‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 316 sur 362 · linsi V., J · texte numérisé non relu

linsi V., J

8. Amen manque dans V., J. — Ici finissent 103, V., J., Dunl.-Liebr. et i'Encycl. lirit.

Loseth. — Tristan. 25

soupire : « Tristan , dit-elle, mon bel ami, est-il possible que vous soyez près de mourir? — Oui, il faut que Tristan meure, lui qui avait tant de force. Voyez mes bras * : ce ne sont pas les bras de Tristan, mais ceux d'un homme mort 2. Tristan penche vers son déclin ; celui qui valut tant et fut si redouté de l'univers entier est mort. » De la journée, il ne dit plus rien ; il a presque perdu la vue.

Le lendemain. 549. A l'arrivée de l'aube, il prie Sagremor de lui apporter son épée et son écu, pour qu'il les voie une dernière fois. « Hélas! s'écrie-t-il 3, mon épée, que ferez-vous désormais? Maintenant vous allez quitter votre maître; jamais vous n'en aurez de si bon, et à l'avenir vous serez moins redoutée qu'auparavant. » 11 dit à Sagremor : « Aujourd'hui je prends congé de la chevalerie, que j'ai bien aimée et honorée; elle ne sera plus honorée par moi. » Après une pause : « Sagremor, il faut que je vous dise une chose; je ne puis m'en empêcher. Voulez- vous entendre la plus grande merveille du monde? Hélas ! comment le dire ? Voulez- vous entendre la parole la plus honteuse que Tristan ait jamais dite? » Et il se tait, puis reprend : « Sagremor, je ne le puis plus dissimuler : je suis vaincu 4! » Il pleure. « Sagremor, dit-il, je vous rends mes

1. Due Trist. : Voici la tête, les yeux qui vous regardaient, et les bras che per vostro servitio solevano contrastare. — La Tav. Rit. passe au lendemain. Tristan fait une longue prière et appelle ensuite un archevêque, des évoques, des abbés et des pèlerins, qui étaient venus le voir de tous les pays, et se confesse à eux. Puis il prie Sagremor d'apporter son écu, son heaume et son épée, et de dégainer l'épée. Il la regarde tendrement et lui adresse la parole.

2. Iseut s'évanouit de nouveau et appelle la mort. Elle examine la blessure et y applique des médicaments, mais en vain : le venin a déjà passé au cœur. Le lendemain, Tristan, dont la voix commence à s'éteindre, essaie de consoler Iseut, lui rappelant que tout être doit mourir. Puis il se tourne vers les autres, en implorant la miséricorde de Dieu, et prie Sagremor d'apporter l'écu et l'épée.

3. La Tav. Rit. essentiellement de même ; l'ordre des répliques y est un peu changé. — Due Trist. : « Oh ! mon épée, que je suis affligé de te quitter si tôt ! » Sagremor la remet dans le fourreau. Tristan dit, en pleurant, qu'il a trouvé son vainqueur : « Iseut, s'écrie-t-il, tu demeureras désormais sans moi ! » Iseut ne peut répondre. Tristan reprend : « Palamède, nos inimitiés sont finies ; Dinadan et mes autres amis, je n'aurai plus le bonheur de vous revoir ! » Il se désole surtout de mourir sans bataille, dans son lit. Puis il charge Sagremor d'apporter l'épée et l'écu à la cour d'Arthur.

4. Sur cette exclamation, la Tav. Rit. fait de longues et fastidieuses remarques.

armes, je vous rends ma chevalerie. » Et il Je charge de saluer de sa part Palamède, avec qui il ne se battra pas *, Dinadan. qui ne l'a jamais tant gabé comme il se trouve gabé à présent, et Lancelot, et le prie d'aller présente;- son épée et son écu à la cour d'Arthur. Il baise en pleurant la lame et Je pommeau de l'épée.et reçu 2 : « Oh! pourquoi dois-je mourir si tôt? Adieu, Tristan dit adieu ma bonne épée ; je vous recommande à Dieu, car je ne pourrai à son éPéeplus vous regarder. La douleur fait éclater mon cœur. Sagi-emor, je vous baille mon cuer et m'aime 3; honorez-les comme mo;- Tridtane même, si jamais vous avez aimé Tristan. » 11 pardonne au roi à Marc. Marc 4. Puis il se tourne vers Iseut : « Que ferez-vous après ma mort? Est-il bien possible qu'Iseut puisse vivre sans Tristan? Ce serait comme le poisson sans l'eau ou le corps sans l'âme. Mourons ensemble, ma belle et douce amie! » Iseut, dont le cœur est près de se briser : « Mon ami, c'est la chose que je préférerais à tout, mais comment fai'-e? Si vous le savez, dites, et je n'hésiterai point; s'il suffisait de la doulem-, je serais morte plus d'une fois, cat* je crois que jamais dame n'a été si affligée que je ne le sois encore davantage. — Oh ! ce serait une honte si Tristan mourait sans Iseut, nous deux qui avons été une chair, un cœur et une âme. Et puisque vous le voulez, nous mourrons ensemble 5. » Tristan adresse un dernier adieu à ceux qui l'entourent, et prie Iseut de l'embrasser, pour qu'il meure dans ses bras. 11 l'enlace en disant : « A présent je ne me soucie pas de la mort, puisque ma dame est

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