ANCIENS CALENDRIERS ACADÉMIQUES DE PARIS ET DE L0UVA1N
On a donné , dans les Analeetes de 1852 (p. 260-275), un almanach ou calendrier de la Faculté des Arts, au*quel on a cru pouvoir attribuer la date de 1430. M. Vallet de Viriville (1) vient de publier cinq calendriers de l'Université de Paris, en les accompagnant de remarques curieuses el instructives.
La comparaison des calendriers parisiens avec les calendriers belges présente un véritable intérêt pour l'histoire de renseignement. Il n'est pas douteux qu'on ne les ait consultés en 1426, lors de la fondation de l'Université de Louvain,et tel parait avoir été l'usage
(1) Histoire de l'Instruction publique en Europe, et principalement en France , etc. Paris , 48-49-32 , un vol. in-4- avec .planches , p. 363- 377. — Cet ouvrage, dont la plus grande partie a paru dans le recueil encyclopédique intitulé : le Moyen-Age et la Renaissance , se ressent un peu de sa destination primitive et présento la plupart des qualités et des inconvénients des publications pittoresques de notre époque ( Y. VAthenasum français de 4853 , n° 44 ). Il contient cependant beaucoup de documents précieux et inédits , et certaines parties ont la précision et la valeur scientifique des autres travaux de l'auteur.
au moment où une nouvelle association de docteurs et de maîtres ouvrait ses écoles à la jeunesse studieuse. A l'époque de la création de l'Université de Poitiers, en 1432, l'un des premiers soins de ses fondateurs fut de dresser un calendrier sur le modèle de celui de Paris, « pour scavoir les jours qu'on debvra faire leçons et disputer, et pour les fêtes qu'on doit observer pendant l'année.»
La reproduction d'une partie du travail de M. Vallet de Yï ri vil le a paru un complément utile du calendrier de Louvain , précédemment publié. Cependant l'on a cru ne pas devoir se borner à reproduire ce que ce travail avait de plus important. En regard des calendriers français qu'il met au jour, nous avons placé un nouveau calendrier de la Faculté des Arts de Louvain. Ce calendrier, copié sans doute sur un calendrier plus ancien, se trouve en tête d'un manuscrit contenant les statuts et règlements de la Faculté des Arts, et appartenant à M. le Chanoine de Ram , qui a bien voulu nous le communiquer. Ce calendrier renferme un trèspetit nombre d'annotations pour les différents jours de chaque mois. Les fêtes religieuses y sont presque toutes marquées à l'encre rouge , les solennités et prescriptions académiques à l'encre noire ; ces annotations sont de diverses dates ; mais la plupart nous paraissent pouvoir se reporter à la fin du XVe siècle et à la première moitié du XVIe siècle. D'autres sont beaucoup plus modernes, et c'est pourquoi nous avons
fait précéder cette notice de deux chiffres extrêmes, entre lesquels il faut placer les renseignements consignés dans les calendriers 1350 pour Paris, 1602 pour Louvain.
M. Val le t de Viriville a accompagné les textes que nous allons lui emprunter de remarques historiques. Plusieurs lui ont été fournies par ses recherches dans les anciennes archives de l'Université, dont les volumineux débris sont dispersés dans les bibliothèques de Paris et au ministère de l'Instruction publique. Nous en extrairons ce qui nous paraîtra le plus utile pour notre sujet, autant que le permettent les limites où nous avons dû nous renfermer.
Chacun des corps de l'Université, nation ou faculté, avait un livre des statuts que les chefs de corps se transmettaient successivement. En tête de ce' livre se trouvait un cahier indépendant du volume et qui souvent se renouvelait isolément. Ce cahier contenait le calendrier ou almanach de l'Université. Chaque faculté, chaque nation délibérait sur les insertions et corrections à y introduire.
Ce livre des statuts était double , comme le prouve l'inspection des archives. L'un, de format petit in-folio, renfermait le texte intégral des privilèges et statuts du corps. L'autre, plus petit, en contenait seulement un extrait, précédé d'un calendrier tantôt plus nouveau, tantôt plus ancien que le livre. Une vignette représentant Jésus en croix était placée en tête du petit volume, qui servait à la prestation des serments.
Les choses se passaient à peu près de même à Louvain. Mous trouvons à ce sujet quelques particularités au § 7 du chapitre I des statuts, intitulé : de modo condendi statuta et ea publicandi. Un exemplaire complet des statuts se conservait dans les archives de la Faculté. Il devait être écrit in libro aliquo mundo ac decenti. Un autre exemplaire pareil (consimilis), contenant les privilèges de l'Université et les statuts de la Faculté des Arts, était à la disposition du Doyen temporaire, et celui-ci ne devait le communiquer qu'à ceux à qui cette consultation était nécessaire. Notre manuscrit commence aussi par une grande miniature de Jésus en croix , qui précède l'évangile de S. Jean.
Le calendrier était probablement rédigé par les médecins, à cause de la connexité qui existait entre leurs études et l'astrologie; on peut du moins présumer qu'à une certaine époque ils furent en possession particulière de construire ces tableaux et d'en déterminer les données principales. C'est ce qui semble résulter notamment du témoignage d'un écrivain du XVe siècle.
