Lancelot chevaucha puis tant .. que il vint a
reaume de Logres comme il estoient * et pour ce dist qu'il demorroit ore a la Joieuse Garde une pièce del temps au plus celeement qu'il porroi et que il se deduiroit avuec la reine. Puis, en telle manière comme je vous cont se parti Lanc. de la J. G. et lessa laienz T. et mad. Y., et puis chevaucha tant., qu'il vint a Kamaalot. A la cour ou lui demande des détails sur le bon chevalier qui avoit abatuz .XIIII. 2 chevaliers de la T. ft. ; mais il ne veut rien dire 3, excepté à la reine, qu'il met au fait, au plus celeement qu'il le pout faire. . . Mais le roi découvre le secret de Triste n cl d'Iseut (tant fist qu'il sceut, etc.), et tant encercha1* qu'il sont certainement qu'il faisaient leur demeure dedens la Joiouse G. Pour la suhc, voy. § 352.
1. A partir d'ici les mss. 755, 760, 12599, 94, 99, 758 donnent le môme texte que 97. etc.-,
'J. D'apr&g le rrcit du 757, il n'y en aurait que douze (voy. plus haut) -, 103 (voy. § 388 c) : vingtliiKj -, in r. Bit. (voy. § 338 <•) i qttatoree. — cf. l'allusion a une défMta do 1 1 cher, au s' 204.
:s. ici i i;;i adopté la vertion de :>7 , etc. ; voy. ci-dessus. — Le reste do oc morceau a été copie dans 886 et comparé aux autres.
i. Dans Malory liuoiiiovre lui «lit tout.
Autre version.
Camaaloth. A la cour on lui demande des détails sur le bon chevalier qui si bien s'estoit esprovez as joutez, mais il n'en 757 veut rien dire *. Toutefois, le roi, qui se doute que c'est Tris-
tan avec Iseut, obtient de Lancelot l'aveu qu'il a deviné juste, à la condition que le secret ne soit pas divulgué : aucun autre que Tristan, dit Arthur, n'aurait pu se distinguer ainsi. Quant à la reine, Lancelot n'ose rien lui cacher; en apprenant qu'Iseut est si près d'elle, Guenièvre déclare qu'elle veut aller la voir (f° 95 d fin). Puis li contes revient à Tristan et rapporte comment il partit de la Joyeuse Garde pour aller à la cour assister à la grande fête de la Pentecôte, quand tout le peuple du royaume de Logres s'assembla pour voir les merveilles qui devaient se produire en ce jour (P 96 a, début)2.
Annonce de la 347. Tjn jour Tristan rencontre dans la forêt un valet, mes- Pentecote du ,,. 1 • », , ->. ■•
Graal. sager d Arthur, qui 1 a envoyé partout dire aux chevaliers de
Logres de se trouver avec leurs dames à la cour, pour la fête de la Pentecôte. A cette fête sera encommenciee la quête du saint Graal ; « la Table Ronde sera accomplie, » et le Siège périlleux trouvera son maître ; car le bon chevalier qui doit mener à fin les merveilles de la Grande-Bretagne viendra à la cour à cette Pentecôte. Guenièvre fait prier tout particulièrement Tristan et Iseut de venir. — Iseut a envie d'y aller, mais renonce, parce qu'il y aura trop de monde : « J'irai une autre fois, » dit-elle. Elle veut que Tristan se rende à la fête, pour qu'on ne dise pas qu'elle le garde toujours auprès d'elle. Il y
1. Ici 1434, au f° 61, où commence une écriture différente, adopte la version de 97, etc. ; voy. § 352.
2. Ainsi 757. Ce ms. devait donner le récit de la Pentecôte du Graal immédiatement après les aventures suivantes (cf. § 351), qui sont propres à 757, et qui, à l'exception de l'épisode de Dagarius, sont en rapport avec le Graal. Dans tous les autres mss. et dans les imprimés, Tristan, avant de partir en quête du Graal, reste encore toute une année (v. § 387) à la Joyeuse Garde et a plusieurs aventures. Il prend aussi une part éminente au tournoi de Louvezerp, arrangé par Arthur pour l'attirer, comme on le verra dans l'analyse de ces mss. Il est probable que ce tournoi est une superfétation postérieure et qu'il est fait sur le modèle des précédents, tels que le tournoi devant le château aux Pucelles (cf. le tournoi de Loverzep dans le Lancelot; P. Paris, Boni, de la T. R., IV. 5 ss.). Il est moins vraisemblable que 757, où la fête du Graal est représentée comme étant très proche (v. § 344, où 1434 est d'accord), ait supprimé ce tournoi. Malheureusement, 757, qui seul nous a conservé cette trace d'une rédaction plus primitive, l'abandonne tout à coup, un peu plus loin, pour adopter la version ordinaire; voy. § 351 note.
consent ; mais il est encore trop tôt pour partir; il attendra jus- 757
qu'a la veille de la Pentecôte.
