TYP. DE VANLINTHOUT FRÈRES
Imprlmenrs de rUi^Teniié.
PUBLIÉS PAR
N. J. LAFORET.
TYP. DE VANLINTflOUT FRÈRES,
Imprimears de l'IhiiTeniié.
INAUGURATION DU MONUMENT ÉRIGÉ A LA MÉMOIRE DE Mgr DE RAM.
Le 15 mai 1871, à onze heures, a été célébré, 4ans notre antique collégiale de St- Pierre, le service anniversaire de Mgr de Ram, premier Recteur de TUniversité catholique. On sait que ie corps professoral, la famille du défunt et un certain nombre d'amis et d'anciens élèves de rUniversité s'étaient unis dans une souscription <;ommune pour ériger un monument à la mémoire du prélat savant et pieux qui présida à la fondation de l'Université catholique en 1834 et la dirigea pendant plus de trente années. L'inauguration de ce monument a eu lieu avec solen- -iiilé, immédiatement après le service funèbre.
Le monument est placé vis-à-vis de l'autel dédié à la sainte Vierge qu'on invoque sous le nom de Sedes sapientiae, titre que lui donne l'Église dans les litanies. C'est à cet autel que Mgr de Ram, suivant la coutume de l'ancienne Université , venait s'agenouiller avec le nouveau docteur à chaque promotion solennelle d'un docteur en théologie»ou en droit canon.
Ce monument, du au ciseau habile de notre concitoyen M. de Fierlant, est mis en harmonie avec le style de notre ancienne collégiale et ■^oute aux nombreux souvenirs artistiques qui
rembellissent un travail qui prouve que le goût des arts s'est conservé à Louvain et que nous possédons des sculpteurs d'un vrai mérite et dignes de nos meilleures époques.
Mgr de Ram est représenté à genoux devant la Vierge et présenté par son patron, Saint- Pierre, au trône de la Sagesse divine. Il est revêtu du costume rectoral. La figure reproduit ses traits naturels. Tous ceux qui ont connu notre premier Recteur seront frappés de la ressemblance.
L'inauguration s'est faite en présence d'une nombreuse assistance. Outre la famille du défunt^ le corps académique et les étudiants, on remarquait dans l'assistance Mgr Lauwers , vicaire général de l'archevêché de Malines; Mgr Aerts, prélat domestique de Sa Sainteté Pie IX; M. Smolders , bourgmestre de la ville avec plusieurs membres du conseil communal; M. Van Overloop, membre de la Chambre des représentants» le clergé et les notabilités de la ville.
Mgr Laforet a saisi cette occasion pour rendreun hommage mérité à son prédécesseur.
Voici le discours prononcé par Mgr Laforet, Recteur magnifique de l'Université :
Messieurs,
Ce monument qui vient de se découvrir à nos regards est né d'une pensée reconnaissante et
pieuse ; en rérigeant, les nombreux souscripteurs ont voulu élever un témoignage public et permanent de leur respectueuse gratitude pour les inappréciables services rendus à la Belgique et à l'Église par Fhomme illustre dont il rappelle les nobles traits. J'ajoute tout de suite que l'artiste (1) au ciseau duquel nous avions confié la tâche d'exprimer notre pensée sur le marbre l'a traduite avec d'autant plus de vérité et de bonheur qu'il la partageait lui-même.
En honorant ainsi la mémoire du premier Recteur de la nouvelle Université catholique de Louvain,nous n'avons pas eu simplement en vue la glorification d'un homme dont la carrière fut remarquablement féconde pour le bien, cet acte a une signification plus large et plus haute. Vous le savez, Messieurs, le Souverain Ordonnateur des choses a dit à l'homme : Honore ton père et ta mère^ afin que tu vives longtemps. Ce précepte, on l'oublie trop, est une grande loi sociale, la loi des institutions et des peuples comme des individus. C'est grâce à elle qu'un lien sérieux rattache les générations les unes aux autres et, en les unissant, produit la durée et fonde les traditions. Hélas! qu'est-ce qu'une vie d'homme, et que deviendraient les institutions et la société s'il n'y avait sur cette terre que des individus sans lien avec le passé et avec l'avenir? Com-
(1) M. Hermau de Fierlaut.
prend- on qu*iin être intelligent, dont Texistence terrestre n'est qu'un point presque imperceptible dans le cours des âges, s'enferme ûèrement en soi et dédaigne le nom et l'héritage moral des ancêtres? Et pourtant, que d'hommes de nos jours prônent cette coupable folie ! L'individualisme, l'infatuation de soi, le mépris du passé : n'est-ce point là une des maladies les plus communes de notre temps ! On brise toute tradition, on désagrège et l'on dissout les éléments sociaux, on réduit tout à l'état de poussière, et l'on demande à cette poussière de porter l'édifice des institutions et de l'ordre entier de la société! Quelle peut être la solidité d'un édifice élevé sur une pareille base, une expérience douloureuse et déjà longue l'a démontré à nos contemporains ; et malgré cela beaucoup d'entre eux s'obstinent, avec une naïveté qui n'a d'égal que leur orgueil, à reprendre toujours ce système fatalement voué aux ruines. On refuse de voir qu'un peuple sans traditions est un arbre sans racines, que le premier coup de vent emportera.
Il est absolument nécessaire. Messieurs, que tous les hommes de sens protestent contre ces prétentions insensées et criminelles qui, en méconnaissant le passé, bouleversent le présent et compromettent l'avenir. Et quelle plus éloquente protestation que ce monument même que nous inaugurons aujourd'hui? Il honore la mémoire d'un père, et du père le plus attaché lui-même à
nos vieilles traditions religieuses, scientifiques et nationales; d'un homme qui ne cessa, durant une longue carrière, d'apporter un soin pieux à relier la jeune Université de Lpuvain à l'école antique et fameuse dont elle est l'héritière morale, et, en ravivant nos meilleurs souvenirs, à faire revivre les gloires séculaires de notre pays. Et ici, dans ce lieu choisi pour l'érection de ce mausolée, quelle nierveilleuse harmonie des choses ! Cette splendide basilique a été élevée au même siècle que notre antique Université brabançonne; elle avait un chapitre composé de membres de l'Université, et le corps académique, suivant un usage heureusement rétabli, y accompagnait à l'autel de la très-sainte Vierge, invoquée sous le titre de Sedes sapientiae, les nouveaux docteurs en théologie et en droit canon : que de fois notre vénéré prédécesseur est venu, dans ces circonstances solennelles, s'agenouiller là, à deux pas de cette place où ce marbre animé nous le montre à genoux encore en ce moment ! Mgr Pierre- François-Xavier de Ram, premier Recteur de l'Université catholique de Louvain, est assurément une des grandes figures de la Belgique contemporaine. Je n'essayerai point de retracer sa laborieuse et féconde carrière, je ne veux point refaire ce qui est fait et bien fait (i).
(4) Voir particalicremeot l'Oraison funèbre de Mgr de Ram par Mgr Namnclie, vicerectcar de rt'nivcrsité catholique, et la Notice étendue qae If. Thonissen a consacrée à l'illustre défunt.
Je ne parlerai pas de ses nombreux et solides écrits, la plupart consacrés à notre histoire religieuse et scientifique, tous marqués au coin vraiment national ; je ne rappellerai ni les obstacles que le Recteur dut vaincre pour organiser l'Université, ni les phases diverses et parfois trèsdifljciles de son administration. Je me bornerai à dire quelques mots sur la création de cette grande école, sur son caractère, sur les fruits qu'elle a déjà portés : le seul éloge vrai d'un homme est dans ses œuvres, et Tœuvre par excellence de Mgr de Ram c'est l'Université.
