‹ Analectes pour servir à l'histoire de l'Université de LouvainChapitre 3 sur 22 · JOS. KUMPS · texte numérisé non relu

JOS. KUMPS

IN CBRTAllirfR LITBRARIO

BRUDITIORES JUVBNTDTES

BELO I CiB

VICTORI

nOCTRINA PROEMIUM.

vain subit ses examens summa cum laude, et il fut proclamé avec la solennité de Tépoque docteur en sciences physiques et mathématiques (1).

En 1834 Kumps fut un des premiers appelés pour enseigner les mathématiques à l'Université catholique.

Plein de bouté et de dévouement pour ses élèves, notre regretté collègue laisse les meilleurs souvenirs parmi tous ceux qui ont suivi ses leçons depuis trente-quatre ans.

Ce n'est pas à Kumps qu'on aurait pu appliquer les paroles que Tacite adressait aux maîtres de son temps : « d'employer pour réunir des disciples , non pas un enseignement sévère et un talent éprouvé^ mais les manèges de Tintrigue et les amorces de la flatterie. »

La vie du collègue Kumps^ était étrangère aux ambitions et aux vanités du monde, et il semble avoir compris pendant sa longue et honorable carrière les ineffables jouissances des études qui ont fait les délices de sa jeunesse.

Personne n'avait plus de zèle que lui pour l'accomplissement de tous ses devoirs, et nous l'avons vu constamment assister avec autant

(I) Sa dissertatioo est intitulée : Dissertatio inaitguralis mathematica de locis punctorum contactus planorum duas sphœraft corntnnniter tangentium posito unhu radio variabili.

de bonne volonté aux inscriptions et au recensement des élèves qu'aux réunions académiques.

Son accueil dans toutes les circonstances était affable et affectueux, et la politesse , qui n'est au fond que la pratique de la charité chrétienne , comme Ta dit avec raison notre savant ami Tabbé Van Heeswyk, il la pratiquait avec rigueur et austérité. — Il n'a jamais perdu de vue que la charité a pour principe fondamental la maxime évangélique : ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu'on vous fasse.

Il lui a été donné de parcourir une carrière longue et honorable, et il a vu arriver sa fin avec calme et résignation. Quelques jours avant sa mort, il fit remarquer à un de ses amis intimes qu'il était maintenant le dernier survivant laïque de la petite phalange qui a inauguré l'Université catholique à Malines, et que son tour arriverait bientôt. Mais, ajoutait-il aussitôt, mes enfants peuvent se passer aujourd'hui de mon appui, et je suis prêt à répondre au premier appel qui me sera fait.

Kumps est mort, comme il l'avait* dit, avec une résignation toute chrétienne et avec la confiance d'un homme de bien.

Ainsi s'est écoulée dans le calme d'une vie paisible cette bonne existence qui nous laisse d'amers regrets.

DISCOURS PRONONCE A LA SALLp DES PROMOTIONS LE 20 FÉVRIER 1868 PAR N. J. LAFORET , RECTEUR DE L'UNIVER- SITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN, APRÈS LE SERVICE CÉLÉBRÉ A L'ÉGLISE DE SAINT PIERRE POUR LE REPOS DE L'AME DE MONSIEUR V. J. FRANÇOIS, PROFES- SEUR ORDINAIRE ET DOYEN DE LA FA- CULTÉ DE MÉDECINE.

Messieurs ,

La Faculté de médecine, si longtemps épargnée, vient de fournir, elle aussi, son tribut à la mort : la voilà découronnée; elle a perdu son doyen d'âge et l'une de ses gloires.

Que de douleureux déchirements au sein du Corps académique ! Que de séparations navrantes en quelques semaines ! L'Université est comme enveloppée dans un deuil sans cesse grandissant par des pertes chaque jour renouvelées ! Trois professeurs enlevés en moins de deux mois , et tous trois avec une soudaineté foudroyante ! Comment ne pas être ému devant un tel spectacle ! Il est vrai, le cher et vénéré collègue que nous venons de perdre avait atteint un âge trèsavancé ; mais cet aimable et excellent vieillard

avait gardé la fraîcheur et les grâce! de la jeunesse : il jouissait d'une santé robuste encore, et son esprit n'avait rien perdu de cette vivacité, de cette finesse, de cette verve, de ce piquant toujours assaisonné de bonté, de cet enjouement délicat, qui donnaient un si grand charme à sa conversation. Huit jours à peine avant sa mort, nous nous plaisions à jouir, en compagnie de plusieurs d'entre vous , de cette conversation si spirituelle, si aimable et en même temps si pleine d'intéressants souvenirs, du professeur François. Qui eût songé, en le voyant alors si vigoureux, si pétillant de verve, si rayonnant de joie et de bonheur, qu'il nous serait sitôt ravi ?

