S III
Ayant examiné plusieurs espèces de quinquina , nous trouverons dans l'énoncé de ces espèces les titres des sections qui doivent diviser ce mémoire ; l'histoire particulière des différens principes qu'ils recèlent donnera lieu à quelques chapitres. Nous allons nous occuper d'abord de l'examen chimique du quinquina gris ( kina loxa , cinchona condaminea) , généralement regardé comme le type de ces diverses écorces.
S IV. Du quinquina gris ( cinchona condaminea).
Notre premier but ayant été d'examiner la matière cristallisable indiquée par M. Gomès dans le quinquina gris , matière nommée cinchonin par cet auteur, nous avons dû chercher à nous la procurer : à cet effet nous avons suivi le procédé de M. Gomès, tel qu'il est rapporté par M. Laubert, qui en avait eu communication par l'entremise de M. Va 11quelin , et tel qu'il est relaté dans le Traité de Chimie de M. Tbénard -, nous citerons textuellement ce passage.
« Le procédé consiste à laver successivement, avec de » l'eau distillée, l'extrait alcoholique de quinquina, et à » séparer par ce lavage la substance rouge insoluble qu'il » considère comme le principe extractif : il réunit et éva- » pore à siccité les liqueurs aqueuses; il lave ensuite le se- » cond extrait avec de l'eau saturée de potasse , qui en- )) traîne, selon lui, le reste de l'extractif, et laisse le cin- » chonin sur le papier employé à filtrer les liqueurs ; » enfin il purifie ce cinchonin en le faisant dissoudre dans » de l'alcohol -, et en le précipitant de sa dissolution par l'eau » distillée, il se réunit en petits cristaux, et il estparfaite- » ment pur. Ce procédé se réduit donc, en dernière ana- » lysc , à traiter l'extrait alcoholique par l'eau et la potasse,
» en regardant comme extractif tout ce que l'eau n'a pas disî) sout et tout ce qui a été dissout par la potasse. »
Nous remarquerons ici que la substance obtenue n'est pas encore entièrement pure , et qu'elle contient une matière grasse. Cette matière n'en masque cependant pas entièrement les caractères ; on peut déjà s'apercevoir qu'elle jouit des propriétés alcalines. Cette remarque n'a pas échappé à la sagacité de M. Houton de Labillardière, neveu. Ce jeune chimiste, préparant du cinchonin pour une leçon de M. Thénard , fut frappé de l'analogie que le cinchonin avait avec les alcalis végétaux déjà connus , ce qui était conforme à nos observations : ses occupations particulières ne lui ont pas permis d'entreprendre un travail suivi sur ce sujet, et lui-même nous a engagés à continuer nos recherches -, nous n'en devons pas moins reconnaître ici la justesse de ses observations.
§ V. Procédé pour obtenir le cinchonin.
Voici la méthode que nous avons cru d'abord devoir employer pour nous procurer-le cinchonin à l'état de pureté.
Nous avons traité à chaud deux kilogrammes de quinquina gris concassé par six kilogrammes d'alcohol fort : nous avons répété quatre fois cette opération ; les teintures alcoholiques ont été réunies et distillées pour retirer tout l'alcohol-, nous avons eu soîn d'y ajouter deux kilogrammes d'eau distillée, afin que la matière dissoute dans l'alcohol fût garantie de l'action immédiate du calorique après la séparation de l'alcohol. Cette substance, reçue sur un filtre qui donne passage à la liqueur aqueuse, était d'une couleur rougeâtre d'apparence résineuse -, dans cet état elle fut lavée sur le filtre même , avec de l'eau légèrement avalisée par de la potasse : la liqueur qui était passée à travers le filtre , servit de première eau de lavage après avoir été préalablement alcaïisée. Après plusieurs jours de lavage , les h-
queurs alcalines passant limpides et sans couleur, la matière restée sur le filtre fut lavée avec une masse assez considérable d'eau distillée; elle était alors d'un blanc verdàtre, très-fusible, soluble dans l'alcoliol, et donnait des cristaux; c'était le cinchonin du docteur Gomès : elle avait , dans cet état , quelques caractères des substances résineuses ; mais en la dissolvant dans un acide très-étendu d'eau, elle abandonnait une quantité considérable de matière grasse d'une couleur verte , qui avait tous les caractères de la matière grasse verte obtenue pour la première fois par M. Laubert, en faisant immédiatement agir l'éther sulfurique sur le quinquina. Nous remarquerons ici que si ou employait un acide trop concentré , une grande quantité de matière grasse resterait en dissolution dans la liqueur , et le cincbonin qu'on en retirerait postérieurement s'en trouverait souillé.