Inaugurée à Malines le 4 novembre 1834, l'Université catholique fut transférée et installée solennellement à Louvain le 1«' décembre 1835. Cette création était une entreprise hardie , je dirai presque audacieuse. Notre antique Aima Mater avait péri quarante ans auparavant, emportée dans la tourmente qui avait détruit l'autonomie relative de nos provinces ; depuis cette époque néfaste, alors même qu'il avait paru retrouver une certaine indépendance, notre pays était demeuré dépourvu de tout centre catholique d'enseignement supérieur : les universités du royaume des Pays-Bas reposaient sur la base de l'indifférence en matière de religion, et le gouvernement en vint peu à peu à ne redouter, dans le domaine entier de l'enseignement, qu'un seul péril, l'expression rigoureuse et complète de la doctrine de l'Église. Aussi l'incrédulité
( Il )
avait fait d'effrayants ravages au sein des classes instruites ; elle menaçait d'altérer profondément, avec notre esprit national, la raison publique. Le tressaillement patriotique de 1830, en brisant des liens devenus odieux et en rendant la Belgique indépendante et libre, ouvrit des voies nouvelles à la religion et à renseignement.
Il est hors de doute. Messieurs, que cette forte génération de 1830, à qui notre patrie est redevable de son indépendance et de sa Loi fondamentale, caressa bien des illusions et ne fut 'pas à Tabri de rêves chimériques. C'est une <îhose inévitable dans les heures d'ébuUition et de fièvre nationale. Il y a alors un entraînement universel auquel les plus fermes esprits ne ré- • sistent qu'à demi. Mais à part quelques taches, quel beau spectacle présente le mouvement qui travaille cette jeune nationalité! Comme on sent un peuple fier d'être enfin rentré en possession de soi et plein de confiance en son avenir ! Quelle sève, quel élan, quelle activité généreuse ! Quelle étonnante et pure floraison , surtout dans le <îhamp de l'Église, heureuse, après un si long et si dur asservissement, de se retrouver libre et ne relevant plus que d'elle-même! Quelle vitalité puissante elle révèle dans le domaine de l'instruction et de l'éducation en particulier, le seul qui nous occupe en ce moment! Quel merveilleux parti elle sut tirer de la liberté commune -de l'enseignement, consacrée par la Constitu-
tion ! Nos vénérés évêques déployèrent une énergie, une activité courageuse et persévérantedont rhisioire offre peu d'exemples. En même temps qu'ils créaient ou amélioraient partout des écoles primaires, ils fondaient de nombreux collèges pour les humanités, érigeaient ou reconstituaient des petits séminaires, ouvrant dans toutes nos provinces des sources abondantes et pures d'instruction. La Compagnie de. Jésus, ayant recouvré, avec tous les autres ordres et congrégations religieux, sa pleine liberté, seconda puissamment nos évêques en reprenant ses glorieuses traditions dans l'œuvre de l'enseignement. Ce que l'épiscopat belge a fait, dans les premières années de notre indépendance, pour le développement de Imstruction primaire et moyenne suffirait pour lui mériter la reconnaissance et l'admiration de tout homme soucieux de l'honneur et du bien de la patrie.
Il ne s'en tint pas là. L'enseignement supérieur; désorganisé par le brusque renversement de l'ancien ordre de choses, demeurait toujours indifférent ou hostile à l'endroit de nos croyances religieuses, et les idées dominantes ne permettaient pas d'espérer d'une réorganisation officielle une amélioration fondamentale. Il fallait donc s'attendre encore à voir cette chère jeunesse, dont la première éducation chrétienne avait coûté tant de sacrifices, condamnée, parle milieu où elle serait obligée de vivre, par les.
doctrines qu'elle serait souvent forcée d'entendre, au péril de ternir la pureté de sa foi ou même de la perdre entièrement. Cette pensée était navrante pour nos évêques, pour le clergé tout entier, pour toutes les familles catholiques. C'est à elle que l'on doit l'Université de Louvain. Il était absolument nécessaire de couronner l'œuvre si courageusement ébauchée des écoles catholiques; on ne recula point devant cette tâche, et tous les obstacles s'applanirent promptement devant ce grand acte de foi chrétienne.
L'annonce d'une telle création éveilla sur bien des lèvres un sourire d'étonnement dédaigneux. L'incroyance dominait parmi les classes lettrées, et beaucoup de gens se plaisaient à railler avec une pointe voltairienne cette audacieuse résurrection de l'antique alliance de la science et de la foi. Que le catholicisme exerçât un certain empire sûr l'enfance et sur la première adolescense, qu'il se montrât dans les écoles primaires et secondaires , on n'y contredisait pas trop ; mais qu'il prétendît à discipliner et à régler, au grand jour de la publicité et en face du monde savant, l'ensemble des sciences humaines, quelle inexplicable témérité! Ces railleries puériles n'émurent point les catholiques belges.
Us ne s'arrêtèrent pas davantage devant un autre obstacle plus sérieux. Autrefois il ne serait venu à l'esprit de personne de créer une grande institution scientifique sans pouvoir en assurer
Inexistence par une dotation matérielle certaine ; notre ancienne Université de Louvain était très richement dotée, mais ses richesse^ avaient été jetées à tous les vents de la révolution, et notre Église, totalement dépouillée elle-même, n'avait rien à offrir à l'Université nouvelle. Où donc lui trouver une dotation suffisante ? Eh ! Messieurs, vous le savez, mais il est bon de le redire à la gloire de la foi des fondateurs de ce magnifique 'établissement, nos évoques le dotèrent uniquement sur la charité du clergé et des catholiques belges, sur le dévouement chrétien dans la plénitude de sa liberté. La Belgique a répondu noblement à une si généreuse confiance, elle l'a éfait avec une constance que le temps n'est point parvenu à lasser; et nous sommes convaincu que cette charité, qui est toujours Tunique budget de l'Université catholique, loin de s'affaiblir, ira grandissant avec les besoins nouveaux qu'amènent les progrès manifestement providentiels d'une si belle institution.
Les ressources matérielles sont nécessaires à toutes les œuvres, elles ne suffisent à aucune : elles ne sont que le vêtement ou tout au plus le corps, il faut une âme qui donne la vie et imprime la forme en élevant et en transfigurant la matière elle-même. A qui est-il besoin d'apprendre qui fut l'âme de l'Université naissante? Dieu Avait préparé dans la personne d'un tout jeune prêtre l'homme le mieux fait pour organiser
<celte œuvre difficile et lui communiquer ce isouffle puissant qui est la condition de la vitalité -et de la durée. L'abbé de Ram n'avait pas trente ans lorsqu'une si haute mission lui fut confiée. Déjà il s'était révélé au public par des travaux littéraires qui annonçaient à la fois une intelligence singulièrement curieuse de la science et très éprise de nos vieilles gloires nationales. Le chef si profondément judicieux de l'épi scopat belge, Mgr Sterckx, qui le voyait grandir à ses côtés, appréciait les rares qualités du jeune professeur de son séminaire; celui-ci était lié d'amitié avec Mgr Van Bommel, évéque de Liège, esprit d'élite, homme d'initiative et de progrès, caractère élevé, confiant, généreux, prélat éminent, dont la Belgique n'honorera jamais assez la mémoire pour les services qu'il a rendus à la cause de l'enseignement. Le choix des évêques fut donc promptement fixé. Et aussi, comme l'a dit un orateur aimé qui a vu l'abbé •de Ram à l'œuvre dès la première heure, « où trouver ailleurs ce rare assemblage de savoir, de talent, de tact, de fermeté, de douceur, d'une maturité précoce jointe à toute l'ardeur et à 4oute la vigueur de la jeunesse (i)? » Ce jeune vprôtro possédait à un haut degré la qualité maîtresse pour le gouvernement des hommes et
(i) Mgr Namccbc, vice-recleur de l'Université catholique, dans l'Oraison funèbre de Ugr de Ram.
