Second voyage de Lindanus à Rome
Dans Tautomne de 1584, Lindanus dut se diriger une seconde fois cid limina apostolorum. Il allait de nouveau plaider devant le Sacré Collège et le Saint- Père la cause de sa malheureuse Eglise dont Texistence, déjà fort précaire par le fanatisme des réformés et Topposition des mauvais catholiques, était plus que jamais mise en péril par Tabsence de revenus fixes. Désintéressé pour lui-même, il ne pouvait oublier que le
maintien du siège épiscopal dépendait de la dotation. Tel fut le but principal de notre ëvêque
Là ne se borna point son zèle. Considérant que les jeunes gens catholiques de Hollande, de Zélande et de la Frise, qui aspiraient au sacerdoce, ne pouvaient, à cause des modiques ressources de leurs familles, aller étudier à Louvain, Douai ou Cologne, il avait, depuis • longtemps, conçu le plan d'un séminaire À ériger à Bois-le- Duc. Afin de rendre service à sa chère patrie (i), il s*empressa do communiquer ce projet à Grégoire XIII qui lui ât donner un assez large subside. Les circonstances n'ayant pas permis de fonder ce séminaire dans le chef-lieu de la Mairie, il employa le subside pontifical pour les besoins du Collège du Roi à Louvain.
En môme temps il ât comprendre au chef de FEglise Furgente nécessitéde réfuter les mensonges des historiens connus sous le nom de Centth riateurs de Magdebourg. Dans ce but il proposa de créer soit à Rome, soit dans une ville voisine une sorte de Prytanée ou collège historique composé de douze savants, appartenant à diverses nations, qui recueilleraient et coordonneraient les témoignages de Fantiquité ecclésiastique. Le pape agréa le projet, sauf néanmoins à constituer le Prytanée dans la ville de Louvain sous la haute
I) «N(^ »uo deessei Liadanus \u cliarissimam maiv patrinn» oflkio, civtbuc boni* digno... • Uavent.
survcillanco de Lindanus, et à faire un appel au dévouement des professeurs de rUniversité brabançonne. La mort inopinée de Grégoire XIII (10 avrii 1565) fut cause qu'on ne donna pas suite à Texamen de cette importante entreprise. Néanmoins l'avis de Lindanus, hautement appuyé par les conseils de St-Philippe de Néri, détermina le cardinal Baronius à commencer la composition . des Annales Ecclesiastici, œuvre immense et qui fut continuée, depuis, par d'autres savants.
Le pape Grégoire XIII étant mort, Lindanus jouit d'une égale considération chez Sixte-Quint (cardinal de Montalte), dont il avait déjà gagné l'estime lors de son premier voyage. Brûlant de zôle pour réformer la maison de Dieu, il ne craignit pas de mettre sous les yeux de ce grand Pape les abus qui restaient encore à extirper à Rome même. En outre, il eut avec lui de firéquentes et longues conférences sur les moyens qu'il convenait d'employer pour sauver la foi dans la Germanie espagnole. Ce n'est qu'à la fin de l'année 1585 qu'il quitta la capitale de la chrétienté, emportant avec lui non- seulement do riches ornements d'église et les œuvres de saint Ambroise dont le Souverain- Pontife lui avait fait don, mais encore une très-ancienne Bible hébraïque qu'il avait achetée à grands frais.
8. Nouveatuv travaux de Vévêque de Rure- ■ monde. Il est élevé au siège de Gand, Sa mort.
Les années 1585, 86 et 87 furent de nouveau
coQàacrées aux labeurs de l'épiscopat que les circonstances rendaient tous les jours plus pénibles et plus dangereux. « La vigilance et la ckarite, dit un auteur du siècle passé, le courage et les lumières du digne évéque auraient dû ramener ses peuples à leurs devoirs, si dans la chaleur des factions Ton pouvait écouter la voix paisible de la vertu, et si le caractère propre de Tesprit de parti n'était pas de s'irriter des obstacles qu'elle oppose (i). *»
Le roi Philippe II nomma Lindanus, en 1587, à Téglise de Gand, vacante par le décès de Corneille Jansenius, arrivé en 1576 (2). Cette translation ayant été confirmée par un bref pontifical, le prélat sexagénaire dut prendre congé de ses ouailles de Ruremonde le 7 juillet 1588 et fit son entrée solennelle à Gand le 22 suivant. Malheureusement il était épuisé plus par les travaux que par les années. Il n'occupa le siège de St-Bavon que trois mois. Le vigoureux champion de l'Ëglise était arrivé au terme de sa carrière. Il mourut saintement, comme il avait vécu, le 2 novembre 1588, à l'âge de soixante-trois ans. Fidèle à la légende de ses armoiries, Qtue sursum suni quœrite, il n'avait étudié, écrit et travaillé que pour la gloire de Dieu et son propre salut.
(1) Histoire chronologique de« Évèques, etc., de Gand, par i:. A. Hellin, cbanoiae de Si Bavoa. Gaud, i77<, pag. SS.
(2) Voir Synod. Belg. t. IV, pag. 1S7, ni)te.
Le corps du second éyéque de Gand fût déposé dans la crypte de St-Bavon, près du cercueil qui renfermait les cendres du premier, Corneille Jansenius.
Le siège épiscopal de Ruremonde resta vacant jusqa*en 1596, époque à laquelle Henri Cuyckius, natif de Cuylenburg , y fut solennellement installé. A Gand, Lindanus eut pour successeur Pierre Damant, natif de Malines.