Ici l'on voit déjà un peu la critique de Cervantes
244. Dinadan, ayant quitté le chevalier, gagne Londres, où est Arthur, avec Marc, qu'on honore beaucoup, non mie pour l'amour du roi M., mes par leur courtoisie et pour ce que le roi M. parlast de leur bonté et de leur courtoisie et de leur valeur.
'245. Dinadan est très bien reçu à la cour. Le roi parle de Lamorat et de Palamède, qu'il voudrait bien avoir chez lui en ce moment. « Auquel donneriez-vous la préférence ? » demande Dinadan. La réponse du roi n'est pas décisive : « Et vous, dit-il, pour lequel tiendriez-vous ? — Ni pour l'un, ni pour l'autre, pour ce qui est de grant sens trouver, mes por folie, si feroie, » répond Dinadan ; il préférerait pourtant Lamorat, dont il fait l'éloge en racontant ce qu'il lui a vu faire ; le roi en est très content et promet de retenir longtemps ce chevalier à la cour, quand il sera venu.
246. Mais Gauvain et ses frères en sont tristre et dolent; ils haïssent Lamorat, car ils savent que Gauvain a tué le roi Pellinor, le père de Lamorat, et ils craignent toujours la vengeance. Gaheriet, cependant, n'avoit si gros cuer envers lui que les autres, et il ne désire pas le tuer, tout en connaissant les amours de Lamorat avec sa mère ', mais Gauvain et ses frères, Agravain, Mordret et Guerret 2, ne pensent qu'à le mettre à mort. Lamorat lui-môme ne se doute de
rien ; il se croit aimé de tout le monde. — Tous les frères, excepté Gauvain et ses Gaheriet, tiennent conseil. « Nous devons, dit Gauvain, pour bien des frères tienraisons haïr Lamorat, dont le père tua le nôtre. Il doit venir prochai- nftnt conseil, nement à la cour 3 ; alors, vengeons notre honte ! » Et les autres sont Lamorat. d'accord. En effet, peu après ce parlement, Lamorat fut tué assez vileinement par Gauvain, dont ce fu grant dateur, car si Lamorat avait vescu grant aage de chevalier, il aurait éclipsé tous les braves du temps d'Arthur; mais il n'avait à sa mort que vingt-six ans et deux mois *.
Arthur voudrait que Lamorat vînt à la cour; Dinadan ne sait nule cer teinté de sa venue. Lamorat lui a cependant dit qu'il viendrait sous peu. Palamède avait déclaré que, pour sa part, il ni cuidoit mie venir comme a cesle foiz. — Le roi les attend de jour en jour, et dit chaque soir : « Demain Lamorat viendra. »
247. Au troisième jour après l'arrivée de Dinadan, les com- Dinadan en repayions de la maison d'Arthur s'en vont la dehors en la praierie bri- montre au roi sicr lances pour euls déduire et soulacier. « Vous ne porterez pas Arthur. d'armes? » demande le roi à Dinadan. — « Et pourquofporterais-je les
armes? Je ne vois pas d'ennemis ici. Et vous-même, que ferez-vous qui ne fêtes fors séjourner? Car nos nos metons souvent en granz niellées et en sousfrons les douleurs, et vos vos en alez puis gabant quant les nouveles vos en viennent. Alez, bon sire, se Diex vos saut, et n'en semonnes nul, ne moi ne autre, mes vos meesmes i alez! » Le roi rit : « Je croyais
l. Les remarques sur Gaheriet sautées dans 102.
•2. Oaberlet - i - 1 * (faute] ; — ce dernier frère pas nommé dam 97, 102, 100, 349. 3. Comment Oauvain le sait-il ?
i. l'in du nis. 103. — Apres l'arrivée de Lamorat, Oauvain et ses frères tiennent nu conseil 'ic ; v. § 250. — Pour .les remarques toutes semblables sur lu mort prématurée de Lamorat, v. Ib.
bien dire. — Eh bien ! moi aussi ; je suis même sûr d'avoir bien dit : si vous portez les armes, vous vous ferez plus d'honneur à vousmême qu'à aucun autre. » Le roi se tait; il est si feruz que il ne set que il doie dire, et il veut se faire armer pour seulement les paroles de Tristan s'en Dyn., mais Tristan le retient : « Se vos prenez sovent regart aus paroles mêle. de Dyn., par mon chief, vos vos en pourroiz couroucier par meintes foiz;
car trop de foiz m'a fet dolent. — Je ne me courroucerai jamais de ces paroles de Dinadan, dit le roi, mes puis que il m'en a mis a la voie de porter armes, je le fèisse trop volentiers, se ce fust chose que il le me couvenist a fere. — Mais ce n'est pas nécessaire ; il y en a assez des autres, car l'espr[ue\ve desjanes bachelers i sera. » Tristan, Lancelot, Blioberis ni Bohort ne joutent ce soir-là, mais bien Hector et Gauvain avec ses frères. Les deux rois vont regarder avec ceux qui ne prennent pas part aux joutes.