Ah! Messieurs, je ne puis me lasser de le redire, Dieu ne se lassant pas de nous l'attester : que cette vie est fragile, et qu'elle serait vaine si elle ne portait en soi le principe d'une vie qui ne doit jamais s'éteindre ! Que je plains ces hommes aveugles qui , oublieux de notre dignité et méconnaissant la raison plus encore que la foi, enferment tristement toute la destinée humaine entre un berceau et une tombe, toujours si rapprochés ! Si tout finit à la mort, il ne vaut guère la peine de vivre ; et notre existence présente, où tout aspire à l'immortalité, n'est plus qu'une amôre ironie et la plus cruelle des déceptions. Ce n'est pas ainsi que la comprenait le savant médecin dont nous pleurons la perte. Cette courte vie était à ses yeux le champ clos

où se décide et s'ébauche la destinée éternelle de rhomme, et c'est là ce qui en faisait pour lui la valeur et le prix. Rien de plus grand que la vie présente considérée à la lumière de la vérité chrétienne ; rien de plus pauvre , rien de plus triste , rien de plus misérable quand on la voit à travers les ténèbres pleines de honte du matérialisme.

François ne fut pas toujours chrétien; son adolescence et sa jeunesse se nourrirent de l'esprit léger et sceptique du dix- huitième siècle; jamais néanmoins il ne descendit jusqu'aux grossiers abaissements du matérialisme. Les études et les réflexions de son âge mûr, aidées des prières, des exemples et des conseils de la femme intelligente et pieuse qu'il s'était choisie pour compagne, lui firent retrouver ces fortes croyances catholiques qui sont le flambeau et la consolation de la vie ; et durant les trente années qu'il passa à l'Université de Louvain, il se montra digne des principes de la grande institution dont il fut un des maîtres les plus éminents. Il est mort dans la paix et la sérénité du juste, plein d'espoir dans les mérites de Celui qui a vaincu la mort en la subissant lui-même librement pour nous. Nous venons d'offrir encore , dans le sacrilice de la messe, ces mérites de l'immolation volontaire du Verbe incarné à la Justice souveraine pour l'àme du regretté professeur, et tout nou^ autorise à croire qu'elle jouit dès mainte-'

nant de cette parfaite et béatifique lumière que lui préparait ici-bas le demi-jour de la foi et de la science:

Il nous reste un autre devoir à remplir; nous allons esquisser rapidement les principaux traits de la carrière du professeur François.

Victor Joseph François naquit à Lille le 28 janvier 1790. Ses parents étaient originaires d'Arras. Il eut le malheur de perdre sa mère avant d'avoir pu en recevoir ces leçons et cette direction religieuses que rien ne remplace. Son père, avocat de mérite, avait eu pour condisciple au collège d'Anchin, près Douai, le célèbre jurisconsulte Merlin, et il dut à l'amitié de cet ancien condisciple d'échapper à la hache de la révolution , qui , trop réelle image du Saturne antique , dévorait ses enfants aussi bien que ses ennemis. Le père de notre futur collègue appartenait au parti honnête et modéré de la révolution. Il se vit arrêté tout à coup à Arras par les ordres d'un de ses compatriotes , le farouche proconsul de la république, Joseph Lebon, transporté à Paris et enfermé à la Conciergerie ; il était condamné à mort et allait porter sa tête sur l'échafaud, lorsque la chute de Robespierre, au 9 thermidor, permit à Merlin d'intervenir en faveur de son ami d'enfance et de le sauver. Sous le consulat , François fut envoyé à Mons comme commissaire du gouvernement pour y organiser l'administration des contributions directes ; il se fixa dans

cette ville et y remplit les fonctions de directeur des contributions jusqu'à la fin de Fempire.

Imbu de la plupart des préjugés irréligieux du philosophisme révolutionnaire au sein duquel il avait grandi, profondément ignorant des doctrines et de rhistoire du christianisme , François abandonna au hasard l'éducation morale et religieuse de ses enfants , il ne s'en occupa guère. Son fils Victor dut le* bienfait de sa première communion aux démarches et aux soins pieux d'une vieille domestique. Quelles racines la foi chréxienne pouvait-elle jeter dans l'âme d'un enfant qui croissait dans une telle atmosphère?

Dieu avait merveilleusement doué le jeune Victor François. Il fit d'une manière brillante ses humanités au Lycée de Mons. Il s'éprit de la beauté littéraire des auteurs classiques de Rome ; il noua dès lors avec eux un commerce intime et familier, et il trouvait un tel charme dans ce commerce que ni les travaux scientifiques les moins littéraires par leur nature ni les plus graves occupations ne purent jamais le lui faire oublier. Il se plaisait surtout dans la lecture de Virgile et d'Horace, il y prit toujours un vif plaisir, et ces. écrivains lui étaient devenus si familiers que dans sa vieillesse encore il en récitait de mémoire de longs morceaux. Le jeune humaniste ne se renfermait pas dans le cercle des éludes ordinaires du collège. Il aimait passionnément la lecture, et il dévorait les livres