qui est par-dessus tout nécessaire au fondateur d'une grande institution, la patience, une patience intelligente et ferme. Il comprenait cornbien il importe de savoir attendre et de songer beaucoup plus à semer qu'à recueillir soi-même; 11 n'ignorait pas non plus que bien des chose» en ce monde ne s'obtiennent point d'une façon directe et absolue : « Il y a en eflfet, suivant la parole d'une femme d'un sens exquis, plus de gens atteints par ricochet qu'à bout portant, et ce qui est lancé dans l'espace finit toujours par rencontrer quelqu'un (i). »
Les commencements de l'Université furent modestes, mais ses progrès furent rapides, et elle garda fidèlement le double cachet religieux et national que la main de son organisateur lui avait imprimé à l'origine. Le jour où elle fut solennellement inaugurée à Malines, il avait tracé, dans un discours très nourri d'idées et de faits, le programme général qu'elle devait réaliser. Sa pensée se reportait dès lors avec amour sur notre antique école de Louvain, et, en en rappelant la splendeur et les bienfaits, il en crayonnait le caractère et l'action patriotique, qu'il devait peindre plus tard dans un autre discours dont je veux détacher les lignes suivantes : « A Louvain, les professeurs de toutes les facultés se donnaient la main pour faire fleurir les-
(1) M*» Swelchiue.
études à Tombre d'une discipline sage et sévère. Tout y concourait pour former des homme» laborieux et instruits attachés au pays et à ses institutions : Tancienne Aima Mater savait inspirer à ses enfants, avec l'amour de la science et de la foi et avec le respect dû à Fautorité, les sentiments énergiques du patriotisme. — C'est ainsi que par l'action lente, mais continue, d'un enseignement homogène de prés de quatre siècles s'est formé parmi nous un esprit public et s'est conservée l'unité et la force du sentiment national, qu'aucune domination étrangère n'est parvenue à étouffer. Nous avons reconnu tour à tour pour nos maîtres l'Espagne et l'Autriche, et néanmoins le clergé, comme la magistrature administrative et judicaire, formés à une école commune avec les autres sommités sociales, faisaient marcher de pair avec leur respect pour l'autorité souveraine leur attachement aux vieilles franchises du pays. Cet attachement se montra si vif et si ardent quelquefois que, dans certaines circonstances, on vit se manifester les nobles et patriotiques espérances que 1830 a réalisées pour nous (i). « Oui, Messieurs, notre ancienne Université fut un foyer toujours ardent de religion, de science, de patriotisme; elle
(f) Contidératiom tur V histoire de V Université de Loucain. Discourt prononcé à la séance publique de la classe des Lettres do l'Académie royale de Belgiquet le iO mat 4854.
tievint un lien précieux entre des provinces que séparait la diversité des institutions politiques «t administratives, et contribua puissamment à préparer notre unité nationale, qu'elle marqua d*un cachet propre. Le rêve de Mgr de Ram ^tait que la fille imitât la mère, eu égard aux .-changements survenus dans les institutions politiques et sociales. Et ce rêve, on nous permettra de le dire, grâce à son infatigable et persévérante activité, grâce au concours dévoué d'auxiliaires dignes de lui, est devenu une splendide réalité. Dieu lui fit la faveur de jouir de ce spectacle avant de quitter cette terre. Dans les dernières années de son long Rectorat, T Université avait donné des fruits dont la Belgique reconnaissante était justement fière; elle fixait les regards sympathiques et affectueux de l'univers cathalique , et de toutes parts déjà il lui arrivait des fils désireux de s'abreuver aux sources pures qui jaillissaient de son sein.
Le vingt- cinquième anniversaire de la fondation de cette grande œuvre, en fournissant une occasion solennelle de constater la fécondité de son action scientifique et sociale, fut pour son illustre chef la plus douce des récompenses. Tout l'épiscopat belge s'empressa d'adresser à Mgr de Ram et à ses vaillants collaborateurs les plus chaleureuses félicitations pour les services rendus, pendant ce quart de siècle, à la science, à la religion et à la patrie par l'Université catho-
lique. « A mes yeux, écrivait le savant évêque ^e Bruges, Mgr Malou, l'Universitô catholique est une des gloires de TÉglise en Belgique; elle est le fruit de la liberté d'enseignement conquise -en 1830 sur un odieux monopole ; elle est, parmi nous, le foyer de cette véritable science qui sait ajouter aux lumières bornées de la raison humaine les lumières beaucoup plus sûres et plus abondantes de la raison divine; elle fournit un préservatif efficace contre la fausse science qui, tout en se couvrant du faux nom de progrès, en est réduite, comme Ta remarqué saint Paul, à <îhercher toujours et à ne trouver jamais; elle inspire à ses élèves Tamour de la patrie avec Tamour de la religion, deux sentiments inséparables dans le cœur de nos pères et naturellement unis dans le cœur de leurs enfants ; elle représente les traditions nationales de la Belgique ; elle est le palladium de nos espérances pour Favenir (i). »
Oui, Messieurs, nous pouvons le redire très haut avec Mgr Malou, TUniversité de Louvain représente les vraies traditions nationales de la Belgique, elle est la plus pure expression du caractère historique qui constitue la physionomie propre du peuple belge : elle joint à un amour profond et filial de TÉglise et de son Chef le plus vif attachement à la patrie, au Roi, à nos
(1} Lettre du 6 décembre 1859.
vraies libertés publiques ; Foi, Science, Patrie^ tisme, voilà, comme je le disais en recueillant la glorieuse mais redoutable succession de Mgr de Ram, les trois couleurs de son drapeau.
Il ne siérait point d*entrer ici dans aucun détail pour rappeler ce que TUniversité catholique, en restaurant avec éclat Tantique et naturelle alliance de la religion et de la science et aussi en devenant un commun rendez-vous pour le clergé et les laïques, a fait pour le rapprochement des diverses classes élevées de la société, pour Tunion du sacerdoce et de toutes les professions libérales ; je ne parlerai point davantage de ces générations de jeunes gens et d*hommes instruits et religieux sortis de son sein, de ces fermes chrétiens que nulle tentation n'a pu séduire, qui peuplent nos cités et jusqu'à nos campagnes et qui sont tout ensemble, dans notre heureuse Belgique, le meilleur boulevard du catholicisme et de la patrie. Tout cela d'ailleurs est parfaitement connu ; et, il y a peu de jours, une voix plus autorisée que la mienne n'hésitait pas à proclamer que l'avenir de la Belgique était assuré, grâce à ses nombreux collèges catholiques et à l'Université de Louvain qui en est le couronnement (i).