Course de lan- 248. Gauvain se distingue et se fait admirer de tous, même de ces. Tristan. Lamorat arrive; il s'est rendu à la cour pour voir
Tristan et Marc prisonnier. Quand il aperçoit que le behordeïz estoit commenciez si fort, il dist a soi meesmes que il estoit a bon point venuz : il veut montrer qu'il vient à la cour moins épuisé que maint autre. Dinadan le reconnaît à l'écu, qu'il a fait découvrir ; il se borne à dire au roi que c'est un bon chevalier voirement, comme il le verra tout à l'heure. Lamorat abat Agravain. Le roi ne peut savoir le nom du nouvel arrivé par Dinadan : « Je ne le demande fors pour bien, lui dit-il. — Et je ne le vos lesse a dire pour autre chose, » riposte Dinadan. Lamorat fait oublier Gauvain et les autres : on ne parle que du chevalier à l'écu vert. Gauvain a été abattu deux fois déjà. Tristan croit que c'est Lamorat ; le roi Arthur penserait plus volontiers à Palamède : « Non, dit Tristan, Palamède n'est pas si très aspre; sachiez que c'est Lamorat de Gales ; je le reconnois orendroit. » Et Arthur en est bien aise.
Lamorat est 249. Lamorat, ayant tout vaincu, veut s'esquiver dans la forêt pour vainqueur. changer son écu quelque part, afin qu'on ne le reconnaisse pas quand Arthur Tempe- il sera retourné à la cour ; mais Arthur pique des deux, l'atteint et le che de s'es- décide à retourner avec lui pour voir, comme il lui dit, le meilleur quiver. chevalier du monde, c'est-à-dire Tristan. Celui-ci et Lancelot vont
au devant d'eux. A la vue de Tristan, Lamorat ûte son heaume, descend, court à lui et l'acole parmi la cuisse. Tristan s'empresse de descendre pour le saluer.
On fait grand fête à Lamorat ; celui soir menja le roy en la praierie pour l'amour que il avoit a Lamorat, et il n'aurait pas été plus heureux si son filz charnel était venu.
Nouveau conseil 250. Mais Gauvain est enragiez de duell; il ne supporte pas cette
de Gauvain et fête et s'en va à son hôtel. Il se fait désarmer et appelle ses frères,
de ses frères. qU[ étaient tous avec lui sauf Gaheriet, et quant il sont entr'eus prive-
ement assemblez en une chambre, Gauvain dit que maintenant est il bien
voirs que la lignée de Pelinor, qui tua leur père, les déshonore :
Lamorat ne vient-il pas de le priver, lui, Gauvain, du prix de ceste place? Et ce qui le chagrine surtout c'est que le roi, qui devrait haïr Lamorat autant qu'ils le haïssent eux-mêmes, le reçoit comme s'il était son meilleur ami ; ils ne pourront donc plus compter sur le concours d'Arthur, et il faut qu'ils se vengent eux-mêmes sur les enfants de celui qui a tué leur père. « Ils sont quatre frères, dit Gauvain, tous chevaliers : Tor \ Agloval, Doryan 2 et Lamorat. Il s'agit avant tout de tuer Lamorat; les autres, faibles sans lui, pourront facilement être mis à mort plus tard : si nous pouvons nous défaire de lui, nous aurons donc vengé la mort du roi Loth d'Orcanie. » Gauvain proiet d'inventer un moyen d'atteindre ce but. Il faudra prendre Lamoit sans qu'il sache rien, sotitivemenl et par engin. Grant fu la joie qu'on de Lamorat chez Arthur. Tous ses frères arrivent à la cour ce jour- ; ils sont tous compagnons de la Table Ronde et bons chevaliers, mis inférieurs à leur frère, que personne ne surpasse, sauf Tristan, j&ncelot et Palamedes. Se il ei'tst longuement vescu, bien peiist l'en dire te il ateinsist touz les bons chevaliers du monde ou passast. Mes il mouit plus tost que mestier ne fust a chevalerie, et de celé mort fu monseijnour Gauv. trop durement blasmez, car vileinement en mesprist 3.
251 a. Après plus d'un mois de séjour A, le roi Marc, qui est très jntent de la courtoisie qu'il a trouvée chez Arthur, veut s'en retourner Cornouaille. Arthur lui demande un don. Marc se doute bien de ce le c'est et répond trop courouciez, mes il fet semblant que il soit liez, l'il est prêt à accorder tout ce que lui demandera le roi. Arthur lui lit promettre de pardonner à Tristan, de le ramener en Cornouaille et Arthur fait jurer l'honorer, comme il le faut, ce « meilleur chevalier du monde ». Et àMarcdëparlarc jure sur les saints de faire tout cela (f° 330). Mes maternent s'en donner àTrisirjura s, car il ne demoura mie lonc temps que il fist prendre Tr. et an' xctre en prison, dont il ne fust ja mes issuz, se Perceval ne fust, qui l'en zlivra et qui pour la délivrance de T. ala puis en G., et non pour autre chose, et le gela adoneques de la prison 6. Mes a tant lesse ore li contes a parer de cestui fet 7, car tost i savrons retorner, quant mestier en sera, et etorne a noslre première matière pour deviser comment T. se départi de court et comment il s'en ala en Corn, avecques le roy Marc, son oncle8. U après ce nos vos deviserons comment Perceval vint premièrement a la irt, et sachiez que celui P. estoit frère Lam. de G. et filz le roy Pell. de lyst., dont je vos ai ici devant conté l'estoire0.
1. Sic tous (au lieu d'Alain) ; cf. § 217. De môme dans la version de 767 etc., voy. §802. Cf. 1 150 : Drian, le frère de Tor.