qu'il rencontrait dans la bibliothèque de son père. Grand nombre de ces livres n'étaient guère propres h affermir les croyances chrétiennes dans rame du jeune François, ils appartenaient à cette école du dix-huitième siècle , moitié déiste moitié athée , dont les représentants s'appelaient fastueusement eux-mêmes les philosophes y peutêtre parce qu'ils s'étudiaient à ruiner toute philosophie i^érieuse. Parler aujourd'hui, Messieurs, do la philosophie de Voltaire , de Rousseau , d'Helvétius, de Lamettrie, du baron d'Holbach, et même de Condillac, ce serait exciter la risée universelle. Le nom de sophiste , si honorable à l'origine, est devenu une injure pour avoir été porté par ces tristes bateleurs de la gensée et de la parole dont l'ironie de Socrate délivra la Grèce ; peu s'en fallut que Voltaire et ses amis ne déshonorassent aussi à jamais le nom de philosophe en se l'attribuant.

Le goût des sciences naturelles se manifesta de bonne heure chez Victor François. Durant son séjour au collège de Mons, il se plaisait à utiliser ses promenades en herborisant; il recueillait des plantes et, au retour, s'en faisait expliquer la nature et les propriétés par un de ses professeurs.

Il se décida très-jeune à suivre la carrière médicale. Dès l'âge de quinze ans, il fréquenta une officine de pharmacie où il s'initiait à la préparation des médicaments. A seize ans il

était à Paris , et il y suivit les leçons de professeurs illustres, en sciences et en médecine. Il fut pendant deux ans le préparateur de Thénard. Jussieu, ayant remarqué le goût du jeune étudiant pour la botanique , le prenait avec lui dans ses herborisations aux environs de Paris et dans le centre de la France. Les habitudes sérieuses et la vie studieuse et régulière de François lui valurent l'estime de ses maîtres. Le jeune François n'était pas croyant. Il ne nourrissait ïiucune hostilité contre la religion, mais il ne la connaissait point et ne songeait pas que le premier devoir de l'homme est de chercher à la connaître. Le sentiment de sa dignité personnelle , une certaine délicatesse innée , joints au goût des choses sérieuses , le préservèrent des excès du matérialisme grossier qui régnait au sein de la jeunesse des écoles. Plus tard , lorsqu'il aura retrouvé la foi et les fortes règles de conduite qu'elle impose, il aimera à rappeler la pureté de mœurs de sa jeunesse au milieu de ce qu'il nommait le bourbier universitaire de Paris.

Pendant le cours de ses études académiques , François se lia d'amitié avec deux jeunes gens qui conquirent ensuite une belle renommée scientifique, l'un en médecine, l'autre par ses travaux sur la physique ; nous voulons parler de Lallemand, de Montpellier, et de Desprez. Cette amitié ne se refroidit pas avec les années ; ces deux savants conservèrent les meilleures

relations avec le professeur de médecine de l'Université de Louvain.

François fut reçu docteur en médecine par la faculté de Paris le 31 juillet 1813. Il fut nommé médecin de la prison militaire de Mons le 4 décembre de la même année. Le jeune Docteur eut sur le champ Toccasion de déployer sur ce premier théâtre toutes les ressources de sa science médicale et d*y dépenser la généreuse ardeur de son dévouement. Les grandes guerres de Fempire, alors à son déclin, avaient jonché le sol de TEurope de blessés et de'malades; les hôpitaux de Mons regorgeaient de militaires français et étrangers, et le typhus faisait parmi eux d'effroyables ravages. François obtint du Préfet du département Tautorisation de soigner ces infortunées victimes de la guerre. II le fit avec le plus grand succès. Plusieurs de ces malheureux étaient espagnols. Esprit vif et ouvert autant que caractère généreux , il mit à profit ce commerce quotidien avec ses malades espagnols pour cultiver la belle langue de Lope de Véga et de Cervantes ; et l'on vil ce jeune médecin lire lui-même aux ofilciers espagnols convalescents, pour adoucir leurs ennuis en leur rappelant la patrie , leurs meilleurs écrivains nationaux.

Le mérite et le rare dévouement de François furent remarqués. L'un des principaux chirurgiens de l'armée française, le baron Percy, lui offrit une position très-honorable dans le service

