Cf. P. Paris, /. /., p
Lôseth. — Tristan.
286. Marc va se coucher, méditant de s'emparer de Tristan pendant son sommeil, et, harassé de fatigue, il s'endort aussitôt. On trouve son cheval, on cherche le roi et on le découvre enfin. Iseut comprend que c'est lui que son amant a vu dans la chambre ; elle fait venir celui-ci et l'avertit du danger ; toutefois, Tristan est sans peur.
chevaliers. Il erre dans la forêt pendant trois mois et se tient généralement avec des pâtres, qui lui donnent du pain, lui prennent ses habits et le tondent. Il se nomme , mais on ne peut croire que ce soit Lancelot. Pendant le demi an et plus qu'il reste avec les bergers, il a tant de mesaise de boivre et de mangier qu'il mange, a tout le cuir, la chair crue des bêtes qu'il peut attraper * .
286 a. Au château des Dix Chevaliers, Gauvain succède à Erec.
. ,,, Celui-ci arrive à la Fontaine des Merveilles, où les chevaliers du pavs
Aventures dE- . . . , . . , . ' , .. , .*/
rec avaient coutume de jouter avec les passants; on suspendait a un pin les
écus de ceux de la maison d'Arthur qui étaient vaincus, et on leur faisait fiancier de rester sans écu jusqu'à ce qu'ils pussent en enlever un à un chevalier. La merveille qui a donné son nom à la fontaine consiste en ce que les chevaliers qui y arrivent ne peuvent ne pas être à la fois joyeux et affligés : joyeux de pouvoir combattre leurs ennemis et affligés de la défaite de leurs amis en cet endroit. Ainsi Erec se désole en apercevant l'écu du roi Lac, son père, mais, au même moment, il voit avec joie venir Mordret, son ennemi mortel, qui, cette année même, avait assassiné son cousin Driant. Combat. Erec, vainqueur, laisse partir Mordret, dont l'épée s'est brisée, et reste, pensif durement, devant l'écu de son père. Survient une demoiselle qui lui apprend qu'il ne saurait avoir des nouvelles de son père ni de Lancelot que par ellemême. Erec ayant promis de lui prouver sa reconnaissance des renseignements qu'elle voudrait bien lui donner, la demoiselle déclare qu'elle n'ose se fier aux serments souvent fallacieux des chevaliers de la Table Ronde. Alors Erec jure devant Dieu que jamès de couvenant ne mentira, s'il i devoit lessier la vie; si s'en repenti puis; car, par suite de ce vœu, il coupa plus tard la tête à sa sœur et perdit la vie dans un combat contre Gauvain , qui, pendant la quête du Graal, l'attaqua blessé pour venger Ivain aux blanches mains, qu'Erec avait tué par mesconoisance, ce dont Gauvain fut blâmé par Hector devant la cour d'Arthur, si com cist livres le devise apertemant del saint Graal (sic). Erec ayant prêté ce serment , la demoiselle le renseigne sur le sort de Lancelot et s'offre à le lui faire voir. Quant au roi Lac, qui était arrivé au château un mois auparavant, il avait été vaincu et blessé par un chevalier du pays, puis vengé par Hector, qui avait tué le vainqueur, et enfin soigné et guéri dans une abbaye voisine. Erec suit la demoiselle ; le lendemain , on trouve Lancelot endormi à une fontaine. Erec ne peut le reconnaître. Hector survient ; il court embrasser son frère , mais le fou a peur et s'enfuit. On le cherche inutilement. Hector, malade de chagrin, est
1. Cf. le récit, imité du Lancelot, de la folie de Tristan, § 101.
287. Le roi, pour ne pas alarmer les amants, ne modifie en Premier empri-
rien sa conduite envers eux, mais il envoie secrètement cher- Tr^stanendor^
cher Andret et le consulte sur le parti à prendre. Andret I?î1 à l'aide
1 r dun narcoti-
promet de faire en sorte que Marc puisse s emparer de Tristan que.
