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Telle fut la lâche de l'Université catholique. Il est à peine besoin de mentionner ici ces absurdités vulgaires par lesquelles des plumes sans foi, et il est impossible de ne pas ajouter sans bonne foi, croient pouvoir nuire à l'institution qui fait la prospérité de Louvain, comme elle fait l'honneur du pays à l'étranger. Il a été prouvé à satiété que si, dès les premiers jours du gouvernement belge, M. Tielemans mutila les Universités existantes en 1850, c'est qu'il était déjà décidé qu'il n'y en aurait que deux, h Gand et à Liège. M. Rogier même, en 1835, ne voulait qu'une seule Université de l'État, ce qui eût amené incontinent la transformation des Universités légalement supprimées, en Universités libres ou communales. Or dans cette lutte de quatre Universités, toutes les chances de succès étaient contre la ville de Louvain, à moins qu'un principe nouveau, que ne pouvaient pas lui disputer ses rivales, ne vint rétablir l'équilibre.
Et l'équilibre a été rétabli, grâce à la liberté. Une Université stable, et très-stable, comme en demandait l'assurance en 1835 M. de Haussy, a été fondée malgré les intrigues de tout genre qui l'environnent. Le vœu si énergiquement exprimé en 1815, mais qu'il n'entrait pas dans les idées du roi Guillaume d'entendre, ce vœu a été réalisé. La ville de Louvain, qui ne cessera jamais d'apprécier ses intérêts les plus chers, fut digne de ses ancêtres du XVe siècle. Alors, pour parler comme M. Van Bockel, «la gratitude nationale salua l'institution du titredu plus beau joyau du pays et garantit sa conservation en l'élevant, par
une disposition spéciale de nos Joyeuses-Entrées, à la dignité de Corps Brabançon. »
L'homme qui sentait si vivement la force du principe de liberté au nom duquel renaissait de ses cendres Y Aima Mater que ses premiers regards avaient vue à la veille de n'être qu'une ruine consommée par la révolution; l'homme du pouvoir communal qui était sur de résumer en lui et d'appeler sur cette œuvre toutes les sympathies de la cité entière; enfin l'homme dont le cœur généreux avait mesuré toute la portée de ce grand acte , faisait ensuite un retour sur l'administration municipale qui se transforme mais qui ne meurt point, parce qu'il y a des intérêts immuables à satisfaire. M. Guillaume Van Bockcl s'adressait donc à ses collègues plein de confiance et finissait par un vœu auquel le zélé citoyen se montra fidèle jusqu'à la dernière heure de sa vie :
« Les membres de l'administration de la ville » remarqueront sans doute avec satisfaction l'em- » pressemcut, que leurs concitoyens manifestent en » ce jour, à ratifier leurs démarches, 'pour ramener » dans nos murs délaissés l'école nationale, celle de » nos pères, l'œuvre de nos ancêtres, la plus belle » dotation de leurs descendants. Puisse-t-elle y pros- » pérer plus que jamais, et la gratitude publique, » dont je ne suis que l'organe, redira à nos enfants, » Messieurs , que vous avez bien mérité de vos » administrés et de la Belgique entière, pour avoir » relevé sur ses antiques fondements le plus beau, » le plus utile monument de la patrie commune. »
PRIX QUINQUENNAUX DÉCERNÉS A MM. LES PRO- FESSEURS VAN KEMPEN ET VAN BENEDEN.
I. Prix quinquennal des Sciences médicales. Par arrêté royal du 24 mai 1862 et sur la proposition d'un jury composé de membres de l'Académie royale de médecine, le prix quinquennal pour le meilleur ouvrage sur les sciences médicales qui a paru pendant la période de 1856 à 1860 a été décerné à M. le professeur Van Kempen pour ses deux ouvrages intitulés : Manuel d'anatomie générale,^ Expériences physiologiques sur la transmission de la sensibilité et du mouvement dans la moelle épinière.
