CHAPITRE XX
ANALYSE PHYSIOLOGIQUE
Le meilleur essai physiologique est évidemmerit celui qui résulte de l'usage prolongé de l’eau dans l’alimentation humaine ; mais, quand ce moyen fait défaut, on est bien obligé de recourir à des expériences sur les animaux en leur administrant des cultures de l’eau à à examiner ; ce qui éloigne beaucoup de la réalité.
L essai le plus rationel consiste à mélanger les cultures à la nourriture habituelle des animaux; mais ce moyen est long et incertain ; car les cultures sont détruites facilement par les sucs gastriques normaux des animaux, dont l’acidité est plus grande et, par suite, plus énergique que ceux de l’homme.
Il faut donc préalablement la neutraliser par du, carbonate de soude et supprimer les mouvements péristaltiques par une injection opiacée.
Pour "éviter ces inconvénients, on a recours soit à l’inoculation sous-cutanée, soit à l’injection intra-péritonéale pratiquée selon la méthode suivie au laboratoire du Comité consultatif d’Hygiène de France.
On cultive l’eau en masse à 37» dans un bouillon ordi-
naire ou dans la solution de peptone. Au bout de quatre jours on peut filtrer sur toile de platine et pratiquer une injection intrapcritohéale à un cobaye à raison de à de culture pour 100 grammes du poids de l’animal ; soit environ 1 centimètre cube pour un coba}^e d^énviron 300 grammes, sain et neuf. L’injection est pratiquée à l’aide d’une seringue stérilisable graduée en évitant de blesser les intestins. Pour cela on coupe les poils, on lave à alcool et éther. On rend le ventre bien saillant en relevant la peau, puis on traverse les deux peaux de part en part avec l’aiguille de la seringue et on revient ensuite dans l’intérieur de la cavité péritonéale où l’ont peut pousser l’injection en toute sécurité.
On admet qu’on inocule ainsi au cobaye la somme des virulences de tous les germes contenus dans l’eau.
Cela fait, prendre la température rectale de l’animal au moins d’heure en heure pendant six heures, et le poids chaque jour.
Examiner selles, urines, état général.
Noter si l’animal semble influencé par l’injection et s’il se rétablit plus ou moins facilement.
S’il succombe, on pratiquera l’autopsie le plus tôt possible. On fera des examens directs avec des prélèvements effectués à la surface du foie et avec le sang du cœur ; et l’on fera des ensemencements en divers milieux avec des ponctions faites dans le cœur, le foie et la rate, et les exsudatsdu péritoine, de la plèvre et du péricarde. On aura ainsi des cultures plus ou moins pures, qu’il sera facile de séparer par la méthode des plaques sur gélatine nutritive.
On isolera ainsi assez facilement les Staphylococcus pyogenes aureus et albus^ le streptocoque pyogène, le
ANALYSE PHYSIOLOGIQUE
Micrococcus tetragenus, le pneumocoque, le Bacillus pyogenes fœtidus^ le Bacille pyocyanique, la bactéridie charbonneuse, le Bacterium coZ^V et beaucoup plus rarement le bacille typhique.
Si l’animal succombe et si l’on arrive par l’autopsie et les cultures qui s’ensuivent, à bien caractériser une ou plusieurs espèces pathogènes, on peut sans hésiter déclarer beau dangereuse; mais un résultat négatif a beaucoup moins de valeur; car dans ce cas on peut se trouver en présence d’espèces ordinairement pathogènes, mais peu ou point virulentes au moment du prélèvement des échantillons, et qui n’ont pas repris de virulence par les cultures.
A lui seul, l’essai physiologique, quand il est négatif, ne permet donc pas de conclure à l’absence de germes suspects dans une eau.
En un mot, c’est un bon élément d’appréciation qui peut rendre des services ; mais à la condition de ne pas lui donner une portée qu’il ne peut avoir.