EXAMEN RAISONNÉ
Des principales préparations pharmaceutiques , ayant le quinquina pour base.
Admettant que le principe actif d'un quinquina réside dans la base alcaline qu'il contient , ce que j'ai cherché à démontrer dans un mémoire que j'ai lu à l'académie des sciences , conjointement avec M. Caventou , supposant d'ailleurs que la pratique médicale confirme cette assertion , ce que semblent déjà faire espérer les essais entrepris par plusieurs médecins qui se réservent de publier leurs observations particulières , nous devons inférer que dans les préparations pharmaceutiques du quinquina , on doit chercher à concentrer le principe actif, à le dégager des matières qui l'enveloppent et à le mettre dans l'état le plus propre à être absorbé par les organes. Il en résulte aussi que les différentes préparations décrites dans nos formulaires , sont d'autant meilleures qu'elles réunissent le plus grand nombre de ces conditions.
La première et la plus simple des préparations qu'on fait subir au quinquina est la pulvérisation 5 lorsqu'on pulvérise cette écorce, l'on recommande de rejeter la première poudre obtenue , et l'on préfère la dernière-, celle méthode est très-judicieuse , la dernière poudre est la plus résineuse , et nous avons vu que c'était de la partie résinoïde du quinquina que nous obtenions le plus de cinchonine. Les dernières poudres doivent donc être plus actives que les premières.
La seconde préparation du quinquina est la décoction 5 lorsque l'on soumet le quinquina à l'action prolongée de l'eau bouillante , la cinchonine qu'il contient unie à l'acide
kimque se dissout , mais en même temps plusieurs autres substances se dissolvent; savoir : la gomme, l'amidon, la matière colorante jaune, le kinate de chaux, le tannin', et une portion de rouge cinchonique. Ces substances entraînent même une quantité notable de matière grasse. La décoction , claire tant qu'elle est bouillante , se trouble par le refroidissement , parce que le tannin s'uuissant à l'amidon forme un composé insoluble à froid : une partie du rouge cinchonique et de la matière grasse se séparent aussi ; malheureusement ces substances en se précipitant , entraînent avec elles une partie de la cinchonine.
On peut cependant parer en quelque sorte à cet inconvénient en augmentant la masse du dissolvant , on retiendra ainsi presque toute la cinchonine, et l'on pourra sans inconvénient filtrer la décoction froide et la rapprocher ensuite par évaporation ; nous pensons donc que pour faire une décoction de quinquina il faut employer beaucoup d'eau , sauf à filtrer la liqueur froide et à la faire concentrer ; on aura par ce moyen une décoction moins trouble , moins désagréable à prendre et jouissant de toute l'efficacité qu'on peut lui donner.
Passons maintenant à la préparation des extraits du quinquina : on en connaît deux ; le premier , l'extrait mou , se prépare par décoction ; le second , l'extrait sec ou sel de Lagaraie , s'obtient par macération à froid. L'extrait mou contient non-seulement tous les principes des quinquina solubles par eux-mêmes ; mais encore plusieurs substances qui se dissolvent par l'intermède des premières à un certain degré de concentration. Nous proposerions donc pour améliorer cette préparation d'étendre d'eau froide les décoctions rapprochées du quinquina , de les filtrer et de les évaporer de nouveau en consistance requise. On aurait parlà un extrait qui , sous une masse dounée , contiendrait beaucoup plus de sel cinchonique , et aurait par conséquent plus d'efficacité.
Quant au sel de Lagaraie préparé par macération à froid , selon la méthode de l'inventeur , il est formé de kinate de chaux, de gomme, de matières colorantes , et contient très-peu de sel cinchonique ; car , bien que ce dernier sel soit par lui-même assez soluble dans l'eau froide, il est tellement défendu dans le quinquina par la matière colorante rouge insoluble et par la matière grasse que l'eau l'attaque à peine. Le sel de Lagaraie doit donc être peu fébrifuge , ce que la pratique médicale avait déjà assuré, et ce qui vient à l'appui de notre manière de voir sur cet objet.
Après avoir examiné les principales préparations du quinquina opéré par l'intermède d'un fluide aqueux , passons à celles obtenues au moyen d'une liqueur alcoholique, et en tête nous placerons les teintures. D'après notre analyse les teintures du quinquina recèlent tout le principe actif de ces écorces , c'est-à-dire la base salifiable organique qu'elles contiennent combinées à un acide. Elles tiennent aussi en dissolution des matières colorantes et un peu de matière grasse ; mais elles sont privées de gomme , d'amidon , de kinate de chaux, etc. Ces préparations doivent donc être très-énergiques et méritent toute la confiance des médecins quand il n'y a pas d'indication qui tendent à bannir l'emploi del'alcohol qu'elles contiennent. On a quelquefois agité la question de savoir si la teinture de quinquina devait être faite avec de l'alcohol fort ou de l'alcohol faible ; je crois maintenant la question résolue, il faut toujours employer l'alcohol fort dans ces sortes de préparations.
