RECHERCHE DES BACILLES SUSPECTS
La recherche des bacilles suspects ne peut être effectuée par dilution, comme celle des espèces aquatiques ordinaires ; car ce serait pur hasard si l’on venait à les rencontrer en employant les procédés ci-dessus.
Pour avoir des chances de les isoler afin de pouvoir les caractériser ensuite, on agira d’abord par ensemen-
cements en masse dans un bouillon phéniqué et à haute température ; ce qui permettra d’éliminer une foule de germes insignifiants et surtout la plupart des liquéfiants.
Dans ces conditions, il n’y a à cultiver qu’un petit nombre d’espèces, dont le Bacterium coli et le bacille typhique, et en faisant des dilutions convenables avec une goutte de la culture, on pourra arriver à les isoler.
Mais, au lieu d’opérer ainsi, il vaut mieux passer par le milieu d’Elsner qui constitue un très bon terrain pour le Bacterium coli, et un peu moins bon pour le bacille d’Eberth; tandis que les autres germes qui les accompagnent et qui ont résisté à la culture en bouillon phéniqué, ne pousseront que beaucoup plus tard.
Comme mode opératoire, on peut employer le suivant :
Dans un ballon contenant 20 centimètres cubes de bouillon phéniqué à 2 0/00, on ajoutera 20 centimètres cubes de l’eau à examiner, et l’on portera à l’étuve à 40° pendant quatre jours au minimum.
Dans ces conditions, les eaux pures ne cultivent pas ou cultivent à peine; mais un trouble sensible n’indique pas forcément une infection fécale, et il est impossible de se prononcer avant d’avoir effectué la plupart des essais que nous allons décrire. Comme simple indication, on peut cependant examiner à l’immersion, après coloration, l’ensemble des germes contenus dans la culture.
Cela fait, on prélèvera une goutte de la culture en bouillon phéniqué, qu’on diluera dans 10 centimètres cubes de bouillon ordinaire, et l’on fera diverses plaques dans lesquelles on fera entrer de 1 à 5 gouttes de cette dilution pour 10 centimètres cubes de gélatine d’Elsner. On aura ainsi les meilleures chances pour obtenir des boîtes de Pétri dans lesquelles les colonies seront suffisamment isolées pour pouvoir être
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examinées et surtout prélevées avec pureté, et ensuite transplantées sur les milieux ordinaires, où Ton pourra mieux les étudier.
Après quarante-huit heures de culture à ^0% on aperçoit nettement un certain nombre de colonies; mais, avant de les prélever, il vaut mieux attendre quatre jours ; car, au bout de ce temps, elles ont généralement leur forme caractéristique et une erreur n’est plus guère possible à ce moment ; mais la question reste entière entre le Bacterium coli et le bacille d’Eberth, dont les colonies et les espèces ont sensiblement le même aspect, et qu’il faut, par suite, arriver à différencier en se basant sur un ensemble de caractères dont les principaux sont :
1° Cils;
2® Indol (réaction indol nitreuse de Kitasato) ;
3^^ F ermentation des sucres et coagulation du lait ;
4® Action des sérums (séro-diagnostic).
Les colonies de coli-bacille poussent plus vite, sont plus abondantes, ont des tendances à donner des gaz et offrent de l’odeur en bouillon. Les cultures sur pommes de terre sont notamment beaucoup plus épaisses. Les cils du bacterium coli sont moins nombreux et la mobilité est moins accusée. Les coli-bacilles coagulent le lait au point de le faire adhérer au tube. Il est bon à’ajouter que toutes les variétés n’ont pas de réactions aussi marquées, tandis que certains bacilles typhiques donnent à la longue des cultures un peu acides.
Le coli-bacille rougit fortement une gélatine et surtout une gélose à 37°, teintée en bleu par le tournesol. On peut donc également faire entrer ce caractère en ligne de compte pour les distinguer l’un de l’autre. Le même coli fait activement fermenter les sucres en don-
nant de Tacide lactique qui, réagissant sur le carbonate de chaux, donne un abondant dégagement d’acide carbonique. Ici encore il faut ajouter que certains bacilles typhiques très actifs font fermenter un peu les sucres, mais en donnant toujours de l’acide lactique gauche ou inactif et jamais d’acide lactique droit. Sur les limites des deux bacilles, il peut donc y avoir une certaine confusion qu’on peut cependant éviter en s’appuyant sur plusieurs caractères et non sur uti seul.