médical de Tarmée ; François déclina cette offre, et comme le baron Percy insistait et se montrait désireux de Tobliger pour les services qu'il avait rendus, il lui demanda pour toute récompense de vouloir donner cette position à un de ses amis. Le gouvernement français se ressouviendra néanmoins un jour de ces services, et en 1852 Napoléon III enverra au professeur François la croix de la Légion d'honneur, si vaillamment gagnée par le jeune praticien de 1813 et de 1814 sur le champ de bataille des hôpitaux de Mons. Le docteur François se fit tout de suite à Mons une position trôs-honorée , qui devint chaque jour plus considérable. Toujours avide de savoir, il consacrait à l'étude tous les moments que lui laissait une clientèle sans cesse croissante, et ses connaissances médicales s'affermissaient en s'étendant ; il suivait avec une attention trôséveillée les progrès de la science. En 1822 il fut nommé membre de la commission médicale du Hainaut, et bientôt après il en devint \q président. La supériorité de François avait été d'autant plus aisément reconnue et acceptée de ses confrères , qu'elle cherchait moins à s'imposer : il était aussi modeste qu'intelligent et instruit, et l'aménité de son caractère , rehaussée par la délicatesse exquise de ses manières , donnait à son commerce un charme qui séduisait. Plusieurs travaux publiés dans divers recueils étendirent bientôt sa renommée scientifique. En 1824

et 1825 il inséra dans les Annales de la médecine physiologique de Broussais deux Mémoires, l'un sur les inflammations chroniques des viscères de l'abdomen, Tautre sur les fièvres intermittentes pernicieuses. De 1825 à 1828, il publia dans la Bibliothèque nationale et étrangère différents Mémoires ; nous n'en signalerons qu'un, qui doit être regardé comme une première ébauche du grand travail que François publiera plus tard et qui asseoira définitivement sa réputation de savant dans le monde médical , c'est un Mémoire traitant de l'oblitération des artères considérée comme une des causes de la gangrène dite spontanée. Au mois de mai 1827, un cas de gangrène spontanée s'était offert à l'habile praticien ; cette maladie, si mal connue encore, fixa son attention et devint dès lors l'objet spécial de ses études. Il chercha vainement la lumière dans les écrits des médecins les plus estimés, il n'y rencontra qu'incertitude sur les causes et le traitement d'un mal que la science disait spontané pour se dissimuler, ce semble, à elle-même son ignorance. François ne se découragea point. « Irrité plutôt que vaincu par les obstacles , je le laisse parler lui-même , nous nous sommes mis à l'œuvre ; nous avons travaillé , médité , surtout nous avons observé ; enfin, moitié fort des travaux d'autrui, moitié riche de notre propre fonds, nous en sommes venu à dissiper l'obscurité qui s'était offerte à

nos yeux (i). >» Pendant qu'il poursuivait ces études, la Société royale de médecine de Bordeaux convia précisément les praticiens à résoudre cette question en la mettant au concours. C'était en 1830. François descendit dans la lice et remporta le prix ; son travail fut couronné ; il y a plus , il plaça Fauteur au rang des maîtres de la science. On le comprendra par ces paroles du rapporteur de la commission chargée de l'examen des Mémoires : « Nous ne possédions rien de précis et de positif sur cette espèce de gangrène : nature , causes , symptômes , traitement, tout ici était en quelque sorte à découvrir ou à examiner de nouveau. » Et après le travail du jeune savant belge que reste-t-il à faire ? Rien ou presque rien, au témoignage du même rapporteur : « Si la question n'est pas complètement résolue , continue-t-il , il restera au moins trèspeu de chose à faire à ceux qui voudront par la suite reprendre en sous-œuvre un pareil sujet. » Et en effet. Messieurs, il ne semble pas que rien d'essentiel ait été ajouté depuis à cette belle monographie ; elle fait encore autorité dans la science , et Fexpérience a achevé de démontrer l'exactitude de celles même des vues de l'auteur qu'il n'était pas possible alors de contrôler.

Cette œuvre fut universellement applaudie et conquit au docteur François une brillante répu-^

(1) Euai sur les gangrènes 'spontanées, Avant-Propos, p. x.

tation scientifique. Elle parut en 1832, et l'auteur la dédia à Léopold !«% qui venait de consacrer notre indépendance nationale en acceptant la couronne de Belgique. François avait salué avec joie la chute de la domination néerlandaise et acclamé avec enthousiasme le mouvement vraiment libéral de 1830 ; c'est lui qui avait organisé la garde urbaine à Mons, et on le vit accourir un des premiers à Bruxelles pour y soigner les blessés.

L'année même où il publiait son Essai sur les gangrènes spontanées, le savant médecin rendit à la ville de Mons d'inappréciables services. L'invasion soudaine du choléra avait jeté partout l'épouvante. François combattit avec l'intelligence la plus courageuse cette terrible maladie ; il organisa les services médicaux, et, pour mieux triompher de la panique qui s'était emparée des esprits et rassurer les personnes dont l'assistance lui était nécessaire, il n'hésita pas à s'installer en plein hôpital et logea au milieu des cholériques. Il adressa, à cette époque, plusieurs articles sur le choléra à la Gazette médicale de Paris.

Peu après, il fit une étude spéciale des maladies qui frappent les populations houillères , en rechercha les causes et signala plusieurs indications très-utiles à l'hygiène de ces nombreux ouvriers qui passent leur vie dans les mines.

