‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 282 sur 362 · Var. Dxicardet de Galot · texte numérisé non relu

Var. Dxicardet de Galot

La perte est considérable de part et d'autre, surtout pour les Gornouaillais, dont il y eut tant ocis qu'a painne en peilst en savoir le conte ; pourtant les Sesnes et les Gornouaillais se consolent à l'idée qu'Arthur est blessé à mort. On ouvre le siège de Camaaloth, où l'effroi est grand à la vue du roi blessé -, heureusement, les médecins se font forts de le guérir prochainement. Mes a tant lesse li contes a parler d'euls touz et retourne a Gai.

Galaad trouve 519. Galaad1, ayant quitté Perceval, trouve, trois jours plus Palamède et ' tard, à l'heure de prime, deux chevaliers qui se battent dans Esclabor. une vallée auques parfonde ; un autre chevalier regarde la bataille. Ce sont Arthur le petit, fils du roi, et Palamède; le spectateur est Esclabor, le père de ce dernier. Au moment où arrive Galaad, les deux combattants se reposent. Palamède, qui a reconnu l'écu de Galaad, dit à son adversaire : « Si j'étais aussi bon chevalier que celui qui vient d'arriver, je triompherais bientôt de vous, quand même vous auriez le pooir encore de tiex .1111. chevaliers con vous estes. — Pas possible ! — Certes, si feroit tiens .V. Allez donc, pour vous en convaincre, provoquer ce chevalier, de même que vous venez de m'assaillir moi-même pour savoir lequel de nous est le meilleur chevalier. Contre moi vous n'avez point encore eu le dessus; vous avez, au contraire, plutôt perdu que gagné. Lessiez donc ceste bataille a tant, s'il vous plest, etmontez et vous alez essaiera lui. » Arthur y consent, sauf à recommencer la lutte avec Palamède à la première occasion venue.

520. Galaad, voyant le combat fini, s'en va vers Camaaloth. Arthur le suit, ainsi que Palamède et son père, pour voir de cel chevalier abatre l'orgueil et le boban. Arthur est abattu avec son cheval par Galaad, qui reprend son chemin. Palamède fait remarquer à Arthur, qui s'apprête à poursuivre Galaad pour se battre à l'épée, que si le chevalier ne l'a pas mis à mort, c'est par courtoisie, et non pas à cause de la bonté qu'il aurait trouvée dans son adversaire, et il le blâme d'attaquer ainsi les passants : « Il faut croire, lui dit-il, que vous portez envie aux bons chevaliers. » Arthur s'en défend : il est chevalier nouveau et a besoin de los et de pris, et un

1. La sœur de Perceval lui a dit d'aller aider le roi Arthur; voy. § 515, note. Dans 757, 760, 1463 il entend parler du siège, voy. § 534, note.

chevalier ne doit ni refuser la joute ni se reposer, mes fere en sa jouvente chose dont il soit loez en saviellece. « C'est voirs, fet Pal., mes toutes voies ne doit il fere vilennie pour riens, puis qu'il est chevaliers. »

Arthur atteint de nouveau Galaad, qui, fâché d'être arrêté, le renverse en lui donnant un grand coup d'épée sur le heaume ; puis il s'éloigne. « Or me dites, fait Pal., vous pourriez vous acorder a ce que cils chevaliers soit li mieudres chevaliers du monde? — Nanil, certes, fet A., car de meilleurs en i a; ne il meesmes ne seroit pas hardiz de dire ce que vous dites. — C'est voirs, fet Pal., car s'il fesoit loerie de soi meesmes, nul ne li orroit dire qui a honte ne li tournast, mes pour ce, s'il n'est dit, ne remaint mie qu'il nel soit, et si est ilsanz faille. » Mais Arthur ne veut pas le croire avant d'avoir éprouvé encore un peu ce chevalier. « Eh! suivez-le alors, dit Palamède, et vous ne me tendrez pas a mençongnier longuement. — Où allez-vous? — A Gamaaloth ; on m'a dit que Marc et les Sesnes assiègent le roi Arthur. Et je aim tant le roi Artu que moi et mon père li alons aidier, et je sais bien que ce chevalier y va aussi pour l'aider ; si vous êtes à Gamaaloth le jour où il arrivera, vous verrez si j'ai menti : il se battra seul avec toute l'armée et fera adont toutes les merveilles que onques chevaliers feïst. — - Puisque vous aimez le roi Arthur, plus de rancune entre nous! » Et Arthur le petit propose daller ensemble à la cité assiégée. Palamède accepte en disant que de sa compagnie est il moût liez.

