Cf. p
2. Anchore 758, 24400; Antore 99; Aurore 97, 349, 101; Entoivre
con cist est? » Tristan répond, furieux : « Il ne connaît pas encore aussi bien sa folie que je Ja lui ferai connaître avant qu'il nous quitte. Mal lui prendra de cet amour, qui lui vaudra la mort, s'il n'est compagnon de la Table Ronde. » Galaad n'ose blâmer Tristan, qui, par égard pour son compagnon, s'abstient de courir tuer tout de suite le chevalier. Se demandant qui son ennemi peut être, Tristan s'endort. Mes ce ne flst mie Gai., qui prie Dieu, jusque vers l'aube, de le préserver du péché et de lui accorder de voir aucune chose des secrez du saint vessel. Quand il s'éveille, à l'arrivée du jour, il voit que Tristan dort encore. Le chevalier — c'est Palamède, portant un écu noir avec un lion d'argent — est debout, très vexé de n'avoir pas été seul; sûr qu'on l'a écouté, il prend la décision de s'en aller au plus vite. Dans la semaine, il avait passé devant la Joyeuse Garde, où il avait vu Iseut, et tantost con il la vit , pour la grant biauté qui en li estoit Varna il adont de si grant amour qu'il rtamoit autretantsoi ne autrui. Il est affligé cependant de se savoir beaucoup moins beau que Tristan ; il se console en pensant à sa prouesse aux armes. 11 part, rencontre Habé le renommé, l'abat et prend son écu en lui laissant le sien.
506. Galaad n'a pas voulu réveiller Tristan avant le départ du chevalier, afin que celui-ci ne fût point tué devant lui pour si povre achoison con d'amer la re'yne Yseult. Tristan le conjure par la foi qu'il doit à son père Lancelot et aux compagnons de la Table Ronde de lui dire les enseignes de l'écu du chevalier et par où il s'en est allé. Galaad y consent à contrecœur. Il ne veut plus accompagner Tristan, qu'il quitte en disant qu'il a affaire ailleurs.
507. Tristan rencontre à son tour Habé, est trompé par l'écu Habé
de Palamède, qu'il porte toujours, et le défie. L'autre, qui a tué pa^Tristan. reconnu Tristan , a beau lui crier de s'arrêter : il est désarçonné et blessé mortellement; non content de cela, Tristan veut lui couper la tête, quand Habé lui fait savoir qu'il est compagnon de la Table Ronde, et une explication a lieu. Habé a passé la nuit dans un château voisin , avec Gaheriet. Son écu, emporté par Palamède, était d'argent a une teste de serpent. Survient Gaheriet, que Tristan prie de faire soigner Habé et, s'il meurt, de le faire mettre en terre beneoite, coume chevaliers erranz doit estre ; car lui-même n'a pas le temps de
Lôsbth. — Tristan. 23
rester avec lui. 11 part. Gaheriet aurait essayé de venger son compagnon si Tristan n'eût été de la Table Ronde. Habé meurt, et Gaheriet le fait enterrer au plus honoreement qu'il pot; l'épitaphe dit : Ci gist Habez li renoumez, que Tristan, li niez le roi Marc, ocist1.
508. Tristan rencontre Dodinel le sauvage, qui lui dit qu'il vient d'être désarçonné par le chevalier que cherche Tristan. Dernier combat Celui-ci atteint enfin son ennemi dans une vallée. S'étant contrer ^ala - aDattu l'un l'autre avec leurs chevaux, ils commencent ensuite mède. l'escrime. Survient Blioberis, qui regarde le combat, admire
les deux chevaliers, trouve probable, à cause de leur prouesse, qu'ils sont de la Table Ronde et résout de les séparer. Les deux combattants, se reposant après le premier assaut, sont émerveillés de la bravoure qu'ils ont trouvée l'un chez l'autre; Tristan est pourtant moins lasssé que Palamède, qui se demande si son adversaire est Galaad ou Lancelot : « Si c'est Tristan, se dit-il, j'ai eu tort de le combattre, car j'aurais dû m'en abstenir pour l'amour d'Iseut. » Voici que Blioberis s'avance et leur demande leurs noms. Tristan, tout en se fâchant de cette intervention, consent à se nommer et pardonne à Blioberis dès qu'il a appris son nom. Palamède, s'étant nommé, rappelle à Blioberis qu'il lui a sauvé la vie dernièrement, lorsque les deux frères de Gauvain voulaient le tuer-, et le prie de lui rendre le service de décider Tristan , avec qui il ne doit point se battre, à laisser le combat. Mais Tristan est intraitable, quoique Palamède lui-même le prie de cesser le combat, et veut se ruer sur son rival. Blioberis intervient encore : « Or ne Guidasse je mie que vous refusissiez ma prière. » Tristan répond qu'il n'en orroit prière de nul houme. Alors Palamède s'agenouille, se déclare vaincu et rend son épée. Tristan, ne pouvant plus le tuer sans se parjurer, d'après la coutume de la Table Ronde, abandonne la bataille, mais en menaçant Palamède, qui répond humblement : « Quant vous m'asaudrez, il mien pèsera. » Puis Tristan se tourne vers Blioberis et lui fait savoir qu'il ne l'aimera plus tant que par le passé : « Si vous n'étiez de la Table Ronde, li maus en revenist seur vous. Si sachiez, s'il vous m escheoit demain, il
1. Cette mort est annoncée au commencement de notre roman; voy. § 27.