Les cils seront recherchés à Laide des procédés de coloration qu’on trouve bien exposés dans tous les traités récents de bactériologie,
La réaction de Vindol ^ se pratique en ajoutant à une culture en peptone à 2 0/0, bien exempte de sucre, IV gouttes d’une solution de nitrite de potasse à 0^%02 0/0, puis VIll gouttes d’acide sulfurique pur au quart. Au bout de quelques instants, on obtient une coloration rouge très marquée si on se trouve en présence du bacterium coli, tandis que le bacille typhique ne donnera rien.
M. Bonjean recherche l’indol de la façon suivante :
Dans un tube à essai, il introduit 5 centimètres cubes d’une culture en peptone à 2 0/0 ayant passé huit jours à Létuve. Il ajoute III gouttes d’une solution aqueuse a 2 0/00 de nitrite de soude, fait tomber ensuite III à I V gouttes d’acide sulfurique pur et porte à l’ébullition qu’il maintient quelques secondes. En opérant ainsi on met immédiatement Lindol en évidence, même quand il n’existe qu’à l’état de traces.
1. La culture qui servira à pratiquer la réaction de l’indol sera obtenue encultivant à 37", pendant au moins quatre jours 10, centimètres cubes de la solution de peptone à 2 0/0, et 5 centimètres cubes de l’eau suspecte au minimum. On peut aussi agir sur une culture en peptone obtenue en partant delà culture phéniquée.
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La fermentation de la lactose s’effectue en cultivant le bacille à déterminer dans le bouillon lactosé carbonaté dont nous avons donné la composition et la préparation.
Le bacterium coli décomposera la lactose en donnant de l’acide lactique qui, en réagissant sur le carbonate de chaux, donnera un dégagement très apparent d’acide carbonique. Dans les mêmes conditions, le bacille typhique ne donnera rien, ou seulement quelques bulles gazeusesinsignifîantes.
Séro-diagnostic.
— L’action des sérums d’animaux immunisés contre le coli et le typhique permet également, dans la plupartdescas, d’établir de sérieuses 7. — Séro-diagnostic de la fièvre typhoïde, ’ ^ d’après J. -H. Guil emin. Grossissement 700/T. dltterences ; car à. {CUché Besset de la Rochelle)
petites doses ces
sérums n’agglutinent bien que leur propre bacille.
Pour faire le séro-diagnostic^ on se procure facilement du sérum de cheval immunisé contre le bacille typhique et conservé dans des tubes fermés à la lampe.
Dix gouttes d’une culture fraîche du bacille suspect, sont alors additionnées de I, de II et III gouttes de sérum immunisé. Si après deux heures de contact, surtout avec III gouttes, il n’y a aucune agglutination, et si les bacilles conservent toute leur mobilité, la séro-
réaction est négative, et on ne se trouve pas en présence du bacille typhique.
Gélo-diagnostic- — Pour rechercher rapidement le bacille typhique dans une eau suspecte, M. Chantemesse a proposé récemment le procédé suivant :
' Filtrer beau en grande masse à travers une bougie, recueillir la vase qui s’y dépose et l’ensemencer sur des plaques ainsi préparées :
A 10 centimètres cubes de gélose ordinaire ajouter : eau peptonisée à 3 0/0 additionnée de 2 0/0 de gélose et IV gouttes d’eau phéniquée à 5 0/0, enfin 0^"’,20 de lactose et 1 centimètre cube de teinture de tournesol sensible. On fait fondre au bain-marie et on verse sur une plaque de Pétri une mince couche de ce mélange (environ 1 à 2 millimètres d’épaisseur).
Sur cinq ou six plaques ainsi préparées et solidifiées, on promène successivement et sans recharger un pinceau de blaireau très fin, trempé préalablement dan» une dilution étendue des boues retirées de l’eau suspecte. On porte à l’étuve à 33^-37^^. Au bout de douze heures la légère teinte violette de la plaque est parsemée de colonies les unes roses (coli-bacilles), les autres bleues (bacilles typhiques). On fait la preuve immédiate de ces derniers par l’agglutination, c’est-à-dire le séro-diagnostic.
