renaît sur le tombeau , et qui reverdit et croit sur les ruines.
( 34 ) Notice des écrits de M. Waterkeyn (i).
I. Astronomie. Objet et avantage» de Vastronomie.— Petit volume in-4i de 66 pages en petit texte , sans titre , ni date , ni lieu d'impression. Il se compose de XIV chapitres comprenant en 464 paragraphes un résumé de la science astronomique. Les deux derniers chapitres (p. 45-66), cotés tous les deux XIII par erreur, sont destinés au calendrier et à une courte histoire de l'astronomie.
M. Waterkeyn n'a pas signé cet opuscule , mais nous savons positivement qu'il est de lui et qu'il Ta composé pour les élèves de son cours de physique au petit séminaire de Malines , sans pouvoir déterminer Tannée où a eu lieu cette publication.