(1) SoD Exc. Mgr Cattaci, r(oDCe du Saiot Sicge, dans sa belle allorutioD proDoncéc à la réunion générale des catholiques belges à Louvain, le 30 avril 4874.
Depuis la mort de Mgr de Ram, notre Université a notablement agrandi le cercle de son enseignement par la création des Écoles spéciales des arts et manufactures, du génie civil et des mines; mais elle se fera toujours gloire de garder les traditions dont il était si jaloux, elle restera scrupuleusement fidèle à la pensée qui a présidé à sa fondation, au vœu de nos vénérés évêques et du Saint-Siège. Nous avons la ferme confiance que cette intelligente jeunesse, chaque année plus nombreuse (i), qui vient nous demander la science et une direction dans la vie, se groupera de plus en plus étroitement sous les nobles plis du drapeau de VAlma Mater et s'honorera de le défendre avec une indéfectible vaillance dans toutes les situations.
(4) L'Université compte actuellement 978 élèves.
NOTICE SUR MONSIEUR L. J. H. ERNST, PROFESSEUR ORDINAIRE A LA FACULTÉ DE DROIT DE L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN, PAR M. E. DE JAER, PRO- FESSEUR A LA MÊME FACULTÉ.
Le 3 mai 1871, est décédé, à Louvain, dans sa 73« année, M. Lambert-Joseph-Henri Ernst, professeur de droit civil à T Université catholique. Depuis vingt-sept ans déjà un état d'épuisement, qui lui rendait impossible tout travail sérieux quelque peu assidu, l'avait contraint d'abandonner une chaire qu'il a occupée cinq ans à peine ^i où il s'était, dès le début, acquis un nom remarquable et justement mérité.
Avec lui disparaît le dernier membre de ce savant et glorieux triumvirat des frères Ernst, — Gérard, Antoine et Lambert (i), — qui a rendu ■de si éminents services à notre pays dans la réorganisation des études universitaires et jeté un si vif éclat sur l'enseignement du droit d'abord à l'Université de Liège et plus tard à celle de Louvain.
Lambert Ernst naquit à Aubel, province de
(i) Un quatrième frère, Ulric Rrost, le second par Tâge, s'clait ■également distingué dans la carrière juridique. Reçu docteur en 4817, à l'École de droit de Bruxelles, il se fiia au pays natal, oii il «st mort notaire, à Moutien, en 1844.
I^iége, le 7 octobre 1798, d'une famille honorable -et profondément catholique. Un vénérable prêtre, ami de la famille, dirigea ses premières étu- -des au foyer domestique, sous Toeil d'une pieuse mère.
L. Ernst avait eu le malheur de perdre son père dès Tàge de dix ans; mais la Providence lui réservait dans le digne Gérard, Taîné do la famille, de seize ans plus âgé que lui, un guide et un soutien en qui lui et ses frères retrouvèrent l'afifection et le dévouement d'un père, en même temps que les lumières, le talent et le zèle d'un maître incomparable. Ernat aîné, dès cette époque déjà l'un des professeurs les plus distingués de l'École de droit de Bruxelles, décida sa mère à lui confier ses jeunes frères, qui tous trois vinrent le rejoindre à Bruxelles.
Le jeune Lambert acheva brillamment ses humanités au lycée impérial de cette ville, pour entrer bientôt après à l'École de droit, où il ne iarda pas à prendre rang parmi les meilleurs élèves. Le 24 juin 1817, il subit avec la plus .grande distinction le premier examen de baccalauréat en droit, qui lui valut un diplôme conçu dans les termes les plus flatteurs.
Sur ces entrefaites, l'arrêté royal du 25 sep- * tembre 1816, organique de l'enseignement supérieur dans les provinces méridionales du 'Royaume, avait décrété l'institution des trois Universités de l'État de Louvain, de Gand et de
Liège. Un arrêté du 19 août 1817, qui fixait Touverture des nouveaux cours au mois de novembre suivant, prononça en conséquence la suppression des Facultés de droit, des sciences et des lettres de T Académie de Bruxelles. Dans cette réorganisation des hautes études, une chaire de droit avait naturellement été réservée à réminent professeur de Bruxelles. Ernst aîné, à qui Ton avait laissé Toption, se décida pour Liège, où ses frères le suivirent.
Obligé de recommencer ses cours de droit à rUniversité de Liège conformément au nouveau régime établi, Lambert trouva dans les épreuves de la candidature et du doctorat qu'il eut à subir autant d'occasions de cueillir de nouvelles palmes, aux applaudissements unanimes de ses maîtres et de ses condisciples.
Le 6 août 1819, il défendit publiquement avec grande distinction le spécimen inaugurale requis pour la promotion au doctorat en droit romain et moderne.
Il avait pris pour sujet de sa dissertation, écrite en latin, pieusement dédiée â sa mère et placée religieusement par Fauteur sous l'invocation du, secours divin, les droits et les obligations des époux sous le régime de la communauté légale (1).
(4) Diitertatio inauguralit juridicade juribut et obligationibus legolis inter conjuget communionu secundum jiu civile hodiemum, ad-^ junetà de jure criminali norissimo qucutione (Liège, i8i9, Ai p. iD-4*^
Dans ce premier essai du jeane docteur se •dessinent déjà la plupart des qualités qui devaient bientôt distinguer le talent du magistrat «t former plus tard le trait caractéristique de renseignement du professeur : ordre et méthode dans la distribution des matières, grande clarté -dans Texposition, mesure et fermeté dans la discussion, rectitude et sûreté de jugement dans la discussion, le tout exprimé dans un style simple -et concis, si bien en harmonie avec le caractère essentiellement modeste du lauréat.
A cette dissertation sur une matière importante et pratique du droit civil, il avait joint une thèse de droit criminel, à Toccasion de laquelle se présenta un incident qui mérite d être re- <îueilli (1).
Il défendait le droit absolu pour le prêtre catholique de se refuser à révéler à la justice tout crime ou délit dont il n*aurait eu connaissance que sous le sceau du secret de la confession, alors même que la confidence lui aurait été faite par le coupable en dehors du tribunal de la pénitence, et sans en excepter le crime de lèsemajesté ou tous autres complots contre la sûreté de rÉtat prévus par les art. 103 et suiv. du Code
(1) Ce détail ainsi qae plusieurs antres reuseigoemeuts ont été empruntés â la notice consacrée à L. Ernst par U. Alphonse Le Roy, professeur à rCniversité dfi Liège, dans son Compte rendu des fèlet Jubilaires de cet établissement. (3 novembre 1867.)
lucide et droit, il savait avec un rare talent démêler la question la plus compliquée, mettre en pleine lumière le point saillant du débat, et faire toucher du doigt le fort et le faible des prétentions adverses. Caractère intègre et loyal, il présentait, d'un ton calme mais ferme, modeste mais convaincu, des conclusions toujours frappées au coin d'une équitable justice, d'une intelligente modération et de la plus rigoureuse impartialité.
Aussi jouissait-il, auprès des corps judiciaires auxquels il fut attaché, d'une haute autorité, aussi flatteuse pour son âge que parfaitement justifiée par ses heureuses qualités de l'esprit et du cœur. Le souvenir de L. Ernst est resté vivant et honoré au Tribunal de Namur comme à la Cour de Liège, où, cependant, il n'a guère passé qu'une année, pour aborder bientôt après la carrière de l'enseignement.