Dans cette méthode, M. Chantemesse s’est efforcé de réunir tous les avantages des procédés déjà connus employés en pareil cas, en permettant, en outre, d’opérer très simplement et très rapidement. On peut dire qu’il a en partie réussi. Cependant, en agissant sans élimination préalable d’une foule de bactéries très encombrantes, et en ensemençant ensuite sans dilution méthodique, la
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fin de l’opération est souvent très pénible ou confuse. Aussi pour les recherches de précision, il vaut mieux recourir à la série des opérations ci-dessus, enréservant le gélo-diagnostic comme méthode d’essai préliminaire ou même comme contrôle.
En raison de l’importance attribuée au coli-bacille et au bacile typhique dans l’examen bactériologique d’une eau, nous allons dire quelques mots de ces deux espèces.
A. Bacterium coli. — Le Bacterium coli est le bacille qu’on doit toujours se proposer d’isoler quand on a en vue de démontrer la contamination d’une eau par des matières féeales. Ses colonies de surface sont assez caractéristiques. Il est doué de réactions microbiologiques'assez spéciales et ses cultures présentent des caractères chimiques faciles à apprécier. Cependant, il ne faut pas s’attendre à lui trouver dans l’eau des caractères aussi tranchés que ceux obtenus avec celui retiré directement de l’intestin.
On en a peut être un peu abusé dans ces dernières années ; et si l’on retirait de la consommation toutes les eaux dans lesquelles on l’a signalé, on serait actuellement fort embarrassé. Ce bacille offre d’ailleurs une gamme de virulences très variées dont il faut tenir compte ; mais cela rend parfois les conclusions très embarrassantes.
Le Bacterium coli est extrêmement répandu dans la nature et on peut dire qu’on le trouve toujours en plus ou moins grande quantité dans le sol, les poussières et les eaux. En devenant virulent, il donne des entérites. On l’a même accusé à lui seul de pouvoir déterminer le choléra nostras ; mais il est probable que le bacille viril*
gule avait échappé au début. On le trouve presque à Tétât de pureté dans les selles des très jeunes enfants.
C’est une bacille à bouts arrondis dans les cultures jeunes, mais qui s’allonge dans les vieilles cultures. 11 a été isolé par Escherich en 1884.
Sur gélatine qu’il ne liquéfie pas, il donne en surface dçs colonies en plaques minces, à contours festonnés, à surface rayée, prenant un éclat resplendissant quand
l’éclairage est suffisant. Les colonies profondes n’ont rien de caractéristique.
Il trouble rapidement le bouillon en lui communiquant une odeur spéciale désagréable, et y donne des dégagements gazeux surtout vers 37^^. Sur gélose il donne une couche muqueuse et sur pomme de terre une culture épaisse d’abord blanche, puis jaune, puis brune.
Un culture fraîche examinée en goutte pendante, montre le bacille mobile, ce qui indique la présence de cils. Pour voir ces cils qui sont généralement au nombre de huit, il faut prendre les microbes sur une culture très jeune de quelques heures seulement sur gélose.
Ce bacille, qui est très facile à colorer par toutes les couleurs basiques d’aniline, coagule le lait en transformant la lactose en acide lactique droit.
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Il ne prend pas le Gram.
Injecté aux animaux, il donne des résultats variables suivant sa virulence. Le sérum des animaux immunisés possède à petites doses des propriétés agglomérantes sur la plupart des races de Bacterium coli.
Bacille typhique. — Découvert et étudié par Eberth en 187*2, 1880 et 1881. Etudié plus complètement par Gafïky en 1884 : d’où le nom de bacille d’Elberth-Gaffky qu’on lui donne quelquefois.
Le bacille typhique présente généralement la forme
Fig. 9. — Bacille typhique Fig. 10. — Bacille typhique avec dans les cultures* (Mage). spores d’après GHantemesse et
Widal. (Macé).
ovalaire. Dans les cultures, les bacilles sont en navette au moins au début et se colorent surtout aux extrémités en laissant un espace clair au centre. Dans quelque cas, l’espace clair est à une extrémité : mais il ne faut pas prendre cette disposition pour une spore, car ce bacille ne donne pas d’endospores. Dans les vieilles cultures qui s’acidifient, le bacille devient parfois très long par suite d’articles qui s’ajoutent bout à bout.
C’est un bacille très mobile, à mobilité très visible
surtout en goutte pendante. 11 est par conséquent muni de cils et cela au nombre de 8 ^ à 16, qui tombent en vieillissant.
Très facile à colorer par les couleurs basiques d’aniline. Ne prend pas le Gram.
