S LIV
Telles sont les diverses combinaisons de la quinine que nous avons eu occasion d'examiner. Nous ne doutons pas qu'après avoir répété nos expériences, les chimistes ne soient convaincus des différences qui existent entre la base salifiable du quinquina gris et celle du quinquina jaune, et qu'ils n'admettent simultanément la quinine et la cinchonine comme deux substances différentes.
§ LV. — Analyse du quinquina jaune.
Après avoir extrait et examiné la quinine , nous avons entrepris 1 analyse du quinquina jaune; les procédés que nous avons suivis ayant été à peu près ceux employés dans l'analyse du quinquina gris, nous ne croyons pas devoir les rapporter. Voici les résultats que nous avons obtenus : Kinate acide de quinine.
Rouge cinchonique.
Matière colorante rouge soluble (tannin). Matière grasse.
Kinate de chaux.
Amidon, y Ligneux.
Matière colorante jaune.
S LV I Examen particulier des principes constituans
du quinquina jaune.
Nous avons fait connaître les propriétés de la quinine, nous n'y reviendrons plus.
Le rouge cinchonique a toutes les propriétés que nous lui avons trouvé dans le quinquina gris,
La matière colorante rouge soluble (tannin) ne diffère de celle du quinquina gris , qu'en ce qu'elle précipite les sels de fer en brun au lieu de les précipiter en vert ; la matière colorante jaune est la même dans les deux écorces.
La matière grasse , à la couleur près , est en tout semblable à celle du quinquina gris 5 elle est d'un jaune-orange ; elle paraît aussi être plus odorante : il ne serait pas étonnant qu'elle contînt un principe odorant particulier, comme on en rencontre dans plusieurs matières grasses végétales et animales.
Le kinate de chaux est le même dans les deux écorces. L'amidon est identique dans les deux quinquina gris et jaune.
Nous n'avons pas trouvé de matière gommeuse véritablement bien caractérisée dans le quinquina jaune : nous attribuons à son absence la facilité avec laquelle on obtient à l'état de pureté le kinate de la magnésie dans le traitement du quinquina jaune pour l'extraction de la quinine.
Tableau comparatif de quelques propriétés de la cinchonine < de la quinine , pour établir la différence entre les deux bases.
Cinchonine.
Quinine.
Poids de la mole'cule.
Action de l'alcohol. .
Action de l'étlier. . .
Sulfate, sonaspect,etc.
Hydrochlor. , aspect. .
En aiguilles prismatiques. . .
Soluble dans l'alcoliol , y peut
Très-peu soluble dansl'étlier,
Crislallisable , forme déterminable , prisme à /[ pans. .
Base ioo , acide l3 , 0210. .
Crislallisable , en aiguilles- .
Base 100, acide 9 , o35. . . .
Tncristallisable , aspect gom-
Très-soluble , petits cristaux
En masse amorplie.
Amère beaucoup plus désagréable.
Fusible au moins à l'état d'hydrate.
Est de 45 , 9069.
Soluble dans l'alcoliol, n'y peut cristalliser.
Très-soluble dans l'e'tber, incristallisable.
Cristallisable , en aiguilles soyeuses-nacrées.
Base 100, acide 10, 9'47- Facilement cristallisable ,
houppes soyeuses.
Base 100, acide 7, 0862.
Cristallise en aiguilles nacrées.
Cristallise en aiguille prismatiques.
Moins soluble, cristaux se groupaut en étoiles, en gerbes , etc.
EXAMEN CHIMIQUE Du quinquina rouge (cinchona oblongifolia. ).
§ LVII. — Choix de Técorce soumise à l'analyse.
Le quinquina rouge que nous avons soumis à l'analyse était en ecorces de moyenne grosseur, roulées et recouvertes de lichen; les morceaux ont été spécialement choisis «n a un, et 1 on a pris toutes les précautions pour éloigner ^échantillons dont on aurait pu douter; on ne peut donc supposer qu'on ait employé du quinquina jaune coloré par une liqueur alcaline. On verra plus bas pourquoi nous avons tellement insisté sur le choix de ce quinquina. L'infusion de ce quinquina précipite abondamment par la noix de galle , 1 emétique et la gélatine.
§ LVIII.— Extraction de la base salifiable du quinquina
rouge.
