‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 108 sur 362 · Six les autres, sauf 776 (. VIII · texte numérisé non relu

Six les autres, sauf 776 (. VIII

3. Ici 757 s'occupe d'Armant et des demoiselles ; mais 334 et tous les autres mss. — c'est-à-dire 12599, 335, 776, 97, 100, 102, 349; 99, 94; 103 (lacune dans 104); les imprimés, Dunlop.-Liebrecht , Encyclopsedia Britannica (dans la Tav. Rit. et dans le ms. 758 il n'y a pas de voyage de Marc), — donnent une série d'aventures comiques, subies par le roi Marc en Logres (Tressan les présente profondément changées). C'est probablement une superfétation postérieure. — Pour la bonne continuation, telle que la donne 757, voy. au § 230.

Aventures de 21°- (334 etc'( AYant quitté Armant * et les demoiselles, Marc dîne Marc. chez un forestier; puis il s'arrête à une fontaine située à l'entrée d'une

grande forêt; car il ne connaît pas le chemin, et la nuit approche. Il envoie les écuyers garder les chevaux et se livre à ses pensées : il no sait pas s'il ira chez Arthur, car il a peur de Tristan; et il se repent un peu d'avoir entrepris ce voyage. Survient Lamorat; ne voyant pas Marc, qui est couché dans l'herbe, il chante son amour pour la reine d'Orcanie, mère de Gauvain et sœur du roi Arthur. Dans un lai : Sans cuer sui et sans cuer remain, etc., il se plaint de Gaheriet, qui, dit-il , le traite comme le roi Marc Tristan, car il l'éloigné de sa dame; il se considère même comme plus malheureux que Tristan, qui, au moins, ne voit plus Iseut et peut, par conséquent, ne pas penser toujours à elle. En effet, Gaheriet surveille sa mère très soigneusement; il l'a souvent avertie que, s'il trouve Lamorat avec elle, il la tuera, sans faire aucun mal au célèbre chevalier. Les écuyers, entendant les plaintes de Lamorat, le prennent pour leur maître et viennent lui demander ce qu'il a; ils s'aperçoivent bientôt de leur erreur, et Marc dit à l'étranger qu'il n'a pas voulu « le détourner de sa plainte, qui lui a plu assez ». Il ne se nomme pas, mais Lamo-

II trouve Lamo- rat reconnaît l'accent de Gornouaille et lui demande des nouvelles du pire roy del monde et du plus mauves, ce est du failli roy de Cornoaille. Marc n'est mie bien asseilr; il voudroit bien orendroit estre ailleurs. Gomme Lamorat insiste, Marc dit que le roi va fort bien. « Si m'ait Diex, fait L., ce poise moi; se il a bien, ce est duell et domages, et se il avoit mal, ce seroit moult g r an t joie. » Puis il lui demande ce qu'il vient faire en Logres; Marc dit qu'il est venu pour affaires, qu'il n'ira pas à la cour et qu'il s'en retournera prochainement : « Et vous, lui ditil, où allez-vous? » Lamorat répond qu'il veut assister à un tournoi qui aura lieu devant le chastel au Géant , à deux lieues de Camaaloth (le roi des Cent chevaliers contre le roi d'Irlande, son parent). Il offre à Marc d'y aller avec lui, « tout soiez vous de Cornoaille ; «mais Marc s'excuse. Ils passent la nuit près de la fontaine.

1. Dans Tressan, Marc, ayant accepté le défi d'Amans, « laisse la reine Yseult avec la seule Branpain dans une abbaye et part, » etc. (p. 123).

211. Le lendemain matin, Marc quitte furtivement Lamorat, qui ne Marc trouve Dilui inspire aucune confiance ; il se propose d'aller à un château qui est j g^oqùe de à dix lieues de là. Il atteint un chevalier, qui, étant fatigué, ne l'invite iui.