348. Le lendemain, Tristan chasse dans la forêt. Il rencontre une demoiselle qui porte une belle épée au cou ; elle se rend, dit-elle, à la cour pour voir la « grande joie et le grand chagrin du roi Arthur, sa richesse et sa pauvreté, sa grande gloire et sa destruction ; car sa grande joie et sa grande richesse tourneront en chagrin et en pauvreté, et de sa grande gloire naîtra sa grande honte. » Et elle verra arriver cela sous peu, dit elle en s'éloignant *.
3i9. Tristan, retournant vers la Joyeuse Garde, rencontre Dagarius, un chevalier d'Ecosse, de haute lignée, qui est devenu compagnon de la Table Ronde après le départ de Tristan et de Marc. Tristan lui offre l'hospitalité de la Joyeuse Garde; Dagarius y tombe aussitôt amoureux d'Iseut et ne fait que la regarder, ce dont Tristan se courrouce fort. Dagarius va jusqu'à s'offrir à Iseut pour son chevalier; alors Tristan, hors de lui, le provoque. Ils se battent sans armure, et Tris- Tristan tue Datan fait voler la tête de son ennemi. — Cet incident fut com- garnis, mente à la cour, le jour de la Pentecôte.
350. Le jour d'après, Tristan, se promenant comme d'habitude dans la forêt, rencontre un chevalier fesant grant duel. Ce chevalier dit qu'il ira à Gamaaloth voir le deuil et la pauvreté d'Arthur et la destruction de son hôtel ; il doit y voir aussi sa propre mort; mais il ne peut s'empêcher d'aller regarder les merveilles 2. Tristan veut savoir la cause de son chagrin , mais le chevalier refuse tout net de satisfaire sa curiosité et s'en va. Tristan fait apporter ses armes. On a beau lui représenter qu'il ne doit pas attaquer le chevalier pour si peu de chose : Tristan répond que ses paroles hardies lui ont donné envie de se mesurer avec lui. Il le poursuit et l'atteint. Un grand combat se livre, et s'arrête aussitôt que les deux adversaires ont dit leurs noms. Le chevalier s'appelle Adoras Adoras de nie de Vile du Port ; il est compagnon de la Table Ronde et fils du du Port* roi de l'Ile du Port, qui est mort tout récemment.
1. Cette demoiselle réparait le. jour do la Pentecôte à la cour, où elle invite les chevaliers à ceindre l'épée, cf. §§ 392 et 396 a.
2. Plus loin, a la fête île la Pentecôte, nous retrouvons un chevalier qui se lue après avoir chanté un lai, v. § 393; on peut penser aussi à celui qui fut brûlé, v. § 392.
757 351. Tristan rentre blessé. Iseut lui reproche d'avoir été
trop orgueilleux et lui fait promettre de ne plus jamais montrer d'orgueil à aucun chevalier. Elle panse ses blessures. Il reste avec elle jusqu'à la veille de la Pentecôte, où il part pour la cour t.
1. 757 poursuit ainsi : Mes ore en lesse atant li contes a parler et retourne a Adoras de Ville del Port pour deviser pour quelle merveille, il morut en la meson le roy Artus la veille de la Pentecoste (f° 98 d, fin). Puis, f° 99 a, début : Or dit li contes qe quant misire T. fu guariz des plaies qe Adoras li avoil fait en la baclaille. . , il li prist volentè d'aler chacer, etc.
Ainsi s'arrête brusquement ce fragment d'une version plus ancienne (cf. p. 260 note), sans que nous puissions dire comment elle poursuivait. Il est probable qu'immédiatement après l'épisode d'Adoras, à l'occasion duquel cette version donnait sans doute déjà quelques détails relatifs au Graal (comme nous en verrons plus loin dans la version de 97, etc.), elle devait raconter le départ de Tristan pour la cour (v. §§ 388-389).
Aux mots : or dit li contes qe quant, etc. (v. ci-dessus), l'arrangeur de 757, sans donner la suite de l'histoire d'Adoras, reprend, en retenant les mots d'introduction de l'autre version, la rédaction ordinaire (celle de 97, etc.); mais il l'abrège et l'altère pour l'adapter mieux à l'autre; voy. § 356, note.