Extrait du rapport de M. Marinus. — « Dans son Manuel d'anatomie générale M. Van Kempen ne s'est pas borné à présenter le bilan de nos connaissances en anatomie générale; il a contrôlé par lui-même tous les faits qb'il a rassemblés dans son livre; il les a appréciés et interprétés avec ce talent que donne l'habitude de l'observation et une entière indépendance d'esprit.
» S'appuyant sur des observations microscopiques qui lui sont propres, il cherche à établir la véritable théorie et le mode de développement des tissus ; les faits et les interprétations qu'il en tire répandent un grand intérêt sur cette partie de son travail, qui forme l'introduction à l'étude de l'anatomie générale.
» Tous les tissus de l'économie sont rangés par lui en trois ^classes, ce qui simplifie singulièrement l'idée générale que Ton doit se former de l'organisation du corps.
» En résumé, le livre dont il s'agit est une œuvre sérieuse et de progrès appelée à rendre d'utiles services à la science et à l'enseignement et qui sera consultée avec fruit par le savant comme par le praticien.
» Le second travail du même auteur tend à élucider Tune des questions les plus intéressantes de la physiologie. Jusqu'à ces derniers temps il était généralement admis que la sensibilité et le mouvement étaient directement transmis de chaque côté de la moëlle épinière. Par de nombreuses expériences sur les animaux vertébrés, M. Van Kempen est arrivé à des conclusions différentes.
» Les expériences établissant ces conclusions ont été répétées par M. Van Kempen devant une commission de l'Académie royale de médecine. La commission a reconnu que ces conclusions étaient «logiques et rigoureuses.» Elle a ajoutéqueces travaux de M. Van Kempen constituent* un progrès réel dans la science ; qu'ils éclaircissent et fixent un point de physiologie resté jusqu'à ce jour dans une grande obscurité et méritent à tous égards les encouragements de la Compagnie.»
» Partageant cette appréciation , le jury n'a pas hésité à reconnaître que c'était pour M. Van Kempen un titre de plus à ajouter à ceux qu'il s'est acquis à la science. »
II. Prix quinquennat des Sciences naturelles. Par arrêté royal du 29 novembre 1862 et sur la proposition d'un jury composé de membres de l'Académie royale des sciences, le prix quinquennal pour le meilleur ouvrage sur les sciences naturelles qui a paru pendant la période de 1857 li 1801 a été décerné à M. le professeur Van Beneden pour son ouvrage intitulé : Mémoire sur tes crustacés du littoral de la Belgique.
Extrait du rapport de M. Lacordaire. — ce Le jury a mis, à l'unanimité, au premier rang l'ouvrage que M. Van Beneden a publié en 1861 sur les crustacés du littoral de la Belgique et qui a paru dans le tome XXXIII des Mémoires de l'Académie royale.
» Les observations de M. Van Beneden sont le fruit de plusieurs années de recherches ; elles portent le cachet de cette exactitude et de cet esprit généralisateur qu'il a déjà appliqué h des sujets si divers et qui, pour ce qui concerne surtout les vers intestinaux, l'ont placé au premier rang des helminthologistes.
» Son travail est divisé en deux parties, dont la seconde consiste en un catalogue des crustacés observés jusqu'ici sur les côtes de la Belgique. Il comprend cent six espèces dont vingt-cinq ont été découvertes par M. Van Beneden et précédemment publiées par lui.
» Dans la première partie, M. Van Beneden a réuni tout ce qu'il a pu constater sur l'anatomie tant interne qu'externe et le développement des espèces qu'il a étudiées.
» Dans l'opinion du jury ce mémoire est égal, sinon supérieur à tout ce qui s'est fait de mieux sur les crustacés dans ces derniers temps.