La liqueur acide ( c'est l'acide hydrochlorique que nous employions) était d'un jaune doré ; évaporée, elle donnait des cristaux solubles daus l'alcoliol et dans l'eau. Sa saveur était très-amère ; elle précipitait abondamment par les solutions alcalines ; les gallates , les oxalates alcalins y faisaient des précipités solubles dans l'alcobol , etc. Sans nous arrêter davantage à ces propriétés, que nous ne pourrions expliquer dans le moment , nous avons traité la dissolution par de la magnésie bien pure , et à l'aide d'une légère ebaleur: le mélangea été alors jeté sur un filtre après son entier refroidissement, et le précipité magnésien a été lavé avec de l'eau : les premières eaux de lavages étaient jaunes , elles ont fini par txve incolores. Le précipité magnésien suffisamment lavé et desséché au bain-marie , a été traité à trois reprises par de l'alcohol à 4o°; les liqueurs alcoholiques très-amères, légèrement jaunâtres, ont donné, par évaporation , des cristaux en aiguilles d'un blanc sale. Ces cristaux redissous dans de l'alcohol , et remis à cristalliser , ont donné une matière cristalline très-blanche et brillante : on peut aussi
obtenir des cristaux très-blancs en les lavant à froid avec un peu d'éther sulfurique. Ces cristaux sont du cinchonin très-pur. Pour conserver l'harmonie de la nomenclature , il fallait changer le nom de cinchonin en celui de cinchonine , puisque les bases salifiables organiques déjà connues ont une terminaison de ce genre. Par respect pour les droits de M. Goruès , nous n'avions pas fait ce changement lors de la lecture de notre mémoire à l'Académie ; mais MM. Vauquelin , Thénard et Deyeux , commissaires de cette société , ont passé par dessus cette considération.
§ VI. De la cinchonine.
La cinchonine obtenue par évaporation lente de sa solution alcoholique , se présente en aiguilles prismatiques déliées dont on ne peut déterminer la forme cristalline 5 par évaporation plus rapide elle se dépose en plaques blanches translucides cristallines , réfractant fortement la lumière.
La cinchonine est très-peu soluble dans l'eau; elle demande deux mille cinq cents fois son poids d'eau bouillante pour se dissoudre : par le refroidissement la liqueur devient légèrement opaline, ce qui prouve que la cinchonine est encore moins soluble à froid.
La cinchonine a encore une saveur amère particulière ; mais cette saveur est longue à se développer , et a peu d'intensité en raison de l'insolubilité de cette substance : elle se développe dans la cinchonine rendue soluble par son union avec les acides 5 elle est alors très-arnère , styptique et persistaute , en tout semblable à celle d'une forte décoction de quinquina, à cela près qu'elle est moins astringente, l'astringence du quinquina étant particulièrement due à un autre principe. La cinchonine exposée à l'air ne s'altère pas 5 cependant à la longue, elle absorbe de l'acide carbonique; et quand on la dissout alors dans une liqueur acide, elle produit une légère effervescence.
Exposée à l'action du calorique dans des vaisseaux fermés, elle ne se fond pas avant de se décomposer ; les produits qu'elle fournit par la distillation à feu nu , sont ceux que produisent en général les matières végétales non azotées. Distillée avec de l'oxide de cuivre dans un appareil convenable, elle ne fournit que de l'eau et de l'acide carbonique. Elle est donc composée d'oxigène, d'bydrogène et de carbone en certains rapports ; et l'azote n'entre pas dans sa composition. Brûlée par le nitrate d'ammoniaque , la cinchonine ne laisse aucune trace de matières minérales , alcalines ou terreuses. Elle est très-soluble dans l'alcohol , surtout à l'aide de la chaleur; uue solution alcoholique saturée à la température de l'ébullition cristallise par le refroidissement: les solutions alcoholiques de la cinchonine sont très-amères , ce qui prouve encore que le peu d'amertume de la cinchonine pure provient de son insolubilité. La cinchonine se dissout dans l'éther ; cependant elle y est beaucoup moins soluble que dans l'alcohol , surtout à froid ; elle se dissout aussi , quoiqu'en bien petites quantités, dans les huiles fixes ou volatiles , du moins dans l'huile de térébenthine 5 ces dissolutions sont très-amères. L'huile de térébenthine saturée de cinchonine à une température élevée, l'abandonne en grande partie sous forme cristalline , par le refroidissement : elle ne se dépose pas de ses dissolutions dans les huiles fixes.
s vu;
jNous allons maintenant considérer la cinchonine sous le point de vue de l'alcalinité que nous lui avons reconnue. La cinchonine ramène au bleu le papier de tournesol rougi par un acide ; elle s'unit à tous les acides , et peut former des combinaisons neutres , et sans aucune action sur le tournesol , avec les acides minéraux les plus énergiques. Ces combinaisons se présentent sous des aspects différens, et sont dans des proportions constantes : nous parlerons de chacune d'elles en particulier.