par surprise. Cependant le roi trouve de son côté un moyen :
prétendant que le sommeil le fuit depuis quelque temps, il
s'adresse à un fisicien et commande un breuvage qui fasse
dormir; il a l'intention de le faire boire à son neveu1. Ayant
mandé Andret, il lui ordonne de rassembler ses compagnons
pour saisir Tristan endormi. Le soir, comme le roi, avant de
se coucher, va prendre une coupe de vin et que Tristan est
resté seul avec lui, Marc fait présenter le narcotique à son
neveu par un valet. Tristan, sans défiance, boit et s'endort ;
on le saisit et on l'enferme dans la vieille prison de Tintagel,
où il doit rester à tout jamais, selon l'arrêt du roi, qui n'ose le
tuer. Afin de ne pas éveiller de soupçons, on fait courir le
bruit que Tristan est parti de Cornouaille avec Lamorat, qui
est venu réclamer son secours. Gouvernai, cependant, a des
doutes : il ne conçoit pas que Tristan se soit éloigné sans le
1. Dans la version de 99 on retrouve le soporifique; voy. p. 201.
soigné, pendant quatre ans, dans l'ermitage où Lancelot avait été. Erec lui tient compagnie. A la cour, on commence à les croire morts *.
287 a. Lancelot arrive à Corbenic, où il reste longtemps inconnu. Tous les ans, à la Noël, un géant vient, d'une île peuplée de géants, à la cour du roi Pelles pour lutter avec les deux hommes les plus forts du royaume d'Arthur. S'il est vainqueur, il peut s'en aller librement ; sinon il doit rester à la disposition du roi. Lorsque, le jour de Noël, un de ces géants s'est présenté, un jeune chevalier s'offre à le combattre. « Non, vous n'êtes pas de force à le vaincre, » dit Lamorat (f° 243 c), dont li contes parle en arriéres a. On s'avise alors de donner pour adversaire au géant Lancelot fou , qui parvient à le tuer. Il est reconnu par Lamorat et guéri par la vertu du saint Graal. Le roi le fait installer dans l'île des géants après en avoir chassé ceux-ci, et Lancelot y reste avec Galaad et sa mère et une quarantaine de que
1. Fol. 242 c. Mes or leisse li contes a parler d'els tout et rctorne a Lancelot por conter
cornent il fu délivrés de celé forsenerie, et sachiez que misire Boberz de Borron fait savoir
por irrité a touz cels qui cest conte lisent que de ceste forsenerie qui a Lancelot arint par
tri manière com vos avez oï conte la droite estoire del lacui (1. latin) assez greingnors
'irs que li franceis ne devise, quar il ne pttet mie tant dcmorer sor ceste chose com il
roi.rist, por ce que trop a a conter de la quesle del saint Graal. Mes qui parfitement rodra
merveilles de ceslr forsenerie, si voie l'estoire de Brait, quar ilec porra il trover
apertement toutes l<"[s] choses que misire Robert lesse conter en sun Une, pore» que li troi
oient I nit d'un grani, quar por autre chose ne fu translatée d'autre part l'estoire del
lirait fors por ce que lemumeist (1. l'en i metst) les choses qui en cest(e) livre seroient obliees
a wrlrr.
'.'. On n'explique pas la présence de Lamorat à la cour de Pelles.
prévenir ; d'autre part, il ne peut croire que li rois legierement Veûst ainssi fet prendre par tel traïson, por ce que ci bel samblant li moustroit.
Tristan sera délivré d'abord par Lancelot du lac, plus tard par Perceval de Galles1.
288. On juge de létonnement de Tristan2 lorsque'à son réveil il se voit enfermé dans une prison. Chaque jour, un
1. Fin du ms. 100 ; la suite dans 101. — 757 n'annonce pas la délivrance par Lancelot, tout en la donnant, comme les autres, plus loin.