Voir Journal officiel des 6, 7, H, 13 et 15 mars
l'eaü et la santé publique
A Saint-Cyr, une épidémie éclate brusquement parmi les élèves de l’école militaire en faisant de nombreux malades. Or, en inspectant les conduites, on trouve qu’une charrette portant un tonneau de vidange avait contaminé l’eau en déversant une partie de son contenu au-dessus d’un regard brisé. Un lavage énergique des tuyaux et l’emploi de filtres pendant quelques jours,- arrêtèrent rapidement l’épidémie.
Besançon possède une caserne alimentée par deux sources : lasource d’Aglon et la fontaine d’Arcier. La partie alimentée parla source d’Aglon n’a pas eu un seul cas de fièvre typhoïde : l’autre, au contraire, a présenté une foule de malades. On examine les eaux de la fontaine d’Arcier, et on la trouve souillée. On s’aperçoit que c’est là une source vauclusienne, dont l’origine véritable se trouve fort loin, au niveau du village de Nancré où brusquement le ruisseau disparaît pour venir sourdre à quelques kilomètres par une véritable fontaine. Et l’on apprend que les habitants de cette commune ont été frappés par la fièvre typhoïde et que les linges des malades ont été lavés dans le ruisseau. La cause même de l’épidémie est donc démontrée, et la contamination de la source d’Arcier avait amené cette éclosion de fièvre typhoïde.
Dans le même ordre d’idées, on peut ranger l’aggravation de l’état sanitaire qui survient à Paris, en été, chaque fois que l’eau de source vient à manquer, et que l’on se trouve dans l’obligation de lui mélanger de l’eau de rivière filtrée.
Les huîtres et les moules qui ont séjourné dans les eaux d’égout en s’y chargeant de bacilles très virulents peuvent également causer de graves accidents. Les légumes arrosés par des dilutions d’engrais humain, sont également très suspects. — Les poussières des terrains
OÙ Ton a pratiqué Tépandage peuvent aussi contaminer les eaux du voisinage ou même donner directement la fièvre typhoïde, comme cela est arrivé à un escadron de cavalerie qui venait de manœuvrer sur un champ engraissé précédemment par des matières fécales.
Enfin, une autre démonstration nous est fournie par Famélioration de Fétat sanitaire de Farmée à la suite de Femploi des bougies filtrantes. On compte encore en France, en Algérie et Tunisie, 87 garnisons alimentées en eaux douteuses, mais épurées par ce procédé. Malgré cela, les garnisons sont toujours plus éprouvées que la population civile; et le jeune soldat, pour des causes qui sont bien connues, est, comme on Fa dit avec raison, a le réactif fidèle de Finsalubrité des villes où il séjourne ».
Les épidémies typhoïdes éclatent le plus souvent en été, mais aussi parfois en hiver ou à la suite des grandes pluies. Dans le premier cas, Feau plus concentrée est contaminée par les vases en fermentation et la température qui favorisent la pullulation et Fexaltation de virulence des germes contenus dans Feau. En hiver, les grandes pluies troublent et contaminent les eaux d’alimentation, en y apportantes agents infectieux des eaux de surface.
Dans les villes alimentées en eau de rivière, les recrudescences de fièvre typhoïde suivent toujours immédiatement ou au plus à un mois de distance le trimestre le plus pluvieux de l’année, et les épidémies les plus violentes surviennent après les pluies exceptionnelles.
Dans certains cas, le rôle de Feau n’est pas toujours aussi facile à mettre en évidence, et l’on est bien obligé d’admettre l’infection par culture, c’est-à-dire par contact direct ou voisinage, par le sol, par l’air et par les locaux ;
l’eau ET LA SANTÉ PUBLIQUE
mais les municipalités qui ont des eaux suspectes ne doivent pas s’en prévaloir pour se soustraire indéfiniment à l’obligation d’améliorer leur eau d’alimentation ou d’en fournir une plus saine à la population civile et militaire. Le cas est d’ailleurs prévu dans la loi sur la santé publique du 15 février 1902; et il ne sera plus désormais possible d’illusionner la population en restant dans le statu quo.
Aux Colonies, les eaux sont presque toujours souillées par les déchets de la vie ; et le rôle de l’eau dans la propagation de la fièvre typhoïde, dysenterie, choléra, paludisme, etc., est bien connu de tous ceux qui s’intéressent à l’hygiène de nos possessions lointaines.
CHAPIXaE II