Grant manque dans
cause, et les gens du château prétendent que les chevaliers de 757« 104la lignée de Ban sont les meilleurs du monde. Un chevalier étranger qi laienz estoit les contredit. Selon lui, Tristan et Palamède leur sont bien supérieurs; si, dans ce château, on préfère la lignée de Ban, c'est qu'on est dans la dépendance de Blioberis ; et s'adressant aux deux chevaliers nouveaux venus , il les met en demeure de lui dire lequel est le meilleur chevalier de Tristan ou de Blioberis. Tristan opte pour Blioberis ; l'autre ne comprend pas ce dire : après les exploits de Tristan au tournoi de Louvezerp, où il a complètement vaincu Palamède, Tristan doit être regardé comme le premier. Ce discours déplaît fort à Palamède; il demande au chevalier qui il est. « Un chevalier de Léonois et un des hommes de Tristan, » Le chevalier de répond-il. Alors il est à son tour accusé de partialité par Leon018- Palamède, mais il en appelle à l'opinion commune, et se contente de déclarer qu'il préfère Tristan à Galaad, qui est supérieur à ceux de la lignée de Ban. « Et quelle est votre opinion sur Palamède? — Je le hais, car il m'a fait un grand déshonneur. Tristan aurait dû le tuer, parce qu'il a eu la hardiesse d'aimer Iseut; il n'y a que sa pitié et la bonne chevalerie de Palamède qui l'en aient empêché. » — Tristan fait l'éloge de Palamède, qu'il compare à Lancelot, mais en le plaçant au dessous de Galaad.
452. Ils restent sept jours avec le chevalier de Léonois, qui est blessé ; il doit partir avec eux, mais il ne sait pas leurs noms. Au huitième (dixième, 104) jour, Tristan et Palamède se promènent sur les murs. Ils voient sortir de la forêt
Claudin , Eugène et ensuite le chevalier à l'écu vermeil , qui Le chevalier à
vient par une vallée avec la demoiselle; il joute à contre-cœur reparaît6"™6'1
avec Eugène, qui est abattu, ainsi que Claudin. Maintenant
Tristan, Palamède et le chevalier de Léonois se font armer et
courent après le vainqueur. Il ne veut ni jouter ni dire son
nom, car, à quatre jours de là, il doit combattre un chevalier
très renommé, au Chastel estroit en Norgalles. On cause; selon
le chevalier, Galaad et Tristan sont supérieurs à Lancelot , et
il donne la quatrième place à Palamède. Tristan lui propose
de marcher ensemble, mais il refuse. Les trois compagnons
rentrent, et s'en vont le lendemain vers le Chastel estroit pour
voir la bataille.
453. Le chevalier de Léonois, craignant que sa présence ne gêne les deux autres, demande et obtient encore une fois la
757, 104. permission de marcher avec eux. Gomme ils traversent une belle forêt, et que Tristan, plongé dans une douce mélancolie, pense à Iseut, ils entendent chanter. Ils descendent de cheval et se laissent guider par la voix, jusqu'à ce qu'ils arrivent à une fontaine, décidés à ne pas déranger le chanteur qui s'y trouve; c'est le chevalier à l'écu vermeil, qui exprime enchantant ses peines d'amour : « Vos qui n'amez traiez vus sus, » etc. *, Ayant chanté son lai, il aperçoit les chevaliers et leur demande ce qu'ils lui veulent. Tristan répond courtoisement , et le chevalier s'en vet 2 aucqes repair ent du corroz qe il avoit. Il refuse toujours de dire son nom, et on le quitte. Tristan et Palamède se rappellent l'avoir vu quelque part.
454. Ils rencontrent un chevalier chasseur, qui leur raconte qu'on va célébrer, à un château voisin , la fête annuelle dite d'Uter3; or, comme les chevaliers errants ont fait dommage des chevaliers de cest pais et puis s'en aloient gabarit, ceux qui y viendront pendant cette fête seront forcés de jouter avec dix 4 chevaliers sous peine de laisser leur chevalet leurs armes; s'ils sont vaincus, on leur fera beaucoup de honte. — Arrivés à l'hôtel, Tristan et Palamède voient venir le chevalier à l'écu vermeil, accompagné de deux demoiselles et de deux chevaliers, Ivain et Guivret de Lambale, qu'il avait abattus après
vre^d^Lam- (lue lristan et les autres l'eurent quitté à la fontaine, et qui baie. avaient cru que c'était Tristan ; l'inconnu leur dit que non,
mais en refusant de se nommer. Alors ils s'étaient décidés à le suivre jusqu'à ce qu'ils pussent savoir qui il était, et l'autre leur avait permis de lui tenir compagnie, tant que cela leur plairait, en disant qu'il ne pouvait leur défendre les routes. Ils passent sans descendre devant l'hôtel où sont Tristan et Palamède. Tristan dit avoir vu Guivret se distinguer dernièrement et promet à Palamède de lui raconter plus tard cette aventure, quand ils chevaucheront ensemble.
455. Le chevalier à l'écu vermeil et ses deux compagnons arrivent devant un château où ils rencontrent un valet quileuv déconseille d'approcher. Un ancien chevalier d'Arthur est le