Var. : une
tant, il aperçoit deux chevaliers, Brehus et le chev. a la beste glatissant , qui étaient venus ensemble et, descendus à la fontaine, avoient tenu grant parlement ensemble. Quant m. T. voit les deux chevaliers dejoste la fontayne, il saut en pies tout maintenant [et] dit .- • Qi estes vous, seignours chevaliers ? « et il respondent .- « Nous somes chevaliers errant. Mis vous qi estes, qi tant avez longuement dormi? » et m. T. respont : « Je suy un chevalier de cesl pais, qi en ceste forest me anuyta arsoir, et por ce me mis ge a reposer en (1. a) ceste forest (exponctué ; 1. fontayne), car ce je cheuauchoie la nuit, je eusse eu grant traraill ». « Certes, font li chevaliers, vous felstes bien, » et lors s'asient touz trois desut la fontaine, et lors parla Pal. et dist a Breuz : « Sire chevaliers, savez vos novelles nulles qe soient en cest pays ?» Et Hreuz respont : « Je en say une qi assez est merveilleuse, car m. T. est a la Joi. (',.. et est avecques luy la royne y. de Corn . » Et se aucuns me demandoit se les troys chevaliers se conoys[oi]ent l'un l'autre, je diroie qe nenil. Quant Pal. entent ceste nouvelle, il respont : « Certes, sire chevalier, puys qe a la Joi. G. est venue la biauté et la rose del monde, etc.; à partir d'ici 757 donne le même texte que 755, etc. (v. p. 265). Ce passage est mal présenté par 757 : Pal. n'aurait pas besoin de chercher Iseut, s'il savait où elle est ; d'ailleurs les mots : maintenant je vous cède la chasse de la beste glat. ( voy. ib.) renvoient clairement à la discussion de Pal. avec Brehus, telle que la donnent 755, etc.
qu'il eùst veïce Yseult et Tr. el roiaume de Logres en leur venue *, et il demande des détails. Brehus s'étonne qu'un chevalier errant puisse ignorer de pareilles nouvelles. Palamède répond, ausi con s'il ne seùst riens de T. : a Certes, je sui ou premier leu ou j'en oïsse onques mes parler. » Brehus lui repète alors que maintenant les aventures sont tornees : Tristan est libre et Marc en prison. Palamède proteste qu'il préfère de beaucoup savoir Iseut en la sesine de Tristan qu'en celle de Marc : a Moût est plus convenable chose, dit-il, que la plus bêle dame del monde soit avuec le meillor chevalier et le plus bel del monde, que li rois Mars la tenist. » Brehus en est d'accord; il raconte à Palamède ce qui s'est passé ; seulement, il ne sait pas où Tristan et Iseut font leur demeure en Logres. Palamède déclare qu'il s'attachera à trouver l'endroit où ils sont : « Je veux voir la rose et la biauté de tout le monde 2 , celé qui a Palamède se met passé de biauté toute[s\ celés qui sont ore en vie 3. Or sachiez que je me tieng en quête d'Ia bien eùré '' de ces nouveles ; des ore mes vous lesse je la chace de la beste seu ' glatissant, car en autre queste me mettrai 5. »
357. La ou il estoient entr'els en teles paroles, a tant es vous laienz Le valet annonvenir.I. valet messagier, envoyé pour annoncer le tournoi de Louvezerp. Ç&nt le tour- Tristan 6, qui le reconnaît pour un envoyé d'Arthur, l'engage à leur dire n01-
son message. Il leur décrit alors les partis et les royaumes qui prendront part au tournoi, comment li troi roiaumes sont d'une part et tuit li autre encontre ; le roi, continue-t-il, veut que toutes les grandes dames soient présentes à cette assemblée.
