‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 122 sur 362 · Un lai : A vos, Trystram, qui par provesce, etc · texte numérisé non relu

Un lai : A vos, Trystram, qui par provesce, etc

4. Il faut donc supposer que le roi a répété ses paroles devant la demoiselle (v. $ 261). ■t. En prose : 0 (1. d) vos, roy, qui de tant estes bieneUrcus et bien cheant, etc.

LoSetii. — Tristan. 12

qui encontre nos deilst tourner, nous les retiendrons et enverrons la demoiselle ailleurs, tout autresint comme se ele alast el roiaume de Logres. Si les lettres sont inoffensives, nous les ferons parvenir telles quelles, en y mettant un autre sceau, il ne puet chaloir quel. » La demoiselle, ayant reçu ces instructions, dit au roi Marc qu'elle est prête à partir. Mais Marc se défie d'elle : voyant qu'elle est si bien avec sa dame, il s'est décidé à ne pas l'envoyer et lui répond, par couverture, qu'il veut attendre encore trois ou quatre jours et la fera avertir quand elle devra porter les lettres.

La demoiselle ne saisit pas la ruse, et, à sa place, Marc envoie un valet, en qui il a grande confiance. Ce messager a ordre de repartir immédiatement après avoir remis les lettres, afin qu'on ne lui en donne pas d'autres à la cour d'Arthur pour le roi Marc, qui n'en veut recevoir nules de la leur partie.

265. Le valet trouve Arthur et la reine à la messe, à Garlion, et

leur donne les lettres. Ils espèrent le retrouver après l'office, mais lui

trede Marc sen retourne aussitôt. Rentré au palais, Arthur ouvre la lettre qui lui

qui contient des est adressée 1 : « Je ne comprends pas, y lit-il , qu'Arthur puisse

allusions à l'a- m'amonnester de tenir ma mort entourmoi; je ne ressemble point à tel

dultere de Gue- r0y a n en cesiui monde; car il a eulz et goûte n'en voit, ou il se vet adès

Arthur ne corn- f^ngnant que il ne le voie... Avecques son anemi se dort et en sa honte se

prend pas. delicte. . . L'en lijeue de l'endormie ; si en fet l'en chape a fol 2. . , et sa honte

li croist adès. Ce roi devrait me vouloir grand bien, parce que nous

sommes compaingnons d'une semblable honte; moi, j'aurai bientôt ma

satisfaction en me vengeant avec éclat, mais lui 3, ce ne fera il mie,

mes il portera sa honte a son col; pour quoi je vos prie moult durement

que vos li dites de la moie part que il lesse le roi Marc en pès, oevre ses

eulz et si regart sa gisant honte qui li pent a l'ueill. .., et vos meesmes prie

je moult que vos ne vos entremetez de mon fet ne de Trystram. » Geste

derreniere couple avait le roi M. mise en ces lettres por soi couvrir, que le

roy A. n'aperceust meintenant que il eûst dite ceste parole pour lui

meesmes. En effet, Arthur ne comprend pas ; il ne sait rien des amours

de Lancelot et de la reine ; jamais on ne lui en a parlé (tant estoit

Lanc. redoutez et le roi Arth., et la ro'yne Guen. tant amee de touz ceuls

qui en son oslel repairoient) , à l'exception d'une demoiselle venue un

jour de la part de Morgain la fée; mais le roi, connaissant la haine de

Morgain pour Guenièvre, n'avait pas ajouté foi à cette dénonciation.

Arthur ne sait donc que penser de la lettre de Marc et finit par croire

qu'il s'agit du roi Garadoc Briefbras, parce qu'il a entendu dire que la

femme de Garadoc le trompait avec Hector des Mares.

266. La reine, priveement, en sa chambre, lit l'autre lettre, qui est La reine lit la ^^ felonesse et ennuieuse outre mesure; et parlait tout apertement

est adressée desus l(u)i et desus Lanc, que il n'i aloit riens celant. Cette lettre est en et qui la met manière de lay ; et li 'avoit le roy M. envoie le dit et le chant ensemble

hors d'elle.