Pour en avoir une culture pure, on le puise dans une rate typhique où parfois il n’est pas abondant. Pour Fy faire pulluler, on aspire de la pulpe de rate avec une pipette qu’on porte à Fétuve à 37^ pendant quarante-huit heures. Au bout de ce temps on peut ensemencer sur gélatine' qu’il ne liquéfie pas, mais
Fig. 11. — Bacille typhique d’une culture sur pommes de terre. (Mage).
sur laquelle il donne des colonies assez caractéristiques. Celles d la surface s’étalent,n’épaississent pas, ont une teinte bleutée et sont déchiquetées en îlot de glace. Celles qui poussent en profondeur sont moins typiques.
Les cultures sur gélose apparaissent rapidement et sont plus abondantes, un peu muqueuses. Le bouillon est modérément
Fig. 12.
Bacille typhique avec cils vibratiles.
(Mage.)
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troublé, et ne présente qu’un petit dépôt. La culture sur pomme de terre, qui a longtemps passé pour caractéristique, est une traînée humide qu’on a comparée à une traînée de limace.
Ce bacille qui, au point de vue chimique, ne paraît être qu’un bacterium coli doué de propriétés négatives, ne fait pas fermenter la lactose et ne coagule pas le lait.
Il est tué vers et supporte assez bien l’acidité
gastrique et phéniquée.
Il peut vivre longtemps dans les selles desséchées. Est à la fois aérobie et anaérobie. Ce bacille paraît très répandu et vit le plus souvent à Fétat fort peu virulent et il faut un concours de circonstances fâcheuses pour provoquer l’éclosion de la maladie. — Les cultures de l)acille typhique tuent généralement les animaux de laboratoire à la suite d’injections intra-péritonéales ; mais les animaux meurent plutôt d’infection généralisée que de fièvre typhoïde. Cependant, dans ces derniers temps, on a pu communiquer expérimentalement au lapin une maladie cyclique ressemblant à la fièvre typhoïde, en soumettant préalablement cet animai à la diète, et en lui faisant avaler ensuite des aliments chargés de cultures typhiques. Celte expérience a une grande importance, car avec la séro-réaction, elle a fait tomber les doutes nombreux qui existaient sur la spécificité du bacille typhique.
Le sérum d’animaux immunisés par des cultures typhiques, a la propriété d’agglutiner les bacilles typhiques, de les immobiliser, de les faire se ramasser en boules en clarifiant le bouillon qui les contenait; mais ce pouvoir agglutinatif sur le bacille d’Eberth n’appartient pas exclusivement au sérum d’animal im-
munisé par le bacille typhique ; mais, avec ce bacille, il est beaucoup plus marqué et c’est alors une question de mesure. Quoiqu’il en soit^ le sérodia^’nostic effectué dans les conditions de doses et de durée que nous avons indiquées, fournit une bonne indication pour la spécification du bacille typhique.
Bactériologie de la dysenterie. — La dysenterie est une maladie infectieuse, souvent épidémique et d’une gravité exceptionnelle surtout dans les pays chauds, où elle constitue le plus grand obstacle à la colonisation en délabrant pour longtemps la santé des Euporéens et en préparant l’hépatite suppurée.
Les preuves de sa transmission par l’eau sont nombreuses. Nous citerons seulement les deux suivantes :
Dans la première moitié de la campagne du Dahomey, l’eau de TOuémé qui sert de boisson est toujours filtrée et on n’observe pas de dysenterie parmi les soldats.
Dans la deuxième partie de la campagne, les troupes qui marchent sur Abomey, quittent le fleuve et sont obligées de boire l’eau des mares qu’elles ne peuvent filtrer. La dysenterie apparaît et fait des ravages.
En Cochinchine, le chef-lieu de l’arrondissement de Soctrang, extrêmement malsain, voit disparaître chez les I Européens les cas de dysenterie après l’établissement \ d’une batterie de cent bougies filtrantes. ^
Pour ma part, pendant mes longs séjours aux colonies, j’ai remarqué les bons effets de l’eau bouillie surtout \ avec un peu de thé, comme préservatif des affections gastro-intestinales. Les Chinois n’agissent pas autre- 1 ment et s’en trouvent fort bien depuis des siècles. i
On est loin d’être d’accord sur la nature du germe ^ morbide : et on a déjà décrit une foule de microbes plus
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE
OU moins spécifiques de la dysenterie, en partant le plus souvent de recherches effectuées sur des cas isolés.