En suivant toujours la marche que nous nous étions tracée nous avons cherché à extraire, par les divers procédés indiqués , la cinchonine que le quinquina rouge pouvait contenir , non-seulement nous en avons obtenu de parfaitement cristallisée, et en tout semblable à celle du quinquina gris , mais elle était en quantité trois fois plus forte pour un poids donné des deux écorces. Une chose qui nous a d'abord frappé, et que nous avons ensuite expliquée, estque l'alcohol qui avait servi à traiter le précipité magnésien pour en extraire la cinchonine , ne donnait de cristaux que dans le cas où l'on conduisait l'évaporation qu'à un certain terme , et non à siccité ; car dans ce cas on n'avait qu'une masse grenue et colorée. Nous avions d'abord pensé que la cin-
chonine était seulement engagée dans un matière colorante; mais nous n'avons pas tardé à reconnaître que la matière qui s'opposait à la cristallisation de la cinchonine dans les liqueurs trop rapprochées , était de la quinine (i). Nous sommes parvenus à séparer ces deux bases , en employant les cristallisations , l'éther et l'acide acétique. Nous avons déjà parlé de ces procédés.
D'après notre analyse, le quinquina rouge est composé de
Kinate acide de cinchonine ,
Kinate acide de quinine ,
Kinate de chaux,
Rouge cinchonique ,
Matière colorante rouge soluble ( tannin ) ?
Matière grasse ,
Matière colorante jaune ,
Ligneux ,j
Amidon.
§ LXIX. Résultats comparés de V analyse des quinquina grïs, jaune et rouge.
Nous avons déjà dit qu'il nous paraissait impossible de faire une analyse quantitative des matières végétales dont la composition était compliquée •, nous croyons cependant devoir établir quelques rapports proportionnels entre les principes constituans des trois espèces de quinquina. Ces rapports pourront donner lieu à quelques inductions qui ne seront pas sans utilité.
Nous remarquerons d'abord que la base salifîable existe
(i) Nous ferons cependant remarquer qu'il existe quelques différences entre la quinine du quinquina jaune et l'alcali incristallisable que nous signalons ici. Ces différences consistent dans la plus grande fusibilité de l'alcali incristallisable du quinquina rouge et dans l'aspect de son sulfate ; néanmoins nous ne croyons pas à présent devoir considérer cette matière autrement que comme une variété de la précédente.
dans le quinquina gris en moins grande quantité que dans le quinquina jaune , puisque nous n'avons pu retirer que deux grammes de cinchonine. par kilogramme d'écorce , tandis que le quinquina jaune nous a donné neuf grammes de quinine (i) : mais comme ces bases ne sont pas absolument les mêmes , on ne peut rigoureusement établir par elles un point de comparaison entre les deux quinquina.
Quant au quinquina rouge roulé , il réunit les deux bases salifiables et en quantité bien supérieures à celles que contiennent les quinquina gris et jaune , puisque d'un kilogramme de quinquina rouge on a retiré huit grammes de base salifiable, cristallisable (cinchonine), quantité quadruple de celle fournie par le quinquina gris , et dix -sept grammes de base salifiable , incristallisable (quinine), c'està-dire , presque le double de celle retirée du quinquina jaune.
D'après ces considérations, si l'on parvient à établir que, dans les quinquina , le principe actif réside dans la base salifiable, on expliquera comment il arrive que le quinquina gris et le quinquina jaune présentent des nuauces dans leur propriété médicale. Quant au quinquina rouge ( variété roulée) , il serait le quinquina par excellence , puisqu'il réunirait les deux principes, et les contiendrait eu grandes proportions.
Le rouge cinchonique existe dans les trois espèces de quinquina ; il paraît identique dans ces trois écorces. Le quinquina rouge en contient le plus , et le gris eu contient le moins.
La matière tannante existe en moins grande quantité dans le quinquina jaune, que dans les quinquina gris et rouge j elle diffère un peu dans chaque espèce.
(i) Nous croyons bien n'avoir pas retiré du quinquina gris toute la quantité de cinchonine qu'il peut contenir ; mais il en a dû être de même des autres quinquina , et la perte a dû être à peu près proportionnelle.
La gomme n'existe que dans le quinquina gris. Le qninale de chaux et les autres principes mentionnés , sont identiques dans les trois espèces de quinquina.
§ LX. Du principe actif des quinquina.
Quel est le principe actif des quinquina ? Quelle est, dans ces écorces, la substance qui agit dans le traitement des fièvres, et qui combat si énergiquement l'intermittence? Ce ne serait peut-être pas à nous qu'il conviendrait de chercher la solution de ce problème. Cependant , comme nous sommes convaincus que ce principe est la base salifîable ; la cinchonine dans le quinquina gris, la quinine dans le quinquina jaune , et ces deux substances dans le quinquina rouge, peut-être avec des nuances et des degrés divers d'intensité, nous croyons devoir établir sur quoi nous fondons notre opinion.