» Le jury a décidé également qu'à défaut d'une partie de ce prix qu'il lui est interdit de diviser, mention honorable serait faite de la Monographie du genre PUobolus que M. Coemans (1) a publiée, en 1861 , dans le tome XXX des Mémoires de V Académie. M. Coemans s'était déjà fait connaître par des travaux sur les cryptogames qui lui ont valu les éloges des plus éminents cryplogamistes de notre époque. La monographie dont il s'agit lui donne de nouveaux titres à leur approbation. »
A l'occasion du succès obtenu par MM. Van Beneden et Van Kempen, une médaille en vermeil leur a été remise solennellement, le 15 février 1865, dans une séance du Conseil communal de la ville de Louvain.
(I) M. Coemans est un ancien élève de l'Université catholique.
NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX DU PRO- FESSEUR JEAN-PIERRE HEUSCHLING, PAR M. LE PROFESSEUR J.-J. THONISSEN.
On trouve dans renseignement supérieur toute une classe d'hommes éminents , dont le nom , malgré l'importance et l'éclat des services qu'ils rendent à la patrie, arrive rarement à la postérité avec la considération dont il devrait être entouré. Ces hommes» aussi méritants que modestes, sont ceux qui, redoutant les orages de la publicité, se contentent de remplir consciencieusement leurs importantes fonctions, sans livrer h la presse le résultat de leurs études et le fruit de leurs découvertes. Absorbés tout entiers par l'accomplissement de leur tâche de chaque jour, ils traversent pour ainsi dire la vie, sans connaître d'autre but que celui de se rendre utiles, sans éprouver d'autre ambition que celle de communiquer à leurs auditeurs les trésors d'une science laborieusement acquise. Aussi longtemps que les élèves formés par leurs soins figurent avec honneur dans les carrières libérales , le pays conserve le souvenir de leurs travaux, en même temps que celui des principaux incidents qui ont marqué leur carrière; mais aussitôt que leurs disciples ont à leur tour disparu de la scène, le biographe qui veut honorer
leur mémoire ne rencontre plus que des traditions incomplètes et confuses.
Tel a été le sort de Jean-Pierre Heuschling, l'un des jurisconsultes les plus savants et l'un des professeurs les plus distingués de l'ancienne Université de Louvain. Malgré de longues et minutieuses recherches, nous ne pourrons que très- imparfaitement raconter la vie d'un homme qui , pendaut plus de quarante années, fut l'un des plus nobles représentants de la science nationale.
Fils d'Antoine Heuschling et de Marie Grentz, il naquit à Luxembourg le 24 février 1714 (1). Après avoir acquis les premières notions des lettres dans sa ville natale, il se rendit à Louvain et y suivit les cours des humanités et de la philosophie avec tant de succès que, dès la première année de son séjour dans la cité universitaire , il attira sur lui l'attention du corps académique. Il se livra ensuite aux études juridiques avec ie même éclat et prit, en 1744, le grade de licencié en droit civil et canon.
Rentré dans sa patrie, il y fut reçu, le 3 octobre 1747, au nombre des avocats près le conseil provincial du duché de Luxembourg; mais l'exercice de cette profession ne l'empêcha pas de se vouer, avec un succès toujours croissant, à l'étude approfondie du droit romain et du droit ecclésiastique. Aussi sa réputation de science ne tarda-t-elle pas à s'étendre au-delà des
(1) Nous publions , à la suite de la Notice, quelques détails sur sa famille.
limites de sa province, et, le 21 juillet 1756, il fut nommé professeur extraordinaire de droit civil à l'Université de Louvain. Le même jour , il obtint un canonicat de la seconde fondation à l'église de Saint- Pierre, bénéfice qu'il conserva jusqu'en 1760, époque de son mariage.
Chargé du cours des décrétales (professor ad décrétâtes), Heuschling s'acquitta de sa tâche de manière à mériter immédiatement l'estime de ses collègues et la vénération de ses élèves. Doué d'une remarquable vigueur intellectuelle, il trouvait, dans l'amour de la science, joint h une infatigable activité, le moyen de faire marcher de front les travaux de l'enseignement et la continuation de ses études juridiques. Le 16 juin 1761, il subit de la manière la plus brillante les épreuves alors si longues et si difficiles du double doctorat en droit (juris utriusque doctor) (1).
