Var. : Manonas
voulait point de lui, lui témoignait sans cesse la haine qu'il lui inspirait et lui disait qu'il n'était pas assez bon chevalier pour une dame de sa beauté. A la fin, Mennonas se fâcha et lui déclara qu'il la haïssait tout autant. Ils convinrent que Grysinde couperait la tête à Mennonas, s'il était vaincu, et que Mennonas la couperait à Grysinde, si une autre dame l'emportait sur elle en beauté. Mabon avait emmené chez lui l'autre demoiselle, la compagne de Grysinde; elle ne tarda pas à apprendre les enchantements que Mabon tenait du prophète Merlin et connut ainsi que Mabon la trompait avec une gentil dame du voisinage. L'ayant vainement averti du danger qu'il courait en la trahissant, elle se laissa enlever par Mennonas, venu pour voir Mabon. Puis elle enchanta ce dernier, de manière à le retenir toujours dans son château : toutes les fois qu'il voulait en sortir, il perdait la vue, et l'enchantement devait durer tant que Mennonas et Grysinde seraient en vie. — Mabon a envoyé le vaisseau en Gornouaille pour avoir le secours de Tristan et d'Iseut, qu'il croit capables de vaincre Mennonas et Grysinde : si les amants ne veulent pas l'aider, ils ne quitteront jamais son château.
335. Ils consentent et partent; Mabon leur fournit ce qu'il faut pour voyager convenablement dans le royaume de Logres. Il leur donne un écuyer, et aussi un nain, en senefiance de gentillesce ; car, aux temps du roi Arthur, personne n'avait un nain dans sa suite à moins d'être de très haut parage, sous peine de se faire tenir pour fol et non sachant. Tristan demande à Mabon si jamais il reverra le vaisseau: « Oui, répond celui-ci, vous le reverrez dans le moment le plus triste de votre vie '. »
L'écuyer conduit Tristan et Iseut au château où se trouvent Mennonas Mennonas et Grysinde et leur rappelle que le sort des vaincus e Vaincus8 pa^e est de perdre la tête. La beauté d'Iseut est déclarée supé- Tristan et Iseut, rieure à celle de Grysinde, à qui Mennonas tranche la tête. Luimôme est vaincu par Tristan, qui envoie les deux têtes à Mabon.
330. Tristan et Iseut repartent et font halte près d'une fontaine; Iseut, qui n'est pas habituée aux longues chevauchées, lort. Son amant s'apprête à suivre son exemple, quand un cri de femme se fait entendre. Malgré les instances du nain, Tristan veut aller voir ce qui se passe.