On reconnaît les quinquina de bonne qualité , et on les distingue des écorces inertes ou étrangères , non-seulement à l'aspect extérieur , mais encore par la réunion de plusieurs propriétés physiques et chimiques. On sait que les bons quinquina ont une saveur amère styptique, et comme aromatique toute particulière , et telle qu'on ne peut la confondre avec celles des autres écorces exotiques ou indigènes: or , de tous les principes contenus d'ans le quinquina gris , que nous prendrons pour exemple , la cinchonine seule a, une amertume et même une saveur prononcée; cette saveur est exactement celle du quinquina ; le quinquina dépouillé de cinchonine est presqu'insipide. Les autres principes du quinquina gris n'ont presque pas de saveur, si on en excepte la matière colorante rouge soluble ; encore , la saveur de ce principe est-elle très-faible et simplement un peu astringente.
Les travaux de M. Vauquelin ont fait connaître que les quinquina, généralement reconnus comme fébrifuges, précipitaient par la noix de galle -, or, dans le quinquina le seul principe précipiiable par la noix de galle est la cinchonine.
A quelle autre substance attribuerait-on les propriétés médicales du quinquina ? Ce ne serait pas , sans doute , à l'amidon , à la gomme ? Serait-ce au tannin ? Mais il est beaucoup de substances tannantes -, et ces substances sont peu fébrifuges , et les médecins leur refusent la propriété antiintermittente. Serait-ce au kinate de chaux? Mais ce sel n'a ni amertume , ni stypticité , ni aucune des propriétés qu'on signale dans le quinquina , et qui se retrouvent dans la cincbonine. L'on sait, d'ailleurs, que M. Vauquelin a dit qu'il ne croyait pas le kinate de chaux fébrifuge, parce qu'il était insoluble dans l'alcohol, tandis que les préparations alcoholiques de quinquina étaient celles qui étaient douées de plus de vertus.
Les praticiens savent, d'ailleurs, que le sel essentiel de quinquina, préparé par macération dans l'eau froide, est peu fébrifuge 5 or, ce sel contient beaucoup de kinate de chaux et peu de kinate de cinchonine. On ne peut tirer une induction contraire à notre manière de voir de la différence d'opinion des divers chimistes qui ont analysé le quinquina concernant le principe fébrifuge , puisqu'en compulsant ces analyses , on trouve généralement que les différentes matières auxquelles ils ont attribué l'efficacité du quinquina , étaient des composés plus ou moins complexes, dans lesquels entre la cinchonine , masquée par les substances qui y sont combinées. Ainsi , par exemple , nous voyons Reuss attribuer les propriétés actives du quinquina à ce qu'il nomme amer cinchonique. Or, on peut démontrer maintenant que cette matière est un mélange de cinchonine , de kinate de chaux et de matière colorante. La matière jaune amère de M. Laubert, qu'on a regardée aussi comme le principe fébrifuge du quinquina , est du kinate de cinchonine et de la matière colorante jaune. Enfin , la matière blanche que ce chimiste en a séparé par l'eau potassée , et qu'il a regardée comme une résine pure , est la cinchonine elle-même, peutêtre seulement unie à un peu de matière grasse. Enfin, M. le
docteur Gomès , qui le premier a obtenu la cinchonine , quoiqu'il n'ait pas connu sa nature alcaline et ses principales propriétés chimiques , n'hésite pas à regarder la cinchonine comme le principe actif du quinquina.
Si nous raisonnons ensuite par analogie , nous voyons que toutes les bases salifiables organiques ont des propriétés spéciales très-énergiques. La morphine représente l'action, calmante de l'opium ; la strychnine produit un horrible tétanos 5 la picrotoxine agit sur le cerveau ; la vératrine est dans l'hellébore blanc et dans la cévadille le principe sternutatoire. Il existe dans le quinquina un alcali végétal , et on lui refuserait, sans examen, une action spéciale (i) !