Ce grade lui donnait des titres à une position plus élevée et plus lucrative dans l'enseignement universitaire. En 1775, il fut nommé professeur royal des
(i) Voyez V Annuaire de 48G1» pp. 3H et 312. C'est par erreur qu'on y place la promotion en 1762. Elle a eu réellement lieu en 17C1. On y trouve aussi quelques fautes d'impression dans la description des armoiries de la famille Heuschling : heaume, au lieu de heaume; d'azur , au lieu de sinople ; bourrelets, au lieu de bourrelet. — Le Musée académique possède quatre pièces de vers composées en l'honneur du docteur llcuschling, imprimées sur satin, avec chronogrammes, armoiries, etc. Ces poèmes écrits, les uns en latin, les autres en français, avaient été remis au nouveau docteur par les Luxembourgeois appartenant aux diverses Facultés.
pandectes, et, le 7 juin de cette année, il fit l'ouverture de son cours par une harangue éloquente qui produisit une profonde sensation (1).
Les derniers membres survivants de l'ancienne Université se plaisaient à parler des succès que Heuschling obtint , dès son début , dans l'enseignement de cette branche importante. Les cahiers d'un de ses élèves, heureusement découverts par un membre de sa famille, nous permettent d'affirmer que ces éloges étaient mérités à tous égards (2). Une méthode rationnelle, un remarquable talent d'exposition, une attention constante à éloigner les détails inutiles , une connaissance approfondie de la science juridique de son siècle , une latinité pure et élégante : telles étaient les qualités à la fois solides et brillantes qu'il sut constamment déployer dans sa chaire. Sans posséder précisément un esprit novateur, il pressentit pour ainsi dire les découvertes que les Savigny , les Hugo et tant d'autres devaient faire dans la première moitié du siècle suivant, et, bien plus que ses contemporains, il cherchait sur le terrain de l'histoire la solution des difficultés qu'il rencontrait dans le texte. Aussi son zèle et sa science ne furent-ils jamais méconnus. Les années s'écoulaient, les élèves se
(I) Ce discours a été imprime , mais uous avons en vaiu cherché à nous le procurer.
(5) Ces cahiers portent la signature de l'étudiant qui les avait formés : J.-J. WauUner, de Salles, commune du Hainaut, près de Chimay.
succédaient au pied de sa chaire, mais les mêmes sentiments de respect et de dévouement se perpétuaient au sein de l'auditoire, et tous ceux qui avaient suivi ses leçons emportaient au sein de leurs familles un souvenir plein de reconnaissance.
Livré à ses études de prédilection, heureux au sein de sa famille, entouré de l'estime de ses collègues et de la vénération de ses élèves, Heuscnling enseignait depuis plus de trente années , lorsque les réformes imprudentes et excessives de Joseph II vinrent bouleverser toutes les institutions nationales. Il était trop savant et trop éclairé pour ne pas savoir que l'ensemble de l'enseignement académique, aussi bien à Louvain que dans toutes les universités de l'époque, réclamait des modifications de plus d'une nature; mais il ne voulait pas que, sous prétexte d'améliorer, on vint anéantir les droits, dénaturer le caractère et modifier radicalement le but d'une grande école qui, depuis plus de trois siècles, concentrait en elle toutes les traditions littéraires et toute la vie scientifique du pays. Ayant juré de maintenir énergiquement les droits et les privilèges de l'Université à laquelle il avait l'honneur d'appartenir, il entendait ne pas être parjure. Catholique dévoué et profondément convaincu, il repoussait, avec une énergie peu commune à son âge, des projets liberticides qui devaient avoir pour conséquence non-seulement l'asservissement, mais la corruption systématique du clergé catholique. Il fut l'un des rédacteurs du remarquable Mémoire pour l'Université de Louvain , présenté , le
18 janvier 1 788, au comte de Trauttmansdorff, ministre plénipotentiaire de l'empereur dans les Pays-Bas (1).
