l'appelle ici Helayn
4. Dans 97 et les autres, Dinas fait cela de lui-même, sans être envoyé par Marc. Iseut est très heureuse, mais elle ne pleure pas de joie. Ces mss. poursuivent ainsi : à dîner, Marc fait manger ensemble les amants pour voir leur contenance. Comme ils se regardent souvent, Marc est désolé et engage Andret aie venger. (Dans 757, Iseut se dit que Marc veut sans doute l'éprouver.) Cependant Tristan coule d'heureux jours avec Iseut, malgré Marc et Andret, et il va et vient chez sa bien-aimée sans contredit . Mais or (97, 349, 100; pour 340, v. § 628) ce test li compte de lui et parole du roy Artus et des compaignons de la T. Ronde, qui estoient moult couroucies du département Tristan. Suit la description de la tristesse à la Table Ronde, comme dans 334, etc. (v. § 253a); puis, après les mots : nous verrons Tristan emprisonné par Marc : Mais pour ce qu'il nous couvienl siewre la matière de la vraye estoire, vous deviserons ainçois comment Gaheriet occist sa mère. Un jour qu'Arthur est à table, un messager vient lui annoncer le résultat du tournoi devant le château du Plain; à partir d'ici comme 334, etc.
5. Pour la suite, dans 757, voy. plus loin, §282. — Dans la Tav. Rit., Tr. retourne en Corn, après l'épisode de Lasancis, v. au § 202; il n'y est pas question du voyage de Marc; (ni dans le mss. 758 non plus ; v. préf. § V).
Douleur à la cour d'Arthur. 253 a. A la cour d'Arthur on était très affligé du départ de Tristan.
De huit jours il n'y eut ni joie ni fête, tant la cour était quoie et mue. Lancelot, dont la douleur était extrême, avait de tristes pressentiments au sujet de son ami.Nonsans raison: nous verrons Tristan emprisonné par Marc. Nous retournons a nostre matière pour deviser des aventures et des fez Perceval le bon chevalier.
254. Un jour *, à l'entrée de l'hiver, le roi Arthur dîne à Camaaloth. Lancelot et la plupart des chevaliers de la lignée de Ban sont allés assister à un tournoi (f° 331). Le roi fait la remarque qu'il n'y a eu, depuis hien longtemps, d'aventure à la cour. Keu, le sénéchal, qui geri le roi à tahle, commence a aler par laienz et tant que il regarde
uni la court et voit descendre un chevalier avec son écuyer. C'est Agiotai ; son écuyer est Perceval, le cadet des fils de Pelinor : Agloval Perceval arrive l'amène à la cour pour qu'il soit armé chevalier par le roi. Keu et à la cour tous les autres intercèdent en sa faveur. Arthur consent; Perceval et est armé cheveille pendant la nuit et est armé chevalier le lendemain. thur *
255. Pendant le dîner, un valet messager annonce 2 qu'un des J?°I^a Toin-~ enfants de Pelinor a vaincu, dans le tournoi qui a eu lieu la veille noi au château devant le chaslel du Plain : « Ce fut Lamorat? — Vous dites vrai. » — du Plain.
Et tous sont d'accord pour déclarer que Lamorat ira loin s'il peut rester en vie. Le valet annonce encore que Lancelot a été au tournoi, où il fut navrez maternent, et pour ce remeint que il rien fist plus. — « Si Lamorat savait qui a tué son père, il le vengerait bien, » dit-on à la cour, où le meurtrier n'est pas connu. Gauvain est très mécontent de ce nouveau triomphe de Lamorat, et Gaheriet aussi, à cause de la honte que il leur feisoit de la roïne d'Orcanie, leur mère.
