‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 126 sur 362 · xl · texte numérisé non relu

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«;c le moins de bruit possible, pour n'être pas entendus de l'ennemi : 'ristan les blâme et les réconforte. Cent chevaliers, sans compter la iule, ont péri dans cette bataille, la plus terrible qui se soit livrée en lornouaille au temps du roi Marc. Les Sesnes, dont les pertes sont icore plus considérables, n'en fesoient mie tel semblant. Helyas, >yant que ses hommes préfèrent la mort à la fuite, voudrait se battre combat singulier avec Tristan. Malgré les objections des Sesnes, qui Helyas propose tiennent beaucoup à leur seigneur, il charge un chevalier d'un message uncombatsinpour le roi de Gornouaille. Ce chevalier invite d'abord Marc à recom- 8Lu-*jer avec mencer les hostilités. Tristan, qui a veillé tard dans la nuit pour bien fere garder Tintaguel, dort encore ; Marc, ne sachant que répondre, le fait appeler. Le messager déclare que si les Cornouaillais ne sont pas disposés à la guerre, Helyas propose de se battre en combat singulier avec Tristan pour éviter trop grant occision de gent. S'il est vaincu, ceuls de Sessoingne seront dès ore en avant au commandement de Cornoaille; s'il triomphe, la Gornouaille paiera un treûage aux Sesnes comme jadis à ceuls d'Irlande. Cette convention sera jurée des deux parts.

277. Les Cornouaillais délibèrent. Tristan leur demande s'ils ne veulent pas livrer une nouvelle bataille aux Sesnes; ils répondent qu'ils ne sont plus en état de combattre, qu'ils ont trop souffert. « Acceptez, disent-ils, ce combat contre Helyas; vous en serez sans peine le vainqueur. — Pourquoi l'un de vous ne se battrait-il pas à ma place ? — Parce que nous savons bien que vous êtes un des meilleurs chevaliers du monde. » Mais Tristan leur rappelle qu'il a déjà bien des fois risqué sa vie, pour eux et qu'il n'en a jamais eu guerredon se mauves non : « Entre vos, qui de Corn, estes, si eslisiez un de vos qui se puisse combatre encontre Helyas; car qui les honneurs de la terre tient, il doit bien son cors mètre en aventure pour les honneurs de/fendre. » Alors Marc

s'humilie fort : « Ne vos prenez pas garde a cestui point a la felonnie de Tristan se laisse

nos ; » il supplie son neveu de sauver encore une fois la Cornouaille. fléchir par les

Tristan se rend à ces prières, en exigeant toutefois qu'on jure sur les prières de

saints de ne jamais rien entreprendre contre lui, ni pour l'amour du sen^\et \°J?Z

roi Marc, ni pour aucune autre raison. On s'empresse de le satisfaire, tre, et Tristan fixe l'instant du combat, qui doit avoir lieu le lendemain dans la plaine de Tintagel.

278. Le lendemain, les Cornouaillais jurent de payer à toujours le tribut si Helyas est vainqueur, et les Sesnes de fere de tout en tout le commandement de Corn., si leur champion est vaincu. — Tristan et Helyas restent seuls sur la place. Un gentilhomme de Sessoingne si met Helyas dedenz le champ, et le roy M., qui de Vautre part estoit, i met T. tout en plourant; car il a grand'peur d'IIelyas, l'ayant éprouvé deux fois en bataille. Beaucoup de preudoumes et de chevaliers pleurent; Marc et les Sesnes prient, Dieu.

Les deux adversaires s'abattent l'un l'autre et commencent à escri- Le combat sinmer. La prouesse de Tristan impose à Helyas, qui s'en vet gardant au gulier.

plus sagement que il onques puet. Ses coups néanmoins sont très vigoureux, et Tristan ne se souvient pas de s'être battu avec un chevalier aussi redoutable, si ce n'est avec Lancelot. Il ménage donc ses forces; les Cornouaillais s'en éliraient; Helyas prend le change. S'imaginant que

Tristan est à bout de forces, il se commence a abandonner plus et plus ; au désespoir des Cornouaillais, à la gloire des Sesnes, Helyas vet forment la place porprenant desus Tr. Soudain celui-ci change de tactique et accable son adversaire, qui se retire un peu, et fet semblant tout apertement que il soit comme mort et que il n'ait pouoir de soi deffendre. Tristan a pitié d'Helyas et lui propose d'arrêter le combat, à condition

Tristan est vain- que les Sesnes feront le commandement de Corn. Helyas 4 tombe à terre, queur, épuisé : Tristan, se tournant vers les barons de Sessoigne, leur dit qu'il

6t Iras6 dépend d'eux s'il laissera vivre leur seigneur. Ils déclarent qu'ils sont

prêts à se soumettre. Marc laisse son neveu maître de la vie ou de la mort d'Helyas, et Tristan l'épargne 2. Les Sesnes s'agenouillent et rendent leurs armes. Marc les fait enfermer dans une vallée située au milieu de la ville : le Val de la Porte, ainsi appelée parce qu'il n'y avait qu'une entrée; ils n'en sortirent qu'après la mort de Marc, et 3 mistrent adont a gast et a destruction toute Cornoaille, si que dès lors en avant . I. grant temps rendi G. treu a Saissoigne. Mais a tant lesse ore le conte a parler de cestui fait, pour ce A qu'il 5 n'apartient mie a nostre livre, et retorne a nostre première matière.

279. En ceste partie dist le conte que grant joie et grant feste firent ceulz de Cornoaille quant Hz virent que si bien leur estoit advenu de la force de l'ost de Saissoigne qu'il avoient ainssi emprisonnée 6 et mise en servage (336 f° 1 a).

Le roi Marc tient cour plénière pour célébrer cet heureux événement. A l'approche de la fête, le harpeur 7 envoyé par Dinadan va parler à Tristan, qui lui promet sa protection et lui demande des nouvelles de la cour d'Arthur, ajoutant que, s'il plaît à Dieu, il y rejoindra prochainement ses amis.

Fête â Tintagel. 280. Le lendemain, au beau milieu de la fête, le harpeur entre au Le harpeur exé- palais de Tintagel. Marc le prie de harper. Héliot exprime la crainte

Dinadan de- (*ue ^e r0* ne se courrouce du ^ <Iu'il va dire > mais Marc lui assure vant Marc et <ïu'il ne sen fâchera point. Le harpeur accorde alors son instrument et sa cour. demande au roi s'il a jamais entendu parler du Lai voir disant 8. « Or

sachiez tout certainement que vous onques a nul jor de vostre vie n'oistes lay plus voir disant que cestui est que je vous diray orendroit. » Et il le fait entendre 9 au roi Marc en présence de tous les barons de Gornouaille.

Marc est courrouciez oultre mesure et trop iriês durement : « Frère, dit-il, se Diex te sault, qui fist cest lay que tu as ore harpe ? » Le harpeur ne lui dissimule rien. « C'est, continue-t-il, parce que vous avez dit du mal du meilleur home du monde.., de celui qui tous les bons a seurmontès.

1. Ce qui suit, étant presque illisible dans 334, est donné d'après 335 et les autres.

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