pas à jouter; par conséquent, Marc le considère comme un homme de peu. Ce chevalier, ayant raconté qu'il va à la cour voir la grande fête et la grande joie qu'on y fait de Tristan, le meilleur chevalier du monde, demande à Marc d'où il est. Marc ne précisant pas, le chevalier lui demande si son pays est trop méprisé pour qu'il ose le nommer, s'il est de cette contrée que chacun renie, c'est-à-dire la Gornouaille, dont s chevaliers ne nomment leur pays que si on les y force. Marc avoue 'il en est; c'est ce qu'il ne pourra d'ailleurs jamais cacher, lui dit le evalier, à cause de son accent : « Pechié vos a amené en cestui pais, car is ne vous en pouez ja mes départir, a mon escient, que l'en ne se moque vos. » Marc se courrouce : « Vos avez moult la langue preste a dire ilennie. — Et pour quoi vos diroie je bien? ce seroit parole perdue; ■rtes , je ne vos pourroie tant dire d'onneur que vos n'aiez honte et ■rgoingne, avant que vos repair ez en Cornoaille la hardie. » L'inconnu ngage Marc à le suivre à la cour pour sa honte et son deuil; là il lourra voir « l'honneur que Dieu lui fera et l'honneur qu'on a fait à ristan, ce qui tournera, avant peu, à la honte de la Cornoaille, 'où le roi Marc sera chassé avec mépris » . Marc est trop en colère iOur pouvoir répondre aussitôt. Enfin il demande le nom du chevalier : 'est Dinadan. Marc le blâme de manquer de sagesse : « Je ne vous en .irai pas autant, riposte l'autre, vous êtes le plus sage et le plus hardi; mais vous n'attendîtes un coup, pourvu que vous pussiez vous sauver, e qui est la sagesse même en Cornouaille. — Bah ! dit Marc, j'oserais exposer à un coup de lance aussi bien que vous. — Oui, s'il n'y \ ait point de fer à cette lance. — Sire chevalier, vos n'estes mie trop urtois. — Et je ne vueill pas estre trop courtois ; vostre roy si est désertiez de tôles honneurs, de quoi il m'est avis que je vos respons encore ien... » Dinadan conseille à son interlocuteur de ne pas chercher les upsde lance que donnent les chevaliers de Logres. « Certes, répond arc, de vostre loer n'ai je cure, mes je m'en aideroie ansint bien comme 'os feriez, » et lors commence Dyn. a seignier, tout ausint comme se il enist ceste chose a grant merveille : « Diex aide l sire chevalier, lui ditil, me dites vos vérité ? Ha! seinte douce dame! je ne peûsse ja mes croirre <iue vos fussiez si preuz ne si hardiz devant que vos le m'eussiez dit. » Marc est furieux et enfle tôt de maltalent, mais il n'ose assaillir le mauvais plaisant. Dinadan continue, charmé de l'effet de ses sarcasmes : « Si vous êtes si brave que vous le dites, vous ne pouvez point être originaire de Cornouaille; car, se vos fussiez destrampé de tel sanc comme sont ceuls qui en sont nez, la nature de Cornoaille fust en vos enracicnee tout autresint comme ele est es autres. »

212. Pendant celle conversation ils rencontrent Lamorat, qui che- Dinadan parvauche tout seul et les invite à jouter. « A présent, dit Dinadan à Jie^ \/ai'e Marc, vous pourrez me montrer si vous êtes de Cornouaille ou non : avec Lamorat; allez jouter avec ce chevalier et tâchez de gagner le pris et le los. » Marc défaite de Marc. ne set que il doie dire : il a bien peur des chevaliers de Logres; d'autre

pari il se trouve engagé par la parole que il avoit orendroit dite à Dinadan. Celui-ci, qui voit bieo nue Marc ne tient guère à la joute, crie à

Lamorat : « Voici mon compagnon qui demande à jouter avec vous. — Pourquoi ne vous réservez-vous pas cette joute à vous-même, dit Marc, puisque vous êtes de Logres ? — Oh ! n'ayez pas peur, mes allez a lui tout seùrement ; que, par celé foy que je vos doi, le cuer me devine que vous avroiz aucune chose de ceste feste, se vos i alez; et pour ce vos prie je, tant comme je puis, que vos vos abandonnez hardiement a aler encontre ce fol, qui moi ne vos ne veult lessier en pès. » Dinadan dit tout cela si comme celui qui le gaboit et qui vousist que le roy cheïst en la greingnour poudre; car il a reconnu Lamorat à ses armes, et lui-même ne l'attaquerait jamais, parce qu'il lui est bien inférieur ; mais s'il peut causer la défaite du Cornouaillais, if» se rira trop volentiers et gabera. Enfin, tant dist Dyn. au roy M. et tant li met avant de bêles paroles que le roy entre en la folie. Il est désarçonné, et Dinadan refuse de jouter : « L'accident arrivé à mon compagnon monstre que de ceste courtoisie me doi je bien sousfrir, et je si ferai. » Lorsque Lamorat est parti : « Ah ! dit Dinadan à Marc, vous êtes de Gornouaille, de la beneûree terre; la nature si s'en esprueve bien 11 fait accroire à en vos... » et il lui fait accroire que son vainqueur est Keu, « le plus Marc que c'est mauvais des compagnons de la Table Ronde. » Marc raconte qu'il a récemment abattu le sénéchal. « Je sais bien, dit Dinadan, que, si maintenant il vient de vous renverser, ce n'a point été par sa prouesse. . . ; car ce est trop grant merveille comment il a abatu un tel chevalier comme vos estes, et pour ce m'est il avis que vos fustes a cestui point trop mescheant. » Marc le croit aussi et, résolu à se venger, il commence son erre a croistre moult durement. « Pourquoi allez-vous si vite? demande Dinadan. — Mais pour rattraper Keu ; il est mestier que je m'en venge tout maintenant ; et, certes, mielz vueill je mourir, se ce avient, que ceste honte remeingne a vengier. — Sire! or parlastes vous comme chevalier ; ainsint doit chascun preudoume fere, ne il ne se doit de riens atargier que il ne se venge, puis que il en a le pouoir. . . »

Marc défie La- 213. Ils atteignent Lamorat, et Marc le défie. Lamorat cherche ™°.rat et est d'abord, en vain, à le détourner de se battre ; mais, lorsqu'il se voit lui g * pris pour Keu, il accepte en souriant le défi. Marc a le dessous; mais Lamorat veut l'épargner, parce qu'il le trouve auques preudoume des armes, et propose de laisser la bataille, comme il n'y a pas entre eux d'inimitié mortelle : Marc accepte avec empressement. Lamorat les quitte pour se rendre chez un parent qu'il veut amener au tournoi.

