EXAMEN CHIMIQUE
De T écorce connue sous le nom de Kîna -Nova, pour faire suite à T examen chimique des quinquina.
Dans ces derniers temps on a introduit dans le commerce une écorce à laquelle on a donné le nom de kinanova. On ignore quel est l'arbre qui la produit ; il n'est pas probable qu'il appartienne au genre cinchona. Du reste , cette écorce dont les propriétés fébrifuges ne sont rien moins que certaines , paraît devoir être reléguée parmi ces substances que la cupidité et la fraude ont introduites comme succédanées de médicamens plus efficaces. Cette notice^ en démontrant que cette écorce ne contient ni cinchoniue ni quinine , contribuera à la faire entièrement bannir de l'emploi médical. Mais, en perdant tout intérêt pour le pharmacologisté , le kina - nova en acquerra un pour le chimiste , en lui présentant parmi
les végétaux le second exemple d'un acide analogue aux acides gras de nature fixe, découverts dans le règne
brique l'on soumet le kina-nova à l'action de l'eau bouillante, on obtient des décoctions qui précipitent abondamment parla gélatine animale et sont sans action, sur l'émétique et l'infusion de noix de galle. Elles donnent un précipité brunâtre, par l'instillation de quelques gouttes de solution de sulfate de fer (t). Ces observations suffiraient pour montrer le peu de rapport qu'a cette ecorce avec les vrais quinquina -, mais nous avons cru devoir pousser plus loin nos recherches.
Le kina-nova soumis à l'action de l'alcohol , fournit une grande quantité de matière résinoïde d'un rouge brunâtre ; cette matière traitée par l'eau bouillante s'y dissout en partie , la liqueur aqueuse se comporte avec la gélatine , l'infusion de noix de galle, l'émétique et le sulfate de fer comme la décoction de l'écorce elle-même. Elle est colorée en rouge , mais , lorsqu'on la traite par de la magnésie en excès , elle perd cette couleur et ne retient qu'une teinte jaunâtre très-prononcée ; dans cet état elle n'est plus acide , elle semble au contraire être légèrement alcalescente. Lorsqu'on verse dans cette liqueur un acide quelconque il s'y fait sur-le-champ un précipité blanc , floconneux , très-abondant , que redissolvent facilement non-seulement les chaux , mais encore les eaux de chaux et de baryte. La matière floconneuse précipitée par les acides est très-peu soluble dans l'eau 5 mais se dissout facilement dans l'alcohol et l'éther. L'acide gallique et la teinture de noix de galle forment dans les décoctions de kina-nova très-rapprochées , traitées par la magnésie , puis filtrées, des précipités semblables à celui que nous
(1) M. Guibourt a vu l'action du kina-nova sur les qualre réactifs pré cités, et a consigne ces observations dans son Traité des médicameus.
venons de signifier 5 ils „W aucun rapport avec ceux crue la noix de galle forme dans les décoctions de JZ
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Nous revendrons plus bas sur cette substance sing l hère que nous regardons comme un acide particulier qu> , formant avec la magnésie un sel soluble fa été enle! ve par cette base aux lavages aqueux de l'extrait alcoho- Iique du kma-nova : disons maintenant un mot de la matière colorante rouge et des substances contenues dans le précipite magnésien.
La matière colorante rouge du kina - nova pourrait au Fermer abord paraître analogue au rouge cinebonique des vrais quinquina ; mais, en l'examinant avec soin , on voit qu elle en diffère sous quelques rapports. Elle est moins soluble dans la potasse , elle se dissout aussi moins facilement dans 1 acide acétique ; dissoute dans l'eau , elle ne précipite pas l'émétique ; elle est un peu soluble dans letber sulfunque , d'un autre côté elle s'en rapproche par la propriété qu'elle a de pouvoir être convertie en matière tannante , par l'action successive de la. potasse et d un acide , et de donner de l'acide oxalique quand on la traite par l'acide nitrique.