Pendant le cours de nombreux examens pratiqués à rhôpital maritime de Cherbourg \ j’ai isolé des selles dysentériques les principaux microbes suivants : vibrions anaérobies, bacille pyocyanique, coli-bacille et variétés, staphylocoques pyogènes [aureus, albus et citreus) et deux streptocoques.
Le coli-bacille occupait toujours une place prépondérante : mais l’examen direct aussi bien que les cultures effectuées journellement, m’ont convaincu que la spécificité est bien difficile à admettre ; car pour le même malade, à vingt-quatre heures d’intervalle, il se produit souvent des changements considérables non seulement dans la couleur, la réaction et l’aspect général des selles ; mais aussi dans les proportions relatives des divers microbes intestinaux rencontrés.
Tout semble indiquer que la dysenterie nostras et coloniale est due à la pullulation et au passage à la virulence des espèces normalement contenues dans l’intestin ; mais le développement porte tantôt sur une espèce, tantôt sur l’autre; et c’est à cela qu’il faut attribuer l’aspect si variable et si changeant des déjections, ainsi que les rechutes si fréquentes et si imprévues qui surviennent pendant le cours de cette grave et longue affection.
L’anguillule stercorale et les amibes qu’on y rencontre également, doivent être considérés comme des agents d’inoculation des bacilles intestinaux et de l’empoisonnement du sang par les toxines secrétées.
1. Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie^ octobre 1893 et avril 1894 (en collaboration avec le D** Bertrand).
En dehors des bactéries qui produisent Tinfection fécale d’une eau, on fera bien de rechercher d’une façon spéciale le bacille pyocyanique assez facile à caractériser ; et on déclarera suspecte l’eau dans laquelle on Taurait isolé par culture.
Choléra et vibrions. — A plusieurs reprises, on a
signalé dans certaines eaux d’alimentation, des vibrions courbes , morphologiquement semblables au vibrion cholérique ; et dont la découverte a jeté un certain émoi dans le monde scientifique en faisant naître des craintes qui ne se sont pas justifiées.
11 est donc intéressant de donner la marche à suivre pour isoler et caractériser le vrai vibrion cholérique :
recherche qu’on peut avoir exceptionnellement à effectuer dans nos grands ports de la Méditerrannée et dans la plupart de nos colonies.
Le vibrion cholérique découvert par Koch en 1884, dans le mucus floconneux intestinal des personnes ayant succombé au choléra, est un spirille qui se développe très bien dans les milieux de culture habituels et qui prend les couleurs basiques d’aniline ordinaires.
Il présente la forme d’une virgule ou d’un G ; mais se présente parfois, surtout dans les cultures, en filaments assez longs qui ne sont que des formes d'involution.
Fig, 13. — Liquide crémeux du jéjunum chez l’homme, avec des cellules épithéliales et spirilles du choléra, d'après Doyen.
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Cultivé sur gélatine en boîte de Pétri, on voit bientôt apparaître de petites colonies qui ressemblent à des gouttelettes de rosée et qui, vues au microscope sous un faible grossissement, ont dès le début des bords irréguliers dont l’ensemble est bientôt entouré par un cercle régulier de liquéfaction, et dont l’intérieur est tapissé d’amas microbiens ressemblant à des grains de verre. Ce carac-
tère prématuré de liquéfaction doit tout d’abord éveiller l’attention.
Transplanté par piqûre en gélatine, il y donne un entonnoir de liquéfaction qu’on trouve figuré partout; mais la gélatine est très peu troublée, car la culture proprement dite se dépose constamment sous forme de grumeaux jaunâtres. Sur gélose, il pousse rapidement en donnant une couche épaisse, un peu opalescente. 11 trouble rapidement le bouillon en formant une pellicule à la surface.
Fif. 14. — iSpirilles du choléra de selles riziformes 1/1000.
(Macé.)
Fig. 15. — Spirilles durcholéra ' de cultures dans le bouillon au l/lOOO. (Macé.)
Examiné en goutte suspendue, on le voit extrêmement mobile, à mouvements de moustiques ; mais il y a des races immobiles. Il possède généralement quatre cils, tantôt disposés à un seul pôle, tantôt aux deux. Il se reproduit par division transversale. Il se développe avec une grande rapidité et les cultures s’épuisent rapidement en donnant des formes d’involution qui peuvent même affecter la forme ronde.
On a également signalé des massues ou des formes très longues dans les vieilles cultures.
Or, toutes ces formes appartiennent bien au vibrion cholérique; car réensemencées en bouillon neuf, elles redonnent les formes ordinaires.
