‹ Analyse chimique des quinquinaChapitre 18 sur 25 · XLII · texte numérisé non relu

XLII

Nous avons dans plusieurs occasions insisté sur la nécessité où l'on était pour obtenir la cinchonine d'employer la magnésie en excès. En effet., si on n'ajoutait pas un excès de magnésie, il en résulterait deux inconvénieus : le premier serait qu'en traitant le précipité magnésien par de l'alcohol, on dissoudrait du rouge cinchonique en même temps que la cinchouine, etalors on aurait une matière trèsimpure-, le second inconvénient se présenterait dans le lavage du précipité magnésien par l'eau , lavage qui a pour but d'enlever le kinate de magnésie ou l'hydrochlorate ,, quand on emploie l'acide hydrochlorique; dans l'un et l'autre cas, si on n'avait pas mis uu excès de magnésie, les eaux de lavage dissoudraient du rouge cinchonique qui entraînerait de la cinchonine avec lui , le tout en pure perte. Dans ce cas . les eaux de lavage au lieu d'être jaunes sont rouges ; elles se troublent bientôt ; il se forme à leur surface des pellicules insolubles, etc. Les acides en très-petites quantités déterminent un précipité rougeàtre dans ces liqueurs : le eblore fait le même effet-, un excès de ces corps mhssout le précipité. Pendant quelques temps , nous n'avons sua quoi attribuer la formation de ces pellicules. Elles nous

rappelaient ces extraits oxigénés dont il était si souvent fait mention dans l'analyse des végétaux à l'époque du renouvellement de la théorie chimique. Nous avons même cru un instant que l'oxigène de l'air contribuait à la formation de ces pellicules -, mais les ayant vu se former sous des cloches remplies de gaz hydrogène et d'acide carbonique , ainsi que dans des vaisseaux fermés, nous avons abandonné cette opinion : nous croyons , au contraire , que le kinate de magnésie ou l'hydrochlorate qui se trouve dans la liqueur est peu à peu décomposé par la cinchonine à la faveur de l'excès de matière colorante. En effet , si on examine les pellicules qui se forment , on trouve qu'elles sont formées de magnésie et de matière colorante rouge 5 or, la magnésie était combinée à un acide et formait un sel soluble 5 la cinchonine était libre ou faiblement unie à la matière colorante ; la réaction a donc pu avoir lieu en vertu d'une sorte d'affinité double ou plutôt en raison de l'attraction de cohésion qui tend à réunir entre elles les substances dont la combinaison est insoluble, comme M. Berthollet l'a démontré en thèse générale.

C'est à des réactions analogues qu'on doit souvent attribuer les précipitations qu'on remarque dans les décoctions des matières végétales.

EXAMEN CHIMIQUE Du quinquina jaune (Cinchona cordifolîa. )

§ XLIII. — Extraction de la matière alcaline.

La meilleure manière d'examiner les diverses espèces de quinquina consiste à les considérer sous les mêmes rapports, et autant que possible à les traiter par les mêmes méthodes : M. Vauquelinnous avait déjà donné l'exemple de cette mar-

che dans l'examen qu'il fit il y a quelques années d'un grand I nombre d ecorces de ce genre. Nous avons donc pensé qu'il 1 fallait, avant tout, nous assurer si la cinchonine existait dans J le quinquina jaune, si elle pouvait être obtenue par les métho- I des employées pour l'extraire du quinquina gris, et si elle était I identique dans ces deux écorces. En conséquence , nous avons I préparé du quinquina jaune pour en extraire la matière rési- j noïde : celle-ci , traitée par la potasse , a laissé une substance jaunâtre qui s'est dissoute en grande partie dans de l'acide hydrochlorique étendu d'eau, en abandonnant une matière grasse qui ne différait de celle du quinquina gris , que par la couleur jaune. La liqueur acide était colorée en jaune ; elle avait une très-forte amertume et ressemblait beaucoup à une dissolution hydrocblorique de cinchonine. Dans cet état, nous y avons ajouté de la magnésie en quantité plus que suffisante pour s'emparer de l'acide hydrochlorique. La liqueur s'est en grande partie décolorée; le précipité magnésien a été lavé , desséché au bain-marie et traité par j l'alcohol.

Les liqueurs alcoholiques ont été d'abord distillées , puis abandonnées à une évaporation lente : nous nous attendions alors à avoir une belle cristallisation de cinchonine; quelle a été notre surprise de n'obtenir qu'une substance jaunâtre transparente et nullement cristalline.