358. Survient Blioberis, qui abat Palamède. Brehus s'enfuit et lui ^j^™,. ^récrie qu'il n'a garde de jouter avec lui qui l'a abattu dernièrement devant hus.
le Gué du Moulin 7. Dans sa fuite, il rencontre Hector des Mares, Perceval et Erec, le fils de Lac. Gomme il a lieu de craindre ces chevaliers tout autant que Blioberis, il recourt, en cette détresse, à une ruse : il dit être poursuivi par Brehus, et les trois chevaliers lui accordent leur protection. Blioberis les rejoint et abat Erec et Perceval, mais quand il lutte contre Hector, ils sont désarçonnés l'un et l'autre 8. Brehus en profite pour aller renverser Blioberis, qui vient de se relever. Les autres s'indignent de cette lâcheté, et Erec, retenant le cheval de Brehus, le blâme de sa conduite. Brehus promet de se rendre à leur volonté, mais à peine Erec a-t-il lâché prise que Brehus court de nouveau renverser Blioberis. Erec veut monter à cheval pour le punir, mais Brehus ne lui en laisse pas le temps et le renverse ; il parvient cependant à monter en selle peu après, et Brehus, dont le cheval est excelb'iit, s'enfuit. On reconnaît Blioberis 9. Arrive Palamède cherchant
1. Cela n'est ni dans 755, 760, 12599, 330, 103, 94, 99, 758, c.-a-d. dans les mss. qui suppriment les aventures de la traversée et la rencontre avec Palamède |§ 337), ni dans Malory, dont, le texte est ici confus et ahrégé, ni dans 1434, (jui a quitté le texte de 757 (cf. p. 260).
2. Ici 757 reprend la rédaction de 755, etc., cf, p. 264; [et maintenant tous les mss. qui contiennent cette partie du roman donnent un même texte.
.:. Yar : vivant; 757 : qi orent, rive (1. vivent ore).
4. Ainsi 767, 765, 760, 1434, 336, 94 : 10:! altère"; 12599 : buev né. Les autres : a bien paie.
5, Yar. : car autre queste m'esmuet (101, 772, etc.). Ct. Tri -. Palamedet, tante.
7. 757 : roiant l'eau del molin ; 94 : devant ïrue del molin ; manque dans 103 et Malory. — La Tav. Hit., p. 866, où Tr. plaisante Dinadan, parle de Vacqua del mulino.
8. Dans 99 (Malory), 97, 349, 101, 772. e'est Hector qui est abattu le premier et Erec qui se bat le dernier. — La Tav. Rit., p. 352, change.
9. La Tav. Hit., p. 352, passe à Tristan ; la conversation de Palamède avec Perceval n'y est donc pas.
Blioberis, dont il veut se venger. Hector l'en détourne en lui représentant le danger qu'il courrait s'il s'exposait à la haine de la lignée de Ban, et Palamède y renonce, en exprimant son admiration pour Lancelot, Tristan et Lamorat.
Perceval ^^' Quant Perceval ot parler de Lamorat, et il entent que Pal. le vait
demande à 5* durement loant, il ne dist mot, mes il est si durement iriez que a poi qu'il
Palamède des n'enrage de duel. Il en pleure desouz son hiaume mont durement, n'il ne se
nouvelles de ^ue\, jemy gU'n ne ^e a ^^ ^e ^ece . (( jja , ja5> con ^ou\ereus doumage
fist cil a nostre lignage qui Lam., mon frère, m'ocist! Ha ! Dex, con grant mescheance que je ne puis onques aprendre qui si grant doumage me fist ! » Après se tourna devers Pal. et si li dit : « Pal., biaus dous amis, por Deu et por courtoisie, dites moi nouveles de ce que je vous demanderai, se vous le savez. — Dites moi, fet Pal., si orrai que ce est que vous demandez. — Por deu, fet Perc, m'enseigneriez vous qui Lam. ocist. Plus me chaut de la mort de lui qu'il ne fet de la mort mon père ne de tout mon autre lignage. Pour Deu, sire, se vous savez qui V ocist, si le me dites, car bien sachiez, se je puis aprendre en nule manière qui ce fist, il ne remaindra pour nule aventure del monde que Lam. ne soit venchiez. — Certes, ce dist Pal., de ce ne vous saige assener ; or sachiez bien que a maint preudome ou a maint bon chevalier de la mort Lam. ai oï parler. Mes, se Dex me consent, onques n'oï chevalier qui seiist a dire qui V ocist, et si en ai je maintes foiz demandé. Car la mort de si preudome comme Lam. iert venjasse je volent iers por aucune bonté qu'il me fist jadis. — Ha! Dex, dist Perc, comme il fu ocis en reposl et en tràison, quant l'en ne puet onques savoir qui V ocist * . »
360. Palamède s'en va; il est toujours décidé à abandonner la chasse de la beste glatissant pour aller partout chercher Iseut ; mais cette quête ne lui vaudra jamais que des ennuis et du chagrin2. Le récit revient à Tristan, qui était resté seul près de la fontaine.
