Cela n'a pas été raconté
ne m'en peseroit point. » Blioberis se dit très fâché d'avoir encouru la colère de Tristan et s'excuse sur l'obligation qu'il avait à Palamède. Tristan, monté à cheval, avertit ce dernier qu'il se battra avec lui à outrance au premier endroit où il le trouvera. Palamède répond qu'il évitera de son mieux tout combat avec son rival. Tristan part. Palamède, ayant beaucoup remercié Blioberis1, s'en va également, et les trois chevaliers suivent chacun leur chemin.
Tristan arrive au château de Sagremor — présent d'Arthur — et y passe la nuit. Le lendemain, en sortant de la forêt, il rencontre Lambègue, qui lui indique un château où la joute est de rigueur, et où il a été désarçonné lui-même ; il dit être à la recherche de Blioberis.
509. Tristan se rend à ce château, qui est superbe et dreciez sus une eve reide et par fonde; on y est en fête, le roi seigneur devant être couronné le lendemain. Dans des pavillons se tiennent jusqu'à dix2 chevaliers, qui attendent les chercheurs du saint Graal. Tristan s'approche rêveur ; il songe toujours à l'amour de Palamède pour Iseut, ne aventure ne li estoit mes pieça avenue dont il fu si iriez coume de ceste. Arrivé aux pavillons, il est abordé par un chevalier qui, apprenant qu'il est de la Table Ronde, dit haïr ceux qui en sont compagnons. Tristan l'abat mort et tue ensuite un autre. Le roi envoie son frère inviter Tristan à dire son nom. Celui-ci, ayant refusé absolument, voit prendre son cheval à la bride par l'envoyé, qui commence à le mener vers les pavillons. Tristan, le voyant sans armes, le laisse faire pendant quelque temps ; à la fin, impatienté , il lui dit de lâcher prise : « Sinon, je vous tuerai ; si sera la honte moie, et li doumages vostres; » Combat de Tris-
l'autre n'en démordant point, Tristan lève sa lance, et le tue tan .contre ,..,,,. ., cent cinquante
après lui avoir adresse un dernier et inutile avertissement, chevaliers.
Alors le roi envoie plus de cent cinquante 3 chevaliers, dont quinze sont armés, à la poursuite de Tristan, qui en abat quatre avant de briser sa lance. Après qu'il a fait des merveilles de prouesse, on lui tue son cheval, et il reste à pied contre plus de cent hommes; il est enfin près de succomber,
1 . On pourrait expliquer la conduite de Palamède en cette occasion par une promesse donnée à Iseut de ne point combattre Tristan; cf. Tressan (§384, note).