256. Le lendemain, Gaheriet part pour le château de la Roche naïve 3, séjour favori de sa mère à cause du voisinage de Camaaloth, qui lui permet de voir plus facilement Lamorat. Gaheriet pense bien y trouver ce dernier. II y arrive au point du jour et se mist laienz pardesus un bas mur. Il traverse la grande salle, où dorment chevaliers et écuyers; personne ne se réveille, si comme maie aventure et mauves ei'ir avient sou- Gaheriet tue vent a aucunes genz. Dans la chambre à coucher il trouve la reine à sa mère. cote de Lamorat, et il dormoient enme AI. si fermement que il ne semblait mie que il eussent gueres la 7iuit dormi ne reposé. Gaheriet ne veut
pas tuer un si bon chevalier, mais bien celle qui la honte de ses enfanz pourchace si asprement; il sait que Lamorat n'a point fait violence à la reine : c'est donc à elle d'en porter la peine. La reine se réveille, voit l'épée reflamboiant , pousse un cri et veut se jeter à bas du lit; mais Gaheriet, tout tressuez d'ire et de maltalent, la prévient et fait tomber à
1. Cet épisode, quoique annoncé aussi dans 12509 (v. $ 252 a) n'est pas donné par ce ms. ; on en fait une explication plus loin ; v. § 282 a. 97, 349, 100 ne le donnent pas non plus, cf. p. 172 note. — La version de 787 donne cette arrivée de Perceval a la cour, mais elie la représente dans d'autres circonstances ; v. § 310.
2. Ici reprend 12599 (cf. la note 4 précéd.) ; de même 97, 349, 100, après l'épisode du voyage (t. § 233), et le récit de la tristesse de la cour.
8. Ainsi 12599, 335, 97, 349, 100, 776. R. Naiie 94 ; R. Nayne 99. R. JVueve 334. Roche Dure 103 ; Janot, Verard.
ses pieds la tête de sa mère. Lamorat se réveille : Gaheriet ne veut pas l'attaquer désarmé et lui permet de s'en aller; mais il l'avertit qu'il le hait mortellement 'et qu'il faut qu'il se batte avec lui à la première occasion venue *, Lamorat part, très affligé et décidé à se venger de Gaheriet; il ne retourne pas auprès d'Arthur, dont il craint la colère après ce qui vient de se passer.
257. On blâme beaucoup Gaheriet à la cour. Gauvain et ses frères comptent faire payer cher ce fet à Lamorat, s'ils le trouvent ailleurs qu'à la cour, et ils ne comprennent pas que Gaheriet l'ait laissé échapper.
Mordret et Agra- 258. Un jour, Mordret et Agravain chevauchent dans la forêt de
r?'in JroVvfv l Gamaaloth et rencontrent un chevalier qui s'enfuit. Les deux frères
Dalam et Di- i , , .. , . , l
nadan. trouvent a cet endroit ansmt comme deux aventures, car, au même
moment, ils aperçoivent Dinadan, descendu de cheval et arrêté sous un arbre pour regarder un chevalier qui vient de tomber malade subitement. Voyant venir le fuyard, Dinadan remonte à cheval et va à sa rencontre : le malheureux lui dit qu'il est poursuivi par un chevalier qui le hait mortellement et qui lui est supérieur aux armes. « Je voudrais bien vous défendre, fait Dinadan, mais il est bien dangereux de tenter les aventures de ce pays, et j'ai déjà assez de dif6culté à me défendre moi-même. — Voilà une réponse de chevalier failli et recréant. — Chacun fait ce qu'il peut : le couart fet sa couardise, et le hardi fet sa prouesce; mes je vos di que mon cuer pensse. — Certes, en ce cas, votre cœur a des pensées bien poltronnes. — // ne puet orendroit estre autrement. » — Ici les deux frères s'approchent et offrent à l'interlocuteur de Dinadan de le prendre sous leur protection. Il accepte volontiers, en apprenant qu'ils sont de la Table Ronde. Dinadan lui dit que quelquefois le grand nombre fet domage. — « Oui, le grand nombre de couardises que vos avez si nos (1. vos) oste de toutes honnours. » Dinadan va répondre, quand Brehus survient : c'est lui qui poursuit le fuyard; il s'arrête, en apercevant tant de chevaliers. Mordret attaque Brehus ; celui-ci le reconnaît : ils se sont déjà éprouvés, et il ne le craint pas. Brehus abat Mordret et se fait connaître à lui. Si Brehus, qui est assez vilein chevalier, a pu se maintenir si longtemps en Logres, c'est qu'il est en même temps bon chevalier de sa mein. Il renverse Agravain; puis il passe à cheval deux ou trois fois sur le corps de Mordret, qui s'évanouit. Dinadan, qui a reconnu les deux frères, mais non Brehus, prie le vainqueur de cesser cette ignominie ; Brehus, peu habitué à se voir adresser des prières par les chevaliers d'Arthur, ne daigne pas répondre. Plein de mépris, il H lesse corre\ Brehus abattu al°rs Dinadan, forcé de jouter, abat Brehus, qui s'enfuit. Agravain par Dinadan. blâme Dinadan de ne pas le poursuivre. — « N'avez-vous pas assez à votre propre dommage? répond celui-ci. De vostre doumage seulement penssez et V autrui lessiez ester par mon conseill, et se Diex vous envoie secors, si le reconnaissiez. » Agravain le traite de poltron. « Ma couardise me fait vivre, fait Dinadan, et votre courage vous a réduit à être maintenant à pied. Au reste, ce n'est pas la première vilennie que vous