1. Cette conversation de Palamède avec Perceval sur Lamorat, qui manque dans 99, a été donnée ci-dessus d'après 772, f» 102 a, et comparée aux autres (336, d'accord pour le fond, diffère un peu çà et là quant aux expressions). Voici le texte de ce passage dans 757, f" 102 a :
Avant (1. Quant) Perc. ot parler de Lamorat, et il entent que Pal. levait si durement loant, il ne dit mot d'une grant pièce. Après ce tome vers Pal. et li dit : « Pal. biaus douz amis por Dieu, par vostre cortoisie, dites moi nouveles de ce que je vous demanderai, se vous le savez. — Ditez, ce dit Pal., si orrai que ce est que vous demanderoiz. — Por Dieu, ce dit Perc, me savroiz vous enseingnier ou je puisse trouver Lamorat, mon frère ? Por Dieu, ce vous savez ou il est, si me le dites, car bien sachiez que ce je puys savoir ta ou il est, je m'en irai tout orendroit a lui, car il a grant, tens qe je nel vi. — Certes, ce dit Pal., de ce ne vous tai je aseilrer. Or sachiez bien qe a maint chevalier et a maint preudome ai je ja demandé. Mes ce Diex me consett, encore n'oï je chevalier qi me seiist a dire nouvelles nulles de lui, et si en ai je moût foiz demandé. — Ha ! Diex, ce dit Perc, com il est respost, et corne je le ver~ voie volentiers, se je le peûsse trouver. »
2. 99 intercale ici la suite des aventures d'Alixandre l'orphelin (voy. p. 195) :
99 : Aventures (99, f° 406 c ) Alixandre était resté avec la belle Pèlerine; aucun chevalier ne l'avait encore d'Alixandre vaincu. Arrive Saphar le méconnu, frère de Palamède. Long combat, qui cesse dès qu'ils se l'orphelin. connaissent; Saphar se déclare outré et part le lendemain; il est renseigné, à une abbaye
blanche, sur un chevalier félon, Margot le roux, qui retient une demoiselle dans son pavillon. Saphar se rend h la Hoche bise, où ce chevalier se tient, pour le combattre. Il est vainqueur. Puis il a le dessous dans un combat avec Lancelot, qu'il rencontre, et qui fait transporter Saphar dans une abbaye, où on le soigne.
Lucan le boutillier vient se battre avec Alixandre. Il est vaincu, part le lendemain et rencontre Sagremor, qui va s'essayer à son tour et qui, vaincu également, repart aussitôt. Au commencement d'avril, Dodinel le sauvage arrive; désarçonné et rudement blessé, il part après qu'Alixandre l'a fait guérir. Agravain, qui vient plus tard, n'est pas plus heureux ; après, c'est le tour d'Erec. Sans compter les chevaliers déjà vaincus, deux mille autres offrirent à Alexandre leur concours, pour le bien qui en lui estoit. Il voudrait cependant éprouver aussi la force de Lancelot ou de Tristan. En effet, Lancelot, averti et conduit par une demoiselle, se rend à Belle Garde. Dans le rude combat qui s'engage entre eux, Alixandre a le dessous, mais Lancelot ne
tre Dinadan.
