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OBSERVATIONS MÉDICALES

Sur Vemploi des bases salifiables des quinquina.

Dans un Mémoire que nous avons eu l'honneur de lire à l'académie des sciences , M. Gaventou et moi , nous avions manifesté le désir de voir les médecins tenter quelques essais sur l'action que les bases salifiables des quinquina devaient selon nous avoir sur l'économie animale : nous n'avons pas tardé à être pleinement satisfaits. Plusieurs praticiens justement célèbres , ont employé la quinine et la cinclionine , non -seulement dans les fièvres intermittentes, mais dans beaucoup d'autres cas encore. Nous citerons particulièrement comme ayant fait spécialement usage de ces nouveaux médicamens, MM. Double, Fouquier, Chomel , Coutanceau, Magendie, Devèze , etc. Plusieurs de ces messieurs ayant bien voulu nous transmettre une analyse de leurs observations nous nous empressons d'en enrichir ce recueil.

Analyse des Observations de M. Double , extrait de fa Revue Médicale, 6e. livraison, 1820 5

Par M. Rouzet.

C'est dans les derniers jours de septembre et dans le courant d'octobre 1820, que M. Double a fait ses essais. On. était alors , par rapport aux maladies régnantes , à la fin d une catastase de fièvres intermittentes de divers types.

Première observation. — A la suite d'un séjour assez court dans la vallée de Palaiseaux ( 5 lieues nord-ouest de Paris) où les fièvres intermittentes étaient très-communes, la fille de chambre de M. D***, occupant une place importante dans l'université, contracta une fièvre intermittente tierce. A son arrivée à Paris , elle avait déjà eu trois accès bien complets , dont chacun avait duré de dix à douze heu-, res.La malade n'éprouvait aucune douleur interne, ni pendant l'accès , ni hors de sa durée ; il n'y avait point de symptômes d'irritation ni de gastricité. M. Double pensa que c'était le cas d'employer le nouvel alcali du quinquina. Il prescrivit donc neuf grains de sulfate de quinine , comme représentant la valeur environ d'une once de quinquina, à prendre en trois doses de trois grains chacune dans l'intervalle d'un accès à l'autre. L'accès suivant n'eut point lieu. Le lendemain et les deux jours suivans, la malade prit, matin et soir, une dose de quinine de quatre grains. Les six jours qui suivirent, elle continua la dose de quatre grains , mais le matin seulement. La fièvre n'a point reparu.

Deuxième observation. — La fille de M. le comte de H***, âgée de g ans environ , revenant d'Orléans , où les fièvres intermittentes régnaient en grand nombre , avait contracté une fièvre intermittente double-quarte , dont les accès trèsintenses d'ailleurs, étaient de quatorze à quinze heures. II s'était déclaré des symptômes d'embarras gastrique et un

point douloureux. avec tuméfaction à l'hypocondre droit. M. Salmade médecin ordinaire delà malade avait eu recours aux délayans et aux évacuans indiqués. M. Double proposa l'emploi du sulfate de quinine à la dose d'un grain seulement soir et matin, à raison de l'âge et de la faiblesse de l'enfant. L'accès qui suivit les trois premières doses fut très-retardé, et entièrement troublé dans sa marche. Le suivant manqua totalement. On continua pendant plusieurs jours le sulfate de quinine en en diminuant progressivement la dose. Tous les symptômes de dérangement des fonctions digestives disparurent, la douleur à l'hypocondre cessa, et la malade reprit ses forces.

Troisième observation. -—La fille du général D***, d'une constitution lymphatique-nerveuse très-marquée, après avoir passé l'été à Nogent-sous-Vincennes , y fut prise d'une mafcadie aiguë qui ne présenta d'abord aucun caractère déterminé , mais qui après des soins divers , dirigés en raison des indications curatives qui s'offrirent au médecin ordinaire, prit évidemment le caractère intermittent, sous la forme quotidienne double-tierce. M. Double laissa filer quatre accès sans rien faire , pour bien caractériser la maladie ; il donna ensuite le sulfate de quinine à la dose de deux grains soir et matin. La fièvre perdit d'abord de son intensité , et céda entièrement dès le troisième jour. La malade recouvra l'appétit, les forces et la santé plus promptement que sa constitution ne semblait le promettre.