1. En prose : A vos, roy de la Grant Bretaingne, qui meinte granl honte uvet feite a meint franc homme et a meint gentil, etc.

2. De même dans la lettre de Marc à Guenièvre : Bien M jouez au chape fol.

3. Il y a : le roy Artus ; faute évidente, vu que Marc veut se couvrir (voy. ci-après), ce qu'il réussit à faire. La même faute dans d'autres mss. : le vocatif roys Artus a été pris pour nominatif-sujet.

tout a escient, pour ce que la roïne en fust plus a malaise et en greingnour doutance et que ele cuidast que il le féist oïr tout pleinement par tout * . On pense bien qu'à cette lecture la reine est hors d'elle-même ; elle fait mettre en sauf la lettre, en unescrin, et moult menace cruielment le ro/j Marc.

267. Bientôt arrive à la cour Dinadan, qui y est fort bien reçu. Dinadan, de re- Lancelot est présent avec presque toute sa lignée ; il est de fort tour à la cour, mauvaise humeur, car la reine lui a communiqué la lettre. En celui jr?tu,ve C9tte temps avint que la ou Lanc. penssoit a la felonnie le roy M. et il tenoit

près de lui les lettres, a ./. soir que il se couchoit, si li avint que il s'endormi en son lit. Dynadam, qui moult estoit privez de Lanc, se coucha auques près de lui, ne il n'avoit laienz nul homme du monde fors euls .II. Dyn. s' esveilla avant que Lanc. et trouva les leitres, qui de la mein li estoient cheiies. Il lit, s'indigne de la conduite de Marc, puis replace la lettre où il l'avait trouvée et fait semblant de dormir. Lancelot s'éveille à son tour, voit Dinadan, qui dort moult fort par semblant, et s'en va relire la lettre près d'une fenêtre. Puis il la derront aus dens et en jette les morceaux çà et là, en iele manière que ja mes ne peùssent estre rasemblees pour nule aventure. Mais escriptes les a en son cuer, et autresint a Dyn., car il les a leiies .II. foiz tant seulement, et si les a toutes en sa remembrance, car moult estoit de legier sens.

268. Dinadan se tourmente pour trouver un moyen de punir Marc et x>ina.cian veut se décide enfin à lui envoyer une lettre, non point au nom de Gue- répondre à nièvre, mes d'autre part, tout autresint comme se ele n'en seùst riens Marc.

(des lettres envoyées par le roi) : cette lettre sera si asprement parlanz que pieça mes Marc n'en aura reçu de pareilles. Lors se commence a prendre garde comment il les pourra ordener et en quele manière, se il les veult en rime fere ou en conte sanz rime ou en meniere de lay. Car les autres qui a celui temps avoient trouvé meint lay avoient parlé et chanté de bonté et de courtoisie[e), pour ce que il savoient a courtois et a bons ceuls de qui il fesoient diz. Or, comme Dinadan sait que Marc est le roi le plus chetif, le plus aneanté, le plus vilein et le plus failli du monde, il fera plaisir à tous, se il fet lay de sa vergoingne et il conte sa mauvestié. Ce sera le meilleur moyen de déshonorer Marc; car ce lai sera connu partout, et Dinadan y dira à Marc tout son afere. Il se met donc à trouver son lai, et pour ce que il savoit que T. avoit fet le Lay mortel chascune couple de .1111. lingnes semblables, si dist a soi meesmes que il voudra fere cestui tout autresint,.. et trouverra, se il onques puet , en ceslui lay chant merveilleus, qui volcntiers sera oïz et recordez en toutes courz (f° 341).