L'autre version. Je reprends maintenant la version des autres mss. (97, 349, 101, 772, 336, 755, 760, 12599,94, 99 (Malory, en abrégé), 758, 1434); pour 103 (Verard- Janot) , v. § 338 c et ci-dessous. Nous en étions aux recherches faites par Arthur,, qui parvient à savoir que Tr. et Is. sont à la Joy. G. (voy. p. 259). 97, etc. poursuivent ainsi :
Arthur se dé- ^52. -^e r0* Arthur lvdi^ volontiers voir Tristan et Iseut; mais il cide à arran- n'ose pas, craignant de leur déplaire. Il avise à d'autres moyens et fait ger un tour- proclamer un tournoi qui aura lieu devant le château de Louvezerp * , Tioi au château sjtué sur l'Hombre, à une demie journée de la Joyeuse Garde. Arthur pense que Tristan Viendra, quand il entendra parler du tournoi, a ce que 2 il ne fist mes pieça gueres d'armes, et ne peut estre qu'il n'en soit gramment desirranz. Quant il ot une nuit auques penssé a ceste chose, a l'andemain quant Lanc. fu venus a court, qui a celui point estoit bien li plus poissant chevaliers del monde, et d'amis et de terre, comme cil qui grant lignage avoit, et avoil adont toute sa terre recouvrée et avoil le roi Claudas [de la Déserte] déshérité, si que a celui point estoit bien Lanc. li plus poissanz chevaliers del monde et le plus redoutez sanz couronne, dont il ne vouloit encore penre la hautesce. Le roi qui, moût chier l' avoit à cause de la gloire dont son hôtel lui est redevable, le fret a une part et lui dit qu'il y a demi an et plus qu'on n'a vu de tournois en Logres : « Nos sommes devenuz mauves, ce me semble. » Lancelot est d'avis d'organiser
1. Var: Louvezerph, Lovrezep, Lunezerp; Lonazep (Malory); — La Tav. Hit. (v. 338 e) suit, à partir d'ici, la version de 755, etc.
2. Les passages en ancien français ont été copiés flans 772 et comparés aux autres, jusqu'à l'endroit où 757 reprend la version ordinaire (§ 356).
un tournoi ; le roi veut qu'il soit encore plus brillant que celui du château aux Pucelles, et explique comment seront arrangés les partis 4 :
353. Le royaume de Logres sera d'un côté, avec ceux d'Orcanie 2 et Division du de Norgalles; de l'autre seront l'Irlande, l'Ecosse, le pays de Galles, tournoi, ceux de Gorre, ceux de Sorelois, ceux de Listenois, ceux de Noho-
berlande et tous les autres qui relèvent du roi Arthur en deçà de la mer :!.
Lancelot trouve que le roi a fait moût fiere 4 partie : « Comment trois royaumes pourraient-ils tenir contre tous les autres? » Mais le roi : « Si m'àisl Dex », dit-il, « puis que je ainsi l'ai devisé, ainsi sera il fet quel que perte il en doie avenir sor nostre partie. » Lancelot demande devant quel château le tournoi aura lieu, « Vous le saurez demain, quand on le proclamera, » répond Arthur. La date est fixée à un mois plus tard, au troisième3 jour de mai.
354. Puis le roi fait crier le tournoi et envoie ses messagers l'annon- Le Tournois de 3r. Lancelot, entendant parler de Louvezerp, comprend que le roi fait Louvezerp est
Droclamer ce tournoi pour voir Tristan et Iseut, que Tristan amènera proclame. ins doute, parce qu'elle n'estoit pas acouskumee de veoir tournoiemenz*.
355. Tristan est donc à la Joyeuse Garde; il va tous les jours à la Vie des amants îasse, car personne en Logres 7 n'est meilleur chasseur que lui ; le à la Joyeuse )ir il rentre au château, où il trouve madame Yseult, qui mont estoit liée Garde.
joieuse quant ele le veoit venir; tele vie mainnent ambedui; il ne lemandent autre afaire; ore ont il tant de joie corne il veulent9 ; ils ne craignent ni le roi Marc ni aucun autre homme au monde. Sauf le roi Arthur, la reine et Lancelot, personne ne sait rien d'eux, pas même cil de la J. G., qui les appellent lui le biau chevalier et elle la dame avenant; ils ne savent si Iseut est blanche ou noire, car ils ne l'ont jamais vue a descouvert. Lorsque Tristan va chasser, il est toujours armé ; ayant maille à partir avec plus d'un chevalier errant, il est forcé de se tenir sur ses gardes.
356. Un jour 9 qu'il chasse dans une forêt voisine de la Joyeuse
1. 103 (Verard, Janot, voy. § 338 c, fln) : Arthur se cloute que c'est Tristan et Iseut que Lancelot a conduits à la Joy. Ci. Lors (f" 301 c) pensa le roy qu'il feroit crier ung tournoiement devant le chastel de Lovrezep, qui est a demye journée de la Joy. G. Tristan ne saurait manquer d'y venir. Il appelle Lancelot : « Nous sommes mauvais, lui dit-il, et alons mauvaisement ; nous ne loiirnoiasmcs plus a dcmy an. Je ferai proclamer un tournoi qui éclipsera celui du
h aux l'ucelles. » Lancelot est étonné ; le roi indique la disposition du tournoi, etc. Le texte de 103 poursuit comme les autres (de même Verard, Janot). — Pour Tressan, v. § 384, note.