Avant de le suivre dans cette seconde phase de sa vie, nous manquerions à la justice due à sa mémoire, si nous ne rappelions les services nombreux et variés qu'il a rendus dans les différentes situations où l'appelèrent tantôt la confiance du pouvoir, tantôt le choix du corps électoral.
C'est ainsi qu'à Namur nous le voyons succès^ sivement appelé à faire partie de la Commission de surveillance de l'Athénée , à exercer les fonctions d'Auditeur près la Gûrde communale, à
siéger au Conseil d'inspection et de surveillance du dépôt de mendicité. Il n'était pas d'une année à Liège, qu'il recevait du Roi une marque toute particulière de confiance et d'estime : un arrêté du 8 juin 1835 le nommait Commissaire royal pour administrer, de commun accord avec le Commissaire du Roi de Prusse, la partie restée neutre du territoire de Moresnet.
Plus tard, de 1836 à 1839, nous trouvons L. Ernst au Conseil provincial de Liège, appelé à y représenter le canton d'Aubel, dans deux élections successives où il réunît la presque unanimité des suffrages.
Est-il nécessaire de faire remarquer que ces <liverses fonctions étaient toutes gratuites, et, qu'en acceptant ce surcroît de travail, il n'écouta jamais que le dévouement au devoir et le désir d'être utile à ses concitoyens?
L. Ernst possédait, d'ailleurs, à un rare degré les qualités qui font le bon administrateur : <;onnaissances étendues et variées, grande rectitude de jugement, fermeté et modération de caractère, sens pratique des affaires et, par-dessus tout, conscience inébranlablement attachée au devoir et au bon droit. C'est assez dire que chez lui l'administrateur fut en toute circonstance à la hauteur du magistrat.
Mais nous avons hâte de le suivre sur un dernier terrain plus particulièrement propre à mettre en relief et à faire briller sous un jour
nouveau la trempe spéciale de son esprit, la profondeur et la sagacité de son jugement et son aptitude exceptionnelle à scruter Tidée juridique et à pénétrer le sens intime des lois.
La loi du 27 septembre 1835 venait de réorganiser l'enseignement supérieur dans notre pays. Différentes causes avaient amené de nombreux vides dans le personnel enseignant des Universités de rÉtat. La Faculté de droit de Liège, notamment, avait vu s'éloigner deux de ses membres les plus distingués. Antoine Ernst, élu Représentant par la ville de Liège, lors de la dissolution de la Chambre en 1833 , avait dû , bien à regret, interrompre son enseignement; depuis le 4 août 1834, il siégeait au Ministère de la justice. Un an plus tard, Ernst aîné avait accepté la chaire de droit civil approfondi et celle de droit naturel à TUniversité catholique de Louvain. Cette double perte, grâce à l'auréole glorieuse qui entourait dès lors le nom d'Ernst, était particulièrement ressentie à l'Université de Liège. Il fallait y pourvoir, et y pourvoir dignement.
Un troisième Ernst restait, frère des deux précédents non-seulement par le sang et par le cœur, mais aussi par le talent, par la capacité, par la réputation acquise, le digne émule en un mot de ses illustres frères. Tout attaché qu'il fût à la carrière qu'il parcourait depuis de longues années déjà avec tant de distinction et de suc-
<^s;' malgré rhésitation bien nauireile qail éprouvait à aborder, à son âge, une carrière nouvelle, L. Ernst ne put résîsier aux pressantes instances du gouvernement, et, le 5 décembre 1835, il ouvrait à TUniversîté de Liège le eours de droit civil élémentaire dont il venait d'être chargé.
Son début fut une véritable victoire. Le départ d'Ernst aine pour Louvain avait vivement froissé les étudiants de Liège. Une cabale avait été montée parmi eux en vue de protester contre la nomination du frère de leur ancien maître. L. Ernst, sans rien connaître des dispositions fâcheuses de Tauditoire auquel il va s*adresser, monte en chaire, expose ses idées sur renseignement qu'il inaugure, et termine son discours au milieu des applaudissements enthousiastes de cette généreuse jeunesse qu*il venait de captiver.
Indépendamment du cours de droit civil, il ^vait été également chargé du cours de droit naturel ; mais, au bout de deux années, des moûfa de santé Tobligèrent â abandonner celui-ci, pour ne conserver que le premier de ces deux oours.
' Deux ans plus tard encore, en 1839, L. Ernst renonçait à la chaire de droit civil élémentaire .à rUniversité de Liège et acceptait la même chaire â rUniversité catholique, où il venait, en même temps que son frôre Antoine, rejoindre
une troisième fois le vénérable et bien-aimé Gérard , qui avait guidé avec tant de sollicitude leurs premiers pas dans la carrière des études juridiques et qui en recevait en ce moment une récompense si chère à son cœur.
Ce n^est pas un des moindres titres de Mgr de Ram, d'illustre et vénérée mémoire, à la reconnaissance de VAlma Mater, que d'avoir su associer à ses travaux le brillant ministre de la. justice et le savant professeur de Liège. Nouscomprenons avec quel sentiment de complaisante satisfaction, contenu par la douleur, il a pu dire, en prononçant Télogo funèbre d'Ant. Ernst : « Sa nomination à TUniversité catholique ajouta un nouveau lustre à notre Faculté de droit devenue légitimement âôre de réunir dans son sein trois frères dont les noms formaient un triple gage de gloire et de succès. »
Hélas ! ni ce bonheur, des frères, ni cette fière et légitime satisfaction de l'Université ne devaient être d'une bien longue durée. En l'espace de moins de trois années, ces trois voix sœurs, qu'une même destinée semblait devoir toujours réunir, avaient cessé de charmer leurs auditoires et de former la jeunesse universitaire à leurs doctes leçons.
Le 10 juillet 1841, Ânt. Ernst était frappé de mort à Boppard, sur les bords du Rhin, à la suite d'une aggravation subite du mal dont il allait chercher À l'étranger la guérison; quinze
mois plus tard, Ernst aîné succombait à Louvain à une affection grave des poumons; et dès le commencement de Tété de 1844, L. Ernst, d*une santé déjà compromise et que la mort de ses frères et d*autres deuils de famille avaient contribué à altérer plus gravement encore, se voyait contraint de suspendre son cours, qu'il n'a plus jamais repris.
Jetons un rapide coup d'œil sur cet enseignement ainsi brusquement interrompu et dont le souvenir, déjà si loin de nous, est resté présent à l'esprit et au cœur de tous ceux qui ont eu le bonheur de le recueillir.
On se ferait une fausse idée du cours de droit civil élémentaire de L. Ernst si l'on prenait ce mot élémentaire dans son sens littéral et tel qu'on l'entend généralement aujourd'hui. En créant ce cours, — qu'il se plaisait à qualifier plutôt de semi-approfondi^ — L. Ernst avait eu en vue de l'approprier à l'ordre de choses créé par la loi de 1835, au point de vue des exigences de l'examen.
Cette loi prescrivait, d'une manière générale et sans restriction, les éléments du droit civil pour l'examen de candidat, et le droit civil approfondi pour l'examen de docteur. Le cours de droit véritablement approfondi ne pouvait guère comprendre et ne comprenait en fait qu'une minime partie du Code civil, l'explication d'un ou deux Titres du Code par année, tandis que,
aux termes de la loi rigoureasement interprétée, Texamen de doctorat pouvait porter sur Ten- ^emble du Code. On avait dû dès lors chercher ^ remédier à ce défaut de concordance entre rétat réel de renseignement et les exigences de la loi en forçant en quelque sorte la portée naturelle du cours de droit civil élémentaire, lequel se trouvait ainsi destiné tout à la fois et aux élèves de la candidature et â ceux du doctorat.