On sait que le gouvernement autrichien , après plusieurs alternatives d'énergie et de faiblesse, finit par anéantir complètement la constitution académique. Le 19 février 1788, le conseiller de la Vielleuse, commissaire royal et fiscal du Conseil de gouvernement, destitua le recteur légitime et mit à sa place le docteur en médecine Van Leempoel.
Jaloux de maintenir son autorité, le recteur intrus, instrument aveugle et servile des ordres qu'il recevait de Bruxelles, ne se contenta pas de chasser ses collègues récalcitrants de leurs chaires et de les priver des émoluments qu'ils avaient gagnés par de longs et honorables services : se prévalant du litre déjuge ordinaire du corps académique, il s'adjoignit trois membres du Conseil de Malines et appela devant ce tribunal improvisé tous ceux qui refusaient de reconnaître la légalisé de sa nomination, «à l'effet de s'y » justifier de l'accusation de quasi-révolte contre les » ordres exprès de Sa Majesté apostolique. » Heuschling,de mémeque vingt-un de ses collègues, futsommé de comparaître le 28 mars, et, comme il refusa d'obéir à un ordre dans lequel il voyait l'anéantissement des statuts qu'il avait juré de maintenir, on lança contre lui un décret de prise de corps.
(1) Mémoire pour V Université de Louvain . adressé à Son Excellence le ministre plénipotentiaire , du 18 janvier 4788 (Louvain, 4788, sans désignation d'imprimeur, 46 pp. iu-8°).
Cet acte de rigueur avait été précédé d'un incident on ne peut plus honorable pour le professeur Heuschling. Redoutant l'effet que des poursuites dirigées contre l'un des membres les plus populaires de l'Université ne pouvaient manquer de produire dans le public, Van Leempoel, avant la notification du décret d'ajournement , lui avait envoyé l'un de ses collègues de la Faculté de droit, M. Goessens, pour tâcher de le rallier à ses vues. Celui-ci essaya de vaincre les résistances de Heuschling , en disant qu'une plus longue obstination lui attirerait la disgrâce de l'empereur et que ses enfants en seraient nécessairement les victimes, tandis que, par une soumission, après tout fort naturelle, il gagnerait la faveur du souverain pour lui et pour sa famille. Goessens ajouta que des changements étaient devenus nécessaires et que l'organisation de l'Université ne répondait plus aux exigences d'un siècle éclairé. A ces mots, Heuschling, justement indigné, lui répondit avec la vivacité d'un homme blessé dans ses convictions les plus intimes et les plus chères : « Pensez-vous que je trahirai ma conscience, et que , » pour sauvegarder mes intérêts temporels , j'irai , » comme vous, me rendre coupable envers Dieu et » envers ma patrie? Non , monsieur, j'aimerais mieux » aller mendier mon pain avec mes enfants... Et » quant au siècle éclairé dont vous me parlez , » savez-vous ce qu'il est ? C'est un siècle où l'impiété, » l'hérésie et la perfidie ont su se rendre redouta- » bles ; où le sanctuaire est attaqué de toutes parts ;
» où le Dieu qui l'habite et les mystères augustes de » notre culte sont devenus un objet de railleries et » de mépris; où l'erreur, reproduite sous mille for- » mes , aspire à renverser en même temps l'autel et » le trône, afin d'établir son empire sur leurs ruines; » où la science même souffre dans ceux qui profes- » sent encore la religion du serment....» Puis , congédiant brusquement son interlocuteur, il lui dit : « Conscientiam prodidisti et famam , et rappelez- » vous le serment que vous avez prêté h votre rec- » teur légitime : Je jure d'observer les droits, privi- » léges, statuts, ordonnances et coutumes louables de » l'Université de Louvain;je les maintiendrai dans » toutes les positions que je pourrai occuper au sein » de cette Université, et jamais je ne contribuerai » sciemment à rien de ce qui pourrait tourner à son » préjudice (1).»