521. Galaad, suivi à son insu par les trois compagnons, Galaad endormi arrive, sur la route de Gamaaloth, à un pont gardé par Guin- ^Qufngiam.^ glain, le fils de Gauvain. Ayant peu dormi de la nuit, Galaad s'endort sur son cheval et n'entend pas le cri de Guinglain , qui l'abat. Il tombe dans l'eau, d'où il parvient à sortir. Guinglain lui rend son cheval à condition qu'il ne passera pas sur le pont. Il y consent, étant pressé, et passe par l'eau. Arthur le petit, voyant tout cela, croit avoir la preuve de la couardise de ce chevalier que Palamède a appelé le meilleur du monde ; celui-ci est lui-même très étonné. Arthur attaque ensuite Guinglain, qu'il précipite dans l'eau avec le cheval, et qui, ayant saisi un fust , se maintient jusqu'à ce qu'on puisse le secourir. Les trois compagnons passent outre. Arthur dit toujours du mal du chevalier, que Palamède défend de son mieux. Au soir, ils se

logent chez une dame veuve1, chez laquelle Galaad estait remés également. Arthur, voyant ce dernier sans armes, avoue qu'il est li plus biaus chevaliers del monde et li mieulz tailliez.

Galasymeu!IVre ^22. Au matin s'en partirent de leenz et chevauchierent tant qu'il vindrent a Vabdie ou Symeu, li pères Moys, estoit2 en feu et en flambe en la croûte desouz la chapele, et ot demourè en tel douleur et en tel destrece dès le tens Joseph de Barimacie jusqu'à lors, si con li contes a devisé3. Cette aventure doit être terminée par le meilleur des chevaliers , dont le nom est inconnu aux moines de l'abhaye. L'un d'eux sort, demande à nos quatre s'ils sont chevaliers errants, et leur donne des détails sur l'aventure4. Galaad entre dans la croûte; il fait ses prières, et le feu s'éteint. La voix de Symeu le remercie et conte la vérité de son estre, ainsi con Vestoire a deviséb. Galaad trouvera Moys dans la forêt de Damantes 6. Sous la lame ils trouvent le corps de Symeu fortement brûlé. Galaad, qui ne veut pas qu'on lui fasse fête, s'en va, suivi des autres. Arthur lui-même commence à croire que c'est bien le meilleur chevalier du monde.

Mort d'Ansel. Ils trouvent, près d'une fontaine qui sourdoit au piè d'un sicamor, un chevalier blessé mortellement. « Je suis, leur raconte-t-il, Ansel, compagnon de la Table Ronde. Je viens de me battre avec mon frère Sinados pour une demoiselle que nous trouvâmes ci devant et que nous voulûmes posséder tous les deux. Je coupai la tête à mon frère et emmenai la demoiselle jusqu'à cette fontaine; n'en pouvant plus, je m'arrêtai et lui dis que pour l'amour d'elle j'avais tué mon frère et qu'elle serait la cause de ma propre mort, et j'ajoutai : « A « mourir vous estuet, car je ne voeil mie que ja mes autre « muirent pour vous. » Lors treiz Vespee et li cuidai la teste colper, mes elle s'en foui. » Ayant terminé son récit, il meurt. Galaad porte le corps à une maison de religion, où les compagnons restent ce jour-là pour enterrer Ansel.

Page 1