SPÉCIFICATION DES GERMES
La spécification de tous les germes contenus dans une eau constituerait un travail très long et très pénible.
En pratique, on se contente de signaler les espèces ordinairement banales et celles qui peuvent devenir dangereuses par associations ; et l’on concentre généralement tous les efforts sur la recherche du coli bacille (infection fécale) et bacille d’Eberth (fièvre typhoïde).
En dehors de la numération, l’examen des colonies poussées sur gélatine ou gélose nutritives peuvent nous fournir d’utiles indications qu’il ne faut jamais négliger ; car par hasard, elles peuvent être aussi décisives que les ensemencements en masse.
Certaines colonies liquéfieront la gélatine en secrétant des diastases qui la peptonisent plus ou moins vite ; et cette liquéfaction totale ou partielle affecte parfois des
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formes caractéristiques comme l’entonnoir à bulle d’air du vibrion cholérique.
D’autres microbes au contraire n’utilisent pas la gélatine et s’en servent simplement comme support. pendant qu Ils consomment le bouillon.
Cette distinction entre les microbes liquéfiants et non liquéfiants n’est pas absolue; et dans cet ordre d’idées on peut arriver à modifier dans un sens ou dans l’autre les fonctions d’un même microbe.
Les cultures sur gélatine ont parfois des aspects particuliers, souvent caractéristiques. Le streptocoque ensemence en piqûre, montrera perpendiculairement des amas discrets espacés; tandis que la bactéridie charbonneuse émettra au contraire des prolongements.
Les microbes isolés à l’état de pureté seront ensemences en jDiqûres et en stries, et on notera avec soin les caractères fournis par ces divers modes de culture, afin de bien identifier le bacille i.solé. Les aérobies se développeront en surface; mais il faudra toujours noter si la côlonie a poussé en surface ou en profondeur, car l’aspect peut être très différent, comme cela arrive par exemple pour le Bacterium côli.
L’aspect général des colonies sera déterminé à l’œil mi, a la loupe et enfin sous un faible grossissement au microscope et le plus tard possible. Elles sont généralement bien développées vers le huitième Jour; mais il faut toujours faire l’examen avant l’envahissement par les liquéfiants. On les transportera avec pureté sur gélatine ou agar pour les examiner plus tard.
On notera alors tous les caractères habituellement employés en bactériologie pour caractériser une colonie.
Un 1 examinera au microscope à immersion en goutte suspendue pour rechercher la mobilité des microbes qui
BAUCHEH. ^
la constituent, et l’on en déterminera les formes et les groupements ainsi que la présence des spores, 'après coloration par une solution anilinée de fuchsine ou de violet de gentiane. On fera également agir la méthode de (jram^
Quand une colonie semble intéressante, on la cultivera sur divers milieux afin dé pouvoir l’identifier.
L’examen en bouillon qui permet de porter les cultures à sera particulièrement utile. On notera
alors réaction, odeur, couleur, présence ou absence de voile, dégagement de gaz fétides, production et nature du trouble.
Lorsqu’une colonie aura des tendances à donner des matières colorantes, on l’ensemencera sur un milieu plus favorable, pomme de terre ou agar. Tel est le cas du Micrococcus prodigiosus.
Parmi les liquéfiants, un des plus communs est le haciU lus fluorescens liquefaciens^ qui donne rapidement sur gélatine de grandes taches liquéfiées à réaction ammoniacale, colorées en vert fluorescent. La véritable signification de ce bacille n’est pas bien connue; mais comme on le rencontre en très grande abondance dans les matières animales phosphatées en décomposition, il vaut mieux le considérer comme espèce suspecte.
1. Le Gram pouvant être d’un grand secours pour diüerencier deux microbes de formes voisines rencontrés dans les eaux, nous en recommandons l’emploi fréquent en opérant comme il suit : colorer fortement sur lamelle au violet de gentiane aniliné pendant deux à trois minutes, puis traiter sans laver par le liquide de Gram (iode, 1 ; iodure de potassium, 2; eau distillée, 300), également deux à trois minutes. La préparation devient noire. On décolore par l’alcool fort et l’essence dé girofle. Dans ce traitement, certains bacilles restent colorés, on dit alors qu’ils gardent le Gram; tandis que d’autres qui ne prennent pas le Gram sont entièrement décolorés. On a proposé de modifier la fin de ce procédé en remplaçant l’alcool par l’huile d’aniline ou l’acétone au 1 /3.
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Une coloration franchement bleue indiquerait la présence du bacille pyocyanique très abondant dans les selles dysentériques.
Le Staphylococcus pyogenes aureus, également liquéfiant, donne des colonies jaunes.
Le vibrion cholérique offre, comme il a été dit, une liquéfaction particulière.
Les Proteus font supposer une contamination par des matières animales putréfiées.
Le Pacillus subtilis très commun dans les prairies et par suite dans les eaux, donne en bouillon un voile très épais, bosselé. On sait que les endospores de ce bacille offrent une résistance exceptionnelle à la chaleur et à certains antiseptiques;
Parmi les colonies non liquéfiantes, on rencontre fréquemment un microcoque non pathogène, à coloration jaune [micrococcus luteus).
Le Bacterium coli (Escherich), et le bacille typhique (Eberth-Gaffky) ne liquéfient pas la gélatine et ne sont pas colorés.
Pour arriver à affirmer une contamination animale, on pourra également rechercher les bactéries de l’urine.
Enfin, les levures et moisissures, en général fort peu liquéfiantes, donnent souvent des cultures en zones concentriques.