Les études médicales n'absorbèrent point toute

l'activité intellectuelle de François. Il cultivait aussi la géologie, la minéralogie, la zoologie; il traita diverses questions relatives à ces sciences. Son esprit, ouvert aux choses les plus différentes , s'intéressait à toutes les branches des sciences et des lettres. Il fut un des fondateurs de la Société des sciences , des arts et aes lettres du Hainaut, inaugurée à Mons le 13 juin 1833. En ouvrant la séance solennelle de cette Société le 14 mars 1834, il exprimait le vœu que la Belgique, désormais indépendante sous le rapport politique , le devînt aussi sous le rapport intellectuel : « Puisque le Belge , disait-il , possède enfin une patrie dans Tordre politique, qu'il s'en crée une , dans le domaine de l'intelligence. Si, par son courage, la Belgique a su s'élever au rang de nation , que , par les faveurs qu'elle accorde aux sciences et aux arts, elle prenne aussi place parmi les peuples éclairés; qu'elle ait ses littérateurs, ses artistes, ses savants, ses écrivains, ses hommes de génie, mais reconnus, jugés,' applaudis et récompensés par elle. » François devait être , et par son exemple et par les encouragements qu'il ne cessa de prodiguer aux jeunes gens curieux des choses de l'esprit, l'un des principaux promoteurs du mouvement intellectuel qui honore notre pays. Nommé président de la Société des sciences, des arts et des lettres dès sa fondation , il le demeura jusqu'au jour où l'épiscopat belge l'appela à occuper une chaire

à rUniversité catholique de Louvain. Sa popularité était grande , et il en usait dans Tintérêt des lettres.

Un homme, Messieurs, si riche, si généreuse, si honnête que soit sa nature, est incomplet tant qu'il n'est pas chrétien. Nul ne le comprenait mieux que notre éminent collègue dans les années qu'il passa au milieu de nous. Jamais il ne fut hostile à^la religion; il se plaisait même,dans sa vieillesse , à rappeler que dans sa pratique médicale, à l'époque où il n'était pas croyant, il avait néanmoins toujours scrupuleusement rempli ses devoirs de médecin en avertissant ses malades de se préparer à paraitre au tribunal de pieu. François, comme la foule des incroyants , avait vécu étranger aux enseignements de l'Eglise catholique ;?il ne savait rien de cette grande religion qui est le fait capital de l'histoire de l'humanité , et ce noble esprit , si curieux de tout apprendre, avait [négligé l'étude de la chose qui seule importe souverainement à l'homme. On oublie trop aujourd'hui , dans ces matières de l'ordre moral, qu'il y a des ignorances coupables et des erreurs criminelles , et que c'est une obligation pour l'hommeTde connaître la vérité et de lui obéir. Il faut nier la rai-, son pour ne pas confesser qu'un être intelligent et libre est tenu de chercher à savoir quellejest sa fin et quelle est la voie à suivre pour yjatteindre. Il appartient à Celui qui sonde les cœurs et

les reins de discerner à quel point, dans tel cas donné, l'ignorance religieuse est réellement coupable.

Sitôt que Thomme excellent que nous pleurons eut abordé Tétude sérieuse et sincère de la doctrine catholique , il en reconnut la vérité , et sa foi ne tarda pas à se réveiller plus vive et plus forte que dans son enfance. Il avait une femme aussi distinguée par l'intelligence que par le cœur et très-instruite de la religion ; secondée par un vénérable curé de Mons, elle fit lire à son mari des ouvrages religieux très- solides et devint le glorieux instrument dont Dieu se servit pour lel^amener aux croyances et aux pratiques chrétiennes.

Je dois rappeler ici un fait qui, assez longtemps avant sa conversion , produisit une vive impression sur l'àme honnête et naturellement religieuse de François. Il avait eu, comme médecin, des relations avec un conventionnel célèbre, Barôre , réfugié à Mons sous le gouvernement de la restauration ; il recevait les confidences de ce révolutionnaire , et il avait vu , avec une clarté sensible, que l'âme humaine aussi a ses plaies , parfois plus cuisantes que celles du corps. L'ombre de l'infortuné Louis XVI poursuivait jour et nuit le régicide ; il était en proie à des terreurs et à des remords, cruels que toutes les ressources^ de la médecine étaient impuissantes à calmer. Notre regretté collègue

avait gardé un souvenir ému de ces scènes déchirantes (i).