Ce fut en vain que Heuschling prolesta , par acte notarié, contre la violence qui lui était faite; ce fut tout aussi inutilement qu'il s'adressa au Conseil de Brabant, pour faire respecter en sa personne les droits dérivant de la Joyeuse-Entrée, dont le maintien avait été solennellement juré par l'empereur en sa qualité de Duc de Brabant. Les gouverneurs généraux défendirent au Conseil de délibérer sur celte affaire, et il eut la faiblesse de garder le silence. Une requête que Jean-Antoine Dieudonné Heuschling, fils
(I) Relation détaillée de ce qui s'est passé à Louvain, relativement à l'Université, depuis le G février, p. 2i. 1788 (saus autre désigu.).
du professeur persécuté, adressa aux États de Bradant, n'obtint pas davantage le résultat désiré. Les États firent une remontrance, mais le gouvernement persista résolument dans la voie funeste où il s'était engagé (i).
Arrivé à l'âge de 74 ans, Jean-Pierre Heuschling, pour se soustraire au décret de prise de corps , fut forcé de prendre le chemin de l'exil, laissant à Louvain une femme malade et ses quatre enfants. II se retira d'abord h Saint-Trond, puis à Hoegaerde, village liégeois enclavé dans le Brabant , où il se tint à l'abri des embûches de la police autrichienne. Malgré des infirmités qui le faisaient beaucoup souffrir, il supporta son malheur avec une constance inébranlable. Un de ses neveux , qui , en revenant de Rome, l'avait visité dans sa retraite de Hoegaerde, écrivit de Louvain, le 29 mai 1789, à un membre de sa famille : «J'ai vu notre cher oncle à Hoegaerde; » je le regarde et le vénère comme un grand homme » et comme un héros. Nous espérons beaucoup » que sa santé se rétablira encore, de même que » l'état déplorable de ces bons pays (2). » A Saint- Trond, comme plus tard à Hoegaerde, son noble dévouement à ses principes et son inébranlable con-
(\) Vertoogichrifl voor de heeren Ileuschling en Van der Becleti, gepresenteert op 27 mey 1788 (sans lieu ni date, 12 pp. in-8°).
(2) Ce neveu était le futur professeur Etienne Ileuschling, dout la biographie, écrite par M. le professeur F. Nèvc, a paru dans Y Annuaire de «848.
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stancc dans l'adversité lui valurent les sympathies cl la protection des autorités liégeoises (1).
L'exil de Jean-Pierre Heuschling cessa en janvier 1790, lorsque l'énergie du peuple belge, trop longtemps comprimée, brisa le joug autrichien et fit revivre toutes les institutions nationales. Devenu presqu'octogénaire , il remonta dans sa chaire et reprit son enseignement aux applaudissements unanimes de la jeunesse universitaire. Malheureusement les beaux jours de la grande école religieuse et scientifique fondée par nos ancêtres étaient passés. L'Université, épuisée par les exactions d'une double invasion, méconnue et persécutée par les nouveaux maîtres du pays, n'eut plus qu'une existence précaire, jusqu'au moment où, le 25 octobre 1797, elle fut fermée par un décret de l'administration centrale du département de la Dyle. Dieu avait épargné au professeur Heuschling la douleur d'assister à cette catastrophe; il était décédé le 16 juillet, dans la plénitude de ses facultés* intellectuelles et en manifestant jusqu'à son dernier soupir la foi forte et vive qu'il avait constamment professée depuis son enfance.
(i) Ceci résulte également d'une lettre, écrite de Rome par Étieunc Beusehling, le 29 novembre 1788 et, de même que la précédente, adressée à l'un de ses frères, alors arpenteur à Luxembourg : « Notre » cher oncle, qui s'intéresse plus vivement que jamais à moi dans son » exil, souhaiterait fort que je fusse à Liège, où il a de grands amis. » Le 11 décembre suivant, il écrivait encore à son autre frère, l'avocat : « Notre cher oncle qui, avec la moitié de sa famille, demeure en exil » à Saint-Trond, m'assure que je serai avancé pour moi et les miens.»