Il s'agissait donc d'exposer, dans un cadre relativement restreint, — en deux années de temps, — les principes raisonnes du droit civil sur toutes les matières du Code ; de les coordonner dans un ordre systématique et naturel qui en fit sentir Fenchainement rationnel ; de grouper autour de chacun d'eux les principales conséquences, les exceptions, les dérogations, en les rattachant constamment au principe lui-même, de façon à en assurer de plus en plus TintelU- ^ence nette et la solide possession.
Nul mieux que L. Ernst ne pouvait tenter de réaliser ce programme; nul n'y a mieux réussi que lui.
Esprit éminemment méthodique, il excellait dans l'art de distribuer et de coordonner les divers éléments d'une matière, en assignant sa j uste proportion à chacune de ses parties. Doué d'une grande puissance de synthèse, il savait merveilleusement condenser la substance d'une «doctrine, et il arrivait, sans le moindre efforti &
la formuler avec une rare concision, qui n*enlevait rien à sa netteté ni à sa clarté. Toiyours le mot propre ; jamais un mot de trop ; et cependant, dans cet exposé en apparence si élémentaire des principes , i^éiôve attentif découvrait aans peine les jalons qui devaient le guider plus tard dans la solution des principales difficultés d'application.
La parole de L. Ernst était simple et correcte; son débit généralement calme, modeste et d'une grande égalité, ce qui imprimait à son cours <5ertain cachet d'austère sévérité. Mais ce maintien quelque peu sévère laissait facilement deviner tant de distinction et de consciencieuse dignité, tant de bonté et de sympathique dévouement, que son auditoire recueillait avec une 4Siorte de religieux respect cet enseignement substantiel et nourri, qui lui faisait aimer la science en même temps que l'homme éminent qui le lui dispensait.
Nous avons dit comment ce précieux enseignement se trouva tout-À-coup interrompu, pour ne plus recommencer.
Lorsque L. Ernst quitta Liège, en 1839, pour rejoindre ses frères à Louvain, il venait de contracter une union qui lui donnait de légitimes espérances de bonheur. Une année après, il perdait celle qu'il avait associée à sa destinée. Déjà commençait pour lui cette longue suite de douleurs qui ne devait pas avoir de terme en ce
inonde. Il vit successivement mourir ses frères^ sa mère, ses sœurs. Sa fille unique elle-même,, qui faisait sa consolation et qui était le digne objet de son légitime orgueil, fut prématurément ravie à sa paternelle tendresse.
Si ces malheurs incessamment répétés brisèrent sa santé déjà faible, son âme du moins n'en fut point abattue. Chrétien convaincu, soumis en tout à la volonté de Dieu, il bénit, comme Job, la main qui le frappait; et, n'ayant pas trouvé le bonheur ici-bas pour lui-même , il voulut répandre autour de lui les trésors de son excellent cœur.
Ceux que la mort de ses frères avaient laissés orphelins trouvèrent en lui un second père. Il ne voyait en cela, lui pour qui chaque noble action devenait un devoir, que l'acquit de sa dette de reconnaissance envers les enfants de ce frère aîné à la mémoire de qui il avait luimême voué un culte filial.
Ses bienfaits, d'ailleurs, ne se bornaient pas à. sa famille. Il accueillait tous les malheureux avec une égale bonté. Sa généreuse libéralité était inépuisable, et, fidèle au précepte du Maître, sa main droite ignorait ce que donnait la main gauche.
Bienveillant envers chacun, dans toute l'acception chrétienne du mot, d'une douce égalitéd'âme et d'une exquise sensibilité, d'une droiture scrupuleuse et d'une loyauté à toute épreuve^
d'une franchise enân et d'une fermeté incapable de la moindre capitulation de conscience, il commandait la sympathie, Testime et la considération.
Aussi, parmi ses collègues, ne comptait- il que des amis. Pendant ces longues années de souffrance pendant lesquelles il se survécut en quelque sorte à lui-même, obligé de renoncer à tout travail à Tâge où d'autres sont dans toute la maturité du talent, une de ses plus douces consolations était de s'entretenir de cette grande école catholique à laquelle il eût voulu consacrer une existence entière; de s'enquérir de ses progrès; de s'intéresser aux succès de ses élèves. L'Université, de son côté, a tenu à honneur de laisser figurer, pendant toute sa vie, le nom de L. Ernst au programme deç cours, rendant ainsi un dernier et reconnaissant hommage à ce nom glorieux dans la science, et qui avait si puissamment contribué à fonder la réputation de la Faculté de droit de Louvain, en l'entourant du prestige de son illustration.
Tous ceux qui ont eu le bonheur de vivre dans l'intimité de cet excellent homme, d'apprécier ce cœur d'élite, savent avec quelle fermeté d'àme, quelle patience et quel inaltérable courage il a soutenu, sans jamais défaillir, cette longue et douloureuse épreuve qui embrassa la moitié de sa carrière.
Animé de cette tendre et sincère piété qu'il
avait nourrie dès son plus jeune âge, il attendait sa dernière heure dans un religieux abandon à la Providence. Il la vit venir avec le calmé et la sérénité de Thomme de bien. Le 3 mai 1871 , paisiblement et sans souf&'ance, il s'endormit du sommeil du juste, laissant à tous Texemple d*une vie bien simple et silencieuse au jugement du monde , mais remplie d'œuvres et de jnérite devant Dieu.
NOTICE SUR FEU MONSIEUR J. B.VRANCKEN, PROFESSEUR ÉMÉRITE A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE L'UNIVERSITÉ CATHOLI- QUE, PAR LE D^ LEFEBVRE, PROFESSEUR ORDINAIRE A LA MÊME FACULTÉ.
L'Université catholique a Thabitude de réserver une place d'honneur dans ses Annuaires à la biographie des professeurs que la naort lui enlève. C'est un monument de reconnaissance qu'elle érige à ceux qui meurent à son service.
Je suis chargé de ce soin pieux à l'égard de feu M. Jean-Baptiste Vrancken, professeur émérite à la faculté de médecine.
Le professeur Vrancken était un ouvrier de la première heure. Il avait été appelé à l'honneur de l'enseignement aux premiers jours de l'installation de l'Université catholique à Louvain. Il lui a consacré sa vie entière ; on pourrait donc s'attendre à trouver ici une longue histoire de cette carrière de travail et de dévouement. Toutefois le laconisme de cette biographie n'étonnera pas les amis de Vrancken — et en parlant d'amis, j'entends désigner tous ceux qui l'ont connu, car personne n'a pu connaître cet excellent homme sans l'aimer. Il y a des vies, parmi les mieux remplies, qui peuvent tenir en quelques lignes; il y a des hommes — variété rare à
la vérité dans l'espèce humaine — qui ont la passion de l'obscurité et du silence. Ils accomplissent vaillamment la tâche que Dieu leur a confiée en ce monde, mais ils ne veulent d'autre témoin et d'autre rémunérateur que Dieu lui-même.
Vrancken était un de ces hommes rares.
Je me propose de retracer rapidement les diverses phases de cette vie sereine et d'apprécier ensuite le savant et l'homme.