Discussion de 214. Marc demande à Dinadan pourquoi il a fait passer son ad ver- Dinadan avec Saire pour Keu. Dinadan ne lui répond pas directement, et se borne à dire qu'une courtoisie pareille à celle de ce chevalier ne saurait être trouvée dans toute la Cornouaille. « Oui, oui, répond Marc, il a été bien courtois, mais vous ne l'êtes mie. » Et on reprend la marche, parlant par rancune et par despit. Marc reproche à Dinadan de n'avoir pas eu le courage de jouter : « Dans tous les cas, riposte ce dernier, vous n'avez vu nulc défaite aperte en moi. . . ; mes, pour ce que vos alez disant que je suis chevalier de povre afaire, je vos dirai que nos ferons. » Et il lui propose de choisir l'un de deux ponts qu'ils devront passer, l'un le jour même et l'autre le lendemain; ces ponts, situés à deux lieues englesches l'un de l'autre, sont gardés chacun par un chevalier : Marc se battra avec le premier et Dinadan avec le second.

Marc est tellement exaspéré qu'il eût assailli Dinadan, s'il cuidast que il par aucune manière le peilst mètre au desous ; mais il y renonce, ne l'ayant pas éprouvé.

215. Ils arrivent près d'un château appartenant à Tor, le filz Ares, Les deux ponts qui avoit esté filz le roi Pellynor de Lystenois. Les deux chevaliers qui gardés par gardent les ponts sont frères; ils ont été deshérités à cause d'un deux frères. mesfet que leur père avoit fet. Il avoient en celui an esté chevalier

nouvel en la meson le roy Artus et défendent leurs ponts, li uns pour envie de l'autre, pour ce que chascuns cuidoil estre meillour chevalier. Ils joutent donc, mais sans les y contraindre, avec les chevaliers qui passent ; Arthur le leur a permis, pour ce que les .II. nouviaus chevaliers s'essaisscnt le premier an a moustrer d'armes. C'est le frère aîné, Driant ', qui de le premier pont. — « Nous voilà arrivés là ou est vostre espreuve, » dit Dinadan. Et Marc : « Or n'aiez mie tant de paroles ; je m'en deliverrai moult bien, se Dieu plest. » Dinadan : « A non Dieu! ce savoie je moult bien; se Diex vouloit, il vos changeroit moût tost le cuer de Gornoaille que vos avez dedenz le ventre, a .1. ansint grant cuer et ausint hardi comme a orendroit Trystram; mes je sai bien que il ne s'enenlremetra ja a cestui point d' orendroit , » Dinadan recommande au roi de se garder de tomber dans l'eau ; « car si voirement m'ait Diex comme vos en feriez a tart relevez ! » Malgré la peur que lui causent ces paroles, Marc Marc jsute avec s'élance vers le pont, croyant la joute indispensable. Les deux adver- Driant.

Baires brisent leurs lances sans se faire de mal. Marc s'arrête pour voir à son tour jouter Dinadan ; mais Driant lui crie qu'il doit revenir à la charge, puisque aucun d'eux n'a été abattu. « Il le fera trop volentiers , » s'écrie Dinadan; mais Marc préfère que Dinadan le ■inplace; quant à lui-même, il se contentera d'avoir obtenu le pas- £ du pont. Il regrette sa lance brisée, et le chevalier a la gracieuse de lui en donner une autre. Dinadan, qui connaît les coutumes, ■l'use la joute et rejoint Marc, qu'il raille de son peu de courage. ►ni, dit le roi, je le fis si mauvesement que je sui toutes voies outre; vos feroiz a l'autre foiz mielz, ce sai je bien. »

216. Ils se logent dans un château qui est gardé par Berlet 3. Geluireconnaît Marc, qui avait tué son père assez vileinement en Cormaille ; Berlet lui-même s'était enfui dans la forêt. — Après le sou- » il menace Marc de l'assaillir, aussitôt qu'il aura quitté le château,

le nomme publiquement. Le roi, très vexé, prétend qu'il n'est point

hue : il dit tant ça et la que il oste touz ceuls de laienz de leur cui-

er, sauf Dinadan, qui ne sait à quoi s'en tenir. — Le lendemain

partent et suivent le chemin de Camaaloth. Dans une vallée ils Marc assailli par rouvent Berlet, qui est avec deux parents et qui à son écu reconnaît Berlet.

nouveau Marc. Le roi, voyant que son celer ne livaut riens, se cour- EtCe et abat Berlet, mais est lui-même renversé par les deux autres, îi s'apprêtent à lui courre sus à cheval, quand Dinadan les attaque

les jette tous deux à terre : et sachiez que D. cstoit tel chevalier que il merveilles feroit bien de lance. Il descend de cheval et preud part à la itaille, qui est déjà recommencée, en criant : « Roi Marc, n'ayez pas

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