‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 114 sur 362 · Cf · texte numérisé non relu

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propose à la fin de le suivre pour le regarder combattre, en lui laissant toute l'affaire : s'il ne peut se débarrasser de ses adversaires, il le laissera mourir. Dinadan consent. Ils arrivent au'château, où l'on sonne du cor.

239. Survient un chevalier portant un écu vert ; il prie nos compa- Le chevalier à gnons de lui permettre de commencer les joutes. Un chevalier sort du abatdTx-seDt château : le nouvel arrivé l'abat, et on chasse le cheval vers la forêt. Le chevaliers du td est traité de même ; les dames placées aux créneaux applaudissent château, puis vivement. Le troisième n'est pas plus heureux. Palamède prie le vain- Palamède et leur de lui céder sa place, mais celui-ci veut s'essayer encore : « Je ne ina an'

jutepas, dit-il, que je ne puisse vaincre tous les vingt chevaliers qui sont ms le château ; vous pourrez intervenir, quand vous me verrez à bout. » Uamède l'admire. Le quatrième chevalier est tué; au château on >it avoir affaire à Lancelot ou à Blioberis. Le cinquième est également lé, aux applaudissements des assistants. Le vainqueur, ayant pris le nouvelle lance, abat encore douze sur les vingt chevaliers du làteau : quatre en moururent, et les autres jurèrent de ne jamais arrêun chevalier en vertu de cette coutume ni d'essayer de se venger de îr défaite. — « Attendre que celui-là soit désarçonné, dit Palamède, jus ferait rester ici jusqu'au dernier jour du monde. » Et il prie de nouni le chevalier de le laisser lui succéder. Celui-ci se fâche; il tint que Palamède n'ait vu en lui en aucun fel mauves semblant, et il lui assure qu'il viendra bien au bout du reste. « Ce n'est pas, dit Palamède, pour vous déprécier ; je voudrais seulement deux ou trois joutes.

— Puisque vous avez tant envie de jouter, laissez ces mauvais chevaliers et prenez-vous-en à moi ! — Très bien ! seulement, si je vous abats, je n'y aurai pas grand mérite, car vous ne pouvez plus être de la même force que dans le commencement. »

2 10. L'autre est trop iriez et art d'ire et de courouz : « Maternent estes dcceiiz de cestui fet, » et il insiste pour avoir sa joute. Palamède est désarçonné. Dinadan crie bien qu'il n'a cure de jouter, mais l'inconnu ne l'écoute pas, et Dinadan est forcé de se mettre en garde : il est renversé également ; on ne chasse pas leurs chevaux parce qu'ils sont chevaliers errants. Le vainqueur reste pour attendre d'autres chevaliers du château, mais pas un n'ose sortir; il n'en vient qu'un désarmé pour annoncer qu'il n'y aura plus de joutes. Le chevalier vert part pour Gamaaloth; Arthur, dit-il à ses écuyers, doit être là ou à Londres, « mes ançois nos couvient venir sanz nulle doute par le tournoiement { . »

241. Dinadan taquine Palamède, qui vient d'être chastiè par un autre que Tristan ou Lancelot. Palamède veut se battre avec le chevalier ; Dinadan lui fait remarquer que ce serait honteux, après tout ce que vient de faire celui-ci. « Oh ! il n'est pas fatigué le moins du monde.

— Palamède, où est, ta courtoisie? llm'est avis que duell ou courouz si

te toit le sens; car tu ne vois ici goûte. » Mais Palamède s'obstine et Palamède escripart, suivi de Dinadan. [I s atteignent le chevalier, qui est en effet un mev^^.° lo peu fatigué et s'apprête à descendre pourboire à une fontaine, l'ala-

1. Les autres ajoutent : Car cellui fait ne taitseroye Je en nulle' manière du monde,— C'est probablement le tournoi devant le château du Pliiin ; v. plus loin, § 2ft5.

mède lui dit qu'il veut se battre et qu'il est désolé d'avoir été désarçonné, chose qui ne lui est arrivée pieça mes. « Ah! vous êtes peutêtre de Cornouaille ; car en Logres vous pourriez bien trouver quelqu'un qui vous abattrait ; même Tristan et Lancelot ont été abattus.

