‹ Analectes pour servir à l'histoire de l'Université de LouvainChapitre 20 sur 22 · TYP. DE VANLINTHOUT FRÈRES · texte numérisé non relu

TYP. DE VANLINTHOUT FRÈRES

Impiimeurs de rUniversilé.

DÉCÈS DE Mgr LAFORET, DEUXIÈME REC- TEUR MAGNIFIQUE DE L'UNIVERSITÉ.

Dimanche, 28 janvier 1872, on lisait dans les Petites Afflches de Louvain :

La ville de Louvain vient de faire une grande perte, et son Université catholique est plongée dans le deuil. L*éminent et vénéré Recteur magnifique qui se trouvait à sa tête et qui, 11 y a six ans à peine, avait si dignement succédé à Mgr de Ram, dont TÉglise, la science et la jeunesse studieuse pleurent encore la perte, n'est plus : une maladie implacable et rapide Ta enlevé en quelques jours à Tamour et à la vénération des professeurs et des élèves de notre bel établissement universitaire.

Rien n'y a fait, ni les soins éclairés et incessants des éminents praticiens de la faculté de médecine. MM. Craninx, Lefebvre et Hayoit, ni les prières ardentes des professeurs comme des élèves : le Ciel, qui voulait le récompenser de ses vertus, s'est hâté de l'appeler à lui.

Mgr Nicolas Joseph Laforet, né le 25 février 1823 et décédé le 26 janvier 1872, vers onze heures du soir, était prélat protonotaire apostolique ad instar participantium, chanoine honoraire de la cathédrale de Namur, docteur en

théologie, officier de Tordre de Léopold, commandeur de Tordre du Christ, membre de l'académie royale de Belgique et de Tacadémie de la religion catholique de Rome. 11 laisse plusieurs ouvrages qui lui ont donné une grande et juste réputation dans le monde savant.

Le temps nous manque pour nous étendre davantage sur les vertus et les mérites de Téminent prélat, dont nous déplorons la perte. La nouvelle de la grave maladie qui devait le conduire au tombeau avait produit en ville une véritable consternation. Dès mardi les étudiants 8e réunirent et décidèrent de faire célébrer une messe pour implorer du Ciel la conservation de ses jours si précieux. Cette messe eût lieu le lendemain, en Téglise de St-Michel, au milieu d*nne assistance immense.

Le vénérable chef de notre diocèse, Mgr Dechamps, archevêque de Malines, est venu le visiter sur son lit de douleur, et il s*est fait renseigner journellement sur les progrès de la maladie.

Sa Mîgesté le R<h des Belges a également fait demander des renseignements sur Tétat du savant prélat; enfin, avant de rendre le dernier soupir, Mgr Laforet a eu la suprême consolation de recevoir de Notre Saint Père le Pape la bénédiction apostolique.

Nous empruntons au Journal de Bruxelles la récit des funérailles du vénéré prélat :

Louvain, 30 janvier.

Toute la ville est en deuil ce matin; on ne rencontre dans les rues que des personnes portant le crôpe au bras ou au chapeau, et se dirigeant vers le collège du Saint-Esprit. C*e&t là que sont déposés en chapelle ardente les restes du regretté recteur, du savant éminent, de rhomme de bien dont Louvain et la Belgique déplorent la ped;e prématurée.

De grands préparatifs se font pour les funérailles, les troupes se rassemblent, car Ton doit rendre à la dépouille mortelle de Mgr Laforet les mêmes honneurs militaires que ceux dus aux évoques.

Une immense salle du collège du Saint-Esprit est transformée en salon de réception. M. Vandensteen, directeur de ce collège, et M. le professeur Poullet, qui ont assumé la triste mission de présider aux Ainérailles, y introduisent successivement les personnages officiels et autres qui viennent assister à la funèbre cérémonie.

A onze heures moins un quart, le clergé de Saint-Michel vient procéder processionnellement à la levée du corps. Tout le monde alors prend place autour du catafalque, les notabilités, le corps professoral de l'Université, et les mille élèves qui remplissent toute la grande cour.

S0U8 le portique de laquelle la chapelle ardente a été improTisée. On remarque aux premiers rangs de Tassistance : MM. De Lantsheere, ministre de la justice; Thibaut, président, et SchoUaert, vice-président de la Chambre des représentants; Dechamps, ministre d'Etat; le comte Ig. Vanderstraten-Ponthoz, aide de camp du Roi ; les comtes do Mérode-Westerloo et de Ribaucourt, sénateurs; Mgr De Haerne, MM.Thçnissen, Kervyn de Lettenhove, Wasseige, Landelcos, Beeckman, Van Overloop, Reynaert, Wouters, représentants ; les généraux Marchai et de Villiers; Tétat-m^jor et un grand nombre d*officiers de la garnison; Mgr Donnet, doyen de Bruxelles; M. De Ram, conseiller à la cour d'appel de Bruxelles ; le conseil communal de Louvain en corps ; le tribunal de première instance, MM. Kumps, juge de paix de Louvain, M. Em. de Borchgrave, secrétaire de M. le ministre des affaires étrangères; M. Van Weddingen, aumônier de lacour ; M. de Mé vins, conseiller provincial de Namur et beaucoup d'autres notabilités.