Le jour de sa mort fut un jour de deuil pour la vieille cité universitaire. Jean-Pierre Heuschling n'était pas seulement un chrétien d'élite, un savant distingué, un professeur éminenl, un défenseur énergique des libertés nationales : il était de plus un homme du monde distingué par les qualités les plus douces et les plus aimables. La vivacité de son esprit, l'étendue et la variété de ses connaissances imprimaient à sa conversation un charme qui faisait partout rechercher sa présence. Cet empressement même l'avait obligé de prendre pour règle le refus de toutes les invitations à dîner qui lui étaient adressées par ses collègues ou par les habitants de la ville. Il ne faisait d'exception que pour la célèbre abbaye deSle-Gertrude, où il dînait une fois par an et où les religieux l'accueillaient toujours avec les plus grands honneurs (1).
Le 16 février 1760, Jean-Pierre Heuschling, parvenu à l'âge de 45 ans, avait épousé Barbe-Louise Bol, issue directement d'un des nobles lignages de Louvain et ûgée de dix-neuf ans (2).
(I) Dans le Calendrier de la Cour, qui s'imprimait à Bruxelles (page iiu de l'année 1774), Jean-Pierre Ileuschliug Qgure au nombre des surintendants de l'imprimerie et de la librairie de l'Université. A cette circonstance se rapporte un passage d'une de ses lettres, du M février J783, qui s'est conservée ; il y parle de « M. Cortliouts » fameux architecte, ingénieur et arpenteur, qui, passé quelques m années, s'est rendu fameux par l'invention d'une façon de restaurer » la bibliothèque de nos halles, à laquelle ui Pays-Bas ni Paris » n'avaient songé : il a enté de deux côtés des morceaux de poutre » sans toucher au plafond , etc. »
(4) A la suite de cette uniou, la descendance du professeur Heusch-
Il eut de son mariage trois filles et un fils , dont nous avons déjà cité le nom. Celui-ci, né en 1762 et licencié en droit, s'était distingué dans ses études et dans le professorat (1). Au moment de la suppression de l'Université, il se préparait aux épreuves du doctorat. Peu de temps auparavant, il avait été nommé reccveurdu million de contributions dont l'Université avait été frappée par le gouvernement français. Lors de l'installation du tribunal de lre instance à Louvain , il en devint l'un des juges. Enfin , appelé à un siège de conseiller à la cour impériale de Bruxelles, il mourut en cette ville le 27 avril 1812, laissant, d'après une tradition de famille, des manuscrits trèsrecherchés par ses collègues et par les avocats du barreau.
Les trois filles de Jean-Pierre Heuschling se marièrent : l'aînée, Maric-Magdelaine-Thérèse, née en 1765, à Gérard Craninx, pharmacien à Louvain; la seconde, Jeanne-Joséphine, née en 1765, à Jean-Louis van Cau-
ling fut admise dans l'une des sept familles lignagères de Louvain, tribu d'Uyten Limmingen. I/actc d'admission, du 27 décembre !785, se trouve dans YAdmissie ende Eedt-Boeck van de Hceren Sinte Peetersmannen van de seven adelycke gcslachten deter stadt Lovcn (Archives de la ville de Louvain , n* 2047 , f" 59 \*).
(1) M. Britz, dans son Mémoire couronné $ur Vancien Droit belgique, Bruxelles, 48i7, in-4\ dit par erreur, à la page 337, note 3, que Jean- Pierre Heuschling et Jeau - Antoine - Dieudonné Heuschling étaient frères; c'étaient le père et le fils, — Daus différents actes, publics on privés, on rencontre, comme prénom, Donat au lien de Dieudonné.
welaert, décédé notaire à Bruxelles, et la troisième, Barbe-Élisabeth-Guilielmine-Constancc, née en 1771, à Jacques-François-Joseph Leclcrcqz, licencié en droit et d'extraction noble (1).