La cinchonine ne s'unit pas aux corps combustibles , ni à celles de leurs combinaisons avec l'oxigène , qui ne sont pas acides. Lorsqu'on traite de la cinchonine par de l'iode avec l'intermède de l'eau, l'iode est changé en acides iodique et hydriodique qui restent combinés avec la cinchonine à l'état de sels neutres. Tant que les liqueurs sont chaudes elles restent transparentes , mais par le refroidissement il se précipite une poudre blanche qui est un mélange d'iodate et d'hydriodate de cinchonine, puisqu'en versant dessus de l'acide sulfurique il se fait sur-le-champ un dégagement d'iode très-marqué. Ce mode d'action de l'iode sur une substance végétale soupçonnée alcaline, nous paraît une des preuves les plus fortes à donner en faveur de l'existence réelle de l'alcalinité : il peut faire distinguer les alcalis végétaux de quelques autres substances qu'on pourrait regarder comme alcalines , en ne considérant que la propriété qu'elles pourraient avoir de se dissoudre dans les acides 5 les alcalis qui ne forment que des sels acides doivent , entre autres épreuves , être soumis à celle-ci.
5 VIII. — Sulfate de cinchonine.
L'acide sulfurique s'unit à la cinchonine, et forme avec cette base un sel neutre très-soluble : ce sel peut s'obtenir facilement cristallisé ; ses cristaux paraissent être des prismes à quatre pans , dont deux plus larges ; ils sont terminés par une face inclinée. Ces cristaux , quelquefois trèsdéliés , se réunissent ordinairement en faisceaux; ils sont un peu luisans, flexibles , leur saveur est très-amère : ce sel est soluble dans l'alcohol ; il ne se dissout pas dans l'éther : exposé à l'action de la chaleur il se fond comme la cire , à une température peu supérieure à celle de l'eau bouillante ; un degré de chaleur plus élevé le décompose.
Nous l'avons soumis à l'analyse d'après la méthode que nous avons exposée dans notre mémoire sur la strychnine ;
.et en employant toutes les précautions nécessaires , il nous
a donné les résultats suivans :
Cinchonine 100
Acide sulfurique 1 3 0210;
ou
Acide sulfurique 100
Cinchonine 768 0646.
Si , d'après cette analyse , nous calculous le poids de la molécule de cinchonine, nous trouverons qu'il est de 38, 48^, le poids de la molécule d'oxigène étant pris pour unité. Nous rappellerons ici que M. Thomson , ayant calculé le poids de la molécule des alcalis organiques découverts à cette époque , a trouvé les nombres suivans :
Morphine . 4° a5° 5
Picrotoxine 4^ 000 5
Strychnine 47 ;
Brucine. .'>' . . 5i 5oo.
Il résulterait de ces considérations que la cinchonine serait l'alcali qui aurait le plus de capacité ; puis vieudrait la morphine et la picrotoxine. Nous observerons cependant que si le poids de la molécule de picrotoxine a été calculé d'après l'analyse de son sulfate, ce sel étant toujours avec excès d'acide , son nombre proportionnel est peut-être un peu trop faible. En général , il est difficile d'établir d'une manière rigoureuse le nombre proportionnel des alcalis qui saturent imparfaitement les acides ; c'est ce qui fait que , dans notre mémoire sur l'analyse des plantes de la famille des colchiques , nous n'avons pas cru devoir donner celui de la vératrine.
L'acide sulfurique ne paraît pas former avec la cinchonine de sur-sel. Les cristaux obtenus d'une solution de cinchonine dans un excès d'acide sulfurique , ne différaient pas sensiblement de ceux obtenus d'une solution neutre :
ils pouvaient, d'ailleurs , être dépouillés de leur excès d'acide par des cristallisations subséquentes.
§ IX. — De Vhydrocliloràte de cinchonine.