2. Au lieu (VOrcanie (700 écrit toujours Organie), il y a Cornouaille dans 99 (Malory), 97,349, 101, 772, 758.
:J. 11 v a confusion dans 772, omission dans 336 et faute dans 758.
4. Ainsi 760, 12599, 336, 94; —.755 et 1434 : grant; 99, 97, 349, 101, 772 : foie ; 758 : laide. — La phrase a été sautée par Mft.
5. Ainsi 755,760, 1484, 8*6, 125995 — 99 (Malory), 97, 349, 101, 772, 768 : au premier jour ; 103 et M suivent, maintenant 99, etc.
'• Lancelot (ail des dispositions pour qu'Iseut puisse regarder les joutes d'un endroit caché, dit Malory, qui a évidemment lu l.anrclot au lieu de Tristan.
7. Ainsi Ihh. 760, 1 494, 19699, 336, 94, 758, mais 99 (Malory), 97, 349, 101, 772 : personne au monde) ta remarqua n'est pas dans 10t.
8. Var \ joieuse ilr iiriinl mtinirrc Imites 1rs fait i/iirlle le voit. Grant joie dnnainent culz deux, etc.
9. Ici 7:>7 reprend suintement la version de 755, etc., qui parait abrégée et, pour la rencontre des trois chevaliers k II fontaine, un peu altérée par l'arrangeur de ce ins.; voy. § 351, note, et ei-clessous.
Tristan, dit 7.">7, va à la chasse (il li prist volenté d'aler chacer ; f° 99). Il est surpris par la nuit en poursuivant un cerf et s'endort à une fontaine. Le lendemain, en s'éveil-
Garde, et comme il est sur le point de quitter une fontaine où il s'est reposé après avoir étanché sa soif, il escoute et ot labeste glatissant venir
Tristan et Bre- vers lui, et pour ce qu'il l'avoit autre fois veùe, la recognut il erraument,
nus avec la beste ej pai Benoit après*. Lors se tret un poi arriéres de la fontainne pour "* ' savoir s'ele vendroit a la fontainne boivre, et il se regarde et voit venir vers
1 la fontainne .1. chevalier armé de toutes armes, et estait trop bien montez. C'est Brehus sans pitié, qui arrive à la fontaine avant la bête. Il va boire, quand il aperçoit Tristan. Il veut savoir son nom; Tristan, qui ne le reconnaît pas, ne veut pas le lui dire, et Brehus le menace. En ce moment survient la beste glatissant, qui se désaltère à la fontaine au plus tost qu'ele pot, pour ce qu'ele voit les chevaliers si près de lui, et quant ele ot beù, si s'en va de l'autre part ausi courant comme se la foudre le chaçast. Gomme les deux chevaliers parlent de cette étrange bête, un nouveau personnage survient ; c'est Palamède, qui avait
Ils disputent la recommencé sa chasse habituelle. Il leur demande s'ils ont vu passer la2 bête à Pala- veste glatissant. « Qui êtes-vous qui nous faites cette demande? » dit me , surve" Brehus. — Un chevalier errant qui vois en un mien afaire, » répond Palamède. Tristan, qui de voir savoit (var. conosoit) que ce estoit Pal., .... respont, pour oir qu'il dira, qu'ils sont aussi désireux que lui de chasser la merveilleuse bête; mais Palamède déclare qu'il ne souffrira point que d'autres se mettent sor sa chace, qu'il a maintenue si longtemps et avec tant de peine. Brehus, qui n'a pas reconnu Palamède, tient celé parole a trop orgueilleuse, et fait savoir à Palamède que sa défense ne leur fera pas abandonner leur entreprise : « Nous ne sommes pas de ces chevaliers qui vous doutent. » Palamède veut se battre : « Je ne renoncerai à ma chasse, dit-il, que dans le cas où je serais vaincu. » Alors Brehus s'en refraint en se disant que ce chevalier est assurément preudome durement. Palamède l'invite toujours à se battre ou à renoncer à la chasse, « car, dit-il, je ne veux pas de compagnon. » A ce mot Brehus commence mont forment a souzrire : « Prenez garde, dit-il, vous
Brehus rensei- qui ne voulez pas de compagnon, qu'il ne vous arrive les mêmes mal-
gne Palamède heurs qu'au roi Marc de Cornouaille : lui non plus ne voulut pas de
heurs de Marc ParP°n^er a sa mollier, et le voilà maintenant qui a perdu honneur,
femme et terre; je crois même qu'il est emprisonné. » Cette nouvelle
étonne Palamède, qui ne savait pas encore le fet del roi M. ..; ja soit ce