Symon de Phares, dans sou Recueil des astrologues célèbres (MS. 7487 fr. Bibl. nat. f\ 150) s'occupe de Rolland l'écrivain (1), un des suppôts les plus considérables de la Faculté de médecine et de l'Université de
(1) On trouve encore en 1 460 le même ( ? ) Rolland Lescrivain parmi les médecins du Duc de Bourgogne. ( Ladorde , les Ducs de Bourgogne » 4831, t. II des Preuve*, p. 45. )
Paris; recteur (1406), maître en médecine (1423), doyen de cette faculté (1424). «En ce temps là (1436) fut à Paru maistre Rolland Scriptoris , bon astrologien lequel ait un différend avecques maistre Laurent Husce sur la calcul la tion de son almanach pour Tan mil iiiic xxxvij ; lequel fut mis es mains du recteur de l'Université de Paris, pour enquérir delà vérité du différend; et furent esleuz par ledit recteur et commis pour se faire, maistre Symon de Boesmareet maistre Jehan de Trecis, notables docteurs en théologie et grands astrologiens, lesquels en discutèrent bien et vertueusement. »
Notons en passant , avec l'auteur que nous suivons, que le mot almanach était réservé au XV4 siècle au tableau des jours d'une année, tandis que le calendrier était de forme perpétuelle, et presque tous les calendriers qui nous sont parvenus sont de ce genre.
M. Vallet de Vi ri vil le a réussi à rassembler six copies ou exemplaires d'anciens calendriers universitaires qu'il décrit dans l'ordre chronologique.
1. Calendrier de 1350 environ. Il se trouve en tête d'un manuscrit (Bibl. S. Geneviève, 9092), contenant des fragments du livre de la Nation de Picardie. Cette nation se composait de deux parties, chacune de cinq diocèses , dont plusieurs appartiennent aujourd'hui à la Belgique et à la Hollande. La première partie se composait de Beau vais, Amiens, Noyon , Arras, Térouane ; la seconde de Cambray, Laon, Tournay, Liège, Utrecht.
Les Bourguignons (Burgundi) formaient plus qu'une
tribu de la nation de Picardie. Ils avaient leurs fêtes spéciales, leurs patrons particuliers, et le calendrier en fournit encore la preuve. Ils jouèrent plusieurs fois un grand rôle dans les événements politiques du XIVe et du XV9 siècles; nous rappellerons seulement les violentes discussions qui eurent Heu au sein de l'Université après le meurtre du duc d'Orléans et l'expulsion des étudiants nés sujets du duc de Bourgogne par Louis XI. Ce dernier fait se passa en 4471, et 400 étudiants quittèrent alors Paris.
Saint Nicolas élail le patron ordinaire de la nation de Picardie (1); à côté de ce dernier, on remarque sur le sceau de la nation de Picardie, sous la date de 4598, le nom de S. Piat , apôtre de Tournai , second patron de la nation de Picardie inconnu à Du Boulai. Le contre-scel représente, dans un de ses compartiments, S. Éloi, l'évêque de Noyon. Du Boulai avait déjà reproduit le sceau des quatre nations, où se trouvent les armes des Picards.
Il ne sera peut-être pas inutile de rappeler que les autres nations de l'Université de Paris étaient celle de France, qui, dans la province de Bourges, comprenait les Italiens et les Espagnols; celle de Normandie, qui
(4) M. Thurot , dans son excellent livre snr Y Organisât. deVEnseig. dam VUniv. de Paru au moyen-dge ( Paris , 4880, p. 10), a donne quelques extraits d'un registre manuscrit de la nation de Picardie ( 4477-4483 ). V. aussi Vallet de Viriville , p. 4*3-432 ; Clavier, II, 199, 304; III, 380; IV, 344.
n'avait qu'une seule province; enfin, celle d'Angleterre, qui se composait de deux provinces : l'Angleterre proprement dite et tous les royaumes au Nord et à l'Est de la France. Pendant les guerres avec l'Angleterre, le nom de cette nation fut remplacé par celui de l'Allemagne. Celle-ci, au lieu d'être une simple province, comprit , à partir de 1436 , trois tribus principales : Haute Germanie, Basse Germanie, Ecosse.
A l'Université de Louvain, il y avait aussi quatre nations, qui formaient la Faculté des Arts : Brabantia, Gallia, Flandria et Hollandia; Vernulaeus en fait mention (p. 57), mais il ne cite rien de particulier sur leurs destinées. Le manuscrit de la Faculté des Arts constate l'ordre de préséance des nations en parlant de l'élection du Doyen. Il cite encore la division par nation, pour l'élection du receveur, pour le nombre des procureurs, pour la convocation des étudiants à la mort de l'un d'entre eux, pour les services funèbres, etc. IL contient dans l'encadrement de la miniature, représentant le Calvaire, et dans la lettre initiale des Statuts, les blasons des quatre nations.
Dans le calendrier de Louvain publié en 1852 comme dans celui que nous ajoutons aux calendriers de Paris, aucune fête ou aucune particularité ne rappelle la distinction de ces diverses nations. Quelques mots nous ont cependant paru nécessaires pour l'intelligence du calendrier français.
2- Calendrier de 1390. En tête du livre de la Faculté de Droit (Bibl de V Arsenal, MS. H., n° 137).
. 3. Calendrier du XIV au XVe siècle. En têle d'un recueil de pièces appartenant à cette époque. MS. Saint Germain latin, n° 951. (Bibl. nat. Répétition littérale dun°l).
4. Calendrier de 1452. (MS. 4831 latin, Bibl. nat.) c'est celui qui réunit les notions les plus nombreuses et les plus intéressantes, et que nous allons reproduire intégralement. Il paraît avoir été à l'usage d'un étudiant en théologie (1). La date que nous lui donnons est de l'écriture de Baluze qui a possédé le manuscrit : elle offre en quelque sorte la moyenne de l'antiquité des cinq autres calendriers.
5. Calendrier transcrit au XVIII* siècle, par ordre de M. de Paulmy, sur un original de 1473. Cet original était placé en tête d'un livre de la Faculté de Droit qui subsistait alors aux archives de la Faculté. (1 offre une répétition mais non une copie directe du n° 2. {Bibl. de V Arsenal , MS. H, 136.