L'acide hydrochlorique forme avec la cinchonine un sel neutre très-soluble 5 ce sel peut cependant cristalliser : les cristaux se présentent en aiguilles réunies-, il est impossible d'en déterminer exactement la forme. L'hydrochlorate de cinchonine est soluble dans l'alcohol ; l'éther sulfurique n'en dissout que des traces. Il se fond à une température inférieure à celle de l'eau bouillante, èt par conséquent moins forte que celle à laquelle le sulfate de cinchonine entre en fusion.
L'hydrochlorate de cinchonine est composé d'après la moyenne de plusieurs analyses , de
Cinchonine 100
Acide hydrochlorique . . . . 9,o35.
D'un autre côté , si nous calculons l'analyse de l'hydrochlorate en faisant usage du nombre équivalent de cinchonine trouvé par l'analyse du sulfate , nous aurons
Cinchonine 100
Acide hydrochlorique . . . . 8,901.
Quantités très-rapprochées de celles trouvées par l'analyse directe. Nous adopterons de préférence ce dernier résultat pour la composition de l'hydrochlorate de cinchonine, parce que l'analyse de l'hydrochlorate ne nous paraît pas pouvoir être faite avec autant de précision que celle <Ju sulfate.
§ X. — Du nitrate de cinchonine.
Pour préparer le nitrate de cinchonine , il faut employer de l'acide nitrique très-étendu -, car l'acide nitrique concentré réagit sur les élémens de la cinchonine, et convertit celle-ci eu matière amère et tannante. On peut obtenir un 1 nitrate de cinchonine neutre lorsque la solution est assez
concentrée, soit à chaude soit à froid. Une portion du nitrate se sépare en gouttelettes d'apparence oléagineuse, et qui , à une basse température, ressemblent à de la cire. Ce caractère distingue éminemment la cinchonine des autres alcalis organiques étudiés jusqu'ici : elle diffère aussi de la strychnine, de la morphine et de la brucine en ce qu'elle ne devient pas rouge par un excès d'acide nitrique.
L'analyse directe du nitrate de cinchonine n'a pas été faite : mais comme ce sel est neutre, on peut l'établir par le calcul 5 on aura alors les résultats suivans :
Cinchonine . 1000,00
Acide nitrique x7 5 •
§ XI. — Du phosphate de cinchonine.
Le phosphate-de cinchonine est très-soluble et difficilement cristallisable : il ne donne même que des rudimens de cristaux ; le plus souvent il se dessèche sans cristalliser , et se présente sous forme de plaques transparentes.
§ XII. — De Varséniale de cinchonine.
L'acide arsénique forme avec la cinchonine un sel neutre, très-soluble, cristallisant très-difficilement. Nous n'avons préparé ce sel que pour donner un exemple de l'union de la cinchonine avec un acide métallique. Il n'est pas douteux que ce sel ne soit résineux comme tous les arséniates.
§ XII. — De V acétate de cinchonine.
L'acide acétique dissout la cinchonine , les liqueurs sont toujours acides, malgré l'excès de cinchonine qu'on pourrait avoir employé, et qui alors se déposerait au fond des liquides. Cet acétate , par évaporation , à un certain degré d'évaporation laisse déposer , surtout par refroidissement , une substance saline, sous forme de petits grains ou de paillettes translucides. Ces petits cristaux lavés ne sont plus
acides , mais aussi ne sont-ils que peu solubles ; leur solution dans Peau aiguisée d'un peu d'acide et évaporée lentement ou spontanément à siccité, donne une masse d'apparence gommeuse : cette masse, traitée par un peu d'eau froide , se dissout en partie-, on obtient en dissolution un sel acide , et de l'acétate neutre reste au fond de la liqueur. On conçoit qu'un grand excès d'acide détermine l'entière dissolution de la matière.
§ XIV. — De ïoxalate de cinchonine.
L'acide oxalique forme avec la cinchonine un sel neutre, très-peu soluble à froid , lorsqu'il n'est pas avec excès d'acide. On peut très-facilement avoir l'oxalate de cinchonine en versant de l'oxalate d'ammoniaque dans un sel de crachonine neutre et soluble. Il se forme sur-le-champ un précipité blanc qu'on pourrait prendre pour de l'oxalate de chaux , en raison de son insolubilité dans l'eau froide 5 mais l'eau bouillante en dissout des quantités très-sensibles. L'acide oxalique en excès le redissout facilement : enfin, il est très-soluble dans l'ai cohol, surtout à chaud 5 une partie s'en précipite par le refroidissement.
§ XV. — Du tartrate de cinchonine.