Jean-Baptiste Vrancken naquit à Louvain, le 18 février 1805, d'une famille modeste mais aisée. Elle appartenait à cette vieille bourgeoisie de notre ville, où les traditions de religion, de travail et d'honneur se transmettent fidèlement d'âge en âge. Son père, marguillier de la collégiale de St-Pierre, partageait son temps entre les bonnes œuvres et son tranquille commerce.
Jean-Baptiste Vrancken était fils imique, mais il avait une sœur un peu plus âgée que lui. Ils passèrent ensemble leurs jeunes années, vivant de la même vie, recevant les mêmes leçons et cimentant ainsi cette fraternelle affection qui ne fut pas le moindre charnue de leur existence.
Les heureuses dispositions de Vrancken se révélèrent de bonne heure : lorsque, en 1816, il fit sa première communion à l'église de StrPierre, il fut proclamé premier. Il avait pour concurrent un autre enfant de Louvain, un ami d'en-
fance, qui resta l'ami de la vie entière; e jeune rival de Vrancken, qui n'arriva alors qu'au second rang, devait s'élever plus tard aux sommets de la science et des honneurs.
Peu de temps après, Vrancken commença ses humaniiës au collège de sa ville natale; il y remporta invariablement les premiers prix jusqu'à la an de ses études.
Les mêmes succès l'attendaient sur un théâtre plus élevé. Inscrit au mois d'octobre 1823 sur \a. liste des étudiants de l'Université de Louvain, il parcourut avec honneur toutes les étapes académiques, et, le 15 juin 1829, il était proclamé docteur en médecine avec la plus grande distinction. Nous aurons l'occasion de revenir sur la remarquable dissertation inaugurale qu'il produisit à cette occasion.
Le jeune docteur s'établit dans sa ville natale, au milieu des siens. Les malades de toutes les classes apprirent bientôt le chemin de sa maison, mais il réserva toi^ours la meilleure partie de son temps et de ses soins pour d'anciens amis qu'il se plaisait déjà à secourir pendant les loisirs de sa vie d'étudiant, les pauvres. Au reste il ne se laissa pas absorber par la pratique : il avait un goût très-vif pour les sciences naturelles, et la familiarité du professeur Van Mons, ce savant aux vues si originales et si profondes, était singulièrement propre à l'entretenir et à l'attiser. Dès l'année 1829, Vrappken était admis
en qualité de membre de la société des sciences médicales de Louvain, que présidait, alors déjà, son jeune ami le docteur Craninx. Il se préparait ainsi dans le recueillement du cabinet et dans Texercice pratique de son art à une position plus élevée, et j'ajoute qu'il s'y préparait à son insu, car sa modestie ne lui permettait pas de porter ses regards et ses désirs si haut. Le 13 février 1835, la nomination de lecteur à la faculté de . médecine vint le surprendre dans sa solitude studieuse. Les vénérables fondateurs de l'Université catholique le chargeaient du cours de pharmacologie et de matière médicale.
Avant d'aborder la chaire qui lui était conûée, Vrancken s'imposa une sorte de stage : il alla, pendant quelques mois, s'asseoir comme un sim^ pie étudiant i^ur les bancs de l'école de Paris qu'illustraient alors les Louis, les Maijolin, les Chomel, les Alibert, les Cruveilher, les Dupuytren.
En rentrant de ce pèlerinage scientifique, Vrancken commença immédiatement ses leçons. La promotion au titre de professeur extraordinaire ne tarda pas à constater le succès de son enseignement (\).
Désormais la vocation de Vrancken est fixée et ma tâche devieQt facile. Son temps sera parr
(1) t août 1838. Le ) août 1849, Vranckcii reçal In t'tre de professeur ordinaire.
tagé entre Tétude, renseignement, des relations affectueuses avec ses élôves et ses collègues, et les exigences toigours sacrées pour lui de la piété et des bonnes œuvres. Sa vie s*écoule ainsi laborieuse et sereine. S*il était permis à un médecin de commettre quelque réminiscence littéraire, je la comparerais volontiers à un de ces ruisseaux limpides qui coulent doucement à travers nos prés, en fécondant de tranquilles rivages. Ils n*ont pas de ces crues subites qui viennent, aux jours d'orage, jeter Témoi parmi les riverains. On ne leur connaît pas de cascades ; à peine un murmure, mais si léger qu^il n'éveille pas même les échos d'alentour.
Au reste c'était une vie très-remplie. Vers 1839, la Commission des hospices avait nommé Vrancken médecin de ses deux établissements d'aliénés (1). L'éminent Recteur dé l'Université, Mgr de Ram, saisit avec empressement cette occasion pour organiser à Louvain l'enseignement des maladies mentales, généralement négligé en Belgique à cette époque. Vrancken fut chargé de donner un cours théorique et des leçons cliniques sur cette branche importante des sciences médicales. A ces charges nouvelles
(1) L^etablissement des Sœors-Noires destiné au traitement des femmes aliénées, et rétablissement des Alcxiens, ancienne FondatioD on les aliénés reçoivent depuis plus de cinq siècles les soins dévoués du même ordre religieux, les Aiexiens ou Frères Céliles.
s*ajouta bientôt un autre surcroît. Les progrès incessants de la science amenèrent la nécessité de partager en deux branches distinctes le cours de pharmacologie et de matière médicale dont Vrancken était chargé : Tune, désignée sous le nom de pharmacologie, a pour objet la connaissance des médicaments considérés en euxmêmes, c'est-à-dire de leurs propriétéis physiques et chimiques, des moyens de reconnaître leur pureté et leurs sophistications, de leurs préparations diverses etc.; Tautre, connue sous la double dénomination de pharmacodynamie et de thérapeutique, étudie Taction des médicaments sur Torganisme humain et leurs applications au traitement des maladies. Vrancken resta titulaire des deux cours.
Après avoir satisfait à toutes les exigences de renseignement, Vrancken, grâce à Tadmirable régularité de sa vie, trouvait encore du temps de reste pour les œuvres de charité et de dévouement. En 1865, il fut nommé membre du conseil de fabrique de Téglise de St-Pierre, en remplacement d'un grand citoyen dont Louvain conserve Timpérissable souvenir, M. Van Bockel. Désigné comme président de ce collège, il a attaché son nom à la restauration de notre vieille collégiale, qu'il poursuivit avec un zèle infatigable.
La santé de Vrancken, sans être robuste, suffit longiemps à Taccomplissement de ces devoirs
mnltipliës. Toutefois elle s'affaiblissait peu à peu. En 1^4, il fut déchargé, sur sa demande, des fonctions de médecin des établissements d'aliénés et des leçons qui y étaient attachées. Quelques années plus tard, il résigna également le cours de pharmacodynamie et de thérapeutique. Il consacra le reste de ses forces et de son ardeur au cours de pharmacologie, pour lequel il avait toujours éprouvé une préférence marquée. Enfin ce dernier fardeau finit par devenir trop lourd pour ses forces épuisées, et & la fin de l'année académique 1869-1870, il se retira dans le repos de Téméritat.