On ajoute quelquefois dans les teintures de quinquina un alcali ou base salifiable minérale 5 dans ce cas on s'empare de l'acide kinique et l'on met à nu la cinchonine , mais comme elle est soluble dans l'alcohol il n'y a pas d'mronvéniens. Il y en aurait un très-grand si on ajoutait un alcali minéral dans une décoction aqueuse de quinquina , on en précipiterait le principe fébrifuge : dans ces dernières préparations il vaut mieux ajouter un acide , par exemple,
du suc de citron comme l'indiquent quelques praticiens • on dégage ainsi avec plus de facilité la cinchonine des matières qui 1 enveloppent.
M. le docteur Michel, chargé du service de l'hôpital à Rome pendant les guerres d'Italie , a employé avec avantage les décoctions acides de quinquina, dans les fièvres épidémiques qui régnaient alors ; il s'est surtout servi avec succès de l'extrait de quinquina uni au sulfate acide d'alumine.
On prépare depuis quelque temps un sirop de quinquina magnésien : ce sirop doit être banni de la pharmacie , la présence de la magnésie rend la cinchonine insoluble , et ce médicament doit avoir peu de propriété , surtout s'il est clair et transparent.
A la suite des teintures de quinquina on doit placer les vins. Pour les préparer, nous croyons qu'il importe d'employer des vins naturellement très - alcoholiques ; on doit rejeter les vins légers , tels que la plupart des vins blancs de nos contrées et préférer les vins d'Espagne ou des Canaries. Le sirop de quinquina préparé au vin , est incomparablement meilleur que celui fait avec des décoctions de cette écorce.
Pour terminer cette notice , nous devrions parler de l'action chimique qu'exercent sur le quinquina diverses substances médicamenteuses auxquelles souvent on l'associe 5 mais ce serait entrer dans une trop vaste carrière : bornons-nous à deux ou trois associations qui nous paraissent les plus importantes.
Ou administre quelquefois le quinquina avec l'émétique, la réunion de ces deux substances en doses convenables produit un médicament qui n'est plus vomitif, et qui cependant est aussi fébrifuge que le quinquina pur. Ceci était difficile à expliquer lorsqu'on croyait que le quinquina devait sa propriété fébrifuge à l'espèce de tannin qu'il renferme , maintenant tout s'explique; le tannin du quinquinn s'unit à l'oxide d'antimoine de l'émétique et modifie son
action sur l'économie animale , tandis que le sel de cinchonine reste libre avec toutes ses propriétés.
On a dans ces derniers temps proposé une gélatine au quinquina (M. Gauthier, pharmacien de Paris). Ici il doit se passer un phénomène analogue , la matière astringente du quinquina est précipitée par une partie de la colle animale , tandis que le sel cinchonique reste dans le surplus de la gélatine employée.
Il est au contraire quelques matières qu'on doit écarter des préparations de quinquina , ce sont particulièrement celles qui contiennent les acides gallique , oxalique et tartàrique. Ces acides formant avec la cinchouine des sels peu solubles affaibliraient l'action du quinquina.
Après avoir examiné les principales préparations du quinquina déjà connues , qu'il nous soit permis d'en présenter quelques nouvelles qui résultent de notre analyse. Ces préparations dont l'emploi nous paraît devoir être très-avantageux dans quelques cas que les médecins sauront apprécier , consistent principalement dans quelques sels de cinchonine et de quinine. Ces sels sont particulièrement le sulfate et l'acétate de ces deux bases. Si la cinchonine et la quinine sont les principes actifs des quinquina , il n'y a pas de doute que leur emploi médical s'établira bientôt ; mais l'insolubilité de ces substances pures serait un obstacle à leur administration -, l'acétate et le sulfate de ces alcalis étant solubles sans être déliquescens , nous paraissent devoir réunir tous les avantages. Le sulfate de quinine particulièrement , a déjà réussi dans les mains d'habiles praticiens , ils se proposent de publier leurs observations.
Nous avons aussi préparé un sirop cinchonique qui contient réunies la cinchonine du quinquina gris et la quinine du quinquina jaune , à l'état de sulfate et dans la proportion d'un grain de chaque par once de liquide 5 ce sirop , remarquable par sa limpidité , peut entrer dans des potions , des tisanes , etc. 5 à dose égale il est beaucoup plus actif que le sirop de quinquina du Codex,
La préparation des sels cinchoniques est très-facile , puisqu'elle consiste dans l'union directe des acides avec la cinchonine ou la quinine ; quant à l'extraction de ces deux bases , fidèle à notre système de n'avoir aucun médicament secret et de faire toujours part à nos confrères des résultats de nos recherches , nous en avons donné le procédé dans notre mémoire lu à l'académie des sciences ; on peut y avoir recours.