— Essayons toujours pour voir si vous me surpassez aussi bien à l'épée. » Long combat ; ils sont enfin forcés de se reposer. Palamède, qui a été blessé en joutant, n'a pas le dessus. Son adversaire le prendrait pour Blioberis ou pour Bohort s'il ne les savait à la cour. Palamède, de son côté, n'est pas moins émerveillé de la bravoure de l'inconnu.

242. Avant de recommencer le chevalier veut savoir à qui il a affaire ; il complimente Palamède sur sa prouesse, le blâme de l'avoir forcé à se battre et lui demande son nom. Palamède n'accepte pas les compliments, avoue qu'il a fait trop grant felonnie, s'excuse sur son grand deuil et sa grant ire et se nomme, en priant l'autre d'en faire C'est Lamorat. autant. Apprenant que c'est Lamorat, il lui demande mille pardons et veut s'agenouiller, mais Lamorat l'en empêche. On va à un château qu'Arthur avait fait fortifier, lors de la guerre avec Galehout, et donné après au roi Bademagu de Gorre. Palamède y reste, et Lamorat lui tient compagnie pendant trois jours. Dinadan, qui voudrait bien revoir Tristan, les quitte. Palamède le prie de dire à Tristan qu'il est bien fâché de n'avoir pu venir au Perron Merlin à cause de son emprisonnement. « // te poise, répond Dinadan, de ton preu ; tu es autresinc comme le vilein quant il est a aise, » et tout le monde de rire.

Dinadan retour- 243. Dinadan part donc le lendemain pour Camaaloth. Il rencontre Ve,ha Gamaa- un chevalier qui, à sa vue, monte à chevalet lui crie : « Sire chevalier, a joster vos convient ! » Dinadan sourit : « Ne savez vos en autre manière saluer chevalier errant?.. Se Diex me saut, ce saluz n'est mie trop cour- Dinadan criti- tois... » Le chevalier déclare qu'il demande la joute non par haine, mais tique la rage par amours et par solaz. Mais Dinadan ne veut pas de cet amour ; pour lui chevaliers er- c'est plutôt de l'inimitié, et il traite l'autre de son ennemi, a Bon ! dit rants. le chevalier, alors je vos apele de la bataille, et je vous mettrai à mort,

si je peux. » Mais Dinadan lui propose d'aller ensemble chez Arthur, devant qui il lui dira d'où vient la grande haine qu'il lui porte ; ensuite l'autre pourra se battre, s'il veut. Le chevalier ne voit pas que Dinadan dit tout cela par moquerie; il lui demande son nom et dit, en l'apprenant, qu'il l'aime beaucoup. « Je le crois bien ; voilà pourquoi j'ai été si étonné du bel accueil que vous me fîtes. — Oh ! je vous prie de ne pas atourner cestui fet a mal. — Non faiz, ançois le tieng au plus grant bien du monde, mes tant seulement que ja ni partisse, car ja mes ne voudroie avoir part a tel bien. — Vous êtes chevalier errant, et vous ne voulez pas maintenir la coutume du royaume de Logres !

— Si, mais quand je vois que trop grant achoison ne m'ameine a jouster, je m'en suesfre moult volentiers ; » — et Dinadan se plaint de trouver partout en Logres tel encontre : « Gardez vos de moi, sire chevalier! » C'est devenu le seul salut des chevaliers errants. Dinadan trouve tout cela très ennuyeux : « Je veux, dit-il, m'y opposer autant que possible, et sachiez que por nule autre achoison je ne diz orendroit que je eusse haine envers vos, ne m'es que por ceste parole '. »

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