La substance obtenue devait être , selon nous, de la cinchonine mêlée de quelque matière étrangère et particulière au quinquina jaune : tous nos soins se sont donc portés à séparer de la cinchonine prétendue, la matière étrangère que nous supposions devoir y être unie : la dissolution dans de nouvelles quantités d'acide ne nous a rien offert de particulier; seulement on séparait quelquefois un peu de matière grasse, encore cela n^avail-il lieu que dans le cas où la substance soluble dans l'acide hydrochlorique avait été dissoute par un acide trop concentré , parce que dans ce cas un peu de matière grasse avait été entraînée. Supposant la présence

d'une matière colorante jaune , nous avons eu recours au sous-acélate de plomb ; la petite quantité de précipité obtenue par ce moyen n'a pas répondu à notre attente , et la prétendue cincbonine s'est encore présentée sous forme de^ plaques cristallines. Sachant enfin que l'éther ne dissolvait la cinchonine que dans certaines limites , nous avons recouru à cet agent ; mais notre substance s'y est dissoute entièrement avec la plus grande facilité 5 et par l'évaporation lente de l'éther nous n'avons obtenu aucune marque de cristallisation. Enfin , ayant dissous notre matière dans de l'acide acétique , nous y avons versé de l'oxalate d'ammoniaque ; sur-le-champ il s'est formé un précipité d'un blanc éclatant cru'on aurait pris pour de l'oxalate de chaux s'il n'eût été soluble dansl'alcohol. Ce précipité traité par de la magnésie et repris par de l'alcohol, a encore fourni une substance non cristallisée.

Enfin, chose remarquable , cette matière ainsi traitée se dissolvait dans tous les acides ( quelques-uns seulement devant être en excès ) et formait des sels très-blancs et qui semblaient être plus facilement cristallisables que les sels de cinchonine dout ils diffèrent aussi par la forme et l'aspect. C'est ainsi que parla force des choses nous avons été amenés à considérer la matière amère du quinquina jaune, comme une base salifiable particulière et différente de la cinchonine. Nous déclarons en même temps que ce n'est qu'après de mûres réflexions , par suite de nombreux essais et après avoir fait un grand nombre de sels , que nous nous sommes décidés à distinguer l'alcali du quinquina jaune de celui du quinquina gris : mais ce qui nous a surtout déterminés à faire cette distinction c'est l'existence simultanée de ces deux substances dans quelques espèces de quinquina et la possibilité de les séparer l'une de l'autre. En effet si la matière amère du quinquina jaune n'était que de la cinchonine unie à une autre substance, comment pourrait-on séparer la cinchonine pure de la cinchonine impure lorsqu'elles seraient réunies :

autant dire qu'on pourrait en même temps purifier et ne pas purifier la cinchonine des matières dont elle serait souillée. Si l'examen que nous allons faire de l'alcali du quinquina jaune nous prouve qu'il diffère essentiellement de la cinchonine , le même examen nous fera reconnaître dans ces deux matières beaucoup de propriétés analogues. C'est ainsi que dans les propriétés médicales du quinquina jaune et du quinquina gris, on trouve une grande analogie mais non une identité parfaite , en sorte que dans certaines maladies le quinquina gris est employé avec avantage, tandis que dans d'autres cas le quinquina jaune est justement préconisé. Comme dans un travail de quelque étendue nous sommes obligés de désigner l'alcali du quinquina jaune sans employer de périphrase, comme d'ailleurs cette substance bien caractérisée mérite aussi bien un nom particulier que sa congénère dans le quinquina gris , nous avons cru devoir la nommer quinine , pour la distinguer de la cinchonine par un nom qui indique également son origine.

§ XLIV. — De la quinine.

On peut obtenir la quinine du quinquina jaune en employant les divers procédés que nous avons indiqués pour l'extraction de la cinchonine. Dans le cas d'un mélange naturel ou artificiel de cinchonine et de quinine la cristallisation et l'éther pourraient servir à séparer ces deux matières. La différence de la solubilité de quelques-unes de leurs combinaisons salines pourrait aussi , comme nous le dirons par la suite , donner des moyens d'opérer leur séparation.