François fut nommé professeur ordinaire à la Faculté de médecine de FUniversité de Louvain au commencement de 1838; il remplaçait le docteur Van Esschen, prématurément enlevé à la science et à renseignement, et était chargé de faire les cours de pathologie interne et de médecine légale. Il entra en fonctions dès le 1®' mai 1838. Il apportait à notre jeune Université catholique une belle renommée médicale. Homme d^étude et homme d'action , savant distingué et praticien éminent, esprit solide, clair, d'une grande souplesse et d'une culture très-variée, habitué à exposer et à discuter les questions médicales , doué d'une parole facile et élégante , François devait réussir dans l'enseignement. Il y obtint en effet le plus brillant succès ; et comme chez lui les qualités du cœur étaient en parfaite harmonie avec les dons de l'esprit, il conquit l'affection de ses élèves en même temps que leur estime. Au reste. Messieurs, qui l'ignore? le spirituel et aimable professeur sut se créer tout de suite , au sein du Corps académique et de la

(1) C'est Barère qui, président de la Convention à la fin de 479S, avait prononcé cette lierrible parole : « L'arbre de la liberté ne saurait croître sM n'est arrosé du sang des rois. » Rentré en France après la chute de Chapes X, il monrut en I8il.

société louvaniste , une position semblable à celle que la bonté de son caractère , plus encore que la distinction de son intelligence , lui avait faite à Mons ; il était universellement aimé et recherché ; il y fut , pendant bien des années , le centre d'un cercle brillant et nombreux.

Je suis trop incompétent, Messieurs ,. pour caractériser et apprécier les leçons que ce cher et savant collègue fit, durant un espace de trente années , à TUniversité catholique ; j'abandonne à M. le professeur Van Kempen la tâche de mettre dans tout son jour la valeur scientifique de ce maître si distingué. Des deux cours dont il était chaîné, la pathologie interne et la médecine légale, le premier est d'une importance manifestement capitale dans l'enseignement de la médecine, et il semble réclamer à la fois un praticien et un homme d'étude. Le professeur François , dans une pratique longue et très-riche , avait observé par lui-mêihe bien des maladies , analysé leurs symptômes, scruté leurs causes; il voulut ajouter à cette précieuse expérience personnelle , s'accroissant chaque jour , et l'expérience de ses plus savants confrères et la lumière de leurs recherches théoriques, en s'astreignant à lire toutes les publications médicales de quelque valeur ; et fécondant par un sérieux travail de son intelligence ces observations et ces lectures , il en forma un cours singulièrement instructif. 11 suivait d'un œil très-attentif les vicis-

situdes et les progrès de la science. Nol écrit , uul travail important , ne lui échappait. Servi par une mémoire vraiment exceptionnelle , qu'il eut le rare privilège de conserver inaffaiblie jusqu'aux derniers jours de sa vieillesse, il n'oubliait rien de ces incessantes lectures. Aussi passait-il pour un des médecins les plus érudits de notre temps. Au témoignage de juges compétents et dont l'opinion ne saurait être suspecte, il était sans contredit le plus savant pathologiste de la Belgique. Le laborieux professeur faisait part à ses élèves des richesses abondantes accumulées par ce travail ininterrompu. Presque chaque année il remaniait son cours ou y ajoutait des éléments nouveaux. A l'âge de soixantedix-huit ans encore , peu de semaines avant de mourir , il revisait ses leçons et les enrichissait d'observations puisées dans de récents ouvrages. Ce vigoureux et actif vieillard ne reculait devant aucun labeur pour aplanir 'à ses élèves la route de la science et les initier à tous ses développements. Et chez lui la pureté et l'élégance de la forme répondaient à la richesse du fond. Nous , l'avons dit déjà , et nul d'entre vous ne l'ignore , François était un esprit littéraire autant que scientifique.

Profondément dévoué à ses élèves , ce professeur entent était fier de leurs triomphes et se montrait toujours prêt à aiguillonner leur zèle et à concourir , même en dehors de ses leçons

académiques, à leur progrès dans la science. En 1863, quelques étudiants de la Faculté de médecine eurent Theureuse pensée de fonder une Société où ils discuteraient entre eux, sous Fœil et avec la participation de leurs professeurs, des questions médicales. François accepta la présidence de cette Société , qui ne tarda pas à devenir prospère et à produire les meilleurs fruits»; il assista très-régulièrement à ses séances , prodiguant à tous ses membres les conseils et les encouragements, et cette année encore il se plaisait à nous entretenir des travaux de la Société et du talent qu'y révélaient plusieurs de ses jfsunes amis. Ce bon vieillard était là comme un père au milieu lie ses enfants (i).

L'illustre et zélé professeur , par ses leçons , par ses conseils , par son autorité , a contribué , dans une large mesure, à former cette phalange si nombreuse de médecins instruits, habiles, sérieusement chrétiens , qui sont la joie et l'orgueil de l'Université catholique, leur mère.