L'acide tartarique forme avec la cinchonine un sel peu soluble. Les tartrates alcalins précipitent aussi les sels solubles de cinchonine. Le tartrate de cinchonine n'est cependant pas aussi insoluble que l'oxalate.
§ XVI. — Du gallate de cinchonine.
L'acide gallique forme aussi avec la cinchonine un sel neutre , peu soluble à froid : ce sel est plus soluble à chaud. Parle refroidissement, les liqueurs qui en contiennent en solution , le troublent et deviennent laiteuses ; mais au bout de quelques temps elles s'éclaircissent , et on trouve
le sallate de cinchonine précipité sous forme de petits cristaux grenus translucides attachés aux parois du vase.
1 paraît certain que c'est à l'acide gallique que la teinture de no'ix de galle doit la propriété de précipiter les décoctions de quinquina (i) : dans ce cas 1 acide gallique s unit a la cinchonïne , et forme une gallate insoluble. Nous reviendrons plus loin sur cet objet.
§ xvn.
Après avoir constaté dans le quinquina l'existence de la cinchonine, après avoir prouvé qu'elle jouissait des propriétés alcalines , et qu'on devait la considérer comme une base salifiable organique, après en avoir examiné les propriétés principalement sous ce dernier point de vue , il restait beaucoup de choses encore à éclaircir dans 1 histoire du quinquina; nous devions rechercher, par exemple , à quel acide la cinchonine était unie , comment elle réagissait, du moins chimiquement, sur les autres principes immédiats qui, dans le quinquina, lui sont associés. Il fallait déterminer si c'était la cinchonine qui donne exclusivement aux bonnes espèces de quinquina , et particulièrement au quinquina gris , la propriété de précipiter par la noix de galle. Si, dans ce cas, c'était l'acide gallique, ou le tannin , qui agit sur lui, la cinchonine ne précipitant ni par l'émétique ni par la gélatine , il fallait rechercher quels étaient dans le quinquina les substances qui jouissaient de ces propriétés , et quelles étaient leurs relations avec la cinchonine : c'est ainsi que de considérations en considérations nous avons été conduits à nous occuper d'une nouvelle analyse du quinquina basée sur la présence et l'influence de la matière alca-
(i) Propriété spéciale des bons quinquina , sur laquelle M. Seguin a insisté , sans toutefois en indiquer la cause.' ( V iyez Annales de Chimie ^ tom. ga. )
line qui existe dans cette écorce. Voici comme nous avons procédé.
§ XVIII. — Analyse du quinquina gris.
Nous avons soumis à l'action de l'alcohol fort et bouillant une quantité donnée de quinquina gris réduit en poudre. Les premières teintures furent amères et très-colorées. L'alcohol n'ayant plus d'action sur le résidu, nous avons réuni les teintures alcoholiques, et les avons distillées au baîn-marie, après y avoir préalablement ajouté un sixième d'eau distillée. L'alcohol séparé , nous avons trouvé à la surface de la liqueur aqueuse refroidie une couche de matière grasse A'erte , que nous avons mise à part pour la purifier et l'examiner ultérieurement. La liqueur que surnageait la matière grasse était louche et très-amère ; elle recouvrait un précipité abondant formé par la matière connue sous le nom de résine de quinquina. C'était aussi une portion de la même substance qui rendait trouble la liqueur aqueuse. Cette matière obtenue par filtration était très-amère : la liqueur filtrée jouissait aussi d'une grande amertume ; elle précipitait abondamment la colle , l'éméiique et la teinture de noix de galle. Nous reviendrons plus bas sur cette liqueur.'
La matière résineuse, traitée par l'eau bouillante , s'y dissolvait en partie ; par le refroidissement il se formait un précipité de matière résinoïde, et la liqueur filtrée ressemblait à celle dont nous venons de faire mention , mais était moins amère et moins chargée de substances solubles.
Par une série de traitement avec l'eau bouillante et de filtration après refroidissement, nous avons obtenu une matière rougeàtre briquetée, n'ayant plus de saveur , ni d'astringeuce, se dissolvant en très-petite quantité dans l'eau bouillante , s'en séparant en grande partie par refroidissement. Ses dissolutions n'avaient pa's de saveur très-sensible ; elle ne précipitait plus par la noix de galle ni par la
Platine ; mais elle troublait sensiblement la dissolution çfémétique. C'est une substance rouge insipide que nous regardons comme le principe colorant du quinquina. Nous consacrerons un chapitre à l'examen de ses propriétés.