Nous ne nous arrêterons pas davantage sur cette matière qui semble faire Je passage entre le rouge cinebonique et les matières résineuses. Venant à l'examen de la magnésie employée au traitement du kina-uova , nous l'avons trouvée en grande partie combinée à de Ja matière colorante rouge et à de la matière tannante (i). L'alcobol mis en ébullition sur le précipité magnésien , s'est légèrement coloré en jaune , et par l'évaporation a donné , en quantité infiniment petite , une matière jaunâtre ayant Ja propriété de ramener au bleu le papier de Tournesol , rougi par un acide; la petite quantité que nous avions de
(0 Voyez le Mémoire sur le quinquina , pour plus de détails sur la manière d'analyser ces sortes de précipites.
celte matière , quantité qui n'était que de 3 grains pour deux livres d'écorce ( un kilog. ) , ne nous a pas permis d'examiner ses propriétés ; nous sommes cependant assurés qu'elle ne contenait ni cinchonine ni quinine; nous ne croyons pas qu'elle mérite un examen plus approfondi , d'autant plus qu'elle ne paraît pas suffire à la saturation de l'acide qui est en partie uni à la chaux. La matière tannante du kina-nova , matière qui ne précipite pas l'émétique , nous paraît aussi être une combinaison du même acide avec la matière colorante rouge.
Le kina-nova épuisé par l'alcohol , fournit encore à l'eau de la matière tannante, de la gomme, de l'amidon et une petite quantité d'un sel à base calcaire.
Il suit donc de ce qui précède et de quelques expériences que nous n'avons pas rapportées dans cette notice , que l'écorce connue sous le nom de kina-nova est composée de :
i°. Une matière grasse.
2°. Un acide particulier , (acide kinovique. ) 3°. Une matière résinoïde rouge.
4°. Une matière tannante.
5°. Gomme.
6°. Amidon.
7°. Matière colorante jaune.
8°. Matière alcalescente en très-petite quantité.
9°. Ligneux.
L'acide contenu dans le kina-nova , nous paraît mériter quelque attention par sa ressemblance avec les acides des corps gras. M. Chevreul a déjà trouvé dans le viburnum opulus , un acide de ce genre , ( acide qu'il, regarde comme identique avec celui du delphinus globiceps) ; notre acide sera donc le second de ce genre , et , comme il pourrait se faire qu'il se rencontrât dans d'autres végétaux, nous croyons devoir indiquer ses principales propriétés. Nous désignons cet acide dans notre laboratoire sous le nom d'acide
Knovique , nous sentons que ce nom ne petit être adopté indenniment, mais faute d'un meilleur, ne connaissant nullement le genre ni la famille du végétal qui nous a fourni cet acide, nous continuerons de faire usage de cette expression.
L'acide fanovique , obtenu par précipitation , est léger, floconneux, d'un blanc éclatant, extrêmement peu soluble dans l'eau , très-soluble dans l'éther et l'alcohol ; l'eau le précipite de sa dissolution alcoholique , sous l'apparence de flocons blancs , qui viennent en partie nager à la surface du liquide ; il forme avec les alcalis des sels trèssolubles ; avec la cbaux , la baryte et la magnésie des sels" moins solubles que les précédens , mais beaucoup plus solubles que l'acide. La solubilité du kinovate de magnésie nous a donné la facilité de voir comment cet acide agirait sur quelques oxides, par voie de double décomposition. Si l'on verse une solution de ce sel dans une dissolu lion de nitrate d'argent, d'acétate de plomb , de sulfate de cuivre, de sulfate de fer , il ne se manifeste aucun précipité, ce qui tend à faire voir que les combinaisons possibles de l'acide kinovique avec les oxides de ces métaux jouissent d'une certaine solubilité ; cependant on obtient un léger précipité avec le seul acétate de plomb et le sublimé corrosif.
Le kinovate de magnésie fait aus-i un précipité très- marqué dans les sels de cincbonine , l'acide uni au cinchonine se combine avec la magnésie , et le cinchonin se précipite avec l'acide kinovique.
Les kinovates sont décomposés par tous les acides jouissant d'un peu d'énergie 5 l'acide kinovique se précipite en larges flocons blancs : une propriété particulière des kinovates terreux c'est d'être très-solubles dans l'alcohol et dans l'éther , car nous avons obtenu en dissolution dans ce inenstrue du kinovate de baryte et du kinovate de magnésie ; cette propriété sert à distinguer cet acide de tous les acides végétaux connus.