1. Ces événements sont mentionnés aussi dans la version de 757; voy. § 302.
/ez dite aux chevaliers errants. Vous trouverez votre guerredon, mes sui mie celui qui le vos rendra. — Qui êtes-vous ? — Un chevalier
rant, qui cherche les aventures et le sens du monde; mais point n'en puis trouver. » Il se nomme (f° 334). — « Vous êtes le meurtrier de mon père, » s'écrie le fugitif, qui s'appelle Dalam *, seigneur du chastel du Mont, et il défie Dinadan. Agravain se déclare l'ami de Dalam : si Dinadan ne peut se défendre contre lui et son frère, il est un homme mort; Lamorat, son bon ami, ne pourrait le sauver. Dinadan, entendant nommer Lamorat, sait d'où vient cette haine : « Agravain, dit-il, je vous conseille de mettre arrière doz la haine de Lamorat ; car il vous fera honte à tous, s'il veut. » Agravain, qui est très orgueilleux, commence delivrement la mellee sanz regarder autre reson, mais mal lui en prend : Dinadan l'abat et ensuite son frère. Il aurait bien pu les mettre à mort, mais il ne veut encourir le blâme ni d'Arthur ni de celui lingnage ni de nul autre chevalier; il est du reste trop amesurez chevalier pour tuer volontiers qui que ce soit. Si li tourna puis a domage; car après la quête du saint Graal, bien après la mort de Tristan 2, Agravain et Mordret tuèrent Dinadan, près de Camaaloth, assez Annonce de la vileinement, ainsint comme nos vos deviserons apertement en cestui livre, mort de Dinacar ce apartient a nostre matire de conter le 3 (f° 334).
259. Dinadan ne va pas à la cour, pour éviter qu'il soit trop parlé Dinadan donne à de cestui fet ; il se rend au château de Belvaliot 4 qu'Arthur avait Palamède des «1. mué cette année même à Palamède. Dinadan y trouve le nouveau pro- Tristan S ° priétaire, qui est blessé et veut rester tranquille jusqu'à ce qu'il soit guéri : « Diex aide, Palamedes, lui dit-il, de quant est ce que vos estes devenuz si sages ? » Et Palamède de rire : « Vous êtes dans mon pouvoir, et vous me gabez quand même? Vous en verrez encore de plus fous que moi. — Oui, quand je verrai Tristan ; celui si est bien le mestre des fols... » Palamède est enchanté de l'arrivée de Dinadan. « Avez-vous eu dernièrement des nouvelles de Tristan? » demande celui-ci. — « Non; Diex les nos doinst bonnes oïr, » répond Palamède. Dinadan sourit. — « Pourquoi riez-vous ? — Vous le savez bien. » Dinadan explique ce que Palamède doit entendre par de bonnes nouvelles de Tristan. — « Je ne lui veux de mal que sous un rapport, » reprend Palamède. — « Oui, vous voudriez qu'il perdit le cœur d'Iseut : cela suffirait pour le faire mourir. » Un messager, envoyé par Dinadan, en Gornouaille, pour avoir des nouvelles de Tristan, a rapporté i[ue Marc le tenoit trop honnoureement avecques lui et que Tristan est sires de Gornouaille à côté du roi. Palamède, soutfrant à l'idée du bonheur de son rival auprès d'Iseut, réplique qu'on aura sans doute bientôt des nouvelles moins gaies, que Marc ne manquera pas de commettre quelque trahison. — « Ces paroles vous sont dictées par la malveillance, » observe Dinadan; puis il raconte la mort de la reine d'Orcanie et les aventures qu'il vient d'avoir lui-même. Palamède fait remarquer à ce propos que les frères de Gauvain et celui-ci même,