Vous n'attendez pas de moi, Messieurs, que je vous parle des diverses publications faites par François pendant sa carrière professorale ; je suis trop étranger aux études médicales pour oser me le permettre, et d'ailleurs je m'aperçois

(1) Voyez dans VAnnuaire de 18CI le premier Rapport sur 1rs travaux de la Société de médecine, par H. Eugène Hubert, secrétaire.

que je deviens long. Il eut Thonneur de figurer parmi les fondateurs de TAcadémie royale de médecine en 1841. La série des travaux publiés par la savante Compagnie s'ouvrit en 1842 par un Mémoire de notre collègue sur les convulsions idiopathiques de la face. En 1866, lors du vingt-cinquiôme anniversaire de la fondation de TAcadémie, M. le D"^ Warlomont, dans une notice consacrée aux travaux de la Compagnie , s'exprimait ainsi sur ce Mémoire et sur son auteur : " Une faveur du sort nous met, au début de notre tâche, en présence d'un travail dû à l'un des doyens de cette assemblée, le maitre de beaucoup d'entre nous et l'un des plus éminents et des plus dignes praticiens dont s'honore la Belgique... Il n'est pas un traité de pathologie moderne qui ne renferme la description de la maladie caractérisée d'une manière si complète par M. François, et l'Académie a été merveilleusement servie en rencontrant une aussi intéressante communication pour ouvrir la série de ses Mémoires. »»

François , comme le rappelait naguère en si bons termes M. le D»^ Tallois (i), fut un des membres les plus actifs de l'Académie. Il y fit une multitude de Rapports sur les sujets les plus divers et y lut plusieurs discours. Son concours ne cessa qu'avec sa vie. Il achevait à peine un

(I) Discours prouoncé aux funcrailleâ de M. Fraoçois par H. Tallois, sccrOlaire de l'Acadéinie royale de médcciae.

Rapport sur la dernière épidémie du clioléra quand la mort vint nous Tenlever.

C'est en 1866, à Toccasion du vingt-cinquième anniversaire de la création de l'Académie , que François fut promu au grade d'officier de l'Ordre de Léopold; il avait été nommé chevalier du même Ordre le 10 mars 1847.

Je ne puis me défendre de signaler au moins, en passant, le remarquable Discours consacré par le savant académicien à l'éloge de Verheyen et lu dans la séance solennelle de l'Académie le 31 octobre 1847. Héritier du génie de notre grand Vésale et son émule, Verheyen, cette autre gloire de l'ancienne Université de Louvain, contribua puissamment aux progrès de l'anatomie (i) : « il l'enrichit de découvertes d'un grand intérêt qui. en immortalisant son nom, "sont devenues pour toujours du domaine de la science (2). « Son docte panégyriste démontre que Verheyen ne fut pas seulement un anatomiste du plus haut mérite, mais que, rompant avec la plupart des préjugés des médecins de son époque, il indiqua la voie où devait entrer la physiologie pour devenir une science sérieuse. Il avait compris que la connaissance exacte des organes et de leurs fonc-

(1) Verheyen, fils d'an labonaeur du village de Verbroeck au pays de Waes, mourut professeai: à Louvain en 1710.

{%) Eloge de Verheyen, ancien anatomitte belge et professeur à VUniversiiéde Louvain^ par V. François, p. 19. Bruxelles 1847.

lions doit précéder, en Téclairant, Tétude des maladies, et qu*ainsi Tanatomie et la physiologie sont rintroduction nécessaire de la pathologie : - Le médecin, disait-il, gui ignore la constitution naturelle et les opérations du corps n*acqiiiert que par une longue habitude et souvent au détriment des malades la connaissance des différentes maladies et de leur traitement ; au contraire, celui qui est initié à la structure du corps humain, aux fonctions et à l'usage des organes, celui-là comprend et prévoit par cela même la majeure partie des maladies dont ces organes sont le plus souvent affectés. » Ce qui étonne, Messieurs, c'est que la science médicale ait mis de longs siècles à se convaincre d'une vérité si simple et si évidente. Preuve nouvelle de cette incurable légèreté de l'esprit humain, qui est le principal obstacle au progrès scientifique.

Dans cet Eloge de Yerheyen , François, après avoir loué les écrits de l'illustre savant, cite cette parole de Cuvier : « Ce qu'un grand médecin laisse par écrit n'est souvent que la moindre partie des services qu'il a rendus aux hommes; » et commentant ensuite ce mot, il ajoute : « Comment serait-elle révélée la partie la plus large des. bonnes actions du médecin? Enregistre-l-il, pour les livrer au grand jour de la publicité, les soins, les consolations, les secours de tout genre qu'il prodigue journellement à

rindigence? Certes, non : les confidences du malheureux, les services qu'il lui rend, il les ensevelit dans le secret de son cœur. Et ce nainistère sacré, le médecin Texerce, l'exerce encore, Texerce toiyours, bien qu'il n'ignore pas, car l'expérience est un grand maître , que tant de labeurs, de fatigues et de sacrifices ne lui seront comptés que par le pauvre et par Celui qui sait tout et n'oublie rien. Tel a dû être, tel a été Verheyen , lui dont l'amour pour l'humanité éclate partout dans ses actes et dans ses écrits (1). «