Nous sommes loin , cependant , de soutenir qu'il ne faut plus employer le quinquina en nature. Quand notre opinion sur le principe actif du quinquina serait basée sur les observations médicales les plus nombreuses et les plus avouées, nous ne tiendrions pas ce langage. Nous ne nions pas que les autres principes qui accompagnent la cinchonine dans le quinquina , ne puissent modifier son action d'une manière utile et physiologiquement inconnue ; mais des modifications à une propriété entraînent l'existence spéciale de cette propriété même. Dira-t-on que c'est uniquement dans la réunion des principes du quinquina et dans leur combinaison intime que reposent les vertus de ce médicament (loco citato ) ; mais alors il faudrait bannir toute composition qui pourrait troubler cette union intime. Il faudrait dire aussi que la noix vomique , la coque du Levant n'agissent pas en vertu de la strychnine, de la picrotoxine qu'elles récèlent, mais bien par la réunion intima de leur principe; il faudrait dire aussi que ce n'est pas le mercure rendu soluble qui agit dans quelques maladies , "mais une certaine réunion intime. En un mot, il faudrait prendre les médicamens tels que la nature nous les offre, et bannir les sciences chimiques
(') Voyez Dictionnaire des Sciences médicales , tom. 46.
du sanctuaire de la médecine. Mais en admettant un principe actif dans un médicament , il nous semble qu'il est utile de l'obtenir et d'étudier ses propriétés. Il est telle circonstance où l'on sera heureux de pouvoir l'administrer pour l'avoir dans toute son énergie : il est des cas où un malade ne peut prendre une once de poudre ou un verre de liquide. D'ailleurs, cette connaissance du principe actif, éclaire les préparations pharmaceutiques des médicamens , fait connaître les formules raisonnées , et les distingue de celles qui sont empiriques, absurdes et souvent dangereuses. Du reste, espérons que quelque praticien habile , joignant la prudence à la sagacité , fera des recherches thérapeutiques sur les alcalis des quinquina, et donnera ainsi à notre travail une utilité médicale.
EXAMEN CHIMIQUE Du quinquina Carthagène ( Portlandia hexandra ).
Après avoir terminé l'analyse des principales espèces de quinquina usitées en médecine , nous avons pensé devoir noua occuper des végétaux qui , par leurs propriétés fébrifuges , semblaient présenter quelques analogies avec les quinquina que nous avions examinés. Le portlandia , genre très-voisin du cinchona , renferme une espèce , le portlandia hexandra , dont l'écorce est assez abondamment répandue dans le commerce , sous le nom de quinquina Carthagène : cette espèce a d'abord fixé notre attention. On sait que ce quinquina est moins amer, moins astringent et passe pour moins fébrifuge que les quinquina gris , jaune et rouge. Cependant ses propriétés médicales sont loin d'être nulles , et il est employé avec succès , à la Guyane, dans le traitement
des fièvres intermittentes si communes dans ce pays (i). Le portlandia, de la famille des rubiacées, n'est pas très-éloigné du cinchoua sous le point de vue botanique; voyons donc jusqu'à quel point l'examen chimique confirmera l'analogie entre ces deux genres. La méthode que nous avons suivie dans l'analyse du quinquina Carthagène , rentre dans celle mise en usage lors de l'examen que nous avons fait des quinquina gris , rouge et jaune. Nous nous bornerons à quelques détails ; renvoyant nos lecteurs à nos premiers mémoires , nous n'insisterons que sur ce qui est particulier à l'écorce qui nous occupe.
Nous ferons d'abord remarquer que non-seulement le quinquina Carthagène fournit très-peu de chose à l'eau, lorsqu'on le soumet à la décoction dans ce liquide , mais que l'alcohol lui-même l'attaque avec peine ; cependant en prolongeant l'action de ce liquide, et surtout en employant un digesteur à soupape , on obtient des teintures trèschargées. La manière d'agir de l'eau et de l'alcohol sur le quinquina Carthagène, indique déjà , et l'analyse démontrera , que cette écorce contient beaucoup de rouge cinchoniqne , matière très-peu soluble dans l'eau , et qu'en général , les principes qu'elle renferme sont dans un grand état de cohésion ; celte remarque trouvera plus bas son application.
Les teintures alcoholiques évaporées donnent un extrait résineux , rougeâtre , translucide. Cet extrait Javé à l'eau froide , laisse une grande quantité de matière résinoïde en flocons rougeâtres. Ces flocons traités à plusieurs reprises par de l'eau bouillante, diminuent de masse et de volume; la matière insoluble présenté les caractères du rouge cinchonique ; les liqueurs aqueuses sont colorées en rouge , et présentent les phénomènes suivans.
Avec la noix de galle, eiles donnent un précipité abon-
(•) Bosc, Dictionnaire d'histoire naturelle de Dcteiville.
dant j elles précipitent fortement la gélatine et la solution d emeuque ; versées dons une dissolution de sulfate de ter, elles y forment un précipité brun-verdâtre. Ces phénomènes indiquent déjà une grande analogie de composition entre le quinquina Carlhagène et le quinquina gris 5 nous remarquerons cependant qu'il contient plus de rouge cinchonique.