Quatrième observation — La femme de chambre de madame Cl***, rue de l'Université , contracta dans la vallée de Montmorency, où elle avait passé la belle saison , une fièvre intermittente qui se montra successivement sous différons types. La fièvre présentait le type tierce , lorsque la malade arriva à Paris. On avait déjà employé sans succès les amers chicoracés et les évacuans. M. Double n'apercevant d'ailleurs dans l'état de la malade aucune complication qui fournît quelque indication particulière , prescrivit !e sulfate de

quinine à la dose de huit grains , en deux prises de quatre, grawehacuae données dans le premier inlrvLle a'p" ! "que ; 1 accès suivant manqua presque entièrement. L'emploi de la qumme fut continué pendant quelque temps. La

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Cinquième observation. —Madame Ch***5 femme d'uni architecte , ayant passé toute la belle saison à Paris, avait; depuis plusieurs jours des accès de fièvre intermittente quarte dont le physique et le moral ressentaient de fâcheuses atteintes. Une complication gastrique bien manifeste,, décida M. Double à commencer le traitement par un émétique qui fut pris le matin du jour du paroxysme. L'effet em ut satisfaisant ; et cependant l'accès de ce jour n'en fut nullement affaibli. M. Double prescrivit de suite cinq doses de; sulfate de quinine , de cinq grains chacune , à prendre dans. 1 intervalle de deux fois 24 heures que devait durer l'apyrexie. L'accès suivant manqua complètement. Continuation» de la quinine à la dose de cinq grains soir et malin ; régime; très-léger, l'accès manque une seconde fois. Le sulfate de; quinine produisait une excitation assez forte, et sa saveur donnait de la répugnance à la malade; on le suspendit sans; que M. Double en fût prévenu. Madame Ch*** approchait! de 1 âge critique , et chez elle l'éruption des règles, quoique: régulière , occasionait tous les mois un troublç assez considérable. Elle était parvenue à ce moment lorsqu'elle suspendit la quinine : le travail de la menstruation s'accomplit comme à l'ordinaire , mais avec les règles se déclara de nouveau la fièvre aussi intense que dans la première invasion , et dont le second accès confirma le type quarte. — Prescription , quatre grains matin et soir de sulfate de quinine, pendant l'intervalle apyrétique, dans un peu de pain enchanté, afin de masquer la saveur. L'accès qui devait arriver n'eut point lieu.

Pour prévenir la fâcheuse influence du retour prochain

des règles , M. Double fît continuer la quinine jusqu'après cette époque, d'abord à la dose de quatre grains tous les matins pendant dix jours, et ensuite d'un jour entre. Les règles parurent sans accident et sans ramener la fièvre.

Sixième observation. — Madame N***, mariée à un officier supérieur de gendarmerie , âgée de 5o ans environ , petite , maigre , d'une constitution nerveuse et très-irritable , était allée passer l'été dans l'Orléanais , près de Beaugenci. Elle y fut prise , vers la fin d'août , d'une fièvre quarte dont les accès étaient très-violens et très-longs. Ce fut sans succès qu'à la campagne comme à son retour à Paris , on employa tour à tour les boissons amères délayantes , les potions anti-spasmodiques , les évacuans, le vin de quinquina , et le quinquina en substance que l'estomac de la malade ne put supporter qu'à des doses insuffisantes. M. Double appelé en consultation le ier décembre, conseilla le sulfate de quinine, qui fut prescrit à la dose de quatre grains soir et matin-, il ordonna en même temps quelques tasses d'infusion légères de tilleul alternées avec l'eau de veau , dans laquelle on avait ajouté de la laitue et du cerfeuil. L'accès suivant n'eut point lieu. La malade continua la quinine aux mêmes doses , et le second manqua pareillement. Tel était l'état des eboses , lorsque le mémoire de M. Double fut inséré dans la Revue médicale. J'ai su depuis qu'on avait continué pendant quelque temps la quinine , en diminuant progressivement les doses , et que la fièvre n'a point reparu.

Selon M. Double , le sulfate de quinine fatigue beaucoup moins l'estomac, et produit bien moins d'irritations que le quinquina en substance.

AGn de mieux apprécier les effets de cette nouvelle préparation sur l'économie vivante , ce savant praticien l'a employée dans trois autres circonstances pour lesquelles l'efficacité du quinquina est généralement démontrée : dans les convalescences longues et pénibles des fièvres muqueuses,, tant cbez les enfans que cbez les adultes; dans les longues

et interminables débilités d'estomac, qui s'opposent à Loute sorte d'alimentation ; et après les crises des affections rhu matismales. Dans tous ces cas le remède était administré à de très-petites doses , en prenant toutefois en considération l'âge et le tempérament du malade, et presque toujours les résultats ont été très-satisfaisans.

Depuis la publication du mémoire de M. Double, M. Vil* lermé a publié dans les bulletins de la société médicale d'émulation de Paris , cahier de janvier 182 1 , une observation qui lui est propre , sur l'heureux emploi du sulfate de qui. nine dans un cas de fièvre intermittente double-tierce. La malade avait eu quatre accès , dont les deux derniers plus longs et plus forts que les autres avaient duré chacun six à sept heures. Six grains du médicament furent pris dans l'intervalle apyrétique , et le cinquième accès n'eut pas lieu.

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