‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 102 sur 362 · Celui-ci va se loger dans la maison d'une dame veuve · texte numérisé non relu

Celui-ci va se loger dans la maison d'une dame veuve

où arrivent aussi Keu et Dinadan. Plus enparlez que son com- Keu et Dinadan pagnon, Dinadan questionne l'inconnu, qui dit être un cheva- jSr^wanï* lier errant, mais n'avoir jamais été à l'hôtel d'Arthur. « Tant pis pour vous ! » répond Dinadan ; mais le chevalier avoue ne point Ce chevalier est aimer cet hôtel, qui, à son avis, ne peut être si honnourez Guenlèvre. qu'on le dit, « au meins tant comme la noble reine Guenievre i fust, qui set fere les granz courtoisies la ou nos bien savons. » Keu se fâche de ce propos et lui demande s'il] parle doncques ainsint encontre la roïne G. — « Je non, répond le chevalier, fors tant que je di qu'ele est a merveilles cour-' toise, et tant est grant sa cortoisie que pou s'en faut que ele ne fet roy de Lancelot du lac. » Keu lui fait savoir qu'il est un des chevaliers de Guenièvre : « Eh bien ! s'écrie l'inconnu, tant valez vous pis! » Keu le menace, mais l'autre ne s'en montre point effrayé. Dinadan lui demande pourquoi il parle ainsi de la reine : il besse la chiere... et respont a chief de pièce que cette dame a causé un malheur si grand que Dieu lui-même serait ausint comme touz encombrez de fere en le restorement. Un tel homme mourut pour l{u)i que jamès tel ne sera a nostre temps; ce fu doumage sanz retour et sanz reson. Après le souper, Dinadan lui demande en vain qui était cet homme, et Keu l'avertit de nouveau qu'il compte lui faire reconnaître sa folie avant qu'ils se quittent. Mais leur interlocuteur répond en souriant que la folie tourne moult volentiers desus celui qui la commence. De dépit Keu ne dort pas de la nuit. Le lendemain, il n'écoute point Dinadan, qui lui déconseille d'attaquer le chevalier. Celui-ci part sans rien dire aux deux compagnons, parce qu'ils ne li feisoient mie trop biau semblant. Il est bientôt atteint par eux, et Keu lui dit qu'ils ne sont pas venus pour son bien : — « Ni pour mon mal, répond l'inconnu; à vous deux, vous n'êtes pas

assez forts pour me faire du mal. » Keu est désarçonné, et H abat Keu; Di- , * , . , T nadan refuse

Dinadan refuse de jouter. — « Quoi ! vous ne vengerez pas ie combat.

votre compagnon? — Non ! parce que je vois bien que je n'y parviendrais pas ; » et l'autre a beau le traiter de mauvais chevalier : Dinadan persiste. L'inconnu le laisse avec Keu, qui, en suite de sa chute, reste évanoui jusqu'à midi.

200. Tristan arrive, les reconnaît, mais ne veut pas se faire connaître pour ne pas perdre de temps. Dinadan lui dit tout ce qui s'est passé, et il s'en va dans la direction que Dinadan

Loseth. — Tristan. 10

lui indique. Mais il perdit touz les pas du cheval, et pour

ce le perdi il du tout. Ainsint le quist tout celui jour et Ven-

demein et le tierzjour et le quart et le quint; mais Tristan a

pris à droite et le chevalier à gauche, et Tristan ne trouve

Tristan renonce perSonne qui puisse le renseigner. Après cinq l jours de

ver recherches il abandonne la partie et s'en retourne vers Je Per-

etpmronP°Mer- ron Merlin 2. Pour se reposer, il reste quatre jours dans une

lin. maison de religion et envoie Gouvernai à une ville voisine

pour lui procurer des armes neuves.

Il part enfin monté sur un bon cheval tout noir 3, avec Gouvernai, à qui la prochaine bataille fait peur.

Il abat Dodinel 201. A six lieues de Gamaaloth, ils rencontrent Dodinel et et Sagremor. Sagremor. Ce dernier défie Tristan ; comme c'est le jour de la bataille, Tristan préférerait ménager ses forces ; mais il ne parvient pas à faire comprendre cette raison à Sagremor, qui l'accuse de poltronnerie et le force de jouter. Tristan l'abat et renverse ensuite Dodinel ; ils courent après lui, et Sagremor exige une nouvelle lutte ; mais Tristan le supplie de ne plus insister et en appelle à sa courtoisie. Sagremor consent à s'éloigner, après s'être fait dire le nom de l'adversaire de Tristan.

202. A l'heure àevespres, Tristan arrive au Perron Merlin 4, où il s'arrête (f° 289). Mais Palamède n'a pu venir, étant en prison au château de la Flegeb. Cependant la bataille n'en aura pas moins lieu6 ; car, au point droit que il estoit devant le perron , a tant ez vos venir de devers Kamaalot un chevalier : c'est Lancelot.

1. Ainsi 334, 335, 12599. — Six jours 97, 100, 102, 349; 750, 103, 776; huit jours 94, 99.

2. Ce merveilleux chevalier, qui hait Guenièvre et dont personne ne sait le nom, qui est-il ? On ne nous le dit nulle part, et il n'est plus question de lui dans la suite. L'épisode a probablement été interpolé d'après quelque roman biographique, peut-être du cycle des Bruns.

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