Lorsque le clergé eut récité les prières préliminaires à la levée du corps, quatre discours fuirent successivement prononcés devant la dépouille mortelle : 1» par M. Thonissen, représentant et professeur à TUniversité catholique, au nom de l'Académie royale de Belgique, dont le défunt était membre ; 29 par le vice-recteur,

Mgr Namèche, au nom de TUniversitë; S» par M. Debaisieux, étudiant en médecine, au nom des élôves ; et 4o par M. le comte Ad. de Ribaucourt, au nom des anciens élèves de Y Aima Mater,

M. Thonissen s'exprime en ces termes :

« Messieurs,

» Je viens, à côté de ce cercueil, exprimer les douloureux regrets qu'inspire à TAcadémie royale de Belgique le décès imprévu de l'homme éminent et vénéré, dont nous allons célébrer les fiméraiiles.

f» La mort ne se lasse pas de frapper dans nos rangs et c'est parmi les professeurs de l'Université catholique qu'elle semble de préférence choisir ses victimes. En moins de »ept ans la classe des lettres a perdu à Louvain cinq de ses membres les plus distingués. Arendt, Baguet, David, de Ram ont disparu avant d'avoir atteint le terme ordinaire de la vie, et j'exerce aujourd'hui le triste privilège de représenter l'Académie en présence des dépouilles mortelles de Mgr Nicolas-Joseph Laforet.

» Le savant recteur de l'Université de Louvain n'a fait, pour ainsi dire, qu'apparaître au milieu de nous. Élu correspondant le 10 mai 1869, membre effectif le 8 mai de l'année suivante, il meurt le 26 janvier. Mais cette courte carrière

académique a suffi pour le faire respecter et aimer de tous ses confrères, quelles que fussent leurs opinions politiques ou leurs convictions religieuses ; elle a suffi pour nous faire amèrement déplorer sa mort prématurée.

» Vingt années de travaux brillants et de succès non interrompus avaient désigné son nom aux suffrages du premier corps savant du pays. Sa haute raison, son érudition profonde, sa critique vigoureuse et sagace, son remarquable talent d*écrivain lui avaient mérité le rare honneur d'une célébrité européenne. Nous comptions sur lui pour multiplier dans nos recueils ces belles et puissantes investigations philosophiques, qui scrutent la raison même, et 8*élevant par degrés à des sphères toigours plus brillantes et plus pures, finissent par chercher dans Tessence divine les conditions fondamentales de rame et de Tintelligence de Thomme. Et nos espérances semblaient devoir pleinement se réaliser!

« Explorant le vaste domaine de Thistoire des doctrines philosophiques, Mgr Laforet découvrit une savante théodicée du quatrième siècle, dans les œuvres de Tite de Bostra, Tun de ces courageux évéques d*Orient, contemporains de Julien TApostat, qui réfutèrent, avec autant de science que de talent, la théorie manichéenne des deux principes contradicteurs, que Bayle essaya de réhabiliter dans les temps modernse.

Il nous fit part de cette déconrerte, et nous raconta les principaux épisodes de l'attaque vigoureuse que Tite de Bostra dirigea contre le manichéisme sur le terrain de la métaphysique. Il nous prouva que ce Père arabe, dont les derniers historiens de la philosophie n'ont pas même cité le nom, était digne du siècle dont les Athanase, les Ambroise, les Augustin et tant d'autres esprits supérieurs ont fkit Tâge d'or de la littérature chrétienne.

y» C'était un début heureux que nous nous attendions, hélas ! à voir suivre de toute une série de travaux académiques aussi remarquables par le mérite du fond que par l'éclat de la forme. Le 8janvier, Mgr Laforet assistait encore & la séance ordinaire de la classe des lettres, et, comme toigours, sa conversation vive et enjouée, sa noble simplicité, sa douce tolérance lui valurent l'approbation unanime de ses confrères. Dixhuit jours plus tard, la mort, par un de ces mystérieux décrets de Dieu que nous voudrions en vain sonder, brisa une existence que nous croyions appelée & rendre de nombreux et glorieux services aux lettres nationales, et nos patriotiques illusions se dissipèrent au bord d'une tombe.

n Vous n'attendez pas de moi, Messieurs, que j'énumère ici tous les titres qui recommandent l'illustre défunt & la reconnaissance de ses contemporains et à l'estime de la postérité. Au sein

de rAcadëmie royale comme dans le corps professoral de rUniversité catholique, cette grande et noble vie trouvera des biographes dignes .d*elle. Il suffit, en cette triste circonstance, que je vous aie rapidement indiqué les doux et fraternels liens qui attachaient Mgr Laforet & la classe des lettres.

»» Cher .et vénéré confrère , nous ne vous disons pas un éternel adieu, parce que nous savons que ce freid' cercueil ne renferme pas tout ce qui reste de vous, tout ce qui reste de tant de piété, de vertu, de science, de bonté, de dévouement et d'honneur! Du bord du sépulcre notre pensée vous suit dans ces régions sereines, où Dieu récompense ceux qui Font fidèlement servi, où brille cette lumière éternelle dont la science humaine, quels que soient son rayonnement et sa puissance, n*est Jamais qu'un pâle et faible reflet.

n Au revoir! au revoir dans un monde meilleur! En attendant que nous ayons le bonheur de vous y rejoindre, nous conserverons religieusement votre souvenir! Aussi longtemps que la mort n*aura pas glacé le cœur du dernier de vos confrères de la classe des lettres, vous compterez un ami, un admirateur sur la terre.»

Mgr Namèche prend ensuite la parole et, d'une voix que Témotion couvre à chaque instant, prononce le discours suivant :

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