‹ Analectes pour servir à l'histoire de l'Université de LouvainChapitre 2 sur 22 · VAN BENEDEN, DOYEN DE LA MÊME FACULTÉ · texte numérisé non relu

VAN BENEDEN, DOYEN DE LA MÊME FACULTÉ

Monseigneur , Messieurs ,

« C'est un bien pénible devoir que celui qui nous réunit. — Nous avons rempli ce devoir pour d'autres, d'autres à leur tour le rempliront pour nous; car nous mourrons tous, et nos années s'écoulent sur la terre comme des eaux qui ne reviennent plus. » — C'e^t par ces paroles quj Mgr de Ram commençait le Discours qu'il a prononcé en 1842 sur la tombe du professeur J. G. J. Ernst, et il n'y a pas longtemps que ces autres ont rempli le même devoir pour lui , comme ils le rempliront demain pour nous : Hodie mihi, cras tibi.

Comme doyen de la Faculté des sciences, je viens rendre hommage à la mémoire d'un collègue regretté, qui a su acquérir, pendant une longue et honorable carrière, l'affection et l'estime de tout le corps universitaire.

Une voix éloquente et autorisée vient de nous tracer les principales phases de sa vie paisible- . ment occupée ; qu'il me soit permis- de vous entretenir surtout de Tliomme de science , qui a su rendre , dans la haute position où il s'est trouvé, des services réels à l'enseignement.

Etranger aux sciences mathématiques , j'ai eu recours aux lumières et à la bienveillance de notre savant confrère M. le professeur Gilbert, pour l'accomplissement 'de cette pénible tâche.

On l'a dit avec raison , pour bien juger un homme , il faut voir d'où il est parti , et dans quel milieu il a vécu.

Il serait en effet bien difficile d'apprécier la valeur relative des travaux de la jeunesse de Kumps, si l'on n'avait sous les yeux le mouvement des sciences mathématiques et leur situation à l'époque où il commença ses études universitaires.

L'on sait généralement que, vers la fin du XVI« siècle , la Belgique commençait à bçiller d'un vif éclat dans le domaine de la géométrie, et Y Aima Mater était alors au premier rang dans ce mouvement naissant : elle pouvait montrer avec fierté les Gemma, Adrien Romanus, et plusieurs autres. — Le XVII« siècle fut la période pendant laquelle cette activité scientifique atteignit sa plus grande intensité : peu de pays , assurément , auraient pu se glorifier d'hommes aussi remarquables que Simon

Stévin , Grégoire de Saint Vincont , le jésuite d'Aiguillon , le chanoine René , de Sluze, etc. ; mais , par une particularité remarquable , et qui ne s'explique pas complètement par Tétat d'asservissement où la Belgique se trouva, tantôt sous la domination espagnole, tantôt sous la domination autrichienne , ce fut au moment où la découverte du calcul infinitésimal et des lois du système du monde imprimèrent chez les peuples voisins une rapidité inouïe au progrès des sciences mathématiques et astronomiques , que la vie scientifique parut s'engourdir et presque s'éteindre. — Pendant la seconde moitié du X Ville siècle on ne peut guère citer que le commandeur de Nieuport qui ait cultivé avec quelque succès la haute analyse.

La période révolutionnaire et impériale , en amenant la réunion de la Belgique à la France , fut loin de remédier à cet état de choses : tandis que le développement des recherches scientifiques atteignait en France un degré de grandeur et d'éclat qui nous étonne encore aujourd'hui , et cela malgré les crises violentes que la société subissait constamment , la Belgique , privée du seul grand établissement d'enseignement supérieur qu'elle possédait auparavant , n'avait plus ni centre d'études, ni lien quelconque entre les intelligences capables de se livrer aux travaux scientifiques.

Dès lors il est facile de comprendre comment.