En le voyant persister dans la tranquille régularité de ses habitudes, en lui retrouvant toujours sa bonne et souriante figure des meilleurs jours, nous nous faisions volontiers l'illusion qu'il avait encore de longues années & passer parmi nous. Vrancken lui-même devait croire que ses forces allaient se retremper dans le repos; i'^oute qu'il devait l'espérer. En effet, il n'était encore qu'au seuil de la vieillesse ; il se retirait entouré de la vénération publique, de la reconnaissance de VAlma Mater et de la sympathie de ses collègues. Il était du reste attaché à ce monde par l'affection de sa sœur, qui, en vieillissant, avait fini par le chérir comme un fils, aprôs l'avoir aimé comme un frère. La vie lui était douce, et dans le secret de ses pensées, il disait sans doute à Dieu, comme le mélancolique
Ozânam : « Faut- il quitter tous ces biens que vous-même, mon Dieu, m*avez donnés? ne voulez-vous pas vous contenter d'une partie du sacrifice? laquelle voulez -vous que je vous immole de mes affections ? Peut-être , mon Dieu ne le voulez-vous point. Vous n'acceptez point mes offï*andes intéressées ; vous rejetez mes holocaustes et mes sacrifices, c'est moi que vous demandez. Il est écrit, au commencement du livre, que je dois faire votre volonté, et j'ai dit : je viens. Seigneur (i). » En sentant sa vie défaillir de plus en plus, Vrancken comprit qu'il était arrivé au terme de sa course terrestre ; que Dieu lui accordait une halte avant le voyage de l'étertemité, mais que ce n'était qu'une halte. Il lui offrit pleinement le sacrifice de sa vie et il se hâta de mettre à profit ces jours de grâce pour se préparer au jour solennel qui n'aura plus de lendemain. Il commença par se débarrasser de ses biens comme d'un fardeau qui n'était plus propre qu'à arrêter l'essor de l'âme. A côté de la part de sa famille , il fit la part des bonnes œuvres et surtout la part des pauvres. Ainsi dégagé des attaches de ce monde, il se recueillit de plus en plus dans la prière et les œuvres de piété. Pendant ses derniers jours, il demanda et reçut les derniers sacrements avec la plus grande
(1) Ozanam. Le livre des malades, XIX.
ferveur, et le 16 août 1871, il remit doucement sou âme entre les mains de son créateur. La ville entière assista à ses funérailles.
Essayons maintenant d'apprécier le savant. Vrancken avait une intelligence nette, un jugement droit, une mémoire sûre. Rien de brillant, sans doute ; même une certaine lenteur dans ses élaborations intellectuelles, lenteur qu'accentuait encore une déâance native de lui-même. Mais quelle lucidité d'idées! quelle fermeté de jugement! quel classement méthodique de ses richesses intellectuelles ! Avec de pareils dons, une grande obstination au travail et une régularité monacale, Vrancken aurait produit plus d'oeuvres extérieures s*il n'avait été absorbé par les devoirs du professorat. Quoi d'étonnant? Il était chargé d'initier ses jeunes auditeurs à la connaissance de ces maladies pleines d'obscurité et de mystère qu*on appelle les maladies mentales ; mais ce n'était 1& que la moindre partie de sa tâche : le cours de thérapeutique lui impo^ sait plus de labeur encore. D'une part cette branche de notre science s'enrichit chaque année de ressources nouvelles qu'il faut apprendre â conntûtre et à apprécier; d'autre part elle est entrée dans une phase plus scientifique mais plus difficile : on ne se borne plus aujourd'hui à des notions empiriques sur l'usage des médi-
caments; on s^attache à saisir Faction de chacun d*eux sur les différents organes de réconomie humaine, et à déduire de cette étude les indications qu'ils peuvent remplir dans les maladies et les lois de leur administration.
Avec quel zèle et quel succès Vrancken suivait les évolutions successives de la science, les deux volumes manuscrits qu'il nous a laissés en sont Tirrécusable témoignage; c'est son œuvre principale. Les acquisitions définitives de la thérapeutique y sont consignées avec cette rare lucidité qui était le cachet particulier de son esprit ; les desiderata de la science y sont indiqués d'une manière précise, avec les premiers jalons qu'on a déjà plantés pour diriger les travailleurs de l'avenir.
Vrancken, comme* la plupart des hommes d'étude, avait ses questions favorites, et celles-là surtout sont traitées de main de maître. Je me borne à rappeler sa dissertation sur l'usage hygiénique et thérapeutique des bières (i). C'est une œuvre magistrale, à laquelle tous les auteurs qui depuis se sont occupés de la question ont puisé largement, et trop souvent sans en citer le modeste auteur. Traduite en hollandais, elle fut couronnée par la Société des sciences naturelles de Rotterdam, qui décerna au jeune docteur de
(1) Spécimen inaagurale medicum de iiku hygienico et the^apevtico cerevisiafum. — Lovanii, typis Peeters et Lameer.
Louvain une médaille d*or de grand module et le titre de ^pembre honoraire.
Il nous a été impossible de retrouver un autre mémoire que Vrancken avait présenté à l'Académie royale de médecine de Belgique, et que ce Corps savant jugea assez important pour mériter à son auteur le titre de membre correspondant (1). Vrancken, toujours déâantde lui-même, avait retiré ce travail pour y mettre la dernière main et il a disparu sans laisser de traces.
Tel était le savant. Il nous reste à dire quelques mots de Thomme. Je n'ai pas à rappeler ses traits : tous nous Tavons encore devant les yeux, avec sa haute stature, son grand proâl, son regard calme et un* peu voilé , et cette bouche qui ne riait presque jamais, mais qui souriait si souvent.
Je veux me borner à une esquisse morale.
Vrancken était bon. Je sais qu'on abuse sou* vent de cette épithète, surtout dans les panégyriques, mais je ne suis ici que Técho de la voix publique. Tout le monde sait que, de son vivant déjà, on ne l'appelait que le bon Vrancken; aujourd'hui que sa place est vacante, le meilleur d'entre nous se croirait honoré, si on disait de lui : il est bon comme Vrancken.
(1) Le SO octobre 184S.
Il était d'une modestie profonde, peut-être un peu excessive. Le bruit et Téclat le trouvaient parfaitement indifférent pour lui-même, mais en revanche nul n'était plus touché des succôs de ses- collègues ou des distinctions qui leur étaient décernées.
Sa vie était digne, frugale, mesurée. Il avait la passion de Tordre : le cours des astres n'est pas plus régulier que ne Tétait le cours de ses tranquilles journées. Mais ce n'était là en quelque sorte que la vie extérieure de Vrancken. Il était d'une grande piété; la grâce divine avait transfiguré ces qualités naturelles et en avait fait des vertus : sa bonté était devenue la charité et sa modestie Thumilité. C'était un saint.
Et maintenant que j'ai évoqué, pour lui rendre un dernier hommage, cette figure chère et vénérée, il me semble , en la voyant passer devant mes souvenirs, retrouver, égaré dans le monde laïc, un de ces moines dont Montalembert s'est fait l'éloquent historien; un de ces moines laborieux et obscurs, austères pour eux-mêmes, doux pour tous , vouant leur vie tout entière à la gloire de Dieu, au culte de la science et au service des hommes.
TABLE
Inauguration du monument érigé à la mémoire de feu Mgr de Ram. 5
Notice sur Monsieur L, /. H, Emst, professeur ordinaire à la Faculté de Droit de V Université catholique de Louvain, par M. E. De Jaer, professeur à la même Faculté. 22
Notice sur feu Monsieur J. B, Vrancken^ professeur émérite à la Faculté de Médecine de V Université catholique y par le />' Lefebvre, professeur ordinaire à la même Faculté. 39
ANALEGTES
PUBLIÉS PAR
A. J. NAMÈCHE.
LOWAIIV,