Ce vibrion n’a pas de spores, et les corps ronds qu’on y remarque n’offrent pas la résistance des véritables spores.
C’est plutôt un microbe délicat perdant facilement sa virulence par dissication ou antiseptiques faibles.
Pour le rechercher dans une eau, on prend :
Eau suspecte 1 litre
Peptone 20 grammes
Sel marin 20 —
On porte à l’étuve à 37°, et on fait des plaques de gélatine avec les microbes de surface qui apparaissent sur le bouillon au bout de deux ou trois heures. Si on a affaire
Fig. Iti. — Culture du vibrion cholérique en tube de gélatine, après 2 jours. (Mage.)
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au vrai vibrion cholérique, il devra réunir les caractères suivants :
Liquéfier la gélatine en donnant un entonnoir caractéristique.
2° Donner avec l’acide sulfurique la réaction indol nitreuse rose directement, et sans addition de nitrite comme pour le Bactérium coli, car il en fabrique luimême. On opérera sur une culture en bonne peptone exempte du sucre, ensemencée avec les cultures prises sur gélatine.
Ces deux caractères ne suffisent pas encore, et il faudra recourir à l’expérimentation sur les animaux ;
3"^ Un peu de culture en gélose délayée dans l’eau distillée, injectée dans le péritoine d’un cobaye, donnera une péritonite mortelle avec hypothermie, mais sans crampes ni diarrhée caractéristiques ; c’est-à-dire sans les caractères du choléra intestinal.
On est cependant parvenu à donner le choléra intestinal ou intoxication à de jeunes lapins, en leur administrant des cultures virulentes de vibrion cholérique dans du lait. On peut y ajouter des microbes favorisants : torula et levûres qu’on trouve dans l’estomac de l’homme;
4^ Enfin, le sérum anti-cholérique doit agglutiner à petites doses, en dix minutes, une culture trouble de vrai vibrion cholérique ; l’agglutination devra être constatée au microscope.
Ces quatre caractères réunis permettent de conclure avec assez de certitude.
Germes anaérobies. — La recherche des germes anaérobies contenus dans l’eau n’est pas encore entrée dans
la pratique courante des laboratoires; et leur rôle hygiénique n’est apprécié que par l’expérimentation physiologique.
On peut les cultiver dans un milieu gazeux formé par exemple d’hydrogène pur; mais on peut aussi les apprécier en déposant une goutte d’eau au fond d’un tube à essai stérilisé et en versant dessus une couche de plusieurs centimètres de gélatine nutritive préalablement privée d’air par la chaleur et refroidie vers 35®.
ANALYSE BACTÉRIOLOGIQUE
CORPS D’ARMÉE {Lieu et date du prélèvement
de r échantillon.)
Place d ..le 190
FEUILLE DE RENSEIGNEMENTS i POUR l’analyse bactériologique de l’eau de
Analyse bactériologique. — Prélèvement de V échantillon. Les flacons dans lesquels on doit recueillir les échantillons d’eau sont préalablement stérilisés par les soins des laboratoires de bactériologie, fermés avec un bouchon flambé, enveloppés d’une feuille de papier stérilisé et placés dans une boîte métallique. L’enveloppe de papier n’est enlevée qu’au moment de l’emplissage. On aura soin, après avoir débouché le flacon et pendant qu’on le remplit, de tenir le bouchon à l’extrémité des doigts et de préserver de tout contact la partie de ce bouchon qui pénètre dans le goulot. Immédiatement après l’emplissage, le flacon sera solidement rebouché, cacheté à la cire, revêtu d’une étiquette indiquant le nom de l’eau prélevée et le lieu du prélèvement, puis entouré d’une feuille de papier blanc et enfermé dans la boîte métallique. On disposera un anneau de caoutchouc en couvre-joint sur le bord du couvercle de manière à assurer l’étanchéité de la boîte et celle-ci sera placée alors dans un récipient rempli de glace où elle devra rester jusqu’au moment de l’emballage; cette prescription est rigoureuse, elle a pour but d’éviter la pullulation des germes qui serait la conséquence de l’échauflement de l’eau [Règlement sur le service de santé de V armée à Vintérieur. — Notice n^ 35, chap. ni.)
Le médecin chargé de prélever les échantillons doit répondre de la manière la plus précise à toutes les questions ci-après :
1" Autorité qui a prescrit l’analyse.