269. Dinadan trueve son lai, et ensuite son chant tout nouvel, en télé . f . , *• manière et en tel guise comme il y afiert, et lui donne le nom du Lai voir disant, voir disant. Il s'adresse à un bailleur très habile, qui était du tout de qu'il apprend la meson le roy Art.; louz les lays et toutes les chançons que les compai- à Hebot, le gnons de la Table Reonde fesoient, il les harpoit si tost comme il en savoit le iaiPeu •

1. La lettre débute ainsi : Salut vos mande (1. inant) con le, dot fere, llotne de maures a fere, etc — La première strophe est imprimée, d'après le ms. de Vienne, dans Wolf, Ueber die [Mis, facsim. /'// (mande a été sauté).

dit; si les chantoit devant les compaignons de la Table Reonde, et Ven l'ape-

loit Heliot l'envoisié. Dinadan compte obtenir du roi Arthur le congé du

harpeur et lui apprend son lai. — Un jour, il apela Lanc. en une

chambre auques loing des autres chambres par devers ./. vergier ; et Lan-

celot, ayant entendu chanter ce lai, le trouve excellent. Dinadan

déclare qu'il enverra le harpeur en Cornouaille à l'occasion d'une

grant court et d'une pleine feste, pour qu'il y chante le lai devant le roi

Marc. Heliot sera avant du roy asseùré ; il dira que Dinadan l'a envoyé;

puis il ira en Galles et ailleurs, partout où il y a des chevaliers

errants, pour chanter le lai et faire connaître la grant bonté au roy M.

Lancelot est ravi : « Vous avez fait, dit-il, la meilleure resverie du

Heliot est enyo- mon(je- » Les deux amis prennent la résolution d'envoyer tout de suite

ve en uornou- . . ~ ... r .. , , . , ^ J

aille. le harpeur en Cornouaille; il saluera Tristan de par Dyn. tant seulement.

Heliot part et trouve la Cornouaille plongée dans l'épouvante ; si Tristan n'eût été dans le pays, Marc se fust mis en aucun fort chastel, se il peûst, pour soi desfendre.

270. Helyas \ prince de Sessoigne, a envahi la Cornouaille, ayant entendu dire -que Tristan avait quitté le pays par maltalent de son oncle, ne ja mes n'i devoit venir. On lui a fait grant honte en Corn, de gent et d'autres choses 2 ; pour se venger, il veut chasser Marc et s'emparer du pays.

Marc et Iseut sont à Tintagel; mais Tristan est en séjour chez Dinas, dans ce même château où il mourut plus tard de la plaie que le roy M. lifist, ainsint comme je vos deviserai en noslre livre 3 (f° 341).

Tristan est ma- Ayant été blessé d'une flèche, il est incapable de porter des armes A.

lade, blessé

d'une flèche.

Invasion des 271. Les Sesnes, au nombre de plus de quatre cents chevaliers, débar- Sesnes. quent un soir, avant minuit, près d'une forêt ou il avoit bon port 5 et viennent camper à deux lieues englesches de Tintagel. Un valet, qui chassait depuis le matin, reconnaît les Sesnes et court annoncer leur arrivée à Marc; le roi est déjà couché et craint un instant que ce ne soit Arthur avec son armée. Il mande tous ses chevaliers à Tintagel ; et, pour ce que il ne savoit a quoi cestui afere pourrait tourner, fet il prendre la roïne Ys. et mener hors de Tint. Là, elle est gardée dans un château très fort, par des gens de confiance. Marc prend conseil de ses barons ; ceux-ci déclarent qu'il n'y a qu'un moyen de salut : envoyer chercher Tristan, qui, tant de fois déjà, a sauvé la Cornouaille. Le roi s'y résout, bien malgré lui, et demande où l'on pourra trouver son neveu. « Chez Dinas, » répondent les barons ; mais il ne

cher ^er^chp6 sevent mîe bien pour quoi ce est 6. Marc envoie donc un messager au

Dinas. château de Dinas, situé non loin de Tintagel. Tristan est au lit; ses

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