‹ Analectes pour servir à l'histoire de l'Université de Louvain (volume 2)Chapitre 41 sur 49 · M. VAN BOCKEL ET L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

M. VAN BOCKEL ET L'UNIVERSITÉ CATHOLIQUE

Une grande perte vient d'être faite par la ville de Louvain , par l'arrondissement , par le pays entier : M. Guillaume Van Bockel , membre de la Chambre des Représentants , a cessé de vivre. Homme privé , il fut un modèle d'abnégation et de dévouement à la chose publique. Entré aux affaires en 1830, il se signala avec une égale énergie pour maintenir l'ordre menacé et pour contribuer à affranchir la Belgique, qui aspirait à l'indépendance nationale. Aussi fut-il dès lors successivement membre du conseil communal , échevin , bourgmestre. Dans ces fonctions, il se distingua par son intelligence et son zèle, sacrifiant sans hésiter ses propres intérêts aux intérêts de la commune, qui était fière de lui et le payait de retour. En effet, jusqu'à la dernière heure, son nom est resté populaire ; il était une puissance avec laquelle il fallait compter, quelles que fussent les vicissitudes de la politique.

Citoyen-modèle , chrétien sincère , il alliait l'exercice des vertus civiques avec une piété profonde, une libéralité inépuisable , une charité sans limites , car il donnait de l'abondance du cœur. Sa mort est une calamité pour les pauvres. Toutes les classes de la société ressentiront longtemps le vide qu'elle laisse et au sein de la ville de Louvain et parmi le grand

(1) Exti\ des Petite» Affiche» du 15 mars 18G5, n# It.

parti constitutionnel , dont il rêvait sans cesse le développement et l'organisation ; car il ne voyait le salut de la Belgique que dans un retour sincère et complet à ces larges principes de liberté qui firent notre force en 1830 au milieu de l'Europe étonnée, et dont l'abandon , s'il était possible , nous réduirait à l'état de satellite obscur de quelque pays voisin.

Mais sans nous appesantir sur les nombreux titres à nos regrets que cet homme de bien emporte dans sa tombe trop tôt creusée, disons tout d'abord ce dont il était le plus fier, ce qui est un vrai titre de gloire : en effet son nom restera associé à la résurrection de l'Université de Louvain. C'est par lui que la cité avait l'honneur d'être représentée en 1835, lorsque ce grand acte fut accompli. C'est ce que rappelait en peu de mots, dans son langage à la fois si digne et si ému, Mgr de Ram, il l'occasion de la mort de M. Delfortrie, lorsqu'il disait le 20 janvier 1860 : « Qu'il me soit permis de rappeler ici, avec un pro- » fond sentiment de gratitude, le souvenir du cou- » rageux intérêt et de l'actif dévouement dont fit >> preuve l'ancien bourgmestre de Louvain, l'hono- » rable M. Van Bockel, qui se consacra avec nous à » une œuvre de rénovation et de réhabilitation que » les catholiques belges saluèrent à l'envi comme le » retour d'une noble gloire du passé. »

En effet, c'est le retour d'une noble gloire du passé que la Belgique entière saluait alors avec un enthousiasme, qui n'est plus aujourd'hui celui de l'espérance, car bientôt trente ans auront passé sur ce

souvenir, et l'Université catholique est debout. Les faits ont parlé, elle a grandi, elle est le type de tous les établissements analogues, elle sert de point de départ à tous les efforts tentés pour en avoir des copies , dignes de l'original, sur tous les coins de la terre où le droit commun laisse un peu respirer l'Église.

Le discours que prononça M. Van Bockel à l'installation de l'Université, au grand auditoire du Pape , le 1 décembre 1835, fut à la hauteur de la circonstance. On y retrouvait la conviction vigoureuse du citoyen qui se sent libre , et celle dû chrétien , heureux de cette liberté nouvelle, parce qu'elle lui permettra de résoudre un grand problème en conciliant la science et la foi, en harmonisant la société civile et la société religieuse sur un terrain neutre. Sur ce terrain, Louvain n'oubliera jamais qu'elle a été le pacifique et glorieux asile des lettres, car, si elle pouvait le méconnaître un instant, plusieurs siècles sont là pour rappeler en traits impérissables que son nom est synonyme de science, de vertu, d'érudition.

Il y avait dans le discours du bourgmestre de 1835 un cachet à part qui frappa même les écrivains de l'école démocratique. L'un d'eux en prit texte dans le Courrier belge, pensons-nous, pour célébrer ce pouvoir communal qui, évoquant les souvenirs les plus féconds de l'ère de nos franchises locales, appuyait avec certitude sur la liberté de la commune une institution qui, fondée par l'Épiscopat et consacrée par le Saint-Père, devait donner le signal aux intelligences, et devenir, en quelque sorte, l'arche d'alliance entre le passé et le présent.

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