La quinine ne cristallise jamais. Desséchée et entièrement privée d'humidité elle se présente sous forme de masse poreuse d'un blanc sale, elle est très-peu soluble dans l'eau-, l'eau bouillante n'en dissout qu'environ o, oo5 , l'eau froide en dissout encore moins. Malgré son peu de solubilité cette matière est très-amère , on ne peut non plus lui refuser une certaine affinité pour l'eau , car lorsqu'on évapore une solution

de quinine dans del'alcohol non absolu , elle retient de l'eau avec force, d'où il résulte une sorte d'hydrate transparent fusible à go degrés tandis que dépouillée d'eau par une chaleur long temps continuée la cinchonine perd de sa fusibilité et se présente sous forme d'une masse poreuse au lieu de s'olFrir avec l'apparence de la cire fondue ou d'un vernis desséché.

L'alcohol dissout très-facilement la quinine : cette substance est beaucoup plus soluble que la cinchonine dans l'éther sulfurique ; elle se dissout aussi , mais en petite quantité dans les huiles fixes et volatiles.

La quinine exposée à l'air n'éprouve aucune altération ; elle ne paraît pas même attirer sensiblement l'acide carbonique. Elle se décompose par l'action du feu , et comme la cinchonine donne les produits des matières végétales non azotés : elle se comporte aussi comme la cinchonine avec le deutoxide de cuivre.

La quinine ne s'unit pas au soufre ni au carbone 5 elle convertit l'iode , à l'aide de l'eau , en acide hydriodique et iodique; l'hydriodate et l'iodate sont moins solubles que les mêmes sels à base de cinchonine. La quinine rétablit la couleur bleue du tournesol rougie par un acide; elle s'unit elle-même aux acides qu'elle sature et forme des sels généralement solubles et plus facilement cristallisables que ceux de cinchonine : ces sels ont tous un aspect nacré qui les distingue. Nous allons les examiner en particulier.

§ XLV. — > Du sulfate de quinine.

L'acide sulfurique dissout la quinine et forme avec celte base un sel neutre qui cristallise très-facilement. Il se présente sous forme d'aiguilles ou de lames très-étroites , allongées , nacrées et légèrement flexibles , ressemblant à de l'amiante. Ces aiguilles s'entrelacent ou plutôt se groupent en mamelons étoiles. Ce sel est peu soluble à froid, si ce n'est dans un excès d'acide 5 il est beaucoup plus soluble à chaud

et cristallise par refroidissement. Il diffère par son aspect du sulfate de cinchonine : celui-ci est formé de lames plus dures , plus consistantes et plus régulières 5 il est moins amer quoique plus soluble.

Le sulfate de quinine se fond aussi plus facilement à la clialeur 5 il prend , quand il est fondu , l'aspect de la cire ; il est très-soluble dans l'alcohol ; 1 ether n'en dissout que de petites quantités.

Les acides gallique , tartarique et oxalique font des précipités dans les solutions un peu concentrées du sulfate de quinine. Ce sel est décomposé par les alcalis fixes, l'ammoniaque 5 la quinine se précipite en flocons très-blancs; mais par la pression ces flocons se réunissent en une masse grisâtre. La moyenne de plusieurs analyses a donné pour la composition du sulfate de quinine :

quinine 100.

acide sulfurique 10, 9147-

D'où il résulte que le poids de la molécule de quinine est de 45 , 906g.

Ces résultats montrent que la capacité de la quinine est plus faible que celle de la cincbonine et établissent une différence [essentielle entre ces deux bases.

[§ XLVI. — De Vlijdrochlorate de quinine.

Ce sel est plus soluble que le sulfate de quinine et moins que l'hydrocblorale de cinchonine. Il diffère aussi de ce dernier par son aspect nacré; il est aussi plus fusible.

Analysé par méthodes connues il s'est trouvé formé de :

quinine 100.

acide hydrochlorique. . 7, 0862.

§ XL VII — Du nitrate de quinine.

L'acide nitrique s'unit facilement à la quinine et forme avec elle un nitrate, qui , par la concentration des liqueurs» I

se précipite sous forme d'un fluide oléagineux , l'action de l'acide nitrique sur la quinine ne peut servir à la faire distinguer de la cinchonine.

§ XLVIII. — Du phosphate de quinine.

On se rappelle que le phosphate de cinchonine est pour ainsi dire incristallisable : il n'en est pas de même du phosphate de quinine, ce sel cristallise très-facilement et se présente en petites aiguilles blanches translucides un peu nacrées , il est soluble dans Palcohol.

§ XLIX. — De Varséniate de quinine.

■ L'arséniate de quinine ressemble beaucoup au phosphate par l'aspect extérieur \ il est cependant moins nacré. Si on le compare à l'arséniate de cinchonine qui ne cristallise pas , en trouve dans la comparaison de ces deux sels un moyen de distinguer la quinine de la cinchonine.