après la réunion de la Belgique et de la Hollande, renseignement des mathématiques était, lors de la création des Universités de Gand, de Liège et de Louvain , en arrière de près d'un ^ siècle sur ce qui s'était fait chez les autres nations. — Le recrutement même d'un personnel enseignant, à la hauteur de la science ; présenta les plus grandes difficultés, et les chaires de géométrie durent être confiées , soit à des Hollandais soit à d'autres savants venus de l'étranger. — A l'époque où Kumps vint s'asseoir sur les bancs universitaires, un seul professeur, chargé de tout l'enseignement mathématique , s'adressant à des jeunes gens mal préparés par les études préliminaires , ne devait leur offrir qu'un ensemble assez imparfait ; il était dans la nécessité de concentrer la meilleure partie de son temps sur les éléments, sur la trigonométrie, sur les principes de la géométrie analytique et du calcul différentiel. — Sous ce rapport Gand fut mieux partagé , comme on peut le voir par le nombre de docteurs qui présentèrent leurs dissertations inaugurales sur les mathématiques pendant la période de 1819 à 1830 ; il n'y eut que deux docteurs à Louvain ; Gand en eut treize. Cet état de langueur dans toutes les études scientifiques fut, au reste, de très- courte durée en Belgique. — En ^eu d'années , dans l'intervalle qui s'étend de 1820 à 1830, le mouvement prit une extension des plus remarquables dans

la sphère des sciences mathématiques en général , et surtout de la géométrie : les Mémoires de TAcadémie et la Correspondance mathématique de Quetelet présentent un témoignage des plus curieux de cette activité, à laquelle ces deux recueils concoururent d'ailleurs pour une large part.

Mais à l'époque où Kumps abordait les études du doctorat, ce moment n'était pas encore venu , et il ne faut pas s'étonner du succès éclatant qu'obtint à l'Université le mémoire qu'il présenta au concours de l'année 1^20, bien que la question eût à, peu près exclusivement pour objet la géométrie élémentaire.

Il s'agissait de déterminer, sans en laisser échapper un seul , tous les solides polyédriques que Ton peut inscrire dans une sphère, en les composant de polygones réguliers de deux espèces seulement; il fallait en outre résoudre différents problèmes que l'on peut se proposer sur ces solides.

Cette question est résolue dans la dissertation du jeune étudiant avec beaucoup d'adresse et d'élégance et d'une manière tout à fait complète. Après avoir exprimé, autant que possible, les conditions du problème par des équations algébriques, ce qui ojffrait quelques difficultés, il ramène la question à une espèce d'analyse indéterminée fort ingénieuse, et par une marche rigoureuse, sûre et claire à la fois , il trouvé et

détermine complètement les solides qui font Tobjet du concours. Dans plusieurs passages, par remploi de la trigonométrie sphérique , par celui de la règle de Cardan pour la résolution des équations du troisième degré , il montre que les théories, qui s'élèvent au-dessus des éléments, lui sont déjà familières.

Le sénat académique décerna le prix à ce tr&vail, en y ajoutant les éloges les plus flatteurs.

La dissertation inaugurale que Kumps présenta pour le doctorat roulait encore sur une question de géométrie pure : c'était le développement et la généralisation de diverses propositions qu'il avait publiées dans un recueil scientifique, et appliquées à la solution de plusieurs questions de géométrie élémentaire.

. Kumps se propose de déterminer la surface engendrée par le cercle de contact d'une sphère de rayon variable et d'un cône, tangent en outre à une sphère fixe ; il démontre sans peine que cette surface est de révolution autour de la droite qui joint les centres des deux sphères, et il établit l'équation qui la représente suivant la méthode de Descartes pour figurer les lignes et les surfaces. Le problème est alors ramené à étudier une simple courbe plane, engendrée par le point d'intersection de deux cercles à centres fixes, mais à rayons variables suivant une certaine loi. En appliquant l'analyse infinitésimale, Kumps discute la forme de cette courbe dans les diffé-

rents cas qui peuvent se présenter, parvient à calculer sa courbure, la surface qu'elle renferme, ainsi que la surface et le volume du solide qu'elle engendre, en tournant autour de la ligne des centres. Il montre dans ces recherches qu'il s'était rendu maître du calcul intégral, et qu'il savait l'appliquer habilement à la solution des problèmes de géométrie. Dans la partie qui termine sa dissertation , et qui est la plus intéressante , il établit une belle propriété de la courbe qu'il vient d'étudier, en faisant voir qu'elle ne diffère pas d'une courbe bien connue, appelée épicycîoïdey ce qui lui donne deux procédés différents pour décrire cette courbe par un mouvement continu.

Kumps fut le premier lauréat de l'Université de Louvain dans les sciences mathématiques , et il obtint une médaille en or pour prix de son labeur (i).

L'année suivante, en 1822, le lauréat de ^Lou-

(I) Cette méd^iille porte les inscriptioos suivantes :

HONnS ALIT ARTE8 CMIV. LOTAN. MDCCCXXI \

et sur le revers :

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