Disons-le sans crainte , Messieurs , le grand médecin que nous venons de perdre s'est peint lui-même en esquissant ce portrait de Verheyen. François a laissé, comme Verheyen, des écrits de la plus haute valeur ; mais ces écrits ne représentent que la moindre partie des services qu'il a rendus. Je ne sache rien de plus noble, dans l'ordre humain, que la profession médicale généreusement comprise. Sans doute la médecine n'est pas toigours, comme elle se nomme un peu fastueusement peut-être, l'art de guérir; mais elle est au moins l'art de soulager et d'adoucir les souffrances qui désolent l'humanité, c'est un baume dont la présence tempère la douleur de ces cuisantes et innombrables plaies que recèle

une race déchue et infirme : le médecin instruit, dévoué et discret est une source d'inappréciables bienfaits. Portant un regard scrutateur et ami sur les blessures les plus secrètes, confident des larmes les plus amères parce qu'elles se doivent cacher, il trouve dans son art et dans son cœur des adoucissements pour toutes les peines. Il exerce une sorte de sacerdoce. Et lorsque, s'associant au sacerdoce réel établi par Jésus-Christ, il comprend la nécessité d'en appeler  celui-ci pour accomplir les guérisons morales où lui-môme est impuissant, le médecin met le comble à sa mission consolatrice et achève par là l'œuvre de réparation à laquelle le voue sa destinée. Tel était bien , Messieurs , le docteur François, comme nous l'avons connu : médecin éminent, homme de cœur, chrétien profondément convaincu. Il voyait autre chose dans ses malades que cet organisme fragile où tout, suivant la parole d'Heraclite, est dans un fiux et un écoulement perpétuel et qui lui-même est condamné i\ se dissoudre ; il savait cet organisme animé par une âme impérissable, intelligente, libre, capable de mérite et de démérite, ayant ses joies et ses douleurs, soumise, il est vrai, à l'influence du corps qui lui est uni , mais exerçant sur ce même corps une action profonde et. incessante dont le médecin doit nécessairement tenir compte; il ne croyait pas, comme l'imaginent tant de médecins qui se soucient médiocre-

ment de la logique, que la raison et la conscience, qui se manifestent dans tout être humain , y fassent des effets sans cause. Le matérialisme , Messieurs , cette négation brutale de la personnalité humaine et qui , faisant de Thomme un pur animal, rabaisserait la médecine aux proportions de l'art vétérinaire , serait pour nous un inexplicable mystère si tout ne s'expliquait par les défaillances de la raison et de la liberté morale. Cette ignoble doctrine révoltait profondément la nature si élevée de François, il n'en' parlait qu'avec une horreur mêlée de mépris. Il professait hautement le spiritualisme chrétien. II voyait dans l'homme les marques éclatantes de sa grandeur morale, en même temps qu'il y discernait Ifes douloureux stigmates de sa déchéance.

Il avait une foi très-ferme et très-vive. Le christianisme pleinement accepté était devenu pour lui une source de consolation et de bonheur, il y avait trouvé la réponse à toutes les aspirations et à tous les besoins de la nature humaine. Il s'étonnait que des esprits sérieux et honnêtes s'arrêtassent à une prétendue opposition entre la raison et la foi , dont la merveilleuse harmonie le saisissait, et il répétait volontiers après Leibniz, le génie le plus vaste et le plus complet des temps modernes > « Ce qui en nous est contraire aux mystères n'est pas la raison, ni la lumière naturelle... ; c'est corruption.

c'est erreur ou préjugé, c'est ténèbres (i). " Plein d'amour pour l'Eglise catholique , sa mère , la vraie mère du genre humain, François s'intéressait vivement à ses progrès et nous parlait avec bonheur du miracle continu de son expansion dans le monde. Il était fier de sa foi et s'efforçait d'en reproduire dans sa conduite les enseignements et l'esprit. Il se montrait fidèle à tous les devoirs du chrétien. Il avait une piété réelle. Dans les dernières années de sa vie , il avait l'habitude, au déclin du jour, de se recueillir, dans le secret de sa chambre, devant Dieu et de vaquer pendant une heure à la prière et à de pieuses lectures. Il faisait ses délices de Y Introduction à la vie dévote de saint François de Sales et de V Imitation de Jésics- Christ.

Un tel chrétien ne pouvait être surpris par la mort ; il s'y préparait chaque jour. Nous le vîmes plusieurs fois pendant sa courte maladie. Il souffrait cruellement ; mais le trouble de sa nature organique n'atteignait point la sérénité de son âme : il priait au milieu de ses souffrances. Le mal déjoua tous les efforts de la science le plus affectueusement dévouée. Notre cher malade comprit que sa fin était proche. Il reçut avec ferveur les sacrements des mourants, et le .30 janvier il expira doucement, entouré de sa famille en pleurs.

(1) E»$ai$ de théodicée. Diteourt de la conformité de la foi et île la raiêon , n. 61.

Le professeur François , Messieurs , ne s'est pas présenté les mains vides au tribunal de Dieu ; il y a paru chargé de bonnes œuvres : c'est un vaillant ouvrier à qui le Père de famille aura donné une récompense infinie. Sur cette terre, sa mémoire vivra honorée et aimée.

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