§ L. — De V acétate de quinine.

Voici un sel qui établit entre la quinine et la cinchonine une grande différence : on se souvient sans doute que l'acide acétique forme avec la cinchonine un sel très-soluble quand il est avec excès d'acide ; que ce sel évaporé se présente sous forme de masse gommeuse tant qu'on y laisse l'excès d'acide, et qu'au contraire, évaporé seulement à certain point il se fait un dépôt grenu, qui, lavé , est un sel peu soluble. La quinine se comporte d'une manière bien différente; en s'unissant avec l'acide acétique elle forme un sel trèslégèrement acide 5 ce sel cristallise très-facilement , et à un certain degré d'évaporaiion la dissolution se prend en masse cristalline formée d'aiguilles longues , larges et nacrées. Par une évaporation plus lente les aiguilles plates et feuilletées se groupent en étoiles et forment des mamelons qui offrent un aspect très-agréable à l'oeil. Ce sel est peu soluble à froid ; lorsqu'il est coloré (ce qui n'arrive qu'en le préparant avec de

la quinine non purifiée) on peut le blanchir en le lavant avec de l'eau froide ; il gagne les parties inférieures du vase et se précipite en filamens larges et sqyeux ayant des reflets satinés. Il est beaucoup plus soluble dans l'eau bouillante, sa dissolution saturée à chaud se prend en masse par le refroidissement.

Il suffit d'avoir vu une fois ce sel pour toujours le reconnaître.

§ LI. — De Voxalate de quinine.

L'acide oxalique forme avec la quinine un sel neutre trèspeu soluble à froid; ce sel se dissout cependant en assez grande quantité dans l'eau bouillante , et sa solution saturée se prend par le refroidissement en une masse nacrée qui pa- ^ît formée d'aiguilles parallèles.

L'oxalate de quinine est soluble dans un excès d'acide oxalique et forme uu sel qui cristallise en aiguilles.

Qu'on place dans une capsule une solution alcoholique de cinchonine , qu'on l'évaporé de manière à avoir la quinine attachée à la partie interne de la capsule sous forme d'un vernis transparent , et qu'alors on verse dans la capsule une solution d'acide oxalique , il se passera un phénomène assez singulier : la liqueur acide dissoudra les premières couches de quinine sans perdre sa fluidité ni sa transparence, mais tout à coup elle se troublera , s'épaissira à vue d'œil et même se prendra en masse si les quantités d'acide et d'alcali sont en proportions convenables. Cet effet est dû à la saturation de l'excès d'acide qui d'abord tenait la quinine en dissolution. En délayant cette masse dans de l'eau froide, la jetant sur un filtre et la lavant , on obtient une poudre blanche qu'on prendrait au premier aspect pour de l'oxalate de chaux : c'est de l'oxalate de quinine. Ce sel est très-soluble dans l'alcohol , il s'y dissout en plus grande quantité à chaud qu'à froid , on peut l'obtenir cristallisé en aiguilles trèsblanches. En versant de l'acide oxalique dans un sel solu-

ble de quinine', il se fait également un précipité blanc qui est de l'oxalale de quinine ; on peut aussi préparer avec plus de facilité ce sel par la décomposition double : si les solutions étaient trop étendues, il faudrait concentrer les liqueurs.

§ LU. — Du tartrate de quinine.

Le tartrate de quinine diffère peu de l'oxalate de la même base; il paraît être un peu plus soluble.

§ LUI. — Du gallate de quinine.

L'acide gallique forme des précipités dans tous les sels solubles de quinine , pourvu toutefois que les solutions ne soient pas par trop étendues. Les gallates alcalins sont encore plus sensibles à la présence de la quinine : l'acide gallique s'unit directement à la quinine , et forme un sel neutre très-peu soluble à froid : si on le redissoul à cliaud , par le refroidissement les liqueurs deviennent lactescentes , et il se forme un dépôt toujours opaque. Le gallate de quinine est soluble dans l'alcohol et dans un excès d'acide.

Les infusions et les teintures de noix de galle précipitent la quinine de ses dissolutions : il paraît qu'elles agissent par l'acide gallique qu'elles contiennent , car les matières tannantes artificielles ne précipitent la cinchonine que dans le cas où il entre dans leur composition un acide qui forme avec cette base un sel peu soluble. Ces considérations sont également applicables aux sels de cinchonine.

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