‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 249 sur 362 · Voy. § 46c · texte numérisé non relu

Voy. § 46c

480. Tristan reste • plus de huit jours 2 avec Brunor, qu'on Tristan reste soigne dans un hôtel, et envoie Dinas à la Joyeuse Garde con- *[ec . Brunor soler Iseut en lui assurant que son amant rentrera prochaineneraent. Il continue à tenir compagnie au chevalier à l'écu vermeil, dont il veut absolument savoir le nom; il s'est aperçu que l'inconnu aime par amours, et il suppose bien qu'un tel chevalier a mis son cuer en haut leu et qu'il doit aimer une dame comme Guenièvre ou Iseut. Brunor, pendant sa convalescence, joue de la harpe et chante des lais 3 toujours inconnus à son compagnon, qui lui demande enfin pourquoi il ne chante jamais de lais de Tristan, « ja esloient il si bon, Conversation. ce disoient plusors genz. » L'autre répond qu'il a, quant aux lais, le même sentiment que pour les armes d'autrui, qu'il n'aime pas à porter si elles ne sont de son goût. Il reconnaît devoir toute sa renommée à son amour. Tristan le questionne sur ce point. Le chevalier lui demande s'il aime. « Oui, répond Tristan ; je ne cuit qe en nostre tens souff'rist (a) tant chevalier por amors comme j'ai souffert; ce qui me soutient, c'est la conscience d'aimer la plus belle et la plus noble dame du inonde. — Dans ce cas, nous aimons la même personne. — Bah ! chacun croit aimer la plus belle. — Mais la mienne l'est réellement. — Dites son nom, et nous verrons. — Quoi! découvrir mes amours ! L'en le me porroit atorner a vilonie, et par reson. — Ah! vous n'osez pas? Votre dame ne mérite donc pas vos éloges. » Ils s'accordent enfin à se faire voir leurs dames l'un à l'autre.

481. Dès que Brunor est guéri, ils partent ensemble. Tristan rappelle la convention qu'ils viennent de conclure : « Soyez tranquille, dit Brunor ; vous verrez celle que j'aime ; chevauchons maintenant celle part, car il me tarde de me rapprocher de ma dame. » Son compagnon chante des lais que, pour donner le change à Brunor, il prétend avoir appris en Gornouaille par Tristan, avec qui il a passé, dit-il, deux 4 ans dans ce pays. Puis la conversation tourne sur l'escrime et le

1. Dans 103, Tristan, Brunor et Dinas rentrent immédiatement à la Joyeuse Garde (« Nous ne nous occuperons pas de leur voyage ; Ce sim ait trop longue matière » ); Rusticien est d'accord, sauf pour Dinas ; voy. § 487, note.

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