Une portion seulement des liqueurs aqueuses ayant été employée aux essais que nous venons de mentionner , la masse entière a été traitée par un excès de magnésie ; le liquide filtré n'avait plus qu'une couleur jaune; la saveur était peu amère , il contenait du quinate de magnésie et de la matière jaune colorante ,• il ne précipitait plus la gélatine, ni l'infusion de noix de galle ; l'émétique était également sans action sur ces liqueurs ; le précipité magnésien traité par l'alcohol , a donné une liqueur jaunâtre très-amère ; cette liqueur , évaporée , a fourni une masse de cristaux colorés ; ces cristaux , purifiés par des lavages avec l'éther sulfurique , avaient tous les caractères que présente la cinchonine. L'éther qui avait servi à purifier les cristaux de cinchonine , a fourni par évaporation une matière poisseuse , qu'on a dissoute dans de l'acide acétique concentré. L'on a ensuite ajouté de l'eau pour précipiter la matière grasse 5 et par évaporation de la liqueur, on a obtenu un sel qu'on a reconnu pour de l'acétate de quinine. (Voyez analyse du quina rouge. )
Le quinquina Carlhagène épuisé par l'alcohol , et traité pari1 eau froide , a fourni une liqueur faiblement colorée en jaune rougeâtre , dans laquelle on trouvait de la gomme , de la matière tannante , et un peu de kinate de chaux : l'eau bouillante mise ensuite en action , s'est chargée de matière tannante , et d'un excès d'amidon sensible par l'iode. Le tannin du quinquina Cartbagèue entièrement privé de rouge cinchonique , précipite le sulfate de fer en brun noirâtre , tandis que lorsqu'il retient du rouge
cinchonîque , le précipité est v
avoir été épuisé par l'action de l'eau bouillante, ne paraissait plus être autre que du ligneux.
Si nous revenons sur l'ensemble de cette analyse , pour en déduire quelques conséquences , nous remarquerons , aux proportions près, une analogie de composition presque parfaite entre le quinquina de Carthagène et le quinquina rouge : ce qui montre que dans quelques végétaux , l'analogie de composition s'étend au delà du genre , remarque que nous avons déjà faite dans l'analyse du colchique et de l'hellébore blanc. Cependant l'analyse de l'ipécacuanha , celle du café , publiée par M. Robiquet (i) , démontrent que dans les rubiacées , l'analogie de composition n'existe qu'entre certains genres, que déjà les botanistes ont groupés d'après des caractères extérieurs ; et si , comme on n'en peut douter , toutes les sciences sont liées entre elles par des rapports , dont quelques - uns seulement nous sont counus , peut-être la chimie fournira-t-elle aux botanistes , non des caractères pour réunir ou séparer les espèces, mais des inductions pour établir des rapprochemens entre certains genres. Déjà le portlandia (2) est rapproché du cinchona : le psyschotria , le callicoca , le café en sont beaucoup plus éloignés -, aussi en diffèrent-ils infiniment plus , sous le point de vue de la composition chimique.
Passant à une autre considération, nous ferons remarquer que la grande quantité de matière résinoïde qui existe dans l'écorce qui nous occupe, matière qui en enveloppant le kinate de cinchonine le rend moins soluble dans les liqueurs
(1) Nous avions commencé l'examen du café, nos re'sullats e'taient semblables à ceux de notre confrère; mais son travail antérieur au nôtre et plus avance', nous a dispensés de terminer notre analyse.
(2) Selon Aublet et autres, le quina Carthagène pst fourni par le coutarea speciosa; mais le coutarea est le genre qui suit imme'diatenlent le Portlandia , dont il diffère par le nombre des étamines.
aqueuses et alcoholiques, explique Je peu d'action décelé ecorce sur l'économie animale. Le quina Cartbagène pris en nature, doit résister plus fortement que les autres quinquina à Faction des sucs gastriques. Employé en décoction , il doit retenir la cinchonine qu'il contient , et n'en céder que très-peu.
Dans un temps où le quinquina viendrait à manquer , on pourrait tirer un grand parti pour la médecine , des quantités de quina Carthagène qu'on trouverait encore dans les magasins , non en employant ce quinquina en nature , mais en augmentant son énergie, par des préparations qui , dégageant la cinchonine des matières qui l'enveloppent, l'offriraient dans toute son énergie ; dans ce cas la chimie rendrait encore un service à l'humanité.
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