361. Il sonne du cor pour rassembler les chiens. Un chevalier qui vient du Chastel antif{ et se rend au tournoi accompagne Tristan. Ils rencontrent Dinadan, qui sait que Tristan est en Logres et le cherche Tristan renconpartout. Il ne le reconnaît pas, car Passebreuil, le bon cheval de Tristan, est mort depuis longtemps 2. On engage une discussion sur l'amour, et Dinadan blâme ceux qui se livrent à cette passion. Il dit son nom. Tristan refuse d'en faire autant et plaisante beaucoup Dinadan, qui est furieux 3. Arrive Espinogres, fils du roi de Nohoberlande Espinogres. et amoureux de la fille du roi de Galles. Dinadan'le provoque, est renversé et s'en va en très méchante humeur, suivi de Tristan; les deux autres chevaliers partent. Tristan et Dinadan se gabent mutuellement.
'ristan l'invite à venir avec lui à la Joyeuse Garde en lui promettant le lui dire des nouvelles de celui qu'il cherche. Dinadan refuse, fort en
itère : « Je ne veux pas de vous, lui dit-il ; il me semble que, si j'ac-
jptais votre offre, Tristan envaudroit pis. »
362. Tristan rentre donc seul à la Joyeuse Garde, où il trouve tout le îonde pleurant sur un chevalier du château ; Agravain et Guerret iennent de le tuer por .1. pou de paroles qu'enlrels vint 4. Tristan les mrsuit, les abat, et triomphe d'eux dans le combat à l'épée 5. Ils Mitre nt à la cour et racontent leur défaite. Le roi pense à Tristan et )urit. Alors Lancelot comprend que le roi sait que Tristan est à la Joyeuse Garde; jusqu'alors il ne savait pas encore que li rois seust certainement qe misire T. fusi a la Joieuse Garde.
Tristan abat
Agravain et
Guerret.
363. Tristan rentre. Iseut et lui se décident à aller assister au tournoi incognito. Un valet annonce que Dinadan s'est logé chez un vavasseur dans le village. Tristan propose à Iseut de l'envoyer chercher pour Conversation causer avec ce plaisant ; « quant à moi, dit-il, je me retirerai. » Iseut Dinadan à la se prête à cette plaisanterie, et s'amuse de Dinadan6; elle invente une Joyeuse Garde. histoire de trois frères qui veulent lui prendre sa terre et contre qui elle implore le secours de Dinadan ; mais celui-ci ne se soucie pas de se mesurer avec trois chevaliers, et s'y refuse absolument. Elle parvient enfin à lui faire accepter un heaume orné d'un penoncel de soie vermeille 7, qu'il doit porter pendant le tournoi.
! . De même tous les autres (99, du Chastel hantit), sauf 757, qui porte du ch. au cerf, et 97' 349, 101, où ce chevalier dit : « Je rien devers Kamaalnt. «
Ce chevalier ne figure ni dans Malory, ni dans la Tav. itit., où Tristan retourne à la Joy. G. et ne rencontre Dinadan que le lendemain
2. Cette remarque ne se trouve que dans 7 -"< 7 , •'!■'!«, V2W,n\.
:•>. Dana la Tav. Rit., p. 865, Din. part maintenant et Tristan rencontre Palamède et Gaherict. Pal. et Tr. se réconcilient, et tous trois vont à la Joy. G, ; puis la conversation d'Iseut avec Dinadan ; voy. ri-dessous.
•i. Var, : mut, murent,
:>. Dana Malory, il leur reproche la mort de r.amorat.
6. Ici reprend le